www.archive-org-2013.com » ORG » Q » QUARANTE-DEUX

Choose link from "Titles, links and description words view":

Or switch to "Titles and links view".

    Archived pages: 1235 . Archive date: 2013-12.

  • Title: Archives stellaires/Klein/À l'auteur inconnu 1 | Quarante-Deux
    Descriptive info: section Gérard Klein.. tout Quarante-Deux.. Sauter la navigation.. accueil.. exliibris.. pgeff.. kws.. récits.. prix.. galerie.. carnets.. photos.. Vous êtes ici :.. →.. Archives stellaires.. Gérard Klein : à l'auteur inconnu.. 1.. Sections.. Bozzetto.. Curval.. Klein.. Divers.. Navigation.. l'auteur.. présentation.. À l'auteur inconnu 1.. Première parution :.. NLM.. 11, novembre 1987.. P.. our bien des auteurs débutants et parfois même chevronnés, les arcanes de l'édition apparaissent mystérieux, ses délais inacceptables, ses exigences excessives et ses refus carrément sadiques sinon frauduleux.. Je voudrais tenter de faire bénéficier dans cette rubrique des lecteurs d'Infini, certes tous écrivains professionnels et aguerris, des enseignements d'une trentaine d'années d'expérience pendant lesquelles j'ai occupé à peu près toutes les situations concevables, devant, derrière, sur et sous le comptoir.. ----==ooOoo==----.. Premier problème banal et essentiel :.. la présentation du manuscrit.. On supposerait le problème résolu depuis longtemps mais la fréquentation des services des manuscrits et des services de fabrication montrent qu'il n'en est rien.. Une bonne présentation d'un manuscrit, si elle ne garantit ni la publication ni le succès, donnera du moins à votre texte immortel une meilleure chance d'être examiné avec bienveillance.. Simple question de bon sens.. Les lecteurs professionnels lisent beaucoup et ils ont les yeux fatigués, l'attention fluctuante et l'humeur vindicative.. Aucune maison d'édition n'accepte plus depuis longtemps de manuscrit au sens strict, c'est-à-dire.. écrit à la main.. Tout texte doit donc être impérativement dactylographié, ou sorti d'imprimante si vous avec le bonheur de disposer d'un ordinateur.. Une page normalisée compte 25 lignes de 60 signes, soit 1 500 signes et espaces.. Vous n'êtes pas obligé d'adopter cette norme mais dites-vous qu'elle facilite la lecture.. Ne descendez jamais en dessous du double interligne et n'hésitez pas à adopter le triple interligne.. Certains professionnels anglo-saxons descendent à 1 200 signes par page et ils ont peut-être raison.. Proscrivez absolument les pages de 2 500 signes sans marges et sans interlignes.. Superficiellement, cela ravit le cœur du débutant qui se donne l'impression de vraies pages imprimées, mais l'œil du professionnel dévissera immanquablement sur ces falaises encrées.. Commencez chaque chapitre sur une nouvelle page.. Paginez.. , c'est-à-dire numérotez vos pages, de préférence en haut de page.. Si vos chapitres (ou, alas, alas, alas, vos nouvelles) sont numérotés indépendamment, repaginez l'ensemble de votre manuscrit, à la main si nécessaire.. Imaginez l'effroi et la fureur du lecteur qui vient de laisser s'envoler sept cents pages non paginées.. Cela arrive régulièrement.. Essayez de  ...   les maisons d'édition, sont pleins de manuscrits d'auteurs inconnus et introuvables.. Si vous vous servez d'un ordinateur, respectez.. scrupuleusement.. les indications suivantes :.. imprimez votre texte en respectant les indications précédentes, dans la meilleure qualité d'impression possible.. Jamais en qualité brouillon.. ;.. si votre imprimante matricielle produit des caractères en pointillé, changez-en.. Les yeux du lecteur….. ne livrez jamais votre texte sous forme de liasses.. Détachez les pages et supprimez les bordures d'entraînement.. C'est une simple question de courtoisie ;.. changez.. régulièrement.. de ruban.. Vous pouvez, sans que ce soit absolument nécessaire, accompagner votre manuscrit d'un.. résumé.. de votre livre, d'un feuillet au grand maximum.. Un résumé, pas un argumentaire.. Ce résumé n'influera pas sur la décision mais il peut l'accélérer s'il y a eu manifestement erreur d'orientation.. Il est inutile et même déconseillé d'y joindre un projet de quatrième de couverture ou un panégyrique.. La.. lettre d'accompagnement.. , indispensable, manuscrite ou dactylographiée, sera raisonnablement brève.. Bien que les éditeurs soient parfois vaniteux, il est inutile de leur témoigner à longueur de pages une admiration obséquieuse ; ils sont aussi méfiants… Il est également inutile de leur chanter les louanges de votre œuvre.. Ou de la dénigrer.. Mais si vous avez quelque argument précis à faire valoir, c'est le lieu.. Les lettres de recommandation, même si elles émanent d'un académicien, sont en général inutiles voire.. nuisibles.. Tout professionnel sait qu'elles sont en général de pure forme.. Si toutefois quelqu'un de bien placé vous a conseillé authentiquement de vous adresser à tel ou tel éditeur, n'hésitez pas à l'indiquer.. Il m'arrive assez fréquemment de réorienter des manuscrits, parfois avec succès.. Ne mentez jamais.. L'édition est un petit monde où tout finit par se savoir.. Vous pouvez joindre à cette lettre un bref.. curriculum vitæ.. On aime bien savoir à qui on a affaire.. Indiquez sans fioritures votre âge, votre formation, votre profession.. Si vous n'avez ni formation ni profession, ce n'est pas grave.. Ici encore, ne mentez jamais.. Tout cela est affaire de bons sens et de courtoisie.. Mettez-vous à la place du destinataire et dans la plupart des cas, vous trouverez vous-même ce qu'il convient de faire.. Dans ma.. prochaine rubrique.. , j'aborderai les rouages internes d'une maison d'édition.. © Quarante-Deux.. — Reproduction interdite sans autorisation.. Voir les.. conditions d'utilisation.. Création :.. dimanche 23 avril 2000 —.. Modification :.. dimanche 23 avril 2000.. Adresse du site :.. haut de page.. écrire à Quarante-Deux..

    Original link path: /archives/klein/inconnu/01.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Klein/À l'auteur inconnu 2 | Quarante-Deux
    Descriptive info: 2.. À l'auteur inconnu 2.. 12, mars 1988.. L'.. angoisse hante généralement le cœur de l'écrivain, même chevronné, qui adresse un manuscrit à une maison d'édition.. Au creux de la nuit, elle engendre bien des fantasmes que l'éditeur est parfois surpris de voir partagés par des auteurs confirmés.. L'un des tout premiers veut qu'il soit nécessaire d'avoir des relations dans la place pour être publié.. Un de ses corollaires est que les manuscrits simplement déposés ou envoyés par la poste ne seraient jamais lus, du moins sérieusement.. Ces deux convictions répandues sont totalement erronées.. Toutes les grandes maisons dépensent une énergie et un argent considérables pour examiner.. tous.. les manuscrits qu'elles reçoivent, d'où qu'ils viennent.. Une seule exception doit être apportée à ce principe : certaines collections de poche et la totalité des clubs de livre ne publient par principe jamais d'inédits.. Il est donc tout à fait inutile de leur adresser des manuscrits.. C'est par exemple le cas du Livre de Poche et de France Loisirs.. Des auteurs éminents ont commencé leur carrière en expédiant un manuscrit par la poste.. Ce fut, dans notre domaine, le cas de Michel Jeury.. Et le mien.. De même, il est inutile, dans le domaine de l'édition, de chercher à protéger un manuscrit ou même un titre par une forme quelconque de “dépôt légal”.. Je n'ai jamais rencontré ni même entendu parler d'une affaire sérieuse de plagiat d'un manuscrit inédit.. Il n'en va pas de même dans les domaines du cinéma ou de la télévision, mais cela est une tout autre histoire.. Lorsqu'un manuscrit parvient à une maison d'édition, il est d'abord pris en main par le service des manuscrits.. Celui-ci l'enregistre et en accuse généralement réception à l'auteur.. Puis il l'oriente, en fonction des indications contenues dans la lettre d'accompagnement, vers un premier lecteur plus ou moins spécialisé.. Ce premier lecteur remplit une fiche où il résume plus ou moins bien le manuscrit et donne son avis.. Si ce premier avis est franchement négatif, le service des manuscrits en avertira l'auteur en lui indiquant les modalités de récupération de son texte.. Si cet avis est hésitant ou favorable, le manuscrit sera transmis à un second lecteur, parfois le directeur de collection qui lira lui-même ou fera relire.. Dans le doute, tout manuscrit est relu.. Cette procédure implique des lectures successives et donc des délais accrus à mesure que le manuscrit franchit les barrages successifs.. Un certain délai dans la réponse peut donc, sous toute réserve, être considéré comme positif.. La plupart des grandes maisons répondent dans des délais qui vont de un à trois mois, ce qui, vu de l'intérieur, est loin d'être excessif.. Il convient toutefois de tenir compte des périodes de vacances et un manuscrit reçu le 13 juillet risque fort de n'être pas examiné avant septembre.. Les lecteurs s'abstiennent également en général de lire le jour de Noël, le premier janvier et à Pâques.. Une réponse personnelle d'un directeur de collection, même si elle est négative, doit être considérée comme un grand honneur et être encadrée.. La plupart des auteurs espèrent généralement recevoir des  ...   changeant le titre —, à moins de transformations substantielles, à la même maison, ou de tenter de contourner l'obstacle supposé en s'adressant à tel de ses collaborateurs ou à son Suprême directeur, ou encore — cela se voit — au chef-comptable.. De toute façon, le manuscrit empruntera le même trajet et, comme les services des manuscrits possèdent des fichiers bien faits, la ruse sera vite éventée.. Il est déconseillé et même carrément maladroit, au moins pour un débutant, d'envoyer.. simultanément.. le même manuscrit à plusieurs maisons.. Si cela se sait — et le monde de l'édition est petit —, la réponse risque d'être rapide, brève et négative.. Un éditeur n'aime pas consacrer du temps, et donc de l'argent, à un manuscrit qui peut lui échapper.. Sauf improbable coup de cœur, il risque de se décourager.. Il vaut mieux être patient et tenter sa chance ailleurs ensuite en cas de refus.. Dans le même esprit, il est préférable de ne pas envoyer à une maison un manuscrit abondamment feuilleté dans une autre et qui porte encore parfois son numéro d'enregistrement — il m'est même arrivé de retrouver des fiches de lecture entre les pages.. S'il est matériellement impossible d'envoyer une photocopie fraîche, ce qui reste recommandé, il vaut mieux exposer la vérité dans la lettre d'accompagnement.. Une fois encore, un refus lié à une erreur d'orientation n'est pas infamant.. Afin d'éviter une telle erreur, il est préférable pour l'auteur de se renseigner sur les productions de l'éditeur visé et sur le contenu de la collection cible, s'il y en a une, ce qui est généralement le cas dans notre domaine.. Une visite approfondie d'une grande librairie ou d'une bibliothèque suffit généralement à se faire une bonne idée de la production d'un éditeur.. Le conseil d'un spécialiste authentique, par exemple d'un bon libraire, peut également aider.. À titre indicatif, je reçois assez souvent des lettres d'accompagnement qui commencent par : « Il paraît que vous éditez de la Science-Fiction, aussi je vous ai envoyé […] ».. Un auteur qui n'a pas la moindre idée de ce que je publie dans "Ailleurs et demain" ne me semble pas très professionnel.. Cela est tout aussi valable pour mes confrères.. De la même manière, il m'arrive de recevoir pour cette même collection des manuscrits qui relèvent du Fantastique le plus classique.. C'est assurément une perte de temps pour l'auteur.. Un auteur, même désespéré, ne doit jamais accepter une formule d'édition dite à compte d'auteur ni s'adresser à une maison qui la pratique.. Aucune maison sérieuse, grande ou petite, ne pratique le compte d'auteur.. Tout somme demandée à un auteur pour l'édition de son livre sera irrémédiablement perdue et la diffusion de son livre en librairie sera inexistante.. Il n'aura aucune chance sérieuse de bénéficier de l'attention de la presse.. À tout prendre, il vaut mieux s'auto-éditer.. Tout cela peut paraître décourageant et injuste, mais il y a des survivants et les librairies sont pleines de leurs œuvres.. J'évoquerai ce qui se passe si un éditeur vous dit « oui » ou « peut-être » dans ma.. mardi 22 janvier 2002..

    Original link path: /archives/klein/inconnu/02.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Klein/À l'auteur inconnu 3 | Quarante-Deux
    Descriptive info: 3.. À l'auteur inconnu 3.. 13, décembre 1988.. eut-être l'éditeur — ou le directeur de collection — vous adressera-t-il un jour un « oui » franc et massif ou un « peut-être ».. Cela arrive nettement plus souvent que les miracles à Lourdes ou que les atterrissages de soucoupes volantes sur la place de la Concorde.. Pour hâter ce jour faste, évitez de commettre deux erreurs assez courantes.. Il est à peu près inutile pour un débutant d'envoyer un projet de roman ou un fragment de roman.. Aucun éditeur ne se décidera sans lire un manuscrit complet tant il peut y avoir loin de l'intention à la réalisation et de la plus brillante idée à son écriture.. Ce serait donc du temps perdu pour tout le monde.. Un projet convaincra seulement l'éditeur, le cas échéant, qu'il ne lui est pas du tout destiné.. Sinon, il vous demandera de toute façon un manuscrit.. Une variante du procédé consiste pour le débutant à demander l'autorisation d'envoyer un manuscrit présentant telles et telles caractéristiques.. Si vous vous sentez sûr de vous, ne vous autorisez que de vous-même comme a dit un certain.. N'envoyez pas un manuscrit que vous sentez insuffisamment au point.. Allez au bout de vos possibilités.. Il m'arrive de recevoir des lettres d'accompagnement disant en substance : « Je travaille depuis deux ans sur ce manuscrit et je ne peux plus le voir en peinture.. Je sais bien qu'il faudrait le retravailler et le couper et peut-être même réécrire le début et la fin, mais je pense que vous accepterez de le faire pour moi… ».. L'aveu est touchant mais il n'a aucune chance d'emporter la décision.. Une démarche plus digne de controverse concerne l'envoi de nouvelles.. Je la déconseille en principe à un débutant car aucun éditeur ne peut guère envisager de publier un recueil de nouvelles d'un inconnu.. Cependant, si vous êtes tout à fait certain de l'intérêt et de l'originalité de vos textes, vous pouvez courir votre chance.. Si l'éditeur s'intéresse à vos nouvelles, un contact sera établi et vous bénéficierez peut-être par la suite d'un contact favorable.. Mais comme rien n'est sans revers, si vos nouvelles ont déplu, l'éditeur s'en souviendra ou du moins ses fichiers en garderont une trace, et vous aurez peut-être du mal à remonter la pente.. N'entamez pas indûment votre capital de confiance.. N'oubliez jamais que trois refus du même éditeur laissent mal augurer de votre avenir auprès de lui.. Le lecteur commencera par prendre connaissance des fiches de lecture précédentes et il pourra s'en trouver mal disposé.. Cela étant, la fortune sourit parfois aux audacieux et aux opiniâtres.. Surtout lorsqu'ils sont bons et qu'ils font des progrès sensibles d'un envoi à l'autre.. Laissons de côté le cas où l'éditeur vous dit carrément oui et vous parle de contrat.. J'y reviendrai plus tard.. Examinons celui, plus fréquent où il vous dit : « Peut-être… » et vous demande de retravailler votre texte.. Alors commence un terrible purgatoire au cours duquel la relation entre l'éditeur et vous peut se transformer en longue et solide amitié, en haine cordiale et réciproque, ou en n'importe quoi d'intermédiaire.. Faites confiance à l'éditeur.. Il peut se tromper sur votre texte et sur votre talent mais probablement moins que vous et vos proches et quoique vous en pensiez, il est par vocation et par expérience beaucoup plus indulgent que le public ne le sera sans doute.. C'est pour tout auteur, même publié et confirmé, une terrible blessure narcissique que de s'entendre dire que son œuvre est imparfaite.. L'éditeur le sait.. On ne dit généralement pas, à moins de méchanceté, à une mère que son enfant est raté, moche, ou carrément anormal.. L'éditeur est, lui, en conscience, obligé de le faire.. Il y a cela au moins une bonne raison : il est en général difficile de refaire un enfant mais un manuscrit peut toujours être amélioré.. Une fois imprimé, il sera trop tard, définitivement.. L'éditeur est le premier vrai lecteur.. Vos proches, vos amis, vos relations ne sont pas en ce sens de vrais lecteurs.. N'attachez presque aucune importance à ce qu'ils vous disent de votre œuvre sauf s'ils la critiquent férocement, et encore.. Ils vous connaissent, ils vous fréquentent, vous supportent et ne  ...   de les suivre ou non.. Ils savent que le point de vue de l'éditeur — premier lecteur — leur donne un recul par rapport à leur texte qu'ils n'atteindraient pas naturellement.. Pour ma part, et par expérience, je considère que l'éditeur doit demeurer relativement non-directif et procéder par petites touches, ce qui n'exclut pas la franchise et même une certaine brutalité dans l'expression qui, à demeurer trop prudente, pourrait s'enliser dans la litote.. L'éditeur doit, pour moi, contribuer à révéler un texte plutôt que le remanier lui-même.. Sans quoi, il finirait par s'agir d'une collaboration et l'auteur un jour dépourvu de son mentor pourrait se retrouver fort démuni.. À mon sentiment, il est sain qu'un auteur se demande, et longuement, ce que son éditeur a bien pu vouloir dire.. Mais il n'y a pas en ce domaine de règles absolues et tout est affaire de circonstances et de personnalités.. Que l'éditeur soit lui-même un écrivain ou non n'a aucune espèce d'importance.. C'est en tant que lecteur qu'il juge et conseille.. On ne demande pas à un médecin d'avoir essayé toutes les maladies.. Les auteurs peuvent avoir tendance à trop faire confiance ou à trop demander à un écrivain qu'ils admirent — à supposer qu'un écrivain puisse réellement en admirer un autre — et à qui ils voudraient ressembler, ou inversement à repousser toute suggestion d'un éditeur qu'ils supposent, éventuellement à juste titre, incapable d'écrire aussi bien qu'eux.. Mais là n'est pas le problème.. N'oubliez pas non plus que l'éditeur peut se lasser, qu'il peut finir par laisser publier un livre dont il sait qu'il n'est pas achevé, qu'il pourrait être meilleur.. C'est une cause majeure et trop fréquente d'échec auprès du public.. Souvent, un petit travail supplémentaire aurait fait la différence.. Beaucoup de livres publiés sont acceptables mais pas.. assez.. bons.. Soyez exigeant avec vous-même et apprenez à interpréter la moindre réticence de l'éditeur.. Provoquez-la plutôt que de la repousser.. La plupart des éditeurs professionnels sentent, plus ou moins consciemment, quelle sera exactement l'audience du manuscrit qu'ils ont entre les mains.. Ils s'abusent tout en le sachant plus souvent par excès d'optimisme, voire par laxisme, que par excès de rigueur ou de pessimisme.. Ils poussent à la publication plutôt qu'ils ne la freinent.. Et vous risquez d'en être la première victime.. La sortie d'un livre est une arme à un coup.. Bien entendu, un éditeur peut se tromper sur l'auteur et sa capacité à tirer parti des suggestions faites, sur les modifications qu'il conviendrait d'apporter au livre, sur la forme des conseils qu'il donne.. Avec ceux d'enseignant, de gouvernant et de psychanalyste, le métier d'éditeur est une tâche impossible.. Mais il y a un point sur lequel un homme d'expérience a peu de chance de se tromper : c'est sur l'adéquation du livre au public qu'il connaît.. C'est pourquoi on ne peut vraiment tirer parti des conseils d'un éditeur que si on a une idée de ses choix antérieurs, du public qu'il vise, de ses ambitions.. C'est pourquoi aussi si quelque chose ne marche vraiment pas entre votre éditeur putatif et vous, il vaut mieux, en dernier ressort mais seulement alors, envisager d'en changer.. C'est que probablement quelque chose n'ira pas, non pas tant entre cet éditeur et vous qu'entre son public et vous.. Personne ne peut transformer un roman expérimental en best-seller et inversement.. Le véritable problème d'un auteur qui aspire à un certain professionnalisme, c'est de rencontrer son public.. Un éditeur peut l'y aider, mais pas l'y contraindre.. Et un bon livre trouve toujours son éditeur.. Faites confiance à l'éditeur qui vous a encouragé.. Écoutez-le ! Il effectue une tâche difficile et souvent ingrate, dévoreuse de temps et d'énergie.. Ne considérez pas ses critiques comme des attaques mais comme des marques d'estime.. Il vous tend un miroir forcément imparfait mais dont vous supporterez sans doute d'autant moins l'image qu'il vous renvoie qu'elle sera plus fidèle.. Il veut sans doute votre bien.. Tirez-en le meilleur parti.. Ne rompez jamais les ponts sur un coup de tête.. Ne jouez pas à l'écrivain maudit.. Mais si ce bien ne devient pas un bien commun, allez voir ailleurs.. Vous êtes un homme ou une femme libre.. Et qui sait ? Vous retournerez peut-être le voir un jour..

    Original link path: /archives/klein/inconnu/03.html
    Open archive
  •  

  • Title: Archives stellaires/Klein/À l'auteur inconnu 4 | Quarante-Deux
    Descriptive info: 4.. À l'auteur inconnu 4.. 14, avril 1989.. On peut considérer l'écrivain selon trois points de vue différents :.. on peut le considérer comme un conteur,.. comme un pédagogue et comme un enchanteur.. Un grand écrivain combine les trois.. Vladimir.. Nabokov.. artiste travaille aujourd'hui sans filet aucun.. Il va tenter de vous dévoiler les arcanes de son art, en bref, de répondre à la question que posent implicitement ou explicitement à un moment quelconque presque tous les auteurs de manuscrits : « Docteur, que dois-je faire ? », tout en se bouchant énergiquement les oreilles.. Il utilisera bien plus souvent la négation que l'affirmation, car il est plus facile de définir ce qu'il ne faut pas faire que d'enseigner ce qu'il faut faire.. Il demeurera cruellement conscient qu'à toutes ses exhortations et démonstrations, on pourra toujours opposer un contre-exemple.. Il va tenter cependant de dire ce qui le démange depuis longtemps, à savoir ce qui ne va pas dans la Science-Fiction française et qui fait qu'elle est loin d'obtenir une part raisonnable de l'audience du genre.. Il est clairement entendu qu'il ne sera en effet question ici que de SF et non de poésie, de livres de cuisine ou d'atlas géomantiques, catégories également respectables mais auxquelles les préceptes énoncés ne sont pas nécessairement supposés s'appliquer.. La première constatation pénible dans l'exercice de l'écriture est que le texte rencontrera tôt ou tard un lecteur et qu'il doit plaire à ce lecteur ou plus précisément encore le séduire.. Le lecteur donne toujours quelque chose à l'auteur, du temps, de l'argent et de préférence pour l'auteur : les deux.. Il exige, en échange, d'être distrait.. Cette exigence peut prendre la forme d'une intense excitation intellectuelle, d'une formidable exaltation esthétique ou plus banalement d'une identification à un personnage exotique, mais elle a toujours le même sens, totalement égoïste du point de vue du lecteur, être ravi.. S'il s'ennuie, il s'en ira et pis, s'en souviendra.. Le lecteur est sans volonté aucune, capricieux, inconstant, conformiste, dénué de courage et de la plupart des valeurs qui rendent la vie en société à peu près supportable, et qui plus est, hargneux : c'est un être tout à fait méprisable mais malheureusement indispensable à l'activité de l'auteur.. Sa seule excuse est que la lecture est généralement un exercice solitaire et qu'il se comporte donc comme font les gens lorsqu'ils savent ou croient que personne ne les observe : épouvantablement mal.. Le psychanalyste aura reconnu au passage une figure quasi-emblématique de la régression.. La leçon que l'auteur doit en tirer, c'est qu'il doit prendre au piège le lecteur, l'introduire dans son rêve et surtout ne jamais le réveiller avant la fin du texte.. De manière générale, veiller au plaisir du lecteur qui est, comme chacun sait, dans tout rêve, de satisfaire un désir, assez rarement masochiste bien que cela se voie.. On m'objectera que l'auteur qui, lui, est altruiste, original, courageux, persévérant et, de façon générale animé des intentions les plus généreuses, cherche précisément à éveiller le lecteur à des réalités ou à des idéaux plus élevés, à dissiper les illusions sociales ou métaphysiques qui obscurcissent son entendement, etc.. Mais je rétorquerai finement qu'il est plusieurs usages du sommeil et du rêve, en particulier pédagogiques, et que l'auteur qui a fait parcourir son rêve de bout en bout par un lecteur à l'état médusé laissera bien quelques traces dans ce lecteur réveillé.. Je ne m'inquiète du reste pas du tout ici des intentions de l'auteur mais, en honnête sophiste, des procédures qui visent à le satisfaire et je répète qu'il faut d'abord endormir l'incrédulité du lecteur et ensuite le mener aussi doucement qu'il sera nécessaire pour ne jamais la réveiller.. Car s'il se lève et jette le livre, la meilleure intention est perdue.. Il faut donc une histoire, à cette histoire une idée et qu'elle soit raisonnablement originale mais pas trop peut-être, si tant est qu'une idée puisse être trop originale, ce dont je doute, et encore que cette idée, dans son développement, demeure suffisamment vraisemblable pour ne pas solliciter exagérément la crédulité du lecteur.. Cela peut sembler aller de soi.. Mais une très longue fréquentation des textes publiés et non publiés dans la SF française de tous niveaux me donne hélas à penser qu'on y trouve peu d'histoires, assez peu d'idées et encore moins d'histoires et d'idées originales.. L'auteur, trop souvent, au lieu de réfléchir longuement à une idée et d'en tirer une histoire qui se tienne, ou encore d'attendre que ça vienne se contente d'exprimer son état d'âme psychologique ou social, lyrique ou chagrin, en espérant que les fluorescences de son style emballeront suffisamment bien le tout pour que le lecteur prenne  ...   laissé reposer son texte un certain temps, en songeant à toutes ces scories, en considérant sans indulgence ses virtuosités stylistiques.. Une des choses qu'on apprend le plus difficilement et qui demande le plus d'expérience, c'est qu'on a toujours avantage à trancher dans son texte, à couper tout ce qui est manifestement inutile.. C'est un exercice très difficile parce qu'il y a dans presque tout écrivain quelque chose d'un orateur silencieux et donc, une approche un peu répétitive, spiralée, de l'expression idéale, et que chaque variation du thème secrètement ressassé lui apporte quelque chose.. Mais il y a un moment où il faut choisir et rien n'égale l'efficacité d'une grande économie de moyens.. Il faut être un écrivain très remarquable et très expérimenté pour savoir faire long, pour éventuellement tirer à la ligne sans ennuyer.. Un aspect très important et souvent mal maîtrisé en France du développement d'une scène est la description physique de son lieu et de ses protagonistes.. Il est très important que les lecteurs puissent voir les choses.. Cela ne signifie pas qu'il faut se lancer dans des descriptions oiseuses mais qu'en quelques mots, les descriptions spatiales et éventuellement les couleurs, les odeurs, doivent être posées et que tout, dialogues, mouvements, doit par la suite tendre à préciser cette géométrie et surtout ne jamais la rendre incohérente.. Si vous avez placé trois personnages dans une scène et que deux seulement dialoguent à perte de vue, n'oubliez pas le troisième pendant six pages.. Tout cela est affaire de rythme.. De même, le développement d'une histoire, nouvelle ou roman, doit refléter une certaine structure, un certain rythme.. Si vous avez besoin à un moment donné de votre intrigue d'un.. deus ex machina.. , extraterrestre, voyageur temporel ou fourmi parlante, ne l'introduisez pas dans votre texte immédiatement avant son intervention dans l'action.. Le lecteur pourrait penser que vous vous fichez de lui.. Il en va évidemment de même pour les dialogues.. Plus ils seront ramassés et meilleurs ils seront.. Souvent les débutants, croyant faire “vivant”, étalent d'interminables dialogues dont on pourrait retrancher la moitié sans perdre une bribe de sens.. Évitez les plaidoiries ou les explications en forme de tunnel.. Un souci dévoyé de l'“authenticité” en pousse beaucoup à produire des dialogues d'une plate vulgarité.. En réalité, le dialogue est probablement ce qui se rapproche le plus, dans l'écriture romanesque, du poème et du combat rapproché.. Un mot ou un geste de trop et vous êtes par terre.. La morale de tout cela est qu'un écrivain débutant et même confirmé, doit beaucoup réécrire.. Il m'est arrivé très souvent de réécrire, au stylo, parfois à la machine, six fois, sept fois, voire une douzaine de fois un fragment d'un texte ou un texte entier.. Le réécrire entièrement, par opposition aux corrections locales ou marginales, permet de saisir et de faire évoluer son rythme.. Réécrire est la seule façon de se doter d'un style.. Écrire beaucoup aussi.. N'hésitez pas à noircir du papier quand vous avez une idée, une impression.. Le texte ainsi produit ne vous servira peut-être jamais, ou peut-être trouvera-t-il un jour sa place dans une œuvre, mais vous aurez appris quelque chose même si vous ne vous en rendez pas compte.. Sur cette question de style, ne cherchez pas à en faire trop.. Bien des textes de la Science Fiction française ambitieuse souffrent d'un excès de sophistication dans l'écriture et donnent l'impression d'avoir été influencés par la partie la plus contestable de l'extrême fin symboliste du siècle dernier, du Sâr Peladan à Huysmans.. Est-ce que cela cacherait le défaut d'un style personnel et la crainte d'écrire plat ?.. Quel qu'il soit, votre style vous est aussi personnel que vos empreintes digitales et, si vous voulez le faire évoluer, vous ne pourrez pas davantage le modifier radicalement.. Mais on peut toujours tirer le meilleur parti de sa façon naturelle d'écrire, à condition d'extirper les plus gros défauts et donc, d'abord, d'en prendre conscience.. Le talent, et en particulier l'aisance stylistique, sont-ils innés ou du moins donnés ou résultent-ils d'un travail de musculation ? Vaste question métaphysique qui se pose également pour les champions du cent mètres haies.. N'entreprenez pas de la résoudre.. Mais si vous n'avez pas de facilité particulière, souvenez-vous d'une part que Wells, qu'on lit toujours, fut condamné en son temps pour absence de style ou pis pour style journalistique par des gens qu'on ne lit plus, et d'autre part que la littérature de Science-Fiction est, en raison de l'importance de l'idée et de son développement, celle où l'on peut le plus convenablement se passer d'un style éblouissant.. Nous verrons précisément la.. prochaine fois.. quelques aspects de la problématique de l'idée.. dimanche 6 juillet 2003..

    Original link path: /archives/klein/inconnu/04.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Klein/À l'auteur inconnu 5 | Quarante-Deux
    Descriptive info: 5.. À l'auteur inconnu 5.. 15, août 1989.. Une idée, c'est la rencontre d'un désir et d'une information.. Je.. Aucune littérature n'est originale, sauf la première qui est inconnue.. André.. Maurois.. L.. a Science-Fiction est une littérature d'idées.. Quel que soit l'ouvrage au travers duquel vous l'avez découverte et avez ressenti le plein impact de sa différence, il y a de fortes chances pour qu'il ait été construit autour d'une idée originale et remarquable.. Peut-être avec le temps et l'expérience, cette idée vous semble-t-elle moins fulgurante ou carrément banale, mais elle demeure d'une nature telle qu'elle n'aurait pas pu être traitée hors la SF.. En y réfléchissant pour écrire cet article et partant à la recherche d'un contre-exemple, je n'ai pas trouvé un seul des chefs-d'œuvre de la SF qui ne soit construit sur ou autour d'une ou de plusieurs idées fortes.. Cette place de l'idée est probablement ce qui fait l'originalité de la SF et lui donne la dimension d'un art conceptuel.. Que vous lisiez Flaubert ou Barbara Cartland ou même Proust et Joyce, vous ne risquez pas d'être surpris par une idée inattendue.. Les relations entre êtres humains, ou entre humains et réalité, qui sont la trame de la littérature générale font pour l'essentiel partie de l'expérience commune ou sont présumées telles.. C'est le traitement ou la formulation qui font la différence.. Il n'en va pas tout à fait de même pour le roman policier ni chez quelques écrivains comme Poe, Kafka, Borges ou Chesterton et maintenant Süsskind, mais c'est que ceux-là justement se sont beaucoup approchés de la Science Fiction.. De toute façon, ce n'est pas là notre sujet.. Notre sujet, c'est que pour devenir un écrivain passable de SF, il faut avoir des idées.. Malheureusement, beaucoup d'auteurs français n'en sont pas persuadés si j'en juge par les manuscrits que je reçois et par certains textes publiés qu'il m'arrive de lire.. Ces auteurs, dont vous n'êtes pas, se montrent à court d'idées de trois façons principales.. La première consiste à tout miser sur l'écriture, de préférence obscure, et à faire s'entrechoquer des termes qui vous ont une allure de science ou de SF, comme cosmique, galaxies, stellaire, tellurique, hyperspatial, etc.. Dans le meilleur des cas, ce verbe inspiré vous a une petite allure d'astronef ivre ou d'ordinateur qui affecte des couleurs aux lettres.. La seconde consiste à renormaliser — les physiciens me comprendront, et les autres aussi — dans un décor de SF une intrigue qui aurait été parfaitement à sa place dans un western, un roman sentimental, historique, médical, policier ou simplement psychologique.. Un cas particulier de cette renormalisation glisse du côté de l'.. Heroic Fantasy.. ou du conte de fées et emprunte la formule réchauffée autant qu'inusable de la Quête.. La troisième enfin, et qui a au moins certaines vertus pédagogiques, consiste à refaire purement et simplement une histoire qui a déjà été écrite par quelqu'un d'autre présumé riche d'originalité.. Tout cela est beau, me diront certains, mais le problème c'est que j'ai envie d'écrire de la SF, que j'ai une plume admirable, mais que je n'ai pas d'idées.. À quoi je leur rétorquerai que s'il s'agit chez eux d'une carence irrémédiable, il vaut mieux qu'ils réintègrent la littérature générale, mais que je ne crois guère vraisemblable une pathologie aussi lourde.. Il y a toujours moyen de trouver des idées quand on s'en donne la disposition d'esprit et les instruments.. Il y a dans le domaine de la SF, comme dans celui de la science du reste, deux grands types d'idées.. Celles d'abord, foudroyantes, totalement inédites, qui ouvrent un champ entier de spéculation.. Par exemple, l'idée du voyage dans le temps : trop tard, elle est déjà prise par un certain Wells depuis 1895.. Celle de l'homme invisible, celle des mondes parallèles, celle des arches stellaires, celle du robot, celle du mutant.. Je m'échine à suggérer aux universitaires de préparer des thèses sur l'histoire des thèmes et des idées dans la SF mondiale mais ils préfèrent malheureusement traiter de sujets structuralistes qui démontrent que tout est dans tout et réciproquement, et que c'est toujours la même chose à très peu près depuis que le premier a commencé.. Le second type, d'un abord plus courant, réunit celles qui ont déjà été traitées par quelqu'un d'autre et probablement inventées par un certain, mais qui demeurent susceptibles de variations inattendues, d'extensions nouvelles, de recombinaisons avec d'autres de même eau, et ainsi de suite.. Les idées du premier type finissent toujours par intégrer le second et donnent à la SF, sur un modèle peu ou prou approché de celui de la science, son caractère d'entreprise collective.. Il y a autant de chefs-d'œuvre établis sur des idées du second type que sur celles du premier et probablement davantage.. Il n'est donc pas absolument indispensable, de même qu'en recherche scientifique, d'avoir une idée complètement inouïe pour faire un très bon livre, mais il est tout à fait indispensable d'y apporter quelque chose de personnel, un développement inédit.. Même en ce qui concerne les idées du premier type de nature à vous assurer une gloire éternelle, il ne faut pas désespérer.. Je me souviens d'une controverse amicale entre Philippe Curval et moi-même, à la librairie de la Balance, sur la fin des années 50.. Curval déplorait que nous venions trop tard ; toutes les grandes idées de la SF avaient déjà été inventées.. Il ne restait plus place que pour des fioritures.. Je protestais avec vigueur, plus par optimisme foncier et goût de la contradiction que par intime conviction.. Mais le nombre des idées maîtresses — à la création desquelles nous avons contribué, lui et moi, pour notre modeste part — qui sont apparues depuis le début des années 50 m'a donné raison.. J'estime, assez arbitrairement faute des travaux d'historiens souhaités plus haut, que 90 % des grandes idées de la SF ont été inventées depuis cette conversation, et j'affirme sans aucun risque de me trouver un jour démenti que 90 % des idées du premier type restent indéfiniment à découvrir.. J'ai l'.. 'infini.. pour moi.. Où les  ...   et de bonne qualité se trouve sans difficulté dans nombre de livres et de magazines disponibles dans tous les kiosques et librairies.. Je citerai.. Science et vie.. Science avenir.. la Recherche.. Pour la science.. , et pour ceux qui lisent l'anglais.. Scientific American.. Discovery.. et l'hebdomadaire.. Science news.. , plus difficile à se procurer car il n'est disponible que sur abonnement.. Il convient de traiter avec plus de méfiance les rubriques spécialisées des quotidiens,.. Libération.. et.. le Monde.. mis à part, et plus encore celles des hebdomadaires qui racontent souvent n'importe quoi.. Considérez avec la plus grande réserve les émissions télévisées, encore que les images puissent nourrir l'imaginaire et que de l'hyperbole emphatique et de l'ellipse confuse puisse surgir à l'occasion une illumination personnelle.. Cultivez un scepticisme de bon ton sans qu'il devienne un boulet.. La parapsychologie est sans fondement expérimental mais sa problématique peut fonder une histoire.. De même pour la mémoire de l'eau ou la fusion froide.. Vous n'avez pas besoin de lire les magazines de la première à la dernière ligne et s'il vous arrive de tomber sur un article que vous ne comprenez pas, dites vous que vous n'êtes pas le seul.. Mais prenez l'habitude au moins de les feuilleter et de lire plus attentivement ce qui a retenu votre attention.. Un numéro moyen d'un magazine scientifique quelconque contient au moins dix bonnes idées de SF qui feraient du reste probablement horreur à ses rédacteurs.. Si vous n'avez pas les moyens de les acheter, trouvez une bibliothèque ou séduisez un (une) propriétaire d'une Maison de la Presse.. La qualité la plus prodigieuse et la plus sous-estimée de nos sociétés développées, c'est que l'information y est partout disponible et presque gratuite.. Une fois encore, ce n'est pas tant de savoir qu'il s'agit — ni d'écrire de la.. Hard Science.. — que de considérer le monde avec un autre regard, fureteur et problématique.. La plupart des humains perdent malheureusement toute curiosité autre qu'immédiatement fonctionnelle tout de suite après la puberté, sans doute parce qu'ils pensent avoir enfin percé le secret de l'univers.. Redevenez un enfant questionneur.. Demeurez un éternel étudiant.. Soyez l'innocent aux mains pleines du désir de l'enfant, de la curiosité aventureuse de l'adolescent, de l'information réfléchie de l'adulte.. Amen.. Pour ce qui est des idées du second type, une bonne culture science-fictive est un préalable nécessaire à leur exploitation.. D'abord pour que vous ne redécouvriez pas la Lune au sens propre, ce qui se voit tous les jours, mais surtout pour que vous soyez stimulé par les inventions des autres.. Il m'est arrivé cent fois au fil de mes lectures, sans nécessairement passer à l'acte, d'avoir envie de traiter sous un autre angle une idée rencontrée dans une brillante histoire.. De ce désir, il reste toujours quelque chose qui fera son chemin.. La SF est un filet, une tapisserie perpétuellement ravaudée et étendue.. Un auteur doit en lire pour ne pas la répéter et ensuite pour la reprendre et la continuer.. Rien n'est plus ridicule qu'un écrivain qui prétende, pour s'assurer l'originalité de la virginité, partir de la table rase de l'ignorance.. Nous avons tous, présents à l'esprit, des exemples de fanfarons venus de la littérature générale qui, ayant décidé de se lancer dans la SF et de la doter enfin d'une œuvre majeure, se sont retrouvés surpris et penauds de se voir opposer des ouvrages vieux d'un demi-siècle et autrement bien torchés.. Peut-être est-il souhaitable, comme le pensait G.. B.. Shaw, de ne rien lire quand on compose une œuvre, de crainte de subir une influence, mais cela ne dispense pas d'avoir lu avant.. Même s'ils avouent parfois ne plus lire autant de SF que par le passé, faute de temps, tous les grands écrivains anglo-saxons du domaine reconnaissent en avoir beaucoup lu et font l'effort de se tenir au courant.. Vous aussi, sans le moindre doute.. Surtout si vous êtes jeune, ne redoutez pas de subir des influences.. Si vous admirez un auteur, étudiez-le, regardez comment il mène son histoire, introduit ses idées, ses personnages, comment il fait tomber ses dialogues, quel rythme il adopte.. Lisez et relisez jusqu'à l'écœurement.. Je reviens ainsi, pour conclure, quelque peu au thème de ma.. rubrique précédente.. Un exercice très formateur consiste à recopier à la main un texte particulièrement prisé.. Pourvu qu'on y mette un peu d'attention, on répète beaucoup mieux, dans l'enchaînement physique des mots, les bonheurs et jusqu'aux erreurs du modèle charismatique.. Il ne s'agit pas de partir à la chasse aux trucs, mais de se pénétrer d'un modèle, d'en tirer une seconde nature.. Un artiste ne calcule pas ses effets, mais son inconscient les a calculés pour lui à partir d'une expérience intériorisée.. Un exemple plus difficile consiste à réécrire à sa manière une nouvelle classique.. Souvenez-vous de Robert Silverberg en pleine possession de ses moyens qui rend avec.. les Profondeurs de la Terre.. hommage au splendide roman de Joseph Conrad :.. le Cœur des Ténèbres.. Lisez les deux et vous verrez à quoi peuvent conduire l'amour et l'admiration d'un grand texte.. Quand on écrit beaucoup, ou du moins assez, on se dégage toujours d'une influence.. Sauf de la sienne propre.. Autant qu'il est possible, ne vous répétez pas, ni sur le plan des idées, ni sur celui du style.. Rien n'est plus agaçant que ces auteurs qui bâtissent une carrière sur la réécriture du même livre et qui s'en lassent eux-mêmes.. Essayez de faire de chaque texte une aventure différente.. Ne craignez pas d'y perdre votre personnalité.. Seuls les génies et les saints parviennent à la transparence.. Faites l'effort d'écrire une fois simple, populaire et une autre fois compliqué, littéraire comme on dit.. Trop d'auteurs n'ont qu'un seul registre et une seule idée, sempiternellement reconduits.. Si vous en avez plusieurs, dans le pire ou le meilleur des cas, vous trouverez aussi plusieurs éditeurs.. Et peut-être même plusieurs lecteurs.. Dans notre.. , et puisque d'ici là vous aurez eu le temps d'écrire quelques chefs-d'œuvre, nous aborderons le chapitre des contrats et notamment celui des droits annexes.. mardi 13 juin 2000..

    Original link path: /archives/klein/inconnu/05.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Klein/À l'auteur inconnu 6 | Quarante-Deux
    Descriptive info: 6.. À l'auteur inconnu 6.. 16, janvier 1990.. Note liminaire : je constate tout d'abord sans savoir si je dois m'en chagriner ou m'en féliciter que cette rubrique ne donne naissance à aucun courrier.. Cela peut signifier qu'elle est si parfaite qu'elle répond en son état à tous vos problèmes ou bien qu'elle vous intéresse si peu qu'il vaut mieux épargner l'arbre qui sert à l'imprimer.. Andrevon vous en sera personnellement reconnaissant.. assons sur l'autre rive du texte.. Tel Charon, le directeur de collection ou l'éditeur chargé de votre texte vous a fait traverser le Styx.. Il vous a couronné d'olivier comme le glorieux Dante et confié à un cerbère dont l'une des gueules brandit un stylet tandis que l'autre bave autour d'un cylindre de papier roulé : le contrat.. Ô poète, ton cœur bat à la fois d'angoisse et d'attente virginale, et ta main droite tremble si fort, à supposer que tu ne sois pas gaucher, qu'il est douteux que tu parviennes à marquer, même de la croix de l'illettré, le pacte irrémissible qui t'est tendu.. Toi qui signes ici, perds toute espérance.. N'imagine pas en effet, simple mortel, qu'un être aussi angélique qu'un directeur de collection te présente un contrat.. Sa condition est bien trop élevée dans les sphères esthétiques.. Par faveur spéciale, il y fera peut-être allusion, te donnera quelques explications succinctes.. Ayant remisé très provisoirement mes ailes au vestiaire comme je suis obligé de faire chaque jour, mon bureau étant trop petit pour les contenir, je vais m'efforcer de me montrer plus prolixe et d'élucider quelques points qui font bizarrement problème, à la lumière d'une expérience plus que trentenaire.. Je n'ai pas l'intention pour autant de prononcer un cours de droit civil.. Pour celui qui désire pénétrer dans leurs profondeurs les arcanes du contrat d'édition, il existe des ouvrages spécialisés qu'on trouve dans les librairies juridiques.. Dans un genre plus agréable, je ne saurai trop conseiller le copieux et excellent ouvrage de Jean Guénot,.. Écrire.. , édité par l'auteur et qu'on peut se procurer chez lui par la poste (85, rue des Tennerolles — 92210 Saint-Cloud), ou parfois dans les FNAC.. Il contient notamment le texte complet de la loi de 1957.. Mais ce que je m'en vais vous exposer devrait suffire dans la plupart des cas.. C'est donc, une fois le manuscrit ou, plus rarement le projet, accepté, un service des contrats, au moins chez les grands éditeurs, qui vous enverra l'objet en deux ou trois exemplaires, généralement par la poste.. La presse raffole d'histoires de contrats signés précipitamment dans le bureau du Grand Éditeur ou à l'issue d'un repas, mais je n'ai jamais assisté à de telles scènes.. On n'en trouve du reste aucune trace dans les vastes compositions historiques qui ornent désormais les murs de la gare d'Orsay.. Un contrat est tout simplement un texte par lequel plusieurs personnes physiques ou morales s'obligent réciproquement à des choses sur lesquelles elles sont tombées préalablement d'accord.. Puisqu'il s'agit de droit civil et d'accords passés sous seing privé, il n'y a en principe aucune limite à ce que ce texte peut contenir.. Tout est négociable, tout est contractualisable à l'exception évidemment de ce que les lois interdisent expressément.. Celle de 1957, précisément, est venue limiter dans une direction plutôt favorable aux auteurs cette admirable liberté contractuelle de principe.. Nous y reviendrons à l'occasion.. Il existe par ailleurs un certain code des usages de l'édition dont j'ai égaré le texte et dont l'importance ne me semble pas certaine puisqu'il n'a pas de caractère contraignant.. La quasi-totalité des termes d'un contrat d'édition relève du bon sens pur et simple et je pressens que je vais avoir l'impression d'enfiler des truismes comme Hercule les navettes d'Omphale.. Par exemple : avant de signer un contrat, lisez-le.. Puis relisez-le encore une fois et peut-être même une troisième fois.. Si vous l'acceptez, n'oubliez tout de même pas de le signer et de parapher chaque page, ce qui est simplement destiné à indiquer que vous l'avez lue.. Si vous êtes dans le bureau de votre interlocuteur, il attendra, et s'il n'a pas ce temps, vous êtes tout à fait en droit de lui demander d'emporter ce texte pour le lire chez vous à tête reposée et le lui ramener ou le lui renvoyer le lendemain.. Si vous n'êtes pas d'accord avec tel ou tel point, dites-le lui ou demandez des explications.. Le tout nouvel auteur hésite souvent à faire valoir des prétentions aussi naturelles, de crainte que son cher manuscrit lui soit renvoyé à la figure.. Il a tort.. Exprimées sans paranoïa et sans méfiance obsessionnelle, ce qui se voit, de telles demandes seront acceptées sans hésitation.. De même, s'il y a un mot ou un passage que vous ne comprenez pas, n'hésitez pas à demander une explication.. Il vous arrivera de découvrir que votre interlocuteur, pourtant rodé de longue date à cette pratique, ne sait pas très bien de quoi il s'agit.. Beaucoup plus souvent que d'un piège subtil, il s'agit d'ordinaire d'une vieille clause, parfois contraire à la loi voire contradictoire avec d'autres articles du contrat, qui a survécu par la force de l'habitude, aux remaniements successifs du contrat-type.. Ainsi sont les administrations.. N'oubliez pas que je parle ici uniquement de.. contrats d'édition.. passés avec des maisons sérieuses et jouissant d'une certaine ancienneté et.. non pas.. de contrats cinématographiques, télévisuels, audiovisuels ou relevant du show-biz en général.. Dans ces derniers domaines, vous avez à faire avec le diable en personne ; la moindre virgule doit être scrutée à la loupe et il est préférable de vous en remettre à un professionnel, agent, avocat ou éditeur (voir ci-dessous au chapitre des droits annexes).. Le métier de l'édition est encore en France pratiqué par des gens d'une certaine honorabilité, voire d'une honorabilité certaine et qui savent qu'un bon contrat est celui qui sert le mieux les intérêts des deux parties.. J'exclus toutefois de ce brevet d'honorabilité d'une part les maisons qui font du compte d'auteur, c'est-à-dire de l'édition aux frais de l'auteur — à proscrire absolument — et celles toutes jeunes, où l'inexpérience de l'éditeur néophyte fait parfois frémir quand bien même il aurait de l'édition une expérience littéraire.. Un contrat peut prendre la forme d'une simple lettre.. Cela nécessite une bonne dose de confiance entre les deux interlocuteurs, mais dans de nombreux cas, c'est amplement suffisant.. Pour prendre un exemple, le contrat vieux de plus de vingt ans qui nous lie Robert Laffont et moi pour la direction de la collection "Ailleurs et demain" compte moins de dix lignes et n'a plus jamais fait l'objet de la moindre discussion entre nous.. Nous savions l'un et l'autre ce que nous attendions l'un de l'autre et une poignée de main aurait suffi.. Mais je dois dire sans flagornerie que Robert Laffont a la réputation d'un homme d'une honnêteté scrupuleuse.. Il attend non sans raison le même comportement de ses interlocuteurs.. Une lettre-contrat sera presque toujours la formule utilisée pour une anthologie.. Elle n'engagera.. sauf mention contraire.. que de simples droits de reproduction du texte visé, l'auteur conservant, en général au-delà d'une certaine période d'exclusivité, l'entière propriété de son œuvre.. Je rappelle ici que, sauf contrat explicitement contraire, toute œuvre publiée dans un périodique demeure la propriété entière de son auteur qui pourra par exemple la reprendre ultérieurement dans un recueil.. Cela se justifie par le fait qu'une parution dans un périodique a par définition une durée limitée et que l'auteur ne saurait sans son acceptation écrite céder la chose au-delà de son usage.. Il m'est toutefois revenu aux oreilles de plusieurs côtés que la direction de la revue.. Fiction.. aurait fait signer à certains auteurs publiés par cette revue des lettres-contrats lui attribuant la propriété littéraire de ces textes et lui donnant par conséquent le droit de les revendre ultérieurement à d'autres éditeurs.. Il n'y a rien d'illicite dans cette pratique, mais je pense que les auteurs qui l'ont acceptée ont fait un mauvais calcul en s'obligeant de la sorte.. En effet, la sus-dite revue n'est pas nécessairement la mieux placée pour revendre de tels textes à destination d'un recueil ou d'une anthologie, et il peut en résulter pour l'auteur des situations inextricables.. En tout état de cause, pour un tel contrat, une durée devrait être définie que j'estimerai au maximum à deux ans et plus normalement à un an, ainsi qu'un partage des éventuels droits annexes ou secondaires qui soit très favorable à l'auteur et qui corresponde pour la revue à une commission normale d'agent littéraire : disons entre 10 et 20 %.. Lorsqu'il s'agit d'un livre, roman, essai, recueil de nouvelles ou d'articles, une simple lettre ne suffit généralement pas et un véritable contrat est établi.. La plupart des maisons d'édition vous présenteront un contrat type, le plus souvent imprimé, ce qui lui donne aux yeux du catéchumène une allure trompeuse d'inaltérabilité.. Il n'est pas pour autant gravé dans le granit des Tables de la Loi.. D'une part, il comporte toute une série de lignes en blanc qui seront remplies en fonction de l'accord des deux parties.. D'autre part, toutes les clauses qui ne sont pas strictement de droit peuvent être supprimées ou modifiées.. Enfin, il comporte souvent, en fin de parcours, un paragraphe en blanc intitulé '"Conditions particulières" où l'on pourra indiquer tout ce que l'on voudra.. En bref, le contrat imprimé est un cadre qu'une maison d'édition cherche à rendre aussi homogène et rigoureux que possible pour faciliter sa propre gestion, mais qui demande à être rempli.. Tout d'abord les contractants doivent être clairement identifiés : d'une part l'éditeur avec mention de sa raison sociale et de son adresse, et d'autre part l'auteur ou les coauteurs.. S'il y a des coauteurs, l'éditeur les priera aimablement de définir entre eux les conditions du partage des droits et à-valoir.. De même, il pourra être prévu que le nom d'un seul des coauteurs apparaîtra sur l'ouvrage (voir statut de la négritude).. Je signale à ceux que cela pourrait intéresser que l'éditeur peut parfaitement admettre comme coauteur et donc comme percevant une partie des droits et à-valoir votre concubin (e) ou toute autre personne de votre choix.. Cela peut représenter un intérêt fiscal pour un auteur qui jouit par ailleurs d'un revenu fiscal important tandis que son présumé coauteur n'en a aucun ou si peu.. Mais comme de toutes les bonnes choses, il ne faut pas en abuser.. D'abord parce qu'un tel accord sera pratiquement impossible à défaire et que les choses du cœur sont variables.. Ensuite parce que le fisc qui, à ma connaissance ne s'en est jamais soucié, pourrait dans le cas de très gros montants y mettre son nez.. Il lui resterait en tout état de cause difficile de démontrer que la susdite personne n'a en rien collaboré à votre œuvre.. Le livre ou projet qui fait l'objet du contrat doit être décrit au moins approximativement par un titre — éventuellement provisoire —, un nombre de pages, voire un nombre d'illustrations.. Ensuite, un délai de parution doit être défini.. Il est en général de dix-huit mois.. Ne vous affolez pas si par aventure il est un peu dépassé par un éditeur sérieux.. Vous seriez en droit de demander l'annulation du contrat mais je ne vous le conseille pas.. L'éditeur a généralement de bonnes raisons de choisir une date de parution et n'oubliez jamais qu'il engage plus d'argent que vous.. S'il renonce finalement à éditer votre ouvrage, ce qui arrive, il vous le dira.. S'il se tait, demandez-lui des explications.. D'abord gentiment et verbalement.. Ensuite, gentiment et par simple lettre.. Ensuite gentiment et par lettre recommandée.. Après… De toute façon, vous avez récupéré vos droits, empoché un à-valoir et j'espère, conservé un double de votre manuscrit.. La durée de validité du contrat doit être  ...   généreux en escomptant se rattraper, au moins statistiquement, sur les droits annexes.. L'auteur, pour sa part, essaie toujours d'obtenir le plus possible au moment de la signature du contrat si bien qu'il se place automatiquement dans la seconde hypothèse.. Dans le conflit auquel j'ai fait brièvement allusion, l'auteur a obtenu gain de cause et a, en somme, gagné sur les deux tableaux.. Mais j'ai été prié de revoir à la baisse les éventuels à-valoir des auteurs français de ma collection.. La simple logique économique indique que l'auteur a tout intérêt à la seconde hypothèse, c'est-à-dire celle où il touche tout de suite une somme plus importante quitte à voir amputer plus tard ses droits annexes.. En effet, il reçoit tout de suite une somme dont la fraction correspondant à l'expectative sur les droits annexes est susceptible de rapporter dès lors un intérêt, et qui ne subira pas les effets de l'inflation au cas, fréquent, où le prix des livres de poche, par exemple, ne suivrait pas l'indice des prix.. De plus, cette fraction correspond à une expectative, c'est-à-dire à un pari, car personne ne peut dire de manière certaine s'il y aura ultérieurement droits annexes.. Et enfin, dans le cas où le produit des droits annexes évoluerait mieux que l'indice des prix, il serait encore plus gagnant puisque son à-valoir n'en sera que plus rapidement couvert, sa “dette” vis-à-vis de l'éditeur plus rapidement amoindrie.. Le problème, c'est que l'auteur n'est pas toujours dans ces cas-là un agent économique rationnel.. L'éditeur non plus, sans quoi, il ferait un autre métier.. Cet à-valoir est versé en une ou plusieurs fois, le plus souvent par moitié à la signature et à la parution.. Passons aux droits d'auteur proprement dits.. Une clause indique leur montant, généralement en pourcentage du prix de vente au public, hors taxes.. En règle générale, pour les livres dits à prix normaux ("Ailleurs et demain", par exemple), ce pourcentage commence pour les auteurs français à 10 % et s'élève ensuite selon les barreaux d'une échelle relative aux ventes effectives jusqu'à un hymalayen 15 % que vous n'avez pratiquement aucune chance d'atteindre.. Les barreaux de l'échelle sont plus ou moins artistement disposés selon les éditeurs, mais la concurrence oblige à une certaine conformité.. Il est à peu près inutile d'essayer de discuter de ces pourcentages si vous n'avez pas “fait” au moins un cent mille exemplaires.. Pour les livres dits de poche, les pourcentages sont généralement fixes, donc, non croissants en fonction du tirage, et compris, semble-t-il, entre 5 et 8 %, en raison de la surface de l'éditeur, de la notoriété de l'auteur et de l'âge du capitaine.. Là encore, il n'y a pas beaucoup de place pour la discussion.. Vous pouvez toujours essayer de gratter 1 % supplémentaire à l'ancienneté, mais si vous en êtes là, vous n'avez plus besoin de me lire.. L'ennui, c'est que dans les deux cas, ces droits sont diminués, ou ne le sont pas, d'un mystérieux droit de passe.. Pour des raisons qui remontent à la nuit des temps et qui ne m'ont jamais parues claires, il a été jadis entendu en France, et là seulement à ma connaissance, que l'éditeur ne verserait aucun droit sur une fraction des livres.. vendus.. , fraction s'élevant traditionnellement à 10 % mais présentant aujourd'hui des valeurs très variables selon les éditeurs, parfois même nulles.. En termes clairs, si le contrat est ainsi rédigé, quand vous vendez cent livres, vous ne percevez de droits que sur quatre-vingt-dix, les dix autres étant réputés de passe.. Une opération arithmétique simple indique que cela revient à vous verser 9 % des droits au lieu de 10 % et qu'il vaudrait mieux le stipuler directement sur le contrat.. Il y a peu de choses aussi irritantes dans l'univers coutumier que cette pratique de la passe, même si l'on va chercher du côté du droit fiscal territorial qui vous en réserve de bien bonnes.. Le code des usages que j'ai eu l'occasion de mentionner prévoyait bien la disparition pure et simple de la passe, mais après un moment d'hésitation, elle est réapparue ici et là.. Pas partout.. Ouvrez l'œil et ne manquez jamais de demander à quoi cette passe correspond exactement.. Vous aurez au moins ébranlé votre interlocuteur.. Il serait en tout cas intéressant que les auteurs lecteurs de.. indiquent le niveau de la passe qui figure sur leurs différents contrats.. Une statistique strictement anonyme pourrait en être tirée.. J'estime pour ma part que la passe devrait être généralement et définitivement abandonnée, quitte à réduire d'autant les pourcentages des droits d'auteur.. Les moyens informatiques permettent de savoir à très peu près combien de livres ont été effectivement vendus, retournés par les libraires, pilonnés parce que défraîchis, distribués en service de presse, etc.. La profession ne se grandit pas en préservant des obscurités et servitudes médiévales.. Puisque passe ou non, vous devez toucher des droits, on doit vous envoyer des relevés.. La plus grande fantaisie règne ici dans les contrats.. Les maisons les plus sérieuses vous promettent par contrat ces relevés pour la fin mars, ce qui veut dire que vous les recevrez en général en mai ou juin.. Ne vous en formalisez pas trop.. Il y a à ce retard institutionnel des raisons techniques autant que de trésorerie.. Ces mêmes maisons vous envoient automatiquement ces relevés, parfois deux fois par an.. Mais d'autres stipulent qu'elles ne vous les adresseront que si vous en faîtes la demande chaque année.. Ce comportement me semble absolument inacceptable et vous devez faire stipuler dans votre contrat que vous recevrez automatiquement des relevés de droits d'auteur au moins une fois par an pourvu que le solde de votre compte dépasse une certaine somme (500 francs par exemple).. La lecture des relevés est, à de rares exceptions près — dont J'ai Lu est un modèle, suivi d'assez près par Laffont — à peu près inextricable même pour un ancien spécialiste de la Comptabilité Nationale comme votre serviteur.. Moyennant quoi, ordinateurs obligent, les comptabilités commettent peu d'erreurs, et quand il en est constaté, elles sont presque toujours réparées avec efficacité et diligence.. Il est sain pour un auteur d'entretenir des relations cordiales avec la comptabilité de sa ou de ses maisons d'édition.. Je suis peut-être né sous une bonne étoile, ou j'ai peut-être la réputation d'être particulièrement sourcilleux, mais je n'ai jamais rencontré d'éditeur délibérément malhonnête.. Lors des quelques cas à propos desquels j'ai ouï dire que des contentieux importants avaient été engagés, avec vérification des stocks et des comptabilités, il n'en est sorti que des redressements dérisoires, la manifestation d'erreurs commises de bonne foi ou des négligences certes condamnables mais subalternes.. Il faut comprendre que la gestion des stocks d'un grand éditeur, qui peut compter plus de dix mille articles en perpétuel mouvement est une entreprise démentielle.. Je ne veux rien dire ici, par contre, de la gestion des comptes des toutes petites maisons d'édition dont les inconséquences relèvent plus de la quête d'un équilibre à jamais impossible que de l'intention de nuire, quoiqu'en puissent ressentir les auteurs pris au piège d'un dépôt de bilan ou d'une disparition pure et simple.. Il ne s'agit plus ici de droit et d'économie, mais de pure et simple compassion.. Venons-en enfin pour conclure au chapitre des droits annexes.. On entend par droits annexes tous ceux qui pourront naître de l'exploitation de votre œuvre sous forme de prépublication dans la presse, de livre de poche, d'édition club, d'adaptation audiovisuelle, de la publication d'extraits, de ventes à l'étranger, etc.. En règle générale, les produits de ces droits annexes sont partagés également entre l'auteur et l'éditeur.. Si vous êtes un auteur coté, vous pouvez faire pencher la balance en votre faveur par exemple dans la proportion de 65/35 %.. Fort peu de gens dépassent ce nirvana.. Le partage 50/50 peut à première vue sembler favorable à l'éditeur mais dites-vous bien qu'il doit entretenir des services importants et onéreux pour que ces cessions se fassent.. Si toutefois vous avez des relations particulières avec un éditeur étranger ou avec une firme de production cinématographique, qui laisse sérieusement espérer une exploitation conséquente, vous pouvez fort bien le faire valoir et demander un traitement spécial pour toute affaire que vous apporteriez.. Le problème le plus ardu et sur lequel personne ne peut proposer aujourd'hui de véritable réponse générale, faute d'expérience, est celui des exploitations audio-visuelles et en particulier télévisées.. C'est un sujet constant de discussions parfois âpres, de contestations et de frustrations entre les auteurs, les éditeurs, les producteurs et les sociétés d'auteurs.. Le problème vient entre autres de ce qu'une adaptation télévisée par exemple est par définition une œuvre collective.. Une réglementation relativement récente exige de l'éditeur qu'il présente à l'auteur pour les droits audiovisuels un contrat distinct de celui qui concerne les droits principaux dont nous avons abondammemnt parlé.. Le but de cette disposition est de sensibiliser l'auteur au caractère particulier de ce domaine qui était généralement relégué dans un article fourre-tout et peu clair du contrat général.. En d'autres termes, il signera à part pour les droits audiovisuels ou pourra décider de ne pas signer du tout pour ce domaine, ce que l'éditeur verra évidemment d'un assez mauvais œil.. Je ne me suis pas encore fait de doctrine personnelle sur ce point et je ne vous en proposerai donc point.. Je vous suggérerai cependant, si vous avez un bon éditeur en qui vous avez confiance, de discuter longuement avec lui de chaque cas particulier et de le laisser agir.. Il vous roulera peut-être un peu, mais certainement moins, beaucoup moins, que les producteurs et autres professionnels de l'audio-visuel avec lesquels il ne traitera lui-même, dans la plupart des cas, que par l'intermédiaire d'agents ou d'avocats spécialisés.. Il faut savoir faire la part du feu.. Vous pouvez toutefois adhérer à la S.. C.. A.. M.. , proche de la Société des Gens de Lettres, qui s'inquiète du sort des auteurs dans ces domaines, ou tout le moins vous informer auprès d'elle.. En guise de dessert, je vous ai conservé quelques clauses plus ou moins fantaisistes que vous pourrez tenter de faire insérer dans votre contrat : ainsi un droit de regard sur la présentation matérielle du livre, son illustration de couverture, etc.. L'éditeur n'appréciera pas, je vous en préviens tout de suite, ce qu'il tiendra pour une ingérence dans son domaine de responsabilité mais il acceptera peut-être si vous agissez avec doigté.. De toute façon, je suppose que vous suivrez le destin de votre ouvrage au fil de sa réalisation et que vous réussirez à placer votre mot tout en ménageant la susceptibilité des professionnels.. Vous pouvez également demander à ce qu'une part de vos droits d'auteur soit affectée à la publicité de votre ouvrage et par là, défiscalisée.. En dessous des cent mille exemplaires garantis, s'abstenir absolument.. De surcroît, cela demande une très grande confiance réciproque et une surveillance très fine de l'exécution de ce point du contrat car rien ne vous dit que l'éditeur ne sera pas alors tenté de vous faire supporter l'essentiel du budget publicitaire de votre ouvrage.. Bien qu'ayant été plus long qu'à l'accoutumée, je ne suis pas certain d'avoir fait le tour des questions que peut se poser un auteur débutant ou même aguerri.. J'attends donc vos interrogations auxquelles je m'efforcerai de répondre dans la limite de mes faibles compétences.. À propos, n'y aurait-il pas dans la mouvance de.. un juriste plus ou moins spécialisé qui pourrait prendre en ce domaine mon relais et conseiller ses camarades sur tel ou tel point d'intérêt général ou particulier ?.. , je tenterai de vous décrire les principaux services d'une maison d'édition, ce qui vous aidera peut-être à vous orienter lorsqu'ayant écrit un manuscrit, l'ayant fait accepter, ayant signé un contrat, vous le verrez devenir un livre..

    Original link path: /archives/klein/inconnu/06.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Klein/À l'auteur inconnu 7 | Quarante-Deux
    Descriptive info: 7.. À l'auteur inconnu 7.. 17, mai 1990.. M.. a description des principaux services d'une maison d'édition devra beaucoup à l'organisation des éditions Robert Laffont, que je connais mieux que celle de la plupart des autres maisons pour des raisons évidentes.. Je sais depuis longtemps qu'à connaître l'intérieur d'une organisation on s'évite bien des erreurs et des tracas.. Et puisque je ne peux pas proposer des stages à tous les auteurs qui se pressent à nos portes, voici quelques indications venant de l'autre côté du comptoir.. L'auteur est tout d'abord confronté au.. service de lecture.. des manuscrits dont j'ai déjà parlé, mais seulement s'il n'a rien publié dans la maison ou s'il n'a pas eu de relations directes.. Dans le meilleur des cas, son manuscrit sautera cette première étape et sera immédiatement lu par le directeur de collection ou l'éditeur compétent, voire éventuellement par des membres du.. comité de lecture.. En ce qui concerne la SF et la plupart des genres spécialisés, le comité de lecture admet son ignorance de ces univers particuliers et la direction de la maison s'en remet à la décision du directeur de collection, qui ne demeure évidemment crédible que s'il n'échoue pas trop souvent.. Il y a deux types d'échecs fort différents : l'échec qualitatif (le livre est hué par la critique) et l'échec financier (la vente du livre ne couvre pas les frais engagés par son édition).. On ne sera pas surpris d'apprendre que le second est plus grave que le premier pour la pérennité de la collection et de son directeur.. En ce qui me concerne, je prends seul la décision d'éditer ou non un livre, sauf quand l'investissement financier est trop lourd.. Je dois alors demander un accord qui ne m'a jamais été refusé à ce jour.. (Je ne devrais sans doute pas livrer ce secret, puisqu'un certain nombre de mes collègues se retranchent derrière de mystérieuses autorités supérieures pour expliquer le refus d'un manuscrit.. Mais je ne l'ai jamais fait et je ne vois pas pourquoi je m'y mettrais).. Quoi qu'il en soit, le directeur de collection éprouve souvent la “fameuse solitude du gardien de but au moment du penalty”.. Écrasé par le poids de ses lectures, tant françaises qu'étrangères, il lui arrive de mettre longtemps avant de rendre un verdict à peu près sans appel sauf quand il demande des modifications.. Seuls les manuscrits ne convenant manifestement pas sont écartés très rapidement.. Par suite, un long délai de réponse est plutôt de bon augure, sauf évidemment durant la période des vacances d'été.. Si la réponse a été positive, l'auteur se trouvera au contact du.. service des contrats.. ou du secrétariat général qui, lui, en établira un.. Je me suis longuement exprimé sur ce sujet dans ma précédente rubrique et il n'est pas utile d'y revenir.. Ensuite, escorté par son éditeur, tel Dante par Virgile, l'impétrant va faire connaissance avec les grandeurs et les servitudes de la fabrication de son “enfant”.. Il aura d'abord affaire à un.. service de coordination.. , qui examinera le manuscrit avant qu'il soit transmis au service de fabrication proprement dit, et qui l'informera que sera publié son texte, tout son texte et.. rien que son texte.. Ce qui signifie qu'il ne doit pas compter y mettre la dernière main sur épreuves.. Cela se faisait peut-être du temps de Balzac quand il n'existait ni machine à écrire ni ordinateur personnel.. Mais de nos jours, la moindre correction intervenant sur épreuves est facturée si elle n'est pas le fait de l'imprimeur.. Et cette facture devient vite lourde.. Les éditeurs menacent régulièrement les auteurs de prélever ce coût des corrections sur leurs droits à venir, mais ils le font rarement, et seulement quand la coupe est deux fois pleine.. Mais l'auteur doit néanmoins se rendre compte qu'il doit remettre un “tapuscrit” parachevé et parfaitement lisible.. L'évolution de la profession d'imprimeur, liée à l'emploi d'ordinateurs et à la saisie du texte “au kilomètre” par des gens beaucoup moins qualifiés que les protes d'antan qui n'hésitaient pas à redresser un imparfait du subjonctif, rend davantage nécessaire la plus grande vigilance au moment de la remise du tapuscrit définitif.. Il est de même de moins en moins courant qu'un correcteur relise très attentivement un manuscrit avant la composition et fasse part à l'auteur de ses émois.. Cela se pratique encore dans les bonnes maisons, mais rares sont ces correcteurs qui faisaient naguère encore avec beaucoup de prudence et d'humilité remarquer à l'auteur une panne dans son intrigue, un mot déplacé, un flou dans la ponctuation.. Il en subsiste, je dois le dire, au Livre de Poche, et ils font mon admiration.. C'est à ce service de coordination que l'auteur pourra soumettre quelques suggestions en ce qui concerne la présentation de son ouvrage et c'est lui qui transmettra le tapuscrit déjà revu au service de fabrication.. De manière générale, chaque fois que l'auteur rencontrera un problème, il aura avantage à le soumettre soit à son éditeur soit à ce service de coordination.. Le.. service de fabrication.. va se signaler à l'auteur en lui adressant des épreuves qu'il aura en général une quinzaine de jours pour relire et corriger.. Rien n'est plus difficile que de relire les épreuves de son propre texte car l'auteur, l'œil mouillé d'allégresse, se récite intérieurement sa prose et scotomise ce qui fait problème.. Il arrive que le service de fabrication consulte l'auteur pour savoir s'il a une préférence en matière de police de caractères mais cela se fait de moins en moins.. Il arrive aussi que l'auteur ait son mot à dire en matière d'illustration de couverture mais ce n'est pas le cas pour "Ailleurs et demain".. Vous aurez la couleur de votre choix pourvu qu'elle soit argentée — ou, plus exceptionnellement dorée.. Les premières épreuves vont donner naissance à des secondes où les corrections ont été prises en compte ; puis parfois à des troisièmes, dites.. bons à tirer.. , qui permettent au service de fabrication, sous-section des correcteurs, de s'assurer que toutes les corrections  ...   victoire de l'intelligence sur la force brutale de la matière.. Sachez cependant que les articles, élogieux ou non, n'ont d'efficacité véritable que s'ils sortent dans le mois qui suit la mise en place de votre livre.. Avant, ils seront oubliés avant que le livre ne sorte.. Au-delà d'un mois, ils risquent d'avoir excédé la durée de vie utile de votre livre, c'est-à-dire sa présence en quantité appréciable dans les librairies.. Le cas est un peu différent pour la SF grâce à l'existence de rayons spécialisés qui conservent beaucoup plus longtemps les nouveautés.. Tant mieux.. Mais conservez toujours à l'esprit le fait incontournable que pour la plupart des ouvrages publiés, la durée de vie utile est comprise entre un et trois mois.. Les livres sont des radio-isotopes à durée de vie courte ! Ce qui ne signifie pas qu'ils ne polluent pas….. Ne comptez jamais sur une télévision, d'autant que vous écrivez de la SF.. Les émissions de télévision sont réservées aux auteurs déjà célèbres qui, en principe, n'en ont pas besoin, et aux sujets tous publics.. Mais si cela vous arrive, sachez qu'il n'y a pas de recette, sinon celle de “tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil”.. Soyez élogieux pour les autres, ils vous le rendront peut-être.. L'erreur impardonnable, que j'ai commise une fois, consiste à dire ce qu'on pense réellement.. Le service de presse peut aussi, où ne peut pas, vous organiser des séances de signature dans des librairies, en province plutôt qu'à Paris.. Il y a peu de chances que vous signiez plus d'une douzaine d'exemplaires, ou alors, vous n'avez plus besoin de moi, mais allez-y tout de même.. Vous flatterez le libraire, qui s'en souviendra et vous aurez peut-être l'occasion de rencontrer un exemplaire de cette espèce si rare : le lecteur.. Au demeurant, même si vous n'avez pas de séance de signature, faites le tour des libraires, au moins des plus importants et des plus spécialisés et faites-vous connaître du responsable du rayon.. Vous serez surpris en général de la qualité de l'accueil, car un libraire est toujours flatté de voir un auteur s'intéresser à son activité et vous apprendrez, en bavardant, pas mal de choses.. Vous y gagnerez presque certainement une mise en évidence de votre livre, et peut-être un réassort.. Il ne vous reste pratiquement plus qu'un service à découvrir, celui des.. droits annexes.. , français et étrangers.. Si vous avez de la chance, vous serez peut-être retenu pour une publication dans un “club de livres”, en même temps que la sortie de votre livre (Club du Livre du Mois) ou neuf mois après (France Loisirs) et ultérieurement dans une collection de poche.. De même le.. service des droits étrangers.. s'efforcera d'intéresser un éditeur étranger à votre œuvre.. Il aura bien du mal et c'est ce qui fera l'objet de ma.. Mais (!) c'est que j'allais oublier un service essentiel avec lequel vous ferez plus ample connaissance entre un an et dix-huit mois après la sortie de votre livre : la.. comptabilité auteurs.. Je rappelle à ceux qui l'ignorent que si leur livre est sorti au premier semestre d'une année quelconque, ils recevront un relevé l'année suivante au titre de l'année écoulée.. Mais si leur livre est paru au second semestre, ils devront attendre une année supplémentaire, à moins qu'ils ne bénéficient de comptes provisoires arrêtés au 30 juin suivant la parution.. Les relations avec les services de la.. sont généralement bonnes, voire cordiales.. L'informatique y est pour beaucoup, qui a éliminé les incertitudes poétiques qui se présentaient encore il y a quelques dizaines d'années : les erreurs sont rares.. Le problème est plutôt que les comptes informatisés sont, comme je l'ai déjà signalé, fort imperméables au commun des mortels, sauf dans quelques cas louables dont J'ai Lu, qui produit chaque trimestre des comptes remarquablement clairs.. Épluchez néanmoins vos comptes et n'hésitez pas à faire part de vos étonnements au service comptable qui soit, vous éclairera, soit procédera à une rectification s'il est nécessaire.. Le litige le plus fréquent porte sur les droits annexes : vous savez que votre éditeur a vendu en 1989, au printemps par hypothèse, votre livre à une collection de poche.. Vous vous étonnez de ne pas trouver sur votre compte à fin 89 les droits correspondants aux ventes de l'édition de poche, mis à part l'à-valoir à signature.. C'est que votre éditeur ne recevra que courant 90 l'état du compte de l'édition de poche à fin 89 et qu'il ne la répercutera donc que sur les comptes 90 que vous percevrez courant 91.. Petite cascade qui permet de grignoter un peu de trésorerie.. Dans le même esprit, le contrat mentionnera généralement que les comptes vous seront adressés au plus tard au 30 mars.. Dans la réalité, vous les recevrez en mai, si ce n'est en juin.. C'est qu'outre le petit avantage de trésorerie déjà signalé, il n'est pas simple d'établir la position de plusieurs milliers de comptes, ce qui est souvent le cas chez un grand éditeur.. Prenez votre mal en patience et si vous êtes vraiment gêné, n'hésitez pas à demander une avance à votre éditeur.. Il ne se fera pas trop tirer l'oreille.. En aucun cas, ne sombrez dans la paranoïa.. Chacun sait que c'est une maladie contagieuse.. À de rarissimes exceptions près qui ne méritent pas d'être citées, j'ai toujours vu des services comptables prendre la défense des auteurs et certains se sont même parfois donné du mal pour débrouiller une situation fiscale compliquée par le peu de cas que font les poètes de ces choses.. Au total, on pourrait presque dire qu'une maison d'édition est composée d'un certain nombre de boutiques spécialisées auxquelles l'auteur et l'éditeur vont successivement demander des services.. Une bonne compréhension de ce fait et une bonne relation établie à chaque “boutique” avec la personne idoine vous évitera d'avoir l'impression d'être ballotté au sein d'une administration sans visage.. Essayez de vous mettre à la place de votre interlocuteur et vous verrez tout devenir simple..

    Original link path: /archives/klein/inconnu/07.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Klein/À l'auteur inconnu 8 | Quarante-Deux
    Descriptive info: 8.. À l'auteur inconnu 8.. 18, octobre 1990.. I.. l y a un au-delà.. L'au-delà de la publication, c'est la traduction en d'autres langues et l'édition en d'autres pays.. Naturellement, vous escomptez bien que votre éditeur, qui retiendra par hypothèse 50 % des droits annexes (voir les chapitres précédents), consacrera tous ses efforts à vous faire publier en Telugu ou en Kannada, à moins que ce ne soit en Nahualt ou en Haoussa et que s'il n'y parvient pas, il vous assurera au moins une parution en anglais, allemand, italien, espagnol et russe sans négliger les langues scandinaves et le portugais qui vous ouvre les portes du Brésil.. Malheureusement, cette attente bien légitime n'est qu'assez rarement satisfaite.. Tous les grands éditeurs ont certes un service des droits étrangers qui adresse à longueur d'année des textes aux principaux collègues étrangers.. Il profite aussi des grandes foires professionnelles du livre, comme celle de Francfort qui se tient traditionnellement en octobre, pour nouer des contacts et finaliser — selon un néologisme que je hais tout particulièrement — des contrats.. Rien à voir avec le Salon du Livre de Paris qui n'est orienté que vers le public.. Mais ce service rencontre bien des difficultés en particulier en ce qui concerne la littérature de SF qui nous intéresse, et ce sont celles-ci que je voudrais évoquer pour calmer les esprits particulièrement échauffés et pour leur indiquer comment ils peuvent au mieux aider leur éditeur à progresser sur le sentier singulièrement étroit qui mène aux cessions à l'étranger.. J'ai une certaine expérience personnelle en ce domaine car je me suis occupé directement durant une dizaine d'années du placement des romans et nouvelles parus dans "Ailleurs et demain" à l'étranger, avec un assez grand nombre de succès moraux, sinon financiers.. Cela étant, cette expérience date un peu et le lecteur averti pourra s'étonner de certaines de mes conclusions.. Je souhaite qu'il fasse à son tour bénéficier les abonnés de.. de son savoir.. Il convient tout d'abord de ne pas se faire d'illusions.. Pour être publié à l'étranger, il faut d'abord être reconnu dans son propre pays.. Les anthologistes et les éditeurs en quête de matériel iront d'abord les chercher dans les revues et les collections les plus réputées et se renseigneront auprès des indigènes.. Il faut ensuite sérier le problème pays par pays en tenant compte de l'existence ou de l'absence de collections spécialisées et au moins autant des connaissances linguistiques des éditeurs intéressés.. C'est ainsi qu'il a été relativement facile de se faire traduire en italien et en espagnol, les directeurs de collection concernés connaissant le français ou ayant sous la main des conseillers familiarisés avec ce dialecte.. Malheureusement, les deux pays intéressés sont aussi ceux qui offrent les conditions financières les moins intéressantes.. Vient ensuite l'Allemagne où il existe en moyenne sur la longue période deux ou trois collections de bonne tenue dirigées par des spécialistes comme Herbert Franke, Wolfgang Jeschke et Franz Rottensteiner, à vrai dire autrichien, qui ont publié d'assez nombreux auteurs français notamment dans des anthologies européennes.. Puis les pays scandinaves qui s'ouvrent de temps à autre malgré l'étroitesse de leurs marchés à une œuvre française généralement inattendue.. On achèvera ce tour de l'Europe Occidentale par un zéro pointé pour la Grande-Bretagne qui, c'est bien connu, vend, mais n'achète jamais.. La seule publication que j'aie jamais enregistrée d'un roman français en Grande-Bretagne concerne une œuvre de Philippe Curval.. Malheureusement, l'éditeur britannique ne s'est jamais acquitté d'aucun à-valoir ni d'aucun droit et a fini, je crois, par déposer son bilan !.. L'Europe de l'Est publie assez volontiers des textes d'origine française, notamment en Yougoslavie, Hongrie, Pologne, Roumanie et Union Soviétique.. Les tirages sont souvent plus impressionnants que la qualité du papier.. Malheureusement, la plupart de ces pays réservent leurs précieuses devises à l'achat de matières premières et l'auteur ou son éditeur se voit crédité d'un montant dans la monnaie du pays qu'il est prié d'aller dépenser sur place.. Certains pays particulièrement pervers ont compliqué le jeu en contraignant le touriste occidental à dépenser chaque jour une certaine somme, assez élevée, en devises fortes si bien qu'il n'a plus guère l'occasion d'utiliser ses fameux droits inconvertibles.. Il arrive même qu'il n'ait pas le droit de les toucher, parce que n'appartenant pas à l'Union des écrivains du cru.. Comme la nécessité rend ingénieux, des passe-droits sont généralement obtenus.. L'Union Soviétique, pour sa part, n'ayant adhéré qu'en 1979 à la Convention de Berne sur les droits d'auteurs a, jusque-là, trouvé bon de reproduire à son gré et gratuitement tout ce qui lui convenait.. Les choses seraient rentrées dans l'ordre mais cela reste à vérifier.. Des auteurs de stature internationale, comme Robert Silverberg, ont été conduits à refuser toute publication de leurs œuvres dans les pays de l'Est tant qu'ils ne seraient pas raisonnablement rémunérés et on ne saurait leur donner tort.. Cela étant, l'auteur et l'éditeur français de quelque prestige se voient régulièrement suppliés par quelque correspondant plus ou moins officiel de ces pays sur un ton voisin de la mendicité et au nom de la culture et de l'amitié entre les peuples, de laisser publier sans véritables droits ni garanties telle ou telle œuvre.. L'auteur cède généralement tant par vanité que par bonté d'âme.. Dans le meilleur des cas, il recevra quelques exemplaires de la traduction de sa prose et apprendra bien des années plus tard qu'il figure entre Bradbury et Clarke au Panthéon de la SF poldève.. C'est, en tout cas, le seul bénéfice que j'aie tiré de l'expérience.. Il est vraisemblable que l'évolution en cours des pays de l'est européen conduira à une normalisation de ces pratiques.. Mais, il n'est pas certain que les auteurs français y trouvent leur compte.. En effet, c'est probablement sur des auteurs anglo-saxons que se portera l'essentiel de la demande jusqu'ici dérivée pour des raisons économiques voire politiques sur notre production.. En bref, la guerre froide et le refus des Anglo-Saxons de se laisser gruger ont fait monter indûment les valeurs françaises.. La détente et l'éventuel accroissement des devises disponibles pourraient bien profiter d'abord, là comme ici, à nos amis américains.. Parlons-en, justement de l'Amérique.. Le problème central, maintes fois évoqué, est que pour la plupart des éditeurs américains, spécialisés ou non, la France est un pays exotique situé entre l'Irlande et l'Albanie, et le français une langue à l'avenant.. On ne peut pas dire que les agents et éditeurs américains offrent le même front obstiné  ...   l'établissement délicat d'un contrat et un éditeur est mieux placé que l'auteur pour obtenir un bon accord.. Cela se paie.. De façon plus générale, je suis relativement optimiste pour l'avenir.. Les publications d'œuvres françaises aux États-Unis et en Grande-Bretagne ne représenteront jamais grand-chose par rapport à la masse des parutions autochtones.. Mais l'ouverture de l'Amérique au monde, bien que relative, la cordialité des Américains et l'exotisme au charme indéfinissable du français permettent d'espérer une certaine percée si les textes français sont d'une qualité et d'une universalité suffisante.. L'installation durable à Paris d'écrivains américains d'une grande qualité et leurs efforts remarquables pour parler notre langue laissent bien augurer de l'avenir.. Je crois en effet que l'avenir sera multilingue et que l'élévation du niveau culturel d'une partie de la population des pays développés, accompagnant celle des niveaux de vie et celle des échanges internationaux, conduira de plus en plus de gens cultivés à pratiquer couramment deux ou trois langues.. Ce ne serait jamais qu'un retour à l'honnête culture du passé où un bon esprit savait le latin et le grec en sus de sa langue maternelle.. Je ne partage pas les inquiétudes des prophètes de mauvais augure qui voient notre langue disparaître en quelques générations parce que leur ignorance les conduit à surestimer les difficultés d'acquisition d'au moins une autre langue cousine.. À vue historique, disons sur quatre ou cinq siècles au moins, le temps que se mette en place le.. lingo.. de Norman Spinrad, le français ne me semble pas risquer grand-chose.. Ceux qui voit l'anglais supplanter toutes les autres langages de la Terre oublient une chose : c'est que c'est le latin, la langue véhiculaire de l'Empire Romain, qui a disparu, et non le grec, l'hébreu ni même l'araméen encore parlé aujourd'hui par les Syriaques de Turquie, sans même évoquer le finnois, le basque ou le gaélique.. De la même façon que le latin, l'anglais planétaire et babélien risque de s'user et de s'appauvrir, voire même d'éclater en dialectes exclusifs les uns des autres.. Il y a un au-delà de l'au-delà où moins d'élus encore sont appelés.. Je veux parler de l'audiovisuel et en particulier de la télévision.. Autant dire qu'il est plus facile de se faire publier en haut-tibétain que d'obtenir la production d'une série ou d'une émission de SF.. Cependant, les pouvoirs publics se sont émus de la quasi disparition d'émission à caractère scientifique des chaînes tant publiques que privées.. Jean Audouze, astrophysicien et depuis peu conseiller scientifique du président de la République, a obtenu avec Jean-Claude Carrière, scénariste et écrivain, président de la F.. E.. I.. S.. , la création d'une association, l'Agence Jules-Verne, dotée de fonds publics et chargée d'aider matériellement et moralement les auteurs, réalisateurs et producteurs intéressés.. L'agence, dont le secrétaire général est Jean-Michel Arnold, dispose à l'heure actuelle d'un budget de l'ordre de cinq millions de francs par an, provenant des ministères de la Recherche (Hubert Curien) et de la Communication (Catherine Tasca).. Cette équipe légère s'efforce de mettre en contact auteurs, réalisateurs, producteurs et diffuseurs d'une part et d'autre part accorde des aides à l'écriture (de l'ordre de 3 à 10 000 francs) et des aides à la réalisation (pouvant atteindre 350 000 francs, ce qui est peu de chose mais permet de mettre un projet en route).. À ma demande — cédant à l'amicale pression de mon entourage, j'ai accepté d'être membre — bénévole — du Conseil d'Administration de l'Agence —, il a été explicitement précisé que des projets de.. fiction.. scientifique pouvaient être présentés et financés.. À condition que ce ne soit pas n'importe quoi — comme l'a fortement exprimé Hubert Curien — et que la science y trouve son content.. Il est fortement recommandé de se trouver un conseiller scientifique crédible et si possible connu mais l'Agence peut y aider.. Il ne faut se faire aucune illusion.. L'Agence a déjà reçu beaucoup plus de demandes, pour beaucoup bâclées, qu'elle n'en peut satisfaire et les critères de choix sont rigoureux.. Il y a cependant une opportunité non négligeable qu'un ou plusieurs auteurs de SF peuvent saisir.. Je dois insister sur le fait que compte tenu des projets déjà en cours, l'Agence souhaite privilégier les sujets relatifs aux.. sciences dures.. et aux.. sciences humaines.. , les sciences de la vie et l'écologie étant déjà abondamment pourvues.. D'autre part, il y a une demande des chaînes pour des.. sujets très courts.. , de une à cinq minutes, de préférence fictionnels et mettant en scène dans le cas qui nous occupe un sujet scientifique.. L'Agence Jules-Verne est logée au palais de Tokyo (13, avenue du Président-Wilson — 75116 Paris — 01 47 23 71 78) et il convient de s'adresser éventuellement de ma part à madame Domitille Roy, chargée de l'accueil des projets, pour obtenir tous renseignements complémentaires et remettre un dossier.. Celui-ci, qui doit être aussi soigneusement élaboré que possible, doit contenir au moins un synopsis de l'émission ou de la série prévue, le pedigree détaillé du ou des auteurs et de leur conseiller scientifique s'ils en ont trouvé un, ainsi qu'un bref exposé mettant en évidence la relation du projet avec une discipline scientifique.. Il est souhaitable, bien que ce ne soit pas indispensable, d'avoir un producteur.. Madame Roy se chargera sur cette base d'indiquer, s'il est besoin, dans quel sens le projet initial doit être remanié avant d'être transmis au comité de lecture.. Le projet ne devrait pas dépasser une dizaine de pages ou du moins être résumé dans un document court, le temps du comité de lecture n'étant pas extensible à l'infini.. Il ne doit pas, par contre, tenir en deux feuillets exprimant l'intention vague de créer un “magazine scientifique”.. L'idée doit être originale, crédible et réalisable.. Je ne pense pas qu'un remake de.. la Guerre des étoiles.. ferait l'affaire.. Inutile aussi de donner dans la parapsychologie et les soucoupes volantes.. Il est également préférable, comme l'ont fait certains, de ne pas confondre astrologie et astronomie.. L'objectif de l'Agence est de s'efforcer de faire pénétrer dans l'audiovisuel une culture scientifique qui fait largement défaut à un pays dont 40 % des citoyens adultes estiment selon une enquête récente (Kapferer et Alii) que le soleil tourne autour de la Terre.. Il y aura peu d'élus, mais s'il se trouve parmi eux un seul des lecteurs de.. , je n'aurai pas perdu mon temps.. Notes.. En français dans le texte.. lundi 24 avril 2000 —.. lundi 24 avril 2000..

    Original link path: /archives/klein/inconnu/08.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Klein/À l'auteur inconnu 9 | Quarante-Deux
    Descriptive info: 9.. À l'auteur inconnu 9.. 19, avril 1991.. C'est un fait que la détresse et le désastre de la librairie en France depuis quelques années ; depuis quelques mois, le mal a encore empiré : on peut y voir surtout un grave symptôme.. La chose littéraire (à comprendre particulièrement sous ce nom l'ensemble des productions d'imagination et d'art) semble de plus en plus compromise, et par sa faute.. Si l'on compte çà et là des exceptions, elles vont comme s'éloignant, s'évanouissant dans un vaste naufrage :.. rari nantes.. La physionomie de l'ensemble domine, le niveau du mauvais gagne et monte.. On ne rencontre que de bons esprits qui en sont préoccupés comme d'un débordement.. Il semble qu'on n'ait pas affaire à un fâcheux accident, au simple coup de grêle d'une saison moins heureuse mais à un résultat général tenant à des causes profondes et qui doit plutôt s'augmenter… Avec nos mœurs électorales, industrielles, tout le monde, une fois au moins dans sa vie, aura eu sa page, son discours, son prospectus, son toast, sera auteur.. De là à faire un feuilleton, il n'y a qu'un pas….. De nos jours d'ailleurs, qui donc peut se dire qu'il n'écrit pas un peu pour vivre (pro victu) depuis les plus illustres ? Ce souci va de pair avec la plus légitime gloire.. De la littérature industrielle.. (1839).. Sainte-Beuve.. La Sainte avait raison.. Anonyme du.. xx.. e.. siècle.. « Nous n'aurions plus de problème si nous étions riches.. — Oui, mais comment devenir riches ?.. — Vous sortez de la question ! ».. Entendu à une Convention.. S.. i l'on compare, du point de vue des auteurs français, la situation qui a prévalu durant les années 80 à celles des années 60, on ne peut contester que, tout en étant difficile, elle s'est objectivement améliorée sans s'être maintenue aux plus hauts niveaux des années 70.. Plusieurs collections, grandes ou petites, publient régulièrement des textes français, et certains éditeurs, dont je suis, se plaignent, au moins provisoirement, de ne pas en recevoir qui correspondent à leurs goûts et ambitions.. [2].. , ce qui laisse au moins supposer qu'ils sont décidés à en éditer.. C'est dans cet esprit que j'ai confié à deux anthologistes réputés le soin de constituer un recueil collectif français.. On verra bien ce qu'il en sortira.. Mais il est un domaine où la situation est désolante.. Celui de l'absence de presse spécialisée professionnelle depuis la disparition de.. qui ne jouait plus qu'un rôle très effacé depuis plusieurs années.. On sait aussi qu'.. Univers.. qui tenait la place, singulière, d'une publication de périodicité annuelle, cessait de paraître.. Une revue régulière, professionnelle, convenablement diffusée et de bonne qualité éditoriale représente une pièce stratégique majeure sur l'échiquier de notre domaine.. Il suffit pour s'en convaincre de considérer l'importance de.. sur plus de trente ans et précisément durant la traversée du désert des années 60.. Une revue publie des nouvelles.. Elle a donc le mérite de fournir un état du genre plus mobile et éventuellement plus expérimental que des romans ou des recueils dont la diffusion est plus lourde.. Elle peut accueillir, à doses limitées mais significatives, des débutants à qui elle offre un terrain d'essai, un champ de contact avec des lecteurs et, tout simplement, un espoir d'être publiés assez régulièrement.. On peut supposer que, si le lecteur régulier n'est pas convaincu par ces bancs d'essais, il se satisfera du reste de la revue et ne l'abandonnera pas pour autant.. D'autre part et surtout, une revue publie des essais, des articles et des compte rendus ou critiques de livres, d'albums, d'expositions, de conventions et de toutes les manifestations dont notre domaine est friand.. Par là, elle constitue un organisme fédérateur qui lie un noyau important de lecteurs et elle imprime, plus ou moins énergiquement, des mouvements.. Ces tendances ou ces modes vont se retrouver, bien au-delà de la sphère d'influence immédiate de la revue, jusque dans la grande presse dont les journalistes, plus ou moins connaisseurs, y puiseront des éléments d'information et de réflexion.. Une revue comme.. a donc donné, à la fois sur le terrain de la création et sur celui de la réflexion, une certaine homogénéité et une certaine impulsion à la connaissance de la SF en France et à la SF française.. De cette constatation élémentaire, certains bons esprits ont tiré la conclusion : il suffit de créer une revue et que ce soit les autres qui le fassent.. Le présent article a pour objet de signaler les difficultés voire l'impossibilité présente de l'entreprise et de tenter tout de même d'esquisser certaines voies de contournement.. J'ai quelque expérience dans la mesure où j'ai longuement collaboré à.. , assisté la plupart des autres périodiques spécialisés, participé en son temps à l'aventure brève de.. Futurs.. et j'ai étudié, par la suite, avec un groupe important, Bayard Presse, la faisabilité d'une revue grand public de SF et de prospective.. Le premier point à considérer est qu'à la fin des années 70, à l'époque de.. , on pouvait espérer une vente de l'ordre de trente mille exemplaires, très proche du point mort ou point d'équilibre, mais n'assurant pas de rentabilité.. Il est difficile de dire ce qu'il en serait aujourd'hui.. Ce qui demeure certain, c'est que la rentabilité d'un mensuel professionnel ne peut pratiquement être assuré que par la publicité sauf à pratiquer un prix de vente prohibitif.. Or, les publicitaires ne sont intéressés par un magazine mensuel que s'il dépasse les cent mille exemplaires et probablement aujourd'hui que s'il atteint durablement les cent cinquante mille exemplaires.. Il existe bien entendu dans des domaines spécialisés, hi-fi, vidéo, ordinateurs, photo, instruments de musique, motos et articles de sport, des titres qui s'établissent bien en dessous de ces chiffres.. Mais ils dépendent de la publicité d'importateurs ou de producteurs d'objets coûteux qui ont intérêt à ce que de telles vitrines subsistent.. Il n'en va pas de même pour la SF et il est bien évident que les moyens limités des éditeurs ne leur permettent pas, et de loin, d'avoir la même politique.. D'autre part, le système présent de distribution de la presse n'assure une couverture convenable du territoire qu'à partir de trente à quarante mille exemplaires.. En dessous, on tombe dans l'aléatoire, l'impossibilité d'un réglage fin de la distribution et l'apparition de taux de retours prohibitifs.. Par ailleurs, ce système de distribution est très défavorable aux périodicités trimestrielle ou bimestrielle et son système d'avance sur recettes est périlleux sur toute période inférieure à l'année.. En effet, les retours des premiers numéros ne seront complètement comptabilisés qu'au bout de sept à huit mois et la situation financière véritable du périodique n'apparaîtra qu'alors.. Avec une espérance de vente de l'ordre de trente mille exemplaires, chiffre confirmé par l'expérience peut-être désuète de.. , un magazine de SF s'établirait à la limite inférieure d'une distribution raisonnable et très en dessous du niveau où il commencerait à exister aux yeux des publicitaires.. Il n'y a, sauf utopique philanthropie d'un groupe de presse, pas de solution de cette nature au problème.. Soulignons précisément en passant que le problème est encore plus aigu si le magazine problématique ne s'inscrit pas dans le cadre d'un groupe de presse préexistant qui lui assure des économies d'échelle sur les locaux, le personnel, etc.. Il n'est pas sensé, et de nombreux échecs l'ont démontré, de concevoir un tel magazine qui fonctionnerait de manière isolée.. Une fois encore, et il me paraît utile d'y insister afin d'éviter de nouvelles tentatives et de nouvelles déconvenues, ni le système de distribution ni le financement publicitaire ne sont susceptibles d'admettre une revue professionnelle de SF.. Une éventualité fréquemment caressée consiste à tenter d'additionner des publics en faisant un peu de SF, un peu de bande dessinée, un peu de cinéma fantastique, etc.. L'expérience montre que personne n'en est satisfait et que les publics, loin de s'additionner fondent comme neige au soleil.. Aucun lecteur n'y trouve son compte.. Faut-il définitivement renoncer ? Dans un cadre strictement professionnel et en se fondant sur le public actuel ou prévisible de la SF, très certainement.. Mais les moyens modernes de la micro-édition permettent d'envisager des alternatives semi-professionnelles.. J'entends par là un périodique qui renoncerait  ...   un tel projet mais parce qu'elle pourrait en être un des acteurs, autant que possible efficace et discret.. Je pense que si un éditeur (artisanal) de proposait de créer une revue,.. , après avoir examiné et reconnu la validité de son projet, devrait le soutenir sans l'entraver en apportant des bras, des textes et des fonds.. Je reviendrai sur ce dernier point.. L'expérience montre que, si tout le monde ne peut pas diriger, il y a place pour toutes les bonnes volontés et les initiatives dans une équipe rédactionnelle, surtout bénévole.. Assez vite même il s'avère qu'il y a trop de places et que les contributions font défaut.. Personne ne sait d'autre part où une prise de responsabilité peut le mener.. En prison ou au Panthéon.. En toute hypothèse, même une fonction apparemment subalterne représente une expérience concrète d'une immense valeur comme le savent ceux qui ont effectivement fait quelque chose si l'on me passe ce pléonasme.. Le public, pour sa part, oublie trop souvent que son portefeuille, au travers de l'achat d'un livre ou d'une revue représente une urne et son choix un bulletin de vote.. [3].. Celui-là même qui se plaint de l'insuffisante représentation de la SF nationale et de la disparition des revues avouera dans le secret du confessionnal ou du petit bureau du fond qu'il n'a jamais contribué — au sens fiscal du terme — à l'une ou aux autres au fil des cinq dernières années.. Éditeurs qui publiez des anthologies françaises, vous savez ce que parler veut dire.. Mais je prendrai volontairement un exemple dans un domaine assez éloigné du nôtre, celui de la haute fidélité “ésotérique”.. Aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne, bref, dans les pays industrialisés, nordiques et protestants, il existe des lettres d'amateurs de haute-fidélité, correspondant à peu près à nos fanzines, qui critiquent les nouveaux matériels, mettent à l'épreuve les gadgets souvent, mais pas toujours, inutiles et proposent des tuyaux éprouvés pour améliorer le.. son.. de sa chaîne.. Ces lettres, tirées de quelques centaines à quelques milliers d'exemplaires, sont généralement assez onéreuses d'autant qu'elles refusent toute publicité : mettons de l'ordre de quelques centaines de francs par an, ce qui est assez élevé mais raisonnable eu égard aux dizaines voire aux centaines de milliers de francs qu'un audiophile convaincu peut investir pour obtenir le.. En réalité, la plupart sont de bonnes affaires dans la mesure où elles permettent de choisir en connaissance de cause un matériel bon marché dont les performances valent parfois celles des produits beaucoup plus coûteux et où elles font bénéficier d'une expérience collective.. En France, cela n'a jamais marché malgré plusieurs essais tout à fait convaincants et pour une raison toute simple : la photocopieuse ! J'ai pu estimer à un millier d'exemplaires le public potentiel de telles lettres en recoupant plusieurs statistiques.. Aucune des lettres ici crées n'a dépassé la centaine d'exemplaires et aucune ne s'est maintenue.. Les auditoriums dont on aurait pu penser qu'ils devaient être les premiers à soutenir de telles initiatives l'étaient en fait à diffuser par voie de photocopies les informations qui les servaient.. Les amateurs français ont toujours refusé d'admettre qu'ils devaient payer pour obtenir une.. information.. Le résultat est qu'il n'existe sur ce sujet et dans ce pays qu'une presse servile tout occupée à chanter les louanges des fabricants ou plutôt des importateurs.. Notre domaine est certes différent.. Les tentations commerciales ne sont pas les mêmes.. Néanmoins, on en vient parfois à se demander s'il existe un public décidé à faire l'effort de soutenir une publication crédible.. Une des raisons de son absence tient paradoxalement à la qualité de la distribution de la presse en France.. Elle est telle, sous réserve des limitations quantitatives exposées ci-dessus, que les Français sont rarement des abonnés.. Aux États-Unis, si vous voulez lire une revue de SF,.. mis à part et encore, vous devez y être abonné.. Pas question d'aller la chercher au kiosque du coin, sauf peut-être à N.. Y.. , L.. et Wichita.. Les statistiques publiées chaque année par.. — qui n'est vendu que par abonnement — en font foi.. Certes, une des raisons, mais peut-être pas la plus importante, pour laquelle, dans notre domaine, les lecteurs s'abonnent peu, est le manque de réalisme et de persévérance des créateurs de périodiques.. Une thèse pourrait être utilement consacrée, dans une école de journalisme, à l'histoire des échecs et, surtout, des parutions éphémères des revues de SF.. Je ne m'y risquerai pas, bien qu'une telle épopée à tiroirs ait sa place dans ces colonnes.. Dans la plupart des cas, les promoteurs avaient surestimé leurs moyens et le public et sous-estimé les difficultés.. Il est exaltant de se dire qu'on va tirer à cinquante, voire à cent mille exemplaires, son premier numéro comme ce fut le cas pour.. Bientôt.. qui se voulait l'.. français et dont se souviennent probablement les plus chenus et les plus respectables d'entre vous.. Mais c'est aussi déraisonnable que de sortir dans la rue avec un polaroïd pour tirer le portrait d'un pilote de soucoupe volante.. Il faut absolument garder à l'esprit qu'il est essentiel de passer le cap des sept numéros entièrement auto-financés et qu'il vaut mieux prévoir l'échéance des douze numéros.. Les professionnels qui s'engagent rarement à la légère, considèrent qu'il est normal qu'une publication soit déficitaire.. pendant ses deux à trois premières années.. C'est seulement après qu'ils jettent l'éponge, à moins que des signes très clairs ne leur aient indiqué dès avant que le public n'était pas au rendez-vous.. C'est pourquoi, il vaut mieux tenir mille acheteurs que courir après dix mille.. Question de moyens, certes.. Eh bien, venons-y.. Une publication semi-professionnelle pourrait démarrer aisément avec un capital initial de cinquante mille francs pourvu qu'ils soient utilisés parcimonieusement.. Cela implique de trouver cent actionnaires à hauteur de cinq cents francs, ou mille à cinquante francs, ce qui est en fait plus difficile à gérer.. Utopique ? Pourquoi ? C'est ainsi qu'a démarré une entreprise autrement plus ambitieuse, celle de Jean-François Kahn avec.. l'Événement du jeudi.. Rêvons : imaginons une association de lecteurs qui acceptent de jouer le jeu avec une association de rédacteurs en laissant à cette dernière toute latitude tout en obtenant la transparence comptable.. Le risque n'est pas très grand, la satisfaction morale immense en cas de succès.. La démocratie directe n'a pas de prix même s'il s'agit ici surtout d'une délégation de pouvoirs.. Je suis persuadé que certains éditeurs — dont je suis — s'efforceraient de récompenser ces bonnes volontés en distribuant des volumes gratuits ornés des dédicaces des grands auteurs.. Français de préférence.. Le véritable problème me semble être à ce niveau : la crédibilité d'une équipe et d'un projet.. Cela ne s'improvise pas.. Mais un travail préparatoire suffisamment long et détaillé devrait permettre d'y pourvoir.. Une revue semi-professionnelle durable représente moins d'efforts et d'investissements financiers que l'organisation d'une convention.. Qu'est-ce qui est le plus important ?.. Une des spécificités les plus souvent mises en avant pour caractériser notre domaine par opposition aux autres provinces littéraires est la cohésion et l'esprit d'engagement du noyau dur de ses amateurs.. Serait-ce une légende ? Voilà l'occasion de le vérifier.. J'ajouterai que si une revue crédible se constituait, elle pourrait bénéficier à moyen terme d'aides publiques.. Le Centre National du Livre déverse à d'obscures revues poétiques une manne plus abondante qu'on ne croit.. Il ne manque pas dans ce domaine de personnalités suffisamment bien placées pour soutenir la demande de subsides.. La Direction du Livre a, après tout, longtemps été la responsabilité de Jean Gattegno, le signataire du "Que sais-je ?" consacré à la SF.. La France devra-t-elle attendre d'être annexée par le Québec pour consacrer à la SF quelques moyens.. [4].. ?.. À rapprocher de la formule d'Andy Warhol : « Dans l'avenir tout le monde sera célèbre.. Cinq minutes… ».. Je reviendrai la.. sur mes observations et mes déceptions.. Métaphore audacieuse dans la mesure où le portefeuille se vide quand l'urne se remplit.. Mais avec un peu de topologie, tout peut s'arranger.. À noter que le nouveau secrétaire général du Centre National des Lettres est André-Marc Delocque-Foucaud, grand connaisseur et amateur de SF, ce qui ne gâte rien.. mercredi 28 mars 2001..

    Original link path: /archives/klein/inconnu/09.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Klein/À l'auteur inconnu 10 | Quarante-Deux
    Descriptive info: 10.. À l'auteur inconnu 10.. 21, février 1992.. Fouiller son âme, quoi de plus mortellement ennuyeux.. Mais échanger pour de bon des signaux avec Mars, voilà une tâche digne d'un poète lyrique.. "De l'interlocuteur" (1913).. Ossip.. Mandelstam.. In :.. De la poésie.. C.. e que je crains, c'est qu'il n'y ait plus d'avenirs en français.. Plus jamais.. Au moins provisoirement.. Peut-être est-ce d'avoir échoué dans mon propos de publier une anthologie française composée de textes originaux, projet qui tirait sa vraisemblance des quatre volumes publiés au Livre de Poche.. Cependant, malgré les efforts d'Ellen Herzfeld et de Dominique Martel et de l'extension des délais, sur soixante-dix nouvelles reçues, il n'y en eu qu'une demi-douzaine de publiables relevant au demeurant plutôt d'un bon niveau amateur que du travail de professionnels.. Elles totalisaient environ trois cent mille signes, ce qui correspondait à moins de la moitié du total souhaité.. Sans doute, l'échec d'.. Utopies 85.. et le défaut d'une revue ont-ils pesé sur le destin de cette expérience de laquelle se sont abstenus nombre d'auteurs consacrés.. J'en suis, je l'avoue, pas vous ?.. Mais il y a une difficulté plus profonde qui se manifeste aussi et davantage dans les manuscrits que je reçois pour "Ailleurs et demain", plus d'une cinquantaine par an et parmi lesquels, depuis six ans, j'estime n'avoir rien lu qui corresponde vraiment aux lecteurs que je représente.. J'extrais de ce lot un tout petit nombre d'œuvres intéressantes qui, pour une raison ou pour une autre, ne me convenaient pas, ou étaient trop brèves ou encore me semblaient trop conventionnelles pour ma collection, et qui ont souvent trouvé ailleurs un éditeur, parfois du reste après avoir bénéficié de mes conseils.. Ce sont des autres textes que je voudrais dire un mot.. Il serait intéressant de les répartir en catégories statistiques.. N'ayant pas fait ce travail au fil des années, je ne puis raisonner ici que sur des souvenirs et que sur une quinzaine de fiches de lectures, les dernières établies.. Le plus grand nombre de manuscrits se situent dans des avenirs éloignés ou indéterminés et relève du roman d'aventures spatiales ou planétaires.. Malheureusement, ils sont écrits par des auteurs qui ont pour seule référence la SF elle-même et pas toujours la meilleure, ou encore qui donnent l'impression de chercher d'abord à écrire des scénarios pour la cinquième chaîne.. Dans ces histoires de pirates, d'aventuriers, d'arches stellaires, d'empires galactiques et d'exploration de mondes superficiellement élaborés, la reproduction servile de la SF américaine des années cinquante et du cinéma de même eau des années soixante-dix à nos jours est évidente.. Une seconde catégorie, moins abondante, évoque l'avenir proche et feint de soulever des problèmes politiques ou écologiques.. Plus intéressante dans son principe, elle pêche infortunément, outre des problèmes d'écriture, par le défaut de documentation et de réflexion.. Le sida, le chômage, la pollution, la corruption sont des thèmes respectables, mais ils ne peuvent pas l'être au seul niveau de l'information superficielle, pour ne pas dire publicitaire, que convoient les magazines.. Une troisième classe relève de l'.. , plus ou moins dissimulée derrière un contexte science-fictionnel qui l'apparente parfois à la première catégorie.. Je passerai vite sur une catégorie inchoative qui a trouvé ailleurs sa.. limite.. et dont je ne subis du reste que des quantités homéopathiques.. Enfin, un dernier sous-ensemble dont je m'étonne toujours de recevoir des éléments réunit des textes qui se réclament explicitement du Fantastique, généralement dans une forme poético-archaïque et souvent issus de plumes féminines.. Il arrive que ces auteurs, peu sûrs de leur fait, me demandent de les excuser de les avoir envoyés.. Ils ont raison sur ce seul point et ils pourraient s'en dispenser.. Il y a maintenant d'autres collections pour les accueillir dont "Présence de fantastique" chez Denoël.. En bref et au total, il y a comme un problème d'orientation.. Il doit être tout à fait clair que chacun est libre d'écrire ce qui lui plaît comme chaque éditeur l'est de publier ce qui l'intéresse.. Mais de mon expérience se dégage l'impression d'un mélange croissant de la représentation des différents genres.. Or, ces genres ont des histoires distinctes et des structures relativement objectivables, encore que toute structure soit faite pour être subvertie ou transgressée.. Je voudrais d'autant plus tenter de dissiper cette confusion qu'elle m'a semblé récemment entretenue par certains de mes estimés confrères.. J'entends bien que des genres ou des tendances différentes peuvent s'entrecroiser et s'interféconder.. À un certain niveau de talent et d'expérience, ce peut-être l'apport d'un auteur de transgresser les frontières et de brouiller les pistes.. Encore faut-il savoir d'où l'on part et où l'on va, et ne pas tenter le mariage infertile de la carpe et du lapin.. Et de toute façon, ce n'est pas recommandé au débutant.. J'entrerai donc dans la polémique et, dans un souci pédagogique, dirai ce qui me semble radicalement distinguer SF,.. Fantasy.. et (nouveau) Fantastique en ne reculant pas, le cas échéant devant les jugements de valeur.. Je m'en vais rompre quelques lances, bien que, comme on le verra tout de suite, l'expression soit judicieusement mal choisie relativement à ma position, à propos de l'espèce de douteuse promiscuité que certains choisissent de cultiver entre la SF et d'autres genres, opportunistes comme il en est de certains miasmes.. J'ai nommé l'.. , la.. Sword and Sorcery.. et autres pestilences qui ne se sont heureusement jamais trouvé de véritable nom dans notre belle langue.. Bien qu'elle soit ancienne et anglo-saxonne, l'idée d'un cousinage entre la SF et ces genres ne me semble fondée sur rien sinon la vague évocation d'un imaginaire qui pourrait aussi bien englober le Western ou le Péplum, ou sur un simple souci de marketing.. Je voudrais ici relever quelques points essentiels de différence et les raisons pour lesquelles à mes yeux les différentes variétés de.. ne valent pas tripette.. Un premier point sur lequel j'ai déjà eu l'occasion d'insister, c'est que la SF nécessite un minimum de culture ou de curiosité scientifique, philosophique ou parfois historique.. Par culture scientifique, je n'entends pas un savoir hautement spécialisé mais, disons, une idée à peu près juste de la représentation de l'univers qui est celle des chercheurs et donc une ouverture sur une expérience collective et concrète encore que complexe et contradictoire.. [5].. Il est vrai que la SF demande parfois, voire la plupart du temps, une certaine culture spécialisée et peut paraître par là difficile d'accès à ceux qui en sont dépourvus : il n'est pas surhumain de se la constituer et d'en attraper de surcroît une touche d'épistémologie.. Ce qui n'est ni le cas de la.. , ni du Fantastique.. Même si des œuvres anciennes et marquantes comme.. le Monde des Ā.. ou.. les Plus qu'humains.. ne semblent pas emprunter directement grand-chose à la science, elles font appel la première à des considérations épistémologiques dignes d'intérêt et la seconde au concept de Gestalt qui a une antériorité en philosophie et en psychologie.. Au lieu de quoi, la.. continue de véhiculer aujourd'hui des inepties pas même poétiques sur la Terre plate ou creuse, les continents engloutis de Mu et de l'Atlantique, les fées, les gnomes, les sorciers, les dragons.. C'est même là sa première propriété, d'être écrite puis lue par des gens qui n'ont pas eu le besoin, voire peut-être hélas l'occasion, d'acquérir la moindre bribe de savoir : une littérature faite par des ignorants pour des ignorants et dont le niveau problématique est nul.. La lecture de cent œuvres de.. n'apportera aucune forme de culture, même littérairement ultra-spécialisée, parce qu'elles font à peu près toutes dans la répétition.. Elles sont superposables.. Il est remarquable de constater que les comptes rendus qui en sont donnés dans.. , par exemple, sont à peu près identiques et qu'il suffit de changer les noms pour transférer les résumés d'un ouvrage à l'autre.. À s'interroger sur la pulsion qui conduit des lecteurs à relire la même histoire sans se lasser, on peut imaginer que leur capacité mémorielle est si faible que, comme une machine de Türing devenue folle, ils parcourent sans cesse la même boucle sans s'en apercevoir.. Il est d'autant plus difficile d'apercevoir un mouvement, l'embryon de l'histoire d'un genre dans la.. , que l'objectif que se fixent ses auteurs est de reproduire à l'identique les succès de leurs plus illustres prédécesseurs.. Il me semble clair que la SF est.. elle.. en perpétuel mouvement et que si elle a ses classiques, ils servent de référence dans une évolution, une histoire.. La raison pour laquelle la.. se borne d'horizons indépassables tient à ce que les œuvres fondatrices se trouvent dans le passé et qu'il s'agit uniquement de les retrouver, de les prolonger, de les évoquer comme on ferait d'un revenant.. Tout le propos consiste à s'approprier un petit morceau de territoire peuplé d'elfes et de hobbits ou encore de guerriers, de puissances maléfiques, de princesses et de trésors et à le faire fructifier.. Personne, dans ce domaine, ne prétend faire mieux que J.. R.. Tolkien.. L'idée même que ce soit concevable est sacrilège.. Dans la.. , on suce les os du Père sans avoir pris la peine de le tuer.. Le problème est que Tolkien était un écrivain et un linguiste, ce qui confère au texte anglais un raffinement que rend du reste assez mal la version française.. Tolkien a inventé une œuvre et défini un genre tandis que ses épigones ne font que les décliner sur un mode mineur.. [6].. La même mésaventure, on le sait, est arrivé à Lovecraft et dans une certaine mesure à Robert Howard, bien que dans son cas le défaut de talent littéraire l'ait condamné à être le premier de ses copistes.. Dans le cas de Lovecraft, le détournement est aggravé comme l'ont montré Joseph Altairac et Michel Meurger par un déroutement idéologique.. D'un univers fondamentalement matérialiste, les épigones et plus encore certains des commentateurs ont tiré des développements surnaturalistes, incitant à la superstition et à l'archaïsme.. En somme, ces terroristes de l'imprimé, non contents de détourner l'avion, en ont fait une galère.. Une littérature qui se donne pour objectif de reproduire l'atmosphère du Maître est d'emblée académique.. Je suis désolé de voir Michael Moorcock, écrivain britannique que j'estime et dont j'ai publié un remarquable roman fantastique,.. le Chien de guerre.. [7].. , dilapider son talent dans la répétition sempiternelle de scènes de batailles lavées de tout sens épique par leur automatisme même.. L'héroïque fantaisie — traduisons, le ridicule n'en sera que plus net ! —, c'est le whisky sans alcool, le roman historique sans l'Histoire, la mythologie sans mythes, l'épopée sans noblesse, bref, un fantôme qui n'a jamais vécu.. Le problème n'est pas qu'il s'agisse d'aventures imaginaires ; il est qu'il s'agit d'aventures sans imagination, composées selon de recettes éculées.. Bien que par les temps qui courent cela puisse paraître démodé, il est intéressant de soumettre les trois genres à une problématique politique.. La SF a pour ainsi dire toujours une dimension.. révolutionnaire.. même lorsqu'elle est de contenu explicitement conservateur voire réactionnaire par exemple chez Robert Heinlein ou Ayn Rand.. C'est qu'elle s'intéresse, pour la glorifier ou pour la déplorer, à.. la chose qui change du fait du savoir.. dans la société.. Elle ne peut pas s'en empêcher.. Peut-être peut-on exclure de cette dimension problématique la SF militariste ou survivaliste américaine qui est en passe de constituer un sous-genre à part, à dire vrai très proche de l'héroïque fantaisie, mais je le connais trop mal pour en décider.. Je crois par ailleurs nécessaire d'insister, parce qu'il est souvent négligé, voire dénié, sur le caractère.. anti-prophétique.. de la SF.. Elle détruit la veine prophétique, c'est-à-dire l'affirmation d'un savoir privilégié sur le futur, de source théologique ou parascientifique par sa profusion même.. Lorsque la SF aborde explicitement le thème du prophète, comme Frank Herbert dans.. Dune.. et ses suites, c'est précisément pour montrer qu'il constitue une aberration et un danger, à commencer pour le prophète lui-même.. On trouverait d'autres exemples d'anti-prophétisme explicite dans.. l'Année du soleil calme.. de Wilson Tucker,.. le Maître du hasard.. de Robert Silverberg.. [8].. le Livre des révélations.. de Rob Swigart.. Cet anti-prophétisme implicite ou militant explique sans doute en partie les résistances voire l'opposition forcenée à la SF de certains milieux supposés détenir la clé de l'avenir, ainsi les défenseurs de la vulgate marxiste dans les années cinquante et nombre de scientifiques obtus naguère et aujourd'hui qui voient plus ou moins consciemment dans la Science-Fiction l'instrument du dévoiement de toutes choses y compris du futur.. Certains d'entre eux ont assimilé explicitement les auteurs de SF à des sortes de braconniers illégitimes chassant sur leurs terres et s'y livrant en somme à une concurrence déloyale parce que dépourvue des nécessités et des difficultés de la validation, comme si pour eux, le terrain de la SF était le.. même.. que celui de la science.. Les opposants purement littéraires, eux, n'ont du moins pas cette attitude : il y a belle lurette qu'ils ont renoncé à occuper quelque terrain que ce soit, et surtout  ...   Ses tentations sont le.. New Age.. , le culte du n'importe quoi, le relativisme intégral et la globalisation floue dite holistique.. La difficulté tient à ce que ces deux visions du monde, apparemment opposées, sont souvent complémentaires et que les délimitations sont loin d'être nettement tracées entre elles.. Le scepticisme scientifique et la capacité à réorganiser le savoir en fonction de l'expérience introduisent dans la pratique de la science elle-même des attitudes post-modernes.. C'est aussi qu'elles sont plus anciennes qu'on le dit souvent.. Après tout, il y a place dans notre culture pour Platon et pour Aristote, pour les deux Bacon et pour Montaigne, pour Thomas Kuhn et pour Paul Feyerabend.. La vision post-moderne trouve d'autre part quelque aliment dans les événements mondiaux de ces dernières décennies.. Mais il m'est plus difficile de ne pas penser qu'elle reflète au-delà d'une déconstruction sans doute nécessaire, d'un désillusionnement salutaire, d'un désenchantement, un état passager — au sens historique — du monde plus qu'elle n'est une révision radicale et définitive de la pensée.. Elle correspond trop bien à l'idéologie implicite — et parfois explicite — des grandes entités économiques transnationales qui tiennent à supplanter les États dits modernes.. Le post-modernisme trouvera sans doute de toute façon sa limite dans l'exploitation qu'il fait des formes antérieures et en particulier de celles crées par la modernité.. Un art fondé sur la citation tient de la récupération dans les décharges publiques mais aussi de l'hommage au moins inconscient, presque fétichiste, rendu aux créations élaborées sur des convictions plus fermes.. Une fois la décharge épuisée, il faudra bien revenir à un projet.. Et les problèmes sont là, qui têtus et patients, attendent des réponses.. Ne grimpons pas top haut.. Il est amusant de constater que la problématique modernisme contre post-modernisme traverse la SF elle-même.. Le mouvement cyberpunk par exemple ; à supposer qu'il existe, ce dont je doute avec Gibson et Sterling, se voudrait, paraît-il, post-moderne, ce qui est peut-être simplement une façon d'être à la mode.. Mais dans son essence même, la réalité virtuelle, il repose sur l'anticipation des grands réseaux informatiques, c'est-à-dire sur un projet technologique de type résolument moderne.. Le véritable clivage passe entre la SF d'une part, littérature moderne de par ses attaches, au moins idéologiques, avec la science, et l'HF et le FN d'autre part, littératures post-modernes en ce qu'elles jouent sur la décomposition de l'intelligibilité et exploitent des filons archaïques et fétichistes.. Certains verront là une raison (.. sic.. ) de les défendre contre des formes modernes (re-.. Je n'y vois pour ma part que des symptômes très locaux d'un conflit beaucoup plus vaste entre ceux qui pensent que le monde est un endroit partiellement intelligible et améliorable et ceux qui affirment, souvent naïvement, parfois cyniquement, le contraire.. Les sectes sont terriblement post-modernes.. Remember Guyana.. Le lecteur le moins perspicace aura sans doute compris que je me range du côté des amateurs de SF, dans le camp des intégristes.. modérés.. , ce qui est une occasion de rester fidèle à ma nature paradoxale.. Mais ce serait céder à la tentation fanzineuse, que je côtoie ici de façon de plus en plus redoutable, que de tenter de me situer de manière plus précise par rapport à l'intégrisme radical de Joseph Staline Altairac ou au positivisme forcené de Bernard A.. Dardinier.. Je réaffirmerai simplement avec Humpty-Dumpty qu'il faut savoir rester le maître des mots et par conséquent écrire de la SF quand on a décidé de publier de la SF.. Pour toutes sortes de raisons, je suis extrêmement sceptique sur l'avenir en France de la.. ou du féerisme sous toutes ses formes.. Aux États-Unis même d'où l'on nous ramène de très vieilles lunes pour ne pas dire des fonds de tiroir, en tout cas de fausses découvertes, la.. , après avoir semblé devancer la SF il y a environ cinq ans, connaît une désaffectation marquée qui a rendu à la SF sa prééminence, ne serait-ce que parce que cette dernière est un domaine mobile et évolutif.. Il est beaucoup plus difficile de se prononcer sur les avenirs respectifs du Fantastique Nouveau, de l'Horreur, voire du Gore, mais leurs succès durables me sembleraient encore une fois avoir valeur de symptôme.. Quant à ceux qui, comme Philippe Curval et Daniel Walther, professent en toute bonne fois la cause de l'abolition des genres ou plutôt la dissolution de leurs frontières, espérant par là rejoindre une littérature générale et son public qui, dans le fait, n'existent plus, il est clair qu'ils ne peuvent pas trouver dans des textes amorphes ou au contraire ultra-spécifiés, motif à satisfaction.. Ce n'est pas parce qu'on ne sait plus de quoi on parle qu'on dit ce qu'on veut.. Ce qu'on nous propose ici ou là, c'est une anomie de l'imaginaire, une aboulie de l'intelligence.. La confusion ambiante apparente, loin d'être innocente, entretenue par une multiplication des labels singuliers (Science-Fiction,.. Science Fantasy.. Weird Fantasy.. Dark Fantasy.. par exemple) qui n'ont d'américain que la consonance, faute d'exister outre-atlantique et d'avoir de la consistance historique, et dont la pertinence extra-commerciale est pour le moins douteuse, résulte surtout d'une intention de nommer les territoires pour mieux les accaparer.. L'année 1991, calamiteuse pour l'édition, aura vu se déchaîner au pire moment une guerre picrocholine entre Presses Pocket et J'ai Lu pour la maîtrise du linéaire, lisez des rayonnages des librairies et surtout des grandes surfaces, ruineuses pour tout le monde, à commencer par les intéressés qui souffrent de taux de retours himalayens.. Si j'ai à peu près bien fait mes comptes, Presses Pocket aura publié, rééditions rebadigeonnées comprises, cinquante à soixante titres dans l'année et J'ai Lu environ trente-six.. Et "Présence(s)" se sera dédoublé sinon tétriplé.. Les fins navigateurs savent que par gros temps on prend des ris, c'est-à-dire qu'on réduit la toile.. C'est ce que j'ai tenté pour ma part, tant au Livre de Poche (onze titres) que dans "Ailleurs et demain" (six titres dont, il est vrai, deux au moins doubles).. Je ne prétends pas avoir eu raison.. J'ai essayé d'être raisonnable.. Mais le plus grave, quand les blessures seront pansées et les morts enterrés, restera l'impression désolante que cette marée, souvent impudente, aura laissé sur le public et sur la critique, médusée et pratiquement saisie de mutisme à force de lassitude ou d'effroi.. À savoir que le genre est doté d'excroissances aussi infantiles que monstrueuses et qu'il est la plupart du temps infiniment méprisable ou du moins négligeable.. L'exigence de qualité, la revendication de la maturité du domaine, construites à grand-peine en une génération et par une génération.. [10].. , déjà bien ébranlées il y a plus de dix ans par la débilité somptueuse de.. (1977) et de ses “séquelles”, ont, semble-t-il, provisoirement cédé devant l'invasion mercantile des faux prophètes et des magiciens.. Alertez les bébés.. Il semble bien tard pour les ados, pardon, les jeunes adultes.. Je me suis, pourrait penser le lecteur, écarté à force de polémique, du propos central et serein de cette chronique qui vise à renseigner les auteurs actuels et postulants.. Mais je crois au contraire avoir approché un des cœurs du problème : comment ne pas faire mauvais genre ?.. Et ce que j'espère, c'est qu'il y aura encore des avenirs en français.. Qui l'emportera, de l'abominable Darth Goider ou du sinistre magicien Lodaüs ? Le valeureux Luclain Skywalker, traqué par les Empires, chassé de sa planète, parviendra-t-il à tirer son épingle du jeu et conquerra-t-il enfin le cœur de la princesse ? C'est ce que vous saurez en lisant nos prochaines parutions.. qui vient de recevoir le Grand Prix de l'Imaginaire 1992,.. ex-.. Grand Prix de la SF Française.. Il reste que d'avoir débaptisé le GPSFF pour barbouiller d'un vague qualificatif qui noie tous les genres et gomme toutes les différences, sous prétexte d'œcuménisme et d'internationalisme, va dans le sens de la confusion organisée qui est le sujet principal de cet article, et constitue accessoirement une erreur médiatique dont une distinction déjà peu connue n'avait guère besoin.. Il est difficile, au demeurant, de faire plus ridicule que le texticule accompagnant la proclamation du Prix, qui se réclame du Goncourt et, pour faire bon poids, voit en Stephen King « Le grand héritier de Zola ».. On se demande pourquoi Zola, puisqu'il n'eut jamais le Goncourt, étant mort l'année précédant celle de la création du prix, et non Victor Hugo qui aurait eu le mérite au moins d'avoir quelque rapport avec le Fantastique.. Ce texte devant certainement être publié dans.. , je laisse le lecteur s'en faire une idée par lui-même.. Je constate simplement qu'il n'y a plus de Grand Prix de la Science-Fiction Française.. De telles structures sont-elles de simples créations de l'esprit ou ont-elles une existence objective, dans la réalité, sociale et littéraire en l'occurrence ? Cette intéressante question que je ne puis traiter ici au fond trouve une solution élégante dans mon hypothèse des subjectivités collectives.. Ce sont bien des créations, non pas d'esprits individuels au sens courant du terme mais des subjectivités collectives, parfois fort vastes et anciennes.. De ce dernier trait vient qu'elles se présentent presque irrésistiblement à l'esprit individuel comme des données de la réalité puisqu'il est incapable d'en repérer et d'en nommer les auteurs.. Je dois préciser, pour ceux qui n'auraient pas lu "Trames et moirés", que “l'esprit individuel” me paraît également être une fiction, précision qui sera également utile à ceux qui l'ont lu car sans elle je donnerais l'impression de me contredire, ce qui est toujours pénible à un esprit même inexistant qui s'efforce de conserver une certaine consistance.. Le Professeur Dardinier s'est, comme sur le sujet de la revue française, exprimé avant moi sur ce thème avec beaucoup plus d'érudition, d'élégance et de pertinence.. Qu'il veuille bien considérer comme un hommage à sa modestie et une concession à ma paresse le fait que je ne le cite pas ici à toutes les lignes.. Je ne me permets cet éclat ou cet écart que pour faire assaut de patriotisme avec Roger Bozzetto qui, dans un récent numéro de.. , revient assez lourdement sur la notion de SF nationale, traitant de la française.. Décidément, Le Borgne rôde sur tous les seuils.. nº 97, mai-juin 1991, page 4).. Voici un exemple concret : dans un manuscrit reçu récemment, l'auteur imagine que les Martiens, réfugiés sur un monde artificiel, volent l'ozone de la Terre de façon à rééquiper leur planète d'un écran contre les U.. V.. Même si l'on néglige le fait que la teneur en ozone de notre atmosphère est si faible que ce larcin me paraît hautement problématique, un élève de cinquième était de mon temps supposé savoir que l'ozone (O.. ) s'obtenait aisément avec de l'oxygène (O.. ) et une étincelle électrique.. Une exception notable, le.. Terremer.. d'Ursula K.. Le Guin qui comporte désormais avec.. Tehanu.. quatre livres, mais dont la structure est beaucoup plus proche de celle de ses romans de SF que la.. ordinaire.. En fait, cette tétralogie est entre autres choses une réflexion sur les conditions de fonctionnement et sur les limites de la littérature de.. C'est aussi un essai non mystificateur puisque fictionnel sur les conditions de fonctionnement d'une épistémologie.. autre.. , beaucoup plus proche que celle de notre science des contenus affectifs et émotionnels de l'inconscient.. L'œuvre de Castaneda représente à l'opposé un essai mystificateur, puisque donné pour témoignage ethnologique, de même type, le talent littéraire en moins.. J'ai également contribué à faire paraître chez J'ai Lu son délectable roman érotico-historique — s'agissant bien entendu d'une uchronie —.. la Maison de Rosenstraße.. , qui met en scène un descendant d'Ulrich von Bek, le chien de guerre de celle de Trente Ans, auquel du reste, je suis apparenté par la branche luxembourgeoise.. On sait par ailleurs que le nom sacré de Gernsback résulte d'une altération de celui de Bek, signifiant à peu près : “au meilleur Bek” comme on disait, avant le déjeuner du lundi : “Il n'est bon Bek que de Paris”.. Le lacanoïde aura évidemment saisi sans retard la connotation sexuelle de ce bec sur lequel il ne fait pas bon tomber et l'allusion à la rue du Bac, dans sa prononciation anglo-saxonne, éminemment proche à Paris de la demeure du Maître défunt, rue de Lille, et l'évidente proximité du bègue et de la bogue, cette ratiocination, ou mieux ce lapsus du logiciel.. Aujourd'hui disponible dans Le Livre de Poche et publié initialement dans "Ailleurs et demain", puis repris chez J'ai Lu sous le titre de.. L'Homme stochastique.. , fidèle au titre originel (.. the Stochatic man.. ) mais dont l'expérience a montré qu'il était incompréhensible pour le lecteur français, même cultivé.. Je prie ici tous ceux qui ont pu être induits en erreur par ce changement de titre de recevoir mes excuses : j'avais négligé de rédiger en temps utile la note de page de copyright prévue.. In.. Dont faisaient partie notamment Alain Dorémieux, Jacques Goimard, Michel Demuth, Jacques Sadoul, Demètre Ioakimidis, Philippe Curval et Gérard Klein.. Que sont mes amis devenus ?..

    Original link path: /archives/klein/inconnu/10.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Klein/À l'auteur inconnu 10 bis | Quarante-Deux
    Descriptive info: 10.. bis.. À l'auteur inconnu 10.. 22, septembre 1992.. L'auteur de l'Histoire véritable des Temps fabuleux a bien dû s'attendre, et s'est bien attendu, en effet, à voir son ouvrage essuyer quantité de contradictions de la part de quelques savants, et encore plus de ceux qui ne le sont pas.. Il a prévu ce qui est arrivé : les uns par l'esprit d'irréligion qui règne, d'autre part un intérêt de système, ceux-ci par jalousie, ou pour faire parler d'eux, et ceux là parce qu'ils ont entendu parler, n'ont pas manqué de l'attaquer.. La modestie de *****, l'esprit de paix qui l'anime, la douceur de ses mœurs et de son caractère, qui le portent à fuir toute espèce de contestation même littéraire, dès qu'elle pourrait troubler la tranquillité de son âme et altérer le bonheur dont il jouit au milieu de ses livres, lui ont fait jusqu'ici garder le silence sur les critiques….. Introduction à.. l'Histoire véritable des Temps Fabuleux.. Guérin du.. Rocher.. (Paris Besançon : Gauthier frères et C.. ie.. , 1824).. e numéro 21 de.. a suscité dans le microcosme une agitation dont le lecteur a trouvé quelques manifestations dans ce numéro 22 et à laquelle ma dernière rubrique n'était peut-être pas étrangère.. Au lieu de suivre mon plan qui était de consacrer à la critique mon onzième article, je voudrais donc revenir sur quelques points dans un chapitre 10.. Il m'est tout d'abord apparu qu'une des causes de malentendu tenait à ce qu'il existe au moins deux approches très différentes de la SF.. Certains la considèrent uniquement comme une distraction, et il semble du reste qu'ils tiennent pour telle toute modalité de la littérature, ce qui fait qu'ils ne voient pas, au sens strict, pourquoi la SF aurait une portée particulière.. Ils n'accordent manifestement à la littérature aucune fonction, et à la question fameuse lancée par Sartre dans une salle de la Mutualité sur la fin des années 50 ou au début des années 60.. : « Que peut la littérature ? », ils répondirent implicitement : « Rien.. ».. Ils sont donc surpris, légitimement à leur point de vue, qu'on prenne la littérature en général et la SF en particulier un tant soit peu au sérieux.. La SF est pour eux un genre comme un autre et ils ne voient pas la nécessité de finasseries sur sa différence avec d'autres genres.. Je doute que ce point de vue soit bien fondé mais il existe et doit être pris en considération.. Ce n'est pas le mien.. La littérature, et la SF dont il ne me semble pas certain qu'elle relève seulement de la littérature ni qu'elle soit à proprement parler un genre, ont à mes yeux des effets dont celui de distraire, mais aussi d'autres fonctions.. Pour ce qui est de la littérature en général, je m'en suis expliqué autant que j'ai pu dans "Trames et moirés".. Pour la SF, aussi loin que je me souvienne d'en avoir lu, fût-il tout à fait naïvement, une des dimensions principales m'a toujours semblé prospective, ou, puisque le mot n'existait pas à l'époque, d'exploration et d'éclairage d'un avenir nécessairement différent du présent.. Ce en quoi je crois partager l'attitude d'un grand nombre de ses lecteurs assidus : la passion de sonder l'avenir.. Qu'on me comprenne bien : je ne dis pas — et j'ai même précisé le contraire dans ma dernière rubrique — que la SF a un caractère prophétique.. Je dis qu'elle s'efforce d'explorer sur un mode parfois ludique mais souvent informé, les possibles inscrits dans le présent et que c'est cela qui nous intéresse.. Lui dénier une telle intention est historiquement dénué de sens.. Les pères fondateurs, Verne, pourtant si réticent à transgresser l'horizon temporel du présent, Wells si enclin à le faire jusqu'au désespoir, Rosny Aîné, Maurice Renard, manifestent tous explicitement leur intérêt pour une problématique de l'avenir historique modifié pour le meilleur ou pour le pire par les progrès des sciences et des techniques.. Parmi les modernes, Norman Spinrad dans la plupart de ses romans et nouvelles, aussi bien que John Brunner notamment dans sa magistrale tétralogie consacrée à l'avenir proche (.. Tous à Zanzibar.. l'Orbite déchiquetée.. le Troupeau aveugle.. Sur l'onde de choc.. ) n'ont pas d'autre ambition affichée.. On pourrait multiplier les exemples pratiquement à l'infini.. Je dirai même que pour celui qui cherche à scruter l'avenir au travers des jumelles temporelles de la SF, le.. space opera.. le plus éculé est porteur de réflexion prospective.. Enfant, j'ai lu avec le même émerveillement, parce qu'ils parlaient de l'avenir,.. Assassinat des États-Unis.. de Will Jenkins (alias Murray Leinster) qui posait un problème spécifique de la guerre froide, et.. Les Rois des étoiles.. d'Edmond Hamilton qui n'est probablement qu'une bluette insignifiante mais qui portait l'idée d'empires interstellaires, et donc du voyage interstellaire, et donc d'une dimension à la fois physique et historique inédite dans les littératures dont j'avais l'expérience.. Celui qui n'est pas sensible à cette passion prospective, et qui au fond n'a aucun intérêt pour l'avenir, ne peut évidemment pas comprendre pourquoi.. nous.. établissons une différence radicale entre SF et.. ou Nouveau Fantastique.. Il ne perçoit dans un texte de SF que la petite titillation que pourra éventuellement lui procurer un texte relevant du Policier, de l'Horreur ou du Fantastique, classique ou nouveau.. Titillation éphémère du relativement inédit, de la bonne histoire, comme on dit une bonne blague.. Il me semble intéressant de souligner que les réticences qui se sont de longue date et partout manifestées à l'encontre de la SF ne sont pas seulement liées à l'ignorance et à la peur de la science.. Ces réticences qui vont jusqu'à l'hostilité déclarée résultent aussi d'une crainte de l'idée d'un avenir différent du présent (conservatisme) et d'un avenir qui s'étendrait au-delà de la date de la mort vraisemblable du sujet concerné  ...   les propriétés que j'attribue aux différentes espèces littéraires ne sont pas équivoques.. On peut sans doute les contester et y répondre, mais l'invective n'y suffit pas.. En bref, je ne me satisfais pas de l'injure comme raisonnement et parce qu'elle ne me convient pas, j'ai choisi, sans négliger l'ironie, de me placer sur le terrain du débat.. C'est sur ce terrain que j'attends mes adversaires si j'en ai et s'ils ont l'usage des armes.. Puisque nous parlons d'armes, une autre façon de noyer le poisson consiste à évoquer l'imaginaire dans une généralité douteuse.. L'idée qu'il existerait une littérature de l'imaginaire qui inclurait à la fois les mythologies les plus anciennes, le Fantastique classique, le Fantastique nouveau, les différentes variétés de.. , l'Horreur, l'Épouvante et la SF, me paraît inacceptable et indéfendable.. Je ne vois pas pourquoi on n'y inclurait pas aussi le roman sentimental, le Western, le roman de cape et d'épée et le roman d'Espionnage, voire une bonne partie du Policier, et de manière générale l'œuvre de Paul-Loup Sulitzer, qui me semblent avoir avec la réalité, du point de vue supposé d'un œcuménisme de l'imaginaire auquel je n'adhère pas, la même relation.. Le présupposé de cet œcuménisme est qu'il y aurait une opposition radicale entre une littérature de la.. mimésis.. qui serait présumée représenter le réel (Balzac, Flaubert, Duras ?) et une littérature de l'imaginaire qui lui tournerait le dos et qui ferait unité dans la culture du fantasme.. En admettant provisoirement cette dichotomie pour raisonner par l'absurde, la SF est précisément de tous ces domaines littéraires celui qui s'efforce d'avoir un rapport avec la réalité scientifique ou technique notamment, c'est-à-dire celui qui, même s'il fait grand usage de l'imagination, s'ingénie à ne pas se limiter à l'imaginaire et, comme je l'ai souligné plus haut, considère les possibles et passionne lorsqu'il aborde l'avenir.. Si la SF a un tel rapport avec la réalité, elle est une espèce réaliste et relève de la.. Comme cela n'est pas, de toute évidence, c'est que la dichotomie de la littérature entre.. et imaginaire est invalide ou du moins insuffisante.. Pour ceux aux yeux de qui ni la science ni l'avenir n'existent, il est compréhensible qu'il s'agisse d'imaginaire et que le fantôme, l'inexplicable et l'ordinateur aient le même statut intellectuel.. Pour ceux, infortunés, qui utilisent des ordinateurs, travaillent à l'avenir et qui n'ont pas le privilège de fréquenter des spectres même dans leurs fantasmes, cela demeure inconséquent.. Jacques Goimard, dans un essai que je cite ici de mémoire, définit justement la SF comme seule littérature du présent parce qu'elle parle de l'avenir, alors que toutes les autres, prétendant traiter du présent, renvoient au passé.. Le décalage entre perception de la réalité sociale et expression littéraire explique selon lui, et j'y souscris sans réserve, cet apparent paradoxe.. Dans un monde en mouvement, il faut regarder devant soi pour apercevoir à temps ce qui défile sous vos pieds.. Dans un article passionnant et solidement argumenté encore que contestable pour cette raison même et qui mériterait une réponse appropriée, Jean-Pierre Lion suggère que la SF est une littérature d'idées qui, en fonction de ses ambitions mêmes, aurait dû échapper au romanesque et qui a échoué, au moins du point de vue du succès commercial.. Je cite sa dernière note, tout à fait explicite : « […] la SF serait moins qu'une autre littérature plus conventionnelle, une littérature d'imagination car elle tire ses perspectives du réel plutôt que d'y sertir de jolies bulles de rêve […] ».. Si je ne peux qu'approuver cette assertion, je me trouve en désaccord avec lui sur l'évacuation du romanesque.. Ce dernier présente en effet une fonction de.. séduction.. qui est indispensable à l'exercice de toute littérature.. À défaut, on entre dans le domaine de l'essai, auquel la SF est certes apparentée.. Il existe des.. essais.. indiscutablement proches de la SF comme.. the Last judgement.. de J.. Haldane, qui n'ont pas de forme romanesque, comme en français, certains textes de Camille Flammarion ou la fameuse mais peu lisible.. Uchronie.. de Renouvier (1876).. On peut également se poser la question à propos de la plus grande partie de l'œuvre d'Olaf Stapledon, injustement méconnue en France.. Mais la SF est une littérature, et comme telle, même si elle est très singulière et si, comme il est probable, elle n'est pas réductible aux conventions de la littérature dite générale et constitue par là depuis plus d'un siècle un roman nouveau, sinon un Nouveau Roman, elle ne peut pas, sauf à renoncer à toute prétention esthétique, exclure la dimension du récit.. Même caché, comme il arrive chez Ballard, le personnage est présent.. Pour s'inscrire dans la description des possibles et notamment des avenirs, et permettre une certaine identification de l'auteur et de ses lecteurs à des personnages même symboliques, il faut lui conserver son ouverture de.. , celle aussi, après tout, de Kafka, d'Huxley, de Borges, et d'autres seigneurs du réalisme moderne.. Certainement pas Fantastique.. J'y étais, mais je ne sais plus quand.. C'est exactement ce qu'exprime Jean-François Bizot dans l'éditorial du dernier.. Actuel.. On en trouvera des exemples très intéressants dans le livre d'Igor et Grichka Bogdanoff,.. l'Effet Science-Fiction.. , in "Ailleurs et Demain/Essais", Robert Laffont, 1979.. Proposition 1 : voir infra.. Fictions philosophiques et Science-Fiction.. , Actes Sud, 1988.. J'ai répondu, en son temps dans les pages de.. à Jean François Revel.. Les collectionneurs reliront éventuellement.. Pour les autres, il y a prescription jusqu'à la publication de mes œuvres critiques complètes, sous la direction de Joseph Altairac, chez Encrage.. Essayez.. C'est encore plus drôle que je ne pensais.. "La SF sans futur, Science-Fiction,.. , Fantastique : une perspective macluhanienne " :.. nº 4, mai 1992.. Note de Quarante-Deux : les années ayant passé, voir la préface aux.. 5, Denoël • Présence du fantastique 27, 1992.. lundi 23 juin 2000..

    Original link path: /archives/klein/inconnu/10bis.html
    Open archive



  •  


    Archived pages: 1235