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    Archived pages: 1235 . Archive date: 2013-12.

  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/l'Enfant de la fortune | Quarante-Deux
    Descriptive info: section Gérard Klein.. tout Quarante-Deux.. Sauter la navigation.. accueil.. exliibris.. pgeff.. kws.. récits.. prix.. galerie.. carnets.. photos.. Vous êtes ici :.. →.. Archives stellaires.. préfaces et postfaces.. l'Enfant….. Sections.. Bozzetto.. Curval.. Klein.. Divers.. Navigation.. l'auteur.. présentation.. liste des préfaces.. Gérard Klein : préfaces et postfaces.. Norman Spinrad :.. l'Enfant de la fortune.. Livre de poche nº 7174, avril 1995.. N.. orman Spinrad, né en 1940, est l'un des écrivains américains de Science-Fiction les plus surprenants.. D'abord, il vit en France depuis de nombreuses années, pratiquement au pied de Notre-Dame.. Ensuite, il représente à lui seul, comme je vais tenter de le montrer, une sous-espèce particulière de la SF, et cela presque depuis ses débuts fracassants.. Il a en effet, dans la plupart de ses romans, traité de l'avenir proche, d'un avenir si proche même qu'il se confond presque avec le présent, mais en prenant soin d'y introduire une ou plusieurs novations technologiques imminentes qui leur donnent une forte connotation prospective.. Son flair et son talent ont été tels, il a su généralement si bien su prévoir l'avenir, que certaines de ses œuvres ont en quelque sorte changé de sens au bout d'une dizaine ou d'une vingtaine d'années, et sont devenues insidieusement des romans actuels.. Norman Spinrad est un critique acéré de la société contemporaine et ses romans, comme ses excellentes nouvelles.. (1).. , sont le plus souvent des œuvres politiques en un sens inhabituel dans la production américaine mais immédiatement familier au lecteur européen, en particulier français.. C'est un radical, au sens américain du terme, très différent du nôtre, c'est-à-dire un homme de gauche, attentif à la critique marxiste de la société capitaliste, même s'il n'a jamais eu la naïveté de céder aux sirènes des lendemains qui chantent.. Le meilleur exemple qu'il en ait lui même donné demeure sans doute.. Jack Barron et l'éternité.. (2).. où il met en scène dès 1969 la société des médias et des transnationales où nous sommes aujourd'hui arrivés, pour le meilleur et le plus souvent, comme il l'avait prévu, pour le pire.. Jack Barron est un animateur de télévision qui fait semblant de donner la parole aux petits contre les gros.. La popularité même de son émission le fait redouter par les puissants qu'il malmène en direct mais qui n'osent jamais refuser ses invitations ou plutôt ses convocations comminatoires à l'écran cathodique.. Mais par-devers lui, il demeure prudent.. Il sait très bien que tout cela est un spectacle et que, s'il faut savoir faire monter la mayonnaise, il ne faut jamais prendre le risque de la flanquer par terre.. Jusqu'au jour où il va découvrir par accident un trafic qui porte sur la vie humaine.. Non pas seulement un trafic d'organes, comme il le croit d'abord, mais un marché noir de la vie qui a pour objet l'assurance de l'immortalité pour ceux qui auront les moyens de se l'offrir.. Au détriment d'autres vies, évidemment.. Comment Jack Barron va se trouver pris dans un pacte faustien et comment il sera contraint de jouer jusqu'au bout et pour de bon le rôle qu'il se contentait jusque-là d'interpréter, c'est ce que je vous laisse le soin de découvrir dans le livre lui-même si par hasard vous ne l'avez pas encore lu.. Lorsqu'il arrive à Spinrad de s'aventurer dans un avenir beaucoup  ...   bazar, d'autant plus dangereuse qu'elle recoupe les fantasmes de tout un segment de la population ? Le succès populaire de certaines formes violentes et répétitives d'.. heroic fantasy.. est venu depuis fournir une inquiétante validation à la thèse de l'auteur de.. C'est ensuite.. les Miroirs de l'esprit.. (3).. (1980) où il traite des pratiques et méfaits d'une secte qui promet à ses victimes une soi-disant libération de l'esprit pour mieux les asservir à ses fins mercantiles voire impérialistes.. La précision de la documentation utilisée par Spinrad a permis à certains de ses lecteurs avertis d'y retrouver, paraît-il, les méthodes d'une secte bien réelle.. L'univers de référence de Spinrad, l'utopie demeurée en chemin, inaboutie peut-être en raison précisément des adversaires impitoyables qu'elle a trouvés sur sa route, c'est une certaine Amérique des années soixante, celle des hippies, du.. Do it.. de Jerry Rubin, de la grande société invoquée par John Kennedy, du.. Whole Earth Catalog.. et, par-dessus tout, du.. Rock and Folk.. Une société humaine, désintéressée, usant de sa richesse pour libérer le temps, éclectique, épicurienne et créative, une société de pionniers de l'avenir.. De nos jours glauques, un rêve envolé.. Peut-être pas pour l'éternité.. De la déviation du rêve porté par le Rock confiant de l'ancien temps, Spinrad porte témoignage précisément dans.. Rock Machine.. (4).. (1987) l'un de ses livres les plus énormes, les plus ambitieux, et peut-être le plus génial dans sa démesure lyrique.. Dans cet avenir, proche une fois encore, les artistes de la scène sont en voie de disparition.. Ils sont en passe d'être remplacés par des vedettes artificielles, sortes de créatures médiatiques de Frankenstein issues des sondages, des ordinateurs et des synthétiseurs de sons et d'images.. Mais comme Spinrad demeure malgré tout un incurable optimiste et plus encore un combattant de l'art et de la liberté, les choses ne se passent pas exactement comme leurs promoteurs l'auraient souhaité.. De la technologie et de l'emprise qu'elle permet sur le public peut surgir l'antidote parfait.. Continuons donc à rêver, sinon de la Révolution, du moins d'un monde meilleur.. Car l'idée de l'utopie n'a jamais abandonné Norman Spinrad.. Elle était présente dans.. où finalement elle triomphe.. L'utopie de Spinrad n'est pour autant jamais un monde de lait et de miel.. C'est un monde aussi imparfait que le nôtre où certains, à force de ténacité et dans une certaine mesure de naïveté, parviennent à faire exister des enclaves d'un bonheur certes fragile mais si enviable qu'il en devient contagieux.. C'est, je crois, la leçon de.. Dans cet avenir de nomades à l'échelle de la galaxie, une très jeune fille, Moussa, entreprend un voyage d'éducation comme l'ont fait avant elle ses parents et tous ses ancêtres.. Pour survivre, puis pour vivre, devenir adulte, au-delà de toutes les désillusions et de nombreuses mésaventures, elle a pour elle les armes de son charme, de son sexe, et aussi celle de son innocence.. Plus quelques autres dont vous saurez certainement vous inspirer pour la quête de votre bonheur personnel.. Notes.. Pour la plupart publiées en recueil chez Denoël.. Le Livre de Poche.. Robert Laffont.. © Quarante-Deux.. — Reproduction interdite sans autorisation.. Voir les.. conditions d'utilisation.. Création :.. dimanche 20 décembre 1998 —.. Modification :.. jeudi 14 janvier 1999.. Adresse du site :.. haut de page.. écrire à Quarante-Deux..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/les Océans du ciel | Quarante-Deux
    Descriptive info: les Océans….. Kurt Steiner :.. les Océans du ciel.. Livre de poche nº 7148, avril 1992.. L'.. espace interstellaire, ce n'est pas de la flotte.. Et ça ne fait pas de vagues.. Pourtant, un des aspects les plus populaires de la Science-Fiction est le.. space opera.. qui transforme les planètes en îles,.. les étoiles en phares et les galaxies en archipels.. Ajoutez-y des nefs chargées de trésors, des corsaires ou mieux des pirates, quelques princesses captives, des empires, des extra-terrestres convenablement monstrueux et aux noms chargés de consonnes, des armes aussi nickelées qu'inquiétantes, et vous aurez la recette d'un plat relevé qui ne convient peut-être pas aux palais les plus relevés mais qui, croyez-moi, tient à l'imagination.. J'ai, pour ma part, commencé à rêver aux grandes flottes de l'espace avec.. les Rois des étoiles.. d'Edmond Hamilton, un des premiers titres du Rayon Fantastique qui a de longtemps précédé la présente collection chez Hachette.. C'était en un temps où les pages nous tenaient lieu d'écrans et les mots de truquages.. Je ne suis pas sûr que nous ayons gagné au change avec les effets spéciaux de.. la Guerre des étoiles.. En quelque sorte, l'image, aussi habilement trafiquée qu'elle soit, a fait basculer vers le passé ce qui, en toutes lettres, appartenait, que dis-je, appartient à un avenir mythique.. Croyez-moi, une étoile, ce n'est pas rien, quand cela se trouve un nom, devient un but, un cap, un continent.. Ni une constellation, j'en prends à témoin la reine de Fomalhaut.. Que l'un des meilleurs auteurs français de.. soit d'origine bretonne n'aura rien pour surprendre.. L'œuvre d'André Ruellan, alias Kurt Wargar, ou encore dit Kurt Steiner comme au frontispice de la présente œuvre, est divisée en deux pans, le versant fantastique où flotte l'ombre de l'.. Ankou.. et le versant futuriste où d'aristocrates malandrins errent sur les océans du ciel.. André Ruellan est né en 1922, dans la région parisienne, à Bécon-les-Bruyères.. Son père, soudeur chez Delage, était un grand amateur de livres.. La maison en était pleine, jusqu'à la cave.. Comme le note notre auteur, son père « avait surtout soif de connaissances.. C'est pourquoi il possédait aussi un magnifique microscope Nachet qu'il avait acquis au prix d'économies furieuses.. J'en ai largement profité.. J'étais une véritable éponge dans ce bain culturel, ce qui enchantait mon père.. Il était anarcho-syndicaliste ;  ...   dimension tantôt tragique comme dans les.. Ortog.. , tantôt humoristique mais du côté de l'humour noir, ainsi dans son fameux.. Manuel du savoir-mourir.. illustré par Roland Topor.. Ruellan redevenu instituteur n'en a pas fini avec la science.. Car à partir de 1947, il parvient à commencer des études de médecine.. En même temps, il écrit des poèmes, beaucoup de poèmes, qui constituent à ce jour encore la seule partie largement inédite de son œuvre.. C'est après avoir achevé ses études de médecine qu'il découvre la Science-Fiction, au début des années cinquante en lisant d'abord.. les Humanoïdes.. de Jack Williamson.. Mais, de son propre aveu, « ce qui m'a mis la main à la plume, c'est l'apparition de la collection Angoisse du Fleuve Noir, en 1954.. J'ai aussitôt entrepris la rédaction d'une histoire d'épouvante,.. le Bruit du silence.. , qui a été immédiatement acceptée.. » Et publiée sous le pseudonyme de Kurt Steiner.. Il avait en fait publié l'année précédente un bref roman de Science-Fiction,.. Alerte aux monstres.. , aux éditions de la Flamme d'or, sous le nom de Kurt Wargar.. Il devait par la suite publier au Fleuve Noir vingt-deux romans d'angoisse et, là ou ailleurs, une fois demain, une douzaine de romans d'anticipation.. Kurt Steiner, alias André Ruellan, occupe une place très singulière dans la Science-Fiction française.. Par ses lectures, ses sources d'inspiration, ses éditeurs d'origine, il relève, et ne s'en défend pas, de la littérature populaire.. Mais par sa culture, son sens de la poésie, son souci de l'écriture, son humour corrosif qui s'est longtemps déchaîné sous sa quatrième personnalité de Kurt Dupont, notamment dans.. Hara-Kiri.. , il est un écrivain exigeant, à l'occasion raffiné, comme en témoignent en particulier.. Tunnel.. les Enfants de l'histoire.. le Disque rayé.. Mémo.. et les deux.. pour lesquels j'ai une tendresse particulière.. Le principal problème avec André Ruellan, c'est qu'il a été rattrapé par l'image, le cinéma et la télévision, et que son activité de scénariste ne lui a pas laissé beaucoup de temps pour écrire.. vraiment.. ces vingt dernières années.. Attendons avec confiance le siècle prochain.. La présente préface doit beaucoup, en ce qui concerne les détails biographiques, à un entretien demeuré à ce jour inédit entre Philippe Curval et André Ruellan.. Que ces amis de toujours soient remerciés de m'avoir permis d'en faire usage.. jeudi 14 janvier 1999 —..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/l'Âge de diamant | Quarante-Deux
    Descriptive info: l'Âge….. Neal Stephenson :.. l'Âge de diamant.. Livre de poche nº 7210, septembre 1998.. D.. ans ses deux meilleurs romans à ce jour,.. le Samouraï virtuel.. et.. , Neal Stephenson exploite en virtuose deux technologies aujourd'hui balbutiantes, la réalité virtuelle.. et la nanotechnologie.. Je proposerai ici quelques réflexions sur la première, renvoyant la seconde à un texte ultérieur.. On a beaucoup glosé sur cette idée que la réalité virtuelle — issue des récentes technologies de l'information touchant au calcul, au traitement des symboles, à la création d'images et aux développements d'effecteurs stimulant quelques-uns des sens, aujourd'hui principalement la vue, l'ouïe, le toucher et la cénesthésie corporelle — s'inscrivait dans le droit fil de la simulation du réel (la.. mimesis.. ) ou de l'invention de mondes inactuels, qui semblent toujours avoir occupé l'espèce humaine.. Cela n'est pas faux.. En un sens, la création de mondes virtuels prolonge et renouvelle peut-être tout simplement la démarche des artistes de tous les temps, et aussi d'autres simulateurs.. Mais les développements récents de l'électronique et du traitement de l'information ont si prodigieusement modifié la donne que l'on se perd en conjectures sur les conséquences à venir des univers virtuels, célébrés par les uns, redoutés par les autres, enfers ou paradis.. Et, faute d'expérience et de recul, c'est sans doute à la lecture des textes de Science-Fiction que l'on peut rencontrer les réflexions les plus avisées.. Par rapport aux arts habituels de la simulation, même récents, la réalité virtuelle me paraît apporter cinq traits entièrement originaux, la multidimensionnalité, la pénétrabilité, l'interactivité, la participativité, l'alocalité.. Il est infiniment probable que j'en oublie.. Je prie ceux de mes lecteurs qui connaissent tout cela par cœur de sauter les pages qui suivent, et je vais m'efforcer pour les autres de faire preuve d'un brin de pédagogie.. Tout le monde aujourd'hui a vu des images créées sur ordinateur.. Les unes visent à un parfait réalisme et pourraient se confondre avec des photos (ou avec un film si elles sont animées) à cela près qu'elles n'ont pas de référent dans le réel.. D'autres présentent des paysages imaginaires.. Des sons adéquats peuvent leur être associés.. Dès lors, le mot de simulation prend un sens inédit puisqu'il s'agit de simuler quelque chose qui n'existe pas, en quelque sorte de simuler une perception et non plus un perçu ou un percevable.. On entre dans le monde de la réalité virtuelle dès que l'on peut, par le truchement de divers appareils, pénétrer effectivement dans ces images, s'y déplacer et si possible manipuler des objets dans cet espace.. Le plus simple et le plus insuffisant de ces appareils est un écran.. Des lunettes permettant un effet stéréoscopique et complétées d'écouteurs améliorent la chose.. Le remplacement de la classique souris ou du manche à balai par un gantelet susceptible de transmettre des déplacements et des efforts dans les deux sens la perfectionne tandis qu'une hypothétique (ou du moins fort rare et fort incomplète) combinaison corps entier la parachèverait du point de vue du sens tactile.. L'interface supplante le corps.. Il doit être bien clair que l'univers ainsi exploré n'a aucune existence réelle autre que celle de traces électromagnétiques dans un ordinateur, ou encore que celle d'une succession de 0 et 1 dans une mémoire.. Ce qui est éprouvé par l'observateur comme une réalité, visible, audible, éventuellement tangible, demeure virtuel en ce sens qu'il ne s'agit que du résultat d'une considérable masse de calculs définissant des points dans un espace vectoriel.. Le premier trait de cette réalité virtuelle, la multidimensionnalité, paraît presque trivial.. Mais il cesse de l'être si l'on considère, après les trois dimensions de l'espace et celle du temps, indispensables au déplacement et à la dynamique, d'autres dimensions moins courantes dans l'expérience quotidienne, comme la dimension d'échelle.. On entend par là par exemple la possibilité de se projeter vers un point d'une carte, de la faire grandir au point de découvrir un paysage et — pourquoi pas ? — de poursuivre sa descente vers le très petit jusqu'aux quarks ou de remonter vers le très grand jusqu'à considérer le méta-univers dans sa globalité.. La plongée dans les fractales représente un autre aspect de la dimension d'échelle.. Celle-ci vaut également pour le temps, à travers le ralenti ou l'accéléré, auxquels le cinéma nous a habitués mais qui devient ici contrôlable.. Il est aussi possible d'introduire un plus grand nombre de dimensions spatiales que les trois habituelles, des volumes à quatre, cinq ou n dimensions étant alors généralement représentés par leurs projections sur des espaces à trois dimensions spatiales.. La multidimensionnalité a un corollaire important, c'est que les univers virtuels sont virtuellement infinis, leur extension n'étant limitée que par la puissance des ordinateurs qui les portent.. Aucun risque ici de surpopulation.. Le second trait, la pénétrabilité, indique qu'il est possible de pénétrer dans ces univers et de s'y déplacer pour les explorer.. Ces déplacements peuvent s'effectuer selon toutes les dimensions disponibles.. L'interactivité, bien connue des amateurs de jeux vidéos mais aussi des utilisateurs de simulateurs de toute nature, par exemple ceux développés pour la formation des pilotes, permet à l'explorateur d'agir sur des paramètres de l'univers virtuel, de les modifier et d'obtenir une réponse souvent inattendue bien que programmée..  ...   sa série d'.. Hypérion.. (9).. (1989), fait lui aussi une large place aux univers virtuels, Enfers des Intelligences Artificielles où ne peuvent pénétrer les humains mortels que sous la conduite d'un Mentor cybride.. Enfin, Neal Stephenson dans.. le Samouraï virtuel.. et dans le roman qu'on va lire achèvera (provisoirement) d'intégrer la réalité virtuelle à une foisonnante fresque de l'avenir.. L'un des aspects les plus fascinants de cette abondante création littéraire est qu'elle semble avoir inspiré les techniciens eux-mêmes et en tout cas les thuriféraires et les contempteurs de la réalité virtuelle, au point qu'à lire la grande presse et parfois même la presse spécialisée dans l'informatique, on ne sait plus très bien ce qui est décrit ou supputé de technologie existante et ce qui a été emprunté à la Science-Fiction.. Il est vrai que la première évolue si rapidement qu'elle semble parfois suivre de très près les inventions les plus échevelées des écrivains.. Sur un point essentiel toutefois, la fiction semble devoir conserver longtemps une bonne longueur d'avance sur la technique.. C'est celui des effecteurs.. Limités dans la réalité à la vue, l'ouïe, le toucher et la cénesthésie corporelle, ils pourraient s'adjoindre un jour plus ou moins lointain la perception de la température puis le goût et l'odorat.. Mais ces effecteurs demeurent dans la réalité des appareils lourds, complexes, malcommodes et fort coûteux, par ailleurs très insatisfaisants par la médiocre qualité des illusions qu'ils procurent.. Les écrivains de Science-Fiction ont depuis longtemps contourné cette difficulté en imaginant des prises neurales disposées à la base du cerveau ou à tout endroit anatomique plus ou moins commode, comme l'épaule, ou symbolique comme le nombril.. Ces prises sont évidemment conçues sur le modèle de celles qui permettent de relier les ordinateurs entre eux.. Malheureusement, le cerveau humain n'est pas un ordinateur, il n'y existe pas de processeur central, ses fonctions sont largement distribuées dans sa masse et il semble horriblement compliqué si bien que la question de son interconnexion globale à un réseau informatique ne semble pas près d'être résolue.. De même les craintes et les espoirs abondamment exprimés dans les médias sur le mode du sérieux le plus absolu à propos de la réalité virtuelle ne paraissent pas d'une actualité immédiate.. Ses thuriféraires, comme Pierre Lévy, y voient le moyen d'un accès au savoir universel, à la démocratie instantanée, et à des formes de création inouïes.. Ils me paraissent négliger le simple fait de la capacité assez limitée de traitement de l'information du cerveau humain dans un temps donné.. C'est la capacité de synthèse du cerveau humain à partir d'un très petit nombre d'informations qui fait sa grandeur et son efficacité, mais elle a pour corollaire son désarroi face à d'énormes quantités d'information, même si des prothèses logicielles peuvent partiellement y remédier.. Les contempteurs de la réalité virtuelle sont dans l'ensemble nettement plus ridicules.. Ils la condamnent comme la drogue ultime qui enfermerait l'humanité dans ses fantasmes enfin projetés sur l'écran de ses jours, fantasmes éventuellement inavouables partagés grâce au cybersexe qui permettrait à divers acteurs de copuler à distance à l'aide de stimulateurs appropriés.. Ainsi finirait l'humanité, ayant oublié les agréments naturels de ses plus anciens procédés de reproduction.. Il est vrai qu'il resterait le clonage.. Malheureusement pour les enthousiastes et les puritains, une réflexion sommaire sur le nombre des terminaisons nerveuses qu'il s'agirait d'exciter et les bandes passantes nécessaires incite à plus de circonspection.. En dehors des effets d'annonce, des panoplies caoutchoutées et de prétendues expériences complaisamment exhibées par les médias qui n'en sont pas à un mensonge près, le cybersexe ne semble pas pour l'avenir immédiat.. Après tout, c'est peut-être dommage mais c'est ainsi.. Cette expéditive mise au point ne vaut évidemment pas pour les textes de Science-Fiction.. C'est le rôle de leurs auteurs d'imaginer, de prévoir, d'exalter et de prévenir.. Ils le font en général fort bien.. Mais c'est tout autre chose que de prétendre que demain est déjà là, comme font nombre de prétendus informateurs en se contentant de puiser, généralement de seconde main et souvent en l'ignorant, dans le riche univers virtuel de la littérature.. L'espèce humaine, précisément, semble avoir bien résisté à ce vice impuni, la lecture.. Il n'y a pas tant de décennies, des moralistes condamnaient le roman comme de nature à pervertir les enfants et les femmes.. Je gage volontiers que l'humanité fera le meilleur (et, soyons lucide, le pire) usage de cet outil inédit et quelque peu fabuleux qu'est la réalité virtuelle.. Elle en tirera peut-être en particulier un instrument privilégié d'éducation comme va vous l'illustrer dans.. , entre mille autres inventions, Neal Stephenson.. On me permettra de citer quatre ouvrages documentaires sur le sujet :.. sur les techniques,.. la Réalité virtuelle.. de Howard Rheingold, Dunod, 1993 ; et aussi.. la Réalité virtuelle… de l'autre côté du miroir.. , de Ken Pimentel et Kevin Texeira, Addison-Wesley, 1994 ;.. sur l'histoire du domaine, du même auteur,.. les Communautés virtuelles.. , Addison Wesley, Paris, 1995 ;.. et pour ceux qui ne craignent pas un peu de philosophie échevelée, de Pierre Lévy,.. Qu'est-ce que le virtuel ?.. , La Découverte, 1995.. Laffont, 1972.. Laffont, 1973.. Laffont, 1985.. Laffont, 1986.. J'ai lu.. Flammarion.. Laffont, 1989.. Laffont, 1991.. Pocket..

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  • Title: ´les Princes-Marchands´ par Charles Stross | Quarante-Deux/Préfaces de Gérard Klein
    Descriptive info: klein.. Quarante-Deux : les Archives stellaires.. Gérard Klein : préfaces, postfaces et articles sur la.. fr/Ts.. :.. ››.. Préfaces et postfaces.. les Princes-Marchands.. Préfaces et postfaces de.. Charles Stross :.. the Merchant Princes.. , 2004-2010).. cycle de Science-Fiction.. préface de.. , 2011.. par ailleurs :.. amazon.. fr.. biblio.. [ 1 ].. [ 2 ].. [.. 1.. ] [.. 2.. ].. Une histoire des mondes parallèles, ou du moins de leurs représentations, demanderait un livre entier, et même plusieurs, voire une infinité répartie sur différents univers.. Aussi ne m'y risquerai-je pas, sinon pour signaler qu'à mon sentiment la première incursion sérieuse du lecteur français dans cet espace pluridimensionnel se fit en 1953 à l'occasion de la parution au "Rayon fantastique" du délectable roman de Fredric Brown,.. l'Univers en folie.. Le concept lui-même est bifide, comme y insistent les théoriciens, notamment John Clute et Peter Nicholls en 1996 dans leur monumentale.. Encyclopedia.. Il comprend d'une part les univers parallèles (.. parallel worlds.. ) proprement dits qui n'ont pas de rapport historique avec le nôtre, et d'autre part les uchronies (.. alternate worlds.. ) qui partagent avec notre Histoire un tronc commun jusqu'à un point de divergence.. Curieusement, les auteurs français me semblent éviter la première variété, du moins à l'aune de mon ignorance, tandis qu'ils ont abondé, surtout assez récemment, dans la seconde.. Du reste, Pierre Versins, s'il traite longuement en 1972, dans sa non moins monumentale.. Encyclopédie.. , des uchronies, n'aborde les univers parallèles qu'au travers du voyage dans le temps et ses paradoxes, ce qui est un peu réducteur.. Personne ne semble pouvoir dire qui a introduit le thème ni quand.. Il semble en tout cas plus ancien que l'invention du futur et de l'anticipation littéraire qui remontent tout au plus à la fin du.. xvii.. e.. siècle.. Déjà présent dans l'Antiquité classique,.. il renaît malgré sa condamnation par Aristote qui a entraîné son éclipse, sous sa forme presque moderne dans la théologie médiévale.. Dieu étant tout-puissant, limiter sa création à notre monde est une contradiction même si l'infinité des autres mondes possibles ne réside que dans son intention.. Leibniz, en proposant que de cette profusion nécessaire Dieu n'a actualisé que le meilleur des mondes tel que le perçoit son omniscience, écarte le problème, ce qui lui vaut l'ironie de Voltaire.. Giordano Bruno a situé, au demeurant sans véritable théorie cosmologique, cette multiplicité dans l'espace, ce qui, joint à un caractère difficile et à un goût prononcé pour la magie, le mènera au bûcher après des années d'errance et de procès.. C'est sous cette forme astronomique, au fond restrictive et qui n'est pas notre sujet, que le thème connaîtra le succès.. Mais dans sa version philosophique, il s'estompe et ressurgit bien plus tard, d'abord sous la forme de l'uchronie : d'autres histoires sont possibles, exclusives de la nôtre.. Assez curieusement, le thème des univers parallèles fait retour dans les années 1950 ailleurs que dans la Science-Fiction.. En physique, Hugh Everett défend dans sa thèse de 1957 la théorie des mondes divergents (.. many worlds.. ) afin de résoudre un problème logique posé par la physique quantique : la fonction d'onde déterministe d'Erwin Schrödinger (1926) postule une multiplicité de valeurs possibles pour, par exemple, la position d'une particule.. Mais la mesure n'en distingue qu'une sans que la fonction permette de dire laquelle.. Où sont passées les autres, disparues dans ce qu'on appelle la réduction (ou.. collapse.. ) du paquet d'ondes ? C'est ce qui fait douter Albert Einstein de la complétude de la théorie quantique.. Everett propose que toutes les mesures possibles sont actualisées, mais dans d'autres mondes que celui de notre mesure, avec lesquels au demeurant nous ne pouvons pas communiquer, ce qui interdit toute vérification ou réfutation.. D'abord violemment rejetée (et on ne sait pas si Everett lui-même y croyait vraiment) et ensuite défendue par son patron de thèse, John Archibald Wheeler, bien qu'elle soit demeurée longtemps sulfureuse, elle a retenu ces dernières années l'intérêt d'un nombre croissant de théoriciens de la physique.. Si on généralise la thèse d'Everett comme l'ont fait nombre de vulgarisateurs, souvent superficiellement voire abusivement, toute décision, voire tout phénomène, déclenche l'apparition d'embranchements d'univers.. Si la logique paraît, à un coût certes élevé, ainsi conservée, et si la théorie d'Everett semble acceptable dans le cas de mesures équiprobables, elle soulève de sérieux problèmes dans celui de probabilités très inégales, en principe en nombre de surcroît infini.. Le fil du rasoir d'Ockham s'en trouve sérieusement émoussé.. Ce qui n'a évidemment jamais embarrassé les auteurs de Science-Fiction peu soucieux du principe d'économie, qui en ont fait un de leurs thèmes de prédilection et qui ont peut-être, du reste, inspiré Everett.. C'est à la même époque que des philosophes, dans une perspective toute différente, ont développé des théories des mondes possibles et des mondes multiples, à partir de la sémantique de Saul Kripke.. et al.. introduisant la.. logique.. modale en 1959, théories développées ensuite et nettement durcies par David Kellogg Lewis dans le cadre de la philosophie analytique.. David Lewis, tenant du.. réalisme.. modal, semblait croire dur comme fer à l'existence de mondes possibles concrets mais causalement isolés les uns des autres.. Les physiciens n'en sont du reste pas restés là.. Je déborderai les limites imposées à cette préface en évoquant l'hypothèse d'Andrei Linde sur l'inflation éternelle produisant des univers parallèles en grappe à partir de fluctuations quantiques et proposant ainsi une solution au problème soulevé par le Principe anthropique : pourquoi notre univers a-t-il des propriétés (des constantes fondamentales) très fines et apparemment arbitraires qui autorisent notre existence ? Ou encore celles, allant dans le même sens quoique formellement distinctes, introduites par la théorie des cordes selon laquelle un multivers pourrait contenir au moins 10.. 500.. univers différents, dont le nôtre, ce qui balaye d'un revers d'équation le problème anthropique sans offrir malheureusement, au moins pour l'instant, de possibilité de réfutation ou de vérification puisque ces variantes nous demeureraient fondamentalement inaccessibles.. À bien y regarder, cette hypothèse n'est pas plus rationnelle que celle d'un Dieu maniaque de la précision ou peu avare de ses créations.. De nombreux auteurs de Science-Fiction se sont évidemment emparés de ces spéculations, et au premier chef Greg Egan, doté d'une solide culture scientifique, notamment dans.. Isolation.. et dans plusieurs nouvelles, et bien avant lui Greg Bear dans.. Éon.. Éternité.. Héritage.. Le thème des univers parallèles a fait florès sans autant de justifications plus ou moins scientifiques dans d'innombrables romans de.. Fantasy.. où ils ne représentent guère plus qu'une commodité de présentation et dont les plus remarquables sont sans doute ceux de Roger Zelazny dans.. le Cycle des Princes d'Ambre.. et de Philip José Farmer dans.. la Saga des hommes-dieux.. (10).. Et, bien entendu, à mi-chemin de la Science-Fiction et de la.. , dans l'extraordinaire.. Cycle du Chant de la Terre.. de Michael G.. Coney, comprenant.. la Grande course de chars à voiles.. le Gnome.. le Roi de l'île au sceptre.. (11).. Charles Stross s'aventure donc en terrain largement balisé pour ne pas dire encombré lorsqu'il imagine qu'une journaliste américaine de notre temps entreprend l'exploration de mondes parallèles en usant d'un moyen relevant quelque peu de la licence poétique, la contemplation d'un motif géométrique logé à l'intérieur d'un médaillon que lui a remis sa mère adoptive avant de disparaître.. Dans le feuilleton du.. xix.. siècle, c'est ce qu'on appelait la “croix de ma mère”.. Mais ce serait commettre un contresens absolu que de penser que Stross ne retient cette facilité un rien éculée que pour dévider des aventures rocambolesques dans un monde pseudo-médiéval.. Son intention et l'intérêt de son cycle de la Famille sont tout à fait ailleurs, dans la confrontation de mondes ayant atteint des niveaux différents de développement économique et social.. L'économie n'a jamais occupé beaucoup de place dans la Science-Fiction, même si Robert A.. Heinlein et quelques autres s'en sont inspirés.. (12).. La sociologie, qui est trop souvent une forme de reportage un peu élaboré, enrichie de présupposés idéologiques, a eu plus de chance grâce à sa dimension critique de la société.. Mais pas l'économie.. Il y a quelques raisons à cela.. C'est une discipline aride et incertaine.. Là où sa théorie est rigoureuse, elle est faiblement prédictive, voire peu vraisemblable : je n'ai jamais rencontré l'.. homo economicus.. rationnel de la théorie classique, même fortement amendé, et j'ai acquis de la méfiance à l'endroit des modèles.. (13).. Là où on l'exerce sur le terrain, comme j'ai fait pendant des décennies, c'est avec la foi et l'ignorance relative du médecin de campagne.. Confronté à des problèmes très concrets pour lesquels on vous demande des solutions, on s'appuie sur le bon sens et l'expérience pour proposer des remèdes approximatifs mais souvent efficaces, avec pour principal instrument le doigt mouillé.. La plupart  ...   prélèvent la part du lion, et des trafics illégaux.. Au demeurant, les comportements mafieux ne sont pas l'apanage de sociétés féodales.. L'histoire récente, avec la crise financière de 2008 (sans oublier les bulles précédentes) et par la suite les procédures violant ouvertement le droit par lesquelles des banques, dont la.. Bank of America.. , première banque américaine, ont entrepris de saisir et de revendre des biens hypothéqués, l'établirait si nécessaire.. (17).. Il a été souligné depuis longtemps que sans valeurs morales sous-jacentes éventuellement renforcées par la loi et la contrainte des États — mais qui gardera les gardiens ? —, le capitalisme libéral court à sa perte.. L'économie souterraine ne se fixant aucune limite pour sa part criminelle se mondialise.. La concentration des oligopoles financiers et industriels mène à l'apparition d'une société néo-féodale d'où concurrence et libéralisme sont progressivement exclus.. Et là-dessus, Miriam Beckstein n'a aucune illusion même si son projet devient vite de réformer les mœurs de la Famille par le moyen du développement économique.. Notre monde moderne industrialisé n'est pour elle ni moral ni idyllique mais il est préférable au passé et au sous-développement entretenu par des catégories dominantes intéressées à ce que rien ne change.. Un politologue polonais, Adam Przeworski, a démontré une forte corrélation entre l'état démocratique d'une société et son P.. I.. B.. par habitant.. (18).. Mais la démarche de Miriam va plus loin.. Lorsqu'elle pénètre un nouveau monde parallèle, et découvre cette fois une société capitaliste de type victorien et bien engagée dans sa révolution industrielle, elle prend parti pour les révolutionnaires progressistes marxistes du cru.. Pour les soutenir – et pour ses besoins propres —, il lui faut de l'argent.. Et elle imagine deux approches complémentaires, le commerce culturel et le transfert de technologies.. Sa version du commerce culturel est originale parce qu'elle n'est praticable, telle quelle, qu'entre mondes parallèles plus ou moins uchroniques : dans notre monde où des œuvres d'art peuvent acquérir une valeur considérable, certaines d'entre elles, répertoriées, ont disparu dans des guerres ou des catastrophes.. Mais elles peuvent être intactes ou connaître des variantes très voisines dans le monde médiéval ou victorien.. Il suffit donc là de les acquérir, de les transférer dans notre monde et de les y vendre en prétextant qu'un hasard miraculeux leur a permis d'échapper à la destruction.. Puis d'importer en retour dans le monde victorien sous forme d'or, cette relique barbare mais bien pratique, leur contre-valeur afin de disposer d'une accumulation primitive de capital (Ricardo et Marx).. Cela procède un peu du commerce colonial : un bien a plus de valeur dans une société développée que dans celle qui l'a produit.. À partir de là, il devient possible pour Miriam d'obtenir du crédit et de fonder des entreprises qui vont exploiter, non pas le dernier état de la technique de notre.. xx.. siècle, mais un état transposable dans une société victorienne quoiqu'en avance sur son propre état de développement.. C'est du transfert intelligent de technologies comme celui qui s'établit parfois entre sociétés de niveaux différents dans notre monde.. Miriam veut changer les mondes.. Ce que souligne l'itinéraire de Miriam et.. le Cycle des Princes-Marchands.. , c'est qu'il n'y a pas de science économique pure mais qu'elle est toujours appliquée et qu'il est plus réaliste de parler en toutes circonstances de socio-économie.. Et du coup, la question des valeurs, au sens éthique ou moral du terme, voire métaphysique, devient, même négligée voire masquée, la plus importante.. Cela suffirait à distinguer l'économie, science humaine, des sciences fondamentales de la nature comme la physique ou la biologie.. Un économiste éminent, Paul Krugman, spécialiste du commerce international et prix Nobel d'économie en 2008, s'intéresse depuis longtemps à la Science-Fiction.. (19).. Il a salué ainsi sur son.. blog.. le cycle de Charles Stross :.. « Je soutiendrai que la véritable histoire que nous conte Stross est celle d'une personne venant d'une société moderne d'un haut niveau technologique, qui se trouve plongée dans une société de plus bas niveau technique et qui tente de faire le meilleur usage de son savoir.. » Mais ce qui distingue la version de Stross de celle de tout autre est qu'il a remarqué ceci : l'expérience de pensée imaginaire dans laquelle quelqu'un introduit la science et la technique modernes dans une société arriérée n'a rien d'imaginaire.. C'est au contraire quelque chose qui a été éprouvé dans notre très réel Tiers-Monde lorsque des hommes d'affaires et des coopérants parcoururent des pays dont l'habitant moyen, il y a seulement deux générations, ne vivait pas mieux qu'un paysan médiéval.. Et vous savez ce qu'ils découvrirent : c'est que la modernisation est terriblement difficile à réussir.. » Je le perçois peut-être mieux que d'autres parce que je suis un économiste d'un certain âge.. Et pourrait-on ajouter, d'une certaine expérience !.. Du coup, Paul Krugman a participé en 2009 avec Charles Stross à un séminaire virtuel d'économie.. Ce qu'évoque Charles Stross dans.. et ce que rappelle Paul Krugman, c'est que notre vieille Terre abonde en mondes parallèles entre lesquels la mondialisation multiplie les portes.. Pour le meilleur et parfois pour le pire.. une Affaire de famille.. par Charles Stross.. Librairie Générale Française › le Livre de poche › Science-Fiction, [2.. série], nº 32083, février 2011.. Concerne :.. Charles Stross.. Famille et compagnie.. un Secret de famille.. la Guerre des familles.. What mad universe.. (1948 1949).. ↑.. On en trouve une expression dans les théories atomistes de Démocrite puis d'Épicure, dont la combinatoire infinie implique la pluralité des mondes.. Dans le Livre II de.. De la nature.. de Lucrèce, disciple d'Épicure, sous le titre "l'Univers et les mondes", on lit (v.. 1076) :.. « il existe ailleurs d'autres assemblages de matière ».. (traduction de José Kany-Turpin ; Aubier, 1993).. Tout le passage mérite attention.. On lira avec avantage sur les thèses de Démocrite, leur réfutation par Aristote et leur reprise augmentée par Épicure et Lucrèce, tout le premier chapitre de Steven J.. Dick dans son ouvrage.. la Pluralité des mondes.. Plurality of worlds.. , 1982 ; Actes Sud, 1989, pour la traduction française).. Dans sa version initiale, Everett évoque le cas d'une mesure qui peut avoir deux résultats (une particule est à la fois dans un état A et B) mais la mesure n'en fournira qu'un dans notre monde (A ou B).. Un physicien dans un autre monde observera le résultat complémentaire : la logique déterministe est sauvée.. Mais une fonction d'onde est un animal complexe qui recèle des possibles très peu probables : qu'est donc alors la réalité d'un monde très peu probable ? Un monde vaporeux.. On trouvera, dans le numéro de septembre 2010 de.. Pour la science.. , un article très amusant sur les conséquences de la théorie d'Everett, "Suicide et immortalité quantique" de Jean-Paul Delahaye, ou comment devenir riche à tout coup si l'on y croit.. Counterfactuals.. (1973) ;.. On the plurality of worlds.. (1986), traduction française :.. De la pluralité des mondes.. (l'Éclat, 2007).. Pour plus de précisions, je renvoie aux articles un peu succincts de Wikipedia et aux ouvrages spécialisés.. Quarantine.. (1992).. Eon.. Eternity.. Legacy.. (1985, 1988 1995), tous trois relevant du.. Cycle de l'Hexamone.. The Amber chronicles.. , dix volumes de 1970 à 1991, tous chez Denoël.. The World of Tiers.. (1965-1993), en omnibus à la Découverte.. The Song of Earth.. (1982-1989), chez Robert Laffont.. Ainsi dans.. l'Enfant de la science.. Beyond this horizon.. , 1942), comme le rappelle Paul Krugman (voir plus loin) sur son blog.. Certes, d'excellents économistes ont obtenu des prix Nobel mérités pour avoir introduit des variables sociologiques voire psychologiques dans les représentations classiques des comportements économiques, mais il n'est pas établi qu'ils ont réduit par là l'incertitude liée aux prévisions.. The Great crash, 1929.. (1955), dans la "Petite bibliothèque Payot" en 1970 pour l'édition française.. Je renverrai ici le lecteur à des ouvrages classiques comme la vénérable.. Histoire des doctrines économiques.. de Charles Gide et Charles Rist (1909), récemment rééditée chez Nabu, ou à l'.. Histoire vivante de la pensée économique.. de Jean-Marc Daniel (Pearson, 2010).. Voir "Cherchez la justice" par Ivar Ekeland dans.. , décembre 2010.. Voir notamment.. the Washington post.. courant octobre 2010 et les extraits cités dans le.. Courrier international.. du 28 octobre, p.. 55.. op.. cit.. , p.. 63.. sqq.. Il indique que sa vocation lui a été inspirée par la lecture de.. Fondation.. d'Isaac Asimov.. Il a d'ailleurs publié en juillet 1978 un article significatif, "la Théorie du commerce interstellaire", décrivant l'effet de la théorie de la relativité sur le calcul des taux d'intérêt rendu délicat par la différence des temps relatifs.. ´les Princes-Marchands´ par Charles Stross, préface de Gérard Klein présentée par Quarante-Deux.. 14 mai 2012.. (première publication : février 2011).. 11 août 2013.. (création : 25 janvier 2012).. org/archives/klein/prefaces/les_Princes-Marchands.. Greg Egan..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/Jack Faust | Quarante-Deux
    Descriptive info: Jack Faust.. Michael Swanwick :.. Livre de poche nº 7232, mai 2001.. D'.. abord vint Prométhée le prévoyant, père putatif de l'humanité, qui, ému de la vulnérabilité de ses créatures, vola aux dieux une flamme et quelques autres gadgets et rendit aux humains le feu.. dont Zeus les avait privés de façon assez mesquine.. Avec lui surgit la possibilité de la technologie et l'idée que le savoir, c'était un pouvoir.. Longtemps après, Faust consacra son existence à tout apprendre dans les livres et, découvrant sur le tard qu'il ignorait la vie, s'en remit corps et âme à Méphistophélès pour s'assurer enfin l'amour et le pouvoir.. On peut déjà percevoir un certain parallélisme entre ces deux mythes : dans l'un et l'autre, un être surhumain livre à des humains les clés du savoir et du pouvoir.. Mais dans le premier, plein de sollicitude, il fournit l'étincelle à l'ensemble de l'humanité tandis que c'est un individu qui implore dans le second un démon auquel il s'abandonne, et il conserve égoïstement pour lui son privilège.. Prométhéen et faustien, ces deux épithètes caractérisent des projets grandioses, voire démesurés, avec pour le second une nuance maligne, un défi tragique à toute morale.. Prométhée est porteur d'une promesse épique, Faust tend vers le ciel un poing haineux, annonciateur d'une catastrophe personnelle.. La Science-Fiction abonde certes en de telles entreprises.. Michael Swanwick, écrivain américain né en 1950, a pour sa part illustré les deux mythes, le premier dans.. Station des profondeurs.. et le second dans le.. (1997) qu'on va lire.. Dans le premier roman, la fonction des Olympiens est assez facilement tenue par des humains fort avancés qui maintiennent une planète en quarantaine technologique tandis que celle de Prométhée est assurée par un voleur qui est parvenu à violer le réseau interstellaire des premiers.. Il était plus délicat de transposer le second thème.. Le conte de Faust fait ouvertement appel au fantastique et à la surnature tant le partenaire, mentor et corrupteur de Faust, Méphistophélès, semble nécessairement de nature diabolique.. Pourtant la littérature ne manque pas de démons matérialistes, surtout là où elle ne se laisse pas aisément ranger dans une catégorie.. H.. P.. Lovecraft a réuni une belle galerie de diables et de démons.. réalistes.. qui cumulent l'horreur physique, la puanteur et la férocité des gardiens de l'Enfer médiéval.. Leur perversité à l'endroit des humains n'est due à aucune Chute et à la jalousie qu'ils éprouveraient à l'idée du salut possible des humains, mais au seul fait glacé qu'ils tiennent ceux-ci pour des objets insignifiants uniquement bons à être utilisés, ou pis, pour des nuisances.. Dans un très singulier roman,.. le Jeu de la possession.. , l'auteur britannique John Brunner met en scène des.. beautiful people.. , hommes et femmes dont le succès, la fortune, la célébrité semblent difficilement explicables par leurs talents naturels.. Tels des animaux de compagnie, ils sont possédés, aux deux sens du terme, par des êtres dont il est impossible de dire s'ils sont des démons surnaturels ou des entités plus évoluées et plus puissantes que nous, surgies de l'avenir ou d'une autre dimension.. Michael Swanwick joue plus franc.. Son.. Faust.. , vivant comme son prototype à l'époque de la Renaissance, est prêt à vendre son âme au diable pour accéder au savoir.. Mais dans la reddition de son être, c'est à une espèce entière, habitant un tout autre univers qu'il se livre, une espèce qui l'informe que « Dieu n'existe pas », tient l'humanité pour une vermine dont il faut débarrasser le cosmos, et charge en quelque sorte Faust d'assurer ce nettoyage en lui conférant un savoir.. pratique.. sans limite.. Ce Faust est un nouveau Prométhée en ce qu'il va apporter aux hommes une sorte inédite de feu, mais ce sera un feu destructeur, ou bien purificateur, selon le point de vue.. Ce parti fait de.. un des romans les plus étranges de la littérature de Science-Fiction.. Car il s'agit d'abord du détournement d'un thème fantastique au profit d'une Science-Fiction pourtant rigoureuse.. Il s'agit ensuite aussi d'une uchronie.. : par la science appliquée qui lui est révélée, Faust précipite dès la Renaissance la révolution industrielle en Grande-Bretagne.. Le Progrès s'accélère.. L'histoire suit un autre cours que celui que nous lui connaissons.. Mais sera-t-il pour autant meilleur  ...   Marguerite, mais obtient, grâce aux pouvoirs que lui octroie Méphistophélès, les faveurs d'Hélène de Troie, la plus belle des femmes.. Ainsi dans les trois mythes, la science, qu'elle soit d'origine divine, magique ou diabolique, ou tout simplement rationnelle, en tout cas mystérieuse et inaccessible au commun, se trouve dans un rapport tragique de médiation, de substitution ou d'opposition avec l'éternel féminin.. La trop belle femme est la punition du savant.. Faust est soumis à la tentation sexuelle comme Merlin et comme, de façon moins directe, Prométhée qui s'en défie et y échappe, et passe tardivement de la.. libido sciendi.. , du désir de savoir, à la libido sexuelle sous la double forme du désir de la femme et du désir de pouvoir.. Ayant d'abord consacré leur vie à l'étude désintéressée, ayant recherché et atteint les limites insupportables de la sublimation, Merlin et Faust, ces vieillards vierges, se trouvent en proie, au bout de leur âge, à un processus de désublimation, ou encore d'inversion du sens de la sublimation, à la suite de leur rencontre avec la femme.. Ils subissent son sortilège qui les enferme dans une enceinte magique ou un pacte diabolique.. Ils éprouvent ce soudain dévoilement de la part refoulée, pulsionnelle, de l'inconscient comme une restriction de leur avenir, comme une castration.. Pour Faust, comme pour Prométhée, la femme parfaite est l'instrument des dieux ou du démon.. Merlin devient son propre Méphistophélès en livrant indûment à Viviane ses secrets.. Désabusés, Merlin et Faust n'ont plus qu'à disparaître, s'ils le peuvent.. Et c'est bien, comme pour Prométhée, la mort qui menace de se dérober à eux.. Mais l'autre danger, on l'a déjà vu, c'est bien la science pour celui qui en fait usage.. Prométhée est condamné à un interminable châtiment parce qu'il a livré aux hommes l'art du feu.. Merlin est condamné à la claustration parce qu'il a révélé son propre savoir.. Dans le roman de Michael Swanwick, Jack Faust perd l'humanité et se perd, en déchaînant — et le sachant sans pouvoir s'en empêcher — les feux de la science.. La curiosité comme la lubricité seraient de vilains défauts.. Est-ce si sûr ?.. Car les Faust de Goethe et de Swanwick, renonçant à la quête aristotélicienne du savoir dans les écrits et selon la tradition, visent la connaissance directe du réel.. Ils veulent, après tant de grimoires bons pour le feu, toucher aux choses et aux femmes.. Et là, le démon, maître des illusions, ne saurait les suivre.. Méphistophélès est, en dernière instance, le médiateur abstrait qui les mène contre son gré à la liberté et à l'amour.. Voire à la compassion.. Sans entrer dans le détail du récit mythologique, assez complexe, rappelons que les humains ont disposé du feu et que Zeus les en prive en les condamnant à manger leur nourriture crue pour une obscure histoire de sacrifice.. Prométhée le leur rend.. J'aurais tendance à voir dans ces deux étapes de la conquête du feu, un premier usage d'origine accidentelle où le feu s'entretient (voir.. la Guerre du feu.. ) et se perd, puis une seconde pratique où l'art prométhéen de faire naître du feu par une industrie est donné aux hommes.. J'ai lu, 1993.. Titre original :.. Stations of the Tide.. (1991).. Seghers, 1980.. Players at the game of people.. , 1980.. Sur l'uchronie, voir ma préface à.. la Machine à différences.. de William Gibson et Bruce Sterling.. Sur le personnage historique et son destin littéraire, voir le remarquable article de Pascal Decroupet dans.. le Nouveau dictionnaire des œuvres.. , Laffont-Bompiani, 1994.. À dire vrai, la vengeance de Zeus est d'abord indirecte et vise Épiméthée, le frère de Prométhée.. Épiméthée, averti par son frère, commence par refuser ce séduisant cadeau, puis ayant appris le châtiment de Prométhée enchaîné dont un vautour dévore le foie, se hâte d'épouser Pandore qui ouvre la boite confiée à Épiméthée.. Voir.. les Mythes grecs.. de Robert Graves, Pluriel , Hachette Littératures.. Sur une version originale des mésaventures de Merlin, lire.. de Michael Coney.. Sur la dimension proprement psychanalytique de la crainte masculine de la femme, voir l'essai de Jean Cournut,.. Pourquoi les hommes ont peur des femmes.. , coll.. Le Fil rouge , P.. U.. F.. , 2001.. mardi 17 juillet 2001} —.. mardi 17 juillet 2001..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/un Monde d'azur | Quarante-Deux
    Descriptive info: un Monde….. Jack Vance :.. un Monde d'azur.. Livre de poche nº 7273, mai 2005.. Chercher ce livre sur.. C.. omme Homère, le poète est aveugle.. [1].. Cette affliction est souvent associée à des bardes et à des prophètes comme si l'occultation du spectacle du monde, imposée.. par le destin, favorisait un autre regard, interne, posé sur les deux dimensions inaccessibles du passé héroïque et de l'avenir problématique.. Ce poète-ci, aux yeux de longue date menacés, dicte dans son rez-de-jardin ses chants à un ordinateur.. Ce qui renvoie son œuvre à une ancienne tradition presque entièrement submergée par les séquelles de Gutenberg, celle de la littérature orale.. Et cela à un moment où précisément la littérature imprimée semble à son tour menacée d'être subvertie par l'image et le son.. Ce rapprochement n'est pas arbitraire.. Il y a chez ce conteur qu'est Jack Vance comme un écho de la littérature orale aussi bien dans la répétitivité de ses épopées que dans la sonorité de ses noms et de ses mots et l'enchaînement de ses phrases.. Il écrit souvent à la vitesse où l'on scande.. J'avouerai n'être pas, contrairement à bien de ses lecteurs, un admirateur fervent de Vance mais seulement un amateur, si bien que je n'ai pas lu, et de loin, l'intégralité de son œuvre, à dire vrai considérable, et que je ne me permettrai que quelques notes marginales.. La première sera que si la lecture de ses romans et nouvelles est rarement bouleversante, elle laisse un souvenir plus intense et persistant que l'impression première.. C'est que Vance, né le 28 août 1916 et toujours de ce monde, n'est pas un grand constructeur d'intrigues, un scénariste accompli, mais qu'il excelle à proposer des décors et des situations qui marquent d'une trace durable la mémoire comme autant de paysages, ou même de pays, visités jadis, où rien de vraiment mémorable ne s'est produit, mais dont la splendeur et l'étrangeté continueront de hanter le visiteur.. Ainsi, j'ai découvert il y a près de quarante ans, dans les pages de.. Fiction.. , la Terre Mourante et le cycle de.. Cugel l'astucieux.. , et bien que je sois dans l'incapacité absolue de m'en remémorer les péripéties, le tableau d'un soleil hypertrophié et rougeoyant, ne réchauffant plus que parcimonieusement une terre usée aux os apparents, conserve pour moi une acuité surprenante comme s'il s'agissait d'une toile apocalyptique ou peut-être préraphaélite jadis entrevue furtivement dans la pénombre d'un musée mais désormais inscrite dans le décor des songes.. L'œuvre de Vance est ainsi pour moi une galerie de tableaux ou de croquis de voyages.. Et Vance est de fait plus à l'aise dans la strophe que dans le roman bien qu'il affectionne les cycles qui sont chez lui composés d'épisodes, tels des colliers de perles.. Ses intrigues sont minimales, répétitives, souvent stéréotypées et ignorent les développements imprévisibles, foisonnants et labyrinthiques.. Ses séries elles-mêmes ont quelque peu tendance à s'enliser comme s'il y prenait de moins en moins d'intérêt et comme si leur fil ne servait que de support et de prétexte à autre chose.. On voit presque toujours où il veut en venir et l'on s'ennuierait même un brin si, ô miracle, la surprise ne se renouvelait toujours du par où il passe.. C'est dans le détail que Vance est le meilleur et peut-être inégalable comme le relève Dan Simmons dans une étude sur ce maître des dragons.. [2].. Simmons relève finement, citant Robert Frost, que Vance étant un poète, la convention de ses histoires, habituelle dans le genre lyrique, n'a aucune importance au regard de la subtilité de ses évocations et de son écriture.. Et Simmons insiste sur le fait qu'il ne faut pas lire Vance pour l'histoire, l'anecdote, les péripéties (je grossis le trait), mais en profondeur, avec intensité, pour le travail sur la langue, comme on lit Homère, dont on connaît par cœur les arguments, pour la splendeur des épithètes et la férocité des interprètes.. Puisque j'ai évoqué Cugel l'astucieux et le cycle de la Terre mourante qui se situe dans un avenir effroyablement éloigné, j'en profiterai pour faire un sort à la boutade d'Arthur C.. Clarke selon laquelle « toute technologie suffisamment avancée est impossible à distinguer de la magie ».. [3].. Du point de vue d'un observateur extérieur et superficiel, Clarke a probablement raison.. Mais de celui de praticiens de la science ou de la magie, il ne rend justice ni à l'une ni à l'autre.. La magie repose sur trois principes, l'existence de forces occultes dotées de conscience, l'usage efficient de paroles et de figures symboliques, l'analogie.. « Selon la conception rationnelle et classique, la magie est l'art de soumettre à sa volonté des puissances supérieures (esprits, génies, démons), de les évoquer ou de les conjurer par des charmes, des enchantements ou des sortilèges, de changer avec leur aide le cours de la nature, de commander aux éléments, d'opérer des faits extraordinaires tels qu'apparitions, transformations, guérisons subites, maladies nouvelles, sentiments irrésistibles d'amour ou de haine, sorts, etc.. Pour opérer ces prodiges, les magiciens emploient des procédés mystérieux : gestes, mots, chants, etc.. , doués d'un pouvoir secret.. [4].. L'auteur de cette définition insiste ailleurs sur l'usage de “signatures” ou de “correspondances” qui relèvent de l'analogie.. Les principes sur lesquels repose la technique scientifique sont trop connus de nos lecteurs pour que nous y insistions.. Il y a donc une différence fondamentale entre science et magie, qui va au fond des choses.. Toutefois, nombreux sont les utilisateurs de machines scientifiques qui ignorent presque totalement comment elles fonctionnent.. Peut-être faut-il introduire encore une différence entre les mécaniques dont le fonctionnement demeure relativement intuitif (les leviers, les engrenages, la brouette, la machine à vapeur, le lave-linge) et les appareils dont les prouesses demeurent ésotériques (la radio, le transistor, l'interrupteur à effleurement, l'ordinateur à commande vocale, l'ansible, etc.. ).. Si bien que du point de vue de ces utilisateurs ignorants, l'usage de ces dernières applications de théories scientifiques bien connues apparaît magique.. Et si l'on regardait d'un peu plus près même les précédentes, on s'apercevrait que les théories qui les fondent demeurent opaques à la presque totalité de leurs bénéficiaires : ainsi les équations de Boltzmann qui éclairent le second principe de la thermodynamique et justifient le fonctionnement d'une machine à vapeur demeurent-elles pour la grande majorité des humains des incantations propitiatoires.. En bref, les scientifiques ne sont pas des magiciens, ils s'en défendent même avec une énergie suspecte, mais pour la plupart des gens, il serait plus simple et en somme rassurant qu'ils le soient.. L'animisme est profondément inscrit au cœur de l'âme humaine.. Mais comme l'a écrit Bonaventure d'Argonne dans ses.. Maximes et réflexions de Monsieur de Moncade.. (1691).. « S'il n'y avait point de fourbes au monde, il n'y aurait guère de sorciers.. Mon cycle préféré de Jack Vance, parmi ceux que j'ai lus, demeure.. la Geste des Princes-Démons.. , récemment reprise dans cette collection.. Le ressort en est plus ou moins emprunté au.. Comte de Monte-Cristo.. d'Alexandre Dumas dans la mesure où il s'agit d'une vengeance familiale : le héros, Kirth Gersen, va pourchasser et finalement exécuter un à un les coupables de l'assassinat de sa famille.. Il y en a cinq, d'où les cinq volumes.. [5].. L'intérêt du cycle (ou bien de la série, voir plus loin) ne tient donc guère à l'intrigue qui se répète avec plus ou moins de bonheur ni à la personnalité du héros qui n'évolue guère, mais entièrement à la richesse des décors et des sociétés décrites, parfois passablement loufoques et aux particularités assez extrêmes des vilains.. Le cadre général est celui de l'Œcumène, une société galactique fort diverse et décentralisée située environ mille cinq cents ans dans notre avenir, qui préfigure l'Aire Gaïanne (donc à partir de la Terre, Gaïa) et qui sert également de décor à de nombreux romans de science-fiction de Vance.. [6].. L'Au-delà ou l'Extérieur est un espace sans foi ni loi où tâchent de s'enrichir aventuriers et criminels.. C'est évidemment là que Gersen ira le plus souvent traquer ses Princes-Démons.. À mes yeux, un des plus grands charmes de la geste tient à son épitexte.. [7].. , c'est-à-dire aux (fausses) citations d'ouvrages savants qui ornent l'ouverture des chapitres.. Elles fournissent au touriste d'utiles précisions sur les mœurs et l'état des sociétés de l'Œcumène.. Cet épitexte s'inspire sans doute de celui imaginé par Frank Herbert pour.. Dune.. qui commença à paraître en 1963 dans.. Astounding Science Fiction.. , ce Frank Herbert encore obscur dont Vance est l'ami et qu'il s'amuse manifestement à parodier avec génie (à moins que ce ne soit l'inverse et que Herbert ait compris tout le parti qu'il pouvait tirer de cette formule).. Le lecteur de la série pourra être dérouté par un surprenant changement d'identité et même de nature entre le premier et le deuxième volume de la série dans notre édition.. Le vilain du.. Prince des étoiles.. the Star King.. ), Attel Malagate dit le Monstre, bien qu'occis à la fin de ce volume, a changé d'identité pour devenir (brièvement) Grendel Le Monstre au début du suivant,.. la Machine à tuer.. the Killing machine.. Mais il y a plus surprenant : alors que les Princes-Démons sont explicitement des Étrangers non-humains dans le premier volume, ils deviennent plus classiquement des criminels humains dans les quatre autres.. C'est que le texte du premier volume correspond à la première version qu'en a donné Jack Vance en 1963 lors de la parution dans le magazine.. Galaxy.. , texte qu'il révisa à l'occasion de la publication en volume en 1964, année où fut édité également.. Le Palais de l'amour.. the Palace of Love.. ) sort en 1966, l'année du.. Monde d'azur.. Mais il va falloir attendre treize ans et 1979 pour lire.. le Visage du démon.. the Face.. ), et 1981 pour voir s'achever la série avec.. le Livre des rêves.. the Book  ...   moins deux exceptions que je tiens pour ses deux plus belles réussites,.. les Langages de Pao.. Les Langages de Pao.. [15].. (1958) est un hommage rendu à la linguistique, et même à la psycho-socio-linguistique, qui dépasse en pertinence.. la Ballade de Bêta-deux.. [16].. Babel 17.. [17].. de Samuel Delany.. C'est probablement le chef-d'œuvre de son auteur et le livre où il exprime aussi le plus rudement son pessimisme à l'endroit de l'espèce humaine et de ses organisations politiques.. Le second, qu'on va lire, publié sous diverses formes entre 1964 et 1966, est une sorte d'hymne à l'ingéniosité humaine.. Jetés, sans qu'on sache très bien si c'est à la suite du naufrage d'une astronef-prison ou d'une évasion, sur une planète océan, des repris de justice de toutes disciplines ont fait souche, ce qui évoque les peuplements coloniaux de l'Australie, de la Tasmanie et de la Nouvelle Calédonie.. Ils se sont même aménagés un petit paradis n'était un protecteur mafieux assez redoutable, le Roi Kragen, monstre marin semi-intelligent qui exige sa ration d'éponges en attendant de réclamer son Andromède et de trouver son Persée.. Mais comment réinventer la technologie nécessaire pour l'affronter, sur un monde où le défaut de terre signifie l'absence de métal ?.. Ces deux titres au moins ancrent définitivement Jack Vance aux rivages de la science-fiction.. Mais est-il pour autant un bon écrivain de science-fiction voire tout simplement un bon écrivain ?.. Par certains côtés, on peut en douter.. Ses romans paraissent souvent écrits au gré quelque peu erratique de l'inspiration.. Bien qu'il ait publié assez peu de nouvelles, c'est dans la forme mi-longue de la.. novella.. qu'il semble le plus à l'aise et ses romans ressemblent souvent à des assemblages de textes plus courts.. John Clute et Malcolm J.. Edwards relèvent dans l'article consacré à Vance dans l'.. Encyclopedia of Science Fiction.. que son souffle semble s'épuiser au fil de ses cycles, comme s'il s'ennuyait à les poursuivre, et qu'il puise ses intrigues dans les ressorts les plus éculés des.. pulp magazines.. Dan Simmons, dans son panégyrique.. [18].. , reconnaît à Vance des problèmes de construction.. Mais qu'est-ce qu'un bon écrivain ?.. Homère est-il un bon écrivain avec ses clichés qui se répètent à longueur de chant, du genre « l'aurore aux doigts de rose » et « la mer couleur de vin » ? Et les références changent avec le temps.. Stendhal a mis un bon siècle à passer pour un bon écrivain.. Robert Louis Stevenson qui n'est pas sans rapport avec Vance (bien qu'il lui soit à mon jugement fort supérieur) a été d'abord méprisé.. Wells fut traité de journaliste, mais on le lit toujours.. Si un bon écrivain est quelqu'un qui respecte la syntaxe comme fait un agrégé de grammaire, et agence ses récits selon une rhétorique éprouvée, observant les canons narratifs des auteurs qu'on étudie dans les classes, alors les bons écrivains pullulent aujourd'hui en France bien que leurs œuvres soient dépourvues du plus mince intérêt.. Un bon écrivain est celui qui assemble des mots, ou raconte avec eux quelque chose, comme personne ne l'a jamais fait auparavant.. Certains des plus grands, comme James Joyce dans.. Ulysse.. Finnegans Wake.. , ou Samuel Beckett, sont allés si loin dans cette voie qu'ils l'ont murée : s'ils ont des thuriféraires, des épigones, voire d'innocents plagiaires, à défaut de disciples, ils ont édifié des impasses plutôt qu'ouvert des perspectives.. Peut-être était-ce leur ambition, d'aller où personne ne saurait sérieusement retourner ?.. À l'opposé, je tombe par accident au moment où j'écris ces lignes sur une citation surprenante de Conan Doyle.. [19].. qui vise à définir, par exclusion, la bonne littérature :.. « Le reproche que je fais aux romans policiers est qu'ils ne font appel qu'à un certain registre de notre imagination — l'invention de l'intrigue — au détriment de la peinture des personnages.. Une œuvre littéraire digne de ce nom est celle qui donne le sentiment d'avoir tiré un bénéfice de sa lecture.. Et je ne crois pas que quiconque puisse prétendre avoir tiré un quelconque bénéfice, dans le sens noble où je l'entends, de la lecture de Sherlock Holmes, bien qu'on puisse y passer un moment agréable.. On sait que Doyle est vexé que ses nouvelles policières aient eu plus de succès que par exemple ses romans historiques.. Mais qui se souvient vraiment de ces derniers alors que son détective est entré au panthéon des personnages en compagnie d'Achille et de Godot ?.. Ainsi la bonne littérature serait, à l'entendre, celle qui nous assure un bénéfice, c'est-à-dire celle qui nous apprend quelque chose.. Après quelques siècles de littérature psychologique et même sociologique, il est permis d'en douter.. La littérature nous a rarement renseignés explicitement sur les ressorts profonds, inconscients, des êtres humains même si implicitement, comme l'a montré Freud, elle en portait les secrets.. Quel serait donc le bénéfice de la lecture des Sherlock Holmes ? Peut-être bien à côté de leur nouveauté, de l'invention d'un personnage, le bénéfice du plaisir, dont celui de penser, ce qui déjà ne serait pas rien.. Et de surcroît, cette constatation déjà soulignée que Sherlock Holmes, on ne l'a pas oublié.. Comme pour les héros d'Homère, la valeur suprême, c'est l'éternité de la gloire.. Et tant pis pour une vie brève, voire pour une courte qualité.. Ce qui nous ramène à Vance.. Car les mondes de Vance on ne les oublie pas non plus.. Vite oubliés les agencements quelque peu indigents de ses récits, restent les décors de ses planètes et les mœurs étranges de ses sociétés qu'il décrit — ou construit — avec le détachement amusé d'un entomologiste.. Peut-être bien que notre Homère ironique des confins galactiques est un écrivain si résolument mineur qu'il en devient grand.. ----==ooOoo==----.. NB : Cette nouvelle édition d'.. a fait l'objet d'une traduction entièrement nouvelle, due à Patrick Dusoulier, et conforme au dernier état du texte, établi à l'occasion du projet VIE.. [20].. (Vance Integral Edition) dont Patrick Dusoulier est l'un des organisateurs.. Caveat lector.. Le lecteur qui redouterait de voir dévoiler dans cette préface certains ressorts du roman qui la complète aurait raison et il est prié de la considérer comme une postface et de la lire seulement après ce roman.. In.. les Univers de Jack Vance.. , hors-série de la revue.. Bifrost.. , septembre 2003.. Cette “troisième loi de Clarke” figure dans son essai de prospective.. Profiles of the future.. (1962).. Malheureusement, elle a disparu de l'édition française.. Profil du Futur.. (Encyclopédie Planète, Retz 1964) tragiquement amputée comme beaucoup d'ouvrages publiés par cet éditeur.. Article Magie du.. Dictionnaire pratique des sciences occultes.. , Marianne Verneuil, Les Documents d'Art, Monaco, 1950.. Dans l'ordre,.. , le Livre de poche nº 7262,.. , le Livre de poche nº 7261,.. le Palais de l'amour.. , le Livre de poche nº 7297,.. , le Livre de poche nº 7268,.. , le Livre de poche nº 7270.. J'espère que le lecteur ne nous tiendra pas rigueur de l'inversion des numéros de collection intervenue sur les deux premiers titres.. On trouvera les précisions astronomiques souhaitables sur l'un des nombreux sites consacrés sur la Toile à Jack Vance, celui de Jacques Garin :.. www.. noosfere.. com/jackvance.. Sur la notion d'épitexte et son usage par Frank Herbert, voir ma.. du Cycle de.. , dans l'édition Ailleurs et demain : la Bibliothèque.. CNRS éditions, 2004.. Et l'on sait que Vance a écrit quelques romans exclusivement policiers.. Si l'on tient absolument à une dichotomie, je l'établirai entre une littérature “légitimante” qui correspond à la définition de l'identité et à la diffusion des valeurs de la classe dominante, et les autres littératures “non légitimantes” dont la littérature proprement industrielle, si la chose existe, ne représente qu'une petite partie.. On lit les secondes tandis qu'on “relit” toujours la première qu'on est supposé avoir fréquentée si l'on est un tant soit peu éduqué.. Même si, comme l'expose très scrupuleusement Anne Besson, l'éditeur Unwin (alors petite maison très sérieuse voire guindée) a joué son rôle dans l'élaboration du cycle en pressant Tolkien de lui livrer un manuscrit, il ne s'est pas comporté autrement qu'un Gallimard envers nombre de ses auteurs parmi les plus légitimants.. Une autre possibilité qui irait dans le sens d'Anne Besson serait celle d'un changement d'éditeur qui aurait accepté de rééditer.. la Geste.. à la condition que l'auteur la complète, ainsi peut-être à l'occasion du passage chez.. Daw.. Je ne dispose là-dessus d'aucune indication certaine.. Malgré son titre,.. les Maîtres des Dragons.. , réédité chez Denoël en 2004, un des sommets de l'œuvre vancienne, appartient au méta-cycle galactique.. Je fais référence ici à la théorie de John Clute et John Grant dans leur.. Encyclopedia of Fantasy.. , Orbit, 1997.. Voir aussi ma préface au roman de Michael Coney,.. On le trouvera dans une nouvelle traduction de Brigitte Mariot dans l'excellent recueil.. les Maîtres des dragons.. Ce recueil a pour pendant.. Emphyrio.. , non moins excellemment édité (Denoël, 2004).. Le Livre de poche nº 7060.. Le Livre de poche nº 7184.. Dans le hors-série de.. déjà cité.. Le Monde des livres.. du 24 décembre 2004.. L'objectif du Projet VIE est de réaliser une édition de l'œuvre de Jack Vance corrigée et complète, en 44 volumes, constituant ainsi un archivage physique permanent de ses œuvres en langue anglaise.. Les textes en sont corrigés sous l'égide de l'auteur, de son épouse Norma et de son fils John, et constituent la Version Autorisée de l'œuvre de Vance.. Elle n'a pu être menée à son terme que grâce à la passion d'amateurs dispersés entre trois ou quatre continents et réunis par la magie de la Toile.. Pour une présentation complète du projet, de ses modalités originales de fonctionnement, et de l'acquisition éventuelle de cette édition à tirage très limité, on se reportera au site du Projet VIE :.. vanceintegral.. com.. mardi 10 mai 2005 —.. mardi 10 mai 2005..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/la Captive du temps perdu | Quarante-Deux
    Descriptive info: la Captive….. Vernor Vinge :.. la Captive du temps perdu.. Livre de poche nº 7228, novembre 2000.. V.. ernor Vinge.. , dans.. , explore une forme originale et tragique de voyage dans le temps, l'aller simple.. La plupart des voyageurs, après.. la Machine à explorer le temps.. de Wells (1895), font dans le temps des allers et retours et manifestent un vif attachement, pour ainsi dire casanier, à leur époque d'origine.. Même si l'avenir paraît intensément plus désirable que le présent aux yeux d'un techno-progressiste, même si le passé abrite les idéaux intimes d'un nostalgique rétrograde, ils continuent de s'accrocher à leur petit pays d'années.. Visiter le passé et l'avenir, certes, mais revenir en son petit Liré vivre le reste de son âge.. Le Voyageur du temps wellsien, s'il retourne dans le lointain avenir, semble bien s'y aventurer dans l'espoir d'arracher Weena aux Morlocks et de la ramener dans ce qui fut son présent.. Certes, une improbable technologie leur permet ce chauvinisme au risque du paradoxe.. Mais est-il tellement plus simple de descendre le temps sans espoir de retour ? C'est en tout cas plus ancien.. Le Voyageur immobile.. d'Alain Saint-Ogan et Camille Ducray (1941-42) préfigure peut-être le mieux le roman de Vernor Vinge : un Atlante, Owha, surgi du passé dans notre présent à bord d'une machine, découvre soudain, en conséquence d'une surprenante distraction, qu'il ne peut regagner son époque puisqu'il ne saurait “franchir l'année qu'il vient de passer” sous peine d'y être présent deux fois.. Il poursuivra donc vers l'avenir.. Sous la forme la plus primitive, il y a l'animation suspendue ou l'hibernation.. S'inspirant des marmottes et de quelques prédécesseurs, Louis-Sébastien Mercier s'endort spontanément pour sept cents ans en 1771 et se réveille en.. l'An 2440.. Charles Nodier, dès 1833, s'en remet à un sommeil cette fois artificiel pour faire traverser les millénaires à son héros d'.. Hurlubleu.. Edmond About fait en 1862 confiance à la déshydratation pour expédier.. l'Homme à l'oreille cassée.. directement du Premier au Second Empire, tel un distingué tardigrade.. G Wells livre son héros au coma dans.. Quand le dormeur s'éveillera.. (1899) pour lui permettre de franchir deux cents ans.. Dès lors l'hibernation devient une convention commode pour explorer l'avenir ou encore pour remédier à la durée des voyages interstellaires relativistes ou non.. On la retrouve dans.. la Sphère d'or.. d'Earl Cox (1927) comme dans son.. remake.. signé de René Barjavel,.. la Nuit des temps.. (1968) où elle permet de surgir du passé le plus lointain au terme d'une profonde sieste.. Le sommeil artificiel est traité comme une suspension de la vie hors du temps, comme une métaphore de la mort réversible.. Il n'est donc pas surprenant qu'on le retrouve dans les mausolées pharaoniques d'.. Oblique.. (Greg Bear, 1998) où des vieillards richissimes attendent de l'avenir une résurrection dans un monde sinistrement purifié.. Ni qu'il fasse partie du décor des astronefs de l'avenir aussi bien dans le cycle d'.. de Dan Simmons que dans celui de.. la Culture.. d'Iain M.. Banks.. , ou que dans celui enfin de.. Rupture dans le réel.. de Peter F.. Hamilton.. Mais dormir, même profondément, n'est pas tout.. Encore faut-il éviter la détérioration, ce qui ne va pas de soi.. Assez curieusement, René Barjavel détourne dans son chef-d'œuvre,.. le Voyageur imprudent.. (1943), la machine à voyager dans le temps pour en faire une sorte de garde-manger idéal où règne un constant présent, souci bien compréhensible en temps de guerre et de restrictions.. On retrouvera la même idée dans l'univers de.. avec les récipients à entropie nulle.. Mais pour dépasser la convention purement linguistique et s'assurer d'un minimum de vraisemblance, les auteurs doivent se tourner vers la physique.. Celle-ci leur offre un premier moyen de conservation avec le froid.. Non pas celui des congélateurs ordinaires mais celui qui s'approche du zéro absolu, aux alentours de moins 273,15 degrés Celsius, ou encore 0 degré Kelvin.. Le zéro absolu est une limite suffisamment peu intuitive pour que quelques auteurs de Science-Fiction et bien plus d'illuminés aient cru pouvoir la transgresser au même titre que la vitesse de la lumière par exemple et faire une place à des températures.. plus basses.. Peut-être s'en est-il même trouvé pour s'imaginer que le temps s'inversait au-dessous de cette limite : on a lu des choses plus étranges.. La température n'est que l'agitation des constituants d'un corps, qui se frottent quand il est solide, se pivotent comme sur un gond lorsqu'il est liquide et s'entrechoquent au hasard de leurs trajectoires dans l'espace à l'état gazeux.. On conçoit que toutes ces secousses nuisent à son bon état.. Que rien ne bouge est la recette du conservatisme, et elle assure, là aussi, la conservation.. Abaisser la température revient à réduire cette agitation.. Si cette dernière devenait nulle, on ne pourrait pas descendre plus bas.. D'où l'absolutisme du zéro.. Toutefois, cette limite est difficile, voire plus précisément impossible, à atteindre.. Une fois réduite, voire abolie, l'agitation des molécules, demeure celle des atomes.. À supposer celle-ci maîtrisée, ce qui peut s'approcher, subsiste le tourbillon des électrons.. Au cœur du noyau atomique, persiste la danse des protons et des neutrons, et dans chacun de ces petits sacs celle des quarks, sans même faire allusion à l'énergie du vide et aux particules virtuelles.. Et parviendrait-on à discipliner ce petit monde que résisterait l'incertitude quantique : s'il était possible d'immobiliser absolument une particule, alors il serait possible de connaître à la fois avec une précision arbitraire sa position et sa quantité de mouvement, ce que précisément la mécanique quantique ne permet pas.. C'est pourtant peut-être ce que promettent les cuves à tau zéro de Peter F.. Hamilton, qui semblent absolument suspendre le temps et toute agitation, même celle des revenants.. Il n'est pas certain du reste qu'il soit nécessaire de descendre si bas dans l'échelle des températures, à quelques milliardièmes de degré de l'inaccessible zéro absolu, pour conserver sans altération regrettable des organismes en état d'animation suspendue.. Si la continuité de notre activité mentale et même de notre conscience était menacée par l'agitation moléculaire à la température du corps, ou par la décohérence quantique, cela se saurait.. Au travers d'un infâme tohu-bohu thermique, nous parvenons tant bien que mal à maintenir une certaine permanence qui s'appelle la vie.. La difficulté serait plutôt en sens inverse : dans l'état actuel des connaissances au moins, si l'on peut imaginer de congeler et de conserver en bon état des organismes complexes, on n'a pas la moindre idée de comment les faire repartir.. Bref, le froid intégral ne semble pas une bonne idée.. C'est pourquoi certains auteurs font appel à des champs mystérieux pour geler le temps en négligeant gaillardement qu'à tout champ est associée une particule dont le mouvement garantit le champ.. C'est le cas de Vernor Vinge avec ses bulles de stase dans.. Mais bien qu'il enseigne les mathématiques et l'informatique dans une université californienne, il ne suggère aucune recette pratique.. Cependant, si la physique quantique interdit toute suspension du mouvement et donc du temps pour la raison qu'on a dite, elle autorise dans certains cas une élongation des processus physiques si surprenante qu'elle semble introduire presque au même résultat.. Dés 1909, une expérience remarquable publiée par un jeune chercheur de vingt-trois ans, Geoffrey I.. Taylor, de l'Université de Cambridge, en fournit une frappante illustration.. Tout le monde connaît l'expérience de Thomas Young qui établit en 1801 contre une théorie de Newton la nature ondulatoire de la lumière en faisant interférer deux faisceaux lumineux issus d'une même source mais empruntant deux fentes parallèles et rapprochées.. Sur un écran placé devant les deux fentes apparaissent nettement des bandes alternées de lumière et d'obscurité, les franges d'interférence.. L'invention ultérieure de la photographie devait leur permettre de laisser une trace durable.. Mais en 1905, Albert Einstein, faisant retour à l'idée de Newton, avait démontré que la lumière était composée de paquets d'énergie indivisibles aux caractéristiques bien définies, des quanta de lumière, les photons.. S'il était encore admissible que ces photons interfèrent entre eux quand ils franchissaient en même temps les fentes de Young, qu'en serait-il s'ils les passaient un à un ? Il était bien connu que lorsque l'une ou l'autre des deux fentes était obturée, les franges disparaissaient pour faire place à une concentration des impacts en face de l'une ou l'autre fente, en parfait accord avec la théorie photonique d'Einstein.. N'allait-on pas se retrouver dans ce cas de figure ? Les photons atteignant successivement l'une ou l'autre fente n'allaient-ils pas se comporter comme si l'autre était obturée puisqu'aucun ne  ...   à l'endroit de l'avenir parce qu'elles savent au plus profond qu'il n'épargnera pas leur apparence, et donc leur séduction, ni, plus radicalement, de leur vivant leur capacité d'avoir des enfants, les deux aspects étant intrinsèquement liés.. L'angoisse narcissique associée à ce devenir hypothèque, sans toutefois l'interdire, la jouissance de toute représentation de l'avenir.. Cette méfiance des femmes à l'endroit de l'avenir est du reste depuis longtemps un lieu commun qu'Émile Henriot, entre mille autres, exprime avec la superficialité habituelle : « Les femmes n'aiment pas l'avenir qui le leur rend bien, à voir ce qu'il fait d'elles et de nous.. ».. Au lieu de quoi les hommes, par une sorte de déni que supporte mieux leur physiologie, vivent leur âge comme un déclin indéfiniment repoussé.. D'un point de vue psychanalytique, parce qu'ils s'éprouvent comme porteurs d'un phallus symbolique, ils se ressentent dans leur inconscient immortels, autant que ce phallus pourra fantasmatiquement s'enfoncer dans les profondeurs de l'avenir.. L'expérience des hommes est que le phallus disparaît et reparaît, qu'il meurt et qu'il renaît, et ils espèrent inconsciemment qu'il en sera toujours ainsi.. Ils se projettent donc plus aisément dans une époque dont ils admettent par ailleurs qu'ils y seront morts depuis longtemps.. Le futur est au bout du phallus et devient même pour certains le garant symbolique de sa pérennité : la jouissance narcissique protège alors de l'angoisse de l'avenir et de la mort.. Les femmes ne participent pas aisément de cette illusion.. Leur perception de la vie et de ce qui peut advenir est plus concrète, plus réaliste.. Or un tel réalisme concret fait.. toujours.. défaut à la Science-Fiction, même et peut-être surtout quand elle prétend respecter la vraisemblance et les connaissances empiriques, expérimentales et théoriques, accumulées par les sciences.. Lorsque nous imaginons des voyages interstellaires et des empires galactiques, des machines à explorer le temps et des intelligences artificielles, des extraterrestres et des humanités au-delà de la nôtre,.. et que nous en jouissons.. , nous savons très bien que rien de tel ne se manifestera jamais sous cette forme, et en même temps nous refusons de le savoir non par une décision consciente qui vaudrait renonciation à la jouissance, mais par un processus inconscient incomparablement plus puissant afin de ne pas avoir à renoncer à cette jouissance proprement phallique.. Je ne prétends pas que les femmes ne peuvent pas ressentir cette jouissance puisqu'elles participent par le truchement de la culture comme les hommes — mais autrement — de la puissance symbolique du phallus, mais que cela est plus compliqué pour elles.. Suffisamment plus compliqué pour qu'une grande majorité d'entre elles ne s'y retrouve pas.. Et cela peut aider à penser pourquoi la plupart d'entre elles — et certains hommes, reconnaissons-le — disent ne pas comprendre, au sens strict, ce que nous trouvons dans la Science-Fiction.. Il ne s'agit pas pour elles de la simple dénonciation d'une fantaisie sans consistance — car rien ou presque de la culture n'y résisterait —, mais d'une incapacité bien plus radicale à se représenter l'objet même de la jouissance.. La Science-Fiction se glisse, comme bien d'autres aspects de la créativité et des comportements humains, dans un défaut de la castration symbolique, voire dans son déni.. Plus précisément, elle se situe dans un “comme si…”, comme si la castration symbolique n'avait jamais eu lieu, comme si elle pouvait être réparée, comme si presque tout dans l'avenir était possible, au moins en rêve éveillé.. Cette position ambiguë, entre l'exaltation de la puissance phallique et la reconnaissance qu'elle ne produit là que de la fiction et que donc la castration a tout de même eu lieu, rend aussi, au moins en partie, compte du malaise et de la fascination mêlés qu'éprouvent certains scientifiques à l'endroit de la Science-Fiction.. Ils sentent, sans pouvoir tout à fait se l'expliquer, qu'elle participe à la fois de l'ambition démesurée qui est aussi celle de leur science, et d'un déni des limitations — de la castration — qui font la difficulté et la solidité de leur entreprise de pénétration du réel.. Si la Science-Fiction ne leur apparaissait que comme une collection de fantasmes, ils n'auraient pas besoin de s'en démarquer voire de la condamner avec la vigueur qu'on leur voit parfois : il leur suffirait de s'en détourner ou d'en rire.. Mais ils sentent bien qu'elle porte aussi quelque chose qui est à la première origine de leur démarche, ce même déni de la castration, cette folie provisoire et créatrice.. Pour viser le réel, il faut pouvoir vivre le déni de la réalité commune et quotidienne.. La Science-Fiction serait donc une littérature foncièrement masculine parce que liée au phallus, au sens psychanalytique du terme, et en particulier à son expression typiquement moderne, la rationalité pratique.. Mais en retour on peut se demander si, de même que son accès serait rendu plus difficile aux femmes de par leur expérience de la castration, toujours au sens analytique, elle ne soulignerait pas chez les hommes un manque tout aussi radical, celui de pouvoir fabriquer des enfants.. Auquel cas, l'avenir serait l'enfant fantasmatique des hommes.. Au moins de certains.. La Science-Fiction serait alors, dans le symbolique, un des remèdes possibles à la castration des hommes, et, dans le déni provisoire de celle-ci, porterait l'affirmation d'être dans l'avenir, par-delà la discontinuité des temps, soi-même son propre enfant.. Je crois.. , pense le lecteur de Science-Fiction,.. que je peux regarder dans l'avenir où je ne vivrai plus comme si j'étais mon propre enfant, ou un enfant de mes enfants.. Si ces hypothèses ne sont qu'un château de cartes, on admettra que dans l'avenir précisément la proportion de lectrices devrait tendre à égaler celle de lecteurs de Science-Fiction.. Elles peuvent donc être réfutées avec un peu de patience, ce qui fera sûrement plaisir à Karl Popper.. Eh bien, allons y voir, sans l'aide des bulles de stase de Vernor Vinge, et au petit pas lent et résolu que nous adoptons chaque matin — chaque nuit aussi — pour avancer vers le Futur.. Au moment où j'écris ces lignes, Vernor Vinge vient de remporter, pour la seconde fois, le Prix Hugo pour son roman.. a Deepness in the sky.. Il l'avait déjà obtenu en 1993 pour.. un Feu sur l'abîme.. , le Livre de Poche nº 7208.. Même s'il emporte avec lui du matériel destiné à faciliter son installation au moins provisoire.. Sur la suite de son voyage, consulter.. les Vaisseaux du temps.. de Stephen Baxter, "Ailleurs et demain", Robert Laffont, 1998.. On trouvera ce texte dans.. les Maîtres de l'étrange et de la peur.. , anthologie de Francis Lacassin, "Bouquins", Laffont, 2000.. On regrettera toutefois dans cette réédition une coquille qui situe la date de départ du dormeur en 1833 et non en 1933 comme l'atteste Versins et le demande clairement le contexte, et qui lui ôte autant de sa dimension anticipative.. "Ailleurs et demain", Robert Laffont, 1999.. une Forme de guerre.. l'Homme des jeux.. l'Usage des armes.. "Ailleurs et demain", Robert Laffont, 1999, 2000.. Denoël.. Cf.. Cette expression de.. tau zéro.. peut signifier température nulle, mais il est aussi vraisemblable qu'elle rende hommage au roman.. Tau Zero.. (1967) de Poul Anderson où il correspond au temps zéro d'un Big Bang, de la création d'un univers.. Ce bref exposé résume celui de Philip et Phyllis Morrison dans leur passionnante rubrique "Wonders" (numéro de juillet 2000 du.. Scientific American.. Ce texte peut être également consulté sur le site Internet.. sciam.. com/.. Voir notamment l'article d'Alfred Kastler, "Einstein et le concept de photon", in.. Einstein : le livre du centenaire.. , Hier et demain, 1979.. Taylor avait employé un dispositif interférentiel techniquement différent des fentes de Young, sous la forme de la pointe d'une aiguille que les ondes lumineuses devaient en quelque sorte contourner par la droite ou par la gauche avant de se rejoindre comme, par exemple, des ondes à la surface d'une mare interfèrent après avoir rencontré un piquet planté dans le fond.. Ce dispositif est dans son principe identique à celui des fentes de Young.. En chair étrangère.. , le Livre de Poche, nº 7169.. Ce texte reprend partiellement le thème du roman.. de Poul Anderson, cité dans une note précédente.. Voir ma préface au roman de Pamela Sargent,.. le Rivage des femmes.. Ce qui introduit à la question, presque jamais traitée mais qu'il faudrait bien aborder, du plaisir de la lecture.. Au bord du temps.. Cité sans autre précision par Jean Delacour dans.. Tout l'esprit français.. , Albin Michel, 1974.. jeudi 14 décembre 2000 —.. lundi 8 juillet 2002..

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  • Title: ´Rainbows End´ par Vernor Vinge | Quarante-Deux/Préfaces de Gérard Klein
    Descriptive info: fr/V7.. Rainbows End.. , 2006).. roman de Science-Fiction.. zine.. Le monde que nous avons créé ne devait comporter aucune intelligence.. Il devait servir de.. parking.. Une erreur de conception et l'effet exponentiel de la sélection naturelle ont abouti à cette horreur….. La version la plus consternante de l'interprétation d'Everett veut que ces infinités de mondes ressemblent tous au même modèle, à d'insignifiants écarts près.. Le nom de l'auteur du concept de la “Singularité” (qui a ici un sens très particulier) est controversé.. Mais son vulgarisateur le plus efficace fut sans doute Vernor Vinge.. Le concept lui-même est parfois attribué à John von Neumann en raison de ses réflexions sur les machines auto-reproductrices.. Toutefois, von Neumann ne semble pas en avoir tiré les conséquences ultimes.. S'il imagine bien des machines pouvant s'auto-reproduire en exploitant les ressources locales et constituant, à l'échelle interstellaire, des essaims redoutables, idée souvent exploitée par des auteurs de Science-Fiction, il ne semble pas avoir pensé qu'elles pouvaient s'améliorer indéfiniment.. Lorsque von Neumann, en 1948 et 1949, livre des articles et des cours sur les automates, les ordinateurs existent à peine.. Son souci est donc de définir les conditions minimales que doit remplir un automate pour s'auto-reproduire, celles d'un constructeur universel.. Et lorsqu'en 1956, il rédige son dernier ouvrage,.. l'Ordinateur et le cerveau.. ,.. il manifeste un grand scepticisme quant à la possibilité de reproduire au moyen d'une machine l'activité du cerveau humain.. Scepticisme qui sera bien oublié par les tenants de l'Intelligence Artificielle, domaine qui naît à peu près au même moment.. La puissance à venir des ordinateurs reste problématique : ce ne sera qu'en 1965 que Gordon E.. Moore énoncera sa fameuse loi selon laquelle la puissance des circuits intégrés doublerait tous les ans, puis la corrigera en 1971 en retenant pour celle des microprocesseurs un intervalle de deux ans qui s'est remarquablement vérifié depuis.. Une telle progression ne pouvait qu'exciter les sectateurs de l'Intelligence Artificielle.. À un moment ou à un autre, très proche selon certains comme Ray Kurzweil, qui le situe vers 2045, le nombre d'unités logiques dans un ordinateur ou un faisceau d'ordinateurs (j'emploierai désormais le terme de machine à ce propos) devrait avoisiner celui du cerveau humain qui compte environ cent milliards de neurones susceptibles chacun en moyenne d'une dizaine de milliers de synapses, soit au bas mot un bon million de milliards de connexions possibles.. Certains circuits intégrés comportent près de deux milliards d'équivalents transistors et des dizaines de millions de portes logiques, si bien qu'en en mettant quelques centaines bout à bout on est, du moins en apparence, proche de l'ordre de grandeur.. Dès lors, une machine serait en vertu de la Loi de Moore et en théorie capable d'émuler un cerveau humain et de manifester la même intelligence.. Et c'est alors, selon le scénario de la Singularité, que les choses s'emballent.. Non seulement la machine peut s'auto-reproduire mais encore elle peut s'étendre indéfiniment dans la seule limite des ressources disponibles.. Son intelligence, individuelle ou collective, s'accroît exponentiellement.. Ce qu'on entend ici par intelligence n'est pas clair, non plus que les moyens d'action de la machine.. Mais l'Humanité est en un temps très court laissée en arrière voire éliminée.. Wikipédia résume ainsi la Singularité vingienne :.. « Le concept de Singularité technologique fut repopularisé en partie grâce au mathématicien et auteur Vernor Vinge.. Vinge a commencé à parler de la Singularité dans les années 1980 et a formulé ses idées dans son premier article sur le sujet en 1993 : l'essai.. ".. Technological singularity.. Il y postule que, d'ici trente ans, l'Humanité aurait les moyens de créer une intelligence surhumaine mettant un terme à l'ère humaine.. Depuis, la Singularité a été le sujet de nombreuses nouvelles et essais futuristes.. Vinge écrit que des intelligences surhumaines, créées par des Humains aux capacités augmentées cybernétiquement ou par d'autres intelligences artificielles moins développées, seraient capables d'améliorer leurs propres capacités plus efficacement que les esprits humains les ayant conçues.. Ainsi, une spirale de progrès de plus en plus rapide amènerait à des progrès technologiques très importants en une courte période de temps.. » La Singularité peut être vue comme la fin des civilisations humaines actuelles et le début d'une nouvelle organisation.. Dans son œuvre, Vinge s'interroge sur les raisons de cette fin et conclut que les Humains pourraient s'organiser pendant la Singularité en une forme supérieure d'intelligence.. Après la création de cette intelligence “surhumaine”, les Humains seraient, d'après Vinge, des formes de vie ayant une moindre influence sur le développement du monde, plutôt membres participants à un système que “pilotes dans l'avion”.. Jean-Michel Truong, dans son essai.. Totalement inhumaine.. propose même que l'intelligence biologique n'a d'autre vocation et d'autre but que de créer une telle intelligence mécanique destinée à la supplanter.. Quoi qu'il en soit, une fois la Singularité atteinte, il n'est plus possible de dire grand-chose sur l'avenir, du moins à vue humaine.. L'idée est si spéciale, même si elle n'est pas si récente, qu'elle a fort peu été utilisée par les auteurs de Science-Fiction mais surtout par des prophètes plus ou moins illuminés.. Les écrivains de Science-Fiction qui ont largement usé de l'intelligence artificielle l'ont surtout décrite sous la forme de robots égaux ou légèrement supérieurs aux Humains ou encore de machine diabolique aux pouvoirs considérables mais limités, en quelque sorte fixés une fois pour toutes.. Dans le roman qu'on va lire, Vernor Vinge se situe aux abords de la Singularité technologique, vers 2040, mais prudemment, il n'en franchit pas le seuil.. L'un des rares auteurs à avoir abordé le thème de front est l'écrivain canadien Robert J.. Sawyer dans sa trilogie.. Éveil.. Veille.. Merveille.. Encore ne prévoit-il avec optimisme qu'une collaboration réciproquement bénéfique entre l'Humanité et l'Intelligence Artificielle surgie de l'Internet.. L'idée de Singularité technologique, dans le sens apocalyptique qu'on vient d'évoquer, a-t-elle dans la réalité un fondement quelconque ? Pour ma part, je ne le pense pas, ayant insisté dans plusieurs textes sur mon doute quant à la création ou à l'émergence de la moindre Intelligence Artificielle en dehors de la littérature.. Au cours de la soixantaine d'années écoulées depuis la création de l'expression, aucun progrès fondamental, vraiment décisif, n'a été enregistré malgré quelques succès périphériques et au fond adventices.. L'idée que l'accumulation de microprocesseurs de plus en plus puissants en ferait surgir me fait invinciblement penser à la fable des singes enchaînés à des claviers qu'ils frappent frénétiquement jusqu'à produire l'intégrale des œuvres de Shakespeare, parties perdues comprises.. Ni le temps, ni la quantité ne font rien à l'affaire.. Nous ne savons du reste pas vraiment ce qu'est l'intelligence humaine, et plus généralement biologique, et nous avons toutes les raisons de douter qu'elle soit fondée sur un code logique.. Ce doute qui ne m'est nullement personnel a été fortement exprimé par John von Neumann dans son essai déjà cité.. Les termes en demeurent d'une actualité confondante.. Les tenants de l'Intelligence Artificielle forte constituent une espèce de secte aux accents quasiment religieux dont la ferveur n'a d'égale que la propension à quémander des crédits militaires ou universitaires.. Curieusement, l'opposition entre “intelligences” mécaniques et biologiques est ancienne et comme le rappelle Pierre Cassou-Noguès dans son passionnant ouvrage.. Mon zombie et moi : la philosophie comme fiction.. elle fonde déjà une dispute entre Descartes et Leibniz.. L'automate cartésien est une machine physique, constituée comme une horloge d'éléments mécaniques en nombre fini et dont l'intelligence vient évidemment d'une étincelle divine, l'âme que Descartes refuse à tout autre être vivant qu'à l'humain.. Leibniz pour sa part.. « distingue les machines artificielles, que nous construisons, et les machines naturelles, issues de la préformation divine, “la différence ne consistant pas seulement dans le degré mais.. dans le genre même.. ” ».. Pour Leibniz,.. « “les machines de la nature ont un nombre d'organes véritablement infini” ».. , et encore,.. « “les machines de la nature, c'est-à-dire les corps vivants, sont encore machines dans leurs moindres parties, jusqu'à l'infini” ».. Je ne sais pas qui croit encore à l'âme cartésienne comme origine de l'intelligence humaine mais la découverte des molécules puis des atomes et de leurs composants qui n'ont rien de biologique vient ruiner à son tour la séduisante hypothèse de la machine infinie de Leibniz.. Toutefois, la controverse entre Descartes et Leibniz s'éclaire d'un jour nouveau si on la considère à la lumière de la théorie de l'évolution qu'ils ne pouvaient évidemment qu'ignorer.. En effet, à l'origine de la vie, on ne peut guère imaginer que des machines cartésiennes, l'âme en moins, constituées d'un petit nombre d'éléments moléculaires qui tiennent le rôle de rouages et qui sont assimilables à des processeurs,.. tandis qu'à l'autre extrémité où nous sommes on se trouve en présence de  ...   dans l'autre, se mue.. ipso facto.. en pseudo-science au moins dans cette conclusion.. Et si j'étais un théologien subtil comme mon ami le Père Brown, ce qu'à Dieu ne plaise, je serai encore plus méfiant.. Car s'il était prouvé au-delà de toute réfutation possible qu'un dieu existe, toute liberté, toute possibilité de choix, serait ôtée aux êtres humains, ce qui n'est pas le projet du christianisme, au moins tel que je l'entends.. Ce dieu deviendrait une sorte de despote oriental devant lequel toutes les échines devraient se courber sous peine d'un supplice éternel.. On ne lui échapperait pas plus qu'à la loi de gravitation.. Cette réflexion m'évoque irrésistiblement l'admirable phrase de Thornton Wilder dans son splendide roman, un peu trop oublié,.. le Pont du roi saint Louis.. « Il paraissait au frère Juniper qu'il était grand temps pour la théologie de prendre rang parmi les sciences exactes.. Fort heureusement, le frère Juniper échoue dans sa tentative.. La très aléatoire efficacité de la prière signe le silence de Dieu.. Du côté des sciences dites exactes, je ne serais pas plus confiant.. Si en effet les théologies semblent assises sur des vérités immuables — encore que cela semble se discuter dans des assemblées spécialisées —, les sciences, et tout particulièrement la physique la plus fondamentale, ont cette vertu philosophique irremplaçable de renoncer régulièrement à leurs dogmes, ou encore de remplacer les théories un temps dominantes par d'autres corrélant de nouvelles observations ou plus satisfaisantes, d'un point de vue logique, que les précédentes.. Imaginons donc qu'une théorie à un moment donné établisse la nature providentielle de la Singularité — qui n'est déjà pas à proprement parler un concept scientifique, mais passons — à l'origine du.. big bang.. Elle se trouverait toujours à la merci d'une nouvelle observation ou d'une nouvelle théorie qui la remplacerait.. Si j'étais théologien prudent, je ne chercherais pas trop d'appui stable pour mon levier apologétique du côté des sciences.. Ce sont des terrains fort intelligemment mouvants.. Ainsi, du moins à mon sentiment, ni la théologie ni les sciences ne peuvent venir sérieusement à l'appui d'une conception intentionnaliste de l'univers.. Seule peut s'y risquer la métaphysique, cette discipline distrayante qui n'a plus depuis longtemps d'autre utilité que de fournir des postes à des fonctionnaires et des idées rarement neuves à des auteurs de Science-Fiction bien obligés de ne se recommander que d'eux-mêmes.. Auteurs qui ont du reste pris de l'avance, naïvement sans doute mais courageusement.. Ce serait parmi eux que se rangeraient Descartes et Leibniz à en croire, sans trop le solliciter, Pierre Casssou-Noguès qui, après mon ami le regretté Guy Lardreau, semble bien avoir pris la dimension de l'enjeu : peut-on penser en dehors de la croyance et des certitudes provisoires de la science ?.. Certes on le peut mais à condition de s'affranchir des contraintes de l'approche scientifique.. C'est pourquoi je ne peux suivre Stephen Hawking lorsque dans.. Y a-t-il un grand architecte dans l'univers ?.. , son dernier livre,.. il semble annoncer le triomphe définitif de la physique quant à l'élucidation de l'origine de notre univers.. Il use alors de son autorité, sur un terrain qui ne relève plus de la physique mais de la politique et si l'on veut de la métaphysique, contre les créationnistes et tenants du dessein intelligent, et du coup ne s'en démarque plus.. Sur le terrain politique, je peux le rejoindre car je partage son sentiment et ses craintes, comme je l'espère en atteste le fond de cette préface, quant à l'usage social et civique réactionnaire qui se profile derrière de telles confusions, tout spécialement aux États-Unis en attendant la vague qui commence à battre nos rivages.. Mais quand il affirme qu'à la fameuse question de Leibniz,.. « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ».. , la physique pourra répondre de façon certaine et définitive, il commet un acte de foi et je ne peux le suivre.. D'autant plus qu'il fonde cette foi sur une théorie M dont les rudiments ne sont même pas encore posés et dont on espère tout juste qu'elle pourrait unifier, si elle advient jamais, les cinq ou sept théories des supercordes, toutes inachevées et qui n'ont reçu à ce jour aucun début de preuve expérimentale, autrement dit qui ne sont pas réfutables.. Hawking s'expose par là à un démenti cinglant si toute cette construction que certains parmi les meilleurs physiciens qualifient de métaphysique, venait à s'effondrer.. Lorsque Laplace répond à l'inquiétude vaguement théiste de Napoléon :.. « Je n'ai pas besoin de cette hypothèse.. , il se situe à sa place, ne cherchant pas à ébranler la religion mais marquant clairement sa différence.. Lorsque Darwin relie ses observations et hypothèses dans une théorie puissante qu'il sait inachevée mais féconde, il ne vise pas à ruiner le récit de la Genèse.. Toute relation entre la science et la religion est impie.. Dans un domaine connexe (qu'Hawking évoque certainement) se pose la question des constantes fondamentales, dont par exemple la vitesse de la lumière ou la célèbre constante de structure fine.. Depuis le début du.. siècle, on en a découvert et mesuré une vingtaine au moins — certains vont jusqu'à en dénombrer une centaine.. Totalement indépendantes les unes des autres et de quoi que ce soit que l'on connaisse, elles sont réputées universelles et définies avec une très grande précision, parfois jusqu'à la centième décimale.. L'énigme scientifique qu'elles posent et que certains ont baptisée le problème anthropique.. est que si elles manifestaient une valeur un tant soit peu différente, pour certaines, comme déjà dit, à la centième décimale et au-delà, l'univers serait tout différent et pour toutes sortes de raisons ne pourrait pas abriter la vie et notre si brillante intelligence.. Certains en ont évidemment déduit la préexistence d'un Grand Ingénieur qui aurait finement réglé ces constantes pour nous permettre d'exister et de le vénérer.. Cette position est aussi naïve et stupide que celle de ceux qui, avant la théorie de l'évolution, s'émerveillaient de la perfection (au demeurant toute relative) des êtres vivants et l'attribuaient à un Grand Horloger.. La question des constantes fondamentales est une vraie question scientifique.. Peut-être une physique de l'avenir parviendra-t-elle à les relier voire à les unifier et à dire pourquoi elles ont des valeurs assez précises pour me permettre de vous proposer cette préface, sorte de légende sceptique.. Peut-être pas.. Lee Smolin propose une solution à base d'évolution quasi darwinienne des trous noirs que je trouve extrêmement séduisante bien que je ne puisse la résumer ici, solution qui relève pour l'instant de la meilleure métaphysique.. Mais il se trouvera sûrement quelqu'un pour lui objecter qu'un procédé aussi ingénieux ne peut qu'avoir été l'œuvre d'un Grand Architecte….. Ainsi sommes-nous allés d'une Singularité l'autre sur le fil tranchant de l'intentionnalité, de l'improbable Singularité technologique à l'invérifiable Singularité des origines.. La corde est… bouclée.. par Vernor Vinge.. série], nº 32174, mars 2011.. Vernor Vinge.. On pourra notamment consulter, outre les écrits de von Neumann, l'intéressant mémoire et travail de synthèse de Nazim Fatès,.. les Automates cellulaires : vers une nouvelle épistémologie ?.. (2001).. The Computer and the brain.. (1958), édition française : la Découverte, 1992.. La réalité est, on s'en doute, beaucoup plus complexe, et le lecteur se reportera à des articles ou ouvrages spécialisés que je ne puis résumer ici.. Les Empêcheurs de penser en rond, 2001.. Wake.. Watch.. Wonder.. (2009-2011), édition française : Robert Laffont, 2010-2011.. Le Seuil, 2010, p.. 22.. Op.. 223.. Phrases extraites de la.. Monadologie.. de Leibniz et reprises ici de l'ouvrage de Cassou-Noguès.. J'ai personnellement un faible pour la théorie accordant à l'ARN un rôle privilégié.. Psychology: the briefer course.. , 1892.. Source : Wikipédia.. Décembre 2010, p.. 77.. The Bridge of San Luis Rey.. , 1927.. The Grand design.. , avec Leonard Mlodinow (2010), édition française : Odile Jacob, 2011.. Je dois préciser que, compte tenu des délais impartis à la rédaction de cette préface, je n'ai pu en lire que des extraits et des comptes rendus.. Voir notamment l'ouvrage très accessible de Jean-Philippe Uzan Roland Lehoucq,.. les Constantes fondamentales.. (Belin, 2005).. Frank J.. Tipler et John D.. Barrow, qui sont probablement les inventeurs de l'expression, ont exposé clairement la question à destination du public cultivé dans leur ouvrage.. the Anthropic cosmological principle.. (1986).. En français, voir les entretiens avec Marie-Odile Monchicourt réunis dans.. l'Homme et le cosmos.. (Imago, 1984), suivis d'une postface d'Hubert Reeves.. On la trouvera exposée dans la conclusion du remarquable ouvrage de Jean-Pierre Luminet,.. le Destin de l'univers.. (Fayard, 2006 ; Folio essais, 2010).. ´Rainbows End´ par Vernor Vinge, préface de Gérard Klein présentée par Quarante-Deux.. 12 février 2012.. (première publication : mars 2011).. (création : 10 février 2012).. org/archives/klein/prefaces/Rainbows_End..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/l'Étoile de ceux qui ne sont pas nés | Quarante-Deux
    Descriptive info: l'Étoile….. Franz Werfel :.. l'Étoile de ceux qui ne sont pas nés.. Livre de poche nº 7226, septembre 2000.. Q.. ui a dit que la Science-Fiction était une littérature facile ? Trop facile ? Question impertinente ou trop pertinente ? Parce qu'elle était réputée littérature facile réservée aux déficients de la circonvolution,.. la Science-Fiction a longtemps été considérée avec suspicion dans les établissements scolaires, classes et bibliothèques, avant d'y être admise au compte-gouttes et en guise de leurre cachant un hameçon de la lecture.. C'est pour la même raison qu'elle fut reléguée par l'université au rang d'une paralittérature, en bonne compagnie.. C'est du même chef d'accusation qu'elle demeure ignorée ou rejetée des critiques littéraires prétendument sérieux qui depuis Jules Verne la cantonnent dans la littérature pour la jeunesse, ce qui boucle notre cercle vicieux.. Et pourtant, ceux-là qui la stigmatisent confessent souvent n'en avoir jamais lu, ou pis s'en excusent en admettant n'y rien comprendre, peut-être précisément parce que même à son niveau le plus modeste, ce n'est pas une littérature si facile, du moins pour eux.. Elle a constitué une culture spécifique et demande un apprentissage comme celui d'une langue, auquel se prêtent mieux les cerveaux jeunes et agiles que favorise un intérêt ou du moins une curiosité pour les choses de la science et les virtualités de l'avenir.. Alors que la littérature dite générale, en fait si particulière, n'exigerait pour être comprise qu'une compétence linguistique ordinaire, la Science-Fiction demande ce petit peu de plus qui la rend absconse aux yeux de personnes se décrétant cultivées.. J'y insiste : pour bien des lecteurs, la Science-Fiction est une littérature difficile, étrangère à leur culture, et c'est une des raisons de leur rejet.. Il en est d'autres.. Cependant, nombre de lecteurs parlant couramment la Science-Fiction trouveront l'œuvre remarquable que je leur propose trop difficile pour eux.. En effet,.. , peut-être le chef-d'œuvre de Franz Werfel, lui-même un des écrivains majeurs de la littérature de langue allemande au.. siècle, n'est pas de lecture facile.. À sa dimension imposante mais qui ne devrait pas effrayer les lecteurs de.. et autres cycles, s'ajoutent des complexités et des circonlocutions baroques héritées du.. siècle viennois auquel Werfel n'a jamais cessé d'appartenir, et des interrogations philosophiques peut-être superficiellement désuètes.. Voilà qui devrait séduire et réjouir les tenants de la Grande Littérature là où cela dérouterait les consommateurs de.. La question qui se pose alors, comme pour d'autres œuvres auxquelles on viendra, est de savoir s'il s'agit encore de Science-Fiction.. Le reproche a été fait aux historiens et aux théoriciens de la Science-Fiction, de chercher à enrichir, voire à ennoblir leur littérature préférée à coup d'annexions illégitimes.. Ils ne font en réalité que relever des caractéristiques structurales et thématiques communes à toutes les œuvres qui les intéressent, y compris les plus médiocres qu'on ne leur reproche pas de recenser aussi.. Et du coup ils font ressortir des inventions littéraires de concepts, comme celui d'anticipation, probablement apparu sur la fin du.. siècle, passés inaperçus des doctes.. Cependant, pour les tenants de la Grande Littérature la cause est entendue : la Science-Fiction ne peut pas relever de la Grande Littérature, puisqu'elle n'est que de la paralittérature ou au mieux de la littérature facile : donc si c'est de la Grande Littérature, ça ne peut pas être de la Science-Fiction.. Le caractère spécieux, tautologique, circulaire et pour ainsi dire vicieux du raisonnement leur échappe.. Pour l'amateur de Science-Fiction, les choses sont plus compliquées : Franz Werfel situe son œuvre dans un lointain avenir, « dans soixante ou cent mille ans », décrit une société et même une humanité différentes, tributaires de développements technologiques aussi impressionnants qu'inédits, esquisse une histoire de l'avenir et multiplie les spéculations rationnelles ; par là son roman s'apparente à certains textes d'Olaf Stapledon.. , de John Campbell.. , d'Arthur C.. Clarke.. , de Jack Vance.. ou de Stephen Baxter.. dont il n'a certes jamais entendu parler ou qui lui sont postérieurs.. Au demeurant, Werfel, né en 1890, a certainement lu Wells.. Grand lecteur, il connaît sans doute Samuel Butler (.. Erewhon.. ) et Aldous Huxley (.. le Meilleur des mondes.. Jouvence.. Il a pu lire.. Sur les falaises de marbre.. (1939) mais non.. Héliopolis.. (1949) d'Ernst Jünger.. Seul un fin connaisseur de Franz Werfel relisant avec attention.. pourrait relever les influences et les allusions sans doute nombreuses à des œuvres antérieures relevant de notre domaine.. Je n'ai pas cette culture.. Mais ce que je veux relever ici, c'est que ce roman ne surgit pas extemporanément du néant mais qu'il s'inscrit dans une tradition qui entretient de nombreuses passerelles avec ce que nous appelons Science-Fiction.. Par sa problématique, par ses thématiques, il relève de la Science-Fiction.. L'exclure de cette espèce littéraire au seul prétexte de sa qualité et en faire autant pour toutes les œuvres qui dépassent reviendrait à refuser aux girafes le droit d'être des mammifères pour cause de hauteur de vue.. Quant au prophétisme de Werfel, qui devient quasiment religieux sur la fin du roman, il rejoint le souci métaphysique de nombreux textes de Science-Fiction.. Est-ce à dire que toute la Science-Fiction se vaut, qu'elle est à prendre en bloc d'un point de vue qualitatif ? À l'évidence, ce serait une absurdité.. Dans le champ de la littérature générale à dominante psychologique, les œuvres de Marcel Proust et de Barbara Cartland présentent des caractéristiques thématiques identiques : elles traitent principalement de l'amour et du sexe, en termes enveloppés, et elles fréquentent toutes deux des catégories sociales huppées qu'elles décrivent avec plus ou moins de précision mais avec la même délectation empreinte de snobisme.. L'aristocratique.. Pink Lady.. mérite-t-elle pour autant la même attention que le talentueux bourgeois asthmatique ?.. La catégorisation qualitative comporte néanmoins en général une grande part d'arbitraire.. Comment définir les classes ? Quelle extension quantitative leur donner ? Quelle progression adopter ? Enfin et surtout, comment distribuer entre elles les objets à classer ? Mais après tout, les mathématiques donnent l'exemple, où il existe des classes d'objets dont aucun objet particulier n'est nommable.. Ainsi, il est possible de construire des classes qualitatives sans s'obliger pour autant à répartir par le menu entre elles les œuvres qu'on entend hiérarchiser et il est également possible de décrire partiellement leurs contenus sans se contraindre à les remplir.. Mettons que ce soient des classes d'ultrafiltres, ces chimères non isolables qui permettraient en pure théorie, s'ils étaient utilisables ce qui ne semble pas le cas, de filtrer des objets identifiables, isolables et dénommables comme sont les œuvres.. Je suggère donc empiriquement d'adopter une échelle qualitative logarithmique dont les incréments soient des puissances de dix.. Cinq échelons suffiront ici.. En effet, divers procédés conduisent à estimer à cent mille l'ordre de grandeur du nombre des œuvres, nouvelles et romans, relevant de la Science-Fiction depuis le début des temps.. Nous choisirons de nommer ces classes par l'exposant de leur effectif.. La classe Cinq, contenant 10.. 5.. œuvres environ, correspondrait à celles qui sont de pure consommation et qui peuvent être — et sont généralement — oubliées sans remords passé l'année de leur parution ; elles se contentent de répéter ou plutôt d'interpréter des schèmes éprouvés sans souci stylistique.. La classe Quatre, qui réunit 10.. 4.. œuvres, accepterait celles présentant la qualité d'écriture d'un auteur professionnel, ou contenant au moins une innovation thématique repérable, y compris sous la forme d'une variation inédite d'un thème canonique.. La classe Trois inclurait les mille œuvres manifestant des caractéristiques formelles inédites et ayant fondé ou profondément renouvelé un thème ou tout le domaine, œuvres qu'il serait légitime d'appeler les chefs-d'œuvre de la Science-Fiction, en ce sens restreint.. La classe Deux ne comptant plus qu'une centaine d'œuvres n'admettrait que des chefs-d'œuvre au sens le plus général, s'imposant à tous.. Enfin la classe Un constituée par hypothèse d'une dizaine d'œuvres les verrait inscrites au patrimoine de l'humanité selon la directive universelle et normative 279 de l'.. Unesco.. à l'usage des Académies et des Directeurs de Bibliothèques publiques et privées.. Il est possible de rêver, par pur souci arithmétique, d'une classe Zéro composée d'un livre unique qui aurait en somme le statut de la Bible en Occident.. On remarquera que ce projet de classification qualitative pourrait s'appliquer avec le même bonheur à l'ensemble des œuvres littéraires, voire d'une autre nature.. Il ne me semble pas déraisonnable d'en estimer le nombre dans le champ littéraire, ou du moins son ordre de grandeur, à cent millions, ce qui implique huit classes plus l'œuvre unique qui couronnerait toutes les autres.. À mon sentiment, la classe inférieure comptant environ quatre-vingt-dix millions d'éléments se situerait en dessous de la classe Cinq de la Science-Fiction, marquant la prééminence faible de cette littérature et sa difficulté intrinsèque minimale.. À l'opposé, la classe supérieure ne comporterait par hypothèse aucune œuvre de Science-Fiction, quelques-unes pouvant apparaître dans la classe immédiatement inférieure des cent plus grandes œuvres littéraires de l'humanité.. Je laisse aux amateurs de jeux mathématiques le soin de trouver une solution au problème suivant : comment faire entrer les cinq classes qualitatives de la Science-Fiction dans les six classes permettant de distribuer le reste de la production littéraire de l'humanité.. La solution est probablement dans le choix du bon exposant, un peu différent de ceux que j'ai proposés.. Bien que je ne me sente aucunement capable de répartir le faible corpus des œuvres de Science-Fiction que j'ai lues, ni que je pense que personne le soit, je me sens libre d'indiquer quel type d'œuvres je placerais dans chaque classe et de donner même quelques exemples caractéristiques.. Ainsi la plus grande partie des romans de la défunte collection Anticipation du Fleuve noir irait directement dans l'enfer de la classe Cinq, tels ceux du regretté Jimmy Guieu.. Quelques-uns de la susdite collection ainsi qu'une fraction de ceux publiés dans les collections également défuntes, le Rayon fantastique et Présence du futur , rejoindraient la classe Quatre.. Ces deux collections fourniraient largement la classe Trois où je mettrai volontiers l'essentiel de l'œuvre d'un auteur intéressant encore qu'à mon goût fort surestimé, Isaac Asimov, ainsi que celle d'un Ray Bradbury.. Quelques œuvres d'Alfred Elton Van Vogt, Philip K.. Dick, Cordwainer Smith, Frank Herbert et Brian Aldiss par exemple atteindraient la classe Deux.. Il vaut de noter que les œuvres de certains auteurs capables du meilleur comme du moins bon, comme Dick et Van Vogt, se répartiraient entre plusieurs classes, de la Deux (.. Ubik.. le Monde du Ā.. ) à la Quatre (.. les Pantins cosmiques.. la Fin du Ā.. J'avoue mon extrême perplexité à l'idée d'affecter la classe Un.. Une terreur numineuse m'envahit à la perspective de choisir dix œuvres de Science-Fiction dignes de figurer dans l'Empyrée littéraire de l'humanité.. La simple constitution de ces classes mène à quelques observations intéressantes.. Ainsi, considérons la classe Deux, déjà fort relevée.. C'est là que je logerai.. , élevé au rang de chef-d'œuvre de la littérature en général, sous-ensemble Science-Fiction.. Ce qui me frappe lorsque je me propose de peupler cette classe, c'est, sur une vingtaine d'années, la concentration de chefs-d'œuvre et en particulier celle de chefs-d'œuvre de langue allemande dans ce sous-ensemble.. Côté anglo-saxon, Aldous Huxley publie en 1933.. qui malgré un accueil initial assez frais est devenu un des.. best-sellers.. de la littérature du.. En 1949, c'est le.. 1984.. de George Orwell, et en 1952, le.. Limbo.. de Bernard Wolfe que je ne lui trouve pas inférieur.. Côté langue allemande, Ernst Jünger fait paraître en 1939.. , qui s'apparente d'assez loin à la Science-Fiction, et surtout en 1949.. qui s'y établit pleinement.. Hermann Hesse publie en 1943.. le Jeu des perles de verre.. et Werfel achève aux États-Unis en 1945.. Dans.. le Docteur Faustus.. (1947), Thomas Mann fait allusion aux deux romans précédents comme s'il entendait, d'après Pierre Versins, établir le sien dans la même catégorie.. Pour la France, je rangerai volontiers dans cette classe.. Ravage.. (1943) et.. (1944) de René Barjavel.. Soit dix œuvres hors du commun sur seize ans.. J'en oublie certainement.. La plupart de ces œuvres sont dues à des auteurs dont la réputation de grand écrivain était établie avant leur excursion dans le domaine de la spéculation, de l'anticipation ou de l'utopie.. Toutes ont en commun d'avoir touché un public qui déborde celui de la Science-Fiction pure et dure, et d'avoir atteint un statut emblématique d'œuvre majeure, à l'exception peut-être du.. de Bernard Wolfe dont la notoriété a souffert de l'absence de carrière littéraire de son auteur.. Cette concentration de textes remarquables est-elle due à une illusion d'optique ou à une sélection inconsciente de ma part ? Je ne le crois pas.. Bien qu'il ne soit pas difficile de recenser avant et surtout après cette époque de bonnes œuvres de Science-Fiction, écrites par des spécialistes ou par des généralistes, il s'en trouve peu de cette envergure, et la distribution dans le temps de celles qui y correspondraient semble aléatoire.. Soit, malgré leur ambition cosmique, elles se montrent littérairement limitées comme celles d'Olaf Stapledon, soit encore comme celles d'Arno Schmidt (.. la République des savants.. , 1957), de Vladimir Nabokov (.. Ada.. , 1969), de Robert Merle (.. Malevil.. , 1972 ;.. les Hommes protégés.. , 1974) ou de Zinoviev (.. les Hauteurs béantes.. , 1976), ou, bien avant la période concernée, comme le.. Nous autres.. (1920) d'Eugène Zamiatine, le.. Cœur de chien.. (1925) de Mikhaïl Boulgakov, elles se trouvent dispersées et parfois très marginales à l'espèce littéraire qui nous intéresse.. Ce qui est remarquable dans la constellation recensée, c'est qu'en seize ans, une bonne poignée d'écrivains, considérés comme grands et nullement spécialisés.. , éprouvent le besoin de recourir à un genre insolite, voire décrié, pour faire entendre quelque chose d'inédit à propos de l'avenir et donc de leur présent.. Peut-être cela est-il dû à ce que ces œuvres sont créées dans l'une des périodes les plus angoissantes de l'histoire de l'humanité, entre la grande Dépression inaugurée en 1929 et la fin de la Seconde Guerre Mondiale, à dire vrai la seule Vraie Guerre Mondiale, la première étant demeurée régionale au moins par son théâtre principal, période obscurcie par l'échec apparent du libéralisme économique et politique, la montée de deux totalitarismes, les procès de Moscou et l'Holocauste, la prolifération des trahisons, la guerre totale et l'usage de l'arme nucléaire.. La conjecture rationnelle et la projection dans l'avenir sont deux moyens de faire échec au terrible présent et au malheureux probable.. Mais du coup ces œuvres ont aussi en commun de faire peu confiance à l'avenir et d'être au moins conservatrices, voire réactionnaires.. Huxley s'en prend à un totalitarisme matérialiste et hédoniste dont la menace est de fait, soixante-dix ans plus tard, l'aspect le moins reluisant de la mondialisation.. Werfel, Hesse et Jünger s'inquiètent d'une technicisation déshumanisante dans une perspective que n'aurait pas désavouée Martin Heidegger, et s'en remettent, qui à la religion, qui à une sorte de taoïsme, qui à un stoïcisme hautain, bref à la tradition.. Barjavel conchie l'électricité et toute la technologie pour se noyer dans l'eau de Vichy.. Orwell démasque le totalitarisme stalinien qui a pour tout horizon le spectacle d'une botte écrasant à jamais un visage humain.. Wolfe dénonce l'illusion de la paix par la castration.. On sait qu'on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments ni avec une confiance béate dans le progrès.. Il n'est pas difficile de montrer, depuis Swift et Voltaire, que la Science-Fiction de qualité est essentiellement une littérature critique.. Mais faut-il vraiment pour qu'elle atteigne à des sommets, pour que des littérateurs s'intéressent enfin à l'avenir, que ce dernier soit aussi bouché ? Et qu'est-ce que la récente semi-conversion d'un Michel Houellebecq, admirateur de Lovecraft, cet.. Infréquentable.. , laisse augurer du nôtre.. ?.. Des œuvres de grande qualité donc, il y a un demi-siècle, en nombre suffisant et de signatures assez illustres pour que la réserve des critiques, des universitaires et des personnes de culture doive céder au moins sur le principe, sinon sur le détail, de la possibilité pour l'espèce littéraire dite Science-Fiction de satisfaire la plus haute exigence.. On pourrait certes continuer à contester la valeur de telle œuvre particulière, surtout spécialisée, mais on ne devrait plus pouvoir refuser toute possible dignité à l'espèce dans son ensemble.. Pour prendre un exemple concret, quiconque aura lu.. , même s'il n'aime pas le livre, pourra difficilement lui dénier de la grandeur, et donc pour une anticipation la virtualité de la grandeur.. Cela ne paraît pas trop demander.. Or il n'en est rien.. L'établissement littéraire dans son ensemble, de la critique à l'enseignement, à quelques exceptions près aisément repérables, a persisté à faire après 1949, ce qui ne nous rajeunit pas, comme s'il ne s'était rien passé ; et pas seulement en France même si ce pays défend dans l'immobilisme quelques records.. On connaît la chanson : si un livre de Science-Fiction ou apparenté se révèle incontournable, soutenir qu'il ne s'agit en aucune manière, même contre toute évidence thématique ou structurale, de Science-Fiction.. Prétendre qu'il a été annexé indûment par des fanatiques.. Et si cela ne suffit pas, ignorer tout bonnement l'ouvrage : il y a tant de livres qu'un de plus ou de moins ne fait guère de différence.. De fait, sur la dizaine de livres cités, seuls deux sont aisément accessibles, le Huxley et l'Orwell.. Le Werfel, les Jünger, le Wolfe, le Hesse ont  ...   qu'aurait pu être l'évolution de la culture à partir du moment où il estime qu'elle s'est fourvoyée, c'est-à-dire au début du développement des sciences modernes, qui coïncide avec la révolution de la société et de l'industrie.. Or, à ce tournant de l'Histoire, un Allemand avait tenté de définir ce que pourrait être l'éducation des générations nouvelles : c'était Goethe, dans.. les Années de voyage de Wilhelm Meister.. Hesse engage le dialogue avec lui.. » Il n'est pas indifférent à notre propos de rappeler que c'est là aussi le thème favori de Stanley Kubrick, cet Américain d'origine viennoise résidant en Grande-Bretagne, dans ses trois grands films d'exploration temporelle,.. 2001, l'odyssée de l'espace.. Orange mécanique.. Barry Lindon.. Si l'on y regarde de près, ces trois films sont à la fois des anti-utopies et des romans d'éducation.. L'élève, dans le premier, c'est toute l'espèce humaine.. Le second, dans un décor d'anti-utopie, illustre l'anti-éducation par excellente, sous deux masques : l'absence de formation et le conditionnement.. Le troisième, enfin, au travers de l'effort de Barry pour se former et s'élever, dénonce ce tournant fâcheux de l'histoire européenne, dans la seconde moitié du.. xviii.. siècle où, selon Kubrick et Hesse, l'Humanité s'est fourvoyée.. Hesse et Kubrick répondent en somme tous deux à Goethe, chacun à sa manière, que la chose la plus importante du monde est bien sans doute de former un homme mais qu'il n'y a pas d'erreur plus grande que de compter seulement, comme faisait Goethe, sur l'illumination des sciences et la raison éclairée pour y parvenir.. Tous deux font dépendre l'épanouissement de ce que l'Homme a de spécifique et de pratiquement indicible, d'une révélation extérieure, à la limite de nature religieuse.. Mais comme l'un et l'autre sont subtilement agnostiques, leur constat est pessimiste : ni la science, ni la culture, ni même la sagesse à son aune humaine, ne sont autres choses que des divertissements dont le jeu des perles de verre est la culmination illusoire autant que raffinée.. Peut-être est-il temps, à l'aide des courants de pensée introduits notamment par l'œuvre de Kubrick, d'une meilleure compréhension de la spiritualité orientale prônée par Hesse, et du doute aujourd'hui assez, voir trop, répandu sur la valeur absolue de la technologie occidentale, de redécouvrir et réévaluer.. Au pessimiste de Hermann Hesse répond.. de Franz Werfel, son dernier roman commencé au printemps de 1943 et achevé en 1945, juste avant la mort de l'écrivain survenue le 26 août.. Même sujet, au fond, que dans.. : la description d'une société du lointain avenir prodigieusement raffinée mais parfois proprement infernale, et l'itinéraire d'un homme de notre temps, F.. W.. , appelé temporairement par les techniques savantes de cette époque, et qui doit tout réapprendre, refaire son éducation bien au-delà des nécessités habituelles propres à cette convention facilitant l'exploration d'un autre monde, d'une utopie.. Mais ici où la ferveur religieuse, le catholicisme de ce juif presque converti qu'est Werfel — qui vient de publier.. le Chant de Bernadette.. — sont avoués, le pessimisme, partout suggéré, cède le pas à l'espoir.. On peut ne pas partager la foi de Werfel, mais au risque de contredire son intention apologétique, on ne peut guère demeurer insensible à la prodigieuse richesse imaginative de son roman qui est peut-être, bien qu'il soit presque inconnu en France et presque oublié en Allemagne, l'un des plus grands de notre siècle.. Peut-être comme celui de Hesse, est-il négligé parce qu'il se situe à l'opposé des recherches formelles inaugurées par Joyce et qui procèdent, à bien y regarder, d'un projet naturaliste, voire vériste, d'une sorte de puritanisme linguistique qui exclurait de la nature l'imaginaire.. Peut-être est-il oublié même des admirateurs de Kafka — que Werfel vénérait — en raison de son caractère baroque, mais relevant de ce baroque somptueux où la multiplication et l'enchevêtrement des lignes finit par paraître envahir puis emplir l'espace, l'exclure et suggérer partout le plein, alors que nulle part le vide original n'est mieux souligné, dans l'attente de ce qui pourrait venir l'animer, homme ou dieu.. Cette complexité baroque, la profusion des références à diverses cultures, les emprunts faits au grec, au français, au vocabulaire du Talmud et du Zohar, ont rendu la traduction de ce texte immensément difficile au point qu'il a paru souhaitable de revoir le texte proposé par Gilberte Marchegay pour la première édition française parue chez Plon en 1950.. Anne Soulé a bien voulu se charger de ce travail difficile et ingrat avec un soin digne de tous les éloges, et a pu de la sorte rétablir, à partir de l'édition allemande définitive, un certain nombre de passages qui ne figuraient sans doute pas dans l'édition publiée toute de suite après la guerre et sur laquelle avait travaillé Gilberte Marchegay.. La tradition du roman utopique allemand ne s'arrête pas là.. Elle se poursuit avec trois œuvres d'Ernst Jünger qui entretiennent entre elles des rapports subtils,.. , publié en 1939,.. , paru en 1949, et enfin.. , qui sort sur la fin des années cinquante.. , qui se situe dans un temps et dans une espace indéterminés, est ce qui correspond le mieux dans cette sorte de trilogie au roman d'éducation : le héros, pétri de culture et amoureux de la nature, digne disciple de Goethe, va découvrir la violence bestiale du Grand Forestier, métaphore si transparente de Hitler qu'on s'étonne que le livre ait pu être édité sous le nazisme.. Les Abeilles de verre.. représente le volet anti-utopique du triptyque : Jünger y tourne en dérision angoissée la prétention de la technologie à mimer la nature à force d'artifices.. Mais c'est.. qui en est le grand morceau, cette histoire d'une ville inquiète, assise au bord de la Méditerranée, et que vont déchirer peu à peu des passions de toutes natures, sous couvert de politique, cette anticipation des images et des idées plutôt que des événements.. Et ici encore, sous la puissance austère et demi-secrète des Maurétaniens, grands logiciens et ingénieurs habiles, on retrouve comme un écho des Renonçants et de la Société de la Tour.. Après Jünger, je ne vois plus guère — mais c'est peut-être l'effet de mon ignorance — qu'Arno Schmidt et sa.. République des savants.. (1957) pour prolonger la tradition allemande du roman utopique.. Ici, l'intention satirique est claire : l'Europe, détruite par une guerre nucléaire, a pris la précaution d'embarquer auparavant ses savants, penseurs et artistes les plus importants, sur une île à hélice.. Ils s'entre-déchirent.. Herbert Franke, avec.. la Cage aux orchidées.. (1961) et.. Zone zéro.. (1970) établit définitivement la liaison avec la Science-Fiction contemporaine.. Sans doute convient-il d'associer à cette tradition l'œuvre de Franz Kafka, hantée elle aussi par le thème de la formation et de la déformation de l'Homme et par celui de l'utopie.. Qui contesterait que.. l'Amérique.. le Château.. sont à la fois descriptions d'itinéraires, d'apprentissages impossibles et voués à l'échec, et élaborations d'anti-utopies ? Bien que je n'aie vu nulle part Kafka rangé au nombre des utopistes modernes, le caractère à la fois rigoureux et clos, sinon obsessionnel, de son univers conduit à proposer ce rapprochement qui mériterait en soi une étude.. Ainsi, la littérature utopique de langue allemande, qui ne peut pas être validement distinguée de ce que l'on nomme aujourd'hui Science-Fiction, s'établit-elle par sa qualité, à mes yeux, au sommet de ce domaine.. Elle en représente, certes, un rameau apparemment autonome, voire isolé, mais qu'il est d'autant plus intéressant de rétablir dans ce “jeu des perles de verre” universel qu'est très exactement la littérature conjecturale de tous les temps.. Et la prise en compte des œuvres précitées, ainsi que de quelques autres comme celles d'Italo Calvino, devrait désormais empêcher de prétendre, comme on le voit encore aujourd'hui sous des plumes d'ordinaire mieux inspirées, telle celle d'Ursula K.. Le Guin, que cette littérature n'a jamais produit d'œuvres majeures, dignes de défier le temps.. En réalité, du niveau artistique le plus sommaire jusqu'à l'expression culturelle la plus raffinée, la gamme est complète.. On peut, certes l'ignorer ; on ne peut plus le nier.. À ce point, une question se pose.. Si la littérature allemande est si riche d'œuvres exceptionnelles et souvent monumentales dans les domaines du roman de formation et du roman utopique, richesse dont on pourrait trouver quelques équivalents dans la littérature anglaise, pourquoi n'en est-il pas de même dans la littérature française ? S'il a bien existé de grands utopistes français sur la fin du.. siècle et au début du.. , ils n'ont guère adopté, du moins avec bonheur, la forme romanesque.. Au.. siècle, si quelques écrivains notoires, comme André Maurois, ont tâté de la fantaisie scientifique, ils n'ont rien produit qui puisse se comparer aux œuvres précitées.. Il ne sert à rien d'évoquer ici la spécificité d'un peuple ou d'une culture ou encore de s'en remettre à l'influence de Goethe.. De même, le roman d'éducation est en deçà du Rhin pareillement négligé.. Le romanesque français s'est surtout développé dans la sphère psychologique — la restreignant le plus souvent à la seule description de la vie amoureuse — et dans la sphère sociale, mais sans jamais proposer d'alternative à la réalité passée ou immédiate.. L'Homme idéal, à quoi tend la formation, et l'imaginaire en sont presque complètement exclus, que ce soit dans l'illustration ou dans la satire.. Et il faut remonter à Rabelais pour découvrir une grande œuvre où se rejoignent précisément les soucis de l'éducation et ceux de la réformation du monde social.. J'avancerai ici que les deux idées d'une redéfinition de l'éducation et d'une recherche d'un monde idéal, qui ne répondent et se complètent, ont été exclues fort anciennement de la littérature française parce que considérées comme subversives.. Après tout, c'est à un Suisse que nous devons l'.. Émile.. En effet, depuis le.. siècle, la culture française est installée dans deux certitudes : celle de la perfection du système éducatif légué par les jésuites ; et celle de l'intangibilité des principes fondamentaux de la vie publique, même si les versions qui en furent successivement données diffèrent quelque peu.. Marivaux, l'un de nos rares grands utopistes, n'a rien pu y faire.. Ces deux certitudes procèdent, au fond, d'une même source : une conception théocratique, facilement laïcisée par le détour de l'absolutisme, du monde.. Là où l'on croit savoir de manière irréfutable, procédant de l'ordre même de l'univers, comment il convient d'éduquer ses enfants et de se voir gouverné, il n'y a plus de place pour la recherche, la spéculation, l'expérimentation, fussent-elles purement mentales.. C'est aux rares moments de l'histoire française où ces certitudes vacillent sous l'effet des affrontements de classes et des péripéties politiques, juste avant la Révolution puis sous la Restauration, que fleurissent les utopies.. Mais bientôt l'appétit de l'ordre, aiguisé par la crainte du désordre, dévore le nouveau et se fait resservir de l'ancien nappé d'une sauce à la mode, bien trop tôt pour que l'expression artistique et spécifiquement romanesque, toujours lente à s'émouvoir, ait le temps de s'affranchir.. Sur ce terrain, la très grande stabilité des institutions culturelles et administratives de la France, transmises sans grand délai d'un régime à l'autre, a continûment et comme inconsciemment étouffé dans l'œuf toute velléité d'excursion.. Si bien que la seule modalité pédagogique et politique de la littérature dans notre pays est la contestation de l'ordre établi et la célébration un peu sempiternelle de sa mort prochaine.. Au lieu de quoi l'Allemagne des Principautés, des Duchés, des Évêchés et des Électorats des.. siècles, et jusqu'à l'Allemagne contemporaine, représente un véritable creuset, un laboratoire où s'effectuent concurremment une multitude d'expériences, quelquefois redoutables.. Pas d'unité, pas de pouvoir central, pas de certitude.. Pas de système d'éducation éprouvé et unifié.. Ici, la baguette prussienne, là le libéralisme rhénan.. Ici les despotes éclairés, ailleurs des villes hanséatiques et des municipalités bourgeoises.. Pas même de religion d'État, mais une mosaïque de religions officielles et tolérant par force bien des dérogations.. D'où la quête difficile de la meilleure voie vers l'épanouissement personnel et l'organisation idéale de la cité, la recherche même de Goethe.. D'où aussi une certaine vulnérabilité aux messages d'absolu venus de France au.. siècle, d'Angleterre au.. , d'Amérique et d'un certain caporal autrichien au.. En ce sens, et en y mettant un grain de sel, l'Allemagne est une éternelle adolescente, inquiète de son identité, de son épanouissement futur, et d'idéaux utopiques, comme sont tous les adolescents.. La pluralité austro-hongroise vient exagérer jusqu'à l'exaspération ces traits.. Mais que d'inventions dans la seule ville de Vienne ! Il est jusqu'au vague et au flou que l'on reproche si volontiers en France aux écrivains allemands, tout particulièrement aux romantiques, qui portent la marque de l'incertitude sur soi plutôt que de l'imprécision.. Et dans le domaine de la science, il y a, derrière la complexité, la lourdeur, voire la confusion germaniques que dénoncent si volontiers les Français, la recherche tâtonnante — celle de Marx, de Nietzsche, de Freud et de tant d'autres —, de ceux qui n'ont pas sur les lèvres la réponse toute faite qui barre la route à l'investigation et à l'invention.. L'Allemagne, ce sont les années de voyage, en un mot l'errance qui ne conduit pas nécessairement à l'aberration.. De l'errance, culturelle et géographique, Franz Werfel est presque le symbole.. Né à Prague en 1890 où il sera remarqué par Max Brod, l'ami de Kafka, il s'installe en 1911 à Hambourg, en 1912 à Leipzig, en 1917 à Vienne qu'il doit quitter après l'Anschluß pour le Midi de la France, puis Lourdes, et parvient enfin à fuir le nazisme aux États-Unis où il demeure en Californie jusqu'à sa mort, en 1945.. Écrivain, il produit des poèmes, des essais, des pièces de théâtre, des romans.. Brillant helléniste, il traduit et adapte Euripide.. Né juif, il s'intéresse très tôt au catholicisme auquel il finira par presque se convertir.. Ainsi Werfel porte-t-il en lui les traits des contradictions mêmes de la culture allemande.. Et ce dernier livre.. , écrit alors que jeune encore il était sans le savoir au seuil de la mort, témoigne de cette complexité en même temps qu'il représente un poignant effort pour l'unifier sans l'appauvrir.. Ici se rencontrent l'avenir et la mort, dans un commerce que certains pourraient qualifier de prémonitoire.. L'avenir, un avenir si fabuleusement éloigné de notre présent, c'est toujours la certitude de la mort personnelle, et la projection dans le futur est un moyen sans doute dérisoire mais assumé comme tel, de nier la dissolution prochaine du moi.. Mais la mort, c'est la fin de l'errance, elle aussi devancée par la sérénité qui imprègne les dernières pages de.. comme si Werfel avait voulu et avait su lui dérober le privilège de la synthèse et comme si, ce travail achevé, il avait préféré disparaître plutôt que d'affronter à nouveau les déchirements de ce voyage sans but désigné, la vie.. Il serait dommage de présenter ce livre sans dire un mot de la personne à qui il est dédié, Alma, qui fut l'une des plus belles femmes de Vienne et qui vécut avec quatre génies, Gustav Mahler, le compositeur, qu'elle épousa très jeune ; le peintre Kokoschka ; l'architecte Gropius ; et enfin Franz Werfel.. Elle entra de la sorte au panthéon de ces figures féminines exceptionnelles, presque mythiques, que furent Cosima Wagner, fille de Liszt, épouse de Hand von Bülow et maîtresse de Richard Wagner, et Lou Andreas-Salomé, l'amie de Nietzsche, de Rilke, de Freud et de Groddeck.. On dit qu'elle fit souffrir Mahler, qu'elle inspira Kokoschka.. Elle donna à Gropius une fille, Mahm, dont la mort prématurée inspira à Alban Berg le concerto.. À la mémoire d'un ange.. On sait qu'elle protégea Franz Werfel de sa fragilité et de ses hésitations, et c'est sans doute à elle que l'on doit l'achèvement de.. l'Étoile.. On raconte encore qu'elle veillait sur l'avancement du travail de Werfel qu'elle avait installé, pour le préserver de son instabilité, dans une pièce calme du premier étage ; mais que lorsqu'il l'entendait recevoir au rez-de-chaussée, à l'heure du thé, estimant sans doute avoir assez écrit pour tout le jour et poussé par la curiosité et sa sociabilité naturelle, il lui arrivait de descendre furtivement, comme un écolier pris en faute, et de venir la rejoindre.. De la théorie des couleurs, Goethe proposa une version erronée, encore que fort intéressante, et sur laquelle les travaux récents concernant la psychophysiologie de la perception des couleurs au niveau du système nerveux central jettent une nouvelle lumière.. Les expériences du docteur Edwin Land, l'inventeur du verre polarisant et du développement photographique instantané, d'autres encore de l'Américain James F.. Butterfield, assisté du docteur Berek H.. Fender, ont montré en effet que la théorie additive traditionnelle de la perception des couleurs connaissait certaines limites (deux couleurs suffiraient à reproduire la totalité du spectre) et qu'il était même possible, sous certaines conditions, de faire apparaître des couleurs subjectives à partir des seuls noir et blanc.. La théorie soustractive chère à Goethe pourrait donc bien retrouver un jour quelque actualité dans l'explication neurologique de la perception des couleurs.. On trouvera un aperçu intéressant encore que sommaire des idées de Goethe sur ce point dans l'ouvrage de Peter Tompkins et Christopher Bird,.. la Vie secrète des plantes.. , Robert Laffont, 1975, pages 108 et suivantes.. P.. , 1950.. Préface de Jacques Martin à l'édition française (Calmann-Lévy, 1955).. Denoël, 1964.. Ailleurs et demain , Robert Laffont, 1973.. Création :.. Modification :.. samedi 25 avril 2009..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/Limbo | Quarante-Deux
    Descriptive info: Bernard Wolfe :.. Livre de poche nº 7230, mars 2001.. Attention au rouleau compresseur.. L.. orsqu'on demande à un Anglo-Saxon de citer les quatre ou cinq meilleurs livres de Science-Fiction — à son avis — parus depuis la Seconde Guerre mondiale, on l'entend presque.. invariablement citer le livre de Bernard Wolfe,.. Les autres titres changent.. Mais neuf fois sur dix,.. émerge.. Et souvent en première place.. a été publié initialement aux États-Unis en 1952 par Random House.. Une année intéressante.. Celle où, sans doute par hasard, Kurt Vonnegut faisait paraître chez Charles Scribner's Sons son.. Player piano.. qui reste, vingt ans plus tard.. , l'un des ouvrages les plus actuels, les plus intelligemment prospectifs, sur les conséquences possibles, sinon probables, de l'automation.. Ceux qui professent, en France et même aux États-Unis, que l'engagement et la sensibilité aux problèmes sociaux sont, dans le domaine de la Science-Fiction, des apports spécifiques de la nouvelle vague ont dû apprendre à lire après 1952.. La traduction française de.. parut en France en 1952.. Victime d'un malentendu, elle passa pratiquement inaperçue.. Elle sortit en effet dans une collection de littérature étrangère où elle rejoignit les œuvres de Graham Greene, de Henry James et de Hans Helmut Kirst.. Les amateurs de Science-Fiction, qui sont parfois un peu polarisés, n'eurent dans leur grande majorité pas même connaissance de l'existence de ce livre.. Quant aux admirateurs de "Ce que savait Maisie" ou du "Rocher de Brighton", ils durent se noyer dans leur tasse de thé dès les premières pages.. Néanmoins, le livre atteignit quelques-uns des lecteurs auxquels il était naturellement destiné.. Une société secrète fut constituée et un serment terrible échangé, à une date qu'il m'est interdit de révéler, au cours d'une réunion mystérieuse qui se tint sous la voûte étoilée du Planétarium : les membres de la société auraient le droit de révéler oralement à quelques catéchumènes qui leur paraîtraient suffisamment initiés aux secrets de l'avenir et de la Science-Fiction l'existence de.. Le but évident des fondateurs de cette société était de rire sous cape quand ils entendraient dire de la bouche de critiques éminents que la Science-Fiction ne comptait pas un seul écrivain d'envergure.. Moyennant quoi, le livre poursuivit avec une sage lenteur sa carrière hésitante.. C'est en pleine possession de mes moyens physiques et intellectuels et en pleine conscience des risques auxquels je m'expose que j'ai décidé de rompre le sceau du secret et de briser le monopole de la société.. J'espère rendre.. , après dix-sept ans de purgatoire, aux lecteurs auxquels ce roman a été indûment soustrait.. Un mot sur un mot.. Prognose.. Le mot prognose revient fréquemment dans.. Il est l'équivalent à peu près exact du terme anglais "prognosis" qui est toutefois dans sa langue beaucoup plus usité que ne l'est prognose en français.. Le terme de prognose appartient au vocabulaire médical archaïque où il signifiait l'idée que se faisait un médecin de l'évolution probable d'une maladie.. De nos jours, on parle plutôt de pronostic.. Ce dernier terme a cependant acquis actuellement une telle connotation sportive qu'il a paru préférable de déterrer et de refourbir le mot prognose.. est en effet une très inquiétante prognose sur l'évolution de notre monde.. Cependant, pas plus qu'aucun romancier de Science-Fiction, Bernard Wolfe ne peut prétendre — et ne prétend — écrire à l'avance l'histoire de l'avenir.. Les événements qu'il décrit se déroulent en 1990.. Ils sont postérieurs à une troisième guerre mondiale qui fait rage en 1972.. Au moment où j'écris ces lignes, il y a peu de chance pour que cette guerre éclate à temps pour donner à la prévision supposée de Bernard Wolfe un commencement de justification.. D'autres détails de moindre importance se sont également trouvés infirmés par le cours réel des événements.. Wolfe accorde par exemple une très large place à une technique neurochirurgicale, la lobotomie préfrontale, sur laquelle on fondait de grandes espérances au début des années cinquante pour le traitement des agités et des grands anxieux.. Cette technique qui revient purement et simplement à mutiler irréversiblement un patient d'une partie de ses centres cérébraux supérieurs a été presque complètement abandonnée avant même la fin de la décennie.. Peut-être parce que certains la dénonçaient comme criminelle.. Beaucoup plus sûrement parce que ses résultats demeuraient incertains et qu'elle a été rendue complètement caduque par la découverte puis la multiplication des neuroleptiques de synthèse.. Le chlorpromazine a remplacé le bistouri.. Il est d'ailleurs intéressant de savoir que ce produit, préparé en 1951, a été souvent défini comme assurant une lobotomie pharmacologique et que son emploi a très vite, dans de tristes circonstances, largement dépassé le cadre strictement psychiatrique.. En bref, si Bernard Wolfe a commis une erreur bien excusable sur le choix de la technique, il ne s'est pas trompé sur le champ de son exercice.. Il en va de même pour de nombreux aspects de son livre.. Si bien que si.. a subi —  ...   tous les ouvrages fondamentalement réactionnaires,.. est un livre faux parce qu'il se situe à côté de la vraie question.. Quoique des millions de gens, de par le globe, persistent à penser que nous sommes menacés par.. , et par la déshumanisation dans la suavité technologique, il est parfaitement clair que nous ne risquons dans aucun avenir humainement prévisible de pâtir d'un excès d'harmonie.. À lire simplement les journaux, il semblerait plutôt que les contradictions s'exagèrent, que les projets utopiques les mieux enracinés dans le passé s'étiolent ou s'auto-ajournent avec ponctualité.. Plutôt que par un ordre étouffant, nous sommes assaillis par un désordre envahissant auquel contribuent pour leur modeste part les mainteneurs professionnels de l'ordre par ailleurs habiles à se parer des vertus des bâtisseurs d'utopies.. Et si la réalisation de l'utopie signifie la fin de l'Histoire, elle semble avoir quelque chance d'être devancée par une conclusion plus brutale.. Bien loin d'être une anti-utopie,.. serait plutôt une anti-anti-utopie, sans que cette accumulation des négations nous ramène aucunement à l'utopie.. Bernard Wolfe croit d'autant moins que nous sommes menacés par la réalisation d'une utopie, quelle qu'elle soit, qu'il indique clairement qu'aucun projet utopique n'a de chance d'aboutir, au moins dans le futur proche, et plus précisément encore, que toute idéologie qui porte en elle les germes d'une utopie se trouve détournée en cours de route.. Le livre de Wolfe est dirigé en grande partie contre les idéologies qui se parent indûment des couleurs de la raison et de la science et qui se révèlent bientôt comme fondées sur l'ignorance, le préjugé ou le malentendu.. Si les bonnes intentions sont dangereuses, pour Bernard Wolfe, ce n'est pas en raison des objectifs qu'elles visent puisqu'ils ne seront jamais atteints, mais simplement parce qu'elles existent, parce qu'elles conduisent à mettre en œuvre des moyens qui obéissent ensuite à leur propre dynamique sans aucun égard aux nobles projets ou même au simple sens de l'humour des Pères Fondateurs.. ramène l'intention utopique, et par suite l'anti-utopie, au niveau de la farce.. Farce terrifiante dont les acteurs ou les victimes ne prennent conscience qu'un peu trop tard pour en rire, mais farce tout de même.. En un sens,.. est un des rares livres — peut-être le seul — qui étende l'humour noir au domaine sociologique, et qui lui donne une dimension planétaire.. Je ne connais guère que l'admirable film de Stanley Kubrick,.. Docteur Folamour.. , qui puisse lui faire pendant sur ce terrain.. me paraît pour cette raison à la fois plus subtil et plus pessimiste que le justement célèbre.. de George Orwell.. fait référence à une crise historique particulière, le stalinisme, dont il dénonce et redoute la perpétuation et l'extension dans l'avenir.. Il décrit la lutte inégale entre deux valeurs humaines menacées d'abolition et un Pouvoir supérieurement efficace conscient de vouloir et de pouvoir cette abolition.. En un sens, Orwell égale Big Brother à un dieu malveillant et jaloux.. Wolfe, pour sa part, renvoie les dieux humains au dérisoire : leurs contradictions internes les détruiront plus sûrement et plus rapidement qu'aucune révolte au nom de l'humain.. Au messianisme négatif de Big Brother, Bernard Wolfe oppose l'absurdité et finalement l'inefficacité de tout messianisme.. Mais reste-t-il alors une chance aux êtres humains, aux valeurs qu'ils produisent dans leur vie quotidienne ? Pour Orwell, la réponse est claire : si le Big Brotherisme est une erreur historique qui abolit les valeurs humaines, c'est que ces valeurs ont une réalité ; et cette erreur peut être évitée.. Pour Wolfe, les choses sont beaucoup moins nettes : il n'est pas sûr que les hommes puissent sortir de l'enchaînement de leurs erreurs.. Orwell propose comme ennemi à l'homme une idéologie, sans beaucoup s'inquiéter des circonstances historiques de son apparition puis de son succès.. Il la donne comme extérieure à l'homme, en tout cas à la plupart des hommes qu'elle broie et qui sont donc innocents.. Wolfe s'attache au contraire à montrer que les idéologies sont les produits de situations historiques, les effets secondaires des activités des hommes eux-mêmes, et aussi les expressions de leurs tendances profondes comme l'agressivité qui s'affirme notamment dans l'usage inconsidéré de la machine, du rouleau compresseur.. Les hommes ont-ils dès lors la possibilité d'entraver la marche du rouleur compresseur sans lancer contre lui un autre rouleau compresseur qui ne fera que prendre sa relève ? La science et la technique étant neutres, les hommes trouveront-ils le moyen de se maîtriser eux-mêmes suffisamment pour parvenir à contrôler leur usage ? Et à temps ?.. Peut-être.. En 1952, Bernard Wolfe semblait vouloir entrebâiller une porte sur un espoir ténu.. Il est permis de douter, en 1972, que l'île des Mandunji, promesse d'un recommencement, ait échappé au rouleur compresseur.. La prognose n'est pas fameuse.. le Pianiste déchaîné.. , Casterman, 1975.. Cette préface provient de la réédition de.. dans la collection "Ailleurs et demain/classiques", 1972.. mardi 27 mars 2001 —.. mardi 27 mars 2001..

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  • Title: ´le Livre du long soleil´ par Gene Wolfe | Quarante-Deux/Préfaces de Gérard Klein
    Descriptive info: fr/Pa.. le Livre du long soleil.. Gene Wolfe :.. the Book of the long sun.. , 1993-1996).. , 2010.. [ 3 ].. La fin du monde, thème éminemment eschatologique, a inspiré bien des romans de Science-Fiction.. Il y a certes toutes les catastrophes imaginables que J.. G.. Ballard a illustrées de bien des façons en attendant celle, plus dérisoire, qu'on nous promet pour demain, c'est-à-dire pour le 21 décembre 2012.. Il y a aussi, plus lente à venir, celle de la fin de notre soleil et de son cortège de planètes.. Agonisant, le Soleil, trop petit pour devenir une nova, passera dans quelques quatre milliards d'années par le stade de géante rouge, engloutira toutes les planètes au moins jusqu'à l'orbite de Jupiter puis se racrapotera jusqu'à devenir une naine blanche à défaut d'avoir l'ambition ou la taille d'atteindre l'état d'étoile à neutrons ou de trou noir.. Mais dès avant, comme sa température et son rayonnement croissent régulièrement, il sera très inconfortable, dans un milliard d'années déjà, de se promener à la surface d'une Terre dont la température moyenne sera de l'ordre de 70°.. C'est un détail que négligent la plupart des auteurs adeptes de la fin des temps.. L'un des plus inspirés à avoir imaginé cette Terre de la fin des temps a probablement été Jack Vance dans sa série de nouvelles et de romans consacrés à.. la Terre mourante.. entre 1950 et 1984 et dont le principal héros est Cugel l'astucieux, mage s'il en fut jamais.. Quoiqu'il ait été devancé, mais avec une problématique différente, entre autres par Olaf Stapledon et John W.. Campbell, Jr.. La plupart de ces croque-morts de notre soleil imaginent une agonie paisible sur le modèle de celui d'un feu dans une cheminée.. La lumière de notre étoile vire au rouge tandis qu'elle se refroidit, et la Terre gèle peu à peu.. C'est l'image qu'en donne William H.. Hodgson dans.. le Pays de la nuit.. (1912) où il envisage l'extinction du soleil.. On sait que ce n'est plus un scénario vraisemblable.. Bien avant que le Soleil ne devienne une géante rouge, il sera de plus en plus brillant et il a déjà commencé :.. « Il gagnera environ dix pour cent de luminosité par milliards d'années au rythme actuel.. À l'échelle géologique, l'atmosphère se réchauffera, la haute atmosphère deviendra plus humide, et le suintement d'hydrogène gonflera en un torrent de fuite.. La fuite deviendra significative d'ici un milliard d'années et, après un autre milliard d'années, les océans seront asséchés.. La planète bleue sera alors un désert où ne subsisteront que quelques traces d'eau aux pôles.. Encore deux milliards d'années, et toute l'eau se sera évaporée.. La Terre sera alors un enfer aussi stérile que Vénus.. À moins que bien avant nous n'ayons précipité le processus à travers l'effet de serre.. C'est J.. -H.. Rosny aîné qui, dans.. la Mort de la Terre.. (1910), s'est approché le plus de ce destin funeste en décrivant une Terre où l'eau devient si rare que l'espèce humaine disparaît, remplacée par des ferromagnétaux qui n'ont pas besoin de ce liquide.. Mais là ce sont les humains eux-mêmes qui ont surexploité les ressources hydriques de leur monde jusqu'à les épuiser.. De tous les auteurs qui ont parié sur l'extinction des feux, l'un des plus talentueux et surtout celui qui s'y est le plus longuement engagé demeure Gene Wolfe.. Dans une longue série de douze romans et d'au moins quatre nouvelles, composée de plusieurs cycles, il traite de la fin d'un monde et non de la fin du monde, évitant la tentation eschatologique pour des raisons religieuses qui colorent d'autres aspects de son œuvre.. Ce cycle de cycles tient une grande place dans l'œuvre d'un écrivain prolifique mais de grande qualité, maintes fois couronné par des prix mais jamais par le Hugo.. Certains commentateurs ont rapproché telle ou telle partie de cette série de la.. Quoiqu'on pense par ailleurs de cette espèce littéraire, il n'en est rien.. Gene Wolfe situe ses actions dans un avenir très lointain, dans l'espace interstellaire et sur d'autres planètes tournant autour d'un autre soleil, mais il n'y est jamais question de pouvoirs magiques ou surnaturels ni de rien de ce qui fait l'agrément ou l'inconvénient de la.. , elfes, ogres, nains, orcs, dragons, magiciens et sorcières.. Y figurent en revanche des robots, des androïdes (les bios), des machines redoutables et des astronefs de modèles variés.. L'ordre social, au demeurant variable selon les cycles, n'a rien non plus de néo-médiéval style Viollet-le-Duc (dans le meilleur des cas).. Lorsque certains personnages ont l'impression et la croyance d'avoir affaire à des dieux, il s'agit d'une mésinterprétation d'une technologie partiellement oubliée.. Le rapprochement par comparaison peut toutefois être tenté dans une certaine mesure avec le cycle de.. Majipoor.. de Robert Silverberg qui, bien que relevant formellement de la Science-Fiction (planète géante, extraterrestres, pouvoirs parapsychologiques), emprunte délibérément à la.. , dans l'intention de toucher le public le plus large, certains éléments de décor et ressorts de l'action (ordre politique complexe mais de nature féodale, conflits entre héritiers du trône, intervention de magiciens).. On notera en passant que la série de.. comprend un premier cycle de trois titres,.. le Château de lord Valentin.. Chroniques de Majipoor.. Valentin de Majipoor.. , composé entre 1979 et 1983 et donc contemporain de celui de Gene Wolfe.. Après une longue pause, comme on le verra pour Gene Wolfe, Silverberg complète en 1995 son exploration de Majipoor d'un intermède,.. les Montagnes de Majipoor.. , puis d'un second cycle de trois titres à nouveau,.. les Sorciers de Majipoor.. Prestimion le Coronal.. le Roi des Rêves.. entre 1997 et 2001.. Gene Wolfe, pour sa part, répartit le cycle des soleils en trois parties,.. le Livre du nouveau soleil.. le Livre du court soleil.. Selon certaines interprétations, le premier volet du cycle des cycles de la fin d'un monde serait.. la Cinquième tête de Cerbère.. (1972).. Cette œuvre énigmatique, riche et complexe, est composée de trois nouvelles fortement liées entre elles.. L'action se situe sur deux planètes jumelles, Sainte-Anne et Sainte-Croix, distantes de la Terre d'environ vingt années-lumière, jadis colonisées par des Français qui ont apparemment exterminé une espèce intelligente quoique relativement primitive.. Mais ses représentants font un retour sans qu'on sache exactement si ces changeformes ont effectivement survécu et pris la place de colons ou si leur possible réapparition correspond à une manifestation de la culpabilité culturelle des envahisseurs.. En dehors de l'idée que, dans un avenir indéterminé mais bien éloigné de la mort du Soleil, des Terriens ont franchi l'espace interstellaire et peuplé d'autres mondes, je n'ai jamais été complètement convaincu de l'appartenance de cet étrange roman au cycle des cycles.. Disons qu'il s'agit d'un prologue qui marque l'originalité presque expérimentale de la prose de Gene Wolfe par rapport aux conventions qui régissaient alors la Science-Fiction.. Le cycle des cycles, le cycle des soleils, ne débute  ...   miroirs mais est encore chargé d'enseigner leur existence et la nécessité de leur obéir, ressent l'appel de l'Autre Dieu qui ne se manifeste jamais mais qui serait incomparablement plus puissant que les dieux des miroirs et qui relève d'une tradition plus ancienne que le.. On observe là en quelque sorte l'opposition entre un polythéisme actif et un monothéisme enfoui.. J'aurai l'occasion d'y revenir.. Incidemment, le rôle d'Organsin en tant que transmetteur et interprète d'un enseignement à la fois pratique et religieux témoigne d'une conception d'un des rôles de la religion : perpétuer au fil des générations, au besoin au moyen de la superstition, un savoir même incomplet sur le fonctionnement du.. et sur la nécessaire obéissance à ses créateurs au-delà de toute compréhension immédiate.. La religion, c'est le domaine du long terme.. Mais il y a un troisième cycle : l'Exode mène à la Terre Promise.. Parvenus à proximité de leur destination, une autre étoile, les passagers du.. doivent explorer deux planètes habitables, Bleue et Verte, ainsi nommées de par leur aspect vues de l'espace.. Ils coloniseront la première qui ressemble à la Terre et s'aventureront sur la seconde, fort hostile.. Leur destin est en partie au moins relaté dans.. en trois volumes,.. On Blue's waters.. (1999),.. In Green's jungles.. (2000) et.. Return to the Whorl.. Ils racontent, pour l'essentiel, la quête de Licorne qui fut le narrateur du.. Long soleil.. et un gamin adepte d'Organsin, à la recherche de ce héros mythique sur Bleue, sur Verte et finalement sur le.. quelque peu délabré et en tout cas désaffecté.. Ce qui complique un peu les choses (et fait que l'ordre dans lequel je me suis efforcé de présenter les cycles selon une chronologie interne est probablement erroné) est que Licorne, dans sa quête, regagne un moment Teur (.. ) et rencontre le jeune Sévérian.. Si bien que ce qui est à la fin est peut-être au début.. a quitté le Système solaire longtemps avant le premier cycle et achève son voyage dans le deuxième.. C'est le retour de Licorne sur Terre dans le troisième qui décidera Sévérian à écrire son histoire et peut-être bien à sauver finalement l'Humanité en ayant recours aux Grands Galactiques.. Je vous laisse vous y retrouver.. Gene Wolfe adore construire ses œuvres comme des énigmes.. Par exemple, le choix et le statut du narrateur ne sont jamais anodins.. Dès.. , leur nature est si complexe que le lecteur ravi en devient perplexe.. Le deuxième et le troisième des cycles sont narrés par Licorne (en anglais.. Horn.. ) qui est aussi un personnage relativement mineur du deuxième si bien qu'on se demande comment il sait tout ça.. Le premier est rédigé à l'instigation de Licorne par Sévérian qui est supposé avoir une mémoire totale mais qui se trompe souvent.. Ou qui trompe son monde.. Certains personnages changent occasionnellement de nom, ce qui ne facilite pas leur repérage.. La relative obscurité des textes, le recours fréquent à des ellipses déroutantes, procédés qui ajoutent à la profondeur apparente du propos, la multiplication ou l'étrangeté des points de vue font la joie, et multiplient le nombre, des commentateurs de Gene Wolfe, et le rapprochent indubitablement de la plus exigeante littérature générale.. Il est parfois difficile de décider si Gene Wolfe en use véritablement pour des raisons esthétiques, s'il a une très mauvaise mémoire qu'il camouflerait ainsi (la mémoire, parfaite ou défaillante, voire absente, est un attribut important de certains de ses héros), s'il s'amuse sans vergogne à susciter l'incertitude de son lecteur, ou même s'il s'en fout complètement.. Le créateur a tous les droits.. Reste que le lire et s'aventurer dans ses tortueux labyrinthes est une expérience passionnante.. Mais il y a des choses plus sérieuses.. Comme on l'a déjà remarqué, il y a au moins trois thèmes récurrents chez Gene Wolfe : l'importance de la souffrance comme révélateur et facteur d'évolution voire de progrès spirituel ; le personnage du prêtre ou du clerc, en tout cas d'un médiateur entre une révélation et une collectivité ; la figure d'une femme, séductrice, pute et salvatrice.. Le sacrifice à travers la souffrance du médiateur soumis à la tentation de la chair ouvre la voie au salut, voire à la rédemption.. Il ne serait pas difficile non plus de trouver chez notre auteur des accents à la René Girard sur le meurtre du bouc émissaire, expiation inacceptable mais inévitable fondatrice du ciment collectif.. Ces thèmes semblent fortement traduire son catholicisme avoué, voire militant, qui n'est pas si courant mais pas absent non plus dans la littérature de Science-Fiction.. Ce qui explique sa fuite devant l'eschatologie, évoquée au début de cette préface.. La fin d'un monde, certes.. La Fin du Monde, elle, relève d'un autre domaine.. Voilà qui nous renverrait à un champ trop vaste pour être exploré ici, le catholicisme et l'eschatologie dans la Science-Fiction.. Il me semble toutefois impossible de ne pas évoquer au moins la trilogie de C.. S.. Lewis (certes anglican, mais l'ontologie théologique anglicane diffère peu de la catholique),.. Au-delà de la planète silencieuse.. (1938),.. Perelandra.. Cette hideuse puissance.. (1945), et l'entité Rafael Aloysius Lafferty (1914-2002) dont l'œuvre immense, trop méconnue, est en soi une Révélation.. Mort et résurrection.. C'est toute la question des fins.. Du monde, comme du reste.. par Gene Wolfe.. série], nº 31692, mars 2010.. Gene Wolfe.. Voir la reprise en deux tomes de l'intégrale chez Pygmalion en 2010-2011.. David Catling Kevin Zahnle : "Comment les planètes perdent leur atmosphère" dans.. , nº 383, septembre 2009.. Voir ma préface à.. la Mère des tempêtes.. de John Barnes.. On le trouvera dans son intégralité dans une réédition de 2006 en deux volumes chez Denoël comprenant un essai de l'auteur et des nouvelles inédites sous le titre global de.. Cette réédition reprend le texte initialement publié en français par J'ai lu entre 1994 et 1998, dans la traduction de Nathalie Serval qui avait procédé à certaines coupures à la demande de l'éditeur malgré la mention « texte intégral » portée sur les volumes.. Il ne nous a pas été possible pour des raisons de contrat de rétablir le texte dans son intégralité.. Toutefois ces coupures ont porté sur des redites dans les descriptions et les dialogues, jouant le rôle de “résumés des chapitres précédents” et ne nuisent en rien à l'intelligence du texte.. Le caractère parfois elliptique de ce dernier tient au style singulier de l'auteur.. On notera l'accent aigu de Caldé, normalement absent de l'anglais, qui fait écho à l'origine des colons de.. Whorl.. est évidemment en français le.. À ma connaissance et à ce jour, ce cycle n'a jamais été traduit en français.. Voir à son propos les chroniques de.. Pascal J.. Thomas dans.. ´le Livre du long soleil´ par Gene Wolfe, préface de Gérard Klein présentée par Quarante-Deux.. 13 avril 2012.. (première publication : mars 2010).. (création : 19 décembre 2011).. org/archives/klein/prefaces/le_Livre_du_long_soleil..

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