www.archive-org-2013.com » ORG » Q » QUARANTE-DEUX

Choose link from "Titles, links and description words view":

Or switch to "Titles and links view".

    Archived pages: 1235 . Archive date: 2013-12.

  • Title: Archives stellaires/Bozzetto/Écrits/Louise Michel | Quarante-Deux
    Descriptive info: Sauter la navigation.. accueil.. exliibris.. pgeff.. kws.. récits.. prix.. galerie.. carnets.. photos.. Vous êtes ici :.. →.. Archives stellaires.. Roger Bozzetto : écrits la S.. -F.. Louise Michel.. Sections.. Bozzetto.. Curval.. Klein.. Divers.. Navigation.. l'auteur.. liste des articles.. Roger Bozzetto : écrits sur la Science-Fiction.. Quelques auteurs choisis….. Louise Michel et l'utopie libertaire.. Première publication :.. les Contemporains de Jules Verne.. : aux frontières de la légitimation littéraire.. Lez Valenciennes.. 40, décembre 2007, p.. 103-111, sous le titre de "Louise Michel, Jules Verne et l'utopie".. « À de grands intervalles dans l'Histoire se transforme,.. en même temps que le mode d'existence,.. le mode de perception des sociétés humaines ».. Walter.. Benjamin.. L.. ouise Michel et Jules Verne se sont croisés dans le siècle, même s'ils ne se sont peut-être jamais rencontrés.. [1].. Pourtant ils avaient presque le même âge, étaient tous deux écrivains et sont morts la même année.. La légende prétend que Louise Michel aurait vendu à Jules Verne un manuscrit dont il aurait tiré.. , mais il n'en existe aucune preuve.. [2].. Louise Michel a participé à la Commune, a été déportée en Nouvelle-Calédonie, comme Pascal Grousset le futur André Laurie.. Elle s'est impliquée dans les luttes sociales, a défendu les “damnés de la Terre”, à la fois par ses actes et dans ses textes.. En particulier dans deux ouvrages, qui touchent aux utopies et à leur évolution en fonction des possibilités nouvelles offertes par les inventions techniques et scientifiques.. Ces deux textes se distinguent des préoccupations verniennes touchant l'avenir, il s'agit du roman.. le Monde nouveau.. et de la brochure.. l'Ère nouvelle.. [3].. Verne a peu participé à des luttes sociales.. Il a certes récrit une utopie, mais elle provenait du manuscrit de ce qui deviendra.. les Cinq cents millions de la Bégum.. vendu à Hetzel par André Laurie, cet autre exilé de la Commune.. De toute évidence les utopies ne l'intéressaient pas, sans doute parce qu'elles touchaient aux conséquences sociales des inventions, et que ce n'était pas cela qui intéressait Jules Verne.. Ses inventions après un itinéraire narratif complexe finissent par disparaître, avant d'impliquer une réflexion nouvelle sur la société, exception faite de.. Paris au XX.. e.. siècle.. , que l'éditeur Hetzel avait refusé de publier.. Un territoire original.. Louise Michel a voulu utiliser les ressources du roman d'anticipation et celles des utopies pour contribuer à la lutte à laquelle elle participait, contre l'ordre bourgeois du XIX.. Pourquoi utiliser la forme de l'utopie ? Parce que le combat social est aussi une lutte d'images et s'appuie sur des figures et des représentations.. D'où à la fois l'utopie et son utilisation dans un cadre romanesque.. L'utopie est une création à la fois oxymorique et ironique — il s'agit d'un lieu qui est un “non lieu” C'est dire qu'il s'agit d'une spéculation discursive mais ironique.. C'est bien ainsi que More proposait qu'on lise son texte, qui faisait pendant à l'.. Éloge de la folie.. d'Érasme, son ami.. More oppose à la réalité de son époque qu'il connaît, un état idéal fondé sur des principes égalitaires, mais il ne prenait pas son idée au sérieux car les conditions historiques en rendaient la réalisation impossible.. Par contre, le XIX.. siècle présente une ouverture sur un avenir différent, malléable, grâce à l'industrie.. Alors le “non-lieu” utopien se transforme en un “futur possible”, un lieu d'anticipation, un avenir à construire.. En effet ce qui était impensable au XVI.. siècle devient envisageable au XIX.. Les conditions techniques ayant évolué, comme le montre avec fascination Verne, d'anciennes propositions de l'utopie ont pu être tentées, après avoir été imaginées comme réalisables.. [4].. En retour certains écrivains ont imaginé une caricature de ces utopies, en en prenant le contre pied : ce sera les dystopies, dont la plus connue alors était.. le Monde tel qu'il sera.. [5].. Elles contribuèrent à combattre au nom de la “liberté”, le projet utopien.. Ces écrivains “libéraux” ont commencé par stigmatiser la vie quotidienne des utopiens de base et imaginant qu'elle était vécue sous contrainte et que cela les déshumanisait.. Au discours utopique qui se voulait “révolutionnaire” et égalitaire s'est donc opposé le discours “libéral bourgeois” de la dystopie.. Utopie et dystopie sont donc apparues comme deux figures du discours polémique sur la place des projets de société dans l'espace politique.. Opposition qui se ressasse depuis le XIX.. siècle, chacune des figures proposant une image du bonheur social selon ses recettes et diabolisant l'autre.. [6].. dans un combat figé, selon des règles désuètes.. Louise Michel propose une image différente, libertaire de l'utopie, et refuse la coupure avec l'Histoire, proche en cela de Wells qui insérera les inventions scientifiques dans la dimension historique comme on le voit dans.. la Machine à explorer le temps.. Louise Michel et l'utopie.. Curieusement le nom de Louise Michel n'est cité ni chez les historiens de l'Utopie ni chez ceux de la Science-Fiction.. Seul Pierre Versins consacre quelques lignes à.. un Monde nouveau.. [7].. mais il ne mentionne pas.. [8].. Pourtant Louise Michel participe d'un mouvement d'idées et de luttes qui change la place et le sens des utopies.. [9].. L'Ère nouvelle.. est un discours programmatique qui propose des perspectives d'avenir où la base utopique figure comme une étape.. Et Louise Michel en montre la place et l'utilisation par le déroulement dans la fiction du.. Monde Nouveau.. où cette base et cette étape est en liaison avec la Révolution nécessaire.. Dans.. , la base utopienne, qui est souvent présentée comme une “colonie”, est liée au développement des sciences et des techniques, et elle est en rapport avec une sorte de nécessité historique qui est l'avènement d'une nouvelle phase du développement de l'Humanité.. Cette utopie se distingue aussi par l'absence de lois coercitives : il s'agit de la première utopie libertaire (loin d'être libertine !) de l'époque industrielle.. [10].. Pourquoi Louise Michel a-t-elle choisi d'écrire cette utopie romanesque et de mettre en, scène son programme ?.. Une nouvelle utopie.. , Louise Michel profite de la vogue d'ouvrages où l'aventure, la science, la technique se combinent, comme chez Jules Verne, mais chez elle, cela permet d'envisager d'autres “possibles” sociaux et humains.. [11].. Elle ne s'en tient pas à une simple mythologie du progrès lié à la science.. Elle voit les profits à tirer de son développement pour une nouvelle forme de société : une cité ouverte qui réconcilie la nécessité de lois nouvelles et la liberté créatrice, afin d'établir ces rapports nouveaux entre les hommes.. Si.. est un texte programmatique, le roman.. le Monde Nouveau.. ne craint pas de viser le domaine de ce qui sera la science-fiction.. Il se termine sur la possibilité de communiquer avec les habitants d'autres planètes,.. « qui depuis là-haut nous font signe ».. (p.. 353).. La mort des civilisations humaines y est envisagée, tout comme un éventuel bouleversement de l'état actuel des terres émergées.. Par leur place dans une stratégie et un programme politique (.. l'Ère Nouvelle.. ) ainsi que par le caractère libertaire de sa constitution (.. ) ces œuvres proposent du neuf dans le domaine spéculatif.. La science et les techniques d'une part — comme pour Jules Verne — mais l'expérience de la Commune, le développement des Internationales socialistes, aussi bien que les échecs des actualisations de programmes utopiques “à l'ancienne”, tout amenait Louise Michel à repenser le rôle et la fonction de l'utopie, ainsi que son insertion éventuelle dans la lutte pour l'émancipation  ...   nature.. « pareil à la sève d'Avril, le sang monte au renouveau séculaire du vieil arbre humain ».. 3).. La métaphore, comme dans.. Germinal.. , se fonde donc sur une nécessité naturelle.. Et il ne faut pas se fier à l'apparence, qui voile que les choses sont en mouvement.. La société bourgeoise est comme les cadavres, qui.. « garde[nt] encore une apparence humaine quand on les ensevelit ».. Cependant ce n'est là qu'un leurre : un monde est si vermoulu qu'il ne tiendra pas devant l'.. « Océan de révolte ».. qu'il suscite (p.. 17), et le renouveau qu'il réclame.. Ce renouveau implique des changements dans la répartition des richesses nouvelles créées par l'industrie : en cette ère d'abondance, la règle doit être “tout à tous”.. Le travail, allégé par les machines, ne sera plus une corvée.. Les humains, dégagés des tâches nécessaires à la survie pourront enfin se livrer au travail créateur : alors l'humanité sortira de sa chrysalide (p.. 5).. Le loisir, conquis par le grand nombre aboutira à ceci, que, des cerveaux jusqu'ici confinés à des tâches sans intérêt surgiront.. « des idées impensables, neuves et puissantes ».. car.. « dans les cerveaux incultes germent des idées fortes, pleines, pareilles aux poussées de végétation dans les forêts vierges ».. 11).. Ainsi l'homme retrouvera.. « la main créatrice des pionnier ».. 11), car.. « l'esprit qui pressent l'ère nouvelle plane dans l'avenir ».. 19).. En attendant, la colonie est le moyen d'ébaucher quelques lignes de ce futur, elle permet, par cette sorte d'éclaircie faite sur l'avenir de voir.. « graviter les groupes humains comme on voit, par-delà nos yeux rudimentaires, avec le télescope, rouler les astres dans le noir de l'espace ».. p.. Alors, l'harmonie sociale sera en phase avec l'harmonie naturelle ; le dialogue avec les autres mondes de l'espace pourra commencer.. On assiste donc dans ces textes à la rencontre synergétique de tous les thèmes sur l'avenir de l'humanité qui ont agité la fin du siècle : elle fait son miel de la science qu'elle déifie et de Saint Simon, tout comme Jules Verne qui s'en est inspiré.. Mais elle est aussi nourrie de Fourier, de Kropotkine, de bien d'autres dont Camille Flammarion.. Elle laisse aussi entrevoir son expérience personnelle des luttes, de la vie en communauté, de la solidarité des déportés.. Mais elle n'est pas fascinée par les inventions comme semble l'être Verne.. Elle n'en exploite aucune, laissant dans le vague les inventions prêtées à Gaël.. Elle ne se situe pas du côté des anticipations techniques qu'elle semble ignorer, à l'opposé de ce qu'aime à faire Jules Verne.. Ce qui étonne un peu devant cette vision future, présentée comme ancrée dans un présent de lutte, c'est le peu d'intérêt accordé aux relations entre les sexes.. La liberté est certes absolue dans l'utopie arctique, mais l'auteure se garde d'en dire plus.. Est-ce dû à une sorte de cécité.. [16].. J'avance l'hypothèse que c'est par ce qu'elle imagine que les inégalités dans les relations entre hommes et femmes dans la société de départ sont des résidus artificiels, qui disparaîtront d'eux-mêmes quand la société nouvelle sera en place, comme il en va dans les utopies socialistes.. Comme le chante Brassens.. « la suite lui prouva que non ».. Notes.. Gérald Dittmar :.. Louise Michel (1830-1905).. Dittmar, 2004.. Pierre Versins :.. Encyclopédie de l'utopie, des voyages extraordinaires et de la science fiction.. l'Âge d'homme, 1972.. Articles "Louise Michel" et "Anarchie".. A.. Le Roy :.. l'Ère nouvelle, pensée des derniers jours de Calédoni.. , 1887 (brochure de 23 pages) ;.. , Dentu, 1888.. Jean Christian Petitfils :.. la Vie quotidienne des communautés utopistes au XIX.. , Hachette, 1982.. Émile Souvestre :.. , 1864.. Il répondait au.. Voyage en Icarie.. d'Étienne Cabet, 1840.. Jules Verne échappe difficilement à ce manichéisme dans.. Les Cinq cents millions de la Bégum.. Le roman comporte trois parties.. L'une qui se passe à Paris voit Roll, le juge, qui condamne et fait condamner des innocents au bagne, pour des crimes qu'il commet.. L'autre qui se passe dans la colonie, et où il est fait mention de Josiah et de son brick fantôme.. La troisième, quand Roll arrive à la colonie et la détruit.. L'épilogue est situé à Paris, où Roll est démasqué.. Mais ailleurs la base antarctique de Josiah continue.. Dans le roman l'utopie est en liaison avec le mouvement de l'Histoire.. Voir Alexandre Ciorănescu :.. l'Avenir du passé.. , Gallimard, 1972 ; Jean Servier :.. Histoire de l'utopie.. , Gallimard, 1967.. Dans la perspective du matérialisme historique de Marx et Engels, l'utopie est au contraire.. escapist.. par rapport à la matérialité de la lutte sociale, et presque un “allié objectif” du monde bourgeois.. Louise Michel se référera à Fourier et Kropotkine.. Avant l'époque industrielle, on trouve ce que l'on peut nommer des Arcadies.. On peut encore appliquer ce terme au fameux.. Supplément au Voyage de Bougainville.. de Diderot.. Après l'avancée technique, on trouvera surtout des utopies et des dystopies.. L'utopie que je nomme “libertaire” est celle qui se fonde sur les principes de liberté de chacun comme moteur de l'histoire et non sur la prééminence des règles pour figer dans une perfection illusoire un état anhistorique idéalisé.. L'utopie classique, du type de celle de More sera combattue par les dystopies, mais il n'existe pas à ma connaissance de critique littéraire de l'utopie libertaire.. Pour les rapports entre les utopies, les dystopies et les “utopies ambiguës” voir R.. Bozzetto "la Subversion de l'utopie par le récit".. Autrement dire.. 1/2.. Presses universitaires de Nancy II, 1987, p.. 155-168.. 1888 est la date de publication aux U.. S.. A.. de.. Looking backwards.. , de Bellamy dont la parution déclencha une polémique sur l'avenir du socialisme.. Jules Verne publie depuis plus de vingt ans et.. date de 1869.. Une actualisation possible d'un programme utopique fut, en 1847, l'ICARIE de Cabet, aux U.. dans l'Utah.. Son échec hanta bien des mémoires.. Louise Michel avait alors 17 ans.. Comme le fait Nemo, l'anarchiste, dans.. On se souvient que, dans le musée de.. l'Île à hélices.. , les milliardaires américains n'admettaient pas les peintres impressionnistes considérés comme “décadents”.. Cette notion d'attraction signale la lecture de Charles Fourier.. De même, si elle s'est inspirée de Fourier pour ce qui concerne le mode de prolifération de l'utopie, elle n'en a pas gardé ce qui renvoyait à l'aspect de “nouveau monde amoureux”.. Certains ont prétendu que Louise Michel n'a pas vraiment connu de vie sentimentale et que ceci expliquerait cela.. On notera plutôt que c'est un aspect que bien peu d'utopies (ou de dystopies) abordent avant.. le Meilleur des mondes.. , sauf peut-être William Morris dans ses.. Nouvelles de nulle part (News from Nowhere.. , 1891).. Pour une analyse des rapports entre utopie et féminisme, voir Guy Bouchard : "les Utopies féministes".. imagine….. 44, juin 1988, p.. 63-87.. Jules Verne lui-même s'est peu étendu sur le sujet, mais c'est sans doute parce qu'il écrivait pour la jeunesse, public que ne visait pas expressément Louise Michel, et que d'autre part Hetzel veillait.. Les références bibliographiques sont sous la seule responsabilité de Roger Bozzetto ; celles qui ont été vérifiées par Quarante-Deux sont repérées par un astérisque.. © Quarante-Deux.. — Reproduction interdite sans autorisation.. Voir les.. conditions d'utilisation.. Création :.. dimanche 19 juillet 2009 —.. Modification :.. dimanche 19 juillet 2009.. Adresse du site :.. haut de page.. écrire à Quarante-Deux..

    Original link path: /archives/bozzetto/ecrits/u/louise_michel.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Bozzetto/Écrits/Serge Brussolo | Quarante-Deux
    Descriptive info: Serge Brussolo.. Serge Brussolo : un auteur intéressant de la Science-Fiction française ignoré par les Anglo-Saxons.. S.. ans être chauvin, on peut s'étonner de la disproportion qui existe entre la quantité énorme de SF traduite en français depuis l'anglo-saxon et les maigres textes de SF française que le marché anglophone consent à traduire.. Dans un premier temps, devant ce mystère, on se prend à penser que c'est une question de qualité : les auteurs anglo-saxons seraient traduits parce qu'ils sont meilleurs que les produits indigènes.. Mais, à la lecture, un doute s'insinue.. Certes, une bonne part des auteurs anglo-saxons traduits sont de qualité, mais il en est d'autres avec lesquels de nombreux auteurs français soutiennent facilement la comparaison.. Mais il y a plus curieux : Serge Brussolo, est un fabuleux écrivain de SF.. Il est traduit en diverses langues européennes comme l'italien, l'allemand et l'espagnol, sans oublier le roumain et le bulgare.. On peut donc regretter que le marché de la SF anglo-saxonne l'ignore, d'autant que cet auteur présente une inventivité qui permettrait peut-être de régénérer un imaginaire de la SF, qui apparaît parfois sur son déclin.. Pourquoi ? Est ce dû au manque de curiosité pour tout ce qui n'est pas étatsunien ? À un sentiment de supériorité qui ne considérerait comme SF que ce qui est produit dans l'espace anglophone ? Le résultat est là.. Serge Brussolo demeure un “illustre inconnu” des lecteurs anglo-saxons — si l'on excepte une infime minorité qui lit le français et s'intéresse à la SF.. Et pourtant….. Serge Brussolo un cas à part dans le cadre de la SF française.. Né en 1951, il a publié à ce jour depuis 1977 où il a commencé à être édité professionnellement, une cinquantaine de romans et de recueils proprement SF, une dizaine au moins de romans policiers et une quinzaine de romans fantastiques ou d'épouvante.. Soit en moyenne de 4 à 5 romans annuels.. De plus, depuis quelque temps, il s'intéresse à la littérature générale, se passionne pour les romans historiques, etc.. En somme nous avons là une productivité “à l'américaine” que l'on pourrait comparer à celle d'un Robert Silverberg ou d'un Stephen King.. En cela déjà il se distingue des auteurs français de SF.. qui, mis à part ceux qui sont “auteur maison” dans des collections très populaires, publient en général assez peu, et sont moins polyvalents.. Ajoutons qu'il a publié dans de nombreuses collections de SF, mais la majorité de ses textes est éditée aux collections Présence du futur chez Denoël, et Fleuve Noir Anticipation , collection plus populaire — et où ses textes tranchent par leur inventivité.. Mais Serge Brussolo n'est pas simplement intéressant pour ses talents de polygraphe.. S'il rencontre un énorme succès chez les lecteurs français — au point que son nom devient une sorte de label — c'est que ses ouvrages possèdent un certain charisme.. Il éveille en effet, chez les amateurs, un tel intérêt qu'on lui a consacré plusieurs numéros spéciaux : dans des fanzines comme.. SFère.. , des revues semi professionnelles comme.. Phénix.. , en Belgique et.. , au Québec sans compter une bibliographie exhaustive et commentée par un fan.. Ces numéros spéciaux, devenus presqu'introuvables, présentent des interviews et des inédits de Serge Brussolo ainsi que des articles sur son œuvre.. Dans la Bibliographie de Sprauel figurent les nombreux comptes rendus de ses ouvrages aussi bien dans les journaux que dans les revues, et même dans une revue universitaire.. Pourquoi cet engouement pour Serge Brussolo ?.. Pour comprendre le succès de Brussolo, il faut se reporter à ce qu'est devenue la SF en France.. Après Jules Verne qui a servi de phare mondial et de modèle pour la SF, la SF française a décliné, sans doute parce que l'image de la science et du progrès technologique a été perçue de manière négative entre les deux grandes guerres.. Après 1945, sous l'impulsion de la SF anglo-saxonne, une sorte de renaissance de l'imaginaire lié à la spéculation sur le futur et les virtualités a vu le jour.. Mais très tôt, après un bon début, où l'on trouve des auteurs comme Gérard Klein, Stefan Wul ou Charles Henneberg, les vieux démons de la SF française ont repris le dessus dans les années 80.. Les auteurs de SF ont alors cru qu'ils devaient écrire comme ils imaginaient qu'écrivent les auteurs de.. mainstream.. C'est-à-dire qu'ils ont joué à “faire l'écrivain” au lieu de se colleter à la réalité pour lui donner forme.. D'où un nombrilisme exaspérant, et des prétentions risibles, à la Curval, aboutissant à des amphigouris qu'ils prennent pour de la subtilité.. Ces jeux narcissiques ont longtemps éloigné les lecteurs de tout ce qui, de près ou de loin ressemblait à une SF française.. Celle ci semblait prendre un plaisir suicidaire à ne plus se présenter comme de la SF, et croyait ainsi naïvement faire son entrée en littérature.. Brussolo a été connu par sa dixième nouvelle publiée Funnyway qui a gagné le grand prix de la SF française dans sa catégorie, et a été publiée dans une anthologie de jeunes auteurs.. Futurs au présent.. chez Denoël en 1978.. Jusque-là, il n'était connu que des lecteurs de quelques fanzines.. À partir de 1978, il va entamer une série de recueils de nouvelles, avec.. Vue en coupe d'une ville malade.. , et.. Aussi lourd que le vent.. , qui est aussi le titre de l'une des plus extraordinaires nouvelles post (ou para) ballardienne que je connaisse.. En somme, Brussolo a commencé, en SF, dans le sillage en apparence “très français” d'une SF qui présente une grande maîtrise de l'écriture, et se gargarise de la virtuosité de ses jeux sur les signifiants.. On comprend qu'il ait pu séduire alors les éditeurs, influencés par cet aspect littéraire.. À y regarder de plus près cependant, et avec le recul, on s'aperçoit que la véritable originalité de Brussolo n'est pas là.. Sinon, comme bien d'autres, il aurait sombré dans un juste oubli, fasciné par son image d'écrivain dans un miroir.. Certes, la maîtrise est là, comme la virtuosité rhétorique, mais elle apparaît par endroits comme un carcan.. Très tôt, et dès le premier roman.. Sommeil de sang.. — un chef-d'œuvre de la SF — on va s'apercevoir que ce qui fait son originalité, ce qui est fascinant c'est sa manière d'explorer les territoires d'un imaginaire, si luxuriant qu'une jungle semble, en comparaison, aussi ordonnée qu'un échiquier.. Cette puissance, cette capacité d'invention d'images, de situations à la limite du délirant — et qui apparaissent comme des morceaux de chair arrachés crus à des territoires oniriques — envoûte littéralement.. L'univers brussolien est aussi indescriptible que celui de Lewis Carroll.. Ce rapprochement, pour saugrenu qu'il soit, n'est pas arbitraire.. Comme le père d'Alice, Brussolo explore un univers onirique avant tout.. Il en décrypte les  ...   en question erre sous la forme de grotesque père Noël dans une fabrique de jouets.. On retrouve ici le rapport traumatisé à l'enfance déjà entrevu dans.. Portrait du Diable en chapeau melon.. Le syndrome du scaphandrier.. , on rencontre une thématique parallèle.. Le héros est un chasseur de rêves.. il plonge chaque nuit au plus profond du sommeil pour ramener ce que Borges dirait des “hronirs”.. , à savoir d'étranges objets “hors de ce monde”, qu'il vend à d'avides collectionneurs.. tout cela n'est-il qu'une maladie de son imagination ? Cependant les “objets trace” sont bien là.. On peut voir dans ce récit le cœur de la thématique onirique de Brussolo.. Comme le plongeur, Brussolo se déplace au centre d'un univers onirique.. Mais, comme les paysages technologiques de Ballard, cet univers n'est pas simplement un univers personnel.. Brussolo y croise des mythes, ceux d'un ancien mode comme ceux d'un “futur proche”.. Les débris sont ceux à la fois des mondes anciens de l'imaginaire et des spéculations à court ou moyen terme.. Ses personnages y percutent des bribes de réalités incongrues, venues des musées imaginaires, des rencontres que les surréalistes n'auraient pas reniées.. Ils y croisent les univers de René Magritte, de Max Ernst, de Maurice Escher, de Paul Delvaux et de Salvador Dali.. Ils y rencontrent et se procurent les plus beaux morceaux parmi les bribes de mondes rêvés par Cyrano de Bergerac, Swift ou Lucien de Samosate.. Ils y côtoient les personnages du.. Festin nu.. The Naked Lunch.. ) de William Burroughs et y lutinent les filles fleurs des légendes moyenâgeuses.. L'ordre qui règne dans cette luxuriance et ce capharnaüm apparent est celui, protéiforme, du désir d'écrire.. Et la SF en est le matériau privilégié.. Brussolo l'inclassable.. Auteur prolifique, polyvalent et pourtant secret, Brussolo demeure inclassable si on tente de le situer dans la SF française.. Il prend cependant une dimension intéressante si on le situe au plan de l'évolution globale du champ de la SF.. Comme Jack Vance, il propose des planètes folles avec des histoires de quête : mais le récit n'aboutit pas à une conclusion euphorique malgré des développements en buissonnement.. Comme Sheckley, il a le chic pour inventer des situations d'incongruité totale, mais il possède un autre genre d'humour que l'acide Sheckley.. Comme Van Vogt, il possède le génie de l'hypercomplication, et même l'aspect de “gâcheur cosmique” que reprochait Damon Knight à l'auteur étatsunien.. Tous deux, en effet, ont parfois du mal à structurer leurs textes selon une belle rhétorique fictionnelle.. Voilà un inventaire superficiel et contrasté des sources “culturelles” qui l'ancrent dans la bonne vieille SF.. Mais il ne s'y cantonne pas.. Brussolo tente de faire coïncider la mise en fiction de ses fantasmes personnels — touchant à l'enfance, à la peur de la folie, à l'irruption de l'inimaginable.. , et l'exploration des fantasmes collectifs que la SF a inventée dans le cadre du développement de la culture qu'elle a imposé à l'imaginaire occidental.. Sous cet angle, il se présente comme un avatar singulier de J.. G.. Ballard, bien qu'il s'en distingue sur le plan de la technique littéraire, qui est beaucoup plus “littéraire” chez J.. Ballard.. Cela ne marque pas chez Brussolo un manque de savoir faire, car il a entamé sa carrière de nouvelliste par des œuvres extrêmement ciselées, et très ballardiennes.. C'est que son imaginaire requiert un flux torrentiel, afin de pouvoir briller de toutes ses facettes.. Ce n'est que dans un amoncellement échevelé d'images qu'il peut emporter, presque d'inconscient à inconscient, le lecteur dans des abîmes d'émerveillement, ou de perplexité.. [17].. Cela étant, les goûts des lecteurs français et du marché anglo-saxon ne coïncident pas toujours.. La France a fait de Poe un grand poète, de Van Vogt et de PK Dick des auteurs d'exception, alors que les Anglo-Saxons les regardaient avec un rien d'incompréhension.. Il est donc possible, en revanche, que Brussolo, par des qualités qui le rapprochent des deux derniers auteurs cités, demeure une énigme, ou ne séduise pas les éditeurs de la SF anglo-saxonne.. Le cas d'Élisabeth Vonarburg est intéressant.. Française devenue québécoise, elle écrit en français.. Après une carrière remarquable dans cette langue avec des nouvelles et des romans primés, elle a fait traduire ses textes.. Ceux ci ont été extrêmement appréciés par les Anglo-Saxons.. Elle est maintenant présente sur les deux marchés, et dans les deux langues.. Mais cela lui demande un double travail, et donc freine sa créativité fictionnelle.. Je ne m'intéresserai ici qu'à la dimension de science-fiction de son œuvre.. Comme les auteurs étatsuniens, il a exercé divers petits.. jobs.. avant de vivre de sa plume.. Il existe aussi un autre auteur de SF qui touche à de nombreux genres, mais semble maintenant se spécialiser dans le roman policier, c'est Pierre Pelot.. nº 16 juin 1984.. Dossier Brussolo ;.. nº 44 juin 1988.. Québec.. ;.. nº 24, 1990 Bruxelles.. Alain Sprauel,.. Bibliographie de Serge Brussolo.. BOZZETTO (Roger).. La SF comme sujet d'une métamorphose : le cas de S.. Brussolo ,.. Cahiers du CERLI.. nº 13.. P.. U.. de Reims.. 1987.. 45-60.. C'est, après Michel Jeury, le seul cas connu d'un auteur français de SF analysé dans le cadre d'une revue de ce type.. Tous les auteurs français de cette époque ne sont pas à mettre dans le même panier et les lecteurs ont effectué un tri.. On a pu lire avec admiration certains ouvrages de Michel Jeury, de Francis Berthelot, de Jean Claude Dunyach ou de Jacques Barberi.. Mais, aujourd'hui, soit ils ont abandonn é la SF comme Michel Jeury, soit ils trouvent peu de débouchés.. ADAMS (Douglas).. Globalement inoffensive.. Denoël (.. Mostly Harmless.. Heinemann London.. 1992).. WELLS (HG).. The time machine.. BEAR (Greg).. Eon.. , ou mieux.. l'Envol de Mars.. Moving Mars.. ), Tor, NY 1993.. Ce sont surtout des textes publiés dans la collection populaire du Fleuve Noir Anticipation.. De ce point de vue, une comparaison avec Stephen King serait pertinente.. BORGES (Jorge Luis) Tlön Uqbar Orbis Tertius in.. Fictions.. Dans une de ses dédicaces Brussolo indique à propos de ce texte qu'il s'agit peut- être d'une “autobiographie rêvée” (?).. Le Carnaval de fer.. l'Homme aux yeux de napalm.. et.. sont des textes publiés dans la collection Présence du Futur chez Denoël.. Une collection moins populaire que le Fleuve Noir Anticipation , et Brussolo y travaille en général plus ses textes, car il en publie moins.. KNIGHT (Damon).. Cosmic jerrybuilder : A.. E.. Van Vogt.. in.. In search of Wonder.. Advent.. Chicago.. 1967.. 46-62.. Ces fantasmes donnent lieu à un traitement spécifique étonnant dans ses textes fantastiques et d'horreur, que je n'examine pas ici.. Voir Érotisme et horreur moderne in Roger Bozzetto,.. Territoires des fantastiques.. , Presses de l'Université de Provence, 1998.. Ce qui le rapprocherait de Van Vogt.. dimanche 29 octobre 2000 —.. dimanche 29 octobre 2000..

    Original link path: /archives/bozzetto/ecrits/auteurs/brussolo.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Bozzetto/Écrits/William S. Burroughs | Quarante-Deux
    Descriptive info: William S.. Burroughs.. Burroughs : le scribe halluciné.. Américana.. , cahiers C.. R.. L.. H.. -C.. I.. O.. , nº 9, l'Harmattan/Université de la Réunion, novembre 1994, p.. 201-216.. es États-Unis d'Amérique occupent, depuis leur création, une place particulière dans la géographie, aussi bien réelle qu'imaginaire, de la littérature.. Comme l'a montré B.. Terramorsi, c'est par la littérature que les États-Unis s'inventent une genèse et un ancrage dans l'espace, et ce paradoxalement, par le biais des figures de l'errance et du sommeil, de Peter Rugg et de Rip Van Winkle.. Mais cette genèse et cet ancrage, dans la mesure où ils sont surtout imaginaires, sont toujours à réactualiser à travers des inventions nouvelles.. Les écrivains étatsuniens s'y attachent, tantôt en mythifiant l'Histoire afin de lui donner un visage acceptable — en inventant le western ou avec.. Autant en emporte le vent.. — tantôt en s'appuyant sur les créations de la littérature de masse, sorte de remugle d'univers socio-symboliques en gestation, comme le roman policier ou la science-fiction.. Dans les deux cas, ils se servent de matériaux socio-facturés pour tenter de donner forme avec ces masques fantasmatiques, comme un scribe avec ses hiéroglyphes, à une réalité fuyante et donc angoissante, celle des États-Unis comme univers halluciné.. C'est aussi ce qu'ont réussi à construire deux auteurs de la génération des années soixante, Thomas Pynchon et William Burroughs, dont un ancien roman,.. Le festin nu.. , a été porté à l'écran.. Ni Pynchon ni Burroughs ne sont des écrivains de science-fiction spécifiques.. , et tous deux se servent, d'une manière très différente d'ailleurs, des matériaux que la production immense de ce genre a mis dans l'imaginaire social global.. Alors que les auteurs du passé se servaient jusqu'ici des mythes anciens pour en les réactualisant, donner une figure et un sens au présent, Burroughs utilise les formes, les idées, les images et les concrétions oniriques que la masse des auteurs de science-fiction a produites depuis que ce genre existe, afin de donner à voir, la réalité hallucinante des États-Unis.. Pourquoi cette démarche vaut elle particulièrement aux USA, et comment se marque cette démarche de l'écrivain américain ?.. État des lieux.. Un extraterrestre qui voudrait rendre compte de la singularité des États-Unis aurait de quoi pavoiser.. Voilà un territoire à géométrie variable dans un temps assez court, et qui se situe dans un espace fragmenté, avec un grand conglomérat d'États contigus un appendice insulaire à Porto Rico, un autre à Hawai, et un finistère en Alaska.. C'est un territoire sans langue propre, bien que l'anglais ait été choisi comme langue administrative contre le français il y a deux siècles et que l'espagnol est en train de s'y installer.. Il n'existe pas de nom dans leur langue pour désigner les habitants de ce conglomérat, pas plus qu'ils n'en ont pour se désigner eux-mêmes, sauf le générique américains , qui englobe aussi bien les Canadiens que les Argentins.. En revanche les peuples américains de langue hispanique les distinguent, soit par le surnom de gringos.. , soit par l'adjectif qui renvoie à leur origine — statunitense — que l'on devrait adopter en français et traduire par étatsunien.. C'est de plus un territoire qui garde en son sein, comme trace et comme cicatrice récente.. , le fait que les premiers habitants du lieu, les Indiens — nommés ainsi par erreur — porteurs d'un rapport écologique sain à la Nature, sont réduits à un statut de non-êtres, dans des “réserves”.. C'est enfin un domaine qui contient, dans une grande partie de son espace — le Sud et les ghettos des grandes villes — une population anciennement importée comme esclave, et qui est encore maintenue dans un statut d'infériorité.. Cette double blessure, écologique et économique a été thématisée sur le mode de la souillure récemment encore par Faulkner.. Par ailleurs, ce territoire, qui forme un pays, ne s'articule pas autour d'un vrai mythe fondateur.. Les pèlerins du.. Mayflower.. sont certes honorés comme les premiers arrivés, mais si Salem apparaissait bien à leurs yeux comme la nouvelle Jerusalem, ce n'est plus le cas.. Washington, Lincoln, ou même J.. Kennedy, pour prendre quelques figures où les étatsuniens se reconnaissent, sont perçus par endroit comme des “héros” historique mais n'ont pas un statut de fondateur ou de refondateur mythique.. Pour pallier l'absence d'un mythe qui les inscrirait glorieusement dans l'Histoire, les USA se reconnaissent dans la dimension d'un mythe original, celui de la frontière, de l'appel vers le futur, qu'ils ont matérialisé en installant une statue, dite de la Liberté, à l'entrée d'un port où étaient censés pouvoir aborder les émigrants du monde entier et en s'autorisant d'eux-mêmes à se présenter comme les guides de la “civilisation” (occidentale) vers le futur.. Mais les mythes tournés vers le futur sont tout aussi ambigus que ceux qui remontent du passé.. Comme le montre Melville dans.. Mardi.. , en décrivant l'île de Vicenza, allégorie des USA, les apparences “whitmaniennes” sont extrêmement trompeuses : sous le masque de la beauté et de la liberté se cachent des pratiques immondes.. Cette évidence sera reprise et orchestrée de façon plus étoffée et plus réaliste par Dos Passos, qui alternera systématiquement le factuel des.. new reels.. , des pages de publicité avec le montage d'histoires et d'itinéraires personnels dans sa trilogie.. USA.. La littérature d'imagination d'alors, celle d'un Edgar Rice Burroughs avec ses Tarzan et ses.. Dieux de la planète Mars.. , de Lovecraft avec ses entités innommables venues d'Outre espace, de Williamson et de sa Légion de l'espace, ou même de Van Vogt avec.. La faune de l'espace.. semblent bien loin des préoccupations des auteurs précédemment cités et de leur volonté de dénoncer l'hypocrisie engendrée par le système politico social des USA.. C'est pourtant de cette science-fiction de l'âge d'or des années 30 que se nourrira l'imaginaire de William Burroughs dans sa volonté de combat qui passe par une “guerre des images”, afin de démythifier les représentations idylliques et idéologiquement orientées que les USA offrent comme modèle, par le biais du cinéma et de la télévision — et qui manipulent l'ensemble de la planète, créant des mirages et des attentes semblables à un état de manque pour des drogués.. Burroughs et la science-fiction.. La présence de la science-fiction chez cet auteur est massive, reconnue, et elle se situe à divers niveaux, thématiques et formels.. Malgré cela les critiques de science-fiction, qui sont en général prêts à annexer à leur domaine des auteurs moins imprégnés de culture spéculative, l'ont négligé.. Sauf erreur, on ne trouve aucun article sur Burroughs dans.. Science-Fiction studies.. , et un seul dans.. Extrapolation.. Par ailleurs, les articles sur Burroughs qui sont écrits par des critiques qui ignorent la science-fiction, n'en reconnaissent pas les traces et voient dans certains “collages” de textes de science-fiction, qu'ils ne connaissent pas, des inserts oniriques ou des produits d'une imagination délirante.. Burroughs connaît la science-fiction : il l'a dit, il a préfacé des textes d'auteurs de science-fiction, et on trouve dans ses œuvres des références directes sous forme de collages, par tout une thématique qui y renvoie et par un vocabulaire qui y fait souvent référence.. Les Garçons sauvages.. les héros lisent.. Amazing Stories.. , ou.. Adventures stories.. 121, 207) Dans.. Le ticket qui explosa.. on trouve une citation de.. Fury.. de Kuttner avec nom d'éditeur et pagination (p.. 39).. On ne compte pas les allusions à des thèmes de science-fiction : les envahisseurs, les mutants, les virus extra terrestres, la manipulation de la réalité etc.. Cette importance quantitative est exceptionnelle chez un auteur qui ne se veut pas auteur de science-fiction — et qui n'est d'ailleurs pas publié dans les revues spécialisées.. Mais cela n'explique en rien l'usage qu'il en fait : elle n'est pas simplement un gadget ornemental.. On postulera que cette présence est un moteur de la fiction de Burroughs, et un moyen pour lui de cerner de près la réalité fantasmatique du monde qu'il dépeint.. La science-fiction dans l'œuvre romanesque de Burroughs.. Elle ne prend pas toujours les mêmes formes et n'intervient pas toujours avec la même densité.. Dans le “quartet” dont parle Palumbo, et qui comprend.. Nova express.. La machine Molle.. , la présence de la science-fiction est centrée sur un nombre précis de thèmes.. Dans la seconde tétralogie, qui est composée de.. Exterminateur.. Havre des saints.. Les cités de la nuit écarlate.. la thématique de la science-fiction, toujours présente est plus erratique.. Le premier “quartet” met en scène le fonctionnement dystopique des États-Unis, dépeints dans la perspective d'un.. soft totalitarism.. que les héros présentent souvent comme hallucinant.. [18].. Dans le second c'est plutôt la révolte en acte.. D'un point de vue thématique on retrouve dans le premier quartet l'utilisation du vampirisme psychique, que E.. F.. Russell avait exploité avec bonheur dans.. Guerre aux invisibles.. [19].. Mais aussi celui des envahisseurs dans le cadre de :.. « Ce qui semble être un programme soigneusement appliqué, le projet d'invasion de la planète » (.. Ticket.. 35),.. en articulant le thème du vampirisme aux découvertes récentes de la biologie :.. « Ce que le virus veut détruire ce sont les centres de régulation du système nerveux » (.. 36).. Burroughs se sert aussi du vocabulaire et des situations de la vieille science-fiction pour décrire en termes qui deviennent hallucinés des scènes de la banalité quotidienne :.. « Ses yeux en métal brûlant poignardaient l'officier au cœur d'une planète chaude et bleue — l'officier recula dissolvant toutes ses connexions avec la Planète Bleue, des connexions créées par le mannequin parasite qui avait pénétré dans son corps à la naissance » (.. 87).. Mais ces thèmes de l'invasion et de l'emprise de la manipulation, sont reliés à une dimension de dénonciation sociale, les complots des Uraniens ou des Vénusiens sont le simple masque du Conseil :.. « Le Conseil est un groupe représentant le gros fric international, qui a l'intention de s'emparer de l'espace et de le monopoliser » (.. 199).. On le voit l'osmose entre l'univers de la science-fiction et celui où déploie ses thèmes Burroughs sont proches, au point qu'il en annonce lui même la connivence :.. « Combien de temps pourrais-je tenir, je ne sais pas.. Les réserves d'oxygène sont épuisées.. Je suis en train de lire un roman de science-fiction qui s'intitule.. Assez proche dans l'ensemble de ce qui se passe ici.. Alors de temps en temps je fais semblant de croire que cette scène d'hôpital n'est qu'une scène coincée dans un vieux livre lointain » (.. 15.. D'un point de vue formel, on notera que cette première tétralogie donne à lire de textes où la proportion de.. cut up.. et d'autres techniques de manipulation textuelles par Burroughs est très forte.. L'oppression est donc présentée au plan thématique, puisqu'elle est le sujet des romans, mais elle est présentée dans des ouvrages qui eux-mêmes manipulent dans leur textualité les informations qu'ils utilisent.. Ils la distordent,  ...   dire que Burroughs “récrit” les textes d'un Van Vogt, le représentant le plus abouti de cette science-fiction héroïque.. Mais le texte burroughsien est comme l'univers de Van Vogt translaté dans les plages d'un univers à la Kafka (d'ailleurs présent dans.. Nova Express.. en tant qu'avocat et en avec un texte inséré tiré du.. Procès.. 144).. Parce que nous nous situons alors dans un monde décrit comme post-gutembergien, pour parler comme Mac Luhan.. Un monde mac luhanien, conçu comme la mondialisation du.. Panopticon.. de Bentham, avec la Police Nova qui réalise techniquement les rêves fous du.. Big Brother.. d'Orwell.. [29].. Par les innovations techniques de l'électronique, la réalité peut être “rewritée” par un “centre” qui, comme le dieu de Pascal n'est qu'une circonférence insituable, mais qui règle tout.. Le texte burroughsien proclame que le réseau immense, les interconnexions qu'a établies la science-fiction sont telles que rien ne lui échappe : elle devient le principe organisateur du texte, et dans le simulacre qu'il propose, une clé explicative pour la réalité du “film Dieu”.. Le présent n'est compréhensible qu'à travers les grilles d'interprétation fournies par la science-fiction — beau retournement ! La “distanciation cognitive”, qui définit le genre, se charge d'un sens nouveau, et paradoxal.. Comment s'effectue ce renversement ? Dans les textes de la science-fiction classique, comme d'ailleurs dans la littérature en général, ce qui importait — avant Joyce — c'était le développement d'un thème, d'un personnage.. Comme le rappelle Burroughs :.. « L'écriture est encore confinée dans la camisole des représentations séquentielles du roman, forme aussi arbitraire que le sonnet, et aussi éloignée des faits réels de la perception et de la conscience humaine » (.. 18).. La science-fiction, si elle avait depuis les années trente donné lieu à une gigantesque efflorescence de l'imaginaire, à des paranoïas techniques, des fantasmes de domination de l'univers et des gadgets sidérants, avait toujours coulé dans les mêmes moules leur advenue dans le récit.. Burroughs va utiliser les techniques modernes de construction/déconstruction du récit pour créer des textes qui permettront dans un premier temps une libération ces concrétions oniriques et fantasmatiques de la science-fiction.. Ainsi dégagées de leur gangue, elles vont pouvoir être utilisées à des fins plastiques et nourrir la guerre que mène Burroughs contre “le film Dieu” — c'est-à-dire les représentations totalitaires et hypocrites de “la réalité”, qui prend sa source dans le monde étatsunien.. Le texte burroughsien ainsi nourri devient un dispositif à produire et à susciter d'autres virtualités de la réalité, et surtout en exhibant ses procédés, à démonter les procédés qui concourent à l'élaboration du “film Dieu”.. L'écriture devient ainsi à la fois moyen et but.. Le texte ne décrit pas une autre réalité (imaginaire et thématisée comme telle, comme le faisait la science-fiction), il donne à produire une réalité “alternative”, et permet éventuellement de prolonger l'expérience, puisqu'il propose la maîtrise des dispositifs.. [30].. Ainsi il permet, par le moyen de cette œuvre iconoclaste, de combattre le discours dominant, en en faisant éclater la fausse rationalité, le désir de contrôle des sources vives et des rêves mêmes qu'il asservit au règne de l'ordre impérialiste marchand.. Pour ce faire, il convie à une certaine interactivité lecteur/producteur d'images et de textes.. Ainsi, comme le souhaitait Lautréamont « la poésie sera faite par tous et non par un ».. Burroughs, comme les écrivains beatnicks ses amis, comme plus tard la vague hippie, a tenté de donner forme à un monde qu'il imaginait différent des programmes de vie standardisés qu'offrent les discours dominants du “centre” étatsunien de la “civilisation” occidentale.. Il l'a fait en allant plus au cœur des choses que nul autre auteur étatsunien de son époque, plongeant dans les affres des univers des drogues et du système politico-mafieux qu'elles engendrent, aussi cauchemardesque qu'un univers de drogué en manque.. Sa maîtrise de l'imaginaire et des mythologies de la science-fiction lui a permis de donner une forme plastique sidérante à cette “traversée des apparences”.. Mais il ne s'en est pas tenu au simple journal de bord d'un voyage au centre de la nuit, il en a tiré des conséquences littéraires et politiques au plan théorique et pratique, qui font de lui le scribe halluciné de la réalité étatsunienne, en poussant à leur paroxysme les démarches dénonciatrices des écrivains de la génération précédente comme Steinbeck et Dos Passos.. Bibliographie des textes de William Burroughs cités.. Gallimard.. 1964.. Paris.. Olympia press.. 1959).. La machine molle.. C.. Bourgois.. 1968.. The Soft Machine.. 1961.. 1969.. The Ticket that exploded.. 1962.. 1970.. New York Grove press.. 1973.. Wild Boys.. A Book of The Dead.. New York Grove Press.. 1971.. 1974.. Exterminator.. New York.. Viking press.. La guérilla électronique.. Champ libre.. 1976.. Flammarion, 1976.. Port of Saints.. London Calder 1983.. 1984.. Cities of the Red Night — A Boy's Book.. New York Holt Rinehart.. 1981.. B.. Terramorsi, « Le rêve américain, notes sur le fantastique et la renaissance aux États-Unis.. ».. Europe.. nº 707, mars 1988, p.. 12-26.. Ils réagissent ainsi très différemment des écrivains des Mascareignes qui inventent un mythe fondateur, celui de la Lemurie, qui apparaît dans ces îles de peuplement récent, et sert à instaurer des ancêtres venus “du fond des âges” (et de l'Océan) pour se porter garants d'une véritable autochtonie.. Voir sur ce sujet : JL Joubert.. Littératures de l'Océan Indien.. Edicef/Aupelf.. 1991.. La bibliographie de William Burroughs figurera en fin de texte.. Bien que tous deux figurent dans le.. Twentieth-Century Science-Fiction Writers.. Saint James Press Chicago/London, third ed.. Pour Burroughs p.. 106-108, Pour Pynchon p.. 647-649.. Nous n'étudierons pas ici le cas de T.. Pynchon, qui semble être surtout étudié (et il l'est de plus en plus, par les critiques de science-fiction) en relation avec le postmodernisme.. Par exemple dans Lance Olsen.. Ellipse of Uncertainty : An Introduction to Postmodern Fantasy.. Westport.. CT Greenwood Press, 1987.. Qui a pour origine les guerres entre les USA et le Mexique du siècle dernier, qui ont abouti à l'annexion par les USA des territoires mexicains du Texas et de la Californie, entre autres.. Les soldats étatsuniens marchaient à la bataille en chantant « Green grow the hills… » ce qui entendu par des oreilles hispaniques a donn é gringos.. Les dernières guerres indiennes datent de la fin du siècle dernier, avec les Indiens dans la même infériorité technique au point de vue des armes que les londonniens devant les “marsiens” de Wells dans.. La guerre des Mondes.. , de la même époque (1895).. Cela est très visible dans le recueil/roman.. Descends Moïse.. Sur cette question voir R.. Bozzetto, « Faulkner nouvelliste : un conteur d'Histoire ».. nº 753-754, janvier 1992, p.. 98-109.. Quant à Salem, loin de briller comme une nouvelle Jerusalem, elle apparaît surtout comme le lieu d'exacerbation d'un puritanisme fou, d'une ignoble chasse aux sorci ères, et garde des relents de bûchers.. On connaît la célèbre réponse d'Hailé Sélassié, le Roi des rois, à qui on demandait ce qu'il pensait de la civilisation occidentale : « Ce serait une bonne idée ».. Voir R.. Bozzetto,.. « Melville : exotisme et utopie » s.. nº 744, avril 1991 p.. 9-18.. Dos Passos : la trilogie.. USA : 1919.. 42.. parallèle.. La grosse Galette.. Dans Les garçons sauvages.. Havre des saints.. Burroughs retrouvera cette technique du montage alterné.. E.. Burroughs.. Les dieux de la planète Mars.. (1913) A.. Van Vogt.. the Voyage of the Space Beagle.. (1939-1950)).. J.. Williamson.. La légion de l'espace.. Legion of Space.. 1934).. Pierre Dommergues dans sa thèse.. L'aliénation dans le roman américain.. , UGE (10/18) 1978 consacre 200p à Burroughs et s'intéresse à ses sources.. Donald Palumbo William Burroughs' Quartet of Science Fiction Novels as Dystopian Satire ,.. Vol.. 20, nº 4, p.. 321-329.. Burroughs joue avec le matériau de science-fiction, un peu comme déjà Cendrars inventant le cut up pour créer des poèmes avec les textes de Gustave Le Rouge.. Voir Blaise Cendrars.. Kodak.. , op cit, p.. 108 Russell Blackford classe les textes de Burroughs en SF ou non-SF.. Elle exclut de la SF.. , sans fournir la moindre raison.. On préférera penser que nous avons deux “quartets” qui se répondent comme en témoigne la présence du thème commun de la Marie Céleste , d'Audrey Carson et des garçons sauvages.. Les dystopies classiques, comme.. Nous autres.. d'E.. Zamiatine,.. de G.. Orwell présentent la coercition comme la règle : il s'agit d'un.. hard totalitarism.. Dans le.. , que l'on peut faire remonter à A.. Huxley et au.. Meilleur des mondes.. , par les drogues et un bon conditionnement, on peut arriver à faire fonctionner la société et la plupart des individus qui la composent dans un “bonheur” que seuls quelques-uns trouvent “insoutenable” pour renvoyer au titre.. Un bonheur insoutenable.. de I.. Levin, qui d écrit une dystopie de ce genre.. Eric Frank Russell.. Sinister barrier.. 1939) Deno ël 1971.. Parfois avec ses “zones d'illisible”, comme le signale Palumbo.. Et dont on se demande si celles-ci tiennent à la réalité sociale “illisible” ou si c'est une scorie de la technique du cut up.. Ce que Burroughs nomme “le studio réalité” Voir.. Nova Express.. 12.. Denis.. Une aube malade.. Le Colloque de Tanger.. : « Burroughs considère.. comme une sorte d'utopie » p.. 121.. Farmer (PJ).. La jungle nue.. A feast unknown.. , 1968) Chute libre 1974.. On ne peut que s'étonner de ces prémonitions de la tonalité, joyeuse et sanglante à la fois, qui est celle des émeutes dans les quartiers défavorisés des USA (Los Angeles 1992 par exemple), ainsi que du r ôle que joue la télévision, miroir démultiplicateur/incitateur/fascinant/horrifiant.. On s'étonnera de ne pas trouver des allusions à l'utilisation par Burroughs de toute l'imagerie que véhicule la sub-culture homosexuelle.. En fait, elle est partout présente dans l'œuvre au même titre que la science-fiction.. Celle-ci permet parfois une fantasmagorisation des attitudes et des représentations homosexuelles, en les projetant dans l'espace cosmique.. De plus nombre d'images venues de la science-fiction sont “détournées” du puritanisme inhérent à la science-fiction étatsunienne d'avant les années 60, et servent à certaines constructions fantasmatiques délirantes, comiques ou absurdes, en liaison avec cette présence d'une homosexualité et d'une misogynie exhibées.. Mais ceci relèverait d'une étude sp écifique.. C'est aussi ce que remarque Russell Blackford à propos des.. Cités de la nuit écarlate.. , in.. Science fiction writers.. op cit p.. 108.. Burroughs « La drogue est le produit idéal, la marchandise par excellence.. Nul besoin de boniment pour séduire l'acheteur.. le trafiquant ne vend pas son produit au consommateur, il vend le consommateur à son produit ».. Le festin nu.. 3.. On notera l'importance du vocabulaire et des découpages cinématographique chez Burroughs.. Là aussi on peut se référer à Dos Passos.. Au texte idéaliste de Mac Luhan.. Guerre et paix dans le village global.. (1968) répond d'ailleurs de W.. Burroughs : «.. est un bleu, un manuel de bricolage.. livre de recettes ».. 244.. samedi 23 décembre 2000..

    Original link path: /archives/bozzetto/ecrits/auteurs/burroughs.html
    Open archive
  •  

  • Title: Archives stellaires/Bozzetto/Écrits/Adolfo Bioy Casares | Quarante-Deux
    Descriptive info: Adolfo Bioy Casares.. Adolfo Bioy Casares : le robinson d'un cosmos privé.. I.. l n'est pas incongru d'analyser comme avatar robinsonnien le récit de l'invention de Morel.. Mais il est tentant de voir en ce texte l'échec ou la réussite (selon) d'un projet fou où le désir est en jeu, qui consiste à tenter de donner une solution technique pour pallier l'échec d'une relation amoureuse, ce que Lester Del Rey à sa manière a réussi avec.. Helen O'Loy.. Certes, ici, le héros-narrateur n'est pas un vrai naufragé, et les solutions techniques ne sont pas données comme appartenant au monde de référence du narrateur.. De plus, à la différence de celle de Robinson l'île n'est pas toujours déserte.. Il ne la cultive pas, et loin de rechercher un profit matériel, il se détruit, s'insinuant, par effraction, dans une histoire d'amour impossible.. Toute vie humaine disparaît à nouveau sur l'île, n'y laissant en activité que des machines à illusion et un manuscrit.. La vitalité d'une situation narrative se révèle quand elle permet la création de récits nouveaux, qui ne soient pas des clones du “père des récits” — pour employer une expression d'Italo Calvino —, et qui est ici le Robinson de Defoe.. Quel qu'en soit le développement nous avons bien affaire ici au récit de la rencontre d'un personnage avec une île, c'est-à-dire à la matrice de tous les récits de ce type.. Ce pourrait d'ailleurs être une autre planète, d'autres lois, et des machineries incompréhensibles laissées par une race antérieure.. Nous sommes bien dans un univers de SF.. Et l'objet de l'ouvrage est bien de nous confronter d'une part à l'altérité, d'autre part à un stratagème qui confine à la démence pour tenter de répondre à l'incommunicable de la passion, par des moyens scientifiques.. Cependant la lecture première est celle d'un avatar de la robinsonnade.. Mais ce n'est ni la seule ni la plus intéressante.. La figure du robinson a, elle-même, une préhistoire.. De plus les traitements modernes qui en exploitent les multiples possibilités sont légion.. Chaque époque a donc utilisé à sa manière les aspects de ces situations, qui prenaient leur source dans la réalité empirique — celle des voyages maritimes — pour construire des récits où se lisent souvent ses préoccupations, ou ses représentations idéologiques.. L'aventure du naufrage a pendant longtemps relevé de la vie réelle et risquée des matelots et des marchands parcourant toutes les mers du globe, depuis les Phéniciens jusqu'à naguère.. L'atterrage d'un marin naufragé sur une plage en est l'issue la plus heureuse.. Cette arrivée du naufragé se présente de manière différente selon qu'il aborde un continent ou une île.. L'île est en effet un lieu ambigu : elle représente à la fois la terre comme limite et l'océan comme seul horizon.. Le continent laisse imaginer la rencontre d'autres hommes, le retour à la civilisation.. C'est ainsi que le chante Homère, montrant Ulysse épuisé sur le rivage et y trouvant Nausicaa qui l'emmène au palais de son père, où il fera le récit de ses multiples aventures.. Pour ce qui regarde les îles, rien n'est moins sûr : elle peut se révéler déserte, ou receler des monstres.. Déserte, et c'est le drame — ou peuplée de monstres, et c'est l'horreur.. l'Invention de Morel.. , le narrateur affronte l'impensable, puis s'y englue, après l'avoir en vain maîtrisé.. Cette situation de la rencontre entre le naufragé et l'île, répétée dans de nombreux récits, se constituera en un thème littéraire, dont la constellation de signifiants comprendra la mer, le naufrage, la rencontre de l'île, sa conquête éventuelle, et son appropriation selon diverses modalités.. On se souvient des nombreuses ruses de Sinbad pour chaque fois quitter l'île et s'en retourner riche de récits et de trésors.. On n'a pas oublié la magie de Prospero, qui dépouille Caliban et sa mère de l'île où ils régnaient.. Cependant, au XVIII.. siècle, avec la création du personnage de Robinson, un développement neuf est donné à ce thème qui devient même le moteur d'un type de récit particulier : la robinsonnade.. Le voleur des trésors monstrueux se transforme en un propriétaire terrien, qui finira par affermer son domaine.. On ne compte plus les diverses moutures de ces robinsonnades, ni même leurs parodies.. Ainsi la Suzanne de Giraudoux, qui se moque de peu d'imagination de Robinson : pourquoi travaille-t-il durement à faire pousser du blé européen au lieu de manger les bananes qui mûrissent au-dessus de sa tête.. ?.. La littérature d'aventures et de voyages, réels ou imaginaires a largement exploité de façon à l'orienter — d'un point de vue pédagogique comme chez Jules Verne, ou métaphysique chez William Golding — les divers jeux des signifiants de ce riche complexe thématique.. Parfois en supprimant certains éléments, comme la solitude du rescapé, — en naufrageant une famille ou des groupes, — parfois en y ajoutant de curieuses variantes comme Wells avec.. L'île du docteur Moreau.. Là, le narrateur, Prendick, est abandonné après un naufrage, sur une île qui n'a été déserte qu'un temps, avant que le docteur Moreau, devenu un paria de la science officielle, ne la transforme en “station biologique” pour ses expériences.. Il en va de même dans.. L'invention de Morel.. , où un exilé volontaire et sans nom va se trouver amené, comme Prendick, à découvrir les mystères d'une île, à la fois déserte puis soudainement peuplée.. Une île hantée, non par des sauvages occasionnels qu'il pourrait “civiliser”, comme Vendredi dans.. Les aventures de Robinson Crusoë.. , ni d'“humaninaux” comme chez Wells, mais de quelque chose de plus extraordinaire, qui pousse le héros, comme le lecteur, à explorer les frontières d'un monde du simulacre.. Quelle lecture peut-on proposer de ce récit qui donne lieu à une relecture technologique de l'histoire d'Orphée et d'Euridyce dans le cadre d'une robinsonnade ?.. Nous envisagerons.. dans la lignée d'une apparente robinsonnade, où se manifeste une réalité hallucinatoire, qui amène le narrateur à considérer ce lieu comme un enfer virtuel qu'il choisit pourtant.. Une robinsonnade apparente.. L'île où le narrateur, dont nous ignorerons toujours le nom aboutit, est curieuse.. On ignore s'il s'agit de l'île polynésienne de Villings dont le marchand Ombrellieri lui a parlé à Calcutta ? Le narrateur y est arrivé, en effet en canot, à la rame, et avec une boussole — dont il ne sait pas se servir (p.. 41).. Cependant, il aborde à une île non pas déserte, mais désertée, et où ont s'élèvent trois bâtiments : un “musée”, une chapelle et une piscine.. Cette île, qu'il aborde « visité d'hallucinations » (p.. 41) en abandonnant son canot, échoué dans les sables de la côte Est, se révèle être d'abord pour lui, comme pour tout naufragé, comme un précaire refuge.. À son arrivée, pensant l'endroit désert, il s'installe dans le bâtiment du musée, situé dans la partie haute de l'île posant « le lit près de la piscine » (p.. 31), dont il vide l'eau et déblaie les poissons morts de l'aquarium (p.. 47).. Il commence par se nourrir des provisions qui restaient dans le garde manger du musée.. « J'ai préparé un pain immangeable.. Bientôt je mangeai la farine en poudre à même le sac » (p.. 61).. Petit à petit, il se crée une vie aussi réglée que celle de Robinson, et dont on ignore combien de temps elle dure ainsi.. Plus tard, pensant être poursuivi par des intrus, il s'enfuit dans la partie basse, se fabrique un lit avec des branchages et se terre « parmi les plantes aquatiques », en un endroit qu'à marée haute les eaux recouvrent.. Il y survit « exaspéré par les moustiques, avec la mer ou des ruisseaux boueux, jusqu'à la ceinture » (p.. 31) Pour n'être pas submergé par les marées montantes, il est obligé de fabriquer, comme Robinson, un calendrier : « des encoches dans les arbres me servent à compter les jours » (p.. Son journal, qu'il parvient à tenir présente à la fois des annotations pratiques « en quinze jours, trois inondations » (p.. 61) et de curieuses révélations : « La végétation est abondante.. Des plantes, des pâturages, des fleurs — de printemps, d'été, d'automne, d'hiver — se succèdent à la hâte… les arbres sont malades… la pression des doigts les défait et il reste dans la main une sciure poisseuse » (p.. Sur cette île désertée, il vit donc en naufragé, dans cet « été précoce » (p.. 31) un peu comme le héros de Defoe — bien que « sans outils » (p.. 37) et ordonnant sa vie en fonction des taches quotidiennes.. Il est occupé à survivre « j'ai beaucoup de travail.. l'endroit est capable de tuer l'insulaire le plus habile » (p.. 37).. Il n'y cultive pas la terre, et se nourrit de racines qu'il apprend à reconnaître (p.. 63) — ce qui ne lui évite pas d'en absorber d'hallucinogènes (p.. 115).. Avec ingéniosité il confectionne des pièges pour attraper des oiseaux qu'il consomme crus (p.. 63) et se présente, consacrant ses après-midi à « la chasse ».. Ses journées affairées : « Que d'occupations sur une île déserte ! » (p.. 33).. Il trace alors de lui un portrait peu séduisant « envahi de saleté, de cheveux et d'une barbe que je ne puis extirper » (p.. 59).. Comme Robinson, il nous fait vivre la réalité physique, géographique, la toponymie et même l'architecture de l'île et des bâtiments construits.. Il le fait dans le cadre d'une exploration dont il nous fait partager les découvertes.. Il nous montre ces bâtiments en « pierres de taille » (p.. 33) La chapelle « caisse oblongue », la piscine « qui s'emplit inévitablement de vipères ».. Il fait visiter le musée « vaste édifice à trois étages.. il y a là un hall, aux bibliothèques inépuisables et incomplètes.. Dans le hall les murs sont de marbre rose.. la salle à manger a environ seize mètres sur douze.. le sol du salon rond est un aquarium.. les pièces d'habitation sont modernes, somptueuses.. Il y a quinze appartements » (p.. 43-47).. Et dans cette bibliothèque, un livre,.. Le moulin Perse.. , seul ouvrage non romanesque qu'étudie le narrateur, qui fréquente aussi les pièces de la machinerie, où de curieux engins sont placés dans une pièce aux  ...   la joie de contempler Faustine sera l'élément où je vivrai pour l'éternité » (p.. 273).. Un paradis ou un enfer ?.. On notera que ce paradis artificiel, ainsi construit à base d'images et immatériel — sauf à se référer aux machines mues par la marée — est à l'opposé de l'île de Robinson, représentée dans sa solide matérialité.. Pour Defoe, les choses existent pleinement, le travail et la présence divine donnent sens à la vie des hommes.. Bêche ou fusil dans une main, Bible dans l'autre : le sens relève de l'évidence.. Évidence des choses, évidence de la parole divine.. Robinson est placé au début de l'envol des impérialismes et des colonialismes : il en figure à la fois l'élan, la bonne conscience et l'optimisme qui en résulte.. L'Invention de Morel.. , le narrateur, ici n'est ni un marin, ni un paysan, et il est un piètre chasseur.. Pourquoi est-il recherché ? On l'ignore.. Pourquoi son évasion d'une prison sud-américaine ? On n'en connaît pas les raisons.. Cependant ses lectures, comme ses projets le situent plutôt comme un intellectuel.. Compte tenu de son intérêt pour Malthus, et des recherches que « mon procès avait interrompues » (p.. 45) on peut même penser à un intellectuel “révolutionnaire”.. Bien qu'il ne soit pas un manuel, il est loin d'être maladroit.. Poussé par le désir, il se familiarise avec les instruments de Morel et finit par en maîtriser la technique, comme Robinson avait maîtrisé les techniques de survie, de chasse et des travaux de la ferme.. Cela dit le parallèle s'arrête là.. Robinson inaugure l'ère de la mainmise sur le monde, et illustrant la parole cartésienne devient « maître et possesseur de la nature » sauvage de l'île.. Ce faisant il la rattache par son mode de travail à la civilisation occidentale de l'époque.. Par contre si le narrateur maîtrise les outils de production des images, il ne s'en sert que pour se dissoudre dans un monde virtuel.. Par.. nous entrons peut-être dans ce qu'on peut nommer “l'ère du faux”.. Mais c'est pour le narrateur la seule manière d'élaborer une situation moins pire que l'absence totale d'espérance d'un quelconque avenir et de proximité avec l'objet de son amour.. S'il s'agit bien d'une variante technologique de l'histoire d'Orphée et d'Euridyce, la causalité en est inversée.. Orphée aime Euridyce avant qu'elle meure et tente de la sauver des Enfers.. Ici, c'est l'inverse : Faustine est morte bien avant que le narrateur ne la rencontre sous forme d'image.. C'est d'une image de morte qu'il tombe amoureux, et il tente de la retrouver dans ce qu'il n'imagine même pas être un paradis.. On se trouve ici devant une illustration anticipée de ce que Baudrillard nomme à propos du fonctionnement idéologique à notre époque, “la précession des simulacres”.. De plus, entre le monde de Robinson et celui du narrateur la réalité socio-symbolique, comme les objets de désir ont changé.. Certes dans les deux cas, la recherche de la survie est primordiale et, sur ce plan, ils se rejoignent, mais la suite marque de quelque différence.. Au plan de la communication d'abord.. Vendredi survient, chez Robinson, aussi inopinément que les intrus dans l'île, mais sa compagnie n'est pas frustrante, et Robinson arrive à établir avec lui des liens solides, et une communication réelle.. Il lui apprend sa langue de maître, il le plie à ses coutumes.. Le narrateur, dans le texte de Bioy Casares, ne peut établir la moindre communication avec les Vendredis virtuels qui sont superposés, avec leur pseudo-vie, à sa réalité.. Il ne peut non plus atteindre, par des signes tracés ou des paroles, celle qu'il contemple et qui est à la fois extrêmement proche et infiniment hors de toute atteinte.. Pour Robinson, l'objet de son désir est du côté de l'avoir, cela se manifeste par la production et l'accumulation de biens matériels — au-delà du raisonnable, quand on voit les immenses provisions qu'il accumule.. Il manifeste son pouvoir par le type de communication qu'il impose, à son esclave et plus tard à ses fermiers.. Pour le narrateur, l'objet du désir est une illusion.. celle d'une femme, morte, dont l'image continue imperturbablement de recommencer une semaine de vacances.. Le seul pouvoir qu'il ait, vise à sa propre transformation en simulacre, dans une situation de leurre.. Certes il s'introduit dans les séquences où l'image de Faustine perdure, il s'interpose entre elle et Morel.. Mais il sera le seul à savoir qu'il s'y trouve, les autres hologrammes ne pouvant s'en apercevoir.. La seule personne qui pourrait croire à une relation quelconque entre Faustine et lui, serait un spectateur extérieur, par ailleurs requis.. Ou encore, pour ce texte, un lecteur.. Des marchands d'illusion ?.. On pourrait souligner que dans les deux cas, il s'agit d'illusions, mais qu'elles n'ont pas la même forme, ni la même portée.. Robinson incarne l'idéal d'un homme dans le cadre d'une civilisation particulière, à une étape de son développement.. Mais par la grâce de ce récit, toute signification historique en est évacuée à cause de l'universalisation des valeurs ainsi incarnées.. C'est ainsi qu'il a été lu, entre autres par J.. -J.. Rousseau, qui en fait le seul livre que doit connaître Émile pour son éducation.. En d'autres termes, le personnage de Robinson est un “héros positif” qui adhère totalement à l'idéologie de son époque, et dans une certaine mesure la conforte dans son optimisme.. Qu'en est-il de l'ouvrage de Bioy Casares ? On peut certes, comme le fait Borges dans sa préface, ne voir là que la réussite d'une intrigue de roman d'aventure parfaitement réalisée :.. « Casares résout avec bonheur un problème… difficile.. Il déploie une odyssée de prodiges qui ne paraissent admettre d'autre clef que l'hallucination ou le symbole puis il les explique pleinement par un postulat… qui n'est pas surnaturel ».. Mais, comme devant le texte de Defoe, on peut s'interroger sur le choix fait de la représentation singulière des choses, des gens, des simulacres, et de leurs interactions qui constituent la trame de ce texte.. Que signifie cette superposition des images de mort(e)s aux réalités de la vie, et quel sens donner à la solution choisie par le héros, de préférer le monde de la mort et de l'illusoire à celui de la vie ? Quelles valeurs défend un personnage qui choisit l'illusion, le leurre et la simulation, plutôt que la dure réalité ? Qui se laisse entraîner dans le monde des simulacres, pour s'y assumer en tant qu'être, et paradoxalement n'accède à l'être que par la réalité de sa mort et ne peut atteindre à l'authenticité de l'amour que par le simulacre.. Il va donc préférer une survie illusoire à une vie dans la dure quotidienneté, comme un écrivain qui accepterait de n'avoir de lecteurs que dans un futur improbable.. Est-ce le seul choix possible, dans le monde argentin des années 1940 pour un intellectuel ? Pour un écrivain ?.. Le rapport entre la position du narrateur sur l'île et l'auteur n'est pas arbitraire : la fiction comme l'île, est un espace autonome, présenté ici comme coupé de toute réalité, et ne pouvant déboucher que sur la prison ou la mort.. Ce n'était pas le cas pour Robinson, qui devient écrivain et livre à un public universel le récit de ses aventures après avoir regagné la mère patrie.. Il ne demeurera sur l'île sans nom qu'un récit anonyme qu'un éditeur condescendant et inconnu, mais sans illusions, va publier.. Il reste pour les lecteurs un texte énigmatique, d'une criante modernité/actualité, qui par son artifice même — dont la mise en scène éblouit et fascine.. Cette fascination devant la virtuosité stylistique ne doit pas nous empêcher de saisir qu'il s'agit là d'une voie oblique pour interroger plus avant, par-delà les robinsonnades, la figure, devenue mythique, de Robinson, et plus encore le statut de la fiction.. surtout s'il s'agit comme ici, de science-fiction.. BIOY CASARES (Adolfo).. La invención de Morel.. 1940) Livre de Poche : Les Langues Modernes/Bilingue.. nº 8710, 1989.. Sauf indication contraire le lieu d'édition est Paris.. GAIGNEBET (Claude).. Les éphémérides de Crusocronos en Atlantide in.. Robinson.. Autrement, 1996.. GREEN (Martin).. The Robinson Crusoe Story.. Pensylvania State UP.. 1990.. Certes, les Phéaciens vivent sur une île, mais rien ou presque dans le récit homérique ne s'y réfère.. Il est surtout question de la cité, ou du palais d'Alkinoos.. Louis MARIN cité par MIQUEL (A).. La géographie humaine du monde musulman jusqu'au milieu du.. xi.. Mouton.. 1975 p.. 485.. SHAKESPEARE (William).. The Tempest.. (1611).. GIRAUDOUX (Jean).. Suzanne et le Pacifique.. (1921) La Pléiade.. 1990.. VERNE (Jules).. L'école des Robinsons.. (1882) ; GOLDING (William).. Lord of the Flies.. (1954) ; WELLS (H.. The Island of Doctor Moreau.. (1896).. DEFOE (Daniel).. 1719.. A la différence de Robinson, il ne lui donnera pas de nom.. A la sortie du film de Resnais :.. L'année dernière à Marienbad.. (1961) sur un scénario d'Alain Robbe-Grillet, et connaissant l'intérêt de celui-ci pour l'ouvrage de Bioy Casares (à qui il a consacré un compte rendu dans le nº 69 de la revue.. Critique.. (fév.. 1953),.. Les Cahiers du cinéma.. (sept.. 1961) ont signalé le lien qui se faisait jour entreles deux œuvres.. Le lien entre les noms de Moreau et de Morel n'a pas pas été voulu par Bioy Casares, mais, il a été signalé par J.. Borges dans la préface qu'il a écrite pour ce récit lors de sa parution.. Néanmoins, le fait qu'il soit aidé par la mafia pour fuir de la Nouvelle Guinée est troublant.. L'Ère du faux.. Autrement, janvier 1986.. Voir aussi ECO (Umberto).. La guerre du faux.. Grasset, 1985.. BAUDRILLARD (Jean).. Simulacres et simulations.. Galilée, 1981.. « C'est désormais la carte qui précède le territoire — précession des simulacres — c'est elle qui engendre le territoire… Les simulateurs actuels tentent de faire coïncider le réel, tout le réel, avec leurs modèles de simulation » p.. 10.. Robinson Crusoë.. est encore présenté comme un roman de simples aventures, pour enfants et adolescents.. Une mouture narrative du.. Manuel des Castor Junior.. BORGES (Jorge-Luis).. Le livre des préfaces.. Gallimard, 1980, p.. 31.. LAFON (Michel).. Extranéité et étrangeté dans l'œuvre de Adolfo Bioy Casares in.. l'Étranger dans la littérature fantastique.. Les cahiers du GERF.. nº 4, 1992, p.. 61-70.. mercredi 1.. er.. novembre 2000 —.. novembre 2000..

    Original link path: /archives/bozzetto/ecrits/auteurs/casares.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Bozzetto/Écrits/Philip K. Dick | Quarante-Deux
    Descriptive info: Philip K.. Dick en France : une histoire d'amour ?.. Inédit en français.. Prononcé lors du congrès international sur Philip K.. Dick tenu dans le sud de Paris en 1986.. hilip K.. Dick a trouvé, en France, plus que des lecteurs, des admirateurs.. Il en a été conscient, et l'a apprécié.. On oppose généralement notre accueil chaleureux, au refus de le reconnaître qui aurait été propre au monde anglosaxon : l'affirmation est à nuancer.. C'est pourquoi je vais considérer de plus près l'accueil effectif dans les deux zones culturelles.. Cela m'amènera, après l'établissement des données, à insister sur le fait que l'accueil de Dick en France a été facilité par des circonstances externes à la SF, relevant de l'histoire politico-culturelle propre à notre pays, dans les années 65-75.. Elles ont contribué à une acculturation de la SF par Dick interposé : reçu d'abord comme auteur de SF a pu être perçu comme écrivain, et grâce à lui, dans une certaine mesure, la SF comme littérature.. Dick dans le monde anglo-saxon : une reconnaissance limitée ?.. La réception de Dick, aux USA et dans le monde anglo-saxon, si l'on s'en tient au nombre d'ouvrages publiés, aux rééditions, aux comptes rendus critiques, aux articles publiés ainsi qu'aux diverses récompenses semble correcte — c'est-à-dire qu'elle correspond en gros à ce que les auteurs de sa génération ont obtenu.. Quant à son sentiment de n'avoir pas été reconnu aux USA il le partage avec d'autres.. Une anecdote concernant Bradbury permettra peut-être de saisir un aspect du problème.. Bradbury, invité au Colloque de Cerisy sur Jules Verne, est présenté dans.. Le Monde.. (21 juillet 1977) comme un auteur célèbre et à succès aux USA.. Or, dans une interview de Bradbury parue dans.. Lui.. (Septembre 1979), celui-ci déclare :.. « la plupart de mes livres n'ont jamais été mentionnés par les critiques de mon pays… pour tous ces gens-là, je n'existe pas, je n'ai jamais existé ».. Ne serait-ce de cette sorte de non-reconnaissance en tant qu'écrivain que Dick a souffert ?.. Reportons-nous aux faits : Dick a vu accepter par les éditeurs de revues et de collections SF de 4 à 20 nouvelles et/ou de 1 à 4 romans par année, sauf en 1961 et en 1971.. Soit environ 35 romans et une centaine de nouvelles.. Ajoutons que, dans le domaine anglo-saxon, il a été publié 10 fois en édition de Club, sans compter les rééditions de prestige dans les Gregg Press de 1976-1979, ce qui fait passer à 27 les éditions de type Club de ses œuvres.. Une première conclusion s'impose donc : il ne semble pas, au strict niveau de la possibilité d'être édité, que Dick ait souffert, de la part du milieu éditorial du moindre ostracisme.. Allons plus loin : certains de ses ouvrages de littérature générale ne trouvant pas preneur, il lui est arrivé de les maquiller en livre de SF et de les écouler par ce canal : exemple de.. We Can Build You.. Et on ne peut qu'approuver Malzberg qui écrit :.. « The field of SF sustained him, endured him, accepted his work when his literary novels would not sell, paid him and gave him an audience ».. Cet appui du monde de la SF a même été assez loin : malade, il est aidé financièrement par Heinlein, par Avram Davidson et bien d'autres.. Mais si Dick a été apprécié par des amis, l'a-t-il été aussi par la critique ? De 1953 à 1973, ayant publié 32 romans ou recueils Dick a bénéficié de 110 comptes rendus dans les revues de SF, et ces comptes rendus portent aussi bien sur les éditions que les rééditions — sauf pour celles de.. Les Clans de la Lune Alphane.. Message de Frolix 8.. qui ont donné lieu à une seule mention.. De 1974 à 1979, pour 25 romans ou recueils, Dick a droit à 95 mentions.. Loterie Solaire.. , qui avait obtenu 5 comptes rendus en 1955, 1 en 1968 en retrouve 8 lors de sa réédition en 1974.. Flow my tears the policeman said.. obtient 16 comptes rendus,.. In a scanner darkly.. , 13.. Peut-on alors soutenir que Dick n'a pas été lu, et qu'on l'a méconnu ? D'autant que les auteurs de ces comptes rendus sont des gens connus et compétents : Anthony Boucher 7 fois, Theodore Sturgeon, Damon Knight, Robert Silverberg 4 fois, Bruce Gillepsie 8 fois.. Et, à part un ou deux articles de Turner, qui n'est pas tendre avec lui, aucune critique destructrice.. Il est difficile de soutenir que Dick n'a pas été reconnu par ses pairs, même si ceux-ci ont varié, comme Damon Knight, à son sujet.. Du même coup un argument proposé par Thaon, comme quoi les auteurs américains de comptes rendus ayant très peu de place ne pouvaient rendre compte aisément des complexes ouvrages de Dick doit être relativisé.. D'autant que l'on trouve assez tôt des articles sur son œuvre : dès 1966 John Brunner lui consacre une analyse approfondie dans.. New Worlds.. , Sam Moskowitz le fait figurer dès 1967 dans.. Seekers of tomorrow.. , le prozine.. SF Commentary.. animé en Australie par Bruce Gillepsie lui consacre un article dès 1969 et un numéro spécial en 1972, en 1974 Ketterer l'étudie dans.. New worlds for old.. , 1975, autre numéro de.. , numéro spécial de.. SF Studies.. , rééditions de ses œuvres majeures avec préfaces de Disch, Lupoff, Spinrad, Silverberg, articles ici et là de Le Guin, Aldiss, etc.. Certes dira-t-on il a été reconnu par ses pairs, mais les lecteurs n'ont pas suivi.. Cela me semble erroné.. D'une part, si les lecteurs n'avaient pas suivi, il n'aurait pas tant publié : les directeurs de collection auraient-ils jamais édité quelqu'un qui ne se vendait pas ? D'autre part Dick a été “nominé” 6 fois, a obtenu le Hugo (1962) et le John W.. Campbell Award (1975), il a été invité d'honneur à Vancouver en 1972 et y est allé, donnant par la même occasion une seconde fois sa conférence à l'Université de la British Columbia.. Ses rapports avec les amateurs sont tout aussi parlants : lettres publiées dans.. , dès 1970, dans.. Alien Critic.. , dans.. Vector.. Vortex.. ; interviews dans le.. New Yorker.. SF Review.. Sa renommée dépasse même le strict monde de la SF : il publie dès 1975 deux textes dans le.. , et la même année.. Rolling Stones.. publie sur lui un article admiratif ; en 1980 ses textes sont acceptés dans.. Omni.. Playboy.. Aussi est-ce très normalement que nous le trouvons figurer dans le.. Dictionnary of Twentieth-Century American Science Fiction Writers.. avec 7 pages (1981).. Une bibliographie complète est publiée en 1981, en 1982 il entre dans les Starmont Reader's Guide, et en 1983 dans la collection Writers of the 21.. st.. Century à la suite de Asimov, Bradbury, Clarke, Le Guin etc.. Je n'ignore pas les critiques qu'une telle énumération peut susciter.. Je ne prétends absolument pas que Dick ait été un auteur à succès, qu'il ait été lu et admiré d'emblée par l'ensemble du champ anglosaxon et étatsunien de la SF.. Je soutiens simplement que — contrairement à une légende — il fut loin d'être dans son pays un auteur maudit.. Il n'y a donc pas de quoi justifier totalement la mauvaise conscience d'un Disch.. qui explique ce mauvais accueil par le fait que les œuvres de Dick n'ont pas atteint une audience à leur mesure à cause de leur excellence.. Ce qui demeure, c'est qu'il ne bénéficiait pas dans le monde anglosaxon (sauf peut-être en Australie) du même traitement qu'en France.. Dick et sa réception en France : une curieuse ambiguïté.. Dick a-t-il comme le prétend toujours la jaquette du Writers, été « immensely popular and acclaimed in Europe » ? Pour l'Europe cela se discute, pour la France, l'éditeur s'est en tout cas appuyé sur une impression alimentée par Dick lui-même, qui écrit en effet dans la préface de.. The Golden Man.. , reprise dans The Writers « When I was in France, I had the interessing experience to be famous ».. On ne peut dire que ce soit faux : en 1979, Dick reçoit le Graoully d'or à Metz, un recueil de ses nouvelles paraît chez Casterman et un Livre d'Or lui est consacré en Presses Pocket.. Mais de là à voir comme il le dit « all my books in beautifull expensive editions » il y a un pas, disons euphorique, franchi allégrement.. L'essentiel est ailleurs : il existe une sorte d'histoire d'amour entre la France et Dick : découvert par Gérard Klein, et Alain Dorémieux, il inspire à un autre critique, l'idée de « faire de Dick le plus français des auteurs américains de SF ».. Revenons aux données : Les romans de Dick ont été très tôt traduits à l'étranger.. Dès 1958 en Italie et en RFA, dès 1959 en France et au Japon.. En France on avait déjà traduit de ses nouvelles et de ses romans dans deux revues.. On peut dire que l'ensemble de ses ouvrages traduits — rééditions comprises — a été de 44 en France, 42 en Italie, 31 en RFA, 24 en Hollande, 14 au Japon et 30 pour le reste du monde non anglosaxon.. En tout 184 publications — surtout depuis 1973 — sans compter les nouvelles en revues.. Quel accueil la science fiction française lui a-t-elle réservé ? On peut compter nombre de comptes rendus dans les revues de SF (une dizaine dans.. Fiction.. , 2 dans.. Galaxie.. , 13 dans.. Horizons du Fantastique.. Grâce à Jacques Goimard, quatre articles dans les pages littéraires du.. Monde.. dès 1970, sans compter quelques interviews dans le.. Magazine Littéraire.. et des comptes rendus dans.. Les  ...   l'ensemble de la population.. D'où une perception critique de la réalité sociale, qui allait de plain pied avec la dénonciation, dans la France d'alors, des divers pouvoirs, retrouvant une ère du soupçon généralisé.. Plus tard, en 1969, Gérard Klein reprendra cette problématique, amorcée dans la présentation de.. l'Œil dans le Ciel.. et l'étendra à l'ensemble de l'œuvre : Dick deviendra le peintre de « l'Amérique schizophrène ».. Jacques Goimard, en 1971, mettra aussi en parallèle.. et « l'Amérique tragique des années 60 », l'appuyant sur des considérations textuelles.. Ces univers de cauchemar morcelé, réduit à l'état de marqueterie, impliquant une complication extrême de l'intrigue et produisant des paradoxes qui donnent le vertige sont à la fois les moyens par lesquels Dick construit le monde de l'œuvre et, par miracle, le reflet de l'Amérique — ainsi, comme l'œuvre, décrite en termes de dissociation, de vertige, de manipulations.. Le titre de l'article renvoie d'ailleurs de façon très ambiguë aux deux référents : Le monde cauchemardesque de Philip K.. Dick.. Ajoutons que l'Amérique fascine la France, depuis toujours, mais que les rapports, comme toujours dans ce cas, sont ambivalents, l'exemple de Poe le montre : il a été traduit par Baudelaire autant parce que celui-ci se retrouvait en lui que parce qu'il dénonçait par ailleurs “l'américanisation” de la vie.. Venant d'un américain, la chose n'en avait que plus de poids.. On peut supposer que Dick a bénéficié d'un traitement parallèle : il était très rare alors de rencontrer dans la SF étatsunienne, d'avant 1968, des textes critiques vis-à-vis du système et de la réalité des USA — mis à part des ouvrages satiriques avoués comme on en trouvait dans.. , ou encore.. Planète à Gogos.. de Pohl et Kornbluth — qui sont plus une satire des excès que du fondement du système.. Les lecteurs français recevaient plutôt des textes socialement conformistes comme ceux d'Asimov ou de Heinlein.. Dick, dont on disait déjà qu'il était mal reçu en Amérique, lié au fait que ses œuvres se trouvaient critiques, a donc été ressenti comme une sorte de « dissident du monde étatsunien », et apprécié comme tel, comme l'a été un temps, indépendamment de ses qualités, William Burroughs.. Il apparaissait comme celui qui ne se laisse pas prendre aux pièges de l'illusion démocratique, qui en marque le côté de simulacre.. Curieusement il retrouvait là une voie que, quelqu'un qui a eu une grande influence sur la SF française, Van Vogt, avait ébauchée.. Le Monde du Ā.. , comme.. ou.. ont eu le même type d'impact.. Dans les deux cas c'est sur le même clavier que l'on joue : la réalité est autre chose que ce que les apparences montrent, que le codage des institutions propose comme allant de soi.. Elle est pour Van Vogt non-a , non référencée — la carte qu'on propose n'est pas le territoire.. Chez Dick c'est poussé plus loin : la carte (forcée) que les institutions truqueuses font passer pour la réalité a pour but d'occulter le territoire, le sauvegardant ainsi au profit de quelques-uns.. L'image du pouvoir n'est plus, comme chez Van Vogt, à l'image du père, elle recouvre en fait l'archaïsme de la mauvaise mère.. Ajoutons que Dick ne se contente pas de dire, il montre, et c'est le côté “tranche de vie”, scènes à la limite de l'hallucination ou du délire — qui est moins surprenant pour les lecteurs étatsunien que pour les Français — qui contribuera à séduire.. D'autant que, souvent à tort, on tirera prétexte de l'aspect délirant ou halluciné de certaines de ces scènes pour faire de Dick un écrivain en proie aux drogues les plus bizarres, à la manière dont on avait fait de Poe un alcoolique.. Cela lui offrira aussi, pour d'autres publics (par exemple les lecteurs du premier.. Actuel.. ) une aura certaine, retrouvant une autre dimension du politique, où Dick à sa manière existait aussi, dans la mouvance des diverses contre cultures.. Effet de drogue ou de texte, il n'en demeure pas moins que ces romans ne mettent pas en scène des discours mais, dans le cadre d'un récit, la mise en scène d'un rapport au monde, d'une subversion de la réalité.. Le texte dickien, malgré ce qu'on a pu en dire, ne véhicule aucun discours, il est de lui-même discours en acte : il s'agit d'un “texte témoin”, tout comme ces réalités hallucinées qui sont pratiquement jetées à la figure du lecteur.. Ce qui explique le côté des fins qui semblent bâclées par endroit : la fin n'est pas à proprement bâchée, simplement il n'y a pas de clôture, le sens n'existe que dans le parcours du texte, sans un épilogue conclusif.. Ce qui peut-être nécessite, comme dans le cas du “médium froid” cher à Mac Luhan, une lecture participative plus que distanciée.. Cette absence de clôture, qui même dans le cas de textes achevés comme l'extraordinaire.. , suppose un ressassement plus qu'un dénouement, laisse entrevoir, comme leurre, une dimension mystique.. Cela contribuera de donner à Dick, par moments, un statut de gourou, auquel en France aucun auteur étatsunien de SF n'avait accédé.. Et qui lui ouvre un public plus large, dans le bouillonnement de ces années effervescentes.. Réinterprété dans une grille de lecture où le politique se mêle au psychanalytique, il sera un élément de choix pour les explorateurs de l'économie libidinale, de la position de désir.. Ses textes seront alors pris dans comme matière et exemple dans cette époque de la pensée parisienne qui aboutit à.. l'Anti Œdipe.. Par ces différentes lectures, qu'il supporte, le texte dickien a pu profiter des variations des grilles de déchiffrage du politique dans notre société, et est resté en rapport avec les événements de France et du monde.. Cela étant, la réception de Dick si elle a été favorisée par les lectures politiques qui en ont été faites, ne s'y réduit pas.. De ce point de vue, Dick en France, au moins dans le milieu de la SF, a été reçu avec un statut d'écrivain à part entière, et pas uniquement comme écrivain d'un genre marqué, à savoir la SF.. Cette première impression on a tenté de la justifier : par la fascination d'un “zeste de délire”, par le fait qu'il peint plus des mondes que des personnages (et des héros) parce qu'il développe moins un thème pour lui même qu'à partir des effets qu'il en tire etc.. Au-delà des effets, la critique a tenté de rendre compte plus précisément de l'originalité de Dick.. Elle l'a fait selon plusieurs angles, en le reliant moins à la SF qu'à l'environnement culturel global.. D'une part en relation avec les écrits du nouveau roman, et Robbe Grillet, en marquant comment Dick aussi tente de faire de la propre textualité de ses livres le point où s'ancre l'anecdote : ce sont des “livres univers”, des ouvrages qui ne reflètent pas mais qui se créent comme interface du subjectif des fantasmes et de l'objectif du contexte, par leur textualité même.. D'autre part dans la perspective d'une analyse libidinale qu'Eizykman par exemple a illustrée, comme en témoigne ce titre.. l'inconscience fiction comme zone de simulation sensorielle.. En d'autres termes Dick a toujours été reçu, aussi bien chez les critiques de SF qu'à l'extérieur, dans la perspective de la critique dominante.. Ses œuvres ont participé, à leur manière, à tisser l'étoffe dont étaient faits les songes théoriques de ces années là.. En France, il a pu nourrir des lectures politiques, une approche structuraliste, et de plus a été pris dans une perspective freudomarxiste.. Cela a facilité sa réception critique en d'autres lieux que les revues spécialisées : dans.. Magazine littéraire.. les Nouvelles littéraires.. , etc.. Cet accueil a pour une bonne part contribué à donner à Dick un statut d'écrivain véritable.. en tant qu'écrivain de SF.. Ce à quoi n'avait pas accédé Bradbury grâce à qui pourtant la SF se trouvait alors sur le chemin de l'acculturation.. Et c'est peut-être ce qui a contribué à donner à Dick l'impression d'être reconnu en France, hors du petit “milieu” de la SF, et donc de se sentir « un écrivain ».. Ce que par ailleurs il était, bien entendu, mais là il se trouvait légitimé, ce qui n'était peut-être pas le cas ailleurs.. Levack (Daniel H.. Bibliography, Underwood/Miller, 1981.. Greenberg (Martin Harry) Olander (Joseph D.. ) editors.. Taplinger.. 1983.. Préface Barry N.. Malzberg.. (coll.. SF Writers of the 21.. Century ).. Hall (H.. W.. Science fiction book review index.. (1923-1973).. Gale research, 1975 ; (1974-1979), 1981.. Smith (Curtis C.. ) Editor.. Twentieth Century Science Fiction Writers.. , St Martin's Press, 1981 (article sur Dick : Anthony Wolk).. Pierce (Hazel).. , Starmont House, 1982 ( Starmont Reader's Guide nº 12).. Disch (Thomas).. Toward the transcendant in Greenberg op.. cit.. Klein (Gérard).. K.. Dick ou l'Amérique schizophrène.. 182, février 1969.. Thaon (Marcel).. Dick et ses fantasmes, ou en lisant la Bible psychédélique.. 190, octobre 1969.. Le fanzine.. Nyarlathotep.. en avait programmé un en 1976, il comportait des matériaux tirés du numéro de.. Le numéro n'a jamais paru.. Le point de vue littéraire , préface de.. l'Œil dans le ciel.. , Ed.. Satellite, 1958.. Boorstin.. L'image.. , UGE, 1967.. Curieusement peu de situationnistes dans la SF.. Un roman noir situationniste pourtant, qui par certains aspects rappelle l'univers dickien,.. Nada.. de J.. -P.. Manchette, devenu directeur d'une collection de SF.. Russell (Eric Frank).. Rayon fantastique, 1961.. Goimard (Jacques).. , 1.. 1.. 1970.. Pinhas (Richard).. La SF américaine : 24 heures sous l'occiput (interview de P.. In.. nº 46, sept.. 1974).. Deleuze/Guattari.. L'anti Œdipe.. Capitalisme et schizophrénie.. Ed.. de Minuit, 1972.. Giuliani (Pierre).. Compte rendu in.. nº 14, 1974.. Eizykman (Boris) in.. Inconscience fiction.. Kesselring, 1979 (p.. 99-128).. samedi 4 novembre 2000 —.. samedi 4 novembre 2000..

    Original link path: /archives/bozzetto/ecrits/auteurs/dick.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Bozzetto/Écrits/Esther Rochon | Quarante-Deux
    Descriptive info: Esther Rochon.. Esther Rochon : la réalité de la quête, les moyens de la fiction.. Écarte la sagesse,.. répudie le savoir,.. sois toi-même.. Lao Tzu.. sther Rochon est peu connue en France, ce qui explique en partie que les lecteurs ne connaissent pas son œuvre.. S'ils les découvraient, peut-être la liraient ils avec un “détachement” qui ferait écho à celui revendiqué par Esther Rochon pour la fiction « la fiction sert quand on veut voir les choses à une certaine distance ».. , ce qui nous renvoie à la fiction comme moyen, et à la quête des “choses” comme but.. Un programme original dans le cadre de la SF.. Est-il celui de la SF québécoise ?.. Cadrage.. Cette Science-Fiction québécoise est surtout connue par les textes de April, Billon, Coté, Sernine, ou Vonarburg.. Elle peut apparaître, avec ses particularités, comme une variante originale d'une SF connue, tout comme la SF française.. Or les textes d'Esther Rochon donnent une impression de “différence”.. Comment rendre compte d'une impression sinon par une comparaison, même superficielle ?.. Daniel Sernine, par exemple s'insère dans une SF et une HF classique, à la fois par ses thèmes et leur traitement : ses textes présentent là une variation québécoise dans le cadre d'un genre reconnu, il y exprime, bien évidemment, une sensibilité personnelle ; et sans doute y peut-on saisir le sentiment de sa québécité — surtout à cause d'un ancrage dans la réalité de problèmes idéologiques collectifs.. Élisabeth Vonarburg, elle, renvoie à un univers inscrit dans la modernité d'une SF qui évolue : la fantasmatique personnelle, qui donne forme à son univers imaginaire est centrale.. Il s'agit souvent d'une quête, qui renvoie à la fois à l'identité sexuelle et aux rapports entretenus avec la Loi et le temps.. Néanmoins ses textes s'inscrivent dans le cadre d'un genre qu'ils ne bouleversent pas, bien que la qualité de l'écriture tende à faire passer les références à la SF comme un paysage imaginaire, l'important étant la figuration d'une fantasmatique et d'une subjectivité à la fois interrogée et assumée.. Esther Rochon se situe ailleurs.. Les thèmes qu'elle aborde ne sont pas, au premier abord, idéologiques, comme chez Sernine, l'aspect d'expression d'une subjectivité ne semble pas primordial comme chez Vonarburg.. Elle n'a pas le “métier d'écrivain” de Sernine, elle ne fait pas comme Vonarburg une confiance fondamentale au travail de l'écriture comme moyen d'aller vers ce qu'elle pense devoir représenter par sa fiction.. Ajoutons enfin ceci : à l'opposé des deux auteurs pris ici comme exemple, elle ne s'intéresse pas à la vraisemblance, pas plus dans le cadre des rapports humains que des situations, et ceci bien que ses récits aspirent comme chez Sernine et Vonarburg à décrire une quête.. Mais alors que chez ces deux auteurs, ce qui importe c'est le sens de la quête, ici c'est plutôt la quête du sens, la réalité de la quête étant moyen d'aboutir à une quête, non de soi, mais de la réalité.. De plus, à la différence de Vonarburg, qui présente l'énigme comme réalité d'un déjà-là, et la quête comme tentative de solution, Esther Rochon prend le “déjà-là” de la réalité comme énigme même.. Aussi peut-elle soutenir que ses romans sont « une manière de (se) mettre en bons termes avec la réalité ».. et que se textes renvoient à « une motivation dans le prolongement du fait qu'(elle) invente des histoires pour (s')expliquer le monde ».. , ce qui est une sorte de “démarche philosophique”.. Comment soutient-elle ce projet ? Quelle originalité en résulte-t-il ?.. Un univers multiforme mais unique.. Malgré certaines différences, sensibles au niveau des décors et des références à un “ici-futur” comme dans.. Le Traversier.. , à un passé qui vient jouxter un présent comme dans la trilogie de Vrenalik, ou à un “maintenant parallèle”, comme dans.. Coquillage.. , l'auteure considère que ce sont là des versions différentes d'un même univers.. Il s'agit toujours de « scènes de théâtre où je reflétais les conflits que j'étais en train de vivre » et ce sont des « personnifications du monde de façon à en augmenter le sens ».. , de plus ces imageries correspondent à des stades, qui renvoient à « mes préoccupations au moment où j'écris », ces préoccupations étant, comme les nouvelles du labyrinthe un « questionnement sur la vie ».. De plus, ce questionnement implique un retour sur les textes anciens, sur leur genèse, avec une volonté de dialogue avec un moment du passé qu'elles incarnent — ce qui conduit à des notes dans la revue.. , concernant la trilogie de Vrenalik, ou une réflexion inscrite dans la fiction même, comme en témoigne la fin du texte.. , « Fait à Montreal, il fut écrit à une époque (fin 1982) où l'on passe rapidement d'un sujet à un autre.. La force des projections faites sur ces personnages crées par des mots se retire à présent, quoique l'on puisse savourer l'empreinte de leur présence esquissée » (p.. 46).. Cette notion de projection, qui renvoie à une série d'avatars, lui fait choisir certains personnages comme supports d'états d'âme, les lui fait aimer plus que d'autres, et parler d'eux comme de personnes vivantes « L'un a bien réussi sa vie Ivendra, et l'autre l'a complètement ratée ».. Ces rapports intimes au texte comme support d'une rêverie personnelle, et comme moyens d'une réflexion sur qui est Esther Rochon en tant que personne, et sur ce qu'elle devient se retrouve à propos du Labyrinthe « les histoires du Labyrinthe sont suscitées, inspirées, souvent de manière très transparente, de notions et de préoccupations bouddhistes assez explicites ».. Nous sommes donc en présence d'un univers fictionnel dont le propre est de se situer ailleurs que dans le monde d'une littérature d'évasion.. C'est un ensemble de scènes, d'images — dont certaines, centrales et génératrices sont oniriques — « j'ai utilisé comme base de cette entreprise deux rêves.. qui ont servi de germe à deux scènes importantes ».. — qui ont plus à voir avec une sorte d'ascèse qu'avec la création de la fiction pour elle-même.. Une sorte de carnet (fictionnel) de bord.. Dont la fonction, pour l'auteure est « plus réflexive que thérapeutique » et qui a son efficacité propre dans cette ascèse, car « la fiction sert, quand on veut voir les choses à une certaine distance ».. Cohérence de l'univers, cohérence de la démarche et de la fonction assignée à la fiction, textes comme carnets d'une recherche de soi : cela suffirait à situer l'ensemble de ces fictions dans une dimension originale.. Cependant notre propos n'est pas de nous en tenir à cette perspective génétique ou fonctionnelle, qui évacuerait la dimension de fiction au profit de son efficacité psychologique sur l'auteure, ce que d'ailleurs elle refuse parlant de “réflexif” et non de “thérapeutique”.. En effet, ces textes ne sont pas demeurés des journaux intimes, ils ont été publiés, et donc sont à lire comme textes.. Il s'agit de voir ce que, au-delà de leurs caractéristiques subjectives, ils peuvent représenter pour un lecteur qui, lui, peut penser se trouver devant trois textes/univers : l'un où la magie règne — le monde de Vrenalik, un second où la technique a sa place, bien qu'aussi incompréhensible que la magie : les nouvelles du.. Traversier.. ; le dernier où un monstre est là dans un monde semblable au nôtre.. Indépendamment du fait que pour l'auteure, comme on l'a vu ci-dessus, ils ne forment qu'un, il est possible de trouver les caractéristiques spécifiques de chacun ainsi que leur efficace propre dans le cadre d'un monde fictionnel comme tel.. Nous les envisagerons donc dans la chronologie de leur parution en volume.. Nostalgie de la magie, magie de la nostalgie.. L'univers de Vrenalik renvoie à un monde où le passé — avec ses traces, statue ou livre, d'ailleurs liés, comme en une légende — joue un rôle, mais on ignore en fait lequel.. Il y est question d'événements en apparence mineurs qui ont eu lieu 10 siècles avant que Taim Sutherland arrive sur Fulken.. Au centre de.. l'Épuisement du Soleil.. , se trouve “l'enfoui” de l'histoire du Rêveur de d'Inalga, le passé comme cause de la malédiction présente, mais aussi de l'espoir possible, lié à une exhumation : retrouver la statue du dieu muré dans son temple six siècles avant que le Rêveur ne meure.. En marge de.. L'Épuisement du Soleil.. , se trouve le texte qui constitue.. En hommage aux araignées.. , avec Jouskillant Green, le héros qu'on extraira des caves de la Citadelle, 17 ans après l'y avoir laissé entrer : c'est là qu'il retrouvera et publiera le texte de l'histoire du Rêveur, laquelle accompagnera Taim Sutherland : une circularité, une clôture et un ressourcement.. La fiction, dans cet univers, semble donc avoir pour sujet “la quête de sa propre origine mythique” — en deçà de l'apparition de l'étranger qui dans.. La porte du temple.. renvoie à l'oubli et à la censure, par l'enkystement du passé comme magique.. Enkystement d'une statue divine, comme inabordable en ces temps-ci, et source de malédiction : preuve que les dieux se sont retirés d'un monde qui semble les oublier.. On peut y lire aussi, dans la perspective d'une quête adolescente (la couverture d'.. En Hommage aux araignées.. porte en bandeau.. L'adolescence dans un pays imaginaire.. ), une réflexion, par le biais de cette fiction, à la fois sur la “malédiction d'exister” : le personnage de Green, qui ne sait pourquoi il est là, pourquoi il fuit, pourquoi il recommence, ressasse — comme celui de Fekrid Candanad.. Mais aussi, parallèlement, sur le “bonheur d'être”, dans l'enfance ou dans la tradition.. “Enfance” qui illumine Anar Vranengal, comme un « souvenir ébloui » mais — c'est le paradoxe — dont il faut se débarrasser pour « contempler le monde ».. “Tradition”, qui est celle des sorciers comme Skaad dont le but et la fonction semble de « célébrer la splendeur du monde autant qu'elle le mérite ».. En quelque sorte, confrontés à J.. Green qui « ne trouve de plaisir que dans l'exercice de son intelligence ».. , et à la nécessité de la  ...   prendre en compte.. Cette étape de désenchantement, qui aurait pu aboutir à l'arrêt de l'écriture, puisque même la nostalgie ne la nourrissait plus, Esther Rochon va dans une certaine mesure la dépasser, non plus dialectiquement dans le cadre d'une synthèse, comme Anar, mais en se situant dans un autre domaine, qui au premier abord est très étranger à ce que nous avons lu jusqu'ici, à savoir la dimension érotique des rapports humains.. Érotisme, fuite et quête de fusion.. La sexualité n'est pas absente dans l'univers de Vrenalik : les femmes y sont décidées — comme on le voit avec Anar devenant la maîtresse de Taim, comme Inalga, dont les réflexions sur l'amant qu'elle fait jouir sont plus techniques que passionnées, puisqu'il s'agit en quelque sorte pour elle d'obtenir du sperme à un bout et des grognements à un autre.. (l'Épuisement du Soleil.. Mais la sensualité, sauf exception, n'est ni extrême, ni fusionnelle.. , en revanche, l'illustration des rapports humains se poursuit dans le cadre de cet élément central, cette eau qui baigne le coquillage, équivalent métaphorique de la qualité de ces rapports humains douloureux, frustrants mais “spontanés”, qui sont vécus par les habitants de la demeure du nautile.. Cela représente une variante de la relation d'amour, sur quoi déjà Anar fonde les vrais rapports « tu t'es imposé à moi sans en être responsable, sans t'en rendre compte tu m'as envahi le cœur, sans l'avoir voulu, je t'ai aimé » (.. En Hommage aux Araignées.. 9).. Cette dimension adolescente que vit Anar est ici toujours aussi trouble, mais par les moyens d'une sexualité, « d'une sensualité dont la seule présence métamorphose la réalité » et dont les images étranges s'imposent.. Le nautile « s'était préparé à sa venue : il avait disposé son corps, à présent lumineux, de manière symétrique par rapport à l'entrée du corridor… le monstre s'était placé en forme de fer à cheval, les six lampadaires s'élevant de sa base suggéraient un prisme hexagonal.. Thrassl pénétra cette sorte de cage lumineuse, se sentant vulnérable et réjoui.. une sorte de corolle, de vulve de lumière qui palpitait s'offrant à lui… il se livra aux caresses suaves des tiges et des éventails, et s'unit au monstre comme on s'abandonne à un délire » (.. Coquillage.. 22-23).. Cet abandon de soi ouvre sur « la torpeur sensuelle » et l'abandon total adviendra lors d'une scène curieuse « Doucement un tentacule s'introduit dans la bouche de Thressl, un autre, très fin celui là, dans l'extrémité du pénis, un autre dans l'anus… L'homme et le monstre unis dans la plus intime des étreintes » (.. 91).. Ces scènes d'étreinte ne sont pas les seules : les rapports de Thrassl au monstre sont tendres : le nautile l'aide de ses tentacules lors des descentes à la cave où il se tient, l'aide à la remontée, entoure les habitants de sa présence mi florale, mi animale mais chaude.. Il joue aussi avec le fils François ; et la sensualité de Xunmill, faite de tendresse, fait un écho à celle du monstre.. Sensualité, étreintes, rencontres fusionnelles se passent dans un au-delà de la beauté.. Thrassl est laid, obèse, presque impotent, flasque, malade et se réduit à n'être qu'une sorte de sac à viande.. De ventre où les enfants du nautile incuberont.. On notera que les rencontres entre humains n'ont d'authenticité que médiatisées par la présence du monstre, lequel est polymorphe et se meut dans une dimension autre.. Cette peinture de relations humaines authentiques passe donc par la présence d'un non-humain, et la sensualité apparaît comme une dimension fondamentale, peut-être parce que non intellectuelle de toute relation authentique.. Et ce, aux dépens de la recherche de l'ascèse, de la pureté : à l'opposé du monde du.. , d'une autre manière que dans la trilogie de Vrenalik.. Esther Rochon dans sa fiction, devant l'impossibilité de s'appuyer sur le vide du centre, semble se trouver dans la nécessité de lui donner un visage.. Celui d'une statue de Dieu à consommer, celui d'un monstre où se fondre.. Dans les deux cas, les personnages répondent à un appel venu d'un “en dehors”.. Une étape ou une fin.. Il reste quelques questions.. Pourquoi aussi bien les nouvelles du.. que le roman.. demeurent-ils inaboutis au plan “banalement” littéraire ? Les dialogues, dans les deux cas, sont en effet mal amenés, mal conduits, et mal construits si l'on se réfère à la vraisemblance.. De plus la composition générale laisse perplexe : d'où parle le nautile et comment le lecteur peut-il en prendre connaissance ? Même remarque pour les Voulques d'.. Au fond des yeux.. Comme Esther Rochon, dans le monde de Vrenalik, a montré qu'elle n'était pas une écrivaine maladroite, ces “inadvertances” sont curieuses.. Est-ce que la seule chose qui intéressait l'auteure, étant une série de scènes-clés, de descriptions mi oniriques, mi fantasmatiques considérées comme porteuses de sens ou de contact, le reste de la mise en récit lui importe peu et elle ne vise qu'à l'essentiel ? Est-ce l'influence des récits bouddhiques dont elle dit s'être inspirée et où la psychologie commune, comme la vraisemblance banale sont négligées ?.. Autre question : Pourquoi médiatiser cette quête dans le cadre la SF ? C'est bien là qu'elle les situe puisqu'aussi bien ces textes s'y réfèrent et voient leur réception critique prise dans le cadre de revues qui en relèvent.. Et Esther Rochon ne refuse pas cette appartenance, puisqu'elle collabore à ces mêmes revues.. Posons donc la question autrement : à quoi lui servent les références, comme les matériaux de la SF et de l'.. heroic fantasy.. ? Je formulerai une hypothèse.. La SF, on le sait depuis longtemps a pour visée de donner à voir, par analogie le virtuel, ou le possible — en relation avec un savoir conçu comme en accroissement constant grâce à la fonction d'accumulation propre à la science expérimentale, une réalité qui évolue, prend visage, se construit, ou s'imagine.. Le monde fictionnel d'Esther Rochon accepte cette part de nécessaire construction de la réalité, mais dans une perspective autre.. Certes la science construit son monde propre, nous y vivons, mais elle ne lui donne pas de sens.. La visée des hommes est de toujours chercher à se situer dans ces réalités que la science, comme un dieu qui a ses propres lois, construit par leur intermédiaire.. Ce savoir de la science est impérialiste et totalitaire, car unidimensionnel : il tend à s'imposer comme seule référence de réalité.. Au point de se confondre, abusivement, avec “la nature des choses”.. Les fictions d'Esther Rochon, appuyées sur une quête personnelle, sur la fréquentation d'autres points d'attaque de la réalité, se présentent comme une ironisation détachée de ces prétentions.. Avec une question : Comment demeurer en contact vivifiant avec la réalité, qui évolue ? Ses réponses aussi, comme ses fictions, changent :.. par le ressourcement positif opposé à la nostalgie : l'enfance et sa magie ne revient pas, l'adolescence est à assumer, comme l'état d'adulte : c'est la réponse donnée dans le monde de Vrenalik, où la magie comme la science sont confrontées et aboutissent à une sorte de syncrétisme ;.. par de détachement de la réalité comme illusion, par l'errance, l'émerveillement passager, l'allégorisation du vécu comme dans les nouvelles du.. , qui marque une sorte de regard curieux sur le monde comme artefact ;.. par l'immersion dans les rapports humains, à défaut des rapports avec la réalité des choses, comme dans.. Dans les trois cas, la figuration choisit un décor adéquat :.. dans Vrenalik, où il s'agit d'une quête adolescente ;.. SF allusive dans les nouvelles du.. — il s'agit de ne pas dépayser, mais de banaliser, de refuser le.. au profit de la sensation d'inéluctable présence de la technique et de la bureaucratie comme forme du monde, dont on doit user pour trouver ailleurs.. C'est une phase assez déprimante de la quête, car à la faillite des valeurs collectives ne répond que le côté strictement individuel.. ;.. des rapports tribaux retrouvés, par la médiation de la maison-coquillage, sorte de dieu tutélaire — d'.. alien.. — et avec lequel les vraies rencontres avec la réalité du monde seront de nouveau possibles.. Mais, alors que dans les deux premiers cas la fiction débouchait sur une sorte d'allégorisation possible de la réflexion, c'est-à-dire que la réponse fictionnelle était modelée sur du possible même distancié, ici, avec.. , au premier abord au moins c'est une fuite dans l'imagination débridée, dans les fantasmes : une solution purement onirique.. Est ce la fin de la quête de réalité ou sa poursuite par d'autres voies ?.. Dans les trois cas l'affrontement avec les figures de la réalité se résoud dans une fiction, où l'imaginaire propre à la SF joue son rôle.. On peut même penser que cette médiatisation par les codes de la SF est la seule manière de rendre, pour Esther Rochon, possible, viable, cette “figuration” de la réalité, justifiant ainsi les étapes de cette quête.. Quête de la réalité, qui, comme celle du sens, a pour caractéristique de ne jamais aboutir qu'à engendrer de nouvelles fictions.. Esther Rochon Interview par René Beaulieu in.. Solaris.. nº 63 (Vol 11, nº 3) p.. 17.. Contient une bibliographie complète, à quoi je renvoie.. idem p.. 11.. 13.. nº 3 1980 Notes sur.. l'Épuisement du soleil.. Interview in.. La sympathique écrivaine m'a signalé que certains textes du.. sont, en ce qui concerne leur date d'écriture, contemporains du.. Je pense néanmoins qu'il est possible, pour le lecteur, de considérer qu'il s'agit de trois tentatives distinctes.. À un monde romanesque fait suite une série de nouvelles sur un thème spécifique, et un roman court sur un monde qui n'a pas de rapport thématique évident avec celui des nouvelles.. Prologue de.. id p.. 44.. Sorte de pendant du “tu es cela” bouddhique ?.. Élisabeth Vonarburg.. Notes sur Esther Rochon.. nº 63 op.. Rassurons-nous, l'auteure a continué d'écrire, au moins des nouvelles !.. Ma réponse, ici, ne serait certainement pas celle de l'auteure, je fais sur ce point précis, une pure interprétation immotivée, bien que cohérente.. dimanche 5 novembre 2000 —.. dimanche 5 novembre 2000..

    Original link path: /archives/bozzetto/ecrits/auteurs/rochon.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Bozzetto/Écrits/Élisabeth Vonarburg | Quarante-Deux
    Descriptive info: Élisabeth Vonarburg : nouvelliste francophone en Science-Fiction.. Revue d'études canadiennes.. , nº 14, Schena, 2001, p.. 13-21.. ourquoi s'intéresser à cette auteure, française d'origine, qui a fait ses études et a passé en 1973 une agrégation de lettres modernes en France, avant de trouver sa voie, au Québec, comme écrivaine ? Pourquoi de plus s'intéresser à ses nouvelles au lieu de ses romans qui comme.. le Silence de la cité.. (1981), ou.. Chroniques du pays des mères.. (1997) entre autres, ont été reconnus et primés, et ont même — apothéose !!! — été traduits en anglais ? Et d'ailleurs pourquoi s'intéresser à la science-fiction ?.. Les réponses, pour une fois, sont assez simples.. Si l'on s'intéresse à Élisabeth Vonarburg, c'est d'abord parce qu'elle est depuis 1974, l'un des voix les plus autorisées de la SF québécoise.. Par ses comptes rendus de livres, ses articles dans.. — où elle est directrice littéraire —, comme par les cours d'écriture qu'elle dispense, et par les polémiques qu'elle a nourries, elle est une référence, aussi bien pour les québécois que pour la SF francophone en général.. De plus, elle a écrit de nombreux recueils de nouvelles, quelques romans et, récemment, elle a publié une saga en cinq tomes sur un thème qui la hantait depuis son adolescence dans les années 1960, celui de la Mer et des rêves.. Ajoutons qu'elle est, avec Esther Rochon, l'une des rares écrivaines francophones qui puisse rivaliser avec les grandes auteures étasuniennes de science-fiction, comme Ursula Le Guin.. Si l'on s'intéresse aujourd'hui à la nouvelliste plutôt qu'à la romancière, c'est pour deux raisons.. La première est que nous pouvons lire dans les recueils que sont.. l'Œil de la nuit.. Janus.. ainsi qu'.. Ailleurs et au Japon.. des ébauches de mondes fictionnels, qui seront.. développées dans ses romans.. La seconde c'est que s'y font jour des tentations romanesques qui, bien que séduisantes, demeureront inexploitées dans les romans.. Mais elles empêchent, par les échappées qu'elles proposent, une sclérose de l'imagination qui, sans cela, déclinerait sans cesse les mêmes signifiants.. Quant à pourquoi s'intéresser à la science-fiction, la réponse est évidente : il s'agit de littérature, il s'agit d'imaginaire, il s'agit de notre rapport à l'univers dans une période qui accélère les mutations sociales dont l'impact psychique est encore à explorer.. Je m'interrogerai donc d'abord sur la science-fiction comme domaine littéraire spécifique, j'envisagerai ensuite l'originalité d'Élisabeth Vonarburg nouvelliste.. La Science-fiction comme nouveau domaine littéraire.. On peut définir l'ensemble des textes de SF comme une mythologie fondée sur la divinisation de la science et de la technique, en référence l'antiquité gréco-romaine qui fondait sa mythologie sur une divinisation de la Nature.. Ce statut original justifie que les récits de SF exploitent, par la représentation métaphorique de quelques idées-choc, des situations dérivant des avancées réelles ou supposées des découvertes scientifiques ou techniques ainsi que leur impact social et symbolique.. Ces idées, ces images renvoient à des connaissances du lecteur avec assez de fils pour que celui-ci puisse remplir ce que Umberto Eco nomme « les blancs du texte », et ce que Marc Angenot désigne comme le « paradigme absent » — mais qui présent demeure en filigrane.. La mise en scène de ces idées-choc dans le cadre d'un récit, sous un angle qui propose de l'inattendu comme réalisé, provoque pour le lecteur un plaisir spécifique, que les premiers critiques ont nommé.. the sense of wonder.. D'autres ont préféré parler de “pathos métaphysique”.. La SF insiste ainsi sur l'aspect émotionnel lié à la représentation poétique, dans un récit, d'idées comme par exemple : la rencontre avec des civilisations extra terrestres, la possibilité de vivre éternellement, des arts inconcevables ou encore le remplacement des travailleurs par des robots — ce qui hantait déjà Aristote — etc.. Quelques textes de cette visée “spéculative” de la littérature ont été écrits avant le XX.. siècle, mais la science-fiction, sous ce nom et avec ses médias, ne s'est constituée en genre spécifiquement reconnu comme tel que depuis 1926-1930, aux USA d'abord, puis en Occident après 1945.. Ce “genre éditorial” s'est appuyé sur le développement de magazines aux couvertures bariolées, et visait un public d'abord adolescent.. Les textes mettaient en scène des stéréotypes humains comme le savant, le journaliste, la fiancée, le monstre extraterrestre.. Ils faisaient rêver sur des objets mirifiques, comme des astronefs de mille kilomètres de long, des arches stellaires, des dispositifs pour aller plus vite que la vitesse de la lumière, des armes susceptibles de détruire des galaxies, des machines à voyager dans le temps, des robots plus qu'humains etc.. Les images et les idées qui en dérivaient étaient alors plus importantes que le traitement narratif ou que la vraisemblance psychologique, stéréotypée et se référant aux “valeurs” de la.. middle class.. étasunienne.. Mais cela ne nuisait pas au fait que cette production infralittéraire répondait, à sa manière, à un désir de savoir — et posait des questions dérangeantes d'une façon biaisée.. Qu'un robot issu de l'imagination d'Asimov pose à un tribunal, en 1940, la question de son éventuelle humanité, conduit effectivement à poser la question des exclus sous une forme recevable, pour une société raciste qui refusait alors de voir les Noirs comme des égaux.. L'accès éventuel à d'autres planètes posait de façon latérale, comme par une sorte d'anamorphose, la question du droit à la colonisation, celui de la supériorité ou non des modèles “démocratiques de type US” sur d'autres, etc.. C'est ainsi qu'on a pu qualifier de cette production de “littérature d'idées”, l'opposant ainsi à la littérature tout court.. Les nouvelles publiées exploraient, dans le cadre de la.. thought variant story.. , des thèmes et des images.. Elles puisaient dans un répertoire constitué par un ensemble — assez restreint malgré tout — de situations, de thèmes et d'images.. Le tout avec un vocabulaire pimenté de mots techniques, mais sans un vrai souci de cohérence.. Ni entre les différents univers, ni même pour un écrivain d'une cohérence entre ses textes.. Mis à part quelques textes d'Edgar Poe, de Jules Verne, de H.. Wells ou de Rosny aîné — qui servaient de caution — les récits publiés dans ces magazines créaient des matériaux pour un imaginaire plus qu'un ensemble littéraire.. Élisabeth Vonarburg dans le champ de la SF.. Notre nouvelliste n'a pas, pour une évidente question de dates, écrit de textes à l'époque de ce que certains nomment l'“âge d'or” de la SF étasunienne.. De plus, en 1940-50, une génération nouvelle a pris le relais.. Des auteurs comme Ray Bradbury, Theodore Sturgeon ou Robert Sheckley dans des registres différents, ont alors publié leurs textes en recueils, dégageant ainsi une ébauche d'univers cohérent.. Ces auteurs ont aussi porté une attention plus grande à l'esthétique de la narration, contribuant à donner une forme proprement littéraire à ces matériaux.. C'est dans le cadre de cette nouvelle optique, que l'on peut situer les textes d'Élisabeth Vonarburg.. Elle utilise l'imaginaire de la SF, mais pour y trouver sa voie — avouant la difficulté qu'elle rencontrerait de s'exprimer en dehors de cet imaginaire.. Elle se situe explicitement dans le champ du genre de la science-fiction, en voici quelques exemples :.. Dans le recueil.. , la nouvelle éponyme nous présente des extraterrestres, des mutants, des machines, des rapports entre des hommes et des non-humains.. le Pont du froid et le Nœud nous mettent en contact avec une sorte de Centre, d'où partent vers des mondes à rencontrer, des “Voyageurs” qui ne sont pas assurés de revenir, s'ils ne peuvent, dans les univers où ils abordent, construire ou faire construire un nouveau “pont”.. Un autre thème classique est abordé avec Éon , celui de l'arche stellaire qui emporte pour des générations infinies un astronef vers des planètes hors du système solaire, mais qui compte tenu des distances et de la vitesse limitée des vaisseaux, dure si longtemps que la mémoire du but finit par disparaître, et que le Vaisseau — curieusement “organique” — prend les commandes de l'ordinateur pour des projets qui échappent à la programmation de celui-ci.. Il s'agit d'une variante originale de ce qui avait été traité dans des romans de Van Vogt comme.. la Maison éternelle.. ou dans.. 2001, l'odyssée de l'espace.. de Clarke.. , la nouvelle éponyme met en scène la création artistique dans un futur non situé, présentant des querelles d'école artistiques et philosophiques à propos de statues que l'on peut créer par manipulations de type biologique.. Une thématique de même type, sous un angle différent sera explorée dans Oneiros qui fait partie du recueil.. la Maison au bord de la mer.. Thalassa dans.. nous présente et développe un thème classique, celui de la précognition, en articulant, comme pour l'Œil de la nuit , la précognition et les rêves.. On le voit, rien d'absolument nouveau dans cette thématique, l'originalité se situe ailleurs.. Dans le traitement de thèmes marginaux du domaine, ainsi que dans le traitement poétique du matériau.. Une originalité de notre nouvelliste : les thèmes marginaux.. Si nombre des thèmes exploités sont classiques, certains sont marginaux chez les auteurs antérieurs de SF.. Ces thèmes, Élisabeth Vonarburg les déploie avec talent.. Ainsi l'imaginaire portant sur les arts du futur, et qui est traité dans Janus et dont un écho persiste avec La maison au bord de la mer , dans le recueil  ...   jamais.. Cette technique du “double foyer” n'est-elle qu'une astuce ou renvoie-t-elle à la création d'une visée personnelle ?.. Un point de vue singulier.. Tout choix technique suppose une philosophie, en littérature comme ailleurs.. Si l'on se reporte choix des thèmes, comme à leur traitement on saisit bien la singularité de l'approche que propose Élisabeth Vonarburg de l'imaginaire SF.. Mais en quoi cette originalité formelle nous signale-t-elle une vision particulière, une conception du monde, un “mythe personnel” ?.. Pour répondre à cette question, il faut d'abord, sans aller jusqu'à l'éliminer, relativiser au maximum ce qui semble le plus évident, à savoir l'aspect purement biographique.. Notre auteure, on l'a dit est allée, depuis la France, de “l'autre côté” de la mer.. Elle s'est envolée pour vivre quelque chose qu'elle avait rêvé, une autre vie, sur un autre continent.. Et d'enseignante programmée, elle est devenue rêveuse, c'est-à-dire écrivaine.. Délaissant les rives des textes réalistes, elle a été explorer une face mal connue de la réalité, à savoir l'imaginaire.. Ainsi ses textes seraient une sorte de mise en scène de ces vécus, réels et fantasmés.. Voilà à quoi aboutirait une lecture de type Sainte Beuve.. Je préférerais envisager ces textes sous un autre aspect, en m'interrogeant sur la récurrence de certains signifiants comme les métamorphes, les rêveurs, les rapports à l'autre comme individu, comme peuple, comme culture.. Il faudra regarder de près certains détails : ils finissent pas créer un ensemble cohérent, qui montre qu'au cœur de ces textes, enclenchant une dynamique du questionnement, se trouve la question de l'.. autre.. Et non pas seulement sur des questions portant sur le futur, la science, sur la technique comme paysages habituels et mécanique d'une l'altérité.. Ici en effet, science et technique sont de simples instruments, de simples moyens pour poser le récit dans un espace littéraire décalé par rapport au présent.. C'est ce décalage qui permet au récit de dépasser les contraintes de la représentation mimétique, et permet aux fantasmes de se déployer librement — grâce à un sens de la langue qui épouse les linéaments d'une rêverie poétique.. C'est en ce sens qu'elle est une écrivaine.. Un exemple de ce traitement “poétique” peut être illustré par le Dormeur dans le cristal issu d'.. Le thème est assez classique : on découvre une planète où une civilisation a vécu puis a disparu.. Elle n'a laissé, comme trace, qu'un bloc de cristal dans lequel est enfermé — depuis une éternité peut-être un être — un humain d'une origine non terrienne.. Le récit conte la découverte, puis la tentation exaltante pour les explorateurs d'ouvrir le cercueil de cette momie sidérale.. Ce pourrait être là l'occasion de péripéties.. Mais le choix de la nouvelliste est autre : ce sont des impressions de la narratrice, ses émotions devant la solitude, la nostalgie, l'amour.. Le tout par un monologue intérieur, où le dormeur n'est que le point de départ d'une rêverie sur l'“œuf primordial”.. Une tentative ayant presqu'éveillé le “dormeur”, qui vivait dans une stase temporelle, le colmatage est rapide, et le “dormeur” reprend son “sommeil”.. Reste l'impression de la narratrice, fascinée par le fait que le dormeur avait ouvert un instant les yeux — et qu'ils étaient bleus.. On imagine comment cette découverte aurait pu être traitée dans la perspective de la SF antérieure, axée sur l'action, le conflit guerrier etc.. Ici nous avons une sorte de méditation nostalgique sur le temps, la mémoire et le deuil, dont le signifiant “dormeur” est le centre.. Le tout instaure un rapport empathique entre le dormeur et le regard qui se pose sur lui, et où l'on ressent, comme dans tout texte littéraire la présence d'une écrivaine, et pas simplement d'un technicien du récit court.. Car la science-fiction appartient au domaine vaste et complexe de la littérature, lorsque c'est la voix d'un (e) écrivain (e) que l'on y entend.. On pourrait avancer des remarques de même type à propos de l'univers d' Oneiros , proche par endroits de la poésie d'un.. Vermilion Sands.. Ballard ou d' Aussi lourd que le vent de Serge Brussolo.. Un univers personnel ?.. Si une écrivaine veut se faire entendre, c'est qu'elle a quelque chose à dire, ou du moins à montrer — car tout n'est pas dicible.. C'est à cela que sert aussi la littérature, qui montre sans argumenter.. Depuis Platon, on sait qu'à la limite du dire de Socrate, le récit (mythos) symbolise l'au-delà du dicible (logos).. On sait aussi que le choix des thèmes traités par un écrivain n'est pas neutre.. La place centrale, comme celle du dormeur dans la nouvelle, semble être non seulement la place mais la fascination de l'.. Quel qu'il soit.. Et les nouvelles déclinent les possibilités de jouissance ou de douleur qui résultent des jeux — parfois mortels — de la rencontre avec l'autre.. Avec deux extrêmes.. Dans les Yeux ouverts , les “autres” sont utilisés, toujours par les “humains”, comme des “animaux” et, dans l'ignorance de la civilisation de ces “autres”, ils sont exploités et traités en cobayes.. Cependant on trouve aussi l'“autre”, perçu par les terriens “normaux” comme “primitif” mais dont la richesse poétique et mythique se révèle au seul humain — le poète — qui va jusqu'au bout de leur rencontre, sur leur terrain.. C'est ce que l'on trouve dans l'Oiseau de cendres.. Ce sont deux des aspects du rapport à l'autre sur un plan éthique/ politique.. Mais sur un plan plus intime, les textes d'Élisabeth Vonarburg présentent aussi l''.. comme énigme sans fond, comme mystère.. D'abord l'autre en tant qu'incompréhensible, vu comme un monstre en tant que porteur de chromosomes différents, ce qui entraîne un recul devant les signes sexuels primaires et secondaires : ou la femme vue par les hommes du Vaisseau, dans Éon.. Dans le même registre, les métamorphes (ou métames) ou une autre façon d'aborder le mystère de la différenciation sexuelle, caractéristique de l'autre, et de poser une interrogation.. « Qui suis-je » au plan de la personne, si je n'ai pas une identité sexuelle reconnue/assumée ? Énigme de l'altérité, recherche de l'identité.. Questionnement aussi sur la réalité de ce qui est humain quand il s'agit des méditations d'une “artefacte” sorte de biosculpture à qui le sculpteur, déjà présent dans Janus , a donné une sorte de conscience de soi et que l'on trouve dans …Suspends ton vol in.. C'est dans l'espace de ces interrogations que le thème des rêveurs et des intrigues parallèles me semble prendre sens.. Si les rapports à l'autre — éthique ou intime — sont si difficiles dans la réalité du vécu, ils peuvent au moins s'imaginer sinon se résoudre dans l'espace du rêve, ou, pour une écrivaine, du texte.. C'est d'ailleurs ce qui est suggéré dans la fin de nouvelle éponyme qui clôt.. Ce qui me permet de laisser la parole à un personnage d'Élisabeth Vonarburg (qui écrivait ceci sous le pseudonyme de Sabine Verreault) pour conclure.. « La science de ton univers a depuis longtemps créé des êtres hybrides par le croisement de règnes que la nature semblait avoir séparés ; on a rejoint la révélation par ces chimères […] tu n'aurais plus qu'à la vivre et la décrire […] Tu aurais choisi de sublimer ainsi ton déracinement, puisque tu aurais choisi de passer ce qui te resterait de vie à la poursuite de cette chimère : tu écrirais ».. Je remercie Élisabeth Vonarburg d'avoir répondu à mes questions, ce qui m'a permis de rectifier ou de nuancer certaines remarques.. Écrire sur des écrivain(e)s vivant(e)s est passionnant : ils/elles peuvent collaborer à l'élaboration, par les lecteurs, du sens possible de leur œuvre.. Il s'agit de la pentalogie de.. Québec: Alire, 1995-1997.. Élisabeth Vonarburg.. Montréal : Le Préambule, 1980 (les récits qui composent ce recueil sont antérieurs, puisque la nouvelle éponyme du titre a reçu le prix Dagon en 1978).. Paris: Denoël, 1984.. Contient des récits publiés antérieurement.. Ailleurs et au japon.. Montréal : Québec/Amérique, 1991.. La maison au bord de la mer.. Québec: Alire, 2000 (Ce recueil, le plus récent et donc le plus accessible, reprend fort heureusement Bande Ohne Ende , Dans la Fosse et Janus ).. Entre temps, en 1981, le roman.. Le silence de la cité.. avait été publié chez Denoël.. Deux autres romans voyaient ensuite le jour :.. (Montréal : Québec/Amérique, 1992) et.. Les voyageurs malgré eux.. (Montréal : Québec/Amérique, 1994).. Chaque publication obtenant un ou plusieurs prix et même le Prix spécial du jury au Philip K.. Dick Award 1993, pour la traduction aux USA de.. Hélène Tuzet :.. Cosmos et imagination.. Paris : Corti, 1965, p.. 10-11.. Guy Lardreau :.. Fictions philosophiques et Science-Fiction.. Arles : Actes Sud, 1988.. Roger Bozzetto :.. L'obscur objet d'un savoir — Fantastique et Science-Fiction : deux littératures de l'imaginaire.. Aix-en-Provence : Presses Universitaires de Provence, 1992.. En particulier, p.. 93-110.. Par exemple Ray Bradbury :.. Chronique martiennes.. Paris : Denoël, 1954.. Elle a publié, depuis 1994, un recueil de poèmes et des nouvelles “hors genre”.. Ces nouvelles du cycle du Pont seront reprises et modifiées pour entrer dans l'élaboration de l'univers de.. Les Voyageurs malgré eux.. Ballard :.. Paris :.. Opta.. , 1975.. Serge Brussolo : Aussi lourd que le vent in.. Paris : Denoël, 1981.. samedi 23 février 2002 —.. samedi 23 février 2002..

    Original link path: /archives/bozzetto/ecrits/auteurs/vonarburg.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Bozzetto/Écrits/La S.-F. comme genre | Quarante-Deux
    Descriptive info: La S.. comme genre.. Notes pour un bilan portant sur la Science-Fiction et sa critique.. La Science-Fiction comme genre et comme produit : originalité de la S.. N.. otons d'emblée que la S.. , même sous d'autres noms, est une création de l'imaginaire occidental, comme le Fantastique, à la différence du Merveilleux qui est universel comme les mythes et apparaît sous des formes très diverses.. De plus c'est un genre relativement récent, bien que les avis soient partagés sur la date de son émergence dans le champ littéraire.. Certains, comme Pierre Versins, la faisant naître avec l'épopée sumérienne de Gilgamesh, d'autres, comme Brian Aldiss lui donnant comme point de départ le.. Frankenstein.. de Mary Shelley.. La recherche de l'origine ne doit pas nous obnubiler.. Posons que la S.. en tant que Genre constitué, avec une critique institutionnelle, des modèles reconnus par les auteurs comme par les lecteurs, appuyé par des collections spécialisées est récente en France.. Elle coïncide en gros avec la fin de la Seconde Guerre mondiale (1945).. En dépit de sa relative nouveauté, la S.. a donné lieu à un important appareil critique : aux USA on en est à publier des bibliographies de bibliographies.. En France on en est loin, mais des ouvrages intéressants, parcellaires hélas, ont vu le jour.. Rien de fiable, du point de vue des bibliographies, avant le monument que vous avez en main.. Ni sur le plan des recensions d'œuvres, ni évidemment sur le plan de la recension critique.. La lecture de ces ouvrages anglo-saxons montre que la S.. , est susceptible des mêmes approches littéraires que le reste du champ de la littérature.. Il est cependant deux domaines assez négligés, l'un concerne les rapports de la S.. avec le.. , l'autre, les relations existant entre les différentes S.. nationales : et en particulier le rapport de la S.. dominante (anglo-saxonne) aux autres.. Dans les deux cas, c'est bien dommage : il y a pourtant là de quoi s'interroger sur les notions d'emprunt culturel (et des conditions de réception de l'emprunt afin qu'il fructifie), de variations thématiques nationales, d'imitation, de contraintes du genre (ou du marché), de colonisation littéraire dans l'imaginaire.. Autant de cas de figure qui, dans la société en voie (en vœu ?) de mondialisation, et où la S.. se situe, comme “en travail”, font justement problème.. D'autant que les modèles ne naissent pas ex nihilo, que l'imitation n'est pas neutre, qu'il est possible de mettre en lumière des actions et des rétroactions, au niveau des modèles comme à celui des mirages.. Une genèse “occidentale” de la Science-Fiction.. Ce qui se nommera plus tard science-fiction se constitue, en fait, lentement en domaine repérable et quasi autonome.. On trouve, en cherchant bien, et en se référant uniquement à tel ou tel trait, à tel thème, dans les littératures du Merveilleux, des éléments qui, par la suite seront utilisés (dans une optique totalement différente : avec une valeur fonctionnelle et non plus ornementale) par la S.. On en trouve dans la Bible, les romans grecs, le moyen âge, les utopies de la Renaissance.. Le cas de Lucien DE Samosate et de.. Histoire vraie.. est particulièrement éclairant à ce sujet.. Disons que, comme les œuvres et les genres créent leurs ancêtres (Borges dixit), la S.. s'est inventée des précurseurs — qui n'en peuvent mais.. C'est, au XIX.. , la création du genre comme domaine reconnu, qui dynamisera de façon originale ces substrats antérieurs de l'imaginaire merveilleux, spéculatif, vulgarisateur en les liant à la notion prométhéenne du “possible” appuyé et avéré par le développement technique, en retrouvant les instruments conceptuels de l'“expérience mentale” mis au point par Bacon et utilisés par Kepler dans.. Le Songe.. La réussite technique qui sous nos yeux, se développe, conquiert le monde, donne à la notion d'extrapolation, d'anticipation (sinon de progrès) une consistance pour les esprits – même les plus récalcitrants.. Le fantasme du miracle technique donne une nouvelle caution à la “suspension d'incrédulité” nécessaire au plaisir du récit : après la Surnature, la technique-fée.. Mais le plaisir de l'évasion n'est pas de même nature que dans le Féerique : ici, le lecteur participe en tant que “sujet collectif” par procuration, en tant qu'il est homme (au sens restrictif de : homme, blanc, occidental, aisé, instruit) à un nouveau “pathos métaphysique”.. On peut suivre ou reconstruire, avec tout l'arbitraire que cela comporte les linéaments qui font passer de l'Utopie (déjà une spéculation, aux traits spécifiques, spéculatifs, mais pas obligatoirement scientifiques) à ce qui deviendra la S.. La première œuvre connue, et repérable comme “proto-S.. ” serait donc.. de Kepler.. On y trouve (voir ses annexes, ses notes, ses calculs, ses raisonnements) ce qu'on peut nommer un “primitif” de la.. hard science.. en ce sens que pour la première fois dans l'Histoire, une théorie scientifique, au sens moderne du terme, engendre un prolongement fictionnel.. En effet Kepler construit un univers analogique de la Terre, sur la Lune, en tenant compte de la gravité différente, de l'alternance du jour et de la nuit (et donc du froid extrême) ce qui en fait aussi un lointain ancêtre de.. Dune.. La dimension temporelle, propre à la S.. , celle des futuribles sera inventée au XVIII.. siècle, par L.. Mercier avec.. L'An 244O.. Une manière de meubler la pure extrapolation par des aventures, relevant plus ou moins de l'Imaginaire ancien, de l'Utopie etc.. se trouve illustré par exemple dans.. La Découverte australe.. de Restif de la Bretonne.. La spéculation sur des.. aliens.. se trouvait déjà dans Lucien, elle sera réactivée par Swift, et on peut multiplier les références ultérieures.. Malgré ce que l'on a nommé.. the rise of the novel.. , toute une partie de la littérature, depuis la Renaissance, joue dans le domaine qui est à la fois celui de la.. romance.. et de la spéculation plus ou moins ludique.. Cette spéculation, à partir du XIX.. siècle va développer ses fantasmes en les cautionnant par l'avancée technique, visible “dans la réalité”.. Au XIX.. siècle donc, alors que la littérature étasunienne n'a encore qu'une existence virtuelle, on relève en France une centaine d'œuvres éparses relevant de la S.. Cela étant, les premiers écrivains étasuniens, Irving, Hawthorne, Poe, Twain etc.. écriront concurremment dans trois domaines : le.. , le Fantastique, la S.. On peut donc affirmer qu'au début et pendant une bonne part du XIX.. siècle des thèmes de ce qui deviendra la S.. sont exploités conjointement en Europe (et donc en France) et aux USA.. Ce sont des thèmes qui renvoient à ce “possible différent”, accessible par explorations ou inventions.. Ils interprètent, dans le cadre d'une mythologie teintée de positivisme, les motifs anciens : ceux de la Genèse, de l'Apocalypse, les peuples oubliés, les terres creuses, les utopies, les uchronies etc.. D'emblée la jeune littérature US intégrera ces plages.. Dès 1813 on y trouve un voyage dans la Lune, dès 1830 les terres creuses, en 1835 Fenimore Cooper peint avec.. The Monikins.. une société différente.. Poe, l'un des premiers, va traiter, dans le cadre d'une “mise en série”, les thèmes du voyage en ballon, du voyage vers la Lune, de la ville future, du centre du monde, de l'extraterrestre qui nous vient visiter etc.. , rassemblant ainsi ces thèmes épars, et constituant une première ébauche d'une géographie de cet imaginaire nouveau, lié à l'actualisation du possible technologique.. Les auteurs français aussi abordent ces thèmes, mais en ordre dispersé.. Cependant, avant Verne, qui se situe dans la filiation avouée de Poe (il écrit un article important sur l'auteur américain, et nombre de ses récits sont des “suites” de textes poesques), cette branche de la littérature ne se constitue pas en un domaine spécifique.. Et personne ne s'en plaint.. Ces quelques remarques ont pour but de faire ressortir ceci :.. L'utilisation de thèmes fictionnels, même anciens, en relation avec une image du possible technique, par ailleurs avéré dans les faits, est une invention occidentale.. Le Merveilleux est universel, mais le “Merveilleux scientifique” est daté et localisé.. Sa première réussite est.. de Kepler, contemporain de la révolution copernicienne, que cette œuvre illustre, et se retrouve dans les textes de Cyrano de Bergerac, ainsi que de Godwin (.. The man in the moone.. Cette utilisation de thèmes anciens de l'Imaginaire et du Merveilleux, est mise en relation en relation avec une image du futur conçu comme malléable et dont l'homme devient par là-même responsable.. Cela le pose en effet comme créateur de son avenir qui n'est plus conçu comme une simple réduplication du passé ; de plus le progrès éventuel est mis en relation en liaison avec les avancées techniques.. Cette thématique, ou celle idéologie, n'est pas propre à un seul pays occidental : on trouverait des exemples en Allemagne, en Grande Bretagne comme en France et aux USA.. Cette utilisation littéraire ainsi définie n'est en rien perçue comme une production marginale ou excentrique.. Ce domaine de la fiction est tout aussi respecté que les autres.. Sans compter Jules Verne, on trouverait en France 120 titres pour le XIX.. siècle – soit plus d'un ouvrage par an, il en irait de même aux USA.. Cet espace neuf de la fiction est  ...   Haggard, et de quelques nouvelles de Rosny, que par ailleurs ils ignorent.. Cette voie permet de récupérer, par un retour à la stricte.. , toute une série de strates archaïques de la fiction, dans un cadre cautionné de si loin par la science que cela ne compte plus, comme plus tard dans l'Heroïc Fantasy.. Dans cette brèche vont s'engouffrer Murray Leinster, Edmond Hamilton etc.. Cette percée thématique va donner une coloration originale à la S.. US.. Mais elle n'aurait pas été suffisante – les textes avant 1926 continuant d'être publiés dans des revues non spécialisées de la chaîne des Munsey's Magazines – sans un remodelage du champ de distribution.. Le côté pratique : l'édition.. Aux USA, dès 1915 le marché se segmente, et on voit naître des revues spécialisées, les premières étant consacrées aux histoires policières, puis à l'Horreur (.. Weird tales.. , 1923) et enfin à la S.. Amazing stories.. , 1926).. Les conséquences de cette “spécialisation” sont multiples.. Pour la S.. , le succès d'.. entraîne une multiplication des revues de S.. , donc de textes, donc d'auteurs.. devient, en premier lieu, comme le dit L.. Stover « une nouvelle catégorie de l'édition ».. S'ensuit une nouvelle pratique “groupale”.. La constitution d'un groupe.. Autour de Hugo Gernsback, responsable de certaines innovations, (correspondances de lecteurs qui donnent leur adresse, fanzines, puis rencontres, conventions) la S.. sécrète un milieu très.. hot.. (au sens macluhanien).. Elle se crée en une sorte de contre institution avec ses prix, ses valeurs, ses règles, ses vedettes, et le pouvoir des directeurs de revue devient très important.. En somme elle se constitue en une sorte de champ clos, en rupture avec la littérature en général, qu'on va baptiser.. pour s'en exclure.. passe donc de simple catégorie spécifique de l'édition à “genre littéraire spécifique” — et reconnu comme tel — au moins de l'intérieur.. Quant à l'image qu'elle donne de l'extérieur, elle est moins flatteuse, puisque les auteurs comme Huxley ou Stapledon refuseront de penser qu'ils sont assimilables à des auteurs de S.. Bilan.. D'un point de vue thématique, ce passage par le “ghetto” a eu des effets bénéfiques : les.. editors.. , hommes à poigne et à lubies, ont suscité des modes, des idées, des intérêts.. Le besoin de constant renouvellement, dû à la concurrence, a amené un traitement “pointu” des thèmes, et une attention portée à la recherche de “trucs” (though variant story), qui engendrent une luxuriance d'inventions.. De plus, écrivant pour un public de lecteurs fidèles (fidélisés par les abonnements), et donc en connivence avec une “culture” originale, les auteurs ont pu sauter les préliminaires, posant comme allant de soi nombre d'hypothèses, jouant sur la surprise dans le cadre d'un savoir préalable des lecteurs.. Dans ces récits, pris dans leur ensemble, et qui constituent en somme l'équivalent d'une mythologie, les rapports de l'homme américain (occidental) au monde par le biais de la technique sont médiatisés sur le plan fantasmatique.. Ce qui crée une mythologie ouverte, servant de matière et d'horizon pour d'autres œuvres et d'une plasticité étonnante.. Rien d'étonnant si, lorsque les Français la découvriront dans les années de la Libération, ils auront l'impression de découvrir “un genre nouveau”.. en France depuis 1945.. Le choc culturel.. La fin de la guerre voit une fascination des Français pour tout ce qui touche aux USA.. Ce qui en provient est auréolé d'un charme puissant : aussi bien le roman noir, le coca cola, les comédies musicales, le jazz, les objets courants… et la S.. De plus, dans le cadre du plan Marshall, des conseillers viennent nous initier à la nouvelle version de la vie industrielle, avec pour corollaire la nécessité de changer nos structures industrielles et intellectuelles… Cette fascination du modèle américain ne se situe pas politiquement à droite, bien qu'elle s'oppose pour des raisons multiples aux espérances politiques de la gauche traditionnelle.. Avec l'.. Express.. , cela donnera plus tard l'idéologie de “la nouvelle gauche” (plus tard dite “gauche américaine”).. La droite est absente, officiellement du moins, de ce débat, trop souillée qu'elle est par sa collaboration avec l'occupant nazi, et avec l'idéologie corporatiste de Vichy.. D'ailleurs, avant la guerre, les écrivains de droite s'étaient montrés ouvertement anti-américains : ils se taisent.. Cependant la question, qui concerne aussi bien la vie dans son ensemble que la S.. est : doit-on imiter ? peut-on utiliser un modèle sans tomber dans sa dépendance, sans perdre son originalité ? Comme l'écrit, en 1947, Fourastier, le choix est nécessaire, mais il est crucial « l'homme a la plus grande peine à distinguer, au milieu des ruines de la civilisation traditionnelle, les éléments d'un futur équilibre ».. française d'avant-guerre donnait le choix, comme avenir imaginable, entre l'Apocalypse, conçue comme fin de monde, et la “termitière” collectiviste.. Le pari des Français de la Libération est que la science et la technologie sont porteuses d'une autre voie.. Ce qui explique que Boris Vian, Queneau, Pilotin – qui ne se situent pourtant pas à droite, aient pu contribuer à lancer un genre, “la S.. ” (américaine), qui sera ressenti plus tard, en 1966, comme une entreprise américaine de colonisation de notre imaginaire.. Il a suffi de 7 ans pour que le paysage français soit bouleversé par l'irruption de la S.. En 1939, la SF française se réduit à une vingtaine de titres, une dizaine en 1945 : voilà pour “la littérature française d'imagination scientifique”.. La Libération permet à d'anciennes maisons, d'anciennes collections de retrouver place sur le marché.. Le Journal des Voyages.. , par exemple, reparaît avec la même formule en 1949, comme si rien ne s'était passé… mais en fait se met en place une nouvelle politique de l'édition concernant la S.. Si des collections “à l'ancienne” comme Magnard et ses Sciences et aventures perpétuent la tradition pédagogique, si les Tallandier reparaissent avec leurs auteurs du passé, les premiers ouvrages étasuniens de S.. arrivent.. Laissons de côté la collection, pour adolescents, Captain Johns aux Presses de la Cité, bientôt nous avons la collection des Horizons fantastiques , et dès 1950, le terme magique science-fiction figure sur la jaquette de.. Les Humanoïdes.. de Jack Williamson chez Stock.. Ensuite, tout va très vite : Boris Vian, Michel Pilotin, Georges H.. Gallet, qui traducteur, qui directeur de collection, lancent chez Hachette et Gallimard Le Rayon fantastique — où ne seront publiés que des auteurs américains pendant un certain temps.. Au même moment le Fleuve Noir lance Anticipation qui donne sa chance à de nouveaux auteurs français, d'autres collections se créent et tentent de s'engouffrer dans le créneau.. Parallèlement une offensive médiatique se met en place pour matraquer tous azimuts, en visant (comme pour le lancement du roman de la Série noire , 3 ans auparavant) en priorité le public des “intellectuels”.. Des revues — filles ou succursales de magazines américains se créent — :.. , respectivement en octobre et novembre 1953.. En 1954, Denoël lance Présence du futur : une S.. plus littéraire.. Peu à peu, elle va prendre une place originale dans le champ littéraire, chez les lecteurs comme dans l'institution critique, promouvant de nouveaux auteurs étrangers hors des USA ou de la Grande Bretagne, imposant quelques écrivains français, de Gérard Klein à Serge Brussolo, si l'on saute une génération pour en arriver à 1986, et si l'on se reporte à la création de nouvelles collections par Jacques Sadoul chez J'ai Lu et par Gérard Klein chez Laffont avec celles de Jacques Goimard chez Presses Pocket.. Mais ceci est une autre histoire.. Comme le phénix, la SF française, de nos jours un an avant l'an 2000, voit refleurir des revues comme.. SF Magazine.. Galaxies.. Parallèles.. , et que.. la revue québécoise fête son 150e me numéro.. Il s'y révèle, là comme dans des collections rénovées ou dont la politique éditoriale change, des auteurs comme Serge Lehman, Laurent Genefort, Nguyen, Di Rollo, Ayerdhal, Bordage etc.. , qui retrouvent ce qu'une génération antérieure avait tendance à oublier, à savoir le sens du large, de l'épique.. Non que la génération des Durastanti, Dunyach, Canal etc.. n'ait pas été productrice de textes importants, comme en témoignent les anthologies élaborées par Dominique Martel, Ellen Herzfeld, et Gérard Klein en Livre de Poche.. Mais, trop préoccupés de leur espace intime et du travail textuel, ils en perdaient souvent un souffle nécessaire — si l'on excepte, dans cette génération, le cas de Serge Brussolo.. Date de naissance de la S.. Voir la discussion in :.. la Science-fiction par le menu : problématique d'un genre.. 580-581, août-septembre 1977, p.. 34-48.. Angenot (Marc) : the French SF before Verne.. In :.. Science fiction studies.. 14, mars 1980, p.. 58-70.. Franklin (Howard Bruce) :.. Future perfect: American science fiction of the nineteenth century.. New York : Oxford University Press, 1966.. Thaon (Marcel), Klein (Gérard), Goimard (Jacques).. et al.. :.. Science-fiction et psychanalyse.. Paris : Dunod, 1986, p.. ibid.. 7.. Cordesse (Gérard).. – :.. la Nouvelle Science-Fiction américaine.. – Paris : Aubier, 1984, chapitre 1.. Nombreux débats sur ce thème entre 1972 et 1979.. Voir : Blanc (Bernard) :.. Pourquoi j'ai tué Jules Verne.. Paris : Stock, 1978.. (Dire/Stock 2).. 27 novembre 2000 —.. 25 décembre 2000..

    Original link path: /archives/bozzetto/ecrits/bilan/genre.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Bozzetto/Écrits/La S.-F. en France | Quarante-Deux
    Descriptive info: en France.. Éléments d'enquête sur la Science-Fiction en France de 1945 à 1975.. Avant 1945.. ous avons vu, de façon très cursive, la S.. en France avant 1945 se développer et, après une heure de gloire, dépérir.. L'histoire de cette S.. reste cependant à faire, tout comme son recensement précis.. À titre d'indications bibliographiques on signalera :.. Recensements et histoires.. Delmas (Henri) et Julian (Alain).. Le Rayon SF.. — Toulouse : Milan, 1983.. [Nouvelle édition augmentée en 1985].. Sadoul (Jacques).. Histoire de la Science-Fiction moderne (1911-1971).. — Paris : Albin Michel, 1973.. [Nouvelles éditions augmentées :.. Paris : J'ai lu, 1975 (Documents ; 66 67).. Paris : Robert Laffont, 1984 (Ailleurs et demain/essais)].. Van Herp (Jacques).. Panorama de la Science-Fiction.. — Verviers : Gérard, 1973.. [Nouvelle édition en 1975].. Versins (Pierre).. Encyclopédie de l'utopie, des voyages extraordinaires et de la Science-Fiction.. — Lausanne : L'Âge d'Homme, 1972.. [Réédité en 1984 avec un index].. Rares études sur la S.. de cette époque.. Bozzetto (Roger).. — La Science Fiction en France depuis 1914.. Histoire littéraire de la France.. , tome VI.. — Paris : Éd.. sociales, 1982, pp.. 735-739.. Bridenne (Jean-Jacques).. La Littérature française d'imagination scientifique.. — Paris : Dassonville, 1950.. — Préface à :.. Sur l'autre face du monde.. — Paris : Robert Laffont, 1973 (Ailleurs et demain).. H.. Wells Rosny Aîné.. Europe, nº 681-682, janvier-février 1986.. —.. Je Sais Tout, le roi des magazines.. — Bruxelles : Recto verso, 1986 (Ides… et autres ; 54).. Documents d'époque.. Leites (André).. — Le Roman bourgeois d'anticipation scientifique (Destin d'un genre).. In : La Littérature Internationale, nº 12, 1935, pp.. 87-104.. Messac (Régis).. — La Négation du progrès dans la littérature moderne.. In : Les Primaires, nº 85, décembre 1936, pp.. 692-704, nº 86, janvier 1937, pp.. 9-26, nº 87, février 1937, pp.. 73-84, nº 88, mars 1937, pp.. 137-145.. — D.. Keller et le roman scientifique aux États-Unis.. In : Les Primaires, nº 110, mai-juin 1939, pp.. 217-222.. Renard (Maurice).. — Du roman de merveilleux scientifique et de son action sur l'intelligence du progrès.. In : Le Spectateur, nº 6, octobre 1909, pp.. 245-261.. Therive (André).. — Le Roman et la science.. L'Avenir de la science.. — Paris : Plon, 1941 (Présences), pp.. 215-248.. Verne (Jules).. — E.. Poe et ses œuvres.. — Musée des familles, 1864.. De 1945 à 1965.. La production de S.. en France fait l'objet de notre bibliographie.. Elle est donc recensée dans le détail.. En nous appuyant sur les collections, les anthologies, les revues, tachons d'en présenter un panorama.. Les collections.. Avant 1945, on l'a vu, quasiment pas de collections spécialisées.. À la Libération, les collections vont proliférer, et structurer le nouveau champ de la S.. De 1945 à 1965, on verra 34 collections, qui publieront environ 728 volumes.. La production.. Cette production n'est ni étale, ni en progression linéaire — aussi bien pour le nombre de volumes que pour celui des collections qui les publient : on passe de 2 collections en 1949 à 13 en 1954 ; de 7 en 1964 pour remonter à 10 en 1965.. Toutes ne sont pas d'égale productivité : certaines n'ont publié que quelques volumes, le Fleuve Noir Anticipation , 281.. Le nombre total des volumes varie, lui aussi, selon les années : avant 1950, on ne compte pas plus de 2 volumes annuels dans les collections.. On atteint 60 en 1954, 45 en 1958, 95 en 1960 et 37 en 1964.. Il ne faut pas se laisser obnubiler par le nombre des collections, qui pourrait donner à penser que la production est très dispersée.. Sur les 728 ouvrages publiés, plus de la moitié (485) sont le fait de 3 collections : Le Fleuve noir Anticipation (281), Le Rayon Fantastique (119), Présence du Futur (85).. Le reste se partage entre les 31 collections restantes.. Ces trois collections dominantes proposent en fait une triple image de la S.. : trois tendances, trois tentations, trois pratiques.. À preuve, il est rare que les mêmes auteurs se retrouvent dans deux collections.. Et il faudra attendre 1970, pour que les dépouilles du défunt Rayon Fantastique se répartissent entre Le Fleuve Noir Anticipation , Présence du Futur et de nouvelles collections.. Malgré les apparences donc, une production bien centrée.. Cette production est cependant caractérisée par un fait curieux : le petit nombre des rééditions : 11 sur 728 volumes c'est peu, d'autant que 8 sur ces 11 proviennent d'auteurs français d'avant 1945.. Peut-être parce que nous sommes, alors, à une période de constitution d'un champ propre : la tendance est plus à l'exploration, à l'accumulation qu'à la consolidation.. De plus, la S.. n'a pas encore une image de “bien culturel durable”, elle traîne encore une étiquette de “prêt à jeter après consommation”.. En fait la S.. , curieusement, n'accédera au statut culturel qu'en 1965, avec la création d'une collection de prestige : Le Club du Livre d'Anticipation (CLA).. J'en veux pour preuve l'émerveillement de P.. Dick à Metz, lorsqu'il a vu ses œuvres publiées dans cette collection : il s'est soudain (il le dit) senti reconnu.. Il passait, dans le regard d'autrui, du statut de pisse-copie à celui d'écrivain.. Les auteurs.. Par rapport à l'avant guerre, et mis à part quelques noms (R.. Barjavel, P.. Berato, M.. Limat) ce ne sont plus les mêmes auteurs qui écrivent de la S.. Une nouvelle génération d'auteurs français investit ce nouveau créneau, avec Gérard Klein ; Michel Demuth ; Jacques Sternberg ; Kurt Steiner (André Ruellan), Stéphan Wul, etc.. Reste le problème des traductions : aucune traduction avant 1949, mais dès 1951 le nombre de titres traduits (9) dépasse celui des français (5).. L'égalité se rétablit en 1952 (11) et se maintient jusqu'en 1958, ensuite, contrairement aux apparences, les ouvrages français seront plus nombreux que les étrangers et ce jusqu'en 1973.. Cette perfusion d'auteurs étrangers est surtout anglo-saxonne : rien ne vient d'ailleurs avant 1960, et ensuite le maximum annuel sera de 6.. On peut, avec ces chiffres, étayer une affirmation, qui n'était jusqu'alors qu'une hypothèse.. L'importation de modèles et de matériaux étrangers, loin de desservir (ou d'asservir) une S.. française qui stagnait, anémiée, lui a donné l'occasion de se régénérer.. Cette résurrection est passée par une restructuration du champ de l'édition S.. en France, par l'émergence de nouveaux auteurs, et la création d'une nouvelle image de marque du genre.. Qui doit beaucoup à l'agitation médiatique où se sont lancés Michel Pilotin, G.. Gallet, Boris Vian, Raymond Queneau dans les années 1952-1954, et à l'émergence de.. , mais, sans de nouveaux auteurs français pour prendre le relais, la S.. aurait-elle été autre chose qu'une mode ?.. Les anthologies.. L'importance d'anthologies est énorme au point de vue qualitatif.. Elles constituent, pour le lecteur habituel, un point de référence.. Et pour le lecteur occasionnel, un moyen d'accès à la S.. par le “haut de gamme” du genre.. Toute culture suppose, pour acquérir une consistance, une cohérence, un minimum de textes “canoniques” qui servent de base, d'appui, de référence, de connivence, d'exemples dans le cadre d'une réflexion, d'une discussion, d'une analyse.. C'est uniquement par là que l'on peut sérieusement renvoyer à des styles, des thèmes, des traitements : l'anthologie est donc primordiale, surtout en cette époque de constitution d'un champ.. D'autant que les collections publient peu de recueils de nouvelles, alors que la nouvelle de S.. , à cette époque, est peut-être ce qui est le plus représentatif du genre.. À la différence de la revue, qui suppose un suivi, une accommodation, l'anthologie, disponible en librairie, est accessible, elle est un objet de promotion du genre.. L'époque est peu portée sur les anthologies : 17 en 20 ans, dont 4 consacrées à des auteurs français, 4 au “reste du monde” et 9 à des Anglo-Saxons.. C'est un modeste premier pas.. Les revues.. Cette période se distingue de l'avant-guerre par la présence de revues spécialisées :.. :.. Édition française du.. Magazine of fantasy and S.. , elle paraît en octobre 1953, sous la direction de Maurice Renault, qui dirige aussi.. Mystère Magazine.. (revue fille de l'.. Ellery Queen's Mystery Magazine.. depuis plusieurs années), et qui apporte le savoir faire acquis, plus une équipe peu nombreuse mais rodée de traducteurs et un critique.. La volonté pédagogique s'allie au désir de fidélisation : les textes, français ou non, sont précédés de chapeaux bio et/ou bibliographiques, ou bien situés dans une thématique.. La partie rédactionnelle, variable, se compose de comptes rendus, d'articles sur le sujet, et de courrier de lecteurs.. Jusqu'en 1965,.. publiera 145 numéros avec une moyenne de 2 textes français et 7 traduits.. (dite depuis “ancienne série”).. Publiée par les éditions Nuit et Jour.. Le premier numéro paraît en novembre 1953.. Filiale de la revue.. Galaxy.. , n'a pratiquement aucune politique rédactionnelle, publie très peu d'auteurs français.. En revanche, des couvertures admirables.. S'éteint en 1959, après 65 numéros.. Satellite.. Revue française originale, en ce qu'elle n'est pas une filiale, et bien qu'elle publie aussi des textes traduits.. Donne sa chance à de nombreux auteurs français.. À  ...   93 en 1973 (dont 88 proviennent du domaine anglo-saxon, où les nouveaux auteurs anglais concurrencent fortement les américains) à 144 en 1975 (dont 130 pour les anglo-saxons).. Notons que, parmi les auteurs traduits, une modification apparaît.. On trouve certes des auteurs de la première période (Van Vogt, Bradbury, Simak, Asimov, A.. C.. Clarke).. Mais de nouveaux noms apparaissent et leurs œuvres séduisent : F.. Leiber, P.. Dick, H.. Ellison, J.. Farmer, R.. Lafferty, U.. Le Guin etc.. Renouvellement des auteurs, des thèmes, remise en cause de la vision du monde de la S.. de l'époque précédente qui valorisait la science et la technique dans leur impérialisme comme attribut obligatoire de la modernité.. Remise en cause d'un modèle dont les auteurs français profitent, et qui facilite aussi l'accueil d'auteurs non anglo-saxons : le polonais S.. Lem, ou les frères Strougatski par exemple.. Ils font écho, de façon curieuse à des auteurs comme P.. Ce remodelage du champ éditorial, comme du renouvellement des auteurs, des thèmes, de la manière de les aborder et de dialoguer avec, qui passe parfois par une attention portée à la forme du récit se double d'un recentrement de la S.. sur la recherche de ses valeurs propres.. Ses textes fondateurs, son enracinement dans la culture, au sens anthropologique du terme, son autonomie en relation avec l'imaginaire sont au centre d'un questionnement qui naît et se propage alors.. Ce qui explique qu'il s'agit, aussi, d'une période fertile en rééditions.. Pour plusieurs raisons adjacentes : republier des textes majeurs épuisés, ou des textes importants non disponibles comme les romans du Rayon fantastique.. Ils le seront selon diverses modalités : reprise dans des collections existantes : Présence du futur rééditera certains ouvrages de F.. Brown, de E.. Russell, de Stefan Wul.. Collections de type Club sur le modèle du C.. : avec bibliographie, illustration, couverture cartonnée et illustrée, plus des textes de complément.. Ou bien en ouvrant comme chez Ailleurs et demain , une partie destinée aux “classiques”, avec préface.. On y publiera aussi des œuvres qui, à l'origine n'avaient pas été éditées comme de S.. : c'est le cas des œuvres de H.. Hesse, ou de F.. Werfel.. L'ensemble contribue à ancrer la S.. dans le champ de la culture vivante.. Les auteurs français réédités passent de 2 en 1966 à 14 en 1975, dans le même temps les auteurs traduits passent de 2 à 22.. L'ensemble crée un corpus de référence de la S.. en tant que genre à vocation, sinon universelle (ce serait tomber dans l'ethnocentrisme) au moins de la modernité occidentale.. Par rapport à la période antérieure où le taux des rééditions était de 1, 5 %, cette période le voit monter à 15 %.. Ce qui est sans doute comparable à ce qui se fait dans le.. Une culture romanesque de base en S.. , qui se complète par le boom des anthologies.. Le phénomène là aussi s'amplifie.. On passe de 2 anthologies en 1966 à 15 en 1974 et à 30 en 1975 dont 5 consacrées à des auteurs français.. L'ensemble des textes de référence s'élargit : on redécouvre des textes “anciens”, provenant de l'“âge d'or” des revues américaines d'avant-guerre.. On imagine des anthologies chronologiques, et centrées sur des pays divers : S.. française de la période précédente, donc une anthologie à fonction de monument.. Mais aussi des anthologies d'inédits concernant les tendances futures, comme.. La Frontière avenir.. (Seghers).. La forme anthologie , on le voit, change de fonction : l'anthologie d'originaux fait de celle-ci un instrument prospectif.. Cette floraison, fait découvrir de nombreux textes, et offre à la critique — en plus des préfaces et des bibliographies, toujours nécessaires et si rares jusqu'alors — des possibilités de réflexion, de comparaisons, de rapprochements.. Cela lui permet de mieux saisir, puis de mettre en valeur la complexité du genre S.. comme littérature de la et en métamorphose constante, ancrée en un monde en formation (et/ou en devenir).. À ce travail de remise en ordre, et en cause, participent les revues.. , les deux revues du groupe.. continuent leur production mensuelle, avec quelques modifications en ce qui concerne Galaxie.. Cette revue se met, elle aussi, à publier quelques auteurs français, et se dote d'une partie rédactionnelle plus importante.. Mais on assiste, par ailleurs à une création de nouveaux magazines, qui, après un essai comme fanzine, se précipitent dans le circuit commercial.. Par ordre chronologique citons :.. (1968-1975) : 38 numéros parus.. L'Aube enclavée.. (1971-1972) : 6 numéros parus.. Chroniques terriennes.. (1975) : 1 seul numéro.. Argon.. (1975) : 7 numéros parus.. Spirale.. (1975-1976) : 6 numéros parus.. Univers.. (1975-1990).. (Et, au Québec,.. Requiem.. , née en 1974 et qui vit toujours et se développe sous le nom de.. Comment interpréter ce bouillonnement ? Prescience d'un créneau commercial ? indice que la S.. apparaît alors comme littérature vivante ?.. Cette S.. qui se constitue en genre canonique paraît à beaucoup d'amateurs en danger de fossilisation, de récupération, de dissolution.. Alors que les auteurs changent, que l'édition révèle de nouvelles tendances, suscite des mirages neufs, l'impression qui domine chez les amateurs est que les revues traditionnelles ne sont plus en accord avec la vie du genre.. Aussi, chaque nouvelle revue se veut expression d'une nouvelle manière d'envisager le rapport au monde neuf que la S.. permet d'imaginer, en tant que littérature, ou en rapport avec d'autres formes de pensée, de sentir.. C'est le moment des grandes marées écologistes, du déferlement des différents rocks, de l'influence situationniste.. Le féminisme, le désir politique, la sexualité sous ses divers aspects, le lyrisme : tout ce qui avait été un moment considéré comme en dehors du champ institutionnel de la S.. (avant 1968, en particulier), tente d'y faire son entrée.. Dans les textes de fiction, les articles, les éditoriaux : la S.. est remise en cause comme lieu, instrument, mythologie.. Elle tente, pour une part de son champ, de participer à une version française de la “contre culture”.. De plus, des revues extérieures publient, de façon illustrative ou polémique, des nouvelles et des interviews d'auteurs de S.. Ce qui entraîne des scissions, des changements dans les équipes éditoriales, et de nouvelles revues.. Après la période 1945-1965 qui a vu l'installation de la S.. , le début d'un processus de consolidation, de “légitimation interne” par la création d'un appareil “paralittéraire” propre au genre, puisque la “légitimation culturelle” institutionnelle n'est pas totalement acquise, nous avons une décennie contrastée.. Signe d'une vitalité commerciale : la multiplication des titres, des collections, des anthologies.. Mais ausi, indices d'un changement.. En effet, le public de la S.. , mécaniquement, s'élargit : le nombre des titres le montre.. S'élargissant, il perd de son homogénéité relative.. Les revues cessent d'être les points de référence, de rencontre, de discussion — les points de passage obligé.. est prise dans un mouvement qui brasse les diverses autres “subcultures” : musicales (Rock), politiques, écologiques.. Le public, qui dans la période précédente était plus ou moins centré autour des revues et des trois collections dominantes, vu la diversité des collections et des médias, n'a plus forcément de points communs.. Aimer lire de la S.. ne signifie plus avoir lu les mêmes textes, ni qu'on recherche les mêmes choses.. , comme son public, a changé au point de se poser la question de son identité.. 1 —.. Une réflexion portant sur l'évolution de la S.. dans cette même période, pour une comparaison :.. Cordesse (Gérard) :.. Paris : Aubier, 1984.. 2 —.. Une mise au point nécessaire : compte rendu de l'ouvrage précédent.. par :.. Goimard (Jacques) : À propos de.. la Nouvelle Science-Fiction am éricaine.. de Gérard Cordesse.. 4, juin 1985, p.. 208-225.. 3 —.. Comment un auteur passe d'une ère à l'autre de la S.. française.. Bozzetto (Roger) : L'Enjeu temporel chez Michel Jeury.. Métaphores.. 9-10, 1984, p.. 11-18.. [Actes du premier Congrès international de S.. de Nice].. 4 —.. Les fins de monde dans la littérature française de S.. de ces années-là.. Auffret (Hélène) : Apocalypses à la française.. 12-13, 1986, p.. 71-82.. [Actes du deuxi ème Congrès international de S.. Autres.. 5 — Fondanèche (Daniel) : les Techniques et le rôle de l'humour dans l'imaginaire science-fictif de Jean-Pierre Andrevon.. Imaginaires et idéologies.. Cahiers du Cerli.. 7, 1984, p.. 81-88.. 6 — Klein (Gérard) :.. Malaise dans la Science-Fiction.. Metz : l'Aube enclavée, 1977.. 7 — Klein (Gérard) : Le Procès en dissolution de la Science-Fiction, intenté par les agents de la culture dominante.. , nº 580-581, août-septembre 1977, p.. 145-155.. 8 — L'anthologie.. la Frontière avenir.. a été reprise et complétée dans La grande anthologie de la science-fiction (Livre de poche) 36 volumes th ématiques avec des auteurs anglo-saxons.. 9 — On ajoutera à ces textes cinq volumes consacrés, dans la même collection, à la SF française de l'époque, textes choisis par Dominique Martel et Ellen Herzfeld et présentés par Gérard Klein :.. les Mondes francs.. l'Hexagone halluciné.. les Mosaïques du temps.. la Frontière éclatée.. les Horizons divergents.. 23 décembre 2000 —.. 23 décembre 2000..

    Original link path: /archives/bozzetto/ecrits/bilan/france.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Bozzetto/Écrits/La S.-F. devant la critique | Quarante-Deux
    Descriptive info: devant la critique.. La Science-Fiction devant la critique.. La critique littéraire.. Rôle mythique de la critique.. es premiers critiques connus, dans la culture occidentale, sont Zoïle, qui s'est acharné contre Homère, et Érostrate, qui a voulu se faire un nom en détruisant une œuvre d'art.. C'est assez dire que l'on ne reconnaît la critique que pour en dire pis que pendre.. Elle est pourtant aussi ancienne que la littérature, si je saisis bien.. Elle s'est développée dès qu'un art naissait : aussi bien en peinture qu'en art des jardins, en Rock music qu'en BD.. Disons-le :.. il n'y a pas d'art reconnu comme tel sans une critique qui l'impose dans le champ culturel.. Avant le discours critique, on trouve des pratiques, après lui, un art.. Les exemples du cinéma, de la télévision, de la BD, du Jazz, etc.. , sont assez proches pour que je n'aie pas à insister.. Le discours critique est ce qui introduit des pratiques singulières ou groupales dans le champ symbolique de la culture, que, par ailleurs, ces pratiques ont pour vocation de.. mettre en travail.. C'est-à-dire de perturber : de là peut-être l'origine de la mauvaise réputation de la critique.. Du discours de la critique et de sa récupération possible.. La critique produit un.. discours.. sur les œuvres : selon les cas, il est jouissif, normatif, explicatif, évaluatif, etc.. ; il dessine l'horizon d'attente, des spectateurs/lecteurs, etc.. , et marque les limites des capacités d'accueil de la société à un moment donné, pour une œuvre donnée.. La meilleure illustration de cette fonction, est peut-être donnée par le personnage de Thurber, qui se présente comme critique d'art, et que Lovecraft met en scène dans Le Modèle de Pickman, publié dans.. Je suis d'ailleurs.. (Présence du Futur).. Les œuvres ne relèvent pas du discours, mais de la réalité, ou de sa représentation, sous la forme du symbolique.. Ce discours critique peut être tenu en des lieux plus ou moins légitimés par les institutions, il apparaît alors plus ou moins légitime.. Ce qui pose le problème de.. deux moments.. , et de.. deux formes.. de la critique :.. l'un, qui s'intéresse aux œuvres dans une perspective distanciée, et qui vient.. après coup.. Que l'on peut illustrer par le côté d'érudition, de recherche, et d'équilibre propre à l'article de revue, à l'ouvrage de type bilan, somme ou histoire.. Cette.. perspective critique réflexive.. fait référence, de nos jours, à la forme dite “universitaire” même si ce ne sont pas uniquement des universitaires qui l'utilisent (ni qui la possèdent le mieux) ;.. l'autre, qui se caractérise par la forme du compte rendu d'ouvrage, ou de l'interview d'auteur, se situe.. dans le moment même.. de la parution.. C'est une.. littérature d'accompagnement médiatique.. de l'œuvre, plus que de véritable critique.. Sa fonction est d'achalandage.. C'est cet aspect qui, dans une société de consommation comme la nôtre, est favorisé.. Curieusement, la présence de ce discours critique est reçue sur le mode de l'ambivalence : à la fois par les auteurs, les lecteurs, et les éditeurs.. La critique est à la fois recherchée et méprisée par.. les auteurs.. Pourquoi ? Confondant les deux fonctions, ils exigent le service d'achalandage en voulant le parer des vertus de la critique : que celle-ci vienne à s'exercer, par le simple biais d'une réticence, et l'auteur devient furieux, accusant la critique de lui faire rater ses ventes… Dans cet exercice ambigu, l'auteur est appuyé par.. l'éditeur.. Celui-ci a si peu confiance en la capacité d'achalandage du critique qu'il crée son propre service de promotion, avec ce fleuron qu'est l'attaché (e) de presse, et sa production d'achalandange pur.. Le.. public.. des lecteurs d'ouvrage est censé ne pas connaître la critique, ne pas la lire, n'être pas influencé par ses choix : il n'en demeure pas moins qu'il se réfère au moins à l'aspect promotionnel/journalistique de celle-ci.. Et en effet, ce qu'il ignore souvent, c'est la critique.. Tout ceci n'est pas propre à la S.. , mais elle y échappe de moins en moins, bien qu'elle ait réussi, dans un long moment de sa courte histoire à inventer un système original de relations lecteurs/revues/auteurs, c'est-à-dire : s'être organisée en “paralittérature”.. Nous y reviendrons.. Difficultés de l'exercice critique.. Cela étant, la critique n'est pas si aisée que le prétend Boileau : comme l'écriture de fiction, elle est un métier sinon un art — c'est-à-dire qu'elle est moins une science ou une théorie qu'une praxis.. Pour être idéale, elle supposerait résolus nombre de problèmes qui ne le sont pas :.. d'un point de vue général : impossibilité de connaître toutes les œuvres qui relèvent d'un champ, dans l'ensemble des littératures.. Impossibilité d'y mettre en œuvre une méthode qui supposerait l'intégration de toutes les “sciences humaines” (sociologie, psychologie, histoire, anthropologie etc.. ) ;.. du point de vue particulier, touchant à la littérature : impossibilité de savoir ce qu'est une œuvre littéraire, comment elle se construit, quel est son sens, quel rapport entre son projet et ses effets, ses rapports avec l'ensemble des œuvres du même champ, avec l'environnement culturel, anthropologique etc.. du point de vue déontologique : d'où parle la critique, de quel droit, place de la critique dans l'appareil de légitimation etc.. En somme, la critique possède peu d'instruments de travail fiables, peu de données irréfutables, une multitude (c'est-à-dire pas du tout) de méthodes, et aucun droit reconnu.. Comme l'analyste selon Lacan, elle « s'autorise d'elle-même », et on est prié de juger sa qualité à ses fruits.. Mais on ignore quels ils sont.. La seule chose vérifiable est qu'elle est là, qu'elle est nécessaire, et qu'elle a toujours tort.. Elle est le bouc émissaire nécessaire à la cohésion d'un ensemble symbolique culturel.. Ici la littérature, et plus spécialement la S.. Cependant, la production critique touchant à la S.. , pendant cette période a pullulé.. L'ensemble donne une impression de cacophonie et de ressassement à la fois : plus proche du “massage” cher à Mac Luhan, qu'à un message clair.. D'où la tentative de mise en ordre qui suit, une clarification à la fois du jeu de cette critique, dans les différentes périodes et configuration, ainsi que de son contenu et de son évolution.. Ce qui nous conduira à deux démarches :.. l'une touchant aux stratégies de la critique qui accompagne l'implantation.. , puis la légitimation de la S.. L'autre, qui s'intéresse à l.. 'évolution interne du discours critique.. Cette brève introduction avait pour but d'expliciter le sens de l'attention portée à la recension des items critiques (d'achalandage et/ou de réflexion : si les fonctions sont différentes, les textes font partie du même corpus).. Car.. un genre littéraire n'est pas un simple amas d'œuvres.. Il naît, à un moment historiquement déterminé, d'une rencontre entre des œuvres, un public en proie à une vague et imprécise attente, une configuration éditoriale, ET UN SUPPORT CRITIQUE.. Pour la clarification de cette attente plus ou moins fantasmatique, l'intuition sur la capacité de réponse fournie par telle œuvre, tel type de récit, telle constitution en genre, la critique a son mot à dire.. On ne peut la séparer de la production des œuvres et de leur impact.. Quelques notions et vocables utilisés par la critique.. Comme tout métier, celui de critique nécessite des instruments.. Mais à la différence des autres, il s'adresse à un public, pour lui parler d'œuvres écrites dans une langue que ce public connaît, et par le moyen d'un langage que le public est censé connaître.. Ce n'est pas toujours le cas, d'autant que pour éviter d'employer un jargon technique, le critique est parfois obligé de donner aux mots courants un sens spécifique.. C'est le cas des mots réalité , réalisme , fiction , littérature , infralittérature , paralittérature , par exemple.. Le plus simple est donc de clarifier ces notions.. Réalité.. : Comme le rappellent à la fois Clément Rosset et Lacan, le “réel” est inaccessible (sauf dans l'hallucination).. Ce qu'on en connaît est passé par la culture ou/et la langue, à savoir le symbolique.. Toute “réalité” est donc symbolique : elle n'a pas de forme ou de sens “en soi” mais uniquement pour des humains (ou des E.. dont le rapport au monde fonctionnerait sur ce même mode).. Réalisme.. : Si la réalité est une première symbolisation du réel, dans le cadre de la langue, tout genre littéraire est une modélisation secondaire dans le cadre de la langue et de la culture.. Par exemple la poésie lyrique est une modélisation spécifique de la parole à la première personne, le théâtre est une modélisation qui fait entrer en jeu l'expression de l'intersubjectivité, le roman mêle la subjectivité du.. je.. , la représentation du.. tu.. dans les dialogues et se donne la possibilité d'une personne extérieure, le il.. Trois types classiques de modélisation.. Le but de ces modélisations est d'obtenir des simulacres et/ou des simulations (représentations) de réalité tels que le lecteur/auditeur/spectateur se reconnaisse et soit partie prenante de l'acte de lecture, de spectacle etc.. Parmi ces types de modélisations certaines visent à.. l'illusionnisme.. , c'est-à-dire à créer pour le lecteur/spectateur un monde représenté qui soit le simulacre langagier ou pictural de la réalité connue ou vécue par le lecteur ou le spectateur dans son monde empirique.. Les écoles, les tendances, les auteurs qui visent ainsi à l'illusionnisme se disent “réalistes”.. Le réalisme ainsi entendu n'est pas.. le.. but de l'art : il est une modalité, parmi d'autres, de la création artistique.. Il ne faut pas confondre réaliste et référentiel — c'est-à-dire qui a un référent dans la réalité.. En effet, pour prendre un exemple, le Nautilus de Jules Verne, ou les tripodes de H.. Wells dans.. La Guerre des mondes.. sont bien plus “réalistes” que l'alambic décrit par Zola dans.. L'Assommoir.. Il n'est que de se reporter aux textes.. Les “choses” imaginaires (le Nautilus, les tripodes) sont décrites par les moyens littéraires de l'école “réaliste”, qui tendent à les “présentifier” alors que l'alambic est présenté comme une sorte d'objet imaginaire, fantasmatique, dépeint par le biais de métaphores lyriques et qui renvoient aux fantasmes de Gervaise.. Fiction :.. Toute œuvre littéraire, “réaliste” ou non, est œuvre de fiction.. Elle s'oppose par là aux ouvrages documentaires, discours, biographies, commentaires, critiques etc.. Si l'on préfère, il existe une fiction “réaliste” une fiction “fantastique” etc.. et une fiction “historique” chez Alexandre Dumas, sans parler de nombreuses fictions “anticipatrices”, “utopiques”, “spéculatives” etc.. Dire d'une œuvre qu'elle est de fiction ne donne aucune indication sur son contenu ou son style.. Le Paris de Balzac et celui de Proust sont des lieux de fiction comme le Mars de E.. Burroughs et celui de Ray Bradbury.. Toute œuvre littéraire crée un monde “fictionnel”.. On aurait mauvaise grâce à opposer les œuvres, en valorisant celles dont le référent serait le monde de la réalité empirique : Paul Bourget serait alors supérieur à Swift, à Perrault, à H.. Wells, par exemple, pour la seule raison qu'il parle des états d'âme d'un trio adultère dans un salon bourgeois des années 20.. Littérature et infralittérature :.. Il est impossible de définir de manière claire ce qu'est la “littérature”.. La position la plus cohérente serait : ce qui prend en compte l'ensemble des textes écrits ou imprimés.. À l'intérieur de quoi on pourrait trouver ce qui relève ou non de la fiction — et qui varie selon les époques et les civilisations.. Resterait ensuite à définir ce qui, dans la littérature de fiction, est “littéraire” ou non.. Les seuls qui se soient posé le problème de façon apparemment constructive ont été les formalistes russes.. Leur position aboutit à ceci : ce qui rend un texte littéraire est cela seul qui doit être l'objet de l'analyse littéraire, et cela se nomme sa “littérarité”.. Malheureusement ils n'ont pas donné les moyens de définir ou de mettre à jour cette fameuse littérarité.. En attendant donc, il est plus efficace de définir une œuvre comme.. littéraire quand elle a été admise comme telle par le contexte de réception, quand elle a été “légitimée”.. Quand elle entre dans ce que Robert Escarpit nomme «.. le circuit lettré.. » ou « circuit long ».. Un exemple : tel premier roman, publié chez un éditeur connu, donnant lieu à des comptes rendus critiques dans les revues et les magazines sera réputé “littéraire”, avant de finir au pilon.. Et ceci quels que soient, son tirage, sa vente ou sa valeur.. En revanche, un titre publié par le Fleuve noir Anticipation , à 30 000 exemplaires, rapidement épuisés, quelle qu'en soit la valeur n'est pas réputé littéraire.. Il participe du «.. circuit court.. », qui va directement de l'éditeur au lecteur par l'intermédiaire du marchand, c'est-à-dire que sa vente n'est pas “médiatisée” par l'appareil critique de légitimation culturelle.. Il fait partie de.. l'infralittérature, celle dont les appareils de légitimation ne parlent pas.. Le littéraire c'est donc ce que l'institution, pour des raisons non spécifiées, et qui n'ont à première vue rien à voir avec les qualités des œuvres, reconnaît comme littéraire.. Belle tautologie, qui en rappelle une autre : « La S.. c'est ce qui est publié par les revues de S.. ».. On notera ceci : la légitimation, comme ses processus, et ses objets varie selon les époques.. Le roman, au XVII.. est considéré comme infralittéraire : Boileau qui en lit énormément ne le fait pas figurer dans son.. Art Poétique.. Lautréamont est passé, par la grâce des surréalistes, comme le roman gothique, de l'infralittéraire au littéraire.. Le cinéma avant 1927 et les efforts de Rudolph Arnheim, n'était pas considéré comme un art, pas plus que le Jazz avant les années 40.. Nous verrons donc, selon les périodes, comment se situent ces problèmes.. Nous reprendrons le découpage chronologique utilisé pour la production afin de rendre plus clairs d'éventuels rapprochements.. Note :.. sur cette approche sociologique de la littérature et des instances de légitimation voir :.. Lafarge (Claude).. La valeur littéraire — Figuration littéraire et usages sociaux des fictions.. Fayard.. La critique de ce qui deviendra la S.. , avant 1945.. Pour des raisons de commodité, je ne vais pas remonter au déluge.. Je noterai simplement que les textes d'“imagination scientifique” de Cyrano de Bergerac, ceux de Restif de La Bretonne ou de L.. Mercier sont jugés selon les mêmes critères que leurs autres œuvres.. et XX.. siècle, ce qui deviendra la S.. n'a pas de dénomination précise : roman d'hypothèse, de merveilleux scientifique,.. scientific romances.. , roman de l'avenir etc.. De toute évidence, ces œuvres ne sont pas perçues comme faisant partie d'un ensemble spécifique.. Ce sera le cas tant que Gernsback n'aura pas institué le genre éditorial de la “science-fiction”.. Et cette absence de discrimination se perpétuera bien que les pôles de référence soient Jules Verne, H.. Wells ou Rosny selon les périodes.. En soi le futur genre de la S.. , sous divers noms, n'existe pas comme tel, et ne porte donc la marque d'aucun opprobre.. Pour les instances de légitimation, il s'agit là d'une province littéraire qui peut être rattachée à l'utopie, au conte philosophique, ou, comme le fait Wells lui-même dans la préface qu'il donne à ses œuvres complètes, à une tradition littéraire qui va de Lucien à Swift en passant par les.. Mille et une Nuits.. En France, elle a le même statut que le reste : c'est-à-dire que si les auteurs qui en écrivent sont reconnus par l'institution, leurs œuvres sont recensées et encensées dans les mêmes revues et par les mêmes critiques que pour le reste de leurs ouvrages.. Paul Valéry donne des comptes rendus de H.. Wells dans le.. Mercure de France.. , l'Académie Goncourt, que présidera Rosny couronne.. La Force ennemie.. Nau en 1903, Maurice Renard tente, dans des revues sérieuses, de rendre compte du genre “merveilleux scientifique”, Leites des romans d'anticipation et de leur rapport avec la décadence bourgeoise dans.. La Littérature internationale.. En somme, si les auteurs font partie de l'institution, leurs œuvres, qu'elles soient du type “réaliste” ou “fantaisiste” font partie du « circuit long » lettré.. Elle est donc “littéraire” au sens social du terme.. Par contre, des ouvrages de même facture, sur les mêmes thèmes, d'une écriture tout aussi remarquable, publiés par des écrivains non reconnus par l'institution, dans des revues “populaires” comme.. Je sais tout.. , ou des collections “populaires” comme Tallandier ou Ferenczi, ne sont pas légitimés.. Et ceci bien que Rosny ou Wells publient aussi dans ces mêmes revues et dans ces collections populaires.. On a le droit, en tant qu'écrivain légitimé, de s'encanailler.. Tous les écrivains non légitimés, comme A.. Valérie, G.. de Téramond, J.. Moselli et bien d'autres constituent “l'infralittérature”.. Sauf pour quelques critiques, comme Régis Messac dans sa revue.. Les Primaires.. , ou pour quelques lecteurs des.. Études.. Avant 1945, en France, ce qui deviendra la S.. n'a ni nom, ni structure éditoriale (collections), ni support spécifique (revue).. Écrite par des écrivains reconnus, elle est analysée dans des revues légitimantes.. Sinon, elle est consommée dans le cadre de l'infralittéraire (ce qui n'empêche ni le plaisir des lecteurs, ni le succès éditorial).. Les années de provocation publicitaire : 1950-1954.. Le choix de ces dates s'explique aisément à divers points de vue.. : réémergence d'une production dans le domaine, après un tarissement presque total, et arrivée du “modèle étasunien”.. Lexicographique.. : apparition en France du vocable science-fiction et du sigle (ou label) S.. Pratique et symbolique :.. on passe d'une production dispersée sous diverses dénominations à une série de collections renvoyant à un même label.. Promotionnel.. : en relation avec les éléments précédents, sorte de “complot” publicitaire pour vendre ce qui est alors, pour les besoins de la cause, présenté comme un nouvel objet littéraire en relation avec l'américanité et la modernité qui est censée alors la sous-tendre.. Avant de se demander comment s'est constitué le “complot”, qui en a fait partie, et quels en ont été les effets, il faut dire deux mots de ce qu'était alors la S.. aux USA.. Depuis 1926, elle s'était coupée de la littérature dite de.. En somme, en 1945, aux USA, la S.. n'est absolument pas conçue comme un objet culturel.. Elle est perçue comme faisant partie de la consommation imaginaire des adolescents et de quelques adultes marginaux.. Seuls ses éditorialistes affirment qu'il s'agit de la “littérature d'aujourd'hui”.. En fait c'est aussi culturel que le chewing-gum et le coca.. C'est néanmoins ce produit que le “complot critique” va tenter (et en partie réussir) à vendre comme le nec plus ultra de la modernité culturelle.. On appréciera la performance !.. Les titres achetés et traduits, par les mêmes “comploteurs”, les collections prêtes à apparaître sur les étalages, reste à frapper un grand coup de promotion.. Qui sont ces promoteurs ? Dans leur majorité, des écrivains, traducteurs, directeurs de collection, plus ou moins en relations amicales, et qui travaillent pour Gallimard et Hachette dans le cadre de ce projet.. Ils partagent par ailleurs une passion pour le Jazz, connaissent la littérature américaine, et ont leurs entrées dans de nombreuses revues et de multiples journaux, où ils vont se multiplier, en changeant de pseudonymes, afin de toucher aussi bien les intellectuels (.. Les Temps Modernes.. ) que les milieux populaires (.. France dimanche.. ) sans oublier le marais (.. Arts.. La Parisienne.. etc.. De 1950 à 1954, on trouve ainsi sous leurs plumes : en 1950 1 article, 10 en 1951, 19 et 2 numéros spéciaux de revue en 1953, 13 articles, deux préfaces et 1 numéro spécial de revue en 1954.. Sans compter les encarts de la NRF et les comptes rendus d'ouvrages de S.. çà et là.. Beau travail !.. Outre ce tir de barrage, censé ouvrir le champ de l'imaginaire aux lecteurs fascinés, en pilonnant les résistances éventuelles, la promotion de la S.. s'opère par la création de.. On notera cependant que le groupe qui gravite autour de ces deux revues n'a que peu à voir avec le groupe précédent : ils ne fréquentent pas les mêmes lieux, ne nourrissent pas les mêmes objectifs.. On trouve certes dans des revues comme.. , des articles de Maurice Renault ou de Jacques Bergier : mais ce ne sont ni les mêmes médias, ni le même ton.. publiera, en 1954, 10 articles sur le genre : mais les stratégies des deux groupes, objectivement alliés, sont différentes.. Pour Vian, Queneau, Pilotin, il s'agit surtout de promouvoir, par la référence à un label magique et connoté d'américanité (S.. ) une collection où ils ont des intérêts : Le Rayon fantastique.. Cela n'a rien de péjoratif, et d'ailleurs, Pilotin dans.. , Vian dans son œuvre, Queneau dans ses recherches, œuvreront dans et par la S.. Pour l'heure, c'est l'aspect promotionnel qui les motive.. Par contre l'équipe de.. vise à fabriquer une revue de S.. adaptée au public français, non seulement en promouvant la S.. américaine, mais en révélant des auteurs français du présent, tout en situant cette nouveauté S.. dans une tradition culturelle française (J.. J.. Bridenne).. La revue se présente en fait comme un creuset, à tout point de vue.. Autre différence, la promotion de l'équipe du Rayon fantastique se fait uniquement sur le côté américain : l'article de Queneau se réfère à des anthologies américaines, les seuls auteurs encensés sont ceux publiés, où à publier dans le Rayon fantastique , et la production française contemporaine est totalement ignorée.. Les textes du Fleuve noir n'ont pour eux aucune espèce d'existence.. En somme, ils rétablissent, à l'intérieur du champ de la S.. , et par le fait  ...   des manuels (L.. De Camp.. Science Fiction Handbook.. — New York : Hermitage House, 1953).. En 1960, T.. D.. Clareson, de l'Université de Kent (Ohio) lance une revue universitaire consacrée à l'étude de la S.. Enfin, des chercheurs indépendants comme Moskowitz, des auteurs comme Panshin publient sur la S.. , ses origines, ses auteurs.. En 1970, T.. Clareson publie un choix des meilleurs articles d.. 'Extrapolation.. ce qui donne.. : The other side of realism.. Des index avaient été par ailleurs publiés, avec Bleiler, Day, puis le NS.. A-MIT, annuel.. En 1972 T.. Clareson nous propose le premier panorama du genre critique dans.. criticism : an annotated checklist.. Il ne concerne, évidemment, que la critique de langue anglaise, mais il remonte à 1939 pour le premier article publié sur la S.. dans la presse US.. En 800 références, c'est un excellent florilège.. Depuis 1972, le marché de la critique s'est bien ouvert, et on trouve au moins deux revues concurrentes d'.. Ce sont.. Science Fiction Studies.. (Montréal, puis De Paw University) et.. Foundation.. (Londres).. Des bibliographies, des biographies, des études sur les auteurs fleurissent, dont il serait trop long de donner la liste d'autant qu'elle figure dans l'ouvrage de Norbert Spehner.. Comme, de plus, la S.. est une matière d'enseignement, dans le secondaire même, de multiples manuels ont été écrits, dont les revues précitées donnent une analyse sans complaisance.. est devenue aux USA, un genre reconnu.. Ce qui ne signifie en rien qu'elle ait acquis une spécificité quant à son contenu ou ses approches.. Signalons même un important numéro spécial :.. Science Fiction in France.. de la revue.. , vol.. 16, part 3, nº 49, novembre 1989, avec des articles très intéressants sur un historique, les romans du Fleuve noir 1951-1960 et les débuts de.. En France :.. on a vu qu'elle naît, en liaison avec la critique “générale”, dans des revues non spécialisées.. Elle passe par un envol journalistique entre 1950 et 1954, tout en se développant de façon autonome dans les revues de S.. , avant qu'une sorte de convergence s'établisse entre les universitaires et les critiques “internes” depuis 1975.. On ne trouve cependant aucune revue, du type.. En revanche, en 1984 une tentative originale avec.. , chez Denoël.. Ajoutons quelques ouvrages parus dans diverses collections de science-fiction ( Ailleurs et demain/essais ), plus des ouvrages parus çà et là comme Gérard Cordesse.. (Paris : Aubier, 1984), Thaon, Klein, Goimard al.. (Paris : Dunod, 1986), et des numéros spéciaux de revues, dont les plus marquants restent.. La Science-Fiction.. (Europe, nº 580-581, août-septembre 1977) et.. Science-Fiction et fiction spéculative.. (Revue de l'Université de Bruxelles, 1985).. N'oublions pas les Actes de différents congrès internationaux de S.. , (Métaphores, Nice, 1984, 1986) et les Cahiers du Cerli (1980…), ainsi que la bibliographie de Norbert Spehner.. Écrits sur la Science-Fiction.. (Longueuil (Québec) : Le Préambule, 1988), qui est une mine sur tout ce qui s'est écrit sur la S.. Le parcours de la critique de S.. en France, balisé par quelques articles et ouvrages glosés.. 1889 — Morice (Charles) :.. la Littérature de tout à l'heure.. Paris : Perrin, 1889.. 385 p.. Première mention du terme merveilleux scientifique.. 1909 — Renard (Maurice) : Du roman de merveilleux scientifique et de son action sur l'intelligence du progrès.. À cause de la première définition, reprise par la suite et popularisée en 1956 par Jacques Van Herp : « une fiction qui a pour base un sophisme, pour objet d'amener le lecteur à une contemplation plus proche de la vérité, pour moyen l'application des méthodes scientifiques à l'étude de l'inconnu et de l'incertain ».. 1935 — Leites (André) : Le Roman bourgeois d'anticipation scientifique (Destin d'un genre).. 12, 1935, p.. Pour la première mention d'un ensemble d'œuvres diverses constituant un genre ; pour la mise en rapport de ce genre avec des discours sociaux.. Pour la première critique de l'aspect strictement technique du genre.. 1941 — Thérive (André) : le Roman et la science.. l'Avenir de la science.. Paris : Plon, 1941 (Présences), p.. Premier constat, par un futur académicien, de l'existence d'une tendance nouvelle de la littérature : le début d'une reconnaissance ?.. 1950 — Bridenne (Jean-Jacques) :.. la Littérature française d'imagination scientifique.. Paris : Dassonville, 1950.. 294 p.. Ouvrage longtemps mythique, ébauche d'une thèse qui sera soutenue à Lille en 1952, et qui contiendra une bibliographie.. La substance de ces deux ouvrages sera reprise dans de nombreux articles publiés par l'auteur dans.. l'Information littéraire.. La thèse soutenue est, pour simplifier, que la S.. américaine n'a rien apporté de neuf puisque tout avait déjà été inventé par les auteurs français.. Influencera Van Herp (1973) et Versins (1972).. 1951 — Queneau (Raymond).. — Un Nouveau genre littéraire : les science-fictions.. , nº 46, mars 1951, pp.. 195-198.. Thèse opposée au précédent, (qu'il ignorait, d'ailleurs) c'est le premier article à insister, à partir d'un corpus uniquement américain, sur l'absolue nouveauté du genre.. S'il n'ignore pas Jules Verne, il insiste sur le fait que ces nouvelles “fictions” ne visent pas un public d'adolescents.. 1951 — Spriel (Stephen) [= Michel Pilotin] et Vian (Boris).. — Un Nouveau genre littéraire : la science-fiction.. , 7.. année, nº 72, octobre 1951, pp.. 618-627.. Outre l'aspect de nouveauté, insistent sur la “modernité” : la seule littérature qui permette d'affronter “l'âge atomique”.. 1953 — Spriel (Stephen) [= Michel Pilotin].. — Le Ressac du futur.. Cahiers du Sud.. , 40.. année, nº 317, 1er semestre 1953, pp.. 21-25.. Pour la notion de « nouvelle mythologie nécessaire à l'âge de la science ».. 1953 — Butor (Michel).. — La Crise de croissance de la Science-Fiction.. 31-39.. Souvent repris, seul article de critique S.. traduit aux USA en 1970, critiqué à juste titre par James Blish in :.. Pose la question de la “réduplication” comme tare extrême de la S.. Cet aspect sera repris par Eizykman (1974).. 1954 — Villadier (Pierre).. — Science-Fiction et littérature d'anticipation.. La Nouvelle Critique.. , 6.. année, nº 56, juin 1954, pp.. 44-58, nº 57, juillet-août 1954, pp.. 91-107.. A donné lieu à une polémique avec.. Intéressant car il fait le point sur la production de S.. de cette époque, de façon exhaustive et donne un historique acceptable de la S.. en France comme aux USA, qu'il oppose par leurs idéaux.. En écho à l'article de Leites (1935) il impulse une critique de la S.. au plan de sa nocivité : la S.. est aliénante car la science qu'on y présente est en fait une magie, elle n'a rien de “progressiste”, elle est, de plus, belliciste.. Enfin, remarque importante, la S.. relève de l'analyse sociologique plus que littéraire.. Elle est un “symptôme social”.. 1955 — Carrouge (Michel).. — Les Animaux célestes sont-ils plus raisonnables que nous ?.. La Table Ronde.. , nº 85, janvier 1955, pp.. 120-128.. Insiste sur la continuité entre mythes anciens et mythologie qui en dérive et fonction mythique de la science en relation avec la S.. À mesure que la S.. s'éloigne de la simple anticipation vernienne elle réalise une fonction mythopoiétique.. 1955 — Mounin (Georges).. — Poésie ou Science-Fiction ? In :.. , nº 119, novembre 1955, pp.. 740-746.. Le goût du public pour la S.. pose problème car la S.. est bien mal écrite.. Ces œuvres répondent donc à un désir, qui est désir de poésie.. Les objets techniques en sont les supports.. Or les poètes sont absents : ils se regardent le nombril.. Le divorce entre le désir de poésie et les pauvres œuvres qui tentent de le combler est grand : la S.. comme “ersatz de poésie”.. Voir : Bozzetto (Roger).. — Georges Mounin, lecteur de S.. -F.. Cahiers de Slavistique.. , nº 7, 1976, pp.. 19-26.. [Aix].. 1956 — Klein (Gérard).. — Ray Bradbury, mage.. , nº 33, août 1956, pp.. 115-119.. Premier article, dans une revue spécialisée, sur un auteur vivant et américain.. 1958 — Sternberg (Jacques).. Une Succursale du Fantastique nommée Science-Fiction.. — Paris : Le Terrain Vague, 1958.. Début et symptôme d'une période de confusion critique.. Sous prétexte qu'en anglais.. fantasy.. donne adjectivalement.. fantastic.. au sens très large d'imaginaire, on prétend faire de la S.. une variante du fantastique.. En français cela n'a aucun sens.. 1958 — Olsen (Bob).. — On recherche : une définition de la Science-Fiction.. Cahiers D'études D'ailleurs.. , nº 2 (B), avril 1958, pp.. 3-14.. Donne non pas une définition de la S.. mais ce à quoi une “véritable” œuvre de S.. devrait obéir.. La première définition normative de la S.. Elle définit en fait l'idéologie de la S.. américaine de l'âge d'or.. Notons l'absence de toute allusion à l'aspect littéraire.. « S.. : un récit à propos d'une découverte ou d'une invention imaginaire, possible selon les connaissances de la science authentique, relatant des aventures et autres faits pouvant raisonnablement résulter de l'emploi de l'invention ou de la découverte ».. 1959 — Blanchot (Maurice).. — Le Bon usage de la Science-Fiction.. Nouvelle Revue Française.. année, nº 73, janvier 1959, pp.. 91-100.. Premier article à poser le problème de l'ignorance des critiques de l'institution littéraire comme obstacle à la compréhension et à la légitimation du genre.. De plus la S.. contient des « idées d'œuvre plus que des œuvres ».. Elle ne vise pas à rendre le futur présent, mais « le présent, improbable ».. A une dimension eschatologique et se pose comme exercice intellectuel.. Pose le problème de l'esthétique d'une littérature où les idées sont des objets de manipulation narrative.. Sur ce problème voir la revue.. Caliban.. , nº 22, 1985.. 1960 — Drode (Daniel).. — Science-Fiction à fond.. , nº 28-29, 1er avril-15 mai 1960, pp.. 24-31.. Pose le problème de la S.. devant la réalité de son temps, et le problème du langage : comment parler du futur avec les mots du présent ? La S.. n'a pas simplement à véhiculer des idées (Olsen, 1958) elle doit construire un monde (Blanchot, 1959) par une pratique neuve du langage.. Drode publiera.. Surface de la Planète.. dans cette problématique, proche de celle du nouveau roman.. 1961 — Klein (Gérard).. — Une Immense duperie.. , nº 86, janvier 1961, pp.. 129-131.. Controverse à propos du.. Matin des magiciens.. Contre le “réalisme fantastique” qui refuse de trancher entre l'essai et le romanesque, jouant sur tous les tableaux.. Déjà une influence néfaste de Louis Pauwels.. 1961 — Raabe (Juliette).. — Science-Fiction et jeune roman.. France-observateur.. , nº 577, 25 mai 1961, pp.. 15-16.. Lien établi entre S.. qui vise à construire des mondes analogiques et Nouveau roman qui vise à changer le mode de perception de la réalité romanesque.. Veine très riche : concernera Robbe-Grillet, Ricardou, Ollier, William Burroughs, Ballard.. Voir Baudrillard : Article sur.. Crash.. in : Traverses, nº 4, 1980.. 1962 — Amis (Kingsley).. L'Univers de la Science-Fiction.. — Paris : Payot, 1962.. Premier ouvrage anglo-saxon de critique S.. Bonne préface de J.. Curtis.. Donne une définition de la S.. : « Récit en prose, traitant d'une situation qui ne pourrait se présenter dans le monde que nous connaissons, mais dont l'existence se fonde sur l'hypothèse d'une innovation quelconque, d'origine humaine ou extra-terrestre, dans le domaine de la science ou de la technologie, disons même de la pseudo-science ou de la pseudo-technologie ».. Moins normative ou descriptive qu'Olsen, se situe à son niveau, aucune allusion au côté littéraire, loin des préoccupations d'un Drode.. 1962 — Sartène (Gil).. — Boris Vian : cet étranger qui jugea la Terre.. , nº 107, octobre 1962, pp.. 126-129.. Premier article d'une revue spécialisée en S.. sur Vian qui relève de la littérature.. , bien que ses liens avec la S.. soient connus.. Voir ensuite sur ce thème :.. Baudin (Henri).. — B.. V.. — S.. F.. Boris Vian.. — Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle, Colloque du 23 juillet au 2 août 1976.. — Paris : U.. , 1977.. Pestureau (Gilbert).. Boris Vian, les amerlauds et les godons.. , 1978.. 1966 — Caillois (Roger).. — De la féerie à la Science-Fiction.. [Préface] in :.. Anthologie du Fantastique.. — Paris : Gallimard, 1966.. Roger Caillois est le premier à présenter de façon cohérente une différenciation historique entre les trois genres (ou domaines) du Merveilleux pré-scientifique, du Fantastique et de la S.. Cette tripartition essentielle pour la critique française de S.. et/ou de Fantastique, sera reprise et enrichie, en particulier dans l'article Fantastique de.. l'Encyclopædia Universalis.. Pour résumer : le Merveilleux pré-scientifique relève d'une universalité, et il ne met pas en conflit la Nature et la Surnature.. De ce point de vue la S.. est une littérature dans la mouvance du Merveilleux, la caution scientifique prenant la place de la caution surnaturelle, dès que le développement des sciences et des techniques l'a permis.. Le Fantastique, lui, naît vers le XVIII.. siècle, après que la conception rationnelle du monde, et la capacité de la littérature à présenter un univers empirique cohérent font de la présence de la surnature non plus une évidence, comme dans le Merveilleux, mais un scandale.. Il existe donc trois formes de la représentation imaginaire.. Aucune n'est la “succursale” de l'autre.. Mais le Merveilleux, comme la S.. sont du.. côté de la représentation.. , même si empreinte d'imaginaire, ils appartiennent à la littérature.. mimétique.. Le Fantastique est du côté de l'.. impossibilité de représenter.. : sa rhétorique spécifique est celle de la.. dénégation.. Cette pensée, claire et cohérente influencera Gérard Klein (1969), et imprégnera, le numéro.. Les Fantastiques.. de la revue Europe, nº 611, 1980.. 1967 — Renard-Cheinisse (Christine).. Étude des phantasmes dans la littérature dite de Science-Fiction.. — Thèse de 3.. cycle.. Université de Paris, Laboratoire de Psychologie clinique, 1967.. Compare les textes de Fantastique et de S.. à la fois dans leur économie et dans la relation qu'ils entretiennent avec divers types de fantasmes.. 1969 — Cordesse (Gérard).. — La Science-Fiction de Ray Bradbury.. , nouvelle série, tome V, fascicule 1, janvier 1969, pp.. 77-83.. Premier article d'un universitaire dans une revue universitaire sur un auteur vivant de S.. 1969 — Klein (Gérard).. — Entre le fantastique et la science-fiction : Lovecraft.. Lovecraft.. de l'Herne, 1969 (Cahiers de l'Herne, nº 12).. — pp.. 47-74.. Article de base pour renouveler l'approche sociologique (Leites, Villadier) en appliquant les catégories de L.. Goldmann à la S.. Pose l'hypothèse d'une classe de techniciens dont la vision du monde, comme l'aspiration au pouvoir, se refléterait dans la S.. Et leurs vicissitudes par les avatars de la S.. Sera développé in :.. (Metz : L'Aube enclavée, 1977), repris et corrigé in :.. Trames et moirés.. publié dans Thaon, Klein, Goimard al.. (Paris : Dunod, 1986).. 1970 — Entretiens sur la Paralittérature.. — Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle, 1.. -10 septembre 1967.. — Paris : Plon, 1970.. Pour Pierre Versins, présentation de la classe des “conjectures rationnelles” sorte de dimension de l'esprit et dont la S.. serait l'une des dernières incarnations.. C'est aussi le moment où la S.. est rangée dans la “paralittérature” au sens d'“infralittérature”, c'est-à-dire avec des connotations péjoratives.. 1972 — Favier (Jacques).. — Les Jeux de la temporalité en Science-Fiction.. Littérature.. , nº 8, décembre 1972, pp.. 53-71.. Cet article est, de façon éclairante, publié dans un numéro de la revue qui se consacre au Fantastique !!! C'est, malgré cela, le premier article sur la S.. qui focalise sur les possibilités narratives propres à la S.. , en particulier par ce que cela permet pour le traitement du temps.. En liaison avec les thèses des critiques du nouveau roman (Ricardou, Genette, qui distinguent Histoire/récit etc.. Sera prolongé par Eizykman.. — D'une modalité temporelle des récits de Science-Fiction.. Revue de L'université de Bruxelles, nº 1-2, 1985.. 1972 — Stover (Leon E.. La Science-Fiction américaine.. — Paris : Aubier Montaigne, 1972.. Première analyse de la S.. dans une perspective anthropologique : en tant que vecteur culturel de la “civilisation” des États-Unis.. 1972 — Versins (Pierre).. Encyclopédie de l'utopie, des voyages extraordinaires et de la Science Fiction.. Une somme de 999 pages, sans index ni bibliographie.. Réédité en 1984 avec un index.. 1973 — Klein (Gérard).. — Préface à : Valérie (A.. — Paris : Robert Laffont, 1973.. d'avant 1945 sous un angle sociologique goldmannien.. 1973 — Van Herp (Jacques).. Panorama de la Science Fiction.. Complément indispensable de Versins (1972).. Avec un ordre certain.. Manquent index et bibliographie.. Une somme.. 1973 —.. , nº 22, offre deux articles contrastés :.. Gernsback (Hugo).. — L'Impact de la Science-Fiction dans le monde d'aujourd'hui , pp.. 18-20.. Rappel des positions classiques de la S.. de l'“âge d'or” par le créateur du nom science fiction.. doit populariser la science, aider la science, permettre aux savants de tester métaphoriquement leurs idées “irrecevables”.. Walther (Daniel).. — Nouvelles formes de la S.. , pp.. 30-35.. Essai de se situer dans la mouvance de la.. new wave.. et de la.. Justification des recherches stylistiques et esthétiques en liaison avec des retombées du surréalisme et du nouveau roman.. La science est un fantasme, elle n'est plus un socle, l'essentiel est l'exploration du langage, l'écriture.. 1973 — Suvin (Darko).. — La Science-Fiction et la jungle des genres, un voyage extraordinaire.. , nº 10, mai 1973, pp.. 98-113.. Une généalogie de la S.. , en liaison avec les idées (venues du formalisme russe et de Brecht) d'.. estrangement.. est un genre qui permet une “extranéation cognitive”.. Intéressant et discutable.. Sera développé dans :.. Pour une poétique de la Science-Fiction.. (Québec : Presses de l'Université du Québec, 1977).. Suvin a dirigé.. , a collaboré avec Marc Angenot.. Une tentative pour articuler la lecture de type sociologique à une prise en compte de l'économie des textes.. 1974 — Eizykman (Boris).. Science-fiction et capitalisme.. — Tours : Mame, 1974.. Essai “freudo-marxiste”, qui lie l'économie et les “positions libidinales”.. Bon travail sur le temps et la réduplication.. 1974 — Jamoul (J.. — Ballard.. , nº 9, 4e trimestre 1974, pp.. 45-50.. Premier essai d'analyse du monde fantasmatique d'un auteur de S.. Prend tout son sel appliqué au théoricien de l'.. Pour une recension plus complète.. 1988 — Spehner (Norbert).. (Longueuil (Québec) : Le Préambule, 1988).. La bibliographie critique actuellement la plus complète, qui déborde d'ailleurs notre période….. Pour conclure, remarquons que la critique de S.. n'a en rien innové.. En se développant, elle a repris les thèmes et les approches que la critique dans son ensemble ou dans ses provinces marginales avait déjà testés sur des textes différents.. Certains aspects sont cependant restés quasiment en friche, comme la notion.. d'emprunt culturel.. , les études de.. réceptions.. , l'articulation entre le savoir scientifique d'une époque, son idéologie et les représentations qu'en donne la SF etc.. On voit poindre, certes, la naissance d'une recension des sources et des conditions de production (ce qu'on nomme l'histoire littéraire) et qui aboutit à la constitution d'index, et de sommes bibliographiques.. Mais là aussi, il reste beaucoup à faire.. Quant à l'analyse immanente des œuvres, disons qu'elle a été abordée, mais peu avancée.. Ce qui a été le plus développé c'est peut-être une analyse à vocation sociologique : celle qui tente de mettre en relation des types d'œuvres avec leurs conditions (mythiques ?) de production, et c'est un aspect que la critique américaine avait peu abordé : c'est là que se nicherait un apport original de la critique française de S.. Néanmoins, les études critiques sur la S.. ont fait la preuve qu'elles peuvent sortir d'une phase (antérieure à 1975) nécessairement subjective par manque de références et de données.. Espérons que le savoir accumulé depuis permettra de remplacer les questions trop générales (et insolubles) où elle s'est longtemps complu, par des travaux moins ambitieux, mais plus fructueux sans aucun doute.. Ce que la critique française a développé, c'est peut-être une analyse à vocation sociologique : celle qui tente de mettre en relation des types d'œuvres avec leurs conditions (mythiques ?) de production.. Elle s'est enrichie aussi de perspectives psychanalytiques avec Marcel Thaon.. Ce sont là deux aspects que la critique américaine a peu abordés.. Ajoutons quelques travaux universitaires relevant de thèses.. La littérature française d'imagination scientifique.. Lille.. 1952.. Renard-Cheinisse (Christine).. Étude des phantasmes dans la littérature dite de Science-fiction.. Favier (Jacques).. La nouvelle dans la science-fiction anglo-saxonne de 1950 à 1970.. Paris VII.. 1972.. Lahana (Jacqueline).. Les mondes parallèles de la science-fiction soviétique.. Paris III.. 1977.. Heller (Leonid).. De la science-fiction soviétique.. Par-delà le dogme, un univers.. Lausanne.. L'âge d'Homme.. 1979.. Terrel (Denise).. L'.. impérialisme dans la science-fiction américaine.. 1980.. Raynaud (Jean).. Utopie et réalité : spécificité du récit de science-fiction américain, de 1958 à nos jours.. Ferran (Pierre).. Place et rôle de la science-fiction dans l'enseignement de la littérature en premier cycle.. Paris V.. Essai psychanalytique sur la création littéraire.. Processus et fonction de l'écriture chez un auteur de SF : le cas de P.. Aix.. Goizet (Annette).. La nouvelle de science-fiction anglaise.. Caen.. Guillaud (Lauric).. Le thème du monde perdu dans la littérature de langue anglaise (1864-1933).. Nantes.. obscur objet d'un savoir : fantastique et science-fiction, deux littératures de l'imaginaire.. Presses de l'Université de Provence.. 1992.. Stolze (Pierre).. Rhétorique de la science-fiction.. Thèse.. Nancy II.. 1994.. Zamaron (Alain).. Représentation des civilisations disparues dans la littérature d'aventures fantastiques de la fin du XIX.. siècle et du début du XXe.. Thèse Université de Provence.. Déc.. 1995.. On peut consulter un relevé plus exact et plus complet des thèses concernant la SF et des articles qui lui sont consacrés dans les revues universitaires depuis 1980 sur le site.. up.. univ-mrs.. fr/~wcaruli/.. 24 décembre 2000 —.. 24 décembre 2000..

    Original link path: /archives/bozzetto/ecrits/bilan/critique.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Bozzetto/Écrits/S.-F. recherche critique | Quarante-Deux
    Descriptive info: recherche critique.. La littérature de Science-Fiction : recherche critique désespérément.. les Univers de la Science-Fiction.. , supplément à.. 8, mars 1998, p.. 203-222.. vant d'amorcer une analyse, et compte tenu de la confusion qui règne dans le domaine de la critique concernant la SF — confusion de vocabulaire ou confusionnisme intellectuel —, il convient de mettre les choses à plat.. Quitte à paraîtr e enfoncer des portes qui se révéleront ouvertes.. Pour cela il est nécessaire de présenter de façon claire, c'est-à-dire “falsifiable” selon Popper, un ensemble de paramètres qui renvoie de la façon la plus solide possible à cette vaste accumulation de textes, qui se présentent comme relevant de la science-fiction pour des auteurs, des lecteurs et des critiques.. Nous ne pensons pas qu'il puisse exister une définition générale, définitive, et stipulative de la science-fiction, pas plus qu'il n'en existe une du roman en particulier, ou de la littérature en général.. Donc quand nous parlerons de science-fiction ce sera d'abord en restant dans des frontières que nous tenterons de préciser.. Par là même nous tenterons de spécifier l'idéal d'une approche critique spécifique de la SF.. Mais auparavant il convient de situer la SF dans la place qui est la sienne dans le champ de la littérature.. La SF fait bien partie de la littérature de fiction.. Le monde de la littérature a d'abord été l'univers de l'imaginaire, en ce sens que les premiers matériaux de ce qui sera exploité par la SF, à savoir les mythes, relèvent des textes écrits.. , cette référence à l'écrit constitue la première approche de l'univers de la littérature.. La plus grande partie de la production de SF actuelle relève encore de l'écrit.. Le cinéma, la télévision, la bande dessinée — puis la musique — s'en inspirent, y puisent des images, des scénarios, ou des sons, mais l'origine et le lieu de la SF c'est bien l'espace littéraire.. Cependant tout ce qui relève du domaine de l'écrit, et de la “manipulation des mots” est il pour autant “littéraire” ?.. La question se pose pour ce qui regarde les fictions.. Une approche sociologique récente, aborde cette question.. Elle le fait en interrogeant la notion clé de “littérarité”.. Lafarge montre que.. « l'étude de la littérature en tant qu'objet (les fictions) ne saurait en effet prétendre au statut scientifique, aussi longtemps que sa réalité même ne sera pas établie, ou autrement dit, que l'objectivité de ce savoir restera sujette à caution.. En d'autres termes, l'on ne sait jamais a priori, devant un texte de fiction, s'il est ou non littéraire (p.. 10).. Il paraît donc impossible de.. « construire une théorie de la littérature sur une propriété objective permanente et structurante de l'objet en tant que tel, puisqu'en effet on n'en connaît pas.. » (p.. Le discriminant serait il le style ? Il est présenté comme une propriété objective du discours littéraire, mais s'il est « manifeste dans les faits, son statut est théoriquement obscur ».. 12).. Quel serait donc le critère de différenciation ? Serait-ce donc la “valeur littéraire” ? On prétend que c'est ce qui détermine le corpus des œuvres reconnues comme littéraires par une institution.. Lafarge montre que cette “valeur” n'intervient qu'a posteriori pour fonder l'illusion de l'unité du corpus sur la notion de “littérarité” (p.. 14).. Celle ci — dont on a vu le peu de contenu — justifie.. « à la fois la production le commentaire et la consommation des récits littéraires ».. 27).. Or « La valeur… n'est pas le produit de la nature du récit, de ce qu'il dit ou de la manière dont il le dit » (p.. 29).. Ainsi toute utilisation de la “littérarité” se limite-t-elle à un jeu sur le classement d'un récit ou d'un groupe de récits au nombre de ceux qui prétendent au respect.. Cette analyse se voit confirmée par l'exclusion ou l'inclusion dans “la littérature” de certains textes, sans que pour autant la définition de la “littérarité” ait avancé d'un pas.. À la question initiale qui portait sur la différenciation du littéraire et du non littéraire, la réponse de Lafarge est :.. « il n'y a pas de délimitation juridique possible du corpus puisque la valeur littéraire n'est pas une propriété des objets, mais une sacralisation sociale » (p.. 38).. À suivre Lafarge et les sociologues de la littérature, les théories sur la littérarité ne sont là que pour justifier une pratique qui entérine elle-même un choix et construit une tradition.. Dans un second temps elles s'appuient sur cette tradition érigée en norme pour inclure/ exclure un certain nombre de textes, d'auteurs ou de genres.. À l'intérieur du champ valorisant ainsi constitué, elles permettent permet de classer tel texte ou tel auteur dans tel genre, imposant par là même une hiérarchie des textes et des genres, qui ne repose sur aucune base sérieuse.. En outre, les temps changent, et comme le signale Régine Robin :.. « Il n'y a plus une littérature.. Il y a désormais des objets particuliers qui ont chacun leur manière de s'inscrire dans le littéraire, de produire du littéraire ou de penser le littéraire » (p.. Elle rejoint sur ce point Jean Molino.. En d'autres termes, la SF étant une composante à part entière de l'ensemble littéraire, elle ne doit pas être valorisée ou dévalorisée en tant que telle, mais jugée sur la qualité, chaque fois singulière, des textes qu'elle donne à lire.. Sur ce point, elle doit être traitée sur le même plan que toutes les autres productions de fiction narrative.. La SF relève de la fiction narrative.. Selon la formule d'Aristote, ce type de fiction « représente des hommes en action ».. Lire une fiction de ce type c'est donc entrer, selon les directives d'ordre scénographiques, dans un quasi-monde, analogue au nôtre, pour lequel nous complétons, grâce à notre savoir, les indications lacunaires du narrateur.. La SF relève donc de la fiction narrative, ses textes y côtoient ceux d'Alexandre Dumas, de Marcel Proust, de Bram Stoker ou d'Hemingway.. Par contre, un programme politique — comme.. Le manifeste du Parti communiste.. — ou des textes à dominante descriptive et didactique comme.. La cité du soleil.. ne relèvent pas explicitement de la fiction narrative.. Soit ils ne relèvent pas de la fiction (le programme politique, qui vise une action dans la réalité) soit ils relèvent de la fiction discursive, ou fiction didactique, comme.. l'Utopie.. , ou la.. Cité du Soleil.. Certes les fictions narratives peuvent mettre en scène des descriptions et des discours : que ce soit dans les romans historiques, les romans de mœurs ou ceux de SF, les exemples ne manquent pas.. Pensons aux descriptions balzaciennes, à celles de Hugo dans.. Les Misérables.. , ou aux descriptions explicatives dans les textes de Jules Verne.. Si l'on se reporte à Wells dans.. , on y trouvera une démonstration de la possibilité d'un voyage temporel.. Les textes de SF peuvent donc être appuyés sur des éléments discursifs ou didactiques que l'on rencontre dans les textes utopiques ou dystopiques.. Mais ils doivent intégrer ces plages informatives dans le cadre d'une narration comme on le voit de manière plus moderne que chez Wells, avec.. Les monades Urbaines.. Les dépossédés.. À l'intérieur de ce type de fiction narrative, les textes que l'on dit appartenir à la SF, ou en être les précurseurs, présentent un certain nombre de traits communs, sans qu'il soit nécessairement question de “genre”.. La SF n'est pas un “genre” mais un “état d'esprit” qui donne lieu à des textes proposant une perspective singulière sur la réalité.. La notion même de “genre”, en littérature, pose plus de problèmes qu'elle n'en résout.. Ce que l'on peut avancer, c'est que les textes que l'on dit relever de la SF présentent entre eux des “ressemblances familiales” pour emprunter le vocable de Wittgenstein.. Ces ressemblances sont d'ailleurs plus évidentes quand les textes proviennent de la même période, mais on peut aussi trouver des traits récurrents, en nombre moindre, si l'on tente des coupes diachroniques.. Cela ne signifie en rien que la SF — dont le nom est très récent — constitue un “genre”.. Rien ne dit que les premiers créateurs de textes que l'on assimile à la SF comme des précurseurs aient eu l'idée qu'ils écrivaient dans le cadre d'un genre distinct ou d'une activité littéraire séparée.. Lucien de Samosate écrit son.. Histoire Vraie.. de la même plume satirique et ludique que.. Philosophes à Vendre.. Cyrano de Bergerac veut illustrer des thèses philosophiques, mais il écrit.. Voyage dans la Lune.. dans le même style que ses.. Lettres.. Restif de la Bretonne dans.. La découverte australe par un homme volant.. traite des mêmes thèmes que dans ses autres romans, Swift aussi.. Poe écrit.. Hans Pfall.. de la même plume que.. Le double assassinat de la rue Morgue.. Ligeia.. Maupassant écrit.. Toine.. le Horla.. l'Homme de Mars.. sans créer entre ces textes de hiérarchie, ou de séparations : ils figurent dans les mêmes recueils.. Il en va de même pour Rosny, ou pour Wells.. Et Jules Verne prétendait utiliser la science, et non, comme il le reprochait à Wells, l'inventer.. Ce n'est qu'avec la segmentation du marché de l'édition, la création de revues spécialisées que ce qu'après Gernsback va s'auto-proclamer science-fiction et va vouloir être définie comme un genre à part — et par là même se couper de l'ensemble du domaine littéraire.. Il ne faut donc pas confondre, car c'est une source infinie de malentendus, les “réalités littéraires” et les “réalités éditoriales”, même si elles se superposent parfois.. Cependant, à partir du postulat discutable, que la SF constituait un “genre” à part, et selon un processus que Borges analyse dans.. Les précurseurs de Kafka.. , une partie des critiques et des auteurs des années 1950 tentera de découvrir une homogénéité au champ couvert par ces textes, depuis l'origine de la littérature.. Ils rassembleront sous un même sigle (SF) et la même dénomination science-fiction , ce qui avait d'abord été perçu comme : conte philosophique (Voltaire), roman d'hypothèse , voyages extraordinaires (Verne) merveilleux scientifique (Renard) scientific romances (Wells) Fiction interplanétaire (Lovecraft), roman extraordinaire (Barjavel) ou conjecture rationnelle (Versins).. Cette volonté de rassemblement et d'homogénéisation, comme ce désir de légitimation par le recours à des auteurs anciens, est en soi remarquable.. Mais cela a engendré, comme effet pervers, une ignorance condescendante non seulement du reste de la littérature, mais aussi de la critique littéraire.. En particulier, ces “explorateurs” ont passé leur temps à vainement chercher la clé magique, la formule qui pourrait rendre compte dans le cadre d'une simple définition, de toutes les formes qu'a prise au cours des siècles, et même dans les périodes récentes, la littérature de SF.. Nous n'en sommes plus là, nous pouvons aujourd'hui analyser de façon plus objective les caractéristiques de ces textes dans leurs contextes, et nous intéresser à leurs qualités intrinsèques à la fois d'un point de vue synchronique et diachronique.. Je propose cinq éléments de réflexion à titre d'hypothèse.. Le dernier suscitera sans doute quelques controverses, dont l'impression que je tente de réinventer la roue.. 1 — Les textes de SF proposent plus de possibilités fictionnelles que d'autres types de textes relevant de la fiction narrative.. Si l'on en croit le critique Guy Bouchard, la SF engendrerait la possibilité de plus de quarante mille univers originaux, ce qui surpasserait, et de loin, la productivité des autres “genres”.. Au point qu'on pourrait considérer, d'un point de vue mathématique, que le.. lui même ne serait qu'un cas particulier de la SF, celui où les variations spéculatives sont nulles : le.. zero world.. où nous vivons.. Sans négliger ces calculs (ma)thématiques, j'aborderai le problème sous un autre angle, parce que le problème ne relève pas simplement du quantitatif, il renvoie à une qualité particulière de rapport au monde qu'instaure la SF et qui constitue son originalité.. Dans son ouvrage.. Bruce Franklin distingue trois aspects de la fiction narrative : l'un tourné vers le passé, qui renvoie à la fiction historique de type Alexandre Dumas, l'autre qui s'ouvre sur le présent — le roman de mœurs classique d'un Flaubert ou d'un Dos Passos ; et la dimension du futur, qui est explorée par la SF.. Je me permets de m'inscrire en faux contre l'évidence de cette tripartition.. Je n'y accepterai sans réserve que ceci : la SF s'intéresse effectivement à la dimension du futur, elle est la seule à le faire, mais elle ne s'y cantonne pas.. Comme le signale Spinrad :.. « La SF, qui peut envisager tous les espaces, tous les temps, et tous les tons, occupe tout le spectre des possibles » (p.. 35).. En effet ce qui la distingue ce n'est pas le domaine, temporel ou spatial, dans lequel elle situe ses intrigues, c'est l'esprit dans lequel elle le fait.. La SF peut s'intéresser au passé, tout comme le roman historique.. Mais elle le fait dans le cadre de l'uchronie (Que se serait-il passé si l'invincible Armada avait gagné la bataille d'Angleterre :.. Pavane.. ; ou si Hitler s'était contenté d'écrire :.. Rêve de Fer.. ; ou si le Sud l'avait emporté dans la guerre de Sécession :.. Autant en emporte le temps.. Elle peut s'y attacher dans le cadre d'une pure spéculation fondée sur des prémisses qu'elle posera.. Par exemple l'envoi d'un voyageur temporel pour différentes missions comme dans.. Voici l'Homme.. de Moorcock,.. De peur que les ténèbres.. , Sprague de Camp, ou encore Bradbury,.. Un bruit de tonnerre.. Elle peut tout aussi bien inventer des aventures dans un monde an historique celui des Atlantes ou de Mu, ou préhistorique comme le fait Rosny aîné avec Les Xipehuz.. Mais elle peut s'intéresser au présent selon les mêmes types de critères : dans le présent peuvent surgir des restes du passé :.. Jurassic Park.. ou bien.. La nuit des temps.. Dans ce même présent, l'ailleurs aussi peut surgir, comme on le voit avec :.. Rencontre de troisième type.. Le futur aussi peut nous contacter pour diverses raisons comme on le voit avec La saison des vendanges.. Dans tous les cas envisagés les exemples abonderaient.. Cet “esprit” de la SF se traduit par une attitude qui peut être qualifiée de “spéculative” devant les multiples aspects de la réalité, et qui peut être rapprochée de ce qu'en peinture on nomme une anamorphose.. 2 — La SF peut embrasser l'ensemble des strates temporelles et spatiales parce que sa visée est spéculative.. En effet, la SF ne prétend pas peindre des réalités existantes ou ayant existé — en ce sens, bien que relevant de la littérature mimétique, elle n'est pas explicitement référentielle.. Elle vise des possibles, mais elle le fait en se servant des outils et des caractéristiques de la littérature mimétique : les mondes qu'elle peint doivent  ...   focaliser sur la recherche de formes nouvelles.. C'est pourquoi son rapport au langage serait à analyser.. L'impression prévaut que le langage de la SF est surtout véhiculaire.. Il semble le lieu et le moyen d'un jeu sur les signifiés, bien que, comme on l'a vu, il invente parfois des néologismes, et des signifiants, comme Big Brother.. C'est peut-être ce rapport spécifique au langage, différent de ce qu'il est dans d'autres domaines de la littérature, qui ressort de la comparaison que propose Kundera dans.. Les testaments trahis.. , entre.. Le Procès.. de Kafka.. Voilà deux textes où un innocent est amené à se sentir coupable et se trouve condamné.. Mais le texte d'Orwell se place tout entier dans l'illustration de l'idée de totalitarisme, qui est au centre de.. , et dont le but final est d'amener le lecteur à se révulser devant l'image bien connue d'une botte écrasant un visage d'homme.. Le texte de Kafka, dit Kundera, laisse errer son regard sur les choses, la fenêtre, un visage laid au premier rang etc.. Et par ces “digressions” quelque chose comme un regard sur le monde réel se constitue, et une nouvelle dimension esthétique se constitue, qui ne se réduit pas au traitement rhétorique d'une idée préalable au texte qui l'incarne.. Épilogue.. Si ce que je propose comme hypothèses ci dessus est juste, il en découle que l'approche critique des textes de SF, tout en usant des procédés et des acquis de la critique littéraire en général, devrait y ajouter les instruments d'une lecture spécifique.. La question est de savoir si ce qui s'apparente à un souhait peut se traduire par une pratique réelle.. Quelle en serait la visée idéale ?.. Cette lecture ne devrait pas ignorer les résultats auxquels aboutissent les autres approches critiques qui abordent les textes selon divers angles.. Elle devrait, comme pour tous les autres textes, utiliser les approches sociologiques, faire ressortir les liens de ces œuvres avec l'histoire des idées et leur évolution, avec les contextes littéraires, techniques, scientifiques, philosophiques et politiques, et s'intéresser à leur dimension stylistique.. De plus le texte de SF devrait aussi être saisi dans les liaisons intertextuelles qu'il établit avec la tradition culturelle qui le porte.. Ceci vaut à la fois pour l'aspect de SF nationale et pour les rapports que celle-ci entretient avec les SF des autres cultures, qui sont surtout à notre époque, les anglo-saxonnes.. Cependant elle ne devrait aller plus avant, car ces approches, pour valides qu'elles soient, rien ne dit qu'elles rendent compte de la spécificité du texte de SF.. en tant que tel.. , et dont le statut, comme le style dont parle Lafarge, s'il est « manifeste dans les faits… est théoriquement obscur ».. Or pour être cohérente et spécifique, la critique de SF devrait rendre compte de la qualité “d'émerveillement”, c'est-à-dire des qualités proprement poétiques, produites par un texte de SF — surtout lorsqu'il fait partie des 1 % désignés implicitement par la loi de Sturgeon.. Mais pour ce faire ne semble pas utile de chercher des clés universelles, ou une définition intangible de la SF.. Une définition, pour être opératoire, se doit d'être locale dans l'espace et dans le temps, comme on le voit avec celle inventée par Darko Suvin, et qui permet avec une certaine efficacité de “discriminer” les textes de SF jusqu'aux années 60.. Mais il est impossible d'aborder des textes modernes comme.. dans l'optique normative qu'elle propose.. Et même si elle permet de “discriminer” un certain nombre textes.. , elle ne donne pas les moyens d'en marquer la richesse et l'originalité.. En d'autres termes, de rendre patente la créativité poétique qui prend sa source dans l'exploitation narrative et spectaculaire d'un univers issu d'une série de virtualités.. C'est là, me semble-t-il, ce qui devrait être l'objectif d'une critique de SF dont on peut suivre l'évolution l'historique.. Elle a d'abord tenté essai de globalisation du champ de la littérature de l'imaginaire, ce qui a été le lot des premiers chercheurs, dont les découvertes ne sont pas négligeables et assurent une base de comparaison intéressante.. Ensuite, elle a tenté la confection d'une définition tendant à rendre compte de manière exhaustive, de l'ensemble des textes ainsi rassemblés.. Dans le meilleur des cas cela a abouti à une formule qui devait permettre de distinguer les textes de SF de ceux qui ne l'étaient pas.. De plus cela ne vaut que pour les textes d'une certaine période.. Entre temps, la SF a été analysée par la critique littéraire traditionnelle, et prise dans le filet de nombreuses théories qui vont de la sociologie à l'analyse des mentalités, en passant par la linguistique et l'histoire littéraire.. [31].. Il faudrait aujourd'hui tenter de rendre compte de la façon dont la SF ne se contente pas de représenter.. Il serait nécessaire de montrer comment elle métamorphose, tout en les mettant en travail, dans des fictions narratives spécifiques, les possibilités imaginaires des idées nouvelles et des images excitantes qui en découlent.. Une piste, peu suivie, a été inaugurée par Marcel Thaon, et renvoie à une voie d'approche par un biais psychanalytique, où il distingue une problématique externe d'une interne.. [32].. Il signale d'emblée que.. « la nature même des règles de construction d'un récit de fiction scientifique est un appel au fantasme » (p.. 1).. Mais s'il en déduit une relecture du statut du rapport à l'objet dans un historique de la SF, il laisse ouvert l'aspect de l'appréhension esthétique.. [33].. , et de la jouissance qu'elle suppose.. Il en va de même des propositions, par ailleurs roboratives, de Gérard Klein.. [34].. Reste donc en somme à rendre compte de la spécificité du plaisir — intellectuel et fantasmatique — que la SF procure au lecteur.. Plaisir qui est évident, incontestable, mais jusqu'ici indéfini.. Liste des textes cités.. BALLARD (James G).. Calmann Levy.. BARJAVEL (René).. Presse Pocket.. Laffont.. BERGERAC (de) Cyrano.. Bouquins.. BRADBURY (Ray) Un coup de tonnerre in.. Les pommes d'or du soleil.. Denoël.. 1956.. BRADBURY (Ray).. 1954.. BRETONNE (Restif de La).. Op.. BRUNNER (John).. Laffont 1971.. BRUSSOLO (Serge).. CAMPANELLA (Thomaso) La cité du soleil in.. Voyages aux pays de nulle part.. DOS PASSOS.. Livre de Poche.. GIBSON (William).. La découverte.. 1985.. KAFKA (Franz).. GF.. KUNDERA (Milan).. Folio.. LE GUIN (Ursula).. 1975.. LUCIEN.. Bouquins Op cit.. MOORE (Catherine L) La saison des vendanges.. Histoires de voyages dans le temps.. MOORE (Ward).. MOORCOCK (Michaël).. L'Âge d'Homme.. MORE (Thomas).. in.. Bouquins op cit.. ORWELL (George).. ROBERTS (Keith) Pavane.. ROSNY aîné.. Les Xipehuz.. Récits de science-fiction.. Marabout.. SILVERBERG (Robert).. Les monades urbaines.. SIMMONS (Dan).. Hypérion.. SPINRAD (Norbert).. SPRAGUE DE CAMP (Lyonnese).. VIAN (Boris).. L'Écume des jours.. 1947.. Tallandier.. Y compris si l'on veut remonter au déluge, l'.. Épopée de Gilgamesh.. , texte sumérien accessible sur plaquettes cunéiformes, et bien antérieur à la Bible.. Même si les mythes, avant d'être écrits ont été oraux.. Ils ont en commun avec ce qui sera la SF de créer un.. devant l'inimaginable.. Un autre argument est proposé par ROSSET (Clément),.. Le choix des mots.. Éditions de Minuit.. 1995, à propos des textes philosophiques, mais qui vaut aussi pour la SF : ils appartiennent à la littérature par le seul fait qu'ils « sont… exclusivement constitués de mots » et que « l'opération qui consiste à réfléchi ne se matérialise et donc ne se constitue, comme pour le roman ou la poésie, que par la manipulation des mots » p.. 62-63.. La valeur littéraire.. Figuration littéraire et usages sociaux des fictions.. Un ouvrage dans la stricte mouvance de P.. Bourdieu.. Todorov (Tzvetan).. Poétique de la prose.. Seuil 1971 cite Jakobson « la littérarité, c'est-à-dire ce qui fait d'une œuvre donnée une œuvre littéraire » p.. Mais il ne fournit aucun critère de discrimination.. FRY (Northrop).. Anatomy of criticism.. Princeton UP 1957 « nous n'avons pas de critères sûrs pour distinguer une structure verbale littéraire d'une qui ne l'est pas » (p.. 13).. Ainsi la “paralittérature” peut-elle être considérée simplement comme un ensemble littéraire que les instances de légitimation critique reconnues ne prennent pas en compte.. Elle a donc une histoire sans avoir pour cela une essence avérée.. Cf.. BOYER (Alan-Michel).. La paralittérature.. Que Sais Je nº 2673.. 1992 « Les débats dont la paralittérature fait l'objet n'impliquent pas nécessairement qu'un tel objet existe » p.. Les instances de légitimation critique ne sont pas les seules à prédéterminer le statut d'un texte.. Le fait de publier dans telle ou telle maison d'édition, d'être publié dans telle ou telle collection est souvent déterminant — y compris pour l'appartenance à “la paralittérature”.. Mais ce qui joue alors c'est un aspect qui relève à la fois des instances de légitimation, supposées être neutres et qualifiantes, et du contexte éditorial, ce qui renvoie à la sphère de l'économie.. ROBIN (Régine).. Extension et incertitude de la notion de littérature.. in Marc ANGENOT et alii.. Théorie littéraire.. PUF 1989.. MOLINO (Jean) Interpréter in.. L'interprétation des textes.. Éditions de Minuit 1989.. « Pour parler du texte littéraire il faut être sûr qu'il existe quelque chose comme la littérature.. Or le concept de littérature est flou, variable selon les cultures ; il mériterait à lui seul une analyse comparative » p.. 43.. C'est ce que confirme la fameuse “loi de Sturgeon” : « 99 % de ce qui s'écrit en SF est de mauvaise qualité, mais 99 % de ce qui est édité ailleurs est aussi de mauvaise qualité.. MOLINO (Jean) op.. 45.. WELLS (H.. ).. Ch I ; ou encore, pour justifier la présence d'une supériorité technique des marsiens, ainsi que leur physiologie, les chapitres liminaires de.. Il existe même des textes charnière entre les deux types.. Par exemple, la dystopie, de type.. Le meilleur des Mondes.. On peut les recenser comme ouvrages dystopiques ou comme textes de science-fiction (qualification que les auteurs de ces œuvres ont toujours refusée).. Si un genre peut se définir par des traits formels, comme le distique ou le sonnet, aucune confusion n'est possible et le concept de genre est alors opératoire.. Il en va tout autrement quand il s'agit de tragédie, comédie, roman, poème etc.. ANGENOT (Marc) La science-fiction : genre et statut institutionnel.. Revue de l'Institut de Sociologie.. Bruxelles ; 1980 ; nº 3 4.. BORGES (J.. ) Kafka et ses précurseurs in.. Autres inquisitions.. Œuvres complètes.. Tome I.. Pléiade.. 1993.. 751.. Après Kafka, des écrits et des auteurs antérieurs semblent, rétrospectivement, apparaître comme des précurseurs des textes de l'auteur pragois.. Ainsi se constitue l'idée d'une généalogie qui ancre la nouveauté dans une tradition dont en fait elle est, paradoxalement, la source.. BOUCHARD (Guy).. 44210 univers de la Science-fiction.. Le Passeur.. Sainte Foy.. La notion de.. est une des inventions les plus connues de la SF, à l'époque où les idéologues du “genre” entendaient se couper de toute la tradition littéraire.. FRANKLIN (Bruce.. H).. Future Perfect — American Science Fiction of the nineteenth Century.. Oxford U.. P.. 1966.. 3-5.. SPINRAD (Norman).. Science fiction in the real World.. Southern Illinois UP.. Il distingue les romans d'énigme centrés sur l'intrigue, le roman historique centré sur une époque, le western cantonné à une époque et un lieu, le gothique et l'horreur qui visent des effets sur la sensibilité du lecteur.. Il oppose à ces “genres” marqués par des limitations, la SF qui n'en aurait pas.. La SF relève de la littérature mimétique en ceci qu'elle tend à représenter comme appartenant au monde d'une réalité palpable les univers virtuels qu'elle invente.. Elle se distingue ainsi du merveilleux ancien et du fantastique.. Pour ce faire elle utilise les techniques d'accréditation en usage à l'époque où ses textes sont écrits.. BOZZETTO (Roger).. L'obscur objet d'un savoir : fantastique et science-fiction.. 6-7.. SUVIN (Darko).. Pour une poétique de la science-fiction.. du Québec.. Montreal.. 11-20.. […] l'humanité semble condamnée à l'Analogie, c'est-à-dire en fin de compte à la nature.. D'où l'effort des peintres, des écrivains, pour y échapper.. Comment ? Par deux excès contraires, ou, si l'on préfère, deux ironies, qui mettent l'Analogie en dérision, soit en feignant un respect spectaculairement plat (c'est la Copie, qui, elle, est sauvée), soit en déformant régulièrement — selon des règles — l'objet mimé (c'est l'Anamorphose) […].. BARTHES (Roland),.. Roland Barthes.. 48.. Chez Homère l'aède chante la parole de Muses.. Chez Lucien, comme il l'annonce dans son prologue, ce seront des choses inventées à plaisir.. ASIMOV (Isaac) Toute la misère du monde ( All the troubles with the World ) in.. Après.. Anthologie présentée par.. Charles Nuetzel.. Marabout nº 345.. La notion de “massage” provient, en ce sens précis, de MAC LUHAN (M).. Pour comprendre les médias.. Seuil.. WARFA (Dominique) Parler cyber.. La dissémination du vocabulaire imaginaire.. CyberDreams.. nº 04.. 93-108.. Il est question ici des récits de SF qui entrent dans les 1 % de la loi de Sturgeon.. Je ne vois, comme contre exemple, que les textes de William Burroughs et certains de J.. Ballard dans.. La foire aux atrocités.. Ada.. de Vladimir Nabokov, que l'on a pu lire comme relevant de la SF, ce qui, connaissant les textes de Nabokov et leur souci de jouer avec les formes romanesques, au plan du langage me paraît relever de la captation d'héritage.. Ces textes posent donc problème, sinon à la SF, au moins à la critique.. Il qualifiera ses textes de SF de.. Voir Wells et Rosny in.. , spécial Wells et Rosny, nº 681-682, janvier février 1986.. 44-48.. Les Testaments trahis.. 1993 p.. 268-9.. On pourrait reprendre ici une analyse des procédés d'“irréalisation” de Nabokov dans.. , qui, s'ils créent un espace romanesque singulier, ne se rattache en aucun cas — sauf par raccroc — à la SF.. Voir MAIXENT (Jocelyn).. Leçon littéraire sur Vladimir Nabokov, de La méprise à Ada.. Presses Universitaires de France.. Il insiste sur le fait qu'Ada nous incite « à voir la littérature comme essentiellement et fondamentalement irréaliste, à nous dépouiller de nos réflexes d'illusion mimétique, puisque le récit, lui, s'interdit d'être mimétique » (p.. 179).. Or la SF, on le sait, s'inscrit dans l'espace de la représentation, et donc de l'illusion, mimétique.. On What Is and is Not an SF narration.. V.. 14.. 45.. On peut en trouver des exemples réussis dans de nombreux articles publiés dans.. THAON (Marcel) et alii.. Dunod, 1986.. La dimension esthétique de la SF relève d'une approche très récente, c'est un domaine peu et mal exploré.. cf.. op.. 193-202.. in THAON (Marcel) op.. KLEIN (Gérard) Trames et moirés.. En particulier l'œuvre comme objet social et comme rêve in THAON (op.. ) p.. La SF y est présentée dans une perspective à la fois semblable à celle de Thaon et différente en ce que son soubassement est plutôt sociologique, mais qui se signale par la même absence de visée esthétique.. 6 janvier 2001 —.. 6 janvier 2001..

    Original link path: /archives/bozzetto/ecrits/bilan/recherche.html
    Open archive



  •  


    Archived pages: 1235