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    Archived pages: 1235 . Archive date: 2013-12.

  • Title: Archives stellaires/Bozzetto/Écrits/le Premier savant fou | Quarante-Deux
    Descriptive info: Sauter la navigation.. accueil.. exliibris.. pgeff.. kws.. récits.. prix.. galerie.. carnets.. photos.. Vous êtes ici :.. →.. Archives stellaires.. Roger Bozzetto : écrits la S.. -F.. Le premier savant fou.. Sections.. Bozzetto.. Curval.. Klein.. Divers.. Navigation.. l'auteur.. liste des articles.. Roger Bozzetto : écrits sur la Science-Fiction.. La Science-Fiction explore les territoires de la création.. Le premier savant fou : de Prométhée à Frankenstein, adaptation d'une figure mythique à de nouveaux contextes.. O.. n peut rapprocher sans arbitraire les figures de Prométhée et de Frankenstein.. Parce que ce sont des figures qui ont pris une dimension mythique, et qu'elles sont, à des époques différentes de l'histoire culturelle occidentale, des moyens d'interrogation à propos du mystère de l'origine, ainsi que du pouvoir que s'octroient les démiurges.. Ces interrogations, dans les deux cas, ne se font pas dans le cadre d'un discours, mais par l'élaboration d'une figure.. C'est-à-dire par un moyen d'aller dans un au-delà d'un discours rationnel, grâce à la dimension proprement imaginaire d'une figuration où de l'impensable prend corps.. On peut s'interroger sur ce qu'est effectivement un mythe, à quoi on le reconnaît, à quoi il nous sert, comment il polarise des questions et permet des réponses.. On peut aussi s'étonner des transformations subies par certains personnages devenus mythiques, comme s'ils devaient permettre de nouveaux questionnements.. C'est le cas ici.. On peut ainsi se demander à quelles modifications la figure mythique est contrainte lorsqu'elle prend en charge des cultures différentes, comme ici, où l'on passe d'un Prométhée enraciné dans la culture antique et païenne, à Frankenstein qui s'ouvre sous l'égide judéo-chrétienne du.. Paradis Perdu.. de Milton.. On peut aussi s'interroger sur ce que devient une figure mythique, relevant de l'oral ou de l'écrit lorsque cette figure est prise en charge par des médias différents et qu'elle passe du roman au cinéma comme c'est le cas pour Frankenstein.. Cela fait beaucoup de questions.. Nous allons tenter d'en illustrer le champ en nous référant à ces deux figures mythiques, celles de Prométhée issue de l'Antiquité grecque où elle est surtout connue par le théâtre d'Eschyle, et celle que Mary Shelley, en 1816 a présenté en sous-titre de son roman.. Frankenstein.. A modern Prometheus.. Mais d'abord nous devons spécifier ce que nous entendons par mythe.. Un mythe est un récit singulier.. Le mythe raconte une histoire.. Il présente une situation, des personnages, et se veut porteur d'un sens, même si ce sens n'est pas apparent à première vue.. On distingue parfois le mythe — par exemple un mythe de création — du mythe littéraire axé sur un personnage (Don Juan, Faust).. Avec la figure de Prométhée, cependant, les deux acceptions se confondent.. Lévi-Strauss soutient que, devant un texte ou un récit, l'on saisit qu'il s'agit d'un mythe, quand le discours tenu, ou le récit, apparaît au premier abord comme privé de logique ou même de cohérence pour un observateur extérieur.. Ceci bien que les participants de la culture qui le produit en saisissent parfaitement le sens, et qu'en fin de compte l'ethnologue puisse le déchiffrer, un peu à la façon dont Freud décrypte les rêves.. Lévi-Strauss ajoute ceci, qui me paraît essentiel, à savoir qu'un mythe est constitué de l'ensemble de ses versions.. En d'autres termes, il n'existe pas un mythe originaire dont diverses versions seraient des variantes moins porteuses de sens.. C'est pourquoi il nous faut prendre au sérieux le sous-titre de.. « a modern Prometheus », et envisager effectivement le roman et le personnage de Frankenstein comme une facette moderne du mythe ancien, ou, pour prendre le mot en son sens propre, un avatar de Prométhée.. Que nous dit un mythe ?.. Un mythe, dit Jolles, est, sous forme de récit, une question qu'une culture pose à l'univers, ainsi que la réponse de l'univers à cette question.. Au : Qui sommes-nous ? d'où venons-nous ? où allons-nous ? le mythe répond à sa façon.. On connaît les mythes de la.. Genèse.. dans la.. Bible,.. pour rendre compte de la création de l'homme dans notre culture judéo-chrétienne, on connaît celui qui est courant chez certaines cultures des Indiens d'Amérique pour justifier la couleur cuivrée de leur peau.. Si l'on peut rapprocher ces deux mythes c'est à cause de la métaphore du potier qui les fonde.. Et on verra, par l'une des versions du mythe de Prométhée, que c'est aussi l'une des images utilisées par de la culture grecque chez Platon.. Prométhée comme mythe.. Les différentes versions antiques de Prométhée.. La première apparition littéraire de Prométhée se situe, semble-t-il chez Hésiode, à la fois dans la.. Théogonie.. et dans.. Les travaux et les jours.. Il s'agit ici du Prométhée.. pyrophoros.. , porteur de feu.. C'est un Titan, qui se révèle protecteur des hommes, leur fait don du feu dérobé aux dieux et leur enseigne les arts, transgressant une interdiction de Zeus.. Pour le châtier, il enchaîne le Titan sur un mont caucasien, où un aigle lui dévore son foie qui repousse sans cesse.. Prométhée, qui avait enfermé dans une boîte l'ensemble des maux proposés aux humains l'avait laissée en garde à Epiméthée.. Mais Zeus envoie sur terre Pandora, qui épousera Epiméthée, et Pandora ouvre la boite, et tous les maux s'abattent sur l'humanité — sauf l'espérance, qui demeure collée au fond.. Nous avons ainsi, de surcroît, une première image de la misogynie grecque, misogynie qui se retrouve d'ailleurs dans la.. Bible.. Mais surtout nous rencontrons ici une première figuration, évhémériste par endroits, de Prométhée.. Evhémériste car ce mythe attribue à Prométhée l'ensemble des inventions et des techniques qui ont permis aux hommes de survivre depuis la nuit des temps — et qu'ils ont lentement maîtrisées.. D'Eschyle, il nous reste le.. Prométhée enchaîné.. (seul moment d'une trilogie dont on ignore beaucoup).. Le titan est toujours présenté comme l'inventeur des sciences et des arts, mais il se montre surtout, dans un long discours, comme le plus grand opposant de Zeus, lequel est présenté comme un tyran.. Cependant, fait nouveau et intéressant pour nous, Eschyle condamne à la fois l'orgueil (hubris) du condamné, comme la trop grande rigueur de Zeus.. Cependant, rien ne met ici en cause l'ordre divin du monde.. Platon dans le.. Protagoras.. donne une version qui réintroduit le frère du Titan, Epiméthée.. Autant Prométhée est subtil, dit Platon, autant son frère est imprévoyant.. Dans cette version, les dieux ont façonné les hommes et les animaux à l'aide de glaise, puis ils ont chargé Prométhée et Epiméthée de distribuer à ces nouveaux êtres un ensemble fini de caractéristiques afin qu'ils puissent vivre sur Terre.. Le frère, profitant d'une absence de Prométhée, distribue toutes les qualités aux animaux (force, souplesse, vitesse, carapaces, cornes etc.. ) de façon à créer un équilibre écologique.. Mais quand il en arrive à l'homme, le stock est épuisé : l'homme est nu, sans cuirasse, sans fourrure, sans cornes, et sans sabots.. Prométhée, pour que l'homme puisse survivre, va alors voler aux dieux (selon une version, à la forge d'Héphaïstos) le feu et les arts qui en découlent.. Il sera puni.. Les hommes survivent donc grâce à Prométhée, mais ils demeurent en lutte entre eux.. Zeus est alors obligé de mandater Hermès pour leur apprendre la sociabilité.. Il existe aussi une version gréco-romaine plus tardive, qui rappelle celle du Prométhée.. plasticator.. créateur de la race humaine, façonnée avec de l'argile.. C'est Lucien de Samosate qui, dans un dialogue satirique.. Prométhée sur le Caucase,.. présente le Titan se justifiant de tout ce qu'on lui a reproché (tricherie, vol, création des hommes etc) Il existe d'autres variantes avec le thème de la boîte de Pandore et l'espérance qui demeure au fond.. À la Renaissance, Francis Bacon, Lord Verulam, avec son.. Promethéus sive de statu hominis.. fait de son héros le symbole du savant, du créateur.. Il invente peut-être l'image du savant solitaire qui aspire à la connaissance et est prêt à tout transgresser pour l'obtenir.. Son Prométhée construit un être à partir de l'argile et d'éléments animaux.. Il est mû par la curiosité scientifique, et à but altruiste, mais il est puni par manque d'humilité religieuse, et Dieu se venge sur la Terre entière.. Le Prométhée de Bacon est, en ce sens proche, du personnage de Faust qui est conçu vers la même époque, tout comme du Golem dans la légende pragoise — qui est à l'origine du thème de l'apprenti sorcier.. N'oublions pas non plus qu'à la Renaissance des chercheurs comme Paracelse avaient pensé inventer de petits hommes (homunculi).. Dans son.. Mary Shelley fera allusion à ces vitalistes de la Renaissance : l'étudiant Frankenstein fait référence à leurs écrits alors qu'il entre à L'Université, avant de se tourner vers la modernité des sciences exactes et des expérimentations sur les cadavres.. Goethe, une quarantaine d'années avant.. , écrit lui aussi un Prométhée.. Il y lie les thèmes de la révolte métaphysique à ceux de l'individu créateur.. À sa suite, les romantiques verront en ce Titan un rebelle indomptable, un héros.. Il ne redoute pas les dieux ; il aime ses créatures, il lutte pour la liberté en proclamant la vanité de l'existence des dieux, à quoi il oppose la puissance et la liberté des hommes.. À la même époque où Mary Shelley écrit son.. , son compagnon, Percy B.. Shelley écrit un.. Prométhée délivré.. Il y fait de Zeus le symbole de l'arbitraire et du mal, qui torture Prométhée, lequel cache le secret de l'heure et des moyens par lesquels on se débarrassera des dieux.. Hercule délivre Prométhée alors que Démogorgon, le pouvoir originel du monde, se défait des dieux.. Prométhée est alors présenté comme le sauveur du monde, le mal est aboli le règne du bien et de l'amour commence.. Dans l'antiquité nous avons donc avec Promethée un personnage de Titan dans une configuration où il existe des dieux et le destin.. Les hommes sont créés soit par les dieux, soit par le Titan.. C'est donc d'abord un mythe de création, qui porte sur l'origine et le destin de la race humaine.. Dans tous les cas le Titan aide les hommes et les protège soit contre leur destin d'animaux faibles, soit contre la colère des dieux.. Prométhée est puni, et peut être considéré comme une sorte de martyr.. Il incarne donc à la fois la créativité humaine qu'il subsume (évhémérisme) et la révolte contre le destin de l'homme qui semble fixé de manière injuste par les dieux, qui ont gardé pour eux l'immortalité, et ont laissé l'homme nu.. En ce sens il est une figure de la rébellion humaine contre l'inexorable : la mort.. Par cela il incarne une figuration du tragique.. Mais cette figure de rebelle — qui sera récupérée par le Romantisme — permet aussi de voir avec lui l'origine de l'homme et permet de répondre au d'où venons-nous ? À défaut des autres questions.. Il fait plus, et laisse l'homme libre de poursuivre : si le Titan a créé l'homme à partir de matière inerte, c'est que la chose est possible.. L'homme aussi peut donc créer la vie, par des moyens à trouver.. Cela légitime la quête d'une totale liberté de création et de recherche poétique ou scientifique et une perspective s'ouvre sur la quête du sens de la vie, tragique et romantique à la fois.. En quoi et comment Frankenstein est-il un avatar de cette figure mythique ? Pourquoi rapprocher Prométhée et Frankenstein ? Tous deux mettent en scène des créations de l'homme, dans des contextes symboliques différents, et qui renvoient à la Surnature pour l'un et à ce qui s'en propose comme l'équivalent moderne, la science à l'aube du positivisme pour l'autre.. Dans les deux cas, les rapports des créateurs et des créatures sont pris en compte, mais dans des perspectives différentes.. Si Promethée est une figure romantique du héros tragique, avec Frankenstein nous touchons à l'ironie romantique.. Frankenstein est un personnage plus falot que le Titan.. Et à la différence des divers Prométhée romantiques, il n'est pas présenté pas comme un héros.. La créature sans nom le lui reprochera.. De plus le texte se nourrit de littérature, en particulier du.. de Milton, et par là de la Bible.. Reste que c'est Mary Shelley qui présente son héros comme « a modern Prometheus ».. On peut voir surgir, par ce nouvel avatar, des questions nouvelles et s'interroger ce qui est peut-être le sens de la mention « modern » dans le sous titre.. Cependant, avant de nous interroger sur la figure du mythe qu'est devenue, autant que son créateur, le monstre sans nom — anonymat qui d'ailleurs pose question — voyons dans quel contexte prend figure le texte de Mary Shelley.. Rapports avec le gothique.. Mary Shelley écrit en pleine époque du roman gothique mais n'emprunte pas au gothique ses accessoires les plus voyants : pas d'exotisme spatio-temporel dans le moyen âge espagnol ou italien.. Seule ici la neige des montagnes alpestres et les banquises arctiques soulignent un exotisme.. Le cadre de l'action se situe dans l'Europe des Lumières, et le centre du récit de Frankenstein est situé à Genève : ici pas de prêtres lubriques ou de Surnature dominante, comme dans.. Le Moine ou Le confessionnal des pénitents noirs.. Pas d'aristocrates non plus : les Frankenstein comme Clerval son ami sont des bourgeois éclairés.. C'est le cinéma du XX.. e.. siècle qui fera de Frankenstein un hobereau, habitant dans un château comme dans les romans gothiques.. De plus alors que le roman gothique critique le sommeil de la raison qui selon Goya “enfante les monstres”, ici c'est l'orgueil de la raison sous la forme de la rationalité scientifique qui crée un monstre particulier.. On notera en effet qu'à la différence du gothique, la terreur ici ne ressortit pas d'un diktat de la Surnature, elle relève de l'exploration d'un territoire interdit par la nature, à savoir la mort.. Et cette transgression est volontaire, par l'homme de science.. Mais cette transgression touche à ce qui relève alors d'une sorte de tabou, à savoir que la création est d'essence divine, et que la création artificielle du monstre est une sorte de “blasphème”, comme celui qui sera avoué par Wells quand il écrira.. L'île du docteur Moreau.. Pourtant, on l'aura noté, Dieu est en apparence remarquablement absent du texte.. L'épigraphe tirée du.. de Milton signifie simplement que tout créateur doit assumer la responsabilité de ses actes.. [1].. D'ailleurs après le meurtre d'Élisabeth, la rage de Victor Frankenstein et ses serments ne se font pas au nom de Dieu mais il s'adresse aux « ombres des morts, les esprits de la vengeance » (ch 24) Ce qui remplace la puissance de la surnature, c'est la science, et ce n'est plus l'autorité des textes prétendument révélés qui donne le sens, c'est le désir de savoir qui en motive la recherche.. Et Mary Shelley est au courant, par les discussions entre Percy Shelley et Byron, des problèmes soulevés par la science de l'époque et en particulier de l'électricité, puisque Shelley avait lui même tenté des expériences sur l'électricité alors qu'il était à Oxford.. La préface de PB Shelley, justement, rappelle les expériences d'Erasmus Darwin, grand père de l'auteur de.. l'Origine des espèces,.. sur la possibilité d'appliquer l'électricité à la matière.. C'est pourquoi ce roman a pu être présenté comme le récit inaugural de la science-fiction moderne.. Il est avant tout un texte très habilement composé.. L'ouvrage comme objet.. Si ce texte, et les variations cinématographiques auxquelles il donne sa substance sont toujours actualisables, c'est que le roman de Mary Shelley contient un noyau inépuisable, qui se situe au plan symbolique, et ne se réduit pas à une vague allégorie.. Sans doute  ...   apparaît ainsi en filigrane par la création de cette figure ?.. Une quête du sens appuyée sur des références bibliques mises en scène et subverties.. ne se situe pas exactement dans la lignée du Prométhée antique.. En effet, on ne trouve, à part le sous titre de l'œuvre, aucune référence au Titan.. En revanche, les références à la Bible sont nombreuses.. Cette chose animée, que son créateur juge « daemonic corpse » (ch.. 5), va donc — puisqu'elle est repoussée de tous, honnie de chacun, horrible à voir, insoutenable — demander des comptes à son démiurge.. Pour ce faire, Mary Shelley emprunte — curieusement peut-être pour une fille et femme d'athées militants — des images et des références à la tradition judeo-chrétienne.. Le texte qui soutient la révolte de la créature contre Victor (au prénom ironiquement choisi…) c'est.. Le Paradis Perdu.. de Milton (dont une citation sert d'exergue au roman, rappelons-le) texte qui procure au monstre « deeper emotions » puisqu'il s'identifie à Adam (ch.. Et tout le discours de la créature, à partir du moment où elle rencontre enfin son démiurge, se situe dans des références à la situation de la.. Mais dans un renversement ironique des postures du créateur et de sa créature.. D'abord le nom, d'Adam, « I ought to be thy Adam » (ch.. 10) puis celui de Créateur : « Oh my creator » (ch.. 17) enfin la nécessité pour l'homme de ne pas être seul « you must create a female for me with whom I can live in the interchange of those sympathies necessary for my being » (Ch 17) qui renvoie à « Il n'est pas bon que l'homme soit seul ; je veux lui faire une aide qui lui soit assortie » (.. 2-18).. [5].. Enfin les analogies comme les oppositions entre Victor et sa créature d'une part, l'élohim et Adam d'autre part, tout cela crée un système d'échos.. Dans les deux cas la créature est sans ascendance avouée : ni Adam ni le monstre n'ont une quelconque mémoire, et donc, à la limite — si c'est la mémoire qui constitue la personne avec son identité et son histoire — ils sont au départ des non-personnes.. La seule différence est qu'Adam est nommé, et donc reconnu, mais pas la créature.. Ce qui suffit à transposer la situation biblique initiale.. Adam est nommé en relation avec ce dont il est tiré.. [6].. Il est issu de la terre « Poussière tirée du sol.. il lui insuffla dans les narines une haleine de vie et l'homme devint un être vivant » (.. Genèse 2-7.. ) Il est fait à l'image de l'élohim « faisons l'homme à notre image selon notre ressemblance » (.. Genèse.. 1-26) Il est installé par son créateur dans le jardin d'Eden, et doté d'un programme « Qu'il domine sur les poissons de la mer etc.. remplissez la terre et soumettez là ».. (Genèse.. I-26-28) Tout cela cet élohim le fait volontairement et juge « et voici que cela était très bon » (.. 1-31).. Or Frankenstein, lui, ne juge pas que la chose qu'il a animée soit à l'image de son créateur, mais « hideous » et comme le décrit Walton « gigantic in stature, yet uncouth and distorted in his proportions » (September 12th) Car Frankenstein a construit sa créature non avec de la poussière mais avec de la matière organique morte et rejetée « bones from charnel-houses » (ch.. 4).. En ceci il retrouve curieusement un mythe antérieur à la création de l'Adam biblique, la création de l'homme dans la religion babylonnienne, la glaise utilise pour la création de l'homme y est pétrie avec le sang d'un dieu inférieur qu'on a sacrifié.. [7].. Au long des deux ans que durent ses expérimentations pour donner vie à la créature, Frankenstein la trouvera toujours laide, comme celle-ci le lui rappelle, car elle a eu accès aux notes de travail de son créateur, qui signalent l'horreur de celui-ci pendant son travail de démiurge (ch.. De plus le créateur, Frankenstein, ne dote sa créature d'aucun programme, ne lui donne aucune instruction : on ne trouve pas ici d'arbre du bien et du mal, ou d'interdictions.. Frankenstein abandonne sa créature à peine éveillée de son sommeil de mort, en fuyant, et c'est d'elle-même, en liaison avec les De Lacey, qu'elle va entrer dans un processus d'hominisation puis de civilisation.. Jusqu'au moment où les idéaux de ses lectures issues des Lumières entreront en contradiction avec la plate et sordide réalité des hommes.. On trouve là cet écho de l'idéalisme de Jean Jacques Rousseau dont j'ai fait mention : c'est la société qui pervertit l'homme né bon.. Devant cette discordance qui lui apparaît et dont il souffre, à savoir l'opposition entre ce qu'il a appris dans les livres et la réalité sordide des comportements sociaux, la créature va se lancer à la recherche de son créateur pour lui demander des comptes.. Il illustre ainsi la phrase de Milton mise en exergue et par là se distingue d'Adam, chassé du Paradis après le viol de l'interdit.. [8].. La créature est non seulement laide, mais elle inspire la peur, par son gigantisme et la difformité qu'elle manifeste.. Cette peur, Victor la ressent d'emblée lors de l'éveil de son monstre et c'est pour cela qu'il s'est enfui, ne trouvant pas, à la différence de l'élohim, que « cela était très bon ».. Plus tard l'élohim, comme Frankenstein, se repent d'avoir créé sa créature.. « Il vit que la malice de l'homme était grande sur terre et que son cœur ne formait que pensées mauvaises à longueur de journée, et il se repentit d'avoir fait l'homme sur la terre… il se dit “Je vais effacer de dessus la face du sol les hommes que j'ai créés” ».. 6-5-6.. Ce sera le déluge, mais il y aura un recommencement.. Mais Frankenstein, lui, est dans l'impossibilité accomplir l'anéantissement de la créature, qui est, comme elle le lui rappelle, plus forte que lui.. À la différence de Prométhée.. , il ne veut pas non plus inaugurer une race, qui serait monstrueuse.. Alors il fuit lâchement.. Comme le montre le rêve initiateur de Mary Shelley dans la préface de l'édition de 1831, le savant imagine que l'étincelle de vie du monstre va s'éteindre d'elle-même.. Mais ce n'est pas le cas : Frankenstein devient alors l'otage de sa créature, qui retourne contre lui la puissance qui est la sienne, et continue de culpabiliser son créateur.. Devant le refus de celui-ci de lui créer une compagne, la créature tentera de rendre Frankenstein aussi solitaire qu'elle-même l'est, en tuant tous ses proches, et provoquant ainsi sa mort.. Frankenstein décédé, le monstre, vu par Walton, vient se recueillir sur la dépouille de son créateur.. Il conte une dernière fois, à Walton, les souffrances subies et annonce sa qu'il a librement choisie.. Il va, comme Hercule empoisonné par la tunique de Nessus, construire un bûcher funèbre et s'y consumer, rendant à la neige polaire sa blancheur immaculée, et trouvant enfin le repos.. Ce choix du suicide comme acte libre est le premier et le dernier de la créature.. C'est par là qu'il devient à son tour créateur de sens, libéré qu'il est du fardeau symbolisé par son démiurge inconscient et injuste.. Mais la créature demeure incapable d'affronter sa liberté nouvelle ailleurs que dans la mort.. Elle inscrit le sens de son sacrifice dans la certitude que nul ne pourra se servir de ses cendres pour recréer un être semblable à lui.. C'est la créature sans nom qui devient ainsi, ironiquement, porteuse de valeurs — bien que le nom de Frankenstein demeure le seul connu.. Ce renversement ironique est subversif, c'est l'un des multiples signes par lesquels l'ironie romantique, qui innerve ce texte de Mary Shelley se fait jour.. La créature n'est qu'un Adam de seconde main, Frankenstein n'est qu'un avatar grotesque de l'élohim biblique, comme du Prométhée convoqué dans le sous titre de l'œuvre.. C'est ce qui donne à penser à propos de l'adjectif “modern”, sans donner de pistes visibles, sauf à s'interroger sur la “modernité” de la question qu'il pose.. Un Prométhée moderne ?.. Pourquoi ce sous titre ? Est-ce simplement un écho au fait que P.. B.. Shelley avait traduit le.. Prométhée.. d'Eschyle et qu'il avait en train son.. Prométhée délivré ?.. En fait nous avons en pleine période romantique une exaltation de la capacité démiurgique de l'homme.. Frankenstein.. apparaît comme une sorte de variation ironique du mythe romantique de Prométhée.. Le vrai Prométhée a fait l'homme à l'image des dieux, le Prométhée romantique exalte la puissance de l'homme.. Frankenstein — un nouveau Prométhée — ne crée qu'une caricature monstrueuse d'homme, et au lieu de l'exaltation devant l'œuvre de la science et le pouvoir de l'homme démiurgique, nous sommes confrontés, avec ce monstre, à l'horreur devant la créature d'un savant fou.. Comment Mary Shelley en est-elle arrivée à cette proposition ironique ?.. La dimension prométhéenne de la science, qui au début du XIX.. siècle est sur le point de prendre un essor qui aboutira au positivisme, est romantiquement présente avec l'enthousiasme qu'elle suscite dans les espoirs du jeune Victor Frankenstein.. Il se lance dans les difficultés scientifiques avec le même enthousiasme que les poètes romantiques à l'assaut de l'Olympe.. Mais, à leur différence, ce n'est pas simplement un poème, moins élaboré que leurs visions, qu'il ramène.. Il donne le jour à une créature qui inspire l'horreur.. À son propre créateur d'abord, aux autres ensuite.. Frankenstein est un créateur qui ne peut ni assumer son œuvre ni la détruire, pas plus qu'un chercheur en science ne peut faire en sorte que ses découvertes n'aient pas eu lieu.. On se reportera aux inventeurs de l'atome militaire, ou aux débats actuels sur les clonages ou les utilisations du génome et des transgénismes.. Ce moderne Prométhée qu'est Victor Frankenstein ne crée pas une nouvelle race d'hommes libres, capables de se passer des anciens dieux comme les Lumières l'avaient imaginé — et Rousseau le premier, avec son nouveau.. Contrat social.. —.. Il crée une seule créature, et c'est un monstre.. Est-ce donc une œuvre réactionnaire, ou simplement ironique par rapport aux idéaux lyriques du romantisme ?.. Ce renversement du rôle du Prométhée romantique, rend à l'imaginaire, et peut-être l'idéologie, son statut de fantasme, et renvoie les choses humaines à leur dure réalité.. C'est, avec.. , une manière pour Mary Shelley de placer l'idéalisation romantique de la figure de Prométhée dans la dimension de l'ironie, surtout si on la relie ainsi au thème comique de l'apprenti sorcier qu'avait mis en scène Goethe quelques années auparavant.. C'est aussi, pour une fille d'athées, une manière de revisiter dans une perspective distanciée le mythe de la création tel qu'il apparaît dans la.. et qui renvoie à l'invention de la mort comme limite imposée à l'homme par le démiurgique élohim.. Peut-être fallait-il une femme, une mère confrontée à la mort, effectivement et dans sa chair, par celle de ses enfants, pour figurer l'indicible de ces complexités où la naissance et la mort sont fantasmatiquement liées.. Ce texte est aussi, pour une fille de féministe, une manière de se situer face aux fantasmes masculins romantiques liés à l'hubris, de les remettre à leur place, en montrant qu'ils tentent souvent d'empiéter trop sur la dure présence du réel, avec les catastrophes que cela induit.. C'est aussi le lieu d'une réflexion sur le monstrueux.. Une actualité du monstrueux.. On est passé, depuis le romantisme, de Prométhée à Frankenstein et d'une réponse enthousiaste à une autre qui est à la fois ironique et tragique.. Tragique, car c'est le sacrifice de la créature qui fonde la recherche des valeurs.. Ironique parce que les démiurges ne sont plus des Titans et des dieux, mais des hommes à la fois pétris d'orgueil, irresponsables et dépassés par leurs créations.. Le cinéma a parfaitement saisi — en faisant du monstre le personnage central et ne laissant à Frankenstein que l'honneur du titre — qui était le vrai héros porteur de valeurs dans ce qui est devenu un mythe de notre modernité.. Pourtant, à aussi une évolution est visible.. La plupart d'entre nous ont connu ou connaissent d'abord.. par le cinéma, autrefois avec l'acteur Boris Karloff, dans le rôle du monstre.. Le cinéma a ses propres règles, et l'aspect de “monstration” l'emporte sur le discursif.. C'est dire qu'il a favorisé l'exposition de la créature (Boris Karloff) plutôt que le docteur Frankenstein.. Mais pendant longtemps le cinéma n'a attribué au monstre que quelques grognements animaux.. C'est récemment, avec Branagh, que le cinéma rend enfin la parole à la créature et que le problème qui s'est posé au docteur Frankenstein se repose avec acuité et une terrible urgence.. [9].. En effet, si la créature est morte, restent d'innombrables Frankenstein.. Ils se veulent modernes Prométhées et n'en sont que grotesques et dangereux avatars.. De nos jours, en effet, l'alliance entre les apprentis sorciers de l'économie libérale et ceux de l'hubris technique ont favorisé d'autres monstruosités.. Et ils les font passer du domaine du mythe à celui de notre environnement quotidien, oblitérant peut-être tout avenir.. Malgré le rappel de sa bonté originelle, de son désir d'aimer et de trouver des semblables, la créature de Frankenstein apparaît en effet comme la préfiguration du rejeté, de l'exclu, de l'immigré.. Il préfigure l'inhumain déchet de la technique, que génère avec bonne conscience l'économisme ultra-libéral dans son désir de mondialisation/uniformisation.. La juste révolte de la créature devant l'injustice qui lui est faite, est celle des vaincus.. Cet échec nous interpelle, comme l'échec de l'idéalisme de Rousseau, et la violence comme l'échec des Révolutions.. En fait, la figure du monstre de Frankenstein nous tend un miroir, où comme Caliban, nous refusons encore de voir notre vrai visage.. Notes.. Exergue que l'édition du.. en Penguin Popular Classics, 1994, qui se présente comme “complete and unabridged” oublie ou occulte :.. T'avais-je requis dans mon argile, Ô Créateur.. De me mouler en homme ? T'ai-je sollicité.. De me faire surgir des ténèbres ?.. Le Paradis Perdu.. , X, 743-745.. Aubier.. 1966.. Dans.. on trouve aussi des références aux Alpes (v-600-660), au chant des oiseaux (418-475) entre autres.. Voir la préface de.. Dracula et les siens.. Omnibus.. 1997.. De ce point de vue, le monstre participe de la théorie de la “statue animée” chère au XVIII.. siècle.. Sauf indications contraires mes citations sont tirées de.. La bible de Mélan.. Droguet et Ardant.. 1967.. CHOURAQUI (André) Dans sa traduction il nomme Adam “le glèbeux”.. La Bible.. Desclée de Brouwer.. 1985.. I-25.. BOTTERO (Jean).. La plus vieille religion, en Mésopotamie.. Folio Histoire.. 1997 p.. 201… L'homme est créé pour servir d'esclave aux dieux, et ils sont créés mortels afin qu'ils ne prétendent pas les combattre par une multitude.. On retrouve ce refus de la création d'une compagne par la peur qu'a Frankenstein de creer une race de monstres qui serait dangereuse pour l'homme.. Frankenstein raisonne ici comme les dieux de la mésopotamie.. On peut penser ici, autre référence biblique, à Caïn, errant sur la terre après le meurtre d'Abel, et qu'il est interdit de tuer, car l'Élohim a mis sur lui un signe.. 4-15.. Il existe 28 adaptations cinématographiques faisant référence au monstre, et dont la première remonte à 1910.. Les références bibliographiques sont sous la seule responsabilité de Roger Bozzetto ; celles qui ont été vérifiées par Quarante-Deux sont repérées par un astérisque.. © Quarante-Deux.. — Reproduction interdite sans autorisation.. Voir les.. conditions d'utilisation.. Création :.. jeudi 28 septembre 2000 —.. Modification :.. jeudi 28 septembre 2000.. Adresse du site :.. haut de page.. écrire à Quarante-Deux..

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  • Title: Archives stellaires/Bozzetto/Écrits/la Terre et les Terriens | Quarante-Deux
    Descriptive info: La Terre et les Terriens.. La Terre et les Terriens dans la Science-Fiction populaire française des années 1950.. S.. i nous parlons ici de Science-Fiction populaire , au risque de faire sourire, c'est en nous référant à la distinction faite par Escarpit des deux circuits, de lecture : le circuit long, lettré, légitimé par une réception et des analyses critiques, et le circuit court, où l'œuvre rencontre directement son lecteur sur le marché, et l'auteur n'a aucun effet de retour, sauf le chiffre de ses ventes.. Toute la SF n'appartient pas au circuit court : Ray Bradbury, Michel Jeury, Philip K.. Dick et bien d'autres sont, dans des instances universitaires ou autres, d'une certaine manière, intégrés à un circuit lettré ou paralettré.. Par contre, les auteurs et les œuvres dont il va être question n'ont jamais eu l'honneur d'une analyse, ont très rarement eu droit à quelque chose de plus qu'une mention dans les comptes rendus de revues spécialisées.. C'est à ce titre qu'on peut les faire figurer, avec cette acception particulière, dans le cadre de la littérature populaire.. Cette situation spécifique ne tient d'ailleurs pas forcément à leurs qualités ou à leurs défauts intrinsèques, et s'explique peut-être par leur situation dans l'histoire de la SF française au moment où ils écrivent.. La Science-Fiction, puis le sigle SF, apparaissent en France en 1950, sur la jaquette de la traduction d'un ouvrage américain (.. Les Humanoïdes.. de J.. Williamson).. Cela connote un produit éditorial nouveau, en cette époque où les U.. S.. A.. sont synonymes de modernité.. L'édition française ne va pas tarder à réagir, flairant le bon créneau, comme l'avait fait quelques années auparavant le roman tough qui lança la Série Noire chez Gallimard.. Dès 1951 Gallimard et Hachette, entraînées dans l'aventure par Michel Pilotin (traducteur de.. Au-dessous du Volcan.. , bon connaisseur de la littérature américaine) et G.. H.. Gallet, passionné dès avant la guerre par la SF lancent une collection Le Rayon Fantastique , où seront publiés des auteurs américains de SF, comme M.. Leinster, Sturgeon, Sprague de Camp etc.. Ce lancement sera appuyé sur une grande offensive médiatique avec des nouvelles de SF américaines publiées dans.. France Dimanche.. pendant quelques semaines, et des articles dans diverses revues (.. Cahiers du Sud, Mercure de France, Temps Modernes, La Parisienne, Critique,.. etc.. ) où l'on voit les signatures de R.. Queneau, Boris Vian, S.. Spriel (Michel Pilotin), France Roche et bien d'autres.. Le fond de ces articles, qui tend à donner de ce nouveau genre littéraire une image médiatique fascinante, insiste sur le côté de nouveauté, de modernité, de bouleversement culturel que la littérature antérieure n'est pas apte à prendre en compte et à faire ressentir.. À monde neuf, genre neuf.. Ce ne sont que romans du futur romans de l'âge atomique , le lancement de deux revues,.. Fiction.. et.. Galaxie.. , filiales de revues américaines de SF, vient consolider cette tête de pont de la SF américaine en France.. En 1954, le lancement d'une collection plus littéraire , Présence du Futur , chez Denoël (filiale de Gallimard) parachève la conquête, avec les traductions de Bradbury et de Lovecraft.. Cette vision hollywoodienne du débarquement de la SF en France est juste, mais unilatérale : elle laisse de côté le fait que la SF sous d'autres termes, est loin d'être une nouveauté en France, et qu'en 1950 même on en publiait encore.. Des collections existaient (.. Grandes Aventures et voyages excentriques.. chez Tallandier 1949-1953,.. Mon roman d'aventures.. chez Ferenczi 1943-1957,.. Sciences et aventures.. chez Magnard 1945-1963, par exemple) où se retrouvaient des auteurs qui avaient connu une heure de gloire avant la dernière guerre : Léon Groc, M.. Dazergues, M.. Champagne etc.. Cependant quelque chose a changé : ces collections périclitent, malgré la vogue nouvelle de la SF.. On peut penser qu'il y a là, dans cette conquête d'un marché neuf, une lutte sauvage avec dumping des produits américains, et c'est possible.. Dans un autre domaine, celui du policier, Boris Vian est obligé de se faire passer pour Vermon Sullivan afin de vendre ses œuvres.. Le dumping, ici, est idéologique plus que financier.. Mais il y a aussi la création de nouvelles collections dont le titre est plus adapté à cette nouvelle image : on crée visions futures , temps futurs , horizons fantastiques sans parler du rayon fantastique : les anciennes collections sont trop entachées d' aventures et pas assez de futur et de fantastique pour l'emporter ou même se maintenir.. Pourtant, c'est le moment où naît, au Fleuve Noir, la collection anticipation qui est la seule à perdurer de nos jours avec Présence du Futur , mais dans le registre populaire au sens déterminé plus haut.. Comme le Rayon Fantastique, cette collection, qui publie dans son énorme majorité, des auteurs français (avec des noms et des pseudonymes à consonance française), naît en 1951, et en est à son 1500.. titre.. Ce sont les 15 premiers ouvrages de cette collection que nous allons analyser.. Nous nous intéresserons au monde représenté que ces ouvrages construisent, avec des matériaux et des références en liaison à la fois avec la science, le futur et le présent de 1950, afin de saisir le rôle de l'imaginaire, de l'extrapolation, de l'invraisemblable, et de tacher de comprendre comment ils arrivaient à répondre au besoin de merveilleux des lecteurs.. Nous envisagerons ces 15 ouvrages, bien qu'ils soient d'auteurs différents, comme un seul discours — celui que tenait à l'époque une partie de l'imagination scientifique française en littérature, à l'usage des lecteurs fascinés par les conquêtes et les espoirs d'un monde neuf à naître —, appuyé sur les découvertes scientifiques et technologiques.. Les promesses.. Elles sont surtout lisibles dans les titres, qui signalent l'objet et le lieu de ces aventures de l'esprit aux limites du futur et de l'impensable.. En voici quelques-uns :.. Les Conquérants de l'Univers, À l'Assaut du ciel, Le retour du Météore , La Planète vagabonde.. (Richard Bessières),.. Le Pionnier de l'atome.. (J.. Guieu),.. Croisière dans le temps.. Au-delà de l'infini.. Les Fabriquants de soleil.. (Vargo Statten, seul auteur étranger, un Anglais),.. Le Satellite artificiel, Les Chevaliers de l'Espace, Les Astres morts.. G.. Vandel — il écrira plus tard des romans d'espionnage sous le nom de Paul Kenny),.. Le Maître de Saturne, La Planète pétrifiée, la Flamme cosmique, Course vers Pluton.. (Statten),.. L'invasion de la Terre.. (Guieu),.. Alerte aux robots, Attentat cosmique.. (Vandel).. On notera qu'au seul énoncé des titres s'offre aux lecteurs un champ sémantique/onirique où interviennent la science et la technique — surtout tournée vers les planètes, les étoiles etc.. (13 occurrences), la Terre envahie ou en danger (2) la science et le pouvoir (2) les robots, le voyage temporel.. Sans compter les croisements et hybridations de ces thèmes dans le cadre de ce même champ onirique/sémantique, un lieu propre à des fantasmes personnels et sociaux : une nouvelle carte symbolique de l'univers mental.. Ce qui caractérise ces titres, outre leur côté d'excitation aux rêveries par les lieux et les objets, c'est l'aspect de paradoxe sous la forme de l'alliance de mots : au-delà de l'infini, par exemple, (on trouverait aussi : le soleil sous la mer, les frontières du vide etc.. ).. Ce qu'offrent (et surtout promettent) ces titres (et qu'une collection plus littéraire comme Présence du futur n'offre pas : voir la sobriété relative de.. Les Chroniques martiennes, L'Homme illustre, Les Pommes d'or du soleil.. ) c'est une vision hallucinée, hallucinante, des possibles soudain offerts à l'espace humain, à l'espace du rêve.. Ajoutons-y les couvertures, toutes dessinées par Brantonne, et qui mêlent des visions catastrophistes, héroïques, des machines extraordinaires, des situations impensables.. L'ensemble créé l'illusion d'une surhumanité en position de conquérante ou de victime dans un univers qu'elle tend à compter, le plus souvent en liaison avec la force dont parleront les films de Lucas.. Cette force est à la fois rêvée et objectivée dans l'imagerie de la science dont les figures relèvent plus de la magie que de la réalité scientifique, exaltante certes, mais, par comparaison, bien banale.. Une nouvelle magie, efficace, au service d'une mégalomanie cosmique.. Cette promesse de plaisir et d'extraordinaire dont les titres ne sont pas plus avares que les illustrations, en quoi correspond-elle au contenu des œuvres ?.. L'univers des œuvres.. Nous envisagerons les personnages et les intrigues.. Nous nous interrogerons ensuite sur l'aspect proprement fantasmatique.. Les personnages principaux, même s'ils ne sont pas les héros jeunes premiers de l'histoire, sont les savants, figurant la Science et ses pouvoirs.. À l'opposé du savant réel, déjà à l'époque membre d'une équipe, d'une administration, et soumis à la quête de contrats, nous avons, ici encore, comme déjà chez J.. Verne, Wells, ou Rosny, le savant solitaire.. En général il est fortuné, sinon, il est sponsorisé ; par un journal (ce qui permet de faire grimper un reporter à bord, pour les scoops qui formeront l'aventure), ou par un mécène.. Le savant travaille seul, ou bien il est assisté par un neveu ou sa fille (ils se fiancent, en général).. Il règne de façon paternelle sur l'entourage, qui est à son service, et qui le voit plus comme un maître que comme un chercheur.. Il est très souvent polyvalent (chimiste, physicien, astronaute, biologiste, historien, etc.. voir les quatre premiers tomes en particulier).. Il impulse l'aventure (un départ pour l'inconnu), et le récit est celui des péripéties de cette aventure dans l'inconnu, bien qu'une histoire d'amour (toujours chaste, quelles que soient les circonstances) s'y développe aussi.. La jeune fille s'occupe en général de la cuisine et des blessés, elle a une fonction d'appât irrésistible pour les divers monstres et les méchants de l'histoire, ce qui permet au fiancé de montrer sa bravoure et au savant d'improviser l'invention ad hoc au moment nécessaire à sa délivrance.. Un autre type de savant est figuré avec le savant démoniaque, qui vise au pouvoir absolu sur la Terre (et dans le ciel), ou encore, autre variante, le politicien qui est un savant et vise à la dictature suprême.. Un bon savant s'oppose à ses noirs desseins, aidé de sa fille, de son neveu ou d'extra-terrestres généreux (ou calculateurs).. La dichotomie des deux figures de la science, l'une où celle-ci est pure et désintéressée, l'autre qui est tournée vers l'asservissement de l'humanité constitue la totalité du mythe scientifique mis en œuvre dans nos textes.. Dans les nº 1 à 4 de notre corpus, c'est le bon savant qui est en place : il va conquérir (pacifiquement) pour la connaissance, le système solaire.. Il rencontre, évidemment, des habitants sur Mars, Vénus, Pluton etc.. qui ont des civilisations dont l'originalité provient de ce que le président en est toujours un savant.. Par exemple à Cervicopolis, sur Mars, avec une contrainte : si le président ne produit pas lors  ...   haut.. Cette réduplication se remarque à tous les niveaux.. Mais elle n'est pas innocente, elle permet de retracer non pas une mythologie originale mais ce qu'on nommerait aisément des bribes d'une idéologie.. Nous allons la présenter brièvement selon le plan des relations interpersonnelles, le plan scientifique, le plan sociopolitique.. Au plan des relations interpersonnelles, un cas intéressant est celui des rapports entre les sexes.. Que ce soit sur Mars, Saturne ou la Terre, et quelles que soient les civilisations envisagées, la place de la femme est la même.. Soit elle est une pure fiancée qui attend le retour du héros : à son retour il lui offre une bague avec un diamant de Vénus (.. 18) soit elle s'embarque avec lui pour faire le ménage.. Si elle est mariée, elle reste à la maison.. Sur Mars aussi les maris battent leurs femmes (.. 72).. En 2750, on raconte les mêmes blagues sur les belles-mères, à propos de robots qui sont programmés pour les sortir (.. Astres morts.. 16).. Les E.. T.. comme les terriens considèrent que les femmes ne doivent pas poursuivre TROP leurs études car leur nature est d'élever leurs enfants.. Les Plutoniens, gens sages comme l'on sait, ont remarqué que les femmes qui deviennent des intellectuelles sont ensuite malheureuses.. On ne peut ici parler d'autre chose que d'un ressassement, que la SF française de ces années-là partage d'ailleurs avec sa sœur américaine.. Au plan scientifique, outre les réjouissantes absurdités relevées plus haut, on sera intéressé par la pratique de ce qu'on pourrait nommer une fantasmatique scientifique.. La Planète pétrifiée.. , par exemple, il est question d'un cerveau électronique, qui est capable (sans qu'on enfourne de données spécifiques) de répondre à TOUTES les questions — ce qui est remarquable ! Aussi lui pose-t-on une question philosophique Qu'est-ce que le temps.. Et on le laisse cogiter en l'enfermant dans un coffre-fort pour que personne ne puisse venir le voler à son inventeur.. Passons.. Mais le plus étonnant est que, réfléchissant sur le temps, et inventant des équations pour résoudre le problème (sic) il formule la notion de non-temps.. Aussitôt celle-ci formulée, elle agit effectivement sur le temps réel : la Terre s'arrête de tourner, les animaux et les hommes sont figés comme sur un instantané.. Sauf deux explorateurs terriens, qui, venant de Saturne, ont été remodelés après un accident d'atterrissage par des saturniens avec des matériaux de leur planète, et qui donc ne sont pas soumis au temps terrien arrêté, et qui se meuvent en toute tranquillité.. Cette histoire absurde est présentée comme allant de soi, et montre à quel point l'auteur est totalement ignorant de ce qui concerne la science.. Les Astres morts.. , il est question d'un nouveau métal dont on donne la formule , laquelle permet de le reconstituer.. C'est le même processus psychologique qui est dans les deux cas en action : la réalité est une formule, dont la science (?) se sert pour exercer ses pouvoirs.. Comme le romancier se sert de la formule pour écrire sur la science mise en scène dans ses romans etc.. Il faudra attendre longtemps pour que, selon le mot de Van Vogt (emprunté à Korzybsky), les auteurs de SF comprennent que la carte n'est pas le territoire , et F.. Brown pour jouer sur ces paradoxes afin de faire rire volontairement à leur propos.. Au plan sociopolitique aussi, on ne trouve guère que de la redite.. Une reprise de la situation mondiale en ces années 50 (Vandel propose trois blocs au lieu des deux d'alors, mais pour arriver à sa civilisation des chevaliers de l'Espace, qui ne peut aboutir qu'à une fin de l'Histoire figée en Utopie).. Guieu imagine la démocratie féodale appuyée sur un dictateur financier , Richard Bessière place sur Mars et Pluton des sociétés collectivistes avec un savant pour président, mais ces mondes apparaissent comme froids et repoussants.. Le seul qui propose une ombre de réflexion imagée serait Vandel dans.. Alerte aux robots.. Ceux-ci, plus intelligents et plus efficaces que les humains souffrent d'être méprisés et, un jour, se détraquent volontairement, ce qui pour eux est une révolte.. Avant de lancer les troupeaux de robots boxeurs à l'assaut des rescapés.. Cette notion de prise de conscience des robots est suggestive.. Guieu, lui, voyait surtout le côté pratique de la chose Les robots mineurs (ils exploitent des mines sur les astéroïdes) ignorent les conflits sociaux et les revendications (.. 139).. On pourrait trouver les clichés de l'époque sur la nécessité, la légitimité de la colonisation, les guerres galactiques et le racisme, y compris celui des métis terriens/vénusiens par exemple (.. En fait, l'imagination semble bien pauvre.. Elle fait usage de métaphores plus ou moins implicites (on en a vu un exemple avec le capitaine de fusées recrutant dans l'astroport un équipage de truands spatiaux ; on parle de navigation stellaire avec les mêmes termes que ceux qu'emploie la marine ; le capitaine du Satellite artificiel sombre avec son engin, etc.. Les comparaisons sont nombreuses, les parallèles sont cousus de fil blanc : le paradigme absent est aveuglant.. L'imagination, si on entend par là l'inventivité de formes, de relations ou d'intrigues est très peu présente.. Pourquoi les lire ?.. Au vu de ce qui précède c'est en effet la question qui se pose.. Elle se pose à deux niveaux : pourquoi les lecteurs de 1950 les lisaient-ils et qu'y trouvaient-ils ? Pourquoi les lire aujourd'hui ?.. Aujourd'hui, ils ne sont plus réédités, et, pour les lire, il faut arriver à se les procurer ce qui n'est pas facile et très onéreux, car ils sont devenus des pièces de collection.. Si on les lit, comme je viens de le faire, c'est dans le cadre de recherches spécifiques.. On pourrait cependant se poser à leur propos la question de savoir si, outre les absurdités évidentes de certaines scènes, cela ne nous amène pas à réfléchir sur les limites de l'imaginaire d'une époque.. Si, comme le croit O.. Wilde, l'imagination ne sait qu'imiter et l'esprit critique seul crée, ici la part d'imitation et de travestissement est extrêmement importante.. Qu'en sera-t-il de nos livres de SF pris dans le regard critique dans 35 ans ? On peut aussi se demander ce qu'on y trouve encore, si un charme désuet ou un parfum kitsch les habite, que l'on pourrait humer encore.. Retournons à l'époque.. Nous sommes après la seconde guerre mondiale, tout a été bouleversé, des armes inimaginables ont été employées, tout semble possible.. On va rêver sur la science comme moyen d'anticiper, de brûler les étapes pour fuir ce passé récent, et construire, en imagination d'abord, un avenir radieux.. On a vu ce que cela peut donner.. Mais il n'en demeure pas moins que ces livres étaient tirés à 8000 exemplaires au début, et que ce tirage a bientôt doublé, que la collection continue et donc répond à une attente même.. Si l'on considère qu'elle a beaucoup évolué, en fonction des attentes des lecteurs sans doute, qui ont évolué, comme le monde et comme la SF dans son ensemble.. Que trouve-t-on alors dans ces ouvrages ? Non pas une anticipation technique ou politique de type programmatique.. On n'y trouve pas non plus, et les lecteurs ne l'ignorent pas, des modèles.. On y trouve autre chose, qui n'est pas, malgré les apparences de l'ordre du savoir ou de l'information sans être tout à fait de l'ordre de l'imaginaire pur.. On connaît la formule propre à définir le fantastique chez D.. Manoni je sais bien… mais quand même.. Elle joue aussi ici.. Le lecteur sait bien qu'il s'agit bien souvent d'élucubrations, mais quand même, il retrouve ses fantasmes au sujet de la science, du possible, d'une évasion qui ne confond pas avec l'exotique.. D'une part, il trouve des descriptions d'ailleurs , telles que le cinéma ne les a pas encore créés, et libre à son imagination de prendre le relais, comme dans tout médium froid, tel que les imagine Mac Luhan.. Ces descriptions, comme les inventions qu'il rencontre, il les complète fantasmatiquement pour une lecture de type rêve éveillé.. Il s'agit là d'un exercice de ce que Kant nomme l'imagination délirante, et qui a ses charmes.. Il y a plus.. Compte tenu du public jeune et peu cultivé à qui s'adresse cette collection, cette évasion est positive car elle en même temps une invasion : le paysage intérieur des rêves de chacun se structure à partir de signifiants à connotation scientifique ou technologique.. Il y a là une ouverture progressiste sur les pouvoirs de l'homme par la science, même si dans le détail les absurdités abondent.. Il se trouve là, non pas un message , mais une sorte de massage , toujours pour demeurer dans le vocabulaire de Mac Luhan.. C'est en ce sens qu'on a pu soutenir que même si une œuvre de SF en soi est mal écrite, l'ensemble de la SF est à sa manière une sorte d'initiation à la mythologie scientifique de notre temps.. Mais on peut soutenir aussi, au plan mythopoétique, qu'on trouve là mieux encore : les idées philosophiques ou scientifiques, si elles sont parfois déformées par l'incompétence des auteurs, sont quand même concrétisées , rendues palpables par cette mise en scène dramatisante.. Comme chez Platon, les idées prennent parfois la forme d'une histoire (mythos).. Elles gardent, malgré ou à cause de cela, une fascination qui se communique, au-delà de la compréhension immédiate et de l'information — ce que M.. Nicholson nommait le pathos métaphysique qui irradie et touche le lecteur.. Depuis Lévi-Strauss, on le sait : toutes les versions d'un mythe constituent le mythe ; il n'en est pas de privilégiés.. La SF des années 50, c'est aussi ce corpus avec ses défauts, ses scories si nombreuses qu'il faut chercher longtemps la moindre pépite.. Peut-être parce que nous avons affaire aujourd'hui à un plus riche minerai, et que nous sommes un peu blasés.. Et peut-être les lecteurs étaient-ils plus capables de jouir de ces quelques bribes dont certaines nous échappent aujourd'hui.. Nous nous sommes peut-être trop entraînés à placer ces textes faits pour être consommés avec avidité et rapidité sous un regard critique qui pourrait paraître déplacé pour des lecteurs de 1950 à qui ils étaient destinés.. R.. Bozzetto,.. Littérature/paralittérature : le cas de la SF.. Actes du Congrès de la SFLGC (1980) in.. Orientations et méthodes en LGC.. , Université de Montpellier 1984.. Les trois auteurs français, par exemple, n'ont eu droit qu'à un article chacun dans une revue spécialisée.. Horizons du Fantastique.. (1972).. Bettelheim,.. Psychanalyse des contes de fées.. , Laffont 1975.. M.. Blanchot,.. Le bon usage de la SF, Mercure de France.. nº 73, 1.. janvier 1959.. Marc Angenot,.. The Absent Paradigm.. Science Fiction studies.. nº 17 (1979).. vendredi 29 septembre 2000 —.. vendredi 29 septembre 2000..

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  • Title: Archives stellaires/Bozzetto/Écrits/S.-F. et ordinateurs | Quarante-Deux
    Descriptive info: La S.. et les ordinateurs.. Science-Fiction et ordinateurs, un mariage d'amour : comment l'imaginaire se nourrit de la technique au point de lui fournir des idées.. U.. ne calculette, un programmateur de magnétoscope, une machine à écrire à mémoire, sont des objets à la fois usuels et mystérieux.. L'informatique, les puces, les ordinateurs font à ce point partie de notre quotidien que nous les rattachons avec peine à la SF.. On peut même se demander si l'ordinateur n'est pas devenu un thème aussi ringard que le sous-marin de Jules Verne ou la fusée pour aller dans la Lune.. Pourtant, cette banalité des objets ne doit pas nous induire en erreur : ce n'est sans doute que l'écume d'un univers différent, dans lequel nous n'avons pas encore conscience d'être immergés.. Des textes comme.. Neuromancien.. et son univers paranoïaque,.. Musique de sang.. Rock Machine.. avec ses pistes multiples, ou.. Éon.. avec son univers de pictes , pour ne prendre que des exemples récents, nous en donnent quelques aperçus.. Loin de régner un monde peuplé d'ordinateurs esclaves, nous sommes peut-être sur le point d'être hantés d'étranges programmes.. D'Homère à Asimov : le robot perd la tête.. Naissance de l'ordinateur.. On ne saisirait pas la richesse et l'originalité du mariage de déraison, où la SF et les ordinateurs ont convolé, sans un petit retour sur les origines : on y retrouvera les rêves à la proue et la technique qui suit vent latéral.. Comme sur le bateau qui ramène le héros aux mille ruses à Ithaque.. Il n'est que d'en lire la version BD donnée par Pichard sous le titre.. Ulysse.. Des ordinateurs et une informatique plus sophistiqués que les nôtres permettent à Poseidon depuis la soucoupe amirale de Zeus, de modifier le régime des vents sur la Méditerrannée, d'éveiller le cyclope et bien d'autres programmes, faisant surgir mirages et obstacles pour le malheureux Ulysse, qui prie les dieux de l'Olympe, ignorant encore qu'il s'agit de ceux de l'Électronique.. Dans la mythologie, comme dans la philosophie grecque, on trouve fréquemment ce rêve d'un mécanisme qui permettrait de gérer des automates.. Humains comme les androïdes de fer qui aident et soutiennent le dieu forgeron Hephaistos.. Mécaniques comme ces navettes dont parle Aristote, qui, si elles allaient et venaient seules, permettraient de mettre fin à l'esclavage.. Plus près de nous, et après les anticipations de Léonard, le XVIII.. siècle a vu le maître des automates Vaucanson, enchanter la Cour.. Le XIX.. a rêvé sur les femmes artificielles, qu'on prend pour des vraies au point d'en tomber amoureux fou, comme Nathanael d'Olympia (Hoffmann,.. l'Homme de sable.. ) ou encore l'andreide de l'.. Ève Future.. de Villiers de L'Isle Adam et au XX.. celle de.. Métropolis.. de Théa Von Harbou.. Il a aussi rêvé d'automates joueurs d'échecs, et même de la révolte de l'automate mauvais joueur au point de tuer son adversaire, dans.. le Maître de Moxon.. d'Ambrose Bierce.. Chaque époque donne à ses rêves le minimum de crédibilité dans l'horizon d'un vraisemblable même ténu et pour cela s'appuie sur les techniques qu'elle pratique, ou les observations qu'elle fait, pour imaginer autre chose.. Les forces qui animent les androïdes d'Hephaistos ne sont pas de notre ressort : il s'agit d'un dieu.. Mais pour les autres, à partir du Moyen âge, le modèle imaginaire a été mécanique : c'était l'horloge.. Les automates sont des sortes d'horloges humaines.. Et peut-être jusqu'au robot — le terme naît dans les années 1920 sous la plume de K.. Capeck (.. U.. R.. ), et qui désigne (encore !!) des androïdes perfectionnés au point qu'ils se révoltent contre les hommes — la notion de cerveau n'a pas été utilisée à fond.. Si le monstre de Frankenstein a un cerveau, c'est celui, organique, d'un mort et que l'électricité ressuscite.. Cette notion de cerveau, on ne l'utilisera que lorsqu'on imaginera la possibilité de remplacer un cerveau humain dans un corps humain par un équivalent, un cerveau artificiel.. Avec des fabulations que la SF exploitera : remplacer sur une machine le mécanisme central par un cerveau humain connecté par exemple Camouflage de H.. Kuttner (1945).. Créer des individus qui ignorent qu'ils sont des répliques comme le fait Dick dans la Fourmi électronique ; ou qui le savent et ne veulent pas être programmés pour une vie courte, et se révoltent (.. Blade Runner.. Tout ceci est fort instructif me direz-vous, mais quel rapport avec les ordinateurs et la SF ? Pour que la SF en vienne à utiliser la notion d'ordinateur, il a fallu que soit perçu et le corps humain comme une machine hiérarchisée, gérée par un centre logique de décision et dont les ordres passent par des conducteurs (les nerfs) et selon un modèle électrique.. Et en même temps il fallait que le côté pièces détachées puisse donner lieu à des échanges standard.. Alors, et seulement alors, l'idée de considérer un cerveau mécanique ou électronique comme un objet séparable du corps de la machine a pu donner lieu à une fantasmagorie du robot de type asimovien, et qui n'ait rien à voir avec les automates.. Dès ses premiers textes sur les robots, Asimov, en effet, insiste sur deux aspects : d'une part ils sont construits dans une usine (comme les voitures) d'autre part ce qui les caractérise, outre l'aspect anthropomorphe, c'est le fait d'avoir un cerveau positronique Et quand on y décèle un défaut, on le répare, ou on le change.. Comme un moteur de voiture.. En d'autres termes, et pour en revenir à la question des ordinateurs et de la SF, l'ordinateur n'a pu être pensé en SF qu'au moment où on a pu considérer le cerveau des robots comme un objet autonome.. Qu'on pouvait débrancher du corps et poser sur un établi pour le réparer.. Et même s'en servir sans le connecter au corps.. Pour lui faire faire des opérations par exemple, ou des dessins, ou du traitement de texte.. En somme, l'ordinateur dans la SF est né comme ce qui reste d'un robot quand on l'a décarcassé.. Mal employés par la SF, les ordinateurs sont en proie au blues.. Le cerveau électronique dont l'actuel avatar est un microprocesseur (puce) agencé dans le cadre d'un montage, et qu'on connaît sous le nom de hardware (ou quincaillerie, ou bécane) et qui est susceptible d'être programmé (dans le cadre d'un software) existe donc dans notre quotidien.. Il a été imaginé d'après un modèle (de Turing) et a pu se développer avec l'évolution de la miniaturisation en électronique : on est passé des lampes diodes aux transistors, et aujourd'hui aux puces, en attendant d'autres développements qui permettront d'augmenter sa vitesse et sa complexité.. Mais ses capacités, en SF, ont été à la fois anticipées et utilisées d'une façon qui peut sembler aberrante.. On l'a d'abord utilisé dans les textes comme un simple  ...   mêmes droits que les hommes.. Ce qui renvoie à une image réifiée des relations humaines extrêmement parlante, mais ceci est en dehors de la question.. Il se met, de plus, en place avec Dick, dans la Fourmi électronique par exemple — voir la fin de la nouvelle — deux éléments d'une innovation thématique.. Le paysage intérieur comme le paysage extérieur humain devient, ainsi que l'avait entrevu Ballard, un paysage technologique.. Cela s'associe au thème des.. réalités truquées, ou artificielles.. , le tout en liaison avec les puissances de l'ordinateur.. Tous les éléments à venir, y compris de la cyberpunkitude, sont ici en germe.. Je laisserai de côté la bionique et ses hommes qui valent, à la télé, leur poids de cornflakes à prix coûtant, je ne parle pas ici de Hal le héros malheureux de.. 2001 : l'Odysée de l'espace.. ni de R2D2 venu de.. la Guerre des étoiles.. Le cinéma, s'il popularise les thèmes de la SF, le fait avec un métro de retard, en général.. Sauf peut être dans.. Tron.. , qui commence à utiliser les coulisses de cette autre réalité dont il était question.. Mais.. demeure à part.. C'est d'ailleurs à quelque chose près l'exploitation d'un thème déjà exploité de la SF plus ancienne, celui des modèles de mondes réduits, comme on peut les apercevoir dans.. Simulacron 3.. de Galouye (1968).. Nouveaux territoires.. L'originalité des nouveaux territoires qu'offre à la SF le développement des ordinateurs, et la miniaturisation de leurs composants, est à peine effleurée par les textes de SF, même ceux des cyberpunks.. On peut présenter une ébauche de l'état actuel des lieux :.. Utilisation d'individus comme facteurs.. à la manière dont les loas du Vaudou se servent des humains comme cheval.. Ils servent de supports à des mémoires et des informations, sous forme d'implant ou de greffe que seul les envoyeurs ou les receveurs peuvent activer.. On en voit un exemple dans Johnny Mnémonic extrait de.. Gravé sur chrome.. de William Gibson (1987).. Possibilité de coder un individu,.. ou du moins l'ensemble de sa personnalité, afin de la reproduire sur un autre support corporel.. Cela peut faciliter les déplacements dans l'espace et justifie les anciens déplacements par les portes dont Farmer nous avait régalés, sans rien en expliquer, dans la série des Dieux qui se battent (.. Les portes de la création.. , 1969) On pourrait en dire autant de la série des.. Princes d'Ambre.. de Zelazny, mais on ne voit dans ces deux cas que les effets poétiques/magiques de cette évolution technique et non son exploitation réaliste , comme chez Gibson ou Greg Bear.. Cela peut aussi permettre des rajeunissements de thèmes fantastiques : au lieu que comme chez Jean Ray dans l'Assiette de Moustiers le vilain curieux se trouve enfermé pour l'éternité dans le dessin d'une assiette (ou comme le djinn des.. Mille et une Nuits.. dans sa bouteille) on enferme la personnalité codée d'un ennemi sur une disquette, et on peut de temps en temps le passer à l'écran pour l'insulter, alors qu'il n'est pas en son pouvoir de répondre.. Cela se voit, par exemple dans Peur bleue de Ray Aldridge in.. Nº 411 (Sept 1989).. Utilisation de programmes d'ordinateur couplés à des images.. d'hologramme.. L'on peut, en pictant sur des icônes que l'on porte sur soi, activer le tout de façon à obtenir soit de nouveaux environnements visibles par tous et appropriés à tel ou tel moment de sa vie spirituelle ou sentimentale, comme on le voit dans.. On peut, aussi, se servir de ces pictes pour communiquer beaucoup plus rapidement entre deux individus saisis dans ce réseau.. Éternité.. , qui suit.. , possibilité d'utiliser des implants de mémoire additionnelle, avec logiciels intégrés pour le traitement de données, le tout dans le cerveau humain.. Possibilité comme dans.. Musique de Sang.. de brancher en direct les puces.. sur les cellules, pour inventer des bio-chips, des cellules qui chacune devient un petit ordinateur, mais qui est aussi vivant : un nouveau micro-organisme si on peut oser ce jeu de mot.. Une épidémie d'intelligence guette-t-elle l'humanité ?! Rassurons-nous il s'agit d'autre chose.. On peut aussi, comme dans.. , envisager de brancher directement le système nerveux et l'ordinateur permettre aux manipulateurs informatiques de visualiser, sur les individus porteurs les données et les programmes.. Allons plus loin, que devient dans ce système un hacker, un pirate informatique ? Comment va s'articuler l'univers intérieur d'un porteur d'information et de l'univers des drogues ? Quel type d'univers cela va-t-il induire ? Ceci dans un monde représenté, d'un futur proche où la mafia internationalisée et l'hyper technologie sont aussi imbriquées que les univers artificiels de la drogue et ceux de l'informatique.. Un trip cela peut être aussi un voyage à l'intérieur d'un logiciel.. Voyage d'autant plus agréable (aliénant ?) qu'on le couplera avec de la musique au lieu de drogue, et qui permettra, par le biais de résilles et par une sorte d'empathie artificiellement produite, de vivre d'autres vies sur des modèles synthétiques comme Norman Spinrad l'imagine dans.. En somme, on est passé de l'utilisation de l'ordinateur dans un monde existant à la recréation d'univers originaux qui articulent à l'humain, l'électronique et dont le résultat est la création de mondes dont l'homme est bien le centre, certes, mais qu'il l'est à la manière dont le logiciel est le centre d'opération de l'ordinateur.. On assiste donc dans ces textes-univers à un déplacement de l'humain.. Le centre qu'il occupe est vide, aussi vide que la métaphysique qui en sous-tend les prétentions.. Il se retrouve dans la position de clown bekettien, en attendant un autre Godot/ordinateur.. Doit-on ajouter l'utilisation, dans le milieu de la SF, de Macintosh, de ses programmes de traitement de textes et de données, pour écrire la plupart des ouvrages, y compris critiques ? Au point qu'on se demande parfois si ce n'est pas l'ordinateur qui oblige les doigts à se poser sur certaines touches… (brrr…).. Bibliographie des textes cités.. Isaac Asimov : Toute la misère du monde.. In anthologie :.. Après.. Marabout, 1968.. Greg Bear :.. la Découverte, 1985 ;.. Robert Laffont, 1989 ;.. Robert Laffont, 1989.. John Brunner :.. Robert Laffont, 1977.. Bruss :.. Fleuve Noir Anticipation , 1959.. Arthur C.. Clarke : l'Étoile.. la Science-Fiction pour ceux qui détestent la Science-Fiction.. Denoël, 1968.. Philip K.. Dick :.. Robert Laffont, 1968 ; la Fourmi électronique.. In :.. 198, juin 1970.. Alain Dorémieux : la Femme modèle.. In recueil :.. Mondes interdits.. le Terrain vague, 1967.. Harlan Ellison : Je n'ai pas de bouche et il faut que je crie.. In :.. 45, 1968.. Philip José Farmer :.. les Portes de la création.. Opta.. , 1968.. Daniel Galouye :.. William Gibson :.. la Découverte, 1985 ; Johnny Mnémonic.. la Découverte, 1987.. Henry Kuttner : Camouflage.. Déjà demain.. Denoël, 1972.. Norman Spinrad :.. Rock machine..

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  • Title: Archives stellaires/Bozzetto/Écrits/Les clones dans la S.-F. | Quarante-Deux
    Descriptive info: Les clones dans la S.. Les clones dans les mondes “imaginaires” de la Science-Fiction.. Première publication :.. Biofuturs.. , nº 213, juillet-août 2001, p.. 37-39.. L.. e clonage.. , est une branche des manipulations génétiques modernes.. Cette technique a cependant fait son entrée en littérature par un biais ancien et très inattendu, à savoir dans un épisode de la.. Il s'agit d'un cas assez curieux qui mêle d'ailleurs le clonage et la manipulation de chromosomes.. À partir d'un élément prélevé sur un individu, un expérimentateur, qui pourrait recréer un simple clone, remplace la paire XY de l'échantillon chromosomique par une XX.. Il obtient ainsi un individu quasi semblable mais de sexe différent.. On aura reconnu le prélèvement d'une côte sur Adam, après anesthésie, et la création d'Ève.. La science moderne sera bientôt capable de tels exploits, mais la SF dans ses spéculations en avait anticipé certaines modalités devenues inopérantes.. En voici deux.. Mary Shelley, en 1818, publie.. Frankenstein ou le nouveau Promethée.. Certes il ne s'agit pas d'un clonage.. C'est plutôt une tentative, réussie, de rendre la vie à un patchwork de morceaux de cadavres, reconstitué en forme humaine, bien qu'utilisant aussi des déchets animaliers.. Le lien avec la.. est encore présent, car la créature sans nom du docteur Frankenstein lui avoue « Je voulais être ton Adam ».. Cet aspect “blasphématoire”, où l'on voit un savant se présenter à l'égal d'un dieu, se retrouvera chez H.. Wells dans les autres manipulations mi-chirurgicales mi-hypnotiques qui créent les “humanimaux” de.. l'Île du Docteur Moreau.. (1895).. Il ne s'agit pas, là non plus, de clonage.. En revanche, on notera que l'utilisation de cadavres pour des clonages sera utilisée en SF, par exemple dans.. la Guerre éternelle.. (1976) de Joe Haldeman.. Les soldats morts au combat, dont il demeure quelques débris, y sont remodelés en soldats à partir de leurs cellules restantes et rendus illico à la vie combattante.. De l'utilité des clones.. L'utilisation du clonage en tant que tel est donc récente, et elle entre en relation avec d'autres thèmes, qui permettent d'interroger la notion d'identité personnelle, les problèmes sociétaux liés à la production industrielle de clones, les transformations ou mutations nécessaires pour adapter les humains aux différents écosystèmes planétaires à explorer et à coloniser.. Au plan des problèmes sociaux et politiques, on peut considérer que c'est avec.. le Meilleur des mondes.. qu'Aldous Huxley en donne, en 1932 — la date n'est pas innocente — un bon exemple.. La réalité biologique du clonage y est posée en tant que telle comme résolue, les croyances de l'époque la rendaient d'ailleurs vraisemblable sinon possible.. De plus la mise en scène des laboratoires d'un futur mal défini (632 Après-Ford) et des incubateurs avec leurs laborantines et leurs éprouvettes provoquaient de curieux “effets de réel”.. Le roman d'Huxley combine et conjoint plusieurs idées force de l'époque.. Il illustre la peur des intellectuels de n'avoir plus de rôle à jouer dans la société, car ils pensent se trouver devant deux types de totalitarisme qui, quelque part, se rejoignent — sinon sur les moyens, au moins sur la fin : abolir la personnalité originale de chacun.. D'une part le totalitarisme politique venu de l'URSS, s'appuie sur la dictature d'une classe, et les intellectuels craignent de voir se créer une société sur le modèle de la fourmilière.. D'autre part, celui, plus.. soft.. de la société “libérale” étasunienne, qui s'appuierait sur les “pilules du Bonheur” de type “soma” pour faire accepter à tous dans le cadre d'un “bonheur insoutenable”, un modèle social fondé sur des castes biologiquement dessinées.. Ces castes sont rendues ici possibles par le remplacement des formes habituelles de procréation, qui impliquent une intimité, de l'amour et un cadre familial.. Les enfants seraient désormais conçus et fabriqués dans des laboratoires, leur individualité serait prédestinée par une orientation génétique et leur éducation adaptée aux besoins d'une société conçue sur le modèle des insectes sociaux.. Les “individus” alors font simplement partie de séries, dont ils sont les représentants interchangeables.. On peut voir dans ce texte à l'œuvre les résultats d'un clonage industriellement conçu à des fins d'ordre social garanti.. La volonté de transformer la société humaine en une “plus parfaite”, sur le modèle des sociétés d'insectes, se retrouve dans le roman de Frank Herbert.. la Ruche d'Hellstrom.. (1973) Mais les transformations de l'humain n'y font pas intervenir le clonage, elles s'appuient sur des mutations dirigées.. Certains auteurs de SF ont brodé sur cette idée du clonage industriel afin de composer des armées obéissant sans états d'âme.. Ira Levin, par exemple, dans.. Ces garçons qui venaient du Brésil.. (1976) met en scène des armées de clones d'Hitler issus des laboratoires d'anciens nazis.. Avec John Boyd nous abordons un autre aspect, dans.. la Ferme aux organes.. (1970), où l'on utilise des clones d'humains pour fournir des “pièces détachées”.. On en trouve un autre exemple hallucinant avec la Planète Shayol (1965) de Cordwainer Smith où la production des organes à prélever est associée à une punition des corps vivants.. Comme on l'a vu avec la.. Genèse,.. le clonage peut se combiner à d'autres types d'intervention, afin d'obtenir des mutations  ...   l'invention des copies numérisées.. Elles seraient nées lors de la conception de corps virtuels, inventés afin de tester des médicaments et voir comment ils réagiraient sur des organes dont on avait programmé le fonctionnement.. De là à fabriquer des logiciels physiologiques et à tenter des copies d'individus, en fonction de la capacité des instruments inventés, un premier pas est présenté comme franchi.. Un problème concernant les clones est cependant posé ici comme résolu : la copie électronique, la numérisation, enregistre la mémoire, le contenu émotionnel et intellectuel de l'original.. En revanche, un clonage biologique n'a pas pour résultat de recréer un adulte, mais un embryon, qui deviendra un enfant, avec certes le même patrimoine génétique que l'original, mais avec l'esprit vierge.. Et l'on se souvient, par exemple, que la créature de Frankenstein, de taille adulte mais avec un cerveau de bébé, abandonnée par son créateur, avait dû refaire à sa manière tout le chemin qui avait conduit les hommes d'avant la découverte du feu jusqu'à la lecture des philosophes du XVIII.. Mary Shelley, pour les besoins du récit, lui avait fait franchir les étapes en un temps record, ce qui n'est pas forcément le cas pour les clones biologiques “normaux”.. On peut aussi se poser la même question devant le clone de Ripley dans.. Alien 4 : la résurrection.. (1997).. On nous fait visiter la salle où divers clones possibles de Ripley sont en maturation, mais rien ne nous est dit à propos de la mémoire qu'elle semble avoir récupérée en même temps que son nouveau corps.. Un univers de clones ?.. On assiste, en SF, à l'emploi métaphorique du mot clone, associé à double , à copies — dont on a vu un exemple avec le roman de Greg Egan.. Et cela permet à la SF d'explorer les conséquences éventuelles, non pas seulement des doubles de personnages, mais de celle du contexte.. C'est Philip K.. Dick qui le premier, sans doute de façon systématique, a été obsédé par ce problème qui touche à la fois à l'identité et à la réalité.. L'identité individuelle comme leurre est abordée de façon magistrale dans le Père truqué (1954) et dans la Fourmi électronique.. Son utilisation politique — à savoir que les politiciens sont de simples masques, comme des marionnettes et manipulés par des “joueurs” se retrouve dans de nombreuses nouvelles ainsi que dans son roman.. Simulacres.. (1964).. Quant au questionnement sur la “réalité de la réalité” et non sur ses duplicata, il est arpenté dans de nombreuses nouvelles, Dans le Retour des explorateurs (1959), par exemple, les objets humains sont remplacés par des copies voraces qui avalent les Terriens, et dans.. (1969), on ignore dans quelles strates de la réalité se trouvent les personnages.. Cette interrogation sur la réalité et les limites de la représentation que l'on peut en avoir rejoignent les questions que l'on peut se poser sur la distinction impossible de l'original et de sa copie, du clonant et du cloné, de la réalité et du virtuel.. Puisque les avancées technologiques sont capables de créer des environnements virtuels, parfaits clones des originaux, comment distinguerons-nous les uns des autres ?.. J.. Ballard, dans la préface de.. Crash.. (1973) avançait l'idée que nous vivions dans des “paysages technologiques”, concrétisations de nos rêves.. Il pensait alors que ces paysages technologiques se distinguaient ainsi des paysages naturels.. Ce qu'il n'avait pas imaginé, c'est que les techniques feraient doublonner ces paysages, aussi bien les naturels que les technologiques, et que nous serions de plus en plus dans la quasi impossibilité de savoir où nous sommes, et si nous parlons à des humains “originaux” ou à leurs clones — électroniques et/ou biologiques.. Bibliographie en éditions françaises des textes cités.. James Ballard :.. Calmann-Lévy, 1974.. John Boyd :.. Philip K Dick : la Fourmi électronique in.. Histoires d'automates.. Livre de Poche.. le Père truqué in.. Le livre d'or de la SF.. Presses Pocket, 1979.. le Retour des explorateurs in.. nº 137, 1965.. Philip K Dick : Simulacres.. Calmann-Lévy, 1975.. Philip K Dick : Ubik.. J'ai lu, 1976.. Greg Egan :.. Robert Laffont, 1994.. Joe Haldeman :.. J'ai lu, 1975.. Frank Herbert :.. J'ai lu, 1974.. Aldous Huxley :.. Livre de poche.. Ira Levin :.. J'ai Lu, 1977.. Clifford D.. Simak : Bonne nuit Mr.. James in.. Tous les pièges de la Terre.. Denoël, 1963.. Kurt Siodmak :.. Cordwainer Smith : la Planète Shayol in.. Histoires galactiques.. Livre de poche, 1974.. Bruce Sterling :.. le Gamin artificiel.. Denoël, 1982.. Films.. Jean-Pierre Jeunet.. Ridley Scott :.. (1982) d'après P.. K.. Do androids dream of electric sheep?.. 1968.. Reproduction d'un individu, végétal ou animal, à partir d'une de ses cellules.. Technique permettant d'obtenir un ensemble de cellules à partir d'une seule.. D'après.. Le Grand Robert.. électronique.. Le hasard fait que dans le journal.. Libération.. du 12 avril 2001, p.. 19, on annonce Naissance de clones transgéniques : « Après les animaux clonés et les bêtes transgéniques, place à la combinaison des deux… cinq porcelets nés par clonage de cellules génétiquement modifiées ».. Ève n'est plus la seule.. dimanche 3 mars 2002 —.. lundi 4 mars 2002..

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  • Title: Archives stellaires/Bozzetto/Écrits/Les hommes et les machines | Quarante-Deux
    Descriptive info: Les hommes et les machines.. Les hommes et les machines : extrapolations et transgressions.. Première publication papier (à paraître) :.. Grenzen der Menschheit.. C'.. est peut-être Sophocle qui, dans.. Antigone.. , a donné la meilleure approximation de l'image que se font d'eux-mêmes les hommes, en en vantant l'aspect de “merveille”, et en insistant sur leurs capacités à utiliser leur esprit, et à maîtriser leur destin — en se rendant maîtres de leur environnement.. Sophocle s'en était tenu à magnifier la réalité de l'homme de son époque, il ne prenait pas en compte ses désirs et ses rêves visant au dépassement des bornes qui semblaient fixées à la “nature” humaine.. Par contre les mythes et les légendes donnent à voir, dès la nuit des temps, le fait que chacune des contraintes matérielles imposées à l'homme par la nature ont été transgressées dans le cadre d'une solution romanesque inventée.. C'est ainsi que les mythes ont imaginé des scénarios où l'on voit des humains ou des dieux transmuter les métaux, agir et parler à distance, se déplacer dans les milieux qui sont normalement interdits comme l'air et l'eau, visiter les astres, devenir invisibles, ou acquérir l'immortalité.. Or, tous ces rêves de transgression sont autant de programmes, que les hommes ont tenté de faire passer, au fil du temps, dans le domaine du possible, et souvent de réaliser.. Certains demeurent à l'état de rêve, et relèvent donc du romanesque , comme l'immortalité, ou comme l'ubiquité dérivant d'une machine dans Le toucher à distance de Guillaume Appolinaire D'autres encore, appuyés sur l'imagination technique occidentale, sur le développement présent ou extrapolé des diverses sciences ou technologies, vont permettre à la littérature de se donner libre cours et à la littérature de science-fiction (SF) de déployer ses effets.. La SF, qui se fonde sur un type spécifique d'imaginaire, va illustrer et/ou questionner les rapports ambigus que la civilisation occidentale, au premier chef, entretient avec les inventions de machines extrapolées ou imaginaires.. Elle donne aussi à rêver (ou à cauchemarder) à propos de technologies aptes à modifier les individus, Elle permet d'imaginer des engins extraordinaires dont l'utilisation permet toutes sortes de transgressions de ces limites censées enclore et définir cette “nature” humaine.. Ces récits de SF, avec les multiples inventions qu'ils imaginent — mécaniques, électroniques ou relevant de l'ingénierie biologique — reflètent l'homme occidental se mirant dans les différentes images de lui-même que lui renvoie la machine dans le monde qu'elle lui permet d'inventer.. Des mythes aux récits.. C'est dans la mythologie grecque que l'articulation, entre le rêve enfantin de voler dans les airs et sa réalisation, a été “déplacée” du domaine des Dieux — pensons aux sandales ailées d'Hermès — vers l'inventivité mécanique, avec l'image du premier ingénieur, Dédale.. C'est chez le philosophe Aristote que se situe, pour la première fois en Occident, l'idée que la machine pourrait remplacer les humains, même si c'est pour en nier la possibilité et justifier ainsi l'esclavage, au motif que les machines ne sont pas aptes à travailler d'elles-mêmes.. Les Grecs, de plus, ne se sont pas contentés d'imaginer que seuls les dieux, comme Hephaïstos, pouvaient créer et animer des statues, tels le géant Talos pour défendre la Crête, ou des servantes « toutes d'or mais semblables à de jeunes vivantes » pour le soutenir dans sa démarche.. Ces mêmes Grecs savaient en effet créer des automates se mouvant à l'aide de ressorts, de poids et de siphons.. L'inventeur mythique en était Dédale, mais il en demeure comme exemples effectifs certaines “merveilles techniques” de Heron d'Alexandrie.. Le XVIII.. siècle occidental verra le succès de tels automates avec, entre autres, les inventions de Vaucanson.. Dans le sillage de la philosophie moderne initiée par Galilée, poursuivie par Descartes, La Mettrie théorisera une approche mécaniste de l'Homme, en rapport avec ces automates, les pendules de Huygens, et les premières expériences sur l'électricité.. Il importe donc pour saisir le basculement qui a lieu dans l'imaginaire dans les “temps modernes” de l'Occident, de différencier l'imagination délirante de “l'imagination scientifique”.. Ce type nouveau d'imaginaire à base spéculative fondera l'espace d'une “science-fiction”, et posera sur des bases neuves le rapport de l'homme à la science, à la technologie et à ses artefacts, anthropomorphes ou non.. De l'imagination délirante.. à l'imagination scientifique.. Ce qui, au XVII.. siècle encore, situe ces réflexions de type spéculatif dans l'ordre de la rêverie, c'est l'impossibilité au plan de la réalité technique, même si, au plan de l'imaginaire, un pas a été fait.. En effet, si l'on compare le voyage dans la Lune dans.. l'Histoire vraie.. (II.. siècle) de Lucien de Samosate et.. L'autre Monde ou les États et Empires de la Lune.. de Cyrano de Bergerac (1657), une différence énorme se fait jour.. Lucien imagine simplement qu'un coup de vent entraîne son bateau vers l'astre des nuits : il s'agit là d'une métaphore à effet strictement ludique.. Par contre Cyrano dans un premier vol “orbital” voyage de France au Canada en laissant simplement la Terre tourner sous lui, ainsi que Galilée l'avait soutenu.. Il se remet ensuite en route vers la Lune à l'aide de moyens relevant d'applications de la technique (les aimants, les fusées etc.. L'imagination de Cyrano s'appuie sur un savoir qu'elle extrapole dans le cadre de récits, exploratoires de nouvelles possibilités offertes par l'émergence d'une pensée qui prend en compte le savoir scientifique.. Et ceci même si l'utilisation de ce savoir demeure empreinte de relents ludiques, mais elle procure des effets d'émerveillement devant la mise en fiction d'une idée, alors neuve.. C'est dans une telle perspective que l'on pourra lire les romans de Jules Verne : des récits illustrant une pensée à peine anticipatrice, mais cette fois appuyée sur les réalités techniques, légèrement extrapolées.. Et à partir de Herbert George Wells, la pensée spéculative qui dynamise ces récits sera fondée non plus sur les possibilités réelles de la technique, mais sur une véritable imagination scientifique, créant des effets d'émerveillement ou de terreur.. On voit bien comment prend corps un effet de “pathos métaphysique”, c'est-à-dire un impact affectif affectant les découvertes intellectuelles et scientifiques, réelles ou imaginées.. Il en résulte des textes fondés sur le développement poétique et romanesque d'une notion à connotation scientifique.. Chez Wells, cela porte sur l'évolutionnisme — car l'œuvre de Darwin est controversée, et ses hypothèses sont alors une idée toute neuve.. On peut le montrer à partir de deux exemples.. The Island of Dr Moreau.. (1896) Wells, en miroir avec les théories évolutionnistes, invente la figure du biologiste démiurge, comme “passage à la limite”.. Celui-ci veut accélérer le passage des races animales à l'homme, par une ingénierie biologique primaire : des actes chirurgicaux, une utilisation de l'hypnopédie, et la contrainte de la Loi.. Le docteur Moreau se présente néanmoins en nouveau Moïse d'une tribu humaine à venir.. Certes l'imagination n'avait pas attendu pour imaginer des races mi-humaines mi-animales.. Lucien, dans l'.. Histoire vraie.. imagine sur la Lune des races humaines qui divergent de la nôtre : des Luniens qui se reproduisent par germination, portent les enfants dans le mollet, et dont les parties viriles sont amovibles.. Il en va de même des hommes-animaux que peint Restif de la Bretonne dans.. La Découverte Australe.. (1781) Mais il s'agissait là de créatures nées d'une imagination “délirante”, alors que la création des “humanimaux” de.. est “crédibilisée” par un “possible” de la science — au moins le temps, comme le suggère Coleridge — d'une.. suspension of disbelief.. Il en va de même de l'idée de voyage dans le temps, justifié par une symétrie entre le passé et le futur.. Le texte de Wells,.. the Time machine.. (1895) une fois posées les prémisses d'une possibilité de voyage temporel, en explore les virtualités au plan de l'humanité et de son destin.. Il articule la division de l'humanité de la Grande Bretagne de son époque en classes sociales selon un schéma simpliste travailleurs/exploiteurs, à une théorie évolutionniste.. Il en arrive à la peinture, dans un avenir très lointain, de deux races — les préraphaéli(s)tes et végétariens Eloïs, et les animalisés Morlocks.. Ils descendent des anciennes classes britanniques, mais se situent dans des rapports modifiés de dépendance et d'exploitation.. C'est là l'une des premières extrapolations, dans le domaine de la SF, d'une possible modification “naturelle” de la race humaine, articulée à une dimension politique ou sociologique.. Notons aussi, ce qui est l'une des caractéristiques du fameux.. sense of wonder.. particulier à l'émotion engendrée par le pathos métaphysique dans les textes de SF, qu'il se nourrit aussi bien d'émerveillement que de craintes envers le futur, où ce qui est imaginé est censé pouvoir se produire.. Sur ces bases, qui précisent quel est le type d'imagination mis en œuvre dans la littérature de science-fiction, nous allons envisager diverses illustrations qu'elle propose concernant les rapports de l'homme et de ses artefacts.. Cela nous permettra de mieux cerner les questionnements que cela implique quant aux rapports des hommes à la technologie, à notre époque, où il semble que celle-ci soit perçue comme l'un des moteurs les plus puissants de l'évolution sociale, et avec ce que cela suppose de pressions sur le domaine du psychisme.. L'univers technologique et la littérature.. siècle a initié, en Occident, le développement de la société par l'industrialisation, c'est-à-dire qu'il a entamé la fin de l'univers mental et social né au néolithique.. Mais l'imagination scientifique n'y avait pas encore trouvé ses marques.. Il faudra attendre 1818 et.. Frankenstein or the modern Prometheus.. pour qu'un imaginaire moderne appuyé sur une technologie vraisemblable voie le jour.. Pour la première fois un savant est promu au rôle de démiurge, que d'ailleurs lui reconnaît la créature sans nom : « I ought to be thy Adam » (ch.. 10).. Cet ouvrage séminal, où les critiques anglo-saxons voient la première œuvre de science-fiction porte de manière pertinente et suggestive sur une re-création de l'homme, signalant ainsi l'advenue de l'ère post-néolithique.. [10].. Après le Prométhée “plasticator”, créateur des hommes dans le monde des dieux olympiens, le “nouveau Prométhée” est un humain et un savant.. Même si, à lire le texte, l'ironie romantique portant sur l'adjectif moderne n'échappe à personne, le texte met néanmoins en place une thématique originale.. Elle signale une prise en main de son destin par l'humanité, à l'aide des fruits de l'arbre de la science.. Cet aspect introduit une ébauche de réflexion sur le couple qui se forme entre l'homme et ses inventions.. Ce couple sera d'abord présenté sous un angle lyrique, avec certains textes de Jules Verne, chantre de la nouvelle puissance donnée à l'homme.. Cependant, et chez ce même auteur — que l'on songe à la fin de l.. 'Île mystérieuse.. (1873-74) — la nécessité de détruire la merveille s'impose, tout comme le suicide de la créature du docteur Frankenstein.. À partir des années 1930 environ, le nombre des récits qui s'inscrivent dans l'espace imaginaire dessiné par Edgar Poe, Jules Verne, et Herbert George Wells, grâce à une multitude de revues — les.. pulps.. — est impressionnant.. [11].. L'exploration de cet imaginaire se perpétue jusqu'à nos jours dans le cadre de nouvelles et de romans — sans compter les divers médias, dont le cinéma.. Au point que l'on peut considérer qu'il s'agit là d'un espace quasi autonome de la fiction, qui ne cesse de croître et de se diversifier, tout en interrogeant, de diverses manières le rapport de l'homme occidental à son univers technologique.. En effet, la science-fiction exploite, plus que les images de la science ou les réussites techniques, l'idéologie technico-scientiste présentée comme un allant de soi.. Or comme le soutient Tobie Nathan, il s'agit d' :.. « Un phénomène spécifique à la société occidentale moderne : la science fabrique de l'idéologie ».. [12].. C'est dans ce cadre qu'il s'agit de saisir les fantasmes et les rêves que la science et la technique ont permis à la SF d'engendrer.. Rêves et fantasmes autour de la science et de la technique.. On considérera, de façon heuristique, l'ensemble des textes de SF comme un seul discours tenu par ce “genre littéraire” sur l'univers technologique — en tenant pour acquis que cet univers a des implications importantes au niveau du politique.. Comme le signalait déjà Guy Lardreau dans son ouvrage.. Fictions philosophiques et science-fiction.. (1988).. [13].. , une littérature d'imagination à base de spéculations appuyées sur la présence de la science, des techniques et de leurs implications sociales éventuelles, sans aller jusqu'à anticiper des résultats, peut très bien questionner sérieusement les concepts et les apories de la philosophie.. De ce point de vue, les figures des diverses sortes d'artefacts, anthropomorphes ou non, quels qu'en soient les noms et les formes, forment une merveilleuse base sur quoi une riche réflexion peut, et devrait, s'appuyer.. On s'intéressera à ce discours sous deux aspects, à par le biais de deux figures qui interpellent l'image que se fait l'homme de lui même, dans son présent et ses possibles futurs : la machine en général, le robot et l'androïde en particulier.. Le mot robot est employé pour la première fois par l'écrivain tchèque Karel Čapek dans sa pièce de théâtre.. RUR — Les Robots Universels de Rossum.. (1921).. Il dépeint des “ouvriers artificiels” produits par milliers par un conglomérat, celui de Rossum, et utilisés comme travailleurs pour des besognes de tout ordre, qu'ils exécutent sans bénéficier du moindre droit.. Ils finissent par se révolter contre leurs créateurs, qui d'ailleurs sont en voie d'extinction.. Ces androïdes bâtiront peut-être un nouveau type de société, le dernier humain (un savant) envoie un couple de ces robots hors de la scène avec ces mots qui sonnent comme un remake de la Genèse : « Va Adam ; va Ève, tu seras sa femme ».. En effet, malgré leur nom de robot , et à la différence de leurs homologues de la science-fiction anglo-saxonne de l'époque, ce sont des androïdes.. Ils sont extérieurement semblables à des humains, mais conçus industriellement.. Cette ressemblance extrême posera d'ailleurs problème dans les cas où l'on cherche à les retrouver parmi une foule humaine.. Cela sera très bien illustré dans le film.. (1982) adapté du roman de Philip K.. Dick.. Do androÏds dream of electric sheep ?.. (1968).. Quant aux robots issus directement de la SF populaire, ils apparaissent d'abord sur les couvertures des.. comme des êtres anthropomorphes certes, mais construits en acier inoxydable — comme le sont encore les robots de.. Star Wars.. (1977).. [14].. Ils sont, dans ces pulps, en général présentés comme des quasi-objets au service des humains.. Selon Pierre Versins cependant, c'est en 1935 que nous est dépeinte la première société utilisant des robots dans un texte Les hommes de l'an 20 000.. [15].. Curieusement nommés les slavoks , ces automates font directement allusion aux “robots” de l'écrivain tchèque, en jouant sur la paronymie Slave/esclave.. Ce sont, disent les humains du futur :.. « Des domestiques, nos travailleurs manuels.. On les charge de toutes les besognes grossières ou dangereuses ».. Avec Isaac Asimov, le cadre d'une loi générale s'impose aux histoires de robots.. Robbie.. [16].. , première histoire de ce genre, paraît en 1940 dans.. Super Science Stories.. Ce récit inaugure une longue série où Asimov, après avoir posé l'existence des trois lois de la robotique, tente de trouver des situations limites, paradoxales, où elles sont en apparence prises en défaut par les robots, mais où la solution trouvée à chaque fois par Asimov montre qu'il n'en est rien.. [17].. L'apport d'Asimov est intéressant.. Avec  ...   conscience qu'il est un “alias”.. Il se met en quête de son original, afin que celui-ci le fasse sortir de son état de simple avatar.. Son original lui a laissé un message lors de la numérisation, « à lire en cas d'urgence », où il le condamne à demeurer tel.. Ce qui s'explique car l'original est vivant et conduit des recherches sur la numérisation et sur la possibilité de créer des copies immortelles.. Le lecteur se trouve devant une lettre adressée par Paul 1 à Paul 2, une lettre qui est écrite à la première personne et s'adresse à une copie de lui-même qu'il tutoie.. Le Paul 2, Lecteur, s'exprime ainsi « Comment ai-je pu être aussi insensible ».. Question : qui est le “Je” qui parle alors ? Qui est celui qui traite l'autre “moi” de “salaud” ? Tous deux se retrouvent quand même, chacun dans son espace, prêts à collaborer, sur un pied d'égalité, bien que des sujets de confrontation demeurent, qui se manifestent dans de curieux dialogues.. On assiste dans ce roman à une curieuse hybridation entre l'univers de la biologie et celui d'un cybermonde.. Et le roman explique la genèse de cette hybridation par les conditions de l'invention des copies numérisées (ch.. 3).. Elles seraient nées lors de la conception de corps virtuels, inventés pour à la recherche de modèles afin de tester des médicaments et de voir comment ils réagiraient sur des organes dont on avait programmé le fonctionnement.. De là à fabriquer des logiciels physiologiques et à tenter des copies d'individus, en fonction de la capacité des instruments inventés, ce premier pas est présenté comme franchi.. Un problème concernant les clones est cependant posé ici comme résolu : la copie électronique, par la numérisation, enregistre la mémoire, le contenu émotionnel et intellectuel de l'original.. Par contre un clonage biologique n'a pas pour résultat de recréer un adulte, mais un embryon, qui deviendra un enfant, avec certes le même patrimoine génétique que l'original, mais avec un esprit vierge.. Et l'on se souvient, que la créature de Frankenstein, au corps adulte mais au cerveau de bébé, abandonnée par son créateur, avait dû refaire à sa manière tout le chemin qui avait conduit les hommes d'avant la découverte du feu jusqu'à la lecture des philosophes du XVIII.. Pour les besoins du récit, Mary Shelley lui avait fait franchir les étapes en un temps record, ce qui n'est pas le cas pour les clones biologiques “normaux”.. Alien 4 — La résurrection.. Le film nous fait entrevoir la salle où divers clones possibles de Ripley sont en maturation, mais rien ne nous est dit à propos de la mémoire qu'elle semble avoir récupérée en même temps que son nouveau corps.. De l'univers des machines à celui du “studio réalité”.. [21].. Si Greg Egan est celui qui a été le plus loin dans cette interrogation que permettent les machines — le.. hardware.. — et les logiciels actuels, sur la création de “clones virtuels”, c'est sans doute Philip K.. Dick qui le premier de façon systématique a été intéressé par ce problème qui touche à la fois à l'identité et à la réalité.. L'identité individuelle comme leurre, il l'aborde de façon dans The Father-Thing (1954) : un extra terrestre a pris les traits du père de l'enfant.. Ou dans The Electric Ant (1969) : lors d'un accident un individu se rend compte qu'il est un androïde, car au lieu de veines dans sa blessure, il ne voit que des câbles.. L'utilisation politique du thème — à savoir que les politiciens sont de simples masques, comme des marionnettes et manipulés par des “joueurs” — se retrouve dans son roman.. the Simulacra.. Quant au questionnement sur “réalité de la réalité” et non sur ses duplicatas, il est utilisé par exemple dans Explorers we (1959) où les objets humains sont remplacés par des copies voraces qui avalent les Terriens.. Cette interrogation sur la réalité de la réalité, et les limites de la représentation que l'on peut avoir à ce sujet, rejoint les questions que l'on peut se poser à propose de la distinction impossible de l'original et de sa copie, du clonant et du cloné, de la réalité et du virtuel.. James Ballard, dans la préface de.. (1973) avançait l'idée que nous ne vivions plus dans des paysages naturels, auxquels nos ancêtres s'adaptaient, mais dans des “paysages technologiques”, qui sont les concrétisations de nos rêves — ou de nos cauchemars.. Il pensait alors que ces paysages technologiques se distinguaient des paysages naturels.. Ce qu'il n'avait pas imaginé, c'est que le développement rapide des techniques ferait doublonner ces paysages, aussi bien les naturels que les technologiques, et que nous serions de plus en plus dans la quasi impossibilité de savoir où nous sommes, si nous parlons à des humains ou à leurs clones — électroniques et/ou biologiques, et donc en fait nous pousserait à interroger ce que nous sommes : des humains originaux ou des copies.. C'est cet aspect que les cinéastes ont privilégié récemment, avec des films comme.. Dark City.. (1997) ou.. Matrix.. (1999).. Dans les deux films, pour des raisons différentes mais dont le résultat est identique, la réalité est manipulée.. , par exemple, les souvenirs de chacun sont modifiés pendant le sommeil, les environnements sont modifiés, les humains sont placés, sans le savoir, dans un lieu artificiel et se révèlent cobayes d'expériences menées à leur insu, dans un “paysage technologique” adéquat.. En somme, on est passé de l'utilisation de la machine dans un monde existant à la recréation d'univers originaux qui articulent à l'humain, l'électronique le biologique et le mécanique.. Le résultat en est la création de mondes dont l'homme est bien le centre, certes, mais il l'est à la manière dont le logiciel est le cœur de l'ordinateur.. On assiste donc dans ces textes à un “déplacement” de l'humain.. Le centre, qu'il occupe encore, est vide, aussi vide que la métaphysique qui en sous-tend les prétentions, car la Science, ersatz d'une divinité, ne répond pas au désir de sens qui avait justifié sa quête.. En ceci il semble que la sensation de ce vide se démarque d'une vision occidentale du moi qui se voulait « maître et possesseur de la nature » (Descartes) pour, curieusement, flirter avec une approche bouddhiste, où le “je” autonome et stable est un mirage.. Cependant, là où le bouddhisme s'appuie sur cette représentation du vide afin de vivre ainsi une absence de désir, engendrant une absence au monde, la perte éventuelle de leur identité d'homme est vécue par les personnages occidentaux de ces récits comme une mutilation, une blessure narcissique terrible.. Ces récits présentent l'homme occidental.. Il a sécrété, par son désir de maîtrise sur l'univers, des environnements technologiques, où la machine, au cerveau capable d'agir selon de complexes algorithmes devient le seul interlocuteur fiable.. Les humains, dans ces contextes digitaux, apparaissent aussi comme des machines, mais bien plus fragiles que celles qu'ils ont conçues.. De plus, ils posent d'autres problèmes que de simple maintenance, avec des désirs imprévisibles et des comportements aberrants.. Rien d'étonnant à ce que se lise en filigrane dans certains récits la recherche d'une société idéale, où des intelligences artificielles (IA) géreraient avec efficacité l'ensemble des problèmes touchant à la vie des humains.. Quitte à les normaliser.. Les récits de SF sont des psychés que la société occidentale s'offre, afin de tenter de s'y mirer, mais en général, sans oser s'y reconnaître, tel Caliban incapable de saisir son image dans le miroir (Wilde.. 1891).. Brian W.. Aldiss :.. Billion Year Spree : The True History of Science Fiction.. Londres : Eidenfeld Nicholson, 1973.. Annie Amartin-Sérin :.. la Création défiée — l'Homme fabriqué dans la littérature.. PUF, 1996.. Guillaume Appolinaire : le Toucher à distance.. l'Hérésiarque et société.. Apud.. Œuvres en Prose.. , tome II.. Paris : Gallimard, 1991 (Pléiade).. Aristote :.. la Politique.. Isaac Asimov : Robbie.. I, Robot.. Gnome, 1950.. _____ : All the troubles of the world.. Super Science fiction.. , avril 1958.. Ballard :.. Londres : Jonathan Cape, 1973.. la Musique de sang.. Paris : la Découverte, 1985.. _____ :.. Paris : Robert Laffont, 1989.. Jean-Jacques Bridenne :.. la Littérature française d'imagination scientifique.. Dassonville, 1950.. Jean Brun :.. le Rêve et la machine.. Paris : la Table ronde, 1992.. Terre, siècle 24.. Paris : Fleuve noir, 1959.. William S.. Burroughs :.. Nova express.. Paris : Bourgois, 1970.. Karel Čapek :.. 1921.. Savinien de Cyrano de Bergerac :.. l'Autre Monde.. les États et empires de la Lune.. 1657.. Lester Del Rey, Helen A'lliage.. 1938.. New York : Doubleday, 1968.. New York : Ace, 1964.. New York : Doubleday, 1969.. The father-thing in.. the Magazine of fantasy and science fiction.. , décembre 1954.. The electric ant.. In.. , octobre 1969.. les Mondes interdits.. Paris: Éric Losfeld, 1967.. Permutation city.. Londres : Millennium, 1994.. Harlan Ellison : I have no mouth and I must scream.. If.. , 1967.. Paris : la Découverte, 1987.. Gravé sur Chrome.. Jürgen Habermas :.. la Technique et la science comme idéologie.. Paris : Gallimard, 1973.. Heron d'Alexandrie : les Pneumatiques.. la Science des philosophes et l'art des thaumaturges dans l'Antiquité.. réédition.. Paris : l'Escalier de feu, 1977.. Cité par Jean Brun,.. op.. cit.. Hillelet C.. Henry :.. Au nom de la race.. Paris : Fayard, 1975.. 1932.. Julien Offray de La Mettrie :.. l'Homme machine.. (1748).. Paris : Bossart, 1921.. Guy Lardreau :.. Fictions philosophiques et Science-Fiction.. Arles : Actes Sud, 1988.. Claude Legrand : Androïde tous usages.. , nº 159, 1967.. Stanisław Lem :.. Le bréviaire des robots.. Denoël, 1967.. 1972.. Lucien Liaigre :.. Vaucanson Mécanicien de génie.. Paris : PUF, 1966.. Lucien de Samosate :.. Tobie Nathan :.. l'Influence qui guérit.. Paris : Odile Jacob, 2001.. Restif de La Bretonne :.. la Découverte australe par un homme volant.. ou.. le Dédale français.. 1781.. Mary Shelley :.. or.. the Modern Prometheus.. 1818.. 1943.. Sophocle :.. Rita Stajano : Attraverso il fantastico ed oltre : Le toucher à distance de Guillaume Appolinaire.. Sulla Soglia, questione di limitalità in letteratura.. Sous la responsabilité de Paola Cobbibo.. Rome : il Calono, 1993, p.. 127-153.. Hélène Tuzet :.. Cosmos et imagination.. Paris : Corti, 1965.. Jules Verne :.. l'Île mystérieuse.. 1873-74.. Pierre Versins :.. Encyclopédie de l'utopie, des voyages extraordinaires et de la science fiction.. Lausanne : l'Âge d'homme, 1972.. Villiers De L'Isle Adam :.. l'Ève future.. 1886.. H.. Wells :.. (1895) ;.. the Island of Dr.. Moreau.. (1896).. Oscar Wilde :.. the Picture of Dorian Gray.. (fin de la préface).. 1891.. Jack Williamson ;.. the Humanoids.. 1947.. Films cités ordre chronologique.. Forbidden Planet.. , Fred McLeod Wilcox.. 1956.. , Ridley Scott.. 1982.. La Guerre des étoiles.. , George Lucas.. 1977.. , Paul Verhoeven.. 1987.. Alien 4.. , Jean-Pierre Jeunet.. 1995.. , Alkex Proyas.. , Andy et Larry Wachowski.. 1999.. Échantillon de quelques textes qui s'intéressent à la machine et aux artefacts en liaison avec ses aspects sociaux.. Ordre chronologique.. W.. Skyvington :.. Machina sapiens — Essai sur l'intelligence artificielle.. Paris : le Seuil, 1976.. Philippe Breton :.. À l'image de l'homme — Du Golem aux créatures virtuelles.. Paris : le Seuil, 1995.. Ray KurtzweilURTZWEIL :.. the Age of spiritual machines — When computers exceeded human intelligence.. New York : Viking, 1998.. Daniel Crevier :.. À la recherche de l'intelligence artificielle.. Paris : Champs Flammarion, 1999.. Daniel Laforest :.. un Fantôme dans la machine — Questionnement sur la déshumanisation postmoderne en lien avec le thème de la machine.. Laval (Canada) : Université de Laval, 2000.. Despina Kakoudi :.. the Human machine — Artificial people and emerging technologies.. Berkeley University of California, 2000.. 1].. « il est bien des merveilles en ce monde, il n'en est pas de plus grande que l'homme… » v.. 232-250.. Politique.. « Si chaque instrument pouvait par ordre ou par pressentiment accomplir son œuvre propre… si les navettes tissaient d'elles-mêmes, et les plectres jouaient de la cithare, alors les maîtres d'œuvre n'auraient nul besoin de manœuvres, ni les maîtres d'esclaves » (I ; IV 1-3).. Cet argument sera repris, dans un contexte différent, par Théophile Gautier : De l'originalité de la France.. Fusains et eaux-fortes.. (1880).. « Je ne doute pas que d'ici à cent ans on en vienne à arranger la vie de façon telle qu'un automate puisse en remplir les fonctions.. Nous aurons des hommes d'État à ressort, des armes sur roulettes… les enfants et les livres se feront à la vapeur… ».. Cité par Pierre Versins :.. Lausanne : l'Âge d'homme, 1972, p.. 764.. Homère:.. Iliade.. Chant XVIII.. Heron d'Alexandrie : Les Pneumatiques.. Cité par Jean Brun :.. Vaucanson, mécanicien de génie.. Réédition.. « Je crois la pensée si peu incompatible avec la matière organisée, qu'elle semble en être une propriété, telle l'électricité… l'Homme est une Machine ».. (p.. 134 et 142).. La notion d'imagination délirante renvoie à Emmanuel Kant :.. Anthropologie du point de vue pragmatique.. Vrin, 1984, p.. 57.. Paris : Dassonville, 1950.. La notion de “pathos métaphysique” est empruntée à Hélène Tuzet :.. Paris : Corti, 1965, p.. 10-11.. Je cite ces trois auteurs car c'est sous leur bannière qu'Hugo Gernsback, le créateur du terme Science-Fiction , s'est placé, en avril 1926, dans l'éditorial de l'un de ses premiers pulps spécialisés :.. Amazing Stories.. Paris : Odile Jacob, 2001, p.. 192.. Voir aussi Jürgen Habermas :.. Robots nommés ici par apocope des “droïdes” bien que R2D2 n'ait pas une apparence anthropomorphe, comme les androïdes.. M.. de Nizerolles : les Hommes de l'an 20000 ; fascicule nº 7 des.. Aventuriers du ciel.. 1935.. In : Pierre Versins :.. Robbie sera aussi le nom du premier robot cinématographiquement célèbre par la promotion qu'il assure du film.. de Fred McLeod Wilcox.. Voici les fameuses trois lois :.. 1) Un robot ne peut blesser un être humain, ou, par son inaction, permettre qu'un être humain soit blessé.. 2) Un robot doit obéir aux ordres d'un être humain sauf quand de tels ordres s'opposent à la première loi.. 3) Un robot doit protéger sa propre existence aussi longtemps qu'une telle protection ne s'oppose ni à la première ni à la seconde loi.. Ces trois lois ont pour but d'éviter l'un des lieux communs de la Science-Fiction, la révolte des machines.. C'est aussi une tentative pour cadrer au plan fantasmatique les relations “humaines” entre maîtres et esclaves, patrons et ouvriers, etc.. , et éviter les conflits au profit du maître, puisque les inférieurs (ici les robots) sont alors soumis à ses lois et les intériorisent.. Roger Bozzzettto : l'Impensé de la Science-Fiction : Idéologie ? Mythologie ? in :.. le Dit masqué — Imaginaires et idéologie dans la littérature moderne et contemporaine.. Aix-en-Provence : Publications de l'Université de Provence, 2001, p.. 49-54.. Annie Amartin-Serin :.. la création défiée — l'Homme fabriqué dans la littérature.. Paris : PUF, 1996.. Sur une autre tonalité, Ira Levin créera une ville de “femmes parfaites” dans.. les femmes de Stepford.. Paris : J'ai Lu, 1991.. Ce thème mériterait d'être traité à part.. Nova Express.. Christian Bourgois, 1970.. New York : Grove, 1964.. « Le but de mon écriture est de révéler de dénoncer et d'arrêter tous les criminels Nova… Avec votre aide nous pouvons occuper le studio de réalité » (p.. Roger Bozzetto : William S.. Burroughs, le scribe étasunien halluciné.. Américana.. Cahiers CRLH-CIRAOI.. , nº 9, 1994.. 201-216.. samedi 30 mars 2002 —.. samedi 30 mars 2002..

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  • Title: Ruines — Hubert Robert | Quarante-Deux
    Descriptive info: Les Ruines à contretemps.. les Ruines à contretemps : de Hubert Robert à la Science-Fiction.. , nº 5, septembre-décembre 2001, p.. 48-49.. es ruines sont un objet presque neuf dans la culture occidentale.. Elles participent d'un temps organique.. Dans la vision romantique de l'art, lisible chez Ruskin (.. Les Sept lampes de l'architecture.. , 1849), elles incarneraient même le stade ultime de la forme en mouvement.. Signe qui interpelle le passé, souvent pour le reconstituer, la ruine s'apparente à une machine à voyager dans le temps, sans forcément aller dans un seul sens.. Elle charrie du temps avec elle, mais elle se plaît également à le détourner, se révélant.. intempestive.. Voilà que la ruine fabrique du.. contretemps.. , bouscule les repères, à l'instar du roman chez Carlos Fuentes qui invite à « imaginer le passé, et [à] se souvenir du futur.. ».. Dans cette perspective, le travail d'Hubert Robert est remarquable.. Il s'inspire d'un genre indépendant de la peinture de paysage, qui sont les.. vedute.. Dans ces Vues de Rome , peintes pour les visiteurs étrangers, les artistes italiens des XVII.. et XVIII.. siècles inséraient une ruine , un morceau de monument ancien démotivé, mais encore allusif et qui ouvrait au.. songe archéologique.. Cela se confirme avec le développement de l'archéologie, depuis les fouilles d'Herculanum (1738) et la publication de l'ouvrage de Piranèse en 1756,.. Antichità Romane.. D'une part, l'objet archéologique se banalise et sert d'ornement pictural.. De l'autre, il suscite la tension dans un paysage ordinaire, en instaurant une autre mesure du temps.. C'est l'esprit des “caprices” de Gian Paolo Pannini, perceptible dans.. Galerie de vues de la Rome antique.. (1759).. Hubert Robert ajoute au caprice et à la promiscuité temporelle.. Il imagine la “veduta de plein air”, hybridant la peinture de paysage et la peinture de ruines véritables, envahies d'herbes et de temples devenus des étables ou des écuries.. Mieux, il invente le thème des ruines futures avec une.. Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruines.. (1796).. Comme face à l'os de seiche du tableau de Holbein, le spectateur fait l'épreuve d'une anamorphose temporelle : il ne sait plus trop.. quand.. se situer.. Ce brouillage des temps, les auteurs comme Chateaubriand, Nerval, Dumas ou  ...   comme avenir de l'homme.. De son côté, Chad Oliver nous introduit à la xénoarchéologie avec ses réussites et ses erreurs.. On songe à L'objet , au point de départ d'un paradoxe : comment justifier la présence d'un grattoir d'os sur Mars ? Le vestige incongru dit la nostalgie devant un passé décalé dans le futur — un déphasage illustré par Bradbury dans.. Les Chroniques martiennes.. On peut aussi se rappeler Épaves de A.. Bertram Chandler : une expédition trouve un curieux parallélépipède de papier vide, orné d'un chameau, sur la surface lunaire.. Le lecteur comprend qu'il s'agit d'un paquet de cigarettes Camel ; ici, l'.. estrangement.. passe par la connivence.. Les xénoarchéologues interprètent mal, mais ils engendrent d'autres chronologies ou généalogies, comme ceux de Stefan Wul dans Expertise , qui classent une machine à coudre de marque Singer au rayon des instruments de musique.. Face aux ruines ou à leurs fragments en définitive, nous laissons nos fantasmes peupler un temps devenu matériau onirique, un temps décomposé et recomposé, un temps sorti de ses gonds.. Bribes de mondes ou traces mnésiques, les ruines n'en finissent pas de virtualiser passé, présent et avenir.. Œuvres citées.. Octave Béliard : une Exploration polaire aux ruines de Paris.. Lectures pour tous.. , 1911.. Ray Bradbury :.. Chroniques martiennes.. Paris : Denoël, 1954.. A.. Bertram Chandler : Épaves.. , nº 10, septembre 1954.. * Alfred Franklin : les Ruines de Paris en 4875 (1875).. ›››.. la Science-Fiction avant la SF.. (anthologie sous la responsabilité de : Monique Lebailly ; France › Paris : l'Instant • Griffures, troisième trimestre 1989 (septembre 1989)), p.. 73-97.. Oliver Chad : l'Objet.. , nº 29, avril 1956.. la Machine à explorer le temps.. Stefan Wul : Expertise.. , nº 54, mai 1958.. Valérie-Angélique Deshoulières Pascal Vacher (eds),.. la Mémoire en ruines : le songe archéologique dans l'imaginaire moderne et contemporain.. Clermont-Ferrand : Presses Universitaires Blaise-Pascal, 2000.. Germaine de Staël :.. Corinne ou l'Italie.. (1807).. Cité par Claude Aziza in.. Pompéi : le rêve sous les ruines.. Omnibus, 1992, p.. 35-38.. * note de Quarante-Deux : il s'agit bien d'Alfred Franklin, et non d'Auguste comme indiqué par erreur dans le livre cité.. lundi 10 novembre 2003 —.. lundi 10 novembre 2003..

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  • Title: Modernité de la hard SF | Quarante-Deux
    Descriptive info: Modernité de la.. hard.. SF.. Science-Siction.. IRIS.. – les Cahiers du Gerf, nº 24, hiver 2002-2003, p.. 59-65.. C.. omme les autres genres littéraires, la Science-Fiction — née de la révolution galiléenne et développée en en relation avec la révolution industrielle — évolue, et selon les mêmes principes.. À ceci près, qu'une des visées avouées de la SF est de produire sur ses lecteurs, une sorte de plaisir spécifique, que les critiques ont nommé le.. Il s'agit de l'émotion “poétique” produite par la rencontre réussie d'une idée de caractère scientifique et d'un traitement littéraire dans le cadre d'un récit, ce que d'autres ont défini comme un “pathos métaphysique”, c'est-à-dire comme l'impact affectif qui affecte les découvertes intellectuelles ou artistiques.. En effet comme le soutient un critique étasunien : « When scientific hypothesis is married with philosophical speculation a unique and meaningful literary genre is born ».. C'est ainsi qu'au départ, que ce soit avec.. Somnium.. de Képler ou avec.. Autour de la Lune.. de Jules Verne, la SF est d'abord une.. hard science fiction.. , même si le concept était alors absent.. C'est-à-dire une fiction articulée à un mirage issu de l'irruption de la science galiléenne et de la technique dans l'espace littéraire.. , voilà pour un sens premier affecté à ce terme.. À la différence des autres genres littéraires, qui peuvent se revigorer par de nombreuses innovations formelles, la « fiction appuyé sur le mirage scientifique » qui deviendra la SF, pour demeurer porteuse du type spécifique d'émotions qu'elle engendre, doit demeurer attentive.. Elle doit demeurer à l'écoute non seulement des découvertes scientifiques, mais aussi de l'image de la science dans la société, et de la lumière sous laquelle ils sont proposés dans les médias, et reçus de la part de ses lecteurs potentiels.. Elle évolue aussi en fonction des rapports entretenus dans la réalité et dans l'imaginaire entre l'image de la science réelle et les fantasmes que son pouvoir comme son aura engendrent.. Survol superficiel du domaine depuis.. La présence-alibi d'une pseudo.. hard science.. , a été convoquée dès de la création du terme.. science fiction.. dans les pulps, aux USA en 1926.. On y a vu des orgies d'images concernant le futur où la science était naïvement mise au service d'un impérialisme cosmique.. On voyait scintiller l'hyper espace, naviguer des vaisseaux de mille kilomètres de long, et les braves astronautes combattre les extraterrestres crocodiliens, lubriques et affamés de jeunes vierges.. Tout cela a marqué ce qu'on nomme l'âge d'or de la SF dans les pulps, parmi lesquels on distingue l'ancêtre de la tribu :.. (1926).. Puis une réaction a eu lieu, sans doute après Hiroshima.. Elle a d'abord été sensible après 1950, avec le traitement des mêmes thèmes mais sur le mode ironique et satirique avec la création de.. Galaxy.. et d'.. , où se sont déchaînés des auteurs comme Robert Sheckley ou Fredric Brown.. Elle a aussi abouti à repenser sur le mode tragique les images et les scénarios issus des inventions scientifiques ainsi que leur rapport au pouvoir, comme on le voit chez Philip K.. Dick, et Cordwainer Smith.. Elle a ensuite déconstruit ces images et ces figures, en intériorisant les conflits présentés, et en s'attachant à l'écriture, comme on a pu le voir chez Harlan Ellison aux USA ou J.. Ballard en Grande-Bretagne — ce que l'on a nommé alors la.. new wave.. Cette attention portée à l'écriture, parfois au détriment des thèmes et de l'ancrage de ces textes au domaine de la réflexion-spéculation sur technique et la science, a rapproché les textes de SF des années 1970-80 des frontières de la littérature non marquée.. Ceci d'autant que certains écrivains du “nouveau roman”, comme Claude Ollier, pensaient utiliser quelques thèmes ou motifs de la SF pour construire des romans “modernes”.. Et l'on a vu, en France, des auteurs fonder un groupe dénommé à juste titre Limites pour marquer leur intention de s'installer aux frontières de ce qu'ils croyaient être la “littérature”.. Une autre conséquence de ce “décrochage” de la SF par rapport à la science et aux comportements qu'elle avait couverts en liaison avec le complexe militaro-industriel a été le développement du genre de la.. fantasy.. Là, en effet, la science est reléguée au rang de magie, le futur est présenté sous les oripeaux d'un moyen âge intemporel, où les matériaux des légendes et du folklore se marient avec des créations hybrides, pour des variantes de contes merveilleux, d'avant l'âge de la science et de la première révolution industrielle.. La violence des coups d'épée masque alors la violence réelle de l'industrialisation du monde et de sa “mercantilisation”.. La beauté des Dames et de leurs hennins, sur leurs haquenées, permet d'éviter de poser le regard sur la réalité sociale engendrée par la mondialisation ultra-libérale.. Cette crispation des auteurs de SF devant la science occidentale, perçue comme liée consubstantiellement à une politique agressive et impérialiste, à une idéologie qui, sous le cache-sexe du progrès et de la démocratie à l'étasunienne, justifie toute agression, colonialiste, guerrière, mercantiliste etc.. a duré un certain temps.. On en peut saisir ce que devient cette image ambiguë et/ou dévalorisée de la science dans ses rapports au pouvoir dans les récits de SF.. L'évolution des textes d'Élisabeth Vonarburg et d'Ursula Le Guin en fait foi.. Mais on notera qu'alors les sciences convoquées par ces deux écrivaines sont la sociologie, l'ethnologie, l'anthropologie — sciences sociales — et non plus comme avant la physique ou l'astronomie, autres sciences “dures”.. Cependant, d'autres textes tentent d'intégrer de façon plus mature les divers types de réflexion, et de les présenter d'une façon plus poétique.. Ils le font sans perdre le sens nécessaire de l'émerveillement, et surtout en s'intéressant de nouveau aux potentiels de mystère que recèlent les sciences même “dures” et les technologies, ainsi qu'aux effets de celles-ci sur notre quotidien  ...   ? Dans les Alpes, au fond d'une grotte, une famille néandertalienne, un fœtus improbable.. Comment tisser des liens entre ces deux pistes ? Ils se révéleront à partir du moment où les femmes étasuniennes — mais aussi partout dans le monde — deviendront stériles, ou plutôt avorteront de fœtus qui eux-mêmes se retrouveraient, comme d'emblée, “enceints” ! Que faire sinon essayer de comprendre ? Les médecins et les autorités tentent d'abord d'enrayer ce qu'ils pensent être une épidémie, puis une pandémie.. Ensuite ils en cherchent les causes.. Et se pose alors sous une lumière nouvelle le mécanisme de l'évolution, et sur son éventuelle finalité.. Et le tout pousse alors à se demander si les humains sont, en tant que sapiens sapiens, le fleuron terminal de l'évolution, question qui, précisément, remonte à Darwin et a passionné le XIX.. siècle, donnant naissance à des textes comme.. La Race à venir.. de Bulwer Lytton, ou au Horla de Maupassant.. Évidemment, choisir de ne pas avorter, de laisser se développer ces néofœtus “enceints”, présente un risque pour les humains, que quelques femmes acceptent toutefois.. Dans l'ADN examiné des fœtus, d'anciens “virus” — dormants jusqu'alors, — semblent s'éveiller, et programment la possibilité d'une nouvelle évolution de l'humain… Les enfants conçus par ce moyen sont des mutants qui, comme Stella Nova, l'enfant au nom bien choisi de la généticienne Kaye, sont à la fois semblables et bien différents des autres enfants, et se reconnaissent entre eux.. Cette mutation éclaire d'une façon neuve la disparition progressive des néandertaliens devant les sapiens.. Elle annonce la fin de notre humanité au profit d'une étape ultérieure (et peut-être supérieure ?) de l'évolution.. L'émergence de cette nouvelle possibilité d'évolution de l'humanité est traitée avec un grand souci du vraisemblable, avec un vocabulaire de type.. très plausible, mais sans que la poésie et l'émotion en soient absentes.. On pourra, pour saisir les différences, et voir comment la SF évolue, comparer cette fin de l'espèce humaine à celle qui est mise en scène dans.. la Mort de la Terre.. de Rosny aîné.. L'évolution de la Science-fiction.. Ce retour aux sources de la SF permet de poser sur l'évolution du genre un regard nouveau.. En effet, le fondement de la SF demeure le rapport privilégié que ce genre entretient avec les questions posées par le développement des sciences et des techniques, en relation avec les implications de tout ordre concernant l'humanité.. Mais selon les rapports que la société occidentale entretient, au plan de la réalité comme au plan des images et des idéologies avec les sciences et les techniques, ces implications varient.. Pendant “l'âge d'or”, l'idéologie était celle de la conquête des marchés : un impérialisme qui se cachait sous le prétexte de la liberté et de la démocratie que l'on apportait aux peuples, et aux planètes, ainsi délivrées-colonisées.. Les sciences et les techniques, en particulier l'astronautique et la physique, sciences “dures”, inventaient les moyens de voyager loin et d'asservir par supériorité technique.. Elles avaient le rôle d'adjuvants, de simples moyens pour permettre aux marchands et aux militaires d'accomplir de tels “exploits”.. Et les lecteurs de pulps de rêver, avec bonne conscience, sur l'extension du domaine du possible, avec des vaisseaux de plus en plus gros, de plus en plus rapides, de l'hyperespace, des vire-matière, des bombes qui faisaient exploser les galaxies hostiles : l'espace, comme nouveau Far West, les ET comme d'affreux Rouges.. Les nouveaux textes de.. , ceux de Greg Egan et de Greg Bear, offrent d'autres perspectives, plus riches, et qui nous concernent plus directement que les guerres intergalactiques.. Il y est question, sous une forme narrative efficace, bien que classique, de proposer une sorte d'“expérience mentale”, anticipant sur le possible d'un futur proche, car déjà l'informatique et les biotechnologies envahissent et transforment notre quotidien.. Ces textes ne sont donc pas simplement ludiques, ou.. escapist.. , ils tentent de mettre en images pour leur donner sens, nos interrogations, nos curiosités et nos angoisses devant ces bouleversements qui sont à la fois tangibles et impalpables.. antérieure se situait dans l'espace et l'idéologie de la révolution industrielle appuyée sur la domination de l'espace et de la matière.. Les récits actuels tentent de donner une forme, préhensible par l'esprit, de la révolution informationnelle que nous vivons au quotidien sans vraiment pouvoir agir sur son cours.. Le tout en tenant en mémoire que, comme le soutient Serge Lehman, « Le travail d'un écrivain de fiction n'est pas de produire de la science mais de nous imposer ses créations ».. Corti, 1965, p.. John Wylenbroeck : Science and fantasy.. Extrapolation.. , vol.. 23, nº 4, Winter 1982, p.. 326.. « il y a une période de la civilisation occidentale où la pensée mythique s'affaiblit et disparaît au profit d'une part de la réflexion scientifique, de l'autre au profit de l'expression romanesque.. Cette scission s'effectue au XVII.. siècle ».. Claude Lévi-Strauss Didier Eribon :.. De près et de loin.. Odile Jacob, 2001, p.. 243.. Roger Bozzetto :.. Ballard.. Edibook.. com, 2001.. Le postulat que la SF relèverait obligatoirement du “degré zéro” de l'écriture au prétexte qu'elle serait une “littérature d'idées” est stupide.. Tout comme celui qui voudrait que la SF devrait oublier toute prétention à la spéculation sur des mondes possibles engendrés par les savoirs en gestation.. La SF est un compromis “alchimique” entre la poésie des images venues de la science et celle produite par le langage à l'œuvre dans la fiction narrative.. Roger Bozzetto : La Science-Fiction, le/la politique, et la part des femmes.. Colloque sur SF et politique.. Nancy, avril 2001.. Actes à paraître aux P.. de Nancy.. Hal Clement :.. Robert Laffont, 1971.. Robert Laffont, 1996.. Robert Laffont, 2001.. Bulwer Lytton :.. la Race à venir.. (1873).. Guy de Maupassant Le Horla (1887).. Serge Lehman : Vers la fiction analogique.. Solaris.. , nº 138, été 2001, p.. 78..

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  • Title: l'Animal imaginaire | Quarante-Deux
    Descriptive info: l'Animal imaginaire.. l'Animal imaginaire, sa vie, son œuvre.. Animaux d'artistes.. –.. Figures de l'art.. 8, janvier 2005, p.. 153-162.. n a déjà vu avec le "sieur Boronali", des ânes peintres, on a aussi fait peindre des tableaux par des chimpanzés et même par des chats, mais le plus souvent les animaux sont des modèles plus que des artistes.. C'est encore plus vrai, on s'en doute, en littérature, à l'exception notable d'un chat greffier, présenté par E.. Hoffmann, le chat Murr.. Mais en général ce qui semble intéresser la littérature, ce n'est pas la présence décorative ou allégorique des bêtes — comme dans les tableaux.. C'est plutôt les divers jeux auxquels se livrent selon les époques et les civilisations, la surnature, la nature, la science, ou en dernier ressort l'imagination des écrivains pour inventer de nouvelles espèces.. On peut s'interroger sur les matrices éventuelles et les combinaisons de traits qui règlent ces créations, on peut aussi s'intéresser à la fascination que les animaux exercent sur l'imaginaire littéraire.. Qu'elles dérivent du passé ou que ce soient des animaux imaginés dans des textes plus modernes ces combinaisons visent-elles les mêmes objectifs ? En quoi le passage par la figuration imaginaire est-il producteur de sens ? Les progrès de la virtualisation des formes, qui donne pleine liberté de création de formes à l'artiste/informaticien amorcent-ils un changement radical du rapport à l'animal imaginaire.. ?.. Les animaux dans l'imaginaire ancien.. Les religions anciennes ont eu plus que leur part dans ces inventions qui malgré des caractéristiques “monstrueuses” sont plutôt à situer dans la dimension de la merveille.. La civilisation égyptienne a représenté ses dieux sous une forme animale : voir Horus, Anubis, Sekmet et tant d'autres.. La religion sumérienne l'avait précédée dans cette pratique avec au moins le dieu Anzou, oiseau tempête, aigle à tête de lion.. Il en va de même chez les Aztèques : on se souvient du Serpent à Plumes Quetzalcóatl au Mexique ; des Dragons fils du ciel en Chine ; du dieu éléphant Ganesh en Inde.. Les premiers dieux grecs eux-mêmes sont animalisés : pensons à Méduse à la chevelure faite de serpents, à Typhon, à Echidna — la mère de la Sphynge.. Certains dieux marins aussi sont composites comme Triton, fils de Poséidon et d'Amphitrite, au torse d'homme, à la queue de poisson et qui calme les flots en soufflant dans sa conque.. N'oublions pas non plus les demi-dieux comme Hercule qui combattent les animaux monstrueux que sont l'Hydre de Lerne, le Chien Cerbère à trois têtes, les oiseaux du lac Stymphale ou le Centaure Nessus qui aura sa peau — si l'on peut dire.. Thésée tuera le Minotaure, issu lui aussi d'une descendance divine par taureau interposé, et l'on ne compte pas les humains métamorphosés en animaux, comme Actéon ou Arachné.. Persée, à l'aide de son bouclier recouvert de la tête de Méduse combat.. « Une bête monstrueuse qui dresse sa tête sur l'immensité des flots et étale son poitrail sur la vaste étendue de la mer ».. Il s'agit de l'animal monstrueux qui a été envoyé là pour dévorer Andromède attachée à un rocher.. Les Métamorphoses.. IV-690).. Notons aussi que la science, fondée alors sur l'ouï-dire, a pu transformer des animaux en monstres ou en merveilles.. On en trouve des exemples dans l'.. Histoire des animaux de Pline.. :.. « L'Éthiopie produit un grand nombre de lynx, des sphinx qui ont le poil brun et deux mamelles à la poitrine » ; le catoplébas « quiconque a vu ses yeux est frappé de mort » ; le basilic « un serpent dont la tête st marquée d'une tâche blanche ne forme de diadème […] Son haleine seule tue les arbrisseaux, brûle les herbes, rompt les pierres », et son regard tue.. Il semble qu'il s'agit du même phénomène de fabulation à partir d'éléments réels pour la création de la licorne ou des divers dragons.. On peut considérer que la plupart des animaux issus de l'imagination sont construits sur le modèle de la chimère, ou du patchwork.. Ovide nous décrit ainsi les sirènes, femmes oiseaux — compagnes de Proserpine enlevée par Hadès — qui gardent.. « un visage de vierges ».. « la voix mélodieuse et humaine ».. « aux pattes et aux ailes d'oiseau ».. V.. 555).. On pourrait aussi retrouver les éléments de base ayant servi à la confection de la licorne, de Mélusine, du vampire, et de Dracula lui-même — dérivé de la chauve-souris.. Des exceptions toutefois, selon les cultures.. Dans les.. Avesta.. des déités d'origine indienne, les deaeva bienfaisants, sont transformées en diw, démons d'essence spirituelle mais représentés sous une apparence bestiale : hybrides d'homme et d'animal dont ils possèdent les griffes, les poils et les cornes.. De plus certaines figures originales n'ont pas d'équivalent en Occident comme l'oiseau merveilleux du Simurg que l'on rencontre dans Mantiq-al-Tayr :.. le Colloque des oiseaux.. Il est issu de l'imaginaire iranien pré islamique.. Borges en a résumé a résumé l'argument.. Une question se pose : pourquoi les animaux ? Sont-ils porteurs un sens allégorique, symbolique, sont-ils simplement là comme supports de l'imaginaire en son essor de créativité “merveilleuse” ? Est-ce un hommage rendu à la multiplicité infinie des formes du réel, qui excède alors tous les possibles ? Autre question : est-ce la même dimension imaginaire qui est à l'œuvre dans les images des dieux, celles des monstres ou des merveilles et celle des questionnements philosophiques ou spirituels qui y trouvent leur source ? N'y a-t-il pas là un territoire à explorer, et est-ce le même qui est arpenté par la présence des d'animaux dans les textes modernes ?.. Les animaux et l'imaginaire moderne.. On peut noter quelques variantes.. Voyons d'abord les animaux imaginés mais qui n'ont rien d'extraordinaire : le chien des Baskerville est tout simplement un gros chien que l'on enduit de phosphore afin qu'il apparaisse comme un monstre, dans le cadre d'un complot pour captation d'héritage.. Il y a aussi ceux qui sont tout à fait extraordinaires proches de la “merveille” ancienne le chat du Cheshire, ou le Lapin blanc d.. 'Alice au pays des Merveilles.. Ils ont le même degré de vraisemblance et de “merveille” que celui qui convient aux êtres des contes : on ne distingue pas leur statut de celui des êtres humains présents dans ce texte, comme par exemple la Reine rouge.. D'autres animaux, comme les tigres, figurent parfois les compagnons imaginaires, protecteurs de l'enfant comme on le voit chez Stephen King dans "En ce lieu des tigres" ou chez Borges.. Ou encore comme le furet, divinisé sous un nom d'apparence indoue, et qui accomplit les vœux de l'enfant en éliminant celle dont il est le souffre-douleur dans "Sredni Vashtar".. On remarquera que ce sont là des animaux “normaux” dans des situations originales, et dans des textes proches de l'atmosphère merveilleuse : aussi bien le Lapin blanc d'Alice, que le tigre imaginaire ou le furet idolâtré.. Des animaux tout aussi “normaux” en apparence sont utilisés dans des textes produisant des effets d'horreur c'est le cas du porc dans "Le verrat" d'Hodgson.. On y perçoit la présence de la “chose” comme entité maléfique.. Elle a une face — le groin —, un langage, — les grognements porcins, une essence — la noirceur — et un nom que la victime lui donne : "le Verrat".. Cet “animal/chose” envahit non seulement l'espace physique en s'étalant ; il submerge le psychisme et emprisonne, pour le polluer, l'espace onirique, laissant derrière elle.. « une sensation de souillure psychique ».. Dans un contexte social plus actuel et plus dur, on a "la Truie" de Clive Barker.. Un animal déifié par les enfants  ...   un modèle afin de le saisir et de le sculpter elle voit :.. « Des fragments de peau, de fourrure et de plume se balançaient au fil de ses mouvements ; des membres minuscules se contractaient ; des yeux s'écarquillaient dans des cavités obscures ; des bois et des protubérances osseuses saillaient de façon précaire ; des tentacules tressautaient et des bouches luisaient.. Les enchevêtrements de peau chamarrée entraient en collision.. Un sabot fourchu frappait doucement le plancher.. Les vagues de chair déferlaient les unes sur les autres en des courants violents.. Les muscles, rattachés par des tendons étrangers à des os tout aussi étrangers, travaillaient de consert en une trêve malaisée, produisant un mouvement serré, tout en tension.. Des écailles luisaient.. Des ailerons tremblotaient.. Des ailes s'affolaient, comme brisées.. Des pinces d'insecte s'ouvraient et se refermaient.. […] ».. La description est interrompue par la question du modèle :.. « — Alors quel est mon meilleur profil selon vous ? » (p.. 64).. Outre cette scène de pose du modèle incongru, l'ouvrage nous fait assister à une scène amoureuse entre Lin, la femme insecte, et un être humain.. « Elle se retourna dans ses bras.. Elle se redressa sur un coude, et, sous les yeux d'Isaac, le rubis sombre de sa chitine s'ouvrit lentement tandis que s'écartaient ses appendices céphaliques.. Les deux moitiés de sa tête-carapace aussi écartés qu'il était possible, frémissaient de façon manifeste.. Sous l'ombre qu'elles projetaient, elle déploya ses belles ailes inutiles de scarabée.. Vers lesquelles, entièrement vulnérable, elle attira avec douceur les mains d'Isaac, en une invitation à caresser ses fragiles appendices, manifestation d'une confiance et d'amour sans pareille chez les Khépri.. Il souligna de ses doigts l'arborescence des veines des ailes de Lin.. La lumière qui les traversait se réfractait en ombres nacrées au fil de leurs douces vibrations.. Il lui remonta la jupe de son autre main […] » (p.. 29).. On retrouve là, en moins discret, ce qu'auraient pu être, par exemple, les amours de Jupiter et Léda.. En ceci, la science-fiction offre — rarement — des rencontres avec l'animal qui ressortissent, comme dans l'imaginaire ancien, de l'ordre de la merveille.. Quelle est la raison de cette fascination éprouvée par toutes les civilisations pour l'animal, et qui débute peut-être avant même.. l'Épopée de Gilgamesh.. — où l'on rencontre entre autres l'homme scorpion, le dragon, l'hydre aux six gueules — et qui persiste dans nos imaginaires concernant le futur ?.. Doit-on voir dans ces chimères anciennes la simple adjonction de forces ailleurs disjointes : Anzou par exemple ajoute à l'œil et au vol de l'aigle la force du lion ? Les trois têtes du molosse Cerbère comme triplement mortelles ? Mais alors pourquoi le dragon ? Ou les sirènes ? Est-ce un essai pour figurer l'indépassable en terme de force, de cruauté, de beauté ou de chant ?.. Les animaux de l'imaginaire moderne ne renvoient pas toujours à la représentation de la puissance.. Ils interrogent les croyances et leur pouvoir chez Saki et peut-être aussi chez Lewis Carroll.. Ils interrogent aussi par une exploration des limites, ce qui concerne les paramètres qui définissent l'être humain, comme on le voit dans "les Monstres" ou "Dans l'abîme".. Ils permettent de tester les limites de la symbolisation devant le réel impensé comme on le voit par l'œil de Lin, la sculptrice devant son modèle.. Ou encore, dans cette scène d'amour extraterrestre.. Pourrait-on y retrouver des signifiants originaux pour nourrir ou inventer d'éventuels fantasmes érotiques ?.. Il semblerait en tout état de cause que cette fascination pour l'animalité, qui persiste et se déploie dans l'imaginaire depuis la nuit des temps soit d'abord un moyen de nous faire souvenir du mystère de notre fascinante origine animale.. Cela signifie-t-il qu'un “désir de divin” (de "numineux".. ) — qui prendrait une forme symbolique dans ces figures premières de dieux thériomorphes — persiste sous diverses formes, religieuses ou non ? Est-ce parce qu'elle comporte du.. tremendum.. et du.. fascinans.. , qu'Otto imagine liés à une dimension spirituelle ?.. On soutiendra au contraire que les textes modernes, où sont mises en scène ces créations animales ou hybrides, excluent toute référence à la Surnature.. Ils se fondent sur la prise de conscience (dans l'ordre du jouir ou de l'horreur) de notre animalité première.. Quoi qu'en dise Pascal, qui veut faire l'ange — et accéder ainsi à l'extase — doit pour cela assumer sa dimension abyssale de bête.. Résumé.. La figure de l'animal joue un rôle essentiel dans les imaginaires anciens : dieu ou démon, monstre ou merveille, il domine l'homme, comme une part divine et, corrélativement, une part animale de son être.. Les cultures ne savent que glorifier ou maudire cette part-là.. Elle est si présente, avec son lot d'ambivalences, que le passage d'un statut ou d'un stade à l'autre s'accomplit par le biais de métamorphoses, renvoyées au divin d'abord, imaginaires ensuite et artistiques enfin.. Dans les textes plus récents la dimension de merveille tend à s'effacer.. La part proprement animale, débarrassée des illusions du divin tend à être aujourd'hui revendiquée.. Elle apparaît parfois comme une dimension jubilatoire ou horrible de l'humain.. Elle sert aussi pour explorer de façon positive la dimension éventuelle d'une altérité.. E.. T.. Hoffmann,.. le Chat Murr.. (1820), "l'Imaginaire", Gallimard 1998.. Pour une première approche de ces thèmes littéraires on se reportera à "l'Animal fabuleux" in la revue.. Corps écrit.. Nº 6 ; PUF ; 1983.. Et pour leur présence dans l'art voir Ariane et Christian Delacampagne.. Animaux étranges et fabuleux.. Citadelles et Mazenod.. 2003.. Pline.. Histoire des animaux.. LVIII "Des animaux terrestres" (XXX.. 21 à XXX.. On pourrait distinguer les “monstres” qui sont des résultats de déformations génétiques des “chimères” qui sont des recompositions imaginaires.. Ajoutons-y les chimères modernes issues des manipulations génétiques, à but d'abord expérimental, puis pratique avant de devenir sans doute prochainement une forme d'art possible.. Salman Rushdie utilisera au moins le nom du simurg, de manière anagrammatique dans son premier roman.. Grimus.. Attar.. la Conférence des oiseaux.. , Seuil.. Jorge Luis Borges in "Deux notes à propos de “l'Approche d'Almotasim”" in.. Histoire de l'éternité.. Œuvres Complètes Tome I Pléïade Gallimard 1993 p.. 441.. « Le roi légendaire des oiseaux, le Simurg laisse tomber au centre de la Chine une plume splendide : les oiseaux décident de la chercher pour en finir avec leur ancienne anarchie.. Ils savent que son alcazar se trouve sur le Kaf, la montagne circulaire qui entoure la Terre.. Ils se lancent dans cette aventure quasi infinie : ils dépassent sept vallées ou sept mers, l'avant-dernière a nom Vertige, la dernière Anéantissement.. Beaucoup de pèlerins désertent, d'autres périssent.. Trente seulement, purifiés par leurs travaux, mettent le pied sur la montagne du simurg.. Ils lèvent enfin les yeux et ont la révélation qu'ils sont eux-mêmes le simurg et que le simurg est chacun d'eux et tous ».. Stephen King "En ce lieu des tigres" in.. Brume Paranoïa.. Skeleton Crew.. ) J'ai Lu 1994.. Saki "Sredni Vashtar" in.. la Grande anthologie du fantastique.. Tome II ; Omnibus.. Hodgson W.. Hope, "le Verrat" in.. Carnaki et les fantômes.. Le Masque fantastique.. Librairie des Champs Élysée.. 1979.. Clive Barker "la Truie" in.. le Livre de sang.. J'ai Lu.. E.. Van Vogt.. The Space Beagle.. 1939-1950) J'ai Lu ; 1971.. Edmond Hamilton "la Planète morte" (The dead Planet) in.. Histoires de planètes.. 1975.. Wells ; "Dans l'abîme" (the Abyss.. 1916) in.. les Pirates de la mer et autres nouvelles.. Tallandier 1978.. Robert Sheckley "les Monstres" (Monsters.. 1953) in.. China Miéville.. Perdido Street Station.. tome I Fleuve Noir.. Rudolf Otto.. le Sacré.. Payot.. 1969.. dimanche 15 janvier 2006 —.. dimanche 15 janvier 2006..

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  • Title: une Approche de formes politiques imaginaires | Quarante-Deux/Écrits sur la SF de Roger Bozzetto
    Descriptive info: bozzetto.. Quarante-Deux : les Archives stellaires.. Roger Bozzetto : écrits sur la.. fr/vL.. :.. ››.. Écrits sur la SF.. ›› une Approche de formes politiques imaginaires.. Écrits sur la SF de.. une Approche de formes politiques imaginaires.. dans le cadre du dossier.. l'Imaginaire du temps dans le Fantastique et la Science-Fiction.. de la revue.. Eidôlon.. , 2011.. article de.. par ailleurs :.. biblio.. La pensée politique n'a pas seulement imaginé l'espace, comme en témoignent les premiers plans de ville chez les Grecs, mais a réfléchi très tôt aux formes de gouvernance qui se sont succédé dans l'Histoire.. Et cette prise en compte du temps comme vecteur s'est retrouvée en philosophie comme en littérature.. En effet, avant l'invention du roman comme genre qui apprend à utiliser le temps, l'Occident avait connu chez Platon des discours théoriques touchant à la chose politique.. Il semble qu'un seuil ait été franchi quand on est passé du discours au roman.. On a ainsi élargi l'espace des possibles en insérant dans les textes la dimension narrative, et donc le facteur temps.. Ajoutons que la critique littéraire a remarqué que chaque époque qui a coïncidé avec une réalité sociale nouvelle a engendré une forme particulière, qui exprimait de manière, indirecte souvent, le rapport imaginaire au monde d'une classe ou d'une caste devant cette nouvelle donne historique.. En est-il de même pour le domaine particulier des littératures de l'imaginaire spéculatif, où se côtoient parfois, et se suivent souvent, les formes des utopies, dystopies, uchronies,.. scientific romances.. , puis les divers mondes romanesques de la Science-Fiction ? Peut-on envisager, au moins à titre d'hypothèse, une histoire des formes des littératures de l'imaginaire spéculatif en relation avec le rôle assigné au temps dans ces œuvres ?.. les Utopies, ou le temps figé.. Lorsque Platon, sans doute le premier, amorce une réflexion philosophique sur les fondements de la cité, Athènes vit une époque de troubles sociaux.. Platon tente alors, en philosophe, de trouver une issue à ce qu'il perçoit comme une crise majeure, et tente de s'engager en écrivant, outre.. la République.. les Lois.. le Politique.. , œuvres à caractère démonstratif.. Il est peut-être le premier à donner une forme cohérente à ses réflexions, et construit un programme qui porte sur les “bonnes lois de la cité”, et le “bon gouvernement” des Hommes.. D'après ses sources d'alors, les villes-état grecques avaient été gouvernées selon trois formes de gouvernement, qui ont selon Platon échoué, car instables.. Ce sont : l'oligarchie, fondée sur les richesses de certains ; la démocratie, fondée sur l'égalité de tous ; la tyrannie fondée sur le désir d'un seul.. Platon prône l'aristocratie, le gouvernement des meilleurs.. Mais cela suppose une hiérarchie et des castes figées.. Il faut aussi qu'il existe des citoyens de base en nombre, des gardiens armés, et des aristocrates qui gouvernent, avec à leur tête le philosophe-roi, qui détient le pouvoir absolu et la sagesse pour en user.. (1).. Ces textes de Platon marquent une véritable rupture avec l'idée d'une norme/forme sociale reçue comme arbitraire et aléatoire.. (2).. En effet, outre la description d'une réalité sociologique, Platon propose un idéal théorique et rationnel comme source d'une réalité sociale alternative et définitive.. Dans sa.. République.. , les lois étant rationnelles, le monde social est figé dans un “hors temps”, dans l'instant universel de la Raison.. L'Histoire n'empruntera pas la solution théorique de.. La crise athénienne sera résolue par la survenue, dans le temps de l'action, d'un barbare macédonien : Alexandre.. Platon avait omis de prendre en compte l'efficacité du temps et de l'Histoire, qui n'est pas prévisible.. Le choix des lois de.. , cette forme de discours pré-utopique qui fige le temps, s'est donc révélé inopérante.. En SF, cette problématique du surgissement de l'événement sera illustrée par le cycle de.. Fondation.. (1951-1993) d'Isaac Asimov.. Les prévisions de la psychohistoire, qui devaient permettre au temps de couler comme un fleuve dans des berges qui le canaliseraient jusqu'à une certaine date, sont, elles aussi, bouleversées par l'apparition, dans le temps de l'événement, d'un mutant, le “mulet”, qui résout, comme Alexandre, les problèmes d'une autre manière.. L'Occident vit au.. xvi.. siècle une période de grandes découvertes, mais aussi de crises dans la représentation du politique.. Thomas More propose, avec.. l'Utopie.. (1516), une réponse rationnelle, économique et politique, pour répondre aux défis de ce temps.. Il envisage une redistribution égalitaire des terres, et donc des richesses.. Malgré la forme didactique de sa réponse, il se situe dans une perspective ironique, à la différence du.. Prince.. de Machiavel (1532), qui est à visée programmatique.. L'ironie de More est le signe qu'il savait sa solution inapplicable en l'état d'alors.. Cette solution rationnelle était en effet inopportune alors que le temps de l'Histoire posait en Angleterre les bases d'un État moderne et original avec Henry VIII.. La solution théorique de More était donc aussi inadéquate que l'avait été.. de Platon à son époque.. Chez ces deux penseurs, le diagnostic intellectuel était bon ; il était le signe d'une révolte contre une réalité commune insoutenable et la projection vers un ailleurs, mais qui ne prenait pas en compte la dynamique temporelle de l'Histoire.. D'ailleurs, le geste d'Utopus séparant le lieu de l'utopie de la terre ferme signifiait bien une rupture volontaire avec le temps et l'Histoire.. Dans les deux cas, une structure rationnelle où le temps se fige.. Structure hiérarchique chez Platon, planificatoire chez More.. De Francis Bacon à Jules Verne, les prémisses de la Science-Fiction.. La Nouvelle Atlantide.. (1627) de Francis Bacon est un chaînon important entre l'utopie au temps figé et la Science-Fiction qui joue sur et avec le temps.. Elle garde certains traits structurels de.. mais elle en inaugure une forme différente.. À la fois par la prise en compte du rôle moteur de la science et des découvertes qui ont lieu au.. xvii.. siècle, et par la narration romanesque.. Il s'agit en effet d'un texte littéraire qui tend vers le roman, et qui est à visée plus “scientifique” que politique.. Il donne une grande place aux sciences physiques, à leur efficacité présente ainsi qu'à leur développement futur, perçu comme un “progrès”.. Bacon montre une société différente car imaginaire, mais où la présence dynamisante de la science projette des images vers le futur, s'insérant ainsi dans la possibilité d'une Histoire, c'est-à-dire dans le flux du temps.. Le.. xviii.. siècle proposera de nombreux textes sur des lieux “exotiques” dans le cadre de voyages imaginaires, souvent ludiques, parfois didactiques, et avec de larges plages romanesques dans des ailleurs insulaires.. Mais il faudra attendre.. l'An deux mille quatre cent quarante : rêve s'il en fût jamais.. de Louis-Sébastien Mercier (1771 1786) pour que l'espace de l'ailleurs ne soit plus géographique : il se situe dans l'avenir.. Le bond temporel est posé comme réalisé, et permet de dépeindre un monde futur.. Quel sera-t-il dans cent ans ? Les utopies anciennes figeaient le temps de l'Histoire et se situaient dans des îles d'ailleurs.. Le déplacement temporel se situe, ici, franchement dans l'avenir.. Il permet donc d'imaginer des changements sociaux en partant de l'idée neuve que l'état de la société n'est pas immuable, qu'il est mû par sa propre dynamique et par le simple flux du temps, sans être guidé par un philosophe ou un Utopus.. Mais Mercier ne va pas, en 1770, imaginer  ...   plus ou moins “doux” est technologiquement garanti.. (4).. Notons que le philosophe-roi cher à Platon voit alors son rôle tenu par l'administrateur technocrate et la bureaucratie.. Les uchronies, dont Renouvier a inventé le nom,.. (5).. datent du.. siècle, ont été exploitées dans quelques œuvres majeures de la SF du.. xx.. Cette écriture romanesque d'une nouvelle Histoire, à partir de la bifurcation devant un événement du passé considéré comme crucial, ouvre sur une multitude de variantes possibles.. On y représente la re-catholicisation de la Grande-Bretagne avec.. Pavane.. de Keith Roberts (1968), la victoire du Sud avec.. Autant en emporte le temps.. de Ward Moore (1953), celle du nazisme avec.. le Maître du Haut Château.. (1962).. Ces descriptions d'une Histoire “alternative” proposent le plaisir de jouer avec le temps et avec les possibilités de la fiction.. En même temps, il s'agit de relativiser les certitudes du présent en montrant qu'un simple événement peut “muter”, sinon le cours du temps, au moins le sens de l'Histoire.. On le voit dans "un Coup de tonnerre" de Ray Bradbury (1952).. Peut-être les romans uchroniques illustrent-ils, à leur manière, la grande peur rétrospective qui a saisi l'Occident sur ce qui eût été la vie si le cours de l'Histoire avait été modifié, s'il eût fallu vivre sous la botte nazie ou stalinienne.. Une autre plage imaginaire s'est ouverte lorsque le voyage temporel a été utilisé pour modifier le passé, ou pour s'assurer qu'il ne le sera pas.. Sprague de Camp a utilisé le saut (involontaire et non justifié) dans le passé dans.. De peur que les ténèbres.. (1939).. C'est à Rome en 535, afin que son héros, un touriste étasunien du.. siècle, qui connaît l'Histoire, en anticipe les découvertes afin d'éviter à l'Europe la “grande nuit” du Moyen Âge.. Ce qui, en 1939, fait signe à la crainte d'une autre “nuit”.. Pour Poul Anderson dans.. la Patrouille du temps.. , les voyages temporels existent mais sont surveillés par les Hommes du futur et ses patrouilleurs temporels.. Ils veillent à ce que l'Histoire ne soit pas modifiée par des voyageurs mal intentionnés.. Ces textes sécuritaires datent des années 1960 et manifestent la crainte d'un bouleversement historique à l'époque de la guerre froide, où le maccarthysme fait office de patrouilleur social.. Ailleurs, dans "Rapport minoritaire" de.. (1956),.. (6).. la maîtrise du temps a été récupérée par des appareils répressifs d'État qui, au nom de la sécurité, tentent de prévenir les délits en utilisant des mutants “precog”, puis tentent une mainmise sur l'ensemble social.. Le point commun entre ces voyages temporels est une certitude naïve, prétentieuse et conservatrice.. Elle donne le présent comme exemple paradisiaque de civilisation et de valeurs, qu'il s'agit de maintenir ou de retrouver, sans pour cela s'interroger sur la validité universelle ou non de ces mêmes valeurs.. Ce qui a correspondu à l'enthousiasme des auteurs de SF étasuniens et à leur foi dans leur idéologie prétendument universaliste.. Ces textes manifestent aussi la certitude que ces interventions ponctuelles sont nécessaires car il faut que l'Histoire soit celle qui a été, quel qu'en soit le prix, ce qui justifie toutes les entorses à la moralité, ce qui justifiera plus tard Guantanamo.. Depuis les années 60, les complexités temporelles utilisées par la SF se sont multipliées, sont devenues innombrables, et permettent aux auteurs de SF d'agir comme bon leur semble avec le temps comme matériau.. Loin d'être cantonné à l'image d'un fleuve qu'il serait possible de descendre ou de remonter, le temps devient une sorte de marécage : il est à l'image des rhizomes.. On peut y attendre l'année dernière,.. (7).. se perdre dans les moments d'une chronolyse.. (8).. qui conduisent à des univers parallèles.. Le temps joue aussi des tours, qui engendrent des récits, comme le montre Barjavel, inventant en 1944 un paradoxe temporel dans.. le Voyageur imprudent.. Notons qu'en 1944, époque où la France vivait l'occupation nazie, il a été difficile pour Barjavel de se situer dans le sens de l'Histoire.. (9).. Depuis les années 60 et dans la SF, les confrontations utopie/dystopie, les uchronies, les anticipations ont cessé d'être des genres en soi, et ont donné lieu à d'improbables hybridations.. Au plan de l'usage du temps, cela a abouti à des textes qui se présentent comme des mélanges d'archaïsmes et de modernités.. Les deux exemples-phare seraient les textes de.. , pour le jeu sur les temporalités différentes dans le même univers, par exemple dans.. (1969), et, pour la réactualisation des mythes dans un contexte d'hypermodernité, les textes de.. , par exemple.. (1973).. Dans ces deux textes, ni le présent ni le futur ni même le passé ne sont saisis comme des données, mais comme des matériaux malléables dont l'utilisation conduit à des univers sociaux impensables et familiers à la fois.. Il me semble que le critère de la prise en compte du temps pour les constructions de mondes sociaux, dans les textes relevant de l'imaginaire, est à envisager selon deux aspects.. D'une part, cela permet de saisir et de distinguer de manière nette et productive les formes pré-utopiques, les formes utopiques et dystopiques, et les romans de SF.. D'autre part, cela permet de s'interroger sur l'usage du temps dans la SF et dans la littérature générale.. Celle-ci a tendance, justifications en moins, à utiliser les apports temporels de la SF, sans y faire explicitement référence comme on le voit avec.. la Route.. de Cormac McCarthy (2006).. Ce qui pose une autre question, celle des limites éventuelles du domaine de la SF et de sa spécificité comme domaine littéraire clos, ou ouvert sur le reste de la littérature.. , nº 91, avril 2011.. Concerne :.. Poul Anderson.. Francis Bacon.. la Nouvelle Atlantide.. Sprague de Camp.. Aldous Huxley.. Louis-Sébastien Mercier.. l'An 2440.. Thomas More.. Platon.. Platon semble anticiper le concept des fonctions tripartites indo-européennes, développé par Georges Dumézil.. Tous les peuples indo-européens présentent un trait commun : l'organisation selon trois fonctions.. Cette structure se retrouve dans les mythes mais également dans l'organisation de la société.. Il y décrit trois ordres : les guerriers, les travailleurs et les prêtres….. ↑.. Cette stratification est-elle à mettre en parallèle avec l'aménagement du Pirée en damier d'Hippodamos de Millet ? Ce qu'il fit à la demande de Périclès au.. v.. siècle av.. -C.. La “Belle Époque” correspond à l'apogée du modèle bourgeois fondé sur l'exploitation colonialiste de l'Afrique et de l'Asie ; c'est aussi le moment des guerres indiennes aux USA.. Cette classe de récits comporte, entre autres,.. Nous autres.. d'Eugène Zamiatine (1920) ou.. 1984.. de George Orwell (1949) ; chacun illustre un moment de cette crise d'auto-représentation des “ingénieurs des âmes” de cette époque.. Et la prolifération des héros de l'individualisme.. Charles Renouvier invente le mot "uchronie" en 1857 dans.. la Revue philosophique et religieuse.. On peut aussi parler d'“histoire alternative”.. "The Minority report" donne son titre à un film éponyme de Steven Spielberg (2002).. En attendant l'année dernière.. (1966).. Michel Jeury :.. le Temps incertain.. René Barjavel a publié.. Ravage.. en 1943.. Où il a été suspecté de sympathies pour le régime de Pétain et a eu des problèmes à la Libération.. présentation.. une Approche de formes politiques imaginaires , article de Roger Bozzetto présenté par Quarante-Deux.. 31 décembre 2012.. (première publication : avril 2011).. 11 août 2013.. (création : 20 septembre 2011).. org/archives/bozzetto/une_Approche_de_formes_politiques_imaginaires.. Greg Egan..

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  • Title: Archives stellaires/Bozzetto/Écrits/La première robinsonnade moderne | Quarante-Deux
    Descriptive info: La première robinsonnade moderne.. Utopies, uchronies, uglossies….. La première robinsonnade moderne :.. Sa majesté des mouches.. , du thème de Science-Fiction au mythe moderne.. n a argumenté, souvent avec subtilité, que la SF était le lieu où certains mythes ont pris figure moderne.. On y a vu aussi le domaine et les moyens d'une nouvelle mythologie, et même pour certains d'une mythologie de la modernité.. On laissera ouverte la question de savoir si la SF crée une mythologie originale, mais on s'intéressera ici à la persistance et au renouvellement de thèmes et de mythes anciens dans certains textes de SF, et comme.. Lord of the Flies.. Ce texte de 1954 s'inscrit, pour mieux la subvertir, dans une tradition thématique : celle de la robinsonnade qu'il situe dans un contexte futur, celui d'un XX.. siècle post-atomique, ce qui rattache ce texte à la SF.. Il y peint les aventures d'un groupe d'enfants à qui il donne symboliquement les mêmes noms que ceux de.. Coral Island.. (1858).. Cette robinsonnade est d'ailleurs citée, au début du roman par les enfants qu'émerveillent la beauté de l'île et la liberté qu'ils espèrent y trouver (p.. 38).. Le titre en est repris, par une ironie du texte, à la fin du récit, par l'officier anglais qui sauve la vie de Ralph, alors poursuivi par la horde de Jack, dans le paysage dantesque et calciné de l'île, résultat de leur folle aventure (p.. 223).. présente toutes les marques d'un récit de SF, comme il s'en écrivait alors, bien qu'il n'ait pas été publié dans une collection spécialisée.. Situation dans un futur proche, post-cataclysmique, nécessité de s'adapter à un environnement étranger, avec risque de régression sociale et morale, accent mis sur l'action, aux dépens du commentaire.. Ce texte constitue un bon exemple du traitement moderne d'un thème de SF qui acquiert ainsi la profondeur et la complexité d'un mythe.. On peut donc s'étonner du peu d'intérêt qu'il suscite dans les revues critiques spécialisées.. Non qu'elles ignorent W.. Golding, mais elles s'intéressent à d'autres textes de lui.. La critique mainstream, pourtant, s'y attache.. Mais ne peut-on aborder ce texte dans la perspective du traitement d'un thème SF de l'époque et sa transformation en mythe.. Après les émerveillements devant la facilité du voyage dans l'espace et le temps, illustrée par les récits de Williamson ou d'Hamilton, Heinlein avait, en 1941 envisagé sur un mode tout aussi démythifiant le voyage vers les étoiles dans une arche stellaire.. Les descendants de l'équipage, lors de la seconde génération, ont oublié qu'ils vivent sur un vaisseau spatial ; ils ont régressé a des stades où l'équipement technique est un support de superstition ainsi que vers une organisation sociale tribale.. Golding, lui aussi, avec ce texte semble vouloir démythifier les fausses sécurités, les illusions nées de la victoire des Alliés, après la II.. guerre mondiale.. Revisitant la robinsonnade de.. , il procède ici comme l'avait fait avant lui Swift.. Après le succès du livre de De Foe consacré aux aventures d'un Robinson, idéologiquement gratifiantes et optimistes, Swift les avait reprises sur le mode de l'ironie noire, à travers les vicissitudes de Gulliver.. Nous examinerons comment ce roman nous donne à lire la possibilité d'une île édénique, avec une possibilité d'Arcadie heureuse, puis comment les apparences du bonheur sont traversées d'ambiguïtés, ce qui entraîne une duplicité dans la lecture de ces signes et un comportement des personnages qui les amène à régresser vers des formes archaïques de société.. Par ses ambiguïtés, comme par ses références et le jeu qu'il propose avec elles, ce récit rattaché à la thématique SF se présente comme un élément significatif dans l'élaboration d'un mythe moderne de fondation de la société humaine.. Le récit d'une aventure.. L'île mythique où règne le Seigneur des mouches, Baalzebub.. , n'a pas de nom et n'en aura jamais, bien qu'elle renvoie à un lieu qui possède une charge matérielle et symbolique.. Elle ne semble avoir pour fonction que de laisser advenir l'“innommable” d'une instauration de la Loi fondant une société.. Le récit met en scène une aventure, celle d'un groupe d'enfants livrés à eux-mêmes, située dans un futur proche par rapport au moment de l'écriture et de la publication du texte.. On trouve en effet dans ce roman des éléments qui renvoient à un arrière fond de guerre connue.. L'avion qui s'abat, puis le parachutiste mort, ainsi que la présence finale du cuirassé et de l'officier de marine, tout cela montre que l'état de guerre, que le monde avait connu jusqu'en 1945, continue ou a recommencé dans un futur proche, avec des moyens de plus en plus meurtriers.. L'on se souvient de la réflexion de Piggy “Didn't you hear what the pilot said ? About the atom bomb ? They 're all dead” (p.. 14) Tous, c'est-à-dire peut-être toute l'humanité.. partage avec certains textes de Wells le privilège de nourrir de multiples interprétations.. Gina Mac Douglas y voit une dimension allégorique.. , Aldiss le situe dans une perspective philosophique, et il est possible d'y entrevoir une dimension religieuse.. Ce qui est certain c'est le désir manifesté par Golding, d'écrire un texte significatif.. Dans le texte de Golding, les enfants sont présentés avec la possibilité — qu'ils ne prennent pas en compte — d'être les derniers survivants de la race humaine, et donc de devoir reconstruire, ou perpétuer, une civilisation.. Ils ont atterri sur cette île comme s'il s'agissait d'une planète étrangère, et ils vont devoir s'y développer dans le cadre d'une société.. Marquera-t-elle un progrès, compte tenu que les enfants sont en partie des élèves d'une maîtrise religieuse, des fils de militaires, ou encore des intellectuels ?.. Une île de rêve.. D'emblée l'île est perçue à travers le regard de Ralph, lui-même saisi dans le cadre d'une vision “par derrière”.. Elle se présente avec un ensemble de signifiants qui connotent l'aspect édénique, paradisiaque, arcadien : l'eau est limpide et presque lustrale, le sable fin, le soleil chaud et les fruits à portée de la main.. On insiste aussi sur l'absence d'animaux dangereux, puisqu'il ne s'y rencontrera, mis à part quelques poissons et des papillons, que des cochons sauvages.. Mais le texte fait plus, il nous ancre ce lieu dans une matérialité qui est à la fois géographique, topographique et toponymique.. La situation géographique n'est pas donnée, et cette imprécision est justifiée.. Les enfants étaient les passagers d'un artefact civilisé, l'avion ; aucun d'eux n'était pilote ou navigateur.. En d'autres termes, jusqu'ici ils étaient donc entre les mains des “grown-ups” qui, possédant le savoir et les règles, pouvaient les conduire et les guider.. Leur disparition justifie l'ignorance géographique des enfants par rapport au lieu où ils se trouvent, malgré les références à la “Navy” et au nombre de cartes que possèdent les marins.. L'île est peut-être répertoriée sur un atlas maritime, mais les enfants n'y ont pas accès.. Cependant, quelques indices permettent de la définir, à défaut de la situer.. C'est une île du Pacifique, si l'on se réfère à l'atoll de corail et au lagon, et elle se situe près des tropiques, à en juger les averses rapides et brutales, la chaleur, les arbres à cire, la luxuriance de la végétation et sa prodigalité en fruits de toute sorte : il n'est que de tendre la main pour se nourrir sans peine et sans aucun travail, sans “gagner son pain à la sueur de son front”.. La topographie de l'île est assez clairement posée : une plage splendide, au sable fin, avec toutes les facilités données pour le bain et le farniente, qui est aussi dessinée en arc de cercle pour se transformer en agora, et où les “meetings” auront lieu, appelés par la conque de Ralph.. Plus haut, la forêt avec un sommet montagneux, où l'on devrait entretenir un feu pour signaler sa présence à d'éventuels navires.. À cette opposition de la plaine et de la montagne s'en ajoute une autre.. L'autre bout de l'île n'est pas sablonneux, il est constitué d'une masse de rochers monstrueux, souvent instables, qui constitueront la “forteresse” de Jack et de son clan.. L'île est déserte, elle n'appartient à personne : ce sera aux enfants de donner, comme Adam, des noms aux lieux aux êtres et aux choses.. Curieusement rares seront les noms, à part l'amas de rocher qui deviendra “la forteresse”.. Pourtant : “This is our island.. It's a good island” (p.. 38) Ils rêvent de vivre dans cette île paradisiaque, une vie de rêve soumise au seul principe de plaisir : “Until the grown-ups come to fetch us, we'll have fun” (p.. 38) ; “We want to have fun.. And we want to be rescued” (p.. 41).. Cependant, et en relation avec toute bonne robinsonnade, le groupe semble avoir besoin d'un minimum d'organisation.. Pour ce faire, il va d'abord copier les règles des groupes d'adultes, qui sont alors ressenties comme naturelles, normales et rationnelles : d'où le vote pour un chef, comme dans une démocratie, ou un collège anglais.. Chef dont le charisme est l'atout, et dont la sagesse se marque par la place qu'il laisse à la minorité dans le cadre d'une répartition des tâches, à savoir l'entretien d'un feu, la construction de cabanes et, éventuellement la chasse.. La mise en place semble aisée, presque idéale : on se réunit à l'appel de la conque, comme les brebis autour du bon berger, Ralph élu propose un projet, et on l'exécute, comme on le voit avec l'élaboration du signal de fumée sur le sommet.. Les grands ont exploré l'endroit, pour découvrir qu'il s'agissait bien d'une île, dont ils envisagent de dresser une carte, tandis que Piggy doit recenser les membres du groupe.. Les petits jouent dans le sable, mangent des fruits et se baignent.. Tout peut donner à penser qu'il va s'agir là, comme dans les robinsonnades d'une parenthèse agréable, de quelques jours de vacances, et qu'après avoir joué à l'exploration, puis à la chasse, on pourra jouer à la guerre, comme l'imagine l'officier qui intervient à la fin.. L'inversion des signes.. Cette vision idéale est en fait une illusion, celle des utopistes, que dénonce Golding, car ils ignorent la partie irrationnelle, ou instinctuelle, de l'humain.. On l'a vu, l'île est contrastée, elle présente des recoins, des zones d'ombre.. Certes, le texte a d'abord présenté l'aspect de plage accueillante, mais l'autre côté existe aussi : il est monstrueux avec son amoncellement de rochers, d'où semble d'ailleurs surgir la noire troupe des choristes de Jack, qui deviendra sa meute.. C'est aussi sur cette autre face de l'île que Ralph rencontrera l'image du Léviathan, lié à la force massive de l'océan (p.. 115).. Quant à la carte, elle ne sera jamais dressée, ni le recensement effectué.. Les signes de l'utopie et de la robinsonnade sont bien avancés, mais le texte les annule aussitôt.. De plus cette île, à la différence des robinsonnades, ne propose pas de terre arable, et les enfants ne possèdent aucun outil — sauf le couteau de Jack et les lunettes de Piggy.. Ils n'en bricoleront pas, sauf des épieux pour la chasse.. En outre le lieu n'offre aucune piste pour du travail, et n'impose aucunement la nécessité de produire.. L'île invite donc à une sorte de retour à une vie à l'état de Nature, comme le XVIII.. siècle rousseauiste a pu le rêver, c'est-à-dire à un en deçà de la civilisation occidentale, ce qui pourrait être senti comme positif : un retour vers les stades du paléolithique : chasse et cueillette.. En fait le programme initial et accepté, avec Ralph comme chef élu démocratiquement, reproduisait la rationalité des adultes occidentaux dans une situation — robinsonienne — de même type, mais il n'est pas suivi longtemps.. Les seuls éléments renvoyant au “travail”, à savoir la construction des cabanes et l'entretien du feu sont délaissés.. Les cabanes ne seront pas toutes construites, sauf par quelques-uns qui ont intériorisé la loi adulte, mais dans leur majorité les uns chassent, les autres s'amusent : la discipline nécessaire à l'organisation n'est pas respectée.. Il en va de même pour ce qui regarde le feu sur la colline : au départ tout le monde s'y est attelé avec enthousiasme, puis Jack a délégué à sa troupe une fonction avec rotation des groupes.. Très vite cependant l'organisation s'est grippée, et le signal n'opère pas lors du passage d'un premier navire car on a laissé s'éteindre le feu.. Il en va de même dans la vie quotidienne : les WC ne sont plus respectés (p.. 87), la saleté s'installe, et avec elle la perte des repères sociaux traditionnels.. Le texte donne à saisir des signes qui expliqueraient cette dissolution de l'ordre initial.. Dans l'esprit des enfants, le séjour sur l'île était vécu d'emblée comme une parenthèse : le groupe s'est donc organisé en fonction de la réapparition prochaine des adultes, tout en gardant une liberté qui est celle, du jeu (Ralph) et des vacances, sur le modèle vernien.. Mais ce qui était concevable dans une durée limitée change quand le temps s'écoule, et que l'espoir d'être secouru s'atténue.. En effet, dès le chapitre 4, les repères temporels ont disparu du texte.. Les enfants vont vivre maintenant avec une temporalité propre, sans rapport avec un quelconque retour des adultes et de la “civilisation”.. C'est à la création de leur propre rythme (p.. 62), de leur histoire que nous assistons.. Naissance d'une Histoire.. À l'inverse de l'utopie où l'Histoire est figée dans l'absolu de la perfection et donc dans la répétition, ou de la robinsonnade dont le but est de montrer qu'il n'y a qu'une voie vers l'humanité, puisque les colons perdus réinventent les étapes qui ont amené l'humanité occidentale à être ce qu'elle est, ici nous assistons à la naissance d'un déroulement spécifique.. Une fois les règles des adultes oubliées, les mots qu'emploie Ralph sont de moins en moins connectés à la réalité vécue des enfants.. Ils semblent donc de plus en plus venir d'ailleurs et deviennent donc aussi inefficaces que la Loi pour les bêtes de.. l'Île du docteur Moreau.. à la mort du Docteur.. De nouvelles règles, de nouveaux comportements, une nouvelle norme s'installe qui inverse l'idée de “progrès linéaire”, qu'avait pu rêver Condorcet et après lui le.. siècle positiviste.. Elle va donner la priorité aux actes sur les paroles (cf.. Jack) et elle impose aussi des rituels, pour rythmer le temps ainsi que les séquences de la vie du groupe redevenu, avec plaisir, “tribu”.. Cette nouvelle norme ne s'installe pas comme rationnelle, elle se donne comme une suite d'enchaînements, qui se présentent comme allant de soi et finissent par composer une véritable “culture” avec l'invention d'une “magie”.. Cette culture prend d'abord sa source dans la chasse, qui entraîne une logique de meute, puis des pratiques magiques, avec des chants, des mélopées, des danses et, lorsque la bête est tuée, la ripaille, la fête.. Mais la chasse elle même n'aurait pas pris cet aspect magique sans le recours aux peintures, et aux masques.. Le masque, comme l'uniforme, est ce  ...   l'auctorielle, du récit au discours sur le récit.. Parfois directement sous la forme du commentaire d'auteur omniscient.. Souvent indirectement par le biais de métaphores, d'affleurements, d'allusions qui insensiblement installent le récit sur un arrière fond insaisissable.. Un exemple nous en est donné par la vision des rochers, lors de l'exploration de l'île.. Ralph, Jack et Simon arrivent à une extrémité : “Ralph shaded his eyes and followed… This part of the beach was nearer the mountain than any other…” (p.. 27) La vision est ici actorielle, sa visée est descriptive.. Mais le texte ajoute “some unknown force had wrenched and shattered these cubes” (p.. 28).. Et quelques pages plus loin, après une description neutre, qui renvoie à la vision des explorateurs depuis le sommet enfin atteint, le texte insiste “The coral was scribbled in the sea as thought a giant had bent down to reproduce the shape of this island…” (p.. 31).. [30].. On pourrait multiplier les exemples de ce type, qui culmine sans doute avec le discours que la tête idolâtrée du monstre tient à Simon avant qu'il ne soit envoyé par elle au sacrifice.. Par ces procédés, le texte semble aussi prendre les moyens de “guider” les pas des enfants, comme il balise une lecture, présentant l'avancée du groupe vers la régression et la barbarie comme une fatalité inhérente à l'espèce humaine et tirant à sa manière le récit de cette aventure vers un sens mythique.. Moderne aussi en ceci que sa visée est d'abord celle d'une interrogation angoissée.. D'autant que le texte semble ne pouvoir renvoyer qu'à lui-même comme lieu de sens, sans autre présence de la transcendance que dans une perspective ironique ou obscène, ce qui instaure une dimension éminemment tragique.. est pourtant avant toute chose une histoire, qui se présente avec les apparences de la simplicité : le récit d'une aventure vécue par un groupe d'enfants sur une île déserte.. Les péripéties narrées en font comme le précise Brian Aldiss une histoire “terrifiante”, mais elle laisse percevoir un au-delà signifiant du simple récit d'aventures.. Littérairement, c'est une robinsonnade inversée, et donc politiquement une critique de l'idéologie propre à ce genre, et par là à la naïveté de l'idéologie de la “tabula rasa” qui fut celle des Lumières comme de l'idéologie du progrès linéaire et irréversible qui nourrissait les positivistes du XIX.. Mais dans une perspective spéculative, qui est celle de la SF, c'est surtout une interrogation angoissée sur le sens et le fondement du “contrat social”, dans la lignée de l'opposition entre Hobbes et Rousseau, mais après le nazisme et après Hiroshima.. [31].. Sa modernité l'incite à prendre en compte, plus que ne le faisaient les penseurs des Lumières, la part irrationnelle de l'homme et la présence irréductible des dimensions du symbolique et d'un important substrat religieux archaïque.. C'est aussi, nourrie d'exemples alors récents, une méditation sur le sens de l'Histoire, la démocratie et la barbarie, en liaison problématique avec la présence éventuelle du sacré.. Il s'agit donc d'un texte qui sous son apparente simplicité pose des questions essentielles.. En somme, il possède une dimension mythique, si l'on se réfère à la définition qu'en donne Jolles pour qui le mythe est un récit par quoi une société pose à l'univers une question sur sa place et son sens, ainsi que la réponse de l'univers à cette question.. [32].. Cela étant, comme le souligne J.. Lacan, le mythe “n'explique rien”, il se contente d'articuler “une organisation signifiante”.. [33].. Il n'en demeure pas moins qu'il permet une réflexion et donne forme à une émotion.. Comme le texte de.. Totem et Tabou.. [34].. tente de donner les moyens d'une appréhension, sinon de compréhension des rapports entre êtres humains en tant qu'ils passent par le social (on le sait depuis qu'Aristote à défini l'homme comme “animal politique”) et donc par la présence de la Loi.. Golding, comme Freud, semble montrer que l'acte fondateur de cette Loi échappe à la raison, se nourrit de violence, demeure un mystère, et que seul sans doute un mythe peut ainsi figurer.. Mais alors que dans le mythe chez Eliade ce sont les dieux qui instaurent un fondement, ici les “grown-ups”, qui semblent des dieux aux yeux des enfants, ne sont que des dieux dérisoires, d'où le côté d'ironie swiftienne du texte de Golding.. [35].. Lord of the flies.. dans le contexte de la Science-Fiction.. est écrit en 1954.. Le thème de la régression dans un espace clos avait été traité en SF, au moins par Heinlein, on l'a dit.. Mais Heinlein lui même se situait dans le sillage du thème de la régression sociale possible, dont le premier exemple fictionnel est peut-être.. The Time Machine.. Ce sont des réflexions de ce type qui ont nourri certains des récits les plus intéressants de la SF dans les dernières années de la II.. Lest Darkness Fall.. , L.. Sprague de Camp envisage qu'un américain moyen, projeté dans la Rome antique, pourrait éviter la venue du Moyen âge, qu'il envisage comme une époque terrible de régression sociale.. Dans son ouvrage le plus fameux,.. Foundation.. , I.. Asimov confronte ses héros à un problème identique : comment empêcher que, si les ténèbres doivent advenir, leur impact sur la civilisation soit amoindri, et leur durée réduite.. [36].. ? Dans ces deux romans, la solution est évidemment du côté du savoir.. Savoir pratique et technique pour L.. Sprague de Camp, savoir théorique et scientifique (la psychohistoire) pour I.. Asimov.. Dans les deux cas, devant la monstruosité révélée du nazisme, l'espoir est mis sur des qualités proprement humaines pour échapper à la barbarie, avec un optimisme certain chez De Camp, modéré mais présent chez Asimov.. Avec Golding nous nous situons certes dans le même contexte historique, et en proie aux mêmes interrogations, mais la réponse de Golding, qui renvoie la technologie et la science du côté de la guerre et de la destruction (avion, bombe, parachutiste, officier de marine) est loin d'être optimiste.. Peut-être parce qu'il s'agissait pour les deux auteurs étatsuniens de sauver une société existante, avec des moyens intellectuels et techniques pour tenter de le faire.. Ce n'est pas le cas pour les enfants mis en scène par Golding, qui est plus radical dans ses prémisses en insistant, à la différence de Ballantyne ou de Verne, sur le plaisir du Mal, l'ennui du travail, le peu de pouvoir de la raison et des raisonnements, et la rémanence d'un “innommable” dans le cœur humain, que la truie rappelle brutalement à Simon (p.. C'est sans doute encore B.. Aldiss qui nous propose la formule la plus subtile pour rendre compte de la complexité de cette œuvre, dans la perspective du lien qu'il établit avec.. Nous aurions là deux textes dont on ignore exactement ce qu'ils signifient, si ce n'est que ce sont des récits “splendid and terrifying” et écrits de façon à la fois subtile et sans détours.. Dans les deux cas, il est évident que les auteurs ont en tête autre chose qu'une simple histoire à raconter, et que les deux récits présentent “Something larger than a thrilling adventure”.. [37].. À leur manière ce sont des œuvres qui tentent de représenter la recherche du lieu propre à ce qui est humain, dans des contextes idéologiques différents.. [38].. La méditation sur le sens de la puissance scientifique, ses rapports à la Loi, sont au cœur du texte wellsien.. Golding y ajoute une réflexion sur la prégnance et la persistance du Mal, et peut-être son innommable nécessité pour fonder une société humaine.. BERGONZI (Bernard).. The Time Machine an ironic Myth.. ;.. Critical Quarterly.. ; 2 ; 1960 p.. 293-305.. BUTOR (Michel).. Growing Pains in Science Fiction.. in.. Carleton Miscellany.. ; summer 1963 ; 113-120 SF is “capable of acquering over individual imagination a contraining power comparable to any classical mythologie”.. MC NELLY (Willis E).. Science Fiction, the Modern Mythology.. in Clareson (TD.. ) ; SF : The Other side of Realism.. Bowling Green UP ; 1971 ; p.. 193-198.. FEEHAN (Ellen).. Frank Herbert and the making of myths ; Science fiction studies.. Nº 58 Vol 19.. ; november 1992 ; p.. 289-310.. GOLDING (William):.. Faber Faber, 1954.. London.. Gallimard, 1956.. ALDISS (Brian) op.. : “the desert-island theme is eternal, whether transposed to W.. Golding's Island in.. , or to another planet” p.. 71.. MAC DOUGLAS (Gina).. William Golding.. Twentieth Century Science fiction Writers.. Saint James Press.. Chicago/London 1991.. A “Novel set in a post-catastrophic near future in which war has laid much of the West and civilisation in ruins.. ” p.. 324.. BALLANTYNE.. The Coral Island.. (1857).. La veine des robinsonnades subvertie n'est pas tarie.. Wiggin (Mariane).. John Dollar.. Harper Row.. NY.. 1989.. Elle nous présente le naufrage d'un bateau de jeunes filles dans une île proche de la Birmanie, juste après la guerre de 1918.. Retour à la sauvagerie avec scènes de cannibalisme.. En me référant aux index de H.. W.. HALL,.. Science fiction and fantasy index.. , 1878-1985, ainsi qu'à sa suite portant sur les années 1985-1991, je trouve 39 items portant sur W.. Golding, et deux portant sur.. , mais aucun des deux n'a paru dans une revue critique de SF.. Science fiction Studies.. en revanche a publié deux articles sur ce qu'on peut comprendre comme la suite thématique de.. c'est-à-dire.. The inheritors.. Il est possible que mon information soit défaillante, cependant j'avoue que cela m'a intrigué.. Pour prendre un exemple en France : deux thèses récentes.. REGARD (Frederic).. Éthique et esthétique des ténèbres, naissance de l'œuvre romanesque de William Golding.. CIEREC/ Travaux.. LXX.. Université J.. Monnet.. Saint Étienne.. 1990.. CABROL WEBER (Marie Hélène).. Robinson et robinsonnades.. ed.. Universitaires du Sud.. Toulouse.. 1993.. Cela semble la position de Alterman (Peter.. S) dans son article.. Aliens in Golding's The Inheritors.. Science Fiction Studies.. ; V ; 1 ; Nº 14 ; march 1978 ; p.. 3-10 “Golding's adaptation of that tool [the alien] is unique within the genre of science fiction” (p.. On peut en dire autant du traitement de la robinsonnade dans.. Mais cet aspect “unique” est justement ce qui en fait le prix.. HAMILTON (Edmond).. The Stars Kings.. (1947) ; WILLIAMSON (Jack).. Space legion.. (1934) HEINLEIN (Robert).. Universe.. (1941).. GOLDING (William).. Fable.. The Hot Gates, and Other Occasionnal Pieces.. Faber and Faber London 1980, Golding oppose.. l'île de Corail.. qui renvoie à l'idéologie du XIX.. siècle, à son texte qui en est la récriture au XX.. siècle : entre les deux, et comme le ressentira.. Ralph à la fin, l'innocence a été perdue, comme les illusions (p.. 88-90).. Belzebuth ou Baal Zebuth : le seigneur des mouches, exigeant des sacrifices humains.. Voir aussi Matthieu (XII 24) “le prince des démons”.. Golding, alors âgé 43 ans, a vécu les années de guerre comme commandant d'un vaisseau, qui a été torpillé.. Ce roman est donc publié neuf ans après la fin des hostilités, la découverte des camps de concentration, et des horreurs nazies.. Mais aussi neuf ans après Hiroshima, et huit ans après les expériences atomiques américaines sur Eniwetok.. MAC DOUGLAS (Gina) op.. … is a social allegory of human regression.. 324).. RAPHAEL (André).. La pesanteur et la grâce dans.. notes pour une interprétation weilienne de l'œuvre de Golding.. Langues Modernes.. Nº 66, 1972, p.. 449-468.. On the Crest of the Wave.. “[I Try] to write [that] I would define as significant literature (p.. 126)”.. A Moving Target.. Faber and Faber 1982 “Utopians, with their pretty pictures, their indifference to the facts of human nature” (p.. 177).. BOZZZETTTO (Roger).. Melville : exotisme et utopies.. Europe.. nº 744, avril 1991 p.. 9-18.. voir par contraste : VERNE (Jules).. Deux ans de vacances.. (1888).. REGARD (Frederic) op cit p.. 57 “La sexualité de la robinsonnade s'y révèle au grand jour.. ”.. ROSNY (Ainé).. La guerre du feu.. (1909).. TALON (Henri).. Le mal dans l'œuvre de William Golding.. Archives de lettres modernes.. Minard 1966.. 38 et suivantes.. On sait qu'après avoir entamé des études scientifiques, Golding s'est passionné pour le grec ancien.. GOLDING (William) in.. Fable.. “Man is a fallen being… gripped by original Sin” p.. 88.. “One of our faults is to believe that evil is somewhere else and inherent in another nation.. My book was to say : you think that now the war is over and an evil thing destroyed ; you are safe because you are naturally kind and decent.. […] The thing rose in Germany.. I know it could happen in any country” (p.. 89).. Pour la notion d'inconscient groupal voir, entre autres, KAëS (René).. L'utopie dans l'espace paradoxal : entre jeu et folie raisonneuse.. Bulletin de psychologie.. juillet-août 1978, p.. 850-61.. L'inconscient groupal est autre chose que la somme des inconscients individuels.. GOLDING (William) in Haffenden (John) ed.. Novelist in interview.. London Methuen 1985.. “I think it is true to say that in.. I was saying Had I been in Germany, I would have been at most a member of the SS, because I would have liked the uniform and so on” (p.. Le texte de W.. Golding n'est ni le seul ni le premier, à se placer dans cette perspective :.. Mary Shelley en sous-titrant son ouvrage.. par.. The modern Prometheus,.. inscrivait explicitement ce texte, qu'Aldiss pense être le fondateur de la SF, dans une tradition mythologique venue de l'antiquité grecque.. Le texte de Mary Shelley prolonge cette tradition et lui sert de relais vers de futurs mythes renouvelés ou créés par la SF.. “All of them [.. and.. The Inheritors.. ] approach the science fiction condition; just as, on its own side of fence, science fiction approach the modern novel” p.. 246.. C'est cette ambiguïté due à la matière même de la textualité qui empêche l'excellent film de Peter Brooks d'approcher la profondeur du roman.. Le film, avec toutes ses qualités demeure un récit “terrifiant” mais comme un simple “fait divers”.. La profondeur mythique en est absente.. La référence au Léviathan (ch.. VI p.. 129) présente dans le texte présente certes une connotation biblique, mais elle renvoie aussi au texte homonyme de Hobbes.. De plus, la fin du récit avec de la chasse à l'homme, illustre la formule connue de Hobbes où “l'homme est un loup pour l'homme”.. JOLLES (André).. Formes simples.. (1930) Seuil.. 1970.. LACAN (Jacques).. L'éthique de la psychanalyse.. Séminaire VII.. Seuil.. 1986.. “une organisation signifiante — qui s'articule pour supporter les antinomies de certains rapports psychiques — et ce à un niveau qui n'est pas simplement de tempérament d'une angoisse individuelle, qui ne s'épuise pas non plus dans aucune construction supposant la collectivité, mais qui prend sa dimension complète” p.. 172.. FREUD (Sigmund).. (1914) et.. Malaise dans la civilisation.. (1938).. ELIADE (Mircea).. Aspects du mythe.. Idées.. Gallimard.. 1963.. 17.. ASIMOV (Isaac).. (1951.. Mais composé à partir de nouvelles publiées de 1942 à 1944) ; SPRAGUE DE CAMP (L).. (1949).. 122.. ALDISS (Brian) Trillon Year Spree, The History of Science Fiction, Victor Gollancz, London, 1986.. “all of them look toward a definition of man and of his status..

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  • Title: Archives stellaires/Bozzetto/Écrits/Que faire..? Comment dire..? Contacter..? | Quarante-Deux
    Descriptive info: Que faire.. ? Comment dire.. ? Contacter.. ?.. Uglossies.. Travaux documents.. 23, janvier 2005, p.. 147-156.. a rencontre avec les “autres”, quels qu'ils soient, pose le problème de la communication et donc des multiples ressources des langages, qu'elles soient gestuelles, visuelles, ou fassent appel à des facultés nouvelles.. Il ne va pas de soi que les “autres” utilisent comme les humains l'appareil phonatoire et les sons, mais bien d'autres éléments de leur anatomie.. Avec une question centrale : sont-ils “humains” ? Et à quoi le reconnaît-on si ce n'est par leur capacité à communiquer intelligemment avec nous quelle que soit la langue ou tout autre moyen linguistique ou paralinguistique utilisé ?.. Nous nous attarderons sur les textes des littératures qui ont exploré les imaginaires, et en particulier ceux de Science-Fiction, qui permettent d'explorer un large spectre de possibles dans ces “rencontres” de civilisations et de langages “autres”, Nous envisagerons les réponses données par les auteurs, et nous interrogerons sur ce qu'elles révèlent de notre imaginaire, de nos savoirs, de nos croyances et de nos pratiques.. Et comme modèle possible de ces rencontres, nous allons explorer les outils linguistiques et les autres moyens de communication qui ont illustré des rapports entre les humains et la Surnature — puisqu'elle est la forme la plus ancienne et la plus connue de l'altérité.. Position du problème.. Comment dénier à un individu le statut d'être humain : en lui refusant la connaissance du langage et en considérant que, comme un animal, il émet des sons sans intention de signification.. Comment donc lorsqu'on se trouve devant des “autres” savoir s'ils relèvent “de l'humain” ou non, sinon en tentant de communiquer avec eux par le langage ? C'est, pour les Grecs, instaurer une limite avec le “barbare” — une sorte de non humain puisqu'il ne parle pas le grec, à la différence du monstre Polyphème qui, malgré son anthropophagie, le parle : il est donc “humain” ! Mais la chose n'est pas toujours aussi simple.. À preuve toutes les astuces que les auteurs de voyages imaginaires, d'utopies ou de Science-Fiction ont inventées.. Le fondement est peut-être à chercher ailleurs, dans les rapports entre l'homme et la Surnature, forme première de l'“Autre”.. Or c'est une voie rarement empruntée par les chercheurs.. Curieusement, les linguistes ne se posent pas la question de savoir quelle langue parlent entre eux ou avec les hommes les dieux de l'Olympe, ou le dieu de la Bible.. Ils communiquent cependant avec les humains selon diverses modalités.. Zeus signe sa présence dans l'espace de la réalité sous la forme d'une pluie d'or, d'un taureau, ou d'un cygne.. Il séduit, bien qu'on ne nous dise rien de la langue qu'il parle : séduit-il par sa seule présence ? On sait pourtant qu'il répond aux prières : prié par Sémélé, il lui apparaît dans toute sa gloire, ce qui, hélas, consume littéralement l'amante.. l'Iliade.. l'Odyssée.. Athéna parle Grec avec Ulysse, tout comme Circé ou Calypso, et même Polyphème.. la Genèse.. , on ignore en quelle langue l'Elohim parle à Adam, avant que celui-ci ait nommé les êtres et les choses (en quelle langue ?) Était-ce d'ailleurs la même langue “adamique” que parlait le serpent tentateur à l'oreille d'Ève ? Est-ce celle des constructeurs de la tour de Babel avant leur dispersion par le dieu jaloux ? Et dans.. le Nouveau testament.. lorsque l'ange Gabriel se fait entendre de la Vierge, était-ce une Annonciation en araméen ? Questions ouvertes.. Notons que la communication entre les hommes et les dieux est, par moments, symétrique : les dieux peuvent parler aux hommes, ceux-ci peuvent leur répondre comme le fait Moïse sur le Sinaï.. Et de même que les dieux grecs s'exprimaient en grec, Moïse entend, et répond en sa langue, à la parole du Seigneur qui ne dit pas son nom Il arrive aussi que les dieux répondent simplement par leur présence à un appel et/ou exaucent une prière.. Un exemple, en littérature fantastique, dans.. the Dunwich horror.. de Lovecraft.. Imploré par son fils, dans une langue non humaine, le dieu Yog-Sothoth vient le sauver.. Mais les dieux peuvent aussi communiquer avec les hommes par le truchement d'une autre voie : celle des rêves.. Ils le font directement dans le cadre d'un discours clair qui donne des ordres, ou indirectement par des figures ou des récits.. — ce qui requiert alors les services d'un intercesseur.. On le voit avec les interprétations de Joseph dans la Bible, ou avec Enkidu interprétant un rêve de Gilgamesh.. On élabore ailleurs depuis longtemps, à l'usage des profanes, des “clés des songes”, comme le montre l'ouvrage d'Artemidore.. Il existe aussi des rêves que le rêveur attribue à un dieu et qu'il interprète lui-même, comme le montre l'expérience d'Aelius Aristide, qui tire de précieux enseignements médicaux de la matière de ses rêves, envoyés par Asclépios, pour s'auto médicamenter.. Nous poserons comme hypothèse que nous avons là, avec cet ensemble de moyens de communication entre les hommes et les dieux, une base pour aborder les textes qui proposent des expériences imaginaires issues de rencontres et de langages “autres” en partant du cas le plus banal et jusqu'aux expériences les plus neuves.. Les propositions anciennes des littératures de l'imaginaire.. Lorsqu'il se trouve sur la Lune, Dyrcona, le héros de Cyrano de Bergerac rencontre deux types d'“autres”.. D'une part, un “daimon”, avec qui il échange de nombreuses idées et qui parfait son instruction.. Évidemment.. ils conversent en langue grecque.. Ce daimon lui expliquera plus tard que, sur la Lune, on trouve deux types de langage, tous deux sans parole.. Celui des “grands” est semblable à de la musique, au point qu'une discussion peut se poursuivre par l'usage des instruments et une controverse théologique peut agréablement aboutir à un concert.. Le langage du peuple s'exerce par.. « des trémoussements des membres […] certaines parties du corps signifiant un discours entier ».. Il s'agit de la caricature de la vision que se font d'eux-mêmes et du peuple les nobles du XVII.. siècle : elle est savoureuse.. Gulliver, dans ses voyages est chaque fois confronté à des épreuves concernant la communication avec les “autres”.. Il donnera chaque fois comme exemple quelques mots de ces langues.. Il aborde en premier lieu chez les Lilliputiens, où, empêtré et obligé d'entendre une harangue, il ne retient que.. hekinah degul.. avant d'apprendre par la suite la langue du royaume.. Il se trouve encore en situation difficile lorsqu'à Brobdingnagg il écoute parler mais.. « le son de la voix du laboureur m'étourdissait ».. Quant au laboureur dont l'oreille se situait.. « à plusieurs toises ».. , la voix de Gulliver n'y atteint pas.. Lorsqu'au repas il parle anglais, cela provoque des rires si forts qu'il manque de devenir sourd, mais il finit par accéder à connaissance de la langue, puisqu'il donne un surnom en brobdignaggien à la fillette qui le garde et discute ensuite politique avec le Roi.. Lors du quatrième voyage, il tentera d'apprendre la langue des houyhnhnms.. Mais sa rencontre la plus étonnante, concernant le langage, se fera lors du troisième voyage, à Laputa dans l'académie de Lagado.. Il fait mention de deux découvertes touchant au langage.. La première est une anticipation de "la Bibliothèque de Babel" de J.. -L.. Borges.. Il nous montre une machine, avec des mots inscrits sur les quatre faces d'un cube, enfilés par dizaines sur un métier spécial que font tourner quarante élèves, chacun avec sa brochette de mots, et dont le hasard met en relation les mots de ces brochettes entre elles, pour composer une phrase éventuelle, laquelle est notée par des secrétaires.. Le résultat est de nombreux volumes in-folio contenant des phrases recueillies dont le résultat serait un jour exploitable.. La seconde voit des professeurs tenter de perfectionner la langue du pays.. D'abord en supprimant verbes et particules, puis.. « en se passant de toute espèce de mots ».. Les mots n'étant que les noms des choses, on pouvait se passer de mots en ayant sur soi l'ensemble des objets avec lesquelles on voudrait “communiquer”.. D'où la nécessité de “porteurs vigoureux”.. « L'avantage de cette invention est qu'elle établissait une langue universelle, qui serait entendue de toutes les nations civilisées, les instruments et ustensiles d'un usage commun étant les mêmes dans ces nations ».. À l'opposé de cette réduction de la parole à l'exhibition de référents matériels, J.. Borges dans sa nouvelle "Tlön, Uqbar, Orbis Tertius" mentionne plusieurs types de langues "idéalistes".. Dans l'une d'elles.. « il n'existe pas de substantifs, mais des verbes impersonnels qualifiés par des suffixes.. Par exemple il n'existe pas de mots correspondant au substantif "lune" mais un verbe qui serait en français "lunescer" ou "luner" ».. Dans une autre.. « la cellule principale n'est pas le verbe mais  ...   roman.. du Polonais Stanislas Lem.. Nous sommes dans ce roman en présence d'une entité extraterrestre qui, loin d'être une civilisation humanoïde ou autre, est un “océan protoplasmique” qui recouvre toute la planète Solaris, et qui corrige son orbite en l'empêchant d'aller s'écraser contre son soleil, ce qui a éveillé l'attention des scientifiques.. En orbite, autour de la planète mystérieuse, des savants tentent depuis plus d'un siècle de l'étudier.. Comment entrer en rapport avec cette entité depuis la station orbitale ? Les physiciens les premiers lancent des sondes, dont les caractéristiques sont modifiées par l'entité océane, elle en modifie le rythme des impulsions, les résultats.. Chaque branche de la science humaine tente à son tour de vérifier des hypothèses.. Sans résultat, sauf à ranger l'océan dans la série des “métamorphes”.. Le savoir se réduit ainsi à nommer cette singularité, et montre les limites de la connaissance et du pouvoir de la science sur la symbolisation du réel.. Mais le roman montre aussi que si les savants ne sont pas capables de rentrer en contact réel avec l'entité par des moyens logiques et scientifiques, c'est parce qu'ils considèrent l'océan comme un “objet”.. Ils ont oublié que c'est un sujet, et qu'il peut prendre des initiatives.. Certes l'entité océane n'agit pas selon les canons de la logique et du rationnel, prétendument propres à la science et universalisables.. L'océan va “prendre contact”, comme le faisaient les dieux anciens, hors du cadre d'une logique scientifique et humaine.. Il va agir par le canal de l'inconscient des astronautes.. Il va intervenir à sa façon dans le vécu des humains par le moyen des rêves, dont les matériaux seront issus de leurs souvenirs.. Il va aller jusqu'à inventer une corporéité aux personnages présents dans ces scènes de rêves, qui va donner le sentiment d'une présence réelle, car ces “rêves” sont, pour les chercheurs de la station, des reviviscences du passé, heureuses ou douloureuses.. Mais il n'est pas question de langage, et l'océan se conduit lui aussi à sa manière comme un expérimentateur : il teste les réactions des humains, comme on le fait avec les rats de laboratoires, en rendant palpables ces scènes.. Cela entraîne comme conséquences pour certains la folie, le désir de suicide, ou encore la volonté de se laisser engloutir dans les souvenirs heureux que parfois l'océan fait revivre, comme si le temps s'était aboli ou figé.. Un étrange dialogue se noue ainsi, chaque partie jouant sur la “curiosité” de l'autre pour tenter de donner sens au “contact” et sans jamais y parvenir, au moins du point de vue d'une connaissance scientifique.. Nous nous trouvons là dans une situation limite de communication.. L'“autre” existe, c'est un “être”, il possède une certaine forme d'intelligence, mais la communication est impossible.. Seule la fonction phatique demeure, mais elle ne débouche sur aucun échange langagier.. Comment dire ? Que faire ? Le seul moyen utilisé est celui des images, comme dans les rêves, mais elles n'impliquent aucun retour compréhensible.. Celles que les savants retirent de leurs instruments en observant l'océan.. Mais la résistance que celui-ci oppose aux techniques humaines de savoir, n'engendre que des hypothèses et se trouve à la source de divers mythes.. Et celles produites par l'océan chez les observateurs, dont on ignorera ce qu'elles signifient pour cet océan, qui fonctionne d'une manière totalement incompréhensible et qui, comme les anciens dieux, peut intervenir dans les songes avec des images souvent obscures.. Nous retrouvons là, curieusement, la fameuse tripartition lacanienne, où l'océan c'est le réel, qu'on tente — par l'imaginaire — de faire entrer dans la catégorie du symbolique, et qui y échappe.. Rien ne serait plus dommageable que d'imaginer que les “autres” éventuels soient nos semblables, même si l'on peut considérer que des.. aliens.. éventuels soient nos “homologues”.. C'est-à-dire des êtres au sommet de la chaîne alimentaire dans leur planète, et/ou doués d'intelligence et/ou de conscience, et qui agissent comme nous l'avons parfois fait dans les diverses colonisations, comme le rappelle H.. Wells dans.. la Guerre des mondes.. Wells confronte dans ce texte les humains à des alien intelligents : ils ont inventé le voyage interplanétaire, ils ont mis au point des armes d'une grande puissance de destruction, et s'ils se résignent à nous envahir c'est que, comme nous sommes en train de le faire, ils ont fait de leur planète un désert.. Ce sont cependant, autant qu'on en puisse juger dans le texte wellsien, nos “homologues”.. Mais ont-ils une conscience, c'est ce qui reste à démontrer, car ils ne veulent pas communiquer, ils agissent tout simplement, en fonction d'une logique qui leur est propre.. Ils ne font en tout état de cause aucune tentative pour communiquer, et refusent toutes les formes humaines de contact.. Ils doivent pourtant communiquer entre eux, mais on ignore comment.. Un autre exemple tout aussi remarquable de l'invasion de la terre par des non-humains est celui que met en scène Rosny aîné dans son récit.. les Xipéhuz.. À une époque préhistorique, une horde d'humains est confrontée à des êtres ont on ignore l'origine mais qui ont un aspect et un comportement non terrien.. Ce sont des sortes de figures avec une étoile centrale dans le corps, qui émettent des rayons comme des lasers, semblent comme les termites avoir une intelligence centrale car ils se regroupent pour augmenter la puissance de leurs émissions mortifères.. Une lutte à mort aboutit à leur destruction grâce à l'intelligence du chef de la horde humaine qui décrypte la nécessité qu'ils ont de se regrouper pour résister, et les isole peu à peu pour les achever.. Rien n'est dit d'une possible communication entre la horde et les Xipéhuz, bien que ceux-ci communiquent (comment ?) entre eux.. Nous avons là deux exemples de présence sans communication, et de même qu'avec les dieux anciens comme Zeus, seule la présence fait signe.. La différence est que la présence de Zeus dans le monde humain marquait son désir de séduction, et d'autre part qu'il répondait à certaines prières.. Par contre la présence de nos “homologues” présents dans le roman de Wells ou dans le récit de Rosny ne renvoie à aucun signe, si ce n'est une volonté farouche d'extermination et donc une absence totale de communication.. On peut se poser la question de la pertinence comme de la perpétuation de ce modèle dans les relations personnelles ou internationales.. Et ceci bien que certains animaux soient doués d'états mentaux différenciés et susceptibles d'intentionnalité collective : cris poussés devant un danger réel, ou supposé, pour faire réagir un groupe.. LOVECRAFT, H.. P.. ,"The Dunwich Horror"; Folio bilingue ; 1993.. Voilà la prière du fils du dieu, qui appelle son père au secours :.. « Eh-ya-ya-ya-yahaah-e'yayayayaaa… ngh'aaaaanagaaa…h'yuh… Help! Help!.. ff.. ff.. Father Yog-Sothoth ».. 152.. Voir.. le Livre de Job.. , dans l'Ancien testament :.. « Par des songes, par des visions nocturnes.. alors il (Yahvé) ouvre l'oreille des humains, il y scelle les avertissements qu'il leur donne ».. BOTTERO Jean, in "Septième tablette de.. l'Épopée de Gilgamesh".. XI.. siècle avant notre ère.. ARTEMIDORE.. La clef des songes.. Vrin.. 1975.. ARISTIDE Aelius,.. Discours sacrés, rêve, religion, médecine au II.. siècle après J.. Macula.. 1986.. CYRANO DE BERGERAC "les États et Empires de la Lune" in.. Voyages aux pays de nulle part.. Bouquins Laffont.. 1990 p.. 311-312.. BORGES Jorge Luis "la bibliothèque de Babel" in.. Fictions.. ; Gallimard.. Pleiade, 1993.. Il semble que Swift fasse ici une allusion ironique à l'"Ars Magna" de Raymond Lulle.. SWIFT Jonathan, "les Voyages de Gulliver".. ; In.. ; op.. 892-894.. BORGES Jorge Luis "Tlön, Uqbar, Orbis Tertius" in.. cit p.. 457.. Captain KRANKOR.. The Grammarian's Desk.. Klingon Language Institute (P.. O.. Box 634, Flourtown, PA 19031), 1996.. 91p.. OKRAN'.. The Klingon Dictionary: The one true way to study Klingon.. , Simon Schuster.. New York.. Il existe des œuvres anglaises traduites en langage Klingon.. SHECKLEY Robert, "Voulez vous parler avec moi" ("Shall we have a little talk ?")(1965) in.. les Univers de Robert Sheckley.. CLA ; 1972.. MEYERS Walter E.. Aliens and Linguists: Language Study and Science Fiction.. Athens, GA: Georgia UP, 1980.. 257p.. SISK David W.. Transformations of Language in Modern Dystopias.. Contributions to the Study of Science Fiction and Fantasy.. Greenwood 1997.. 206p.. POE Edgar Allan "Mellonta Tauta" (1849) in.. Edgar Allan Poe.. Bouquins.. Laffont.. 1989 p.. 917-928.. WUL Stefan.. Denoël.. 1970.. MESSAC Régis.. (1935).. WUL Stefan "Expertise" in.. nº 54 ; mai 1958.. DRODE Daniel.. Surface de la planète.. Hachette.. 1959.. RUSHDIE Salman.. Gollancz London.. Traduction française.. par Maud Perrin.. C.. Lattes.. Mon édition de référence.. WATSON Ian.. The Embedding.. Gollancz.. London 1973 ;.. l'Enchâssement.. Calmann-Levy.. LEM Stanislas.. (1961) Denoël.. 1966.. WELLS.. The War of the Worlds.. (1898) London.. ROSNY aîné.. Les Xipéhuz.. 1887.. samedi 12 novembre 2005 —.. samedi 12 novembre 2005..

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