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    Archived pages: 1235 . Archive date: 2013-12.

  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/les Yeux électriques | Quarante-Deux
    Descriptive info: section Gérard Klein.. tout Quarante-Deux.. Sauter la navigation.. accueil.. exliibris.. pgeff.. kws.. récits.. prix.. galerie.. carnets.. photos.. Vous êtes ici :.. →.. Archives stellaires.. préfaces et postfaces.. les Yeux….. Sections.. Bozzetto.. Curval.. Klein.. Divers.. Navigation.. l'auteur.. présentation.. liste des préfaces.. Gérard Klein : préfaces et postfaces.. Lucius Shepard :.. les Yeux électriques.. Livre de poche nº 7150, octobre 1992.. Cette préface a été oubliée par le service Fabrication du Livre de poche.. Elle a paru dans le numéro 23 de.. Nous les Martiens.. en octobre 1993.. M.. ourir, c'est partir un peu.. Peut-on éviter ce départ, ou revenir de ce voyage ? C'est un sujet mythologique qui a beaucoup travaillé les auteurs de la Science-Fiction enhardis par le secours de la science et des techniques.. Qu'on en juge ! Dans cette seule collection, le thème a déjà été abordé une bonne dizaine de fois.. Dans le fameux.. Jack Barron et l'éternité.. de Norman Spinrad où l'enjeu d'un combat entre deux pouvoirs, celui de la finance et celui des media, est l'immortalité physique.. Dans.. les Croque-morts.. de David J.. Skal, une personnalité revit dans un autre corps par le truchement d'une drogue extraite de son cerveau.. Échange standard.. de Robert Sheckley, des pirates peu scrupuleux profitent d'une méthode singulière de voyage à travers l'espace pour s'emparer de corps en excellent état et prolonger indéfiniment leur être psychique.. le Monde du Fleuve.. , premier volume de la saga de Philip José Farmer,.. le Fleuve de l'éternité.. , c'est toute l'Humanité qui se réveille un beau jour du grandiose avenir, ressuscitée sur les bords d'un fleuve immense.. Et l'on pourrait multiplier les exemples en allant chercher chez Dick, Coney, Herbert, Brunner, Benford et Brin, des cas de vies exceptionnellement allongées par des procédés divers, souvent mécaniques, ou des étrangers qui ignorent notre singulière brièveté.. La proposition de Lucius Shepard est différente, et elle est aussi de loin la plus inquiétante, exprimant, qu'il l'ait cherché ou non, une caractéristique importante de son œuvre déjà abondante.. C'est que, si le docteur Ezawa parvient bien à ranimer des cadavres on ne peut plus morts dans sa clinique bien nommée Shadows, les personnalités qui habitent désormais ces corps ne sont pas celles de ceux qui les ont quittés.. Quelque chose d'inconnu a surgi d'on ne sait où et manifeste toujours des talents singuliers accompagnés d'une certaine instabilité mentale.. ----==ooOoo==----.. N'allons pas plus loin dans l'exposé du livre que vous allez lire.. Mais considérons un instant qu'il s'agit d'une bonne métaphore de ce que Lucius Shepard a entrepris dans le cadre de la Science-Fiction américaine : y faire pénétrer des thèmes et des traditions qui lui étaient radicalement étrangers.. La Science-Fiction américaine est très largement fondée sur l'héroïsation des sciences et des techniques qui ont fait le succès de ce que les politicologues appellent volontiers le Nord industrialisé par opposition au Sud pudiquement baptisé en voie de développement.. Notons en passant que la Science-Fiction britannique est singulièrement plus réservée, voire carrément pessimiste, à lire Huxley, Orwell, Ballard, Brunner, Aldiss, Keith Robert et tant d'autres, à l'exception notable d'Arthur C.. Clarke.. La française, si elle présente une homogénéité, ce dont on peut douter, balance la plupart du temps entre la méfiance à l'endroit de la technologie et son oubli pur et simple.. La proposition de Lucius Shepard est tout autre, décalée.. Il introduit dans la Science-Fiction, en respectant ses règles générales, des thèmes empruntés au folklore du Sud, plus précisément de l'Amérique Centrale et Latine qui ne se confondent pas, et de loin, puisqu'elles incluent des cultures indiennes et noires qui ne doivent rien à l'envahisseur européen, sinon l'esclavage.. Shepard aborde ces thèmes comme s'ils appartenaient à une tradition du savoir sur le monde, scientifique en quelque sorte, mais sans relation avec la culture  ...   lecteurs qui ne sont probablement pas en majorité haïtiens ou guatémaltèques, reste posée.. Mais elle n'a au fond pas beaucoup d'importance puisque d'une part il se situe sur un terrain esthétique, où il convainc à merveille par la force de son style inimitable, et non pas strictement géopolitique, et que d'autre part il œuvre dans la fiction.. Les pouvoirs de ses Panaméens ne sont ni plus ni moins vraisemblables que ceux des Grands Galactiques d'Arthur C.. Au demeurant, l'histoire violente de cette fin du.. siècle après que la Guerre Froide a cessé faute de combattants et que l'opposition entre les deux anciens blocs a perdu tout sens explicatif, lui donne en quelque sorte raison.. Ce sont, au cœur de l'Europe elle-même, de très vieux conflits, pour ainsi dire familiaux, qui ressurgissent avec la désintégration de l'Empire Soviétique.. Nul besoin que la C.. I.. A.. ou le K.. G.. B.. attisent le feu.. Ils s'entendraient plutôt pour l'étouffer de leurs pouvoirs déclinants, ce qu'ils sont bien impuissants à faire.. Ce sont d'autres forces que celles selon lesquelles nous avons été habitués à penser l'histoire jusqu'à l'écœurement qui se mettent à la faire avec autant de désordre, de cruauté et de cynisme que celles qu'elles ont, peut-être temporairement, détrônées.. Les impératifs économiques y ont moins de place que des haines ancestrales longtemps refoulées et que l'on pouvait croire effacées.. La technologie débridée du Nord, si efficace dans une guerre au fond classique comme celle qui a ruiné l'Irak, s'avère là impuissante.. La plus grande partie de l'œuvre de Lucius Shepard, à ce jour, pose aussi, du même coup, le problème des frontières de la Science-Fiction.. En mettant en scène des mythes indiens comme dans.. le Chasseur de jaguar.. (Denoël), ou haïtiens comme dans.. , abolit-il la frontière entre Fantastique moderne et Science-Fiction ? Bascule-t-il dans l'horreur ? Pure question scolastique ? Je ne le pense pas en raison même de ses techniques narratives qui sont à cent lieues de celles d'un Stephen King, d'un Peter Straub, d'un Clive Barker ou de leurs émules.. Ceux-ci exploitent les fantasmes du Nord, soit en dotant des machines d'une volonté maligne, soit en ressuscitant dans un contexte matérialiste des thèmes passablement éculés comme ceux du vampire ou du loup-garou qui ont cessé depuis longtemps d'être exotiques.. Shepard intègre les mythes sud-américains et la science occidentale dans un cadre épistémologique qui les dépasse mais qui les conduit à s'embrasser.. Il élargit le champ de la Science-Fiction, la renouvelle sans doute, mais ne se dérobe pas, du moins pour l'instant, à ses exigences.. Il travaille la matière de ce qui peut nous sembler irrationnel au premier abord pour montrer qu'il s'agit d'un autre rationnel, au moins partiellement maîtrisable.. Par là même, il introduit du refoulé social, historique, comme on dit, mais aussi de l'inconscient dans ses histoires, ce qui n'est pas le fort de la Science-Fiction américaine, vulgate freudienne dénaturée mise à part.. Les forces psychiques qu'il met en scène pour les opposer aux forces technologiques de l'Occident sont en fait des forces intra-psychiques qu'il appartient à ses héros de comprendre au moins partiellement pour les contrôler.. Ces forces intra-psychiques, celles de l'art, celle du désir, sont des forces.. pauvres.. , ou encore des forces de.. , en comparaison du déchaînement matériel des puissances du Nord.. Mais elles ne sont pas pour autant, bien au contraire, vouées à l'échec.. C'est en tout cas la leçon de l'effort désespéré, forcené, de Donnel Harrison, dans.. , pour inventer une nouvelle science issue de deux mondes et survivre.. Ou mieux, vivre enfin.. Ailleurs.. © Quarante-Deux.. — Reproduction interdite sans autorisation.. Voir les.. conditions d'utilisation.. Création :.. samedi 19 septembre 1998 —.. Modification :.. jeudi 14 janvier 1999.. Adresse du site :.. haut de page.. écrire à Quarante-Deux..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/À la fin de l'hiver | Quarante-Deux
    Descriptive info: À la fin….. Robert Silverberg :.. À la fin de l'hiver.. Livre de poche nº 7182, mars 1996.. P.. eu d'aspects de la révolution scientifique ont été aussi spectaculaires que l'approfondissement des horizons temporels.. Il y a moins de deux siècles, il était encore généralement admis dans les nations.. qui commençaient à s'industrialiser que la création du monde, habitants compris, remontait tout au plus à six ou sept mille ans.. Il y a un peu plus de cent ans, en 1886, Camille Flammarion, dans son ouvrage.. le Monde avant la création de l'homme.. , proposait un empan autrement plus ambitieux qui vaut d'être cité un peu longuement :.. « Depuis la naissance de la Terre, depuis l'époque reculée où, détachée de la nébuleuse solaire, elle exista comme planète, où elle se condensa en globe, se refroidit, se solidifia et devint habitable, tant de millions et de millions d'années se sont succédé, que l'histoire tout entière de l'humanité s'évanouit devant ce cycle immense.. Quinze ou vingt mille ans d'histoire humaine ne représentent certainement qu'une faible partie de la période géologique contemporaine.. En accordant (ce qui est un minimum) cent mille ans d'âge à l'époque actuelle, que ses caractères vitaux signalent comme étant la quatrième depuis le commencement de notre monde, et qui porte en géologie le nom d'époque quaternaire, l'âge tertiaire aurait duré trois cent mille ans, l'âge secondaire douze cent mille, et l'époque primaire plus de trois millions d'années.. C'est, au minimum, un total de quatre millions sept cent mille années depuis les origines des espèces animales et végétales relativement supérieures.. Mais ces époques avaient été précédées elles-mêmes d'un âge primordial, pendant lequel la vie naissante n'était représentée que par ses rudiments primitifs, par les espèces inférieures, algues, crustacés, mollusques, invertébrés ou vertébrés sans têtes, et cet âge primordial paraît occuper les cinquante-trois centièmes de l'épaisseur des formations géologiques, ce qui lui donnerait à l'échelle précédente cinq millions trois cent mille ans pour lui seul !.. Ces dix millions d'années du calendrier terrestre peuvent représenter l'âge de la vie.. Mais la genèse des préparatifs avait été incomparablement plus longue encore.. La période planétaire antérieure à l'apparition du premier être vivant a surpassé considérablement en durée la période de la succession des espèces.. Des expériences judicieuses conduisent à penser que pour passer de l'état liquide à l'état solide, pour se refroidir de 2000° à 200°, notre globe n'a pas demandé moins de trois cent cinquante millions d'années ! ».. Malgré le précautionneux.. minimum.. , deux fois répété, on sent bien le grand informateur scientifique, pourtant familier des chiffres astronomiques, tout ébahi encore des abysses temporelles qu'il souligne à coups de points d'exclamations.. Or il demeurait loin du compte d'aujourd'hui.. On estime en effet que notre univers est vieux d'à peu près quinze milliards d'années, valeur moyenne comprise entre les dix-huit et les douze milliards d'années que proposent des indices différents, que notre soleil a un peu plus de cinq milliards d'années, notre Terre environ 4,5 milliards d'années, et que la vie est apparue il y a au moins 3,5 milliards d'années.. (1).. Ces évaluations sont évidemment susceptibles de révisions mais elles résultent de tant de mesures convergentes qu'elles ne semblent plus pouvoir être remises radicalement en question.. Les valeurs si audacieusement citées par Flammarion ont donc été multipliées au moins par dix pour ce qui est de l'âge de la Terre et par 350 pour ce qui est de l'âge de la vie.. N'importe quel enfant sait désormais grâce à.. Jurassic Park.. que les dinosaures sont apparus il y a plus de deux cents millions d'années et qu'ils ont mystérieusement disparu il y a environ 65 millions d'années.. Les auteurs de Science-Fiction ont été parmi les premiers à saisir et à exploiter la dimension poétique de ces ordres de grandeur, à installer sur cette scène immense les péripéties d'un drame cosmique sans cesse renouvelé.. Mais l'histoire ne s'arrête pas là.. À la conception d'une évolution graduelle et lente, de l'inanimé à l'humanité, s'est substituée, surtout dans les dernières décennies, une action pleine de bruits et de fureurs, scandée par de brutales ruptures.. Les géologues et paléontologues qui avaient eu bien du mal à échapper aux cataclysmes bibliques et qui avaient fait prévaloir depuis Lyell une vision uniformitariste de l'évolution de la  ...   galactiques, l'un reptilien, l'autre mammalien, qui se seraient efforcés de faire prévaloir chacun sa conception de la vie en bombardant la planète à des moments judicieusement choisis : la disparition des dinosaures serait un génocide.. Mais cette affabulation ne rend pas compte de la régularité des extinctions de masse.. Deux hypothèses ont été avancées pour y correspondre.. Selon la première, notre soleil formerait une étoile double avec une compagne placée sur une orbite fortement elliptique.. Tous les quelques vingt-six millions d'années, cette redoutable soeur, baptisée Némésis, viendrait déranger les comètes et autres planétisimaux du Nuage d'Oort, situé à environ un quart à une demie année-lumière de notre Terre et reste abondant de la formation du système solaire.. Il précipiterait ainsi des objets de bonne taille vers l'intérieur du système, en nombre assez grand pour que quelques-uns finissent par percuter notre planète.. Tout le problème vient de ce que ce compagnon n'a pas encore été détecté et que l'accroissement rapide et considérable des moyens d'observation astronomiques rend son existence occulte de plus en plus problématique.. Selon la seconde hypothèse, c'est la traversée du plan galactique particulièrement riche en poussières et objets divers, par notre système solaire et son cortège de comètes et d'astéroïdes, qui provoquerait la même pluie meurtrière.. La périodicité du cataclysme serait alors de l'ordre de trente-trois millions d'années, ce qui ne cadre pas très bien avec la périodicité aujourd'hui inférée des extinctions de masse qui serait plutôt de l'ordre de vingt-six millions d'années.. Les deux hypothèses, qui font intervenir des comètes chassées de leurs orbites initiales, ont en commun un grand avantage logique sur celle de la collision avec un astéroïde isolé.. Celle-ci n'aurait en effet de chance d'intervenir que toutes les quelques centaines de millions d'années.. Et surtout, de telles collisions n'auraient aucune raison de se reproduire assez régulièrement : elles devraient être strictement gouvernées par les lois du hasard.. Elles présentent un autre intérêt pour les scientifiques.. Les paléontologues répugnent en effet à admettre un événement unique et brutal qui aurait exercé tous ses effets en quelques mois ou quelques années, à l'origine de la disparition des dinosaures.. La répartition des fossiles laisse à penser que cette disparition aurait pu s'étaler sur un laps de temps assez long, allant de quelques dizaines de milliers d'années à peut-être un million d'années, d'où les théories de la dégénérescence ou encore des changements climatiques graduels.. La mince discontinuité découverte par les Alvarez, père et fils, pourrait signer un événement particulièrement violent inséré dans une série plus longue de collisions.. On peut imaginer que la Terre ait été soumise régulièrement à des pluies de comètes s'étalant sur des dizaines de milliers d'années et ayant progressivement raison des espèces les plus coriaces tout en laissant subsister d'autres espèces suffisamment adaptables et opportunistes pour survivre malgré tout.. Tout cela concerne le passé.. Mais si des extinctions massives d'espèces ont bien eu lieu régulièrement dans le passé et si, en particulier, elles ont bien eu pour cause des phénomènes astronomiques, mouvements d'une étoile proche ou traversée du plan galactique, elles se reproduiront nécessairement dans l'avenir.. Après la disparition des dinosaures, les deux dernières extinctions massives ont eu lieu il y a respectivement 38 et 11,3 millions d'années.. Si l'on s'en tient à l'hypothèse Némésis, celle d'un cycle de vingt-six millions d'années, la prochaine devrait survenir dans quinze millions d'années.. Si l'on penche pour celle du plan galactique, nous bénéficions d'un répit de près de vingt-cinq millions d'années.. Nous, c'est-à-dire l'humanité.. Mais existera-t-elle encore sous une forme reconnaissable dans un avenir si éloigné ? Devra-t-elle alors passer la main après un règne bien plus bref que celui des dinosaures ? Autant de questions que seule la Science-Fiction permet d'aborder.. Dans quinze à vingt-cinq millions d'années, il y aura du grabuge dans le ciel.. Le ciel tombera littéralement sur les têtes.. Et puis la vie reprendra.. C'est ici que commence le roman de Robert Silverberg.. Notes.. Cf.. notamment.. le Livre de la vie.. , sous la direction de Stephen Jay Gould, Seuil, 1993.. Donald Goldsmith,.. Némésis, l'étoile du destin.. , Laffont, 1986, et surtout David M.. Raup,.. De l'extinction des espèces : sur les causes de la disparition des dinosaures et de quelques milliards d'autres.. , Gallimard, 1993.. Seuil, 1994.. vendredi 7 août 1998 —..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/le Château de Lord Valentin | Quarante-Deux
    Descriptive info: le Château….. le Château de Lord Valentin.. Livre de poche nº 7238, avril 2002.. L.. e cycle de Majipoor, désormais complété avec la parution du.. Roi des rêves.. , est sans doute le plus populaire de l'œuvre de Robert Silverberg qui, du reste, n'en compte pas d'autre de cette.. ampleur.. Il s'ouvre avec.. qui constitue le volume initial de la première trilogie ; elle comprend aussi.. Chroniques de Majipoor.. qui occupe une place un peu à part, et.. Valentin de Majipoor.. (4).. Puis vient une sorte d'intermède, un conte philosophique,.. les Montagnes de Majipoor.. (5).. , dont l'action se situe environ cinq cents ans avant la trilogie de Valentin.. Une nouvelle trilogie, celle de Prestimion, conclut le cycle avec.. les Sorciers de Majipoor.. (6).. Prestimion le Coronal.. (7).. et enfin.. le Roi des rêves.. (8).. Cette seconde trilogie se loge dans l'histoire de Majipoor mille ans avant celle de Valentin.. Elle explique l'apparition du quatrième pouvoir de la planète géante, le Roi des rêves, qui tient une place discrète mais inquiétante dés le premier volume.. En quelque sorte, Robert Silverberg a remonté le temps.. Il n'y a pas eu grand mal car l'histoire de Majipoor, si elle est riche en anecdotes, se montre remarquablement statique du point de vue de son évolution.. Certes traversée par des drames politiques comme ceux qui sont rapportés dans les deux trilogies, elle consacre la permanence d'institutions vieilles de milliers d'années.. La seule innovation majeure du millénaire ainsi encadré est l'instauration du pouvoir du Roi des rêves.. L'intérêt de la série est ailleurs.. Il n'a pas fallu moins de vingt et un ans à son auteur pour la boucler :.. Lord Valentin's castle.. paraît en 1980.. (9).. et.. the King of dreams.. en 2001.. Encore n'a-t-on pas recensé ici quelques nouvelles qui participent du même cycle.. Majipoor est un monde très singulier.. La surface de cette planète géante représente plusieurs dizaines de fois celle de la Terre.. Comme Silverberg est conscient que la pesanteur écraserait les humains sur un tel objet astronomique un peu ordinaire, il a imaginé une planète à peu près dépourvue de métaux et en tout cas d'un noyau dense de ferronickel, si bien que malgré sa dimension, la pesanteur y est à peu près celle de notre planète.. Silverberg ne justifie nulle part une telle composition sauf par la toute puissance de son créateur et la commodité qu'elle lui offre.. Cette caractéristique a en effet deux conséquences intéressantes.. Elle ouvre d'immenses étendues à l'imagination de l'écrivain, et celui-ci a doté Majipoor d'une flore et d'une faune exubérantes.. Jamais sans doute, dans la Science-Fiction, un auteur n'a décrit avec autant de diversité et de soin des êtres étrangers à notre expérience bassement terrestre.. De ce point de vue, Majipoor est peut-être le seul monde véritablement réaliste de toute la littérature.. La lecture du cycle entier est une expérience touristique inoubliable à laquelle l'auteur a manifestement pris plaisir.. L'onomastique a suivi.. (10).. Le talent de Robert Silverberg et de ses traducteurs a permis que ces dénominations échappent à la manie des diphtongues imprononçables.. La rareté des métaux lourds a d'autre part sérieusement entravé le progrès de la technologie sur Majipoor.. Autant dire qu'elle en est restée à son niveau de la conquête par les humains, une bonne dizaine de milliers d'années avant l'époque de Valentin.. Les machines existant à l'époque ont heureusement traversé les siècles, faisant la preuve de leur fiabilité.. Parmi elles, celles qui permettent à la Dame de l'Île du Sommeil et au Roi des rêves d'enrichir les songes des habitants de Majipoor, sous forme d'apaisements et d'encouragements pour la première, de punitions terrifiantes pour le second qui expliquent la quasi absence de criminalité sur la planète géante.. (11).. Ou encore les puissants climatiseurs qui fournissent en chaleur et air respirable le Château du Coronal, situé tout au sommet d'une montagne de quelques dizaines de kilomètres de hauteur ; sans eux, le Château serait inhabitable.. Même les flotteurs, rarissimes moyens de transport hérités des temps immémoriaux, sont remorqués par des bêtes de trait.. Autre singularité technologique, l'absence totale de moyens de communications à distance, si bien que sur cette planète géante, on s'informe par coursiers.. On n'y connaît pas non plus de satellites d'observation et, des milliers d'années après sa conquête, la topographie de Majipoor demeure largement à établir.. De même, l'auteur a procédé au total blanchiment des armes, ce qui implique que presque seules celles utilisables de taille et d'estoc ont droit de cité.. Subsistent tout de même, du temps de la colonisation première, des lanceurs d'énergie, armes de poing, qui ont furieusement l'air sorties de.. Flash Gordon.. Guy l'éclair.. pour le lecteur français).. La technologie majipoorienne s'est essentiellement orientée vers la psychologie et les forces de l'inconscient, comme en témoignent la manipulation bénéfique des rêves par la Dame et celle, punitive et préventive de crimes, par le Roi des rêves ; en bref, on communique plus aisément sur Majipoor à travers des rêves que par tout autre moyen.. Elle a aussi pris la forme mystérieuse des pouvoirs souvent douteux mais parfois néanmoins efficaces d'innombrables sorciers, en particulier sous le règne de Confalume, Coronal puis Pontife.. Majipoor était initialement habitée par des changeformes, des métamorphes, ou, dans leur langue, des Piurivars.. Après des combats furieux, ils furent refoulés par Lord Stiamot sur le continent de Zimroel.. D'autres races non-humaines sont venues de différentes planètes après la conquête de Majipoor par les Terriens, ainsi les Skandars, les Su-Suheris et les Vroons.. Quelques aperçus sur la longue histoire de Majipoor sont proposés dans les.. où un jeune page de Valentin explore les archives du Coronal et se projette dans les enregistrements intégraux de souvenirs anciens.. De toute la série, c'est mon volume préféré.. Le système politique de Majipoor est au moins aussi étrange et complexe que sa faune et sa flore.. À dominante aristocratique, il est strictement l'apanage des humains, les autres peuples de Majipoor, quoique jouissant d'un égal droit de cité, n'en participant pas.. Quatre pouvoirs s'y complètent et s'y équilibrent.. Le Coronal assume surtout un rôle fédérateur de représentation.. Vu l'immensité de la planète et sa répartition en deux continents séparés par un large océan, il faut un symbole vivant pour assurer l'unité de ses vingt milliards d'habitants.. C'est pourquoi, durant son règne, tout Coronal entreprend un Grand Périple qui lui permet de se montrer dans la plupart des régions et des grandes cités.. Il est également le garant de la justice et il lui revient de faire la guerre lorsque cela est inévitable ce qui est fort heureusement rare.. Le Pontife, afin de ne pas lui faire d'ombre, exerce son immense pouvoir sur la gigantesque administration de Majipoor depuis un Labyrinthe souterrain dont son château occupe les étages les plus profonds.. Cette administration  ...   (1970),.. le Fils de l'homme.. (15).. (1971),.. les Monades urbaines.. (16).. le Temps des changements.. (17).. l'Oreille interne.. (18).. (1972) et en dernier lieu.. Shadrak dans la fournaise.. (1976), cette liste étant loin d'être limitative.. Étrangement et fort injustement, cette prodigieuse explosion de créativité, pour reprendre l'expression de John Clute.. (19).. , qui suffirait à l'établir parmi les plus grands auteurs de Science-Fiction mais aussi, toutes catégories confondues, parmi les meilleurs écrivains américains de sa génération, n'est saluée dans le domaine de la Science-Fiction par aucun prix majeur si ce n'est un Nebula.. (20).. , ni par une reconnaissance quelconque dans celui de la littérature générale.. Avec le recul, il est permis de penser que l'œuvre de Silverberg est passée au dessus des têtes des amateurs de Science-Fiction.. (21).. , et demeurée comme à l'habitude inaperçue des critiques de littérature générale.. Peut-être aussi la tonalité des romans de Silverberg était-elle trop pessimiste et trop angoissée, trop européenne en quelque sorte, pour les lecteurs américains de cette époque, comme le note Clute.. Robert Silverberg en conçoit un dépit et même une amertume assez compréhensibles.. Pour la deuxième fois, il décide de cesser d'écrire de la Science-Fiction.. Peut-être aussi se sent-il un peu las.. Aucun humain ne peut soutenir indéfiniment le rythme qui fut le sien au début des années 1970.. Il ne reprend la plume qu'en 1980 où il publie.. Il a tenu compte de la vogue de l'.. Heroic Fantasy.. , et sans céder pour autant à la vague des imitations de Tolkien, il s'est résolu à offrir au public ce qu'apparemment celui-ci demande.. Si le succès populaire est au rendez-vous, il n'obtiendra pas pour autant le Hugo qui ira à un Gordon Dickson mineur.. Ainsi commence la troisième phase de l'œuvre de Silverberg principalement consacrée à Majipoor même s'il la ponctue de romans relevant d'une Science-Fiction plus classique, comme.. la Face des eaux.. (1991),.. les Royaumes du mur.. (1993) ou.. Ciel brûlant de minuit.. (1994).. On ne mentionnera pas ici les nombreuses nouvelles, anthologies et recueils divers que multiplie Robert Silverberg, travailleur infatigable.. Alors,.. ou non ? Cela en a la couleur et fortement l'allure médiévale bien que les conventions minimales de la Science-Fiction demeurent en principe respectées : une planète, une action logée dans l'avenir de l'humanité, un certain respect de la rationalité matérialiste, un évitement soigneux des tropes usés de la.. , manichéisme et maladie du monde.. Les crises qui surviennent sur Majipoor demeurent des crises personnelles et historiques et ne résultent pas de l'irruption d'obscures forces surnaturelles.. En fait, Silverberg a probablement pris exemple sur le non moins prolifique Jack Vance qui, dès les années 1960, s'est le plus souvent situé à la lisière des deux espèces littéraires.. Comme je me suis efforcé de le montrer ailleurs.. (22).. , de telles œuvres sciemment syncrétiques sont assez rares : à côté de Vance et de Silverberg, on ne peut guère citer que Roger Zelazny et Gene Wolfe et, dans une certaine mesure, Michael Coney.. Si l'on cherche de la.. dans l'œuvre de Silverberg, on la trouvera plus sûrement (et encore) dans sa fantaisie mythologique.. Jusqu'aux portes de la vie.. : Gilgamesh, le roi sumérien, héros de la première épopée connue, cherche du fond des Enfers à regagner le monde des vivants.. La toute relative vérité est que l'amateur exclusif de Science-Fiction peut lire le cycle de Majipoor en faisant semblant de croire qu'il s'agit encore de Science-Fiction, et que celui de.. y trouvera son content de batailles et d'aventures épiques sur fond de féalités.. Il y a même ici des dragons.. Le lecteur éclectique pour sa part saluera le tour de force d'un écrivain en pleine possession de ses moyens qui invente un monde apparemment inépuisable dans sa variété.. Si Balzac fit concurrence à l'état civil, Silverberg rivalise ici avec Linné et Humboldt.. Peut-être arrivera-t-il cependant à ce lecteur d'être un instant lassé par la répétition des conflits et des combats qui font cependant, on le sait, les délices des amateurs de.. longtemps après avoir enchanté les lecteurs de romans de chevalerie : il faut de tout pour faire un monde.. Il restera à se poser la seule véritable question.. Ayant enfin achevé, et glorieusement, le cycle de Majipoor avec.. , ayant en somme bouclé son périple autour de la planète géante et accompli sa quête du grand public, ce Graal américain, le plus divers et le plus habile des écrivains américains, encore vert, va-t-il entrer dans une quatrième phase et nous étonner une nouvelle fois ? On chuchote qu'il serait engagé dans une gigantesque entreprise uchronique.. Robert Laffont, Ailleurs et demain , 2002.. Robert Laffont, Ailleurs et demain , 1980.. Robert Laffont, Ailleurs et demain , 1983 ; le Livre de Poche nº 7073.. Robert Laffont, Ailleurs et demain , 1985 ; le Livre de Poche nº 7119.. Robert Laffont, Ailleurs et demain , 1995 ; le Livre de Poche nº 7216.. Robert Laffont, Ailleurs et demain , 1998 ; le Livre de Poche nº 7240.. Robert Laffont, Ailleurs et demain , 2000.. Encore faut-il préciser qu'une première version en avait paru fin 1979 dans.. the Magazine of Fantasy and Science Fiction.. Un ouvrage exceptionnel en est issu :.. Valentin.. , glossaire et portfolio d'après l'œuvre de Robert Silverberg, de Jean-Luc Triolo et Patrick Marcel, Andromède, non daté mais remontant probablement aux alentours de 1990.. Comme il n'a été tiré qu'à 30 exemplaires, le mien étant le nº 24, la probabilité que vous l'entrevoyiez une fois dans votre existence est à peu près nulle.. Même Bill Gates ne l'a pas dans sa bibliothèque.. Il nous reste à espérer une réédition de ce travail indispensable comportant une mise à jour qui tiendrait compte des volumes ultérieurs.. Techniquement, le bandeau qui permet au Roi des rêves de contrôler à distance les pensées des Majipooriens est fabriqué à l'époque de Prestimion par un sorcier.. Mais la technologie qu'il utilise remonte bien à la première colonisation.. Le Livre de Poche nº 7242.. Le Livre de Poche nº 7001.. Le Livre de Poche nº 7063.. À paraître au Livre de Poche.. Le Livre de Poche nº 7225.. Le Livre de Poche nº 7052.. Le Livre de Poche nº 7098.. Encyclopedia of Science Fiction.. Pour.. Il y a toutefois lieu de nuancer ce jugement si l'on considère la qualité généralement exceptionnelle des œuvres et des auteurs recevant un Hugo durant les années 1970, John Brunner (en 1969), Ursula Le Guin (deux fois), Philip José Farmer, Isaac Asimov et Arthur C.. Clarke entre autres.. Reste que les romans relativement mineurs de Clarke et d'Asimov auraient pu avantageusement laisser la place à des œuvres de Silverberg.. Voir ma préface du.. Gnome.. de Michael Coney, le Livre de Poche nº 7204.. mardi 16 juillet 2002 —.. vendredi 16 août 2002..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/l'Étoile des gitans | Quarante-Deux
    Descriptive info: l'Étoile….. l'Étoile des gitans.. Livre de poche nº 7155, avril 1993.. S.. i l'on excepte l'Atlantide, la Science-Fiction moderne fleurette assez peu avec les thèmes issus de la tradition et du passé, uchronies mises à part.. Elle les renouvelle éventuellement comme elle a.. fait du Golem en l'espèce du robot mais elle les abandonne le plus souvent au Fantastique.. C'est que ses auteurs redoutent probablement, en toute connaissance de cause, de verser du côté des “hétéroclites”, ces spéculatifs plus ou moins ingénus qui expliquent tout par n'importe quoi, les pyramides d'Égypte et les mégalithes par l'antigravitation, l'alchimie par des sciences secrètes et perdues, et les mythologies par des incursions d'extraterrestres.. Robert Silverberg a suffisamment de santé, sans parler du talent, pour s'amuser de ces pruderies.. Il aborde sans complexes dans.. un des mystères les plus persistants sinon les plus coriaces de la tradition occidentale.. Gitans, tziganes, roms, manouches, bohémiens, cinganes, Zigeuner en allemand et probablement dérivé de cigogne, oiseau éminemment migrateur, les mots de manquant pas pour désigner un peuple — mais s'agit-il bien d'un seul, du moins de nos jours — qui a toujours suscité la curiosité, souvent l'inquiétude et parfois une haine qui a conduit jusqu'à l'holocauste.. Alors qu'il ne dispose d'aucune tradition écrite, c'est toute une bibliothèque qui lui a été consacrée, le plus souvent fantasmatique et puisant ses extravagances comme l'a bien souligné Jean-Paul Clébert dans les affabulations même des gitans dont on ne sait trop s'ils brodent pour se protéger, se faire valoir à leurs propres yeux et à ceux de leurs dupes consentantes, ou par tradition culturelle.. On leur a prêté des origines égyptiennes plus ou moins reliées à celles du Tarot de Marseille dont les gitanes font usage pour dire la bonne aventure, des pouvoirs exorbitants comme celui de lire l'avenir et les pensées, de disparaître à volonté voire de traverser les murs, et des connaissances magiques.. On leur a attribué un Roi mystérieux qui fait encore de beaux titres dans la presse, des enlèvements d'enfants, un mépris assez souverain et quelquefois bien attesté de la propriété des sédentaires, et tout le romantisme de la liberté lié aux peuples vagabonds dans un monde d'installés et de contraints.. La question la plus singulière peut-être qu'ils posent est celle de la pérennité au demeurant toute relative de tribus itinérantes qui ne se sont guère fixées ni mélangées au  ...   Tarot, livre d'images, d'illettrés savants, dépourvu de l'articulation, de la continuité et de la linéarité qui fonde le livre relié.. La lecture du Tarot procède de la combinatoire et de l'aléatoire, de l'incertain, de la symbolique et du fluide et par là même de l'inquiétant en même temps que d'une tentative un peu dérisoire de maîtriser l'inquiétude de l'avenir.. Les gitans n'ont pas non plus édifié une société de la pierre : ils ne construisent pas.. De là à leur attribuer une ancienneté remontant aux origines de l'humanité, voire au delà, et à leurs traditions une primitivité essentielle, il n'y a qu'un pas, vite franchi.. Les spécialistes pensent généralement aujourd'hui qu'ils seraient probablement issus de l'Inde, au moins pour partie, chassés vers les quatorzième et quinzième siècles en vagues successives par des guerres et des troubles sociaux.. Mais à moins d'imaginer que leur nomadisme soit de la sorte relativement récent, cette explication ne fait que déplacer et reculer le mystère.. On peut s'étonner que la Science-Fiction, sensible à toutes les différences, ne leur ait pas fait la part plus belle.. On n'y trouve trace de gitans guère que dans une nouvelle publiée dans le numéro 4 de.. Fiction.. , due à William Lindsay Gresham, le Peuple du grand chariot.. Il y est déjà question, assez singulièrement, d'un peuple venu des étoiles et destiné à y retourner.. Il est impossible de dire si Silverberg l'a lu et s'en est souvenu.. Mais il souscrit ici à toutes les légendes et même en rajoute, dans un roman picaresque, truculent, inspiré et tout aussi rebondissant que les feuilletons du siècle dernier qui faisaient une si belle place aux gitans.. On soupçonne brusquement à cet aventurier de l'esprit, à ce conteur infatigable quelque affinité avec ces roms dont il se fait le barde.. Ce n'est pas la première fois qu'il jette un pont entre la Science-Fiction et des traditions plus anciennes.. Tom O'Bedlam.. , il faisait exploser le vaudou.. Dans des œuvres plus anciennes, comme.. les Profondeurs de la Terre.. , il faisait vibrer sa culture ethnologique.. Il introduit par là dans la Science-Fiction une dimension qui ne lui est pas spontanée, non pas exactement historique mais folklorique, et ressuscite dans le temps long, celui du passé lointain et celui de l'avenir profond ce qu'il convient d'appeler des subjectivités collectives de la.. diff-errance.. jeudi 14 janvier 1999 —..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/la Face des eaux | Quarante-Deux
    Descriptive info: la Face….. Livre de poche nº 7191, février 1997.. R.. obert Silverberg aime la mer, surtout quand elle est d'encre.. Bien qu'il ne soit pas, à ma connaissance, un navigateur émérite, il lui confère un rôle important dans plusieurs de ses romans.. Le Seigneur des ténèbres.. , un de ses plus beaux livres.. , échappe formellement à la Science-Fiction puisqu'il s'agit d'un roman historique mais en relève intellectuellement puisqu'il décrit un autre monde, aussi étrange qu'une autre planète, l'Afrique du 16ème siècle.. Le risque pris par Silverberg dans ce livre est de choisir un cadre historique qu'il a minutieusement étudié mais qui n'est pas celui des cours et des puissants célèbres et qui risque donc de dérouter le lecteur conformiste.. Son héros, un marin anglais, avant de remonter le cours d'un fleuve qui ne s'appelle pas encore le Congo à partir d'un pays qui ne se nomme pas encore l'Angola, vers le coeur d'un continent qui ignore encore les filets des frontières, se trouve ballotté à travers l'Atlantique.. les Déportés du cambrien.. , Silverberg laisse longuement méditer un exilé temporel sur l'estran d'un océan d'où la vie animale n'a pas encore surgi.. Dans la série des.. Majipoor.. , le Coronal Lord Valentin affrontera plusieurs fois les périls de la mer et de ses habitants splendides et redoutables dans des périples incessants entre les grandes îles ou les continents qui occupent une petite partie de la planète géante.. La Face des eaux.. vient couronner ces excursions maritimes, reprises dans nombre de nouvelles, en se situant sur un monde-océan, la planète Hydros où on ne trouve pas de terre ferme, sauf peut-être de l'autre côté d'ici (où que se trouve cet “ici”) au lieu d'un continent peut-être mythique, nommé précisément la Face des eaux.. Partout ailleurs, la mer vient border des terres, ce qui signifie qu'elle est un au-delà.. Parce qu'il est une sorte de sceptique mystique, Silverberg aime côtoyer ces lisières qui disent à la fois : « Tu n'iras pas plus loin, au moins pour l'instant, » et « ici commence le possible, l'inattendu au-delà du connu ».. Dans l'océan de l'espace, chaque planète est de même un cap avant de devenir, une fois cet océan franchi, une île.. Dans un autre roman,.. , Silverberg lance ses héros à l'assaut de la plus grande des montagnes, afin qu'ils atteignent les limites de l'atmosphère, cet océan vertical, et découvrent enfin les étoiles.. La montagne et la mer cessent ici de s'opposer pour devenir la même interface de l'inconnu.. À l'issue de chacun de ces voyages d'exploration, le mystère percé n'est jamais celui qu'on attendait.. La démystification, ou bien la démythification, ouvre la porte à des énigmes plus grandes, en un sens plus sérieuses, que celles rêvées par des ignorants inspirés ou raisonneurs.. La morale en serait qu'on ne sait jamais mais  ...   qui imprègne toute l'œuvre de Silverberg et dont l'itinéraire dramatique de presque tous les personnages parvient non sans souffrances à les dégager.. Le maître mot de leur destin est le renoncement.. Ainsi, le héros télépathe de.. doit pour entrer enfin dans la vie accepter l'évanouissement de son pouvoir.. Le prévisionniste du.. Maître du hasard.. doit admettre le déterminisme absolu du réel pour trouver la liberté.. Les primates intelligents d'.. et de.. la Reine du printemps.. doivent abandonner le mythe de leurs origines humaines pour accéder à leur vérité.. Et ainsi de suite.. Ce combat entre la nostalgie et l'appel du futur est peut-être rare dans la littérature de Science-Fiction, surtout américaine, tout orientée vers le changement que ce soit pour le célébrer ou le stigmatiser.. De ce point de vue, l'œuvre de Robert Silverberg, imprégnée profondément de culture et d'histoire, est la plus européenne de toute la Science-Fiction américaine.. Elle témoigne toujours de la difficulté d'un passage.. Il faut abandonner le vieux monde pour atteindre enfin le nouveau.. Il flotte de surcroît sur ce livre, comme il arrive chez Conrad, et chez Melville, cet autre marin atterré, comme une réminiscence de.. la Bible.. , dès le titre qui évoque la Face de l'abîme et l'Esprit de Dieu porté sur les eaux du second verset de la Genèse, et aussi dans les monstres marins qui rappellent Léviathan, Béhémoth, Rahab, le Serpent tortueux, le puissant aux sept têtes de la prophétie d'Isaïe, les dragons polycéphales du Psalmiste et aussi la bête aux dix cornes et sept têtes de.. l'Apocalypse.. de Jean de Patmos.. Jusque sur un monde lointain, les vieux accents du.. Livre.. irrémédiablement perdu trouvent un écho.. Celui d'une culture qui est devenue inconsciente mais qui porte encore le sentiment du sacré.. Mais les signes du démon se trouvent ici retournés au profit d'une sorte de panthéisme, ou plutôt d'animisme planétaire.. Car il est encore une piste à explorer à propos de ce roman, celle d'une métaphore de la vie prise entre la naissance et la mort.. Les humains sont jetés sur Hydros, littéralement depuis le ciel, sans possibilité de retour, presque nus, presque sans aucune possession.. Ils sont ensuite ballottés par les flots et par leur pulsions avec leur seule ingéniosité pour remède, comme autant d'Ulysse sans retour possible vers aucune Ithaque.. Il leur reste à espérer, au-delà de la vie séparée, une fusion qui leur assurerait une sorte d'immortalité avec la fin de la solitude.. Mais si c'était un piège ?.. Qui se perdra verra.. Récemment réédité chez Denoël.. Le Livre de Poche, nº 7063.. Le Livre de Poche, nº 7098.. Le Livre de Poche, nº 7120.. Sur ce thème et quelques autres, on aura intérêt à lire la préface de Jacques Goimard au recueil de quelques-uns des meilleurs romans de Robert Silverberg,.. Chute dans le réel.. , Omnibus, 1996..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/Jusqu'aux portes de la vie | Quarante-Deux
    Descriptive info: Jusqu'aux….. Livre de poche nº 7178, octobre 1995.. J.. usqu'aux portes de la vie.. est un roman des limbes.. En plus d'un sens.. Les limbes sont la lisière, la frange, en quelque sorte la marge, d'un monde.. Un écrivain aussi expérimenté et cultivé.. que Robert Silverberg a dû élaborer avec jubilation ce voyage aux pays des limites.. Franges de l'histoire et en particulier de l'histoire de la littérature.. Gilgamesh, principal acteur du roman, roi d'Ourouk en Sumer, fut d'abord le héros d'une épopée babylonienne, réputée la première œuvre littéraire mettant en scène un humain, et en un sens le premier roman de Science-Fiction.. Dans cette épopée d'il y a près de quatre mille ans,.. Sa nagba imuru.. , Celui qui a tout vu , rédigée en akkadien et qui fut un best-seller à en juger par le nombre des traductions de l'époque grâce auxquelles elle nous est parvenue assez complète, Gilgamesh, bouleversé par la mort de son ami, son double, Enkidou, s'engage dans une longue quête à la recherche de l'immortalité.. Son exploration le conduit à travers des régions étranges peuplées d'hommes-scorpions et d'un survivant du Déluge qui le lui raconte.. À peine a-t-il obtenu la plante de jouvence que, cédant au sommeil, il se la fait voler par un serpent.. Il lui reste à accepter son destin et la fugacité du bonheur, plein de plaisirs furtifs.. Dans un autre roman.. , Silverberg a brodé sur cette histoire qui est peut-être aussi l'ancêtre de  ...   mage et cannibale du.. Seigneur des ténèbres.. , et jusqu'à Pablo Picasso.. Ainsi évolue-t-on dans les marges de l'histoire, de la littérature, et des propres œuvres de Silverberg, démiurge ironique.. Mais.. Jusqu'aux portes de la vie.. introduit aussi aux limites des genres et à la question sur leurs valeurs centrales.. S'agit-il encore de Science-Fiction ? Oui, si l'on admet les prémisses de base, dont l'existence d'une dimension des morts, qui sont ensuite développées rationnellement jusqu'à la chute surprenante.. Mais l'incrédulité s'en trouve cependant fort mise à l'épreuve.. S'agit-il de fantastique ? Non sans doute, puisque la surnature n'y apparaît jamais et que les personnages y sont pour la plupart de robustes sceptiques plus enclins au pragmatisme et à l'expérimentation qu'au mysticisme.. Il y a bien de la magie et du surnaturel, mais ils se plient aux lois robustes d'un réel.. Ou bien de Fantasy ? Pas de traces pourtant de nains de jardin, dragons et autres enchanteurs.. La politique y est une affaire de ruse et de vigueur, pas d'oppositions manichéennes entre le Bien et le Mal, le camp du Noir et celui du Blanc.. Alors, peut-être, de rien de tout cela mais d'un domaine singulier que ce roman serait seul à occuper, une limbe des genres.. Au lecteur d'en décider et de réfléchir sur la vanité des définitions, mais aussi sur la fécondité de leurs affrontements.. Gilgamesh, roi d'Ourouk.. , l'Atalante, 1993.. Robert Laffont.. vendredi 27 novembre 1998 —.. dimanche 20 décembre 1998..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/le Livre des crânes | Quarante-Deux
    Descriptive info: le Livre….. le Livre des crânes.. Livre de poche nº 7260, avril 2004.. Chercher ce livre sur.. amazon.. fr.. e Livre des crânes.. est l'un des chefs-d'œuvre de Robert Silverberg, écrit et publié durant la période qui fut sans doute la plus féconde de son existence et qui coïncide à peu près avec les années 1970.. En quelques années, il donne.. les Masques du temps.. [1].. (1969),.. l'Homme dans le labyrinthe.. les Ailes de la nuit.. [2].. la Tour de verre.. [3].. [4].. [5].. [6].. [7].. (1972), et enfin.. (1976).. Encore ai-je négligé ici quelques titres qui ne sont pas pour autant inférieurs.. Et même si l'on tient compte du fait que certains de ces livres sont des extensions ou des montages de nouvelles antérieures, le tableau demeure impressionnant.. Malgré la variété des thèmes abordés, ces romans présentent une unité souterraine.. Bien qu'ils relèvent tous de la science-fiction, à l'exception possible du.. Livre des crânes.. (1971), ils ont en commun de faire fond sur des figures mythologiques ou bibliques.. Le Vornan des.. Masques du temps.. est une sorte d'Hermès trompeur.. L'Homme dans le labyrinthe.. renvoie à Philoctète,.. à celle de Babel,.. à une sorte d'épiphanie eschatologique,.. Shadrak.. à son homonyme biblique.. [8].. , et ainsi de suite.. Tout se passe comme si Robert Silverberg entreprenait alors d'enraciner la science-fiction dans un terreau culturel immémorial, tant grec que juif ou chrétien.. Il n'est pas le premier à le tenter mais personne sans doute ne l'a fait avec autant d'opiniâtreté ni surtout de culture.. Il cherche aussi manifestement à établir des ponts avec la littérature américaine de l'époque ou plus généralement avec la littérature de langue anglaise.. Ainsi,.. fait écho à.. Portnoy et son complexe.. (1969) d'un Philip Roth né en 1933 et donc à peine plus âgé que Silverberg né en 1935, tandis que.. représente un hommage non déguisé.. Au cœur des ténèbres.. de Joseph Conrad.. Ainsi Silverberg tente à la fois de préserver la spécificité de la science-fiction et de la réinscrire dans le dialogue permanent des littératures.. C'est une noble ambition et c'est un projet qui contient la recette de son échec.. D'un côté, en effet, les lecteurs de science-fiction dans leur majorité se soucient comme d'une guigne des autres espèces littéraires, et ils n'ont rien à faire de références qui leur échappent, leur paraissent prétentieuses ou les ennuient.. De l'autre, les amateurs de littérature générale, bien qu'ils soient supposés curieux et cultivés, n'ont guère envie de faire quelque place que ce soit à ce qu'ils désignent dédaigneusement comme une littérature “de genre”.. Autrement dit “de gare”.. Si bien que Robert Silverberg, à force de talent, de travail et même de génie, ne parvient, un peu épuisé sur la fin des années 1970, qu'à constater un double échec : aucun prix Hugo ne vient couronner l'un ou l'autre de ses chefs-d'œuvre et il ne reçoit sur toute cette période qu'un unique prix Nebula pour.. ; de la critique littéraire généraliste il n'obtient aucune reconnaissance.. Il a commis une erreur irrémédiable : parier sur l'intelligence de ses lecteurs.. [9].. Certes, en ces années-là, la concurrence est rude.. Il suffit de consulter la liste des Prix Hugo pour s'en assurer : aucun n'est médiocre bien que certains ne soutiennent pas la comparaison avec les romans contemporains de Silverberg.. Je n'aurais pas la cruauté de les citer.. De son erreur, Robert Silverberg tirera une amère leçon : il va cesser d'écrire puis donner à son public ce que celui-ci attend, un bon gros feuilleton bien ficelé et même bien écrit, empruntant habilement ses épices à la science-fiction et à la.. fantasy.. Ce sera.. (1980) qui inaugure le cycle de Majipoor.. Dans la période antérieure,.. le Livre des crânes.. occupe une place singulière.. Tous les autres romans empruntent au moins un trope à la science-fiction, voyages dans le temps, dans l'espace, robots et humanoïdes, extraterrestres, télépathie, pronostic à la Stapledon sur le lointain avenir de la post-humanité.. Le Livre des crânes.. fait exception.. Quatre garçons dans le vent, partageant le même appartement, étudiant dans la même université, partent à travers l'Amérique à la recherche du secret de la vie éternelle sur la foi d'un vieux grimoire déniché par l'un d'eux dans les réserves poussiéreuses de la bibliothèque.. L'un est riche donc différent, un autre juif, le troisième issu de l'Amérique profonde du.. Middle-West.. et le dernier est homosexuel.. Mis à part la quête de l'immortalité physique, thème plusieurs fois abordé par Silverberg autour du personnage mythique de Gilgamesh, il n'est ici question d'aucun thème propre à la science-fiction, même par allusion.. S'agit-il à travers la vie éternelle d'une incursion dans le fantastique ? Pas davantage.. Les quatre héros, tous plus ou moins agnostiques, ne se lancent dans leur quête que parce qu'ils croient à un secret physique, à une technique rigoureusement matérialiste.. La métaphysique et le surnaturel ne nagent pas dans leur tasse de thé.. Ce roman est un carrefour où se rejoignent diverses expressions du roman traditionnel dont jamais Silverberg ne s'est autant approché.. Au contraire de Philip K.. Dick qui a toujours désiré conduire une carrière “normale” d'écrivain généraliste et ne se serait rabattu sur la science-fiction que par dépit et nécessité, du moins à l'entendre, Silverberg s'il a conduit des excursions du côté du roman historique notamment.. [10].. , ne semble jamais avoir voulu rompre avec son domaine d'élection.. Pourtant, avec.. , il en semble proche.. C'est un roman d'apprentissage, de voyage automobile à travers l'immensité américaine, un.. road novel.. un peu à la façon du.. Sur la route.. (1957) de Jack Kerouac ou du.. Lolita.. (1958) de Vladimir Nabokov, toutes proportions gardées, une histoire d'étudiants qui fait un clin d'œil à J.. D.. Salinger, avec une plongée dans un passé quasi médiéval (mais peut-être beaucoup plus archaïque) à la recherche d'un livre secret qui évoque avant la lettre les promenades érudites d'un Umberto Ecco dans son polar historique,.. le Nom de la rose.. Ses portraits rapides de l'Amérique profonde annoncent les fonds de tableau sociologiques d'un Stephen King et me font penser à ces petits chefs-d'œuvre du cinéma américain que sont.. Five easy pieces.. (1970) et.. the King of Marvin Gardens.. (1972), de Bob Rafelson né lui aussi en 1935.. La multiplicité des points de vue, rare voire absente de la littérature de science-fiction, évoque l'inévitable.. Rashômon.. (1950) de Kurosawa et le.. Quatuor d'Alexandrie.. (1956-1960) de Lawrence Durrell.. Il n'y manque même pas la dimension initiatique (ou pseudo-initiatique) d'une époque fervente de.. trips.. à Katmandou.. Bref, si vous souhaitez consommer un condensé des images, valeurs et figures de style qui ont dominé les années 1950 et 1960, n'allez pas chercher ailleurs.. Silverberg jongle avec ces ingrédients et même s'il est loin de surpasser, et n'y prétend pas, les monuments cités, il n'en propose pas moins un cocktail fascinant qui n'a pas vieilli.. Il y fait preuve d'une culture sans faille, d'une virtuosité impressionnante, en même temps que de la sincérité indispensable à la crédibilité de tout écrivain, corrigée par une ironie discrète mais mordante.. La difficulté de classer ou de définir un tel roman me renvoie à une question qui m'habite souvent et dont on saisira plus loin la pertinence ici.. D'où vient le plaisir de la lecture ? Étrangement, mes recherches réitérées et ma consultation de sujets supposés savoir n'ont jamais donné aucun résultat quant à un seul texte qui entreprendrait de répondre à cette question, mis à part quelques formules à l'emporte pièce comme celle de Valéry Larbaud sur ce vice impuni, quelques contorsions de Roland Barthes ou de Philippe Sollers et quelque pots-pourris érudits de Jorge Luis Borges, qui ne font pas avancer la question.. Les psychanalystes ont multiplié de doctes analyses sur des œuvres d'écrivains mais jamais, au moins à ma connaissance, sur les affects des lecteurs sans doute jugés moins dignes de leur attention quoiqu'il soit répété ça et là que toute lecture est une création.. Freud sait pourtant combien ils écrivent et publient sans apparemment s'inquiéter de la jouissance de leurs lecteurs, que peut-être ils ne recherchent pas.. Non moins étrangement, les experts interrogés m'ont chaque fois assuré qu'il  ...   pas qu'il y aurait lieu de juger mais il s'y refuse.. Dans une perspective psychologique, le déni est un processus très archaïque qui « ne semble ni très rare, ni très dangereux dans la vie psychique de l'enfant mais qui, chez l'adulte, serait le point de départ d'une psychose.. [15].. ».. Le déni n'a donc pas très bonne presse auprès des psychanalystes puisqu'il signerait chez l'adulte la psychose : selon Freud, « alors que le névrosé commence par refouler les exigences du ça, le psychotique commence par dénier la réalité.. [16].. Or, je proposerai ici que la science-fiction et le fantastique classique, entre autres, sont des littératures du déni plus que de la transgression et donc, en un sens, des littératures à fondement psychotique.. Leurs lecteurs respectifs prennent manifestement plaisir à dénier la réalité commune en admettant provisoirement mais assez durablement pour qu'elles soient efficaces.. dans l'imaginaire.. [17].. des possibilités tout à fait inadmissibles pour le reste des mortels comme l'existence de fantômes ou d'extraterrestres.. On observera que la littérature générale, bien qu'elle soit aussi constituée de fictions et de personnages imaginaires, ne demande pas de telles acceptations.. Après tout, Emma Bovary aurait pu exister sans que personne s'en étonne.. La littérature générale est probablement névrotique mais elle n'est pas ordinairement psychotique.. Il y a sans doute un très grand plaisir à dénier au moins provisoirement des réalités aussi déplaisantes que la mort, ce qui nous rapproche du roman de Robert Silverberg.. De manière générale, du reste, il y a un grand plaisir à dénier les réalités plutôt mornes qui nous environnent et je vois là un facteur, certes trop général, du plaisir de la lecture.. On notera qu'il y a une progression, de l'identification à la transgression puis au déni, vers des couches de plus en plus archaïques du psychisme.. J'inclinerai à penser que le plaisir est d'autant plus intense qu'il est attaché à des couches plus profondes mais que les atteindre demande aussi de plus grands efforts.. Ce qui expliquerait la véritable addiction de certains lecteurs à certains genres.. Mais je ne me fais aucun souci pour nos psychotiques provisoires du moment qu'ils sachent retourner dans la réalité commune.. L'expérience m'a enseigné que le déni temporaire était un processus des plus courants et qu'il ne conduisait pas forcément à l'asile.. [18].. Mais le plus intéressant est peut-être que sur le sujet de la dissolution du sujet, les dénis du fantastique et de la science-fiction diffèrent radicalement, ce qui nous fournit de surcroît un critère de distinction.. Le fantastique, à travers les figures du fantôme, du vampire, de la momie ressuscitée et autres morts-vivants, nous propose un déni de la.. mort.. proprement dite, en tant que fin de la vie.. La science-fiction nous propose à l'occasion un déni de la.. fin.. , à travers diverses techniques supposées prolonger sans terme la vie consciente.. Pour le fantastique comme pour certaines religions, la mort est un passage vers un au-delà dont on peut revenir en ce monde tandis que pour la science-fiction, elle est une extrémité à ne jamais atteindre afin de ne pas quitter ce monde.. Il serait fastidieux de multiplier ici les exemples de dénis du sens commun dont s'alimente la science-fiction, le plus étonnant étant sans doute le déni de la causalité dans les histoires de voyages dans le temps et de paradoxes temporels, déni qui affirme en même temps respecter la logique sans laquelle on tomberait dans le délire proprement insensé, ou le fantastique.. Comme ce qui explique le plaisir permet aussi de comprendre le déplaisir, il est possible que parmi les résistances pour ainsi dire fanatiques que rencontre cette littérature chez certaines personnes, il y ait précisément une crainte inconsciente de tomber dans de tels dénis et de devoir affronter des failles psychotiques inconscientes.. [19].. On relèvera en passant la situation paradoxale de cette littérature qui fonctionne en se permettant des transgressions et des dénis localisés de la science présente alors même que c'est d'elle qu'elle s'autorise.. Mais ce paradoxe est déjà présent dans la science même qui ne progresse qu'en déniant l'autorité passée, ainsi Einstein abandonnant espace et temps absolus, et Planck renonçant à la causalité non-statistique.. Ces dénis vont bien au-delà de la simple transgression.. Ce que je veux donc souligner ici, c'est que la faculté de déni est, à mon sens, une condition primordiale de la pensée, à condition de pouvoir y aller et en revenir.. Cerise sur le gâteau ou flèche du Parthe, je qualifierai enfin la.. de simple et massif déni de la modernité.. Bien entendu, cet appel au déni n'épuise en rien la question du plaisir de la lecture qui mérite des examens bien plus approfondis.. Le secret de la vie éternelle est conservé et transmis dans.. par un ordre religieux, au demeurant peu orthodoxe.. Robert Silverberg souligne peut-être là que les religions sont les édifices culturels les plus durables de l'humanité mais aussi que la plupart d'entre elles affrontent l'angoisse commune de la mort en lui opposant un déni radical.. Bien des gens ont fait remarquer avec ironie que la plupart des croyances religieuses, si elles étaient soutenues sur la place publique par un individu en dehors de leur contexte, lui vaudrait au moins dans le monde moderne d'être tenu pour psychotique et bientôt interné, et Robert Silverberg n'est pas le dernier, notamment dans.. Il vaut ici de relever que deux des religions parmi les plus anciennes et les plus répandues, le christianisme et le bouddhisme, opposent à la mort deux dénis différents, voire antinomiques.. Le christianisme fonde le déni de la mort sur l'espoir de la résurrection des corps.. Le bouddhisme entend prévenir l'angoisse de la mort à travers le déni du désir : si en effet tout désir dérive d'une illusion, il n'y a plus lieu de craindre la perte de la vie.. Si l'on supprime le désir, il n'y a aucune raison de souhaiter une résurrection.. Et si l'on évacue la crainte de la mort, il n'y a pas davantage de raison de renoncer au désir.. Mais la pratique du déni n'est pas chose aisée sur une question aussi sensible.. La meilleure indication en serait que la répression du désir et la mort sont des obsessions dans les cultures chrétiennes, et que le désir de la dissipation des désirs peut devenir un thème non moins obsédant dans les civilisations bouddhiques.. Quelle que soit la solution retenue, le prix à payer pour obtenir la vie éternelle est élevé.. La découverte du.. vous le confirmera.. Le Livre de Poche nº 7249.. Le Livre de Poche nº 7251.. Daniel.. , 2, 49 et.. sq.. Robert Silverberg vient toutefois de recevoir en 2004 la consécration ultime qui lui manquait encore, le titre de Grand Maître de la Science-Fiction (Grand Master Award) décerné par la SFWA (Association des auteurs américains de SF).. , Robert Laffont, Denoël.. Un autre chef-d'œuvre, trop méconnu.. Bien entendu, je demeure avide de toute suggestion ou référence.. Trames et moiré s, in.. Science-fiction et psychanalyse.. , Dunod 1986.. Actes Sud, 1988.. Vocabulaire de la psychanalyse.. , Laplanche et Pontalis, PUF, 1973.. Opus cité, à l'article déni.. Dans leur.. Dictionnaire de la psychanalyse.. , Roudinesco et Plon retiennent sensiblement les mêmes définitions.. À noter qu'ils citent Guy Rosolato qui proposait dès 1967 de remplacer dans cette acception, déni par désaveu qui rend bien la double opération de la reconnaissance et de son refus.. L'usage ne l'a pas suivi.. Incidemment, je recommande à tout amateur de fantastique la lecture de l'article Télépathie de ce dernier ouvrage.. Opus cité.. Mais qu'est-ce que l'imaginaire ? Vaste question.. Je suggérerai seulement qu'il est dans le même rapport que le souvenir à la perception de la réalité et que la pathologie n'est avérée que lorsque l'imaginaire (ou le souvenir) atteint le même niveau d'intensité que la perception et la parasite dans une hallucination.. Le rapport entre la littérature et le jeu est ici manifeste.. Sur ce sujet, voir Harold Searles,.. l'Environnement non-humain.. , Gallimard, 1986, et notamment, les pages 222 et.. où l'auteur fait explicitement allusion à des textes de science-fiction.. samedi 15 mai 2004 —.. samedi 15 mai 2004..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/la Reine du printemps | Quarante-Deux
    Descriptive info: la Reine….. Livre de poche nº 7183, avril 1996.. e modèle de la fourmilière fascine depuis longtemps les esprits spéculatifs, en particulier depuis qu'il a été décrit au siècle dernier par le grand entomologiste et écrivain Jean-Henri Fabre et.. célébré par le poète belge Maurice Maeterlinck.. La fourmilière, la termitière et la ruche semblent en effet proposer à l'humanité un modèle à la fois parachevé et effrayant de l'organisation sociale, qui serait comme une préfiguration de la civilisation rationnelle à venir.. L'efficacité biologique et écologique des insectes sociaux est remarquable : elle leur permet d'assurer nourriture, reproduction et défense grâce à une division du travail et à des rôles spécialisés, comme dans les sociétés humaines.. L'individu, pour autant qu'il existe séparément, s'y consacre entièrement au bien-être et à la survie de la collectivité.. On peut même dire qu'il s'y sacrifie.. Et c'est bien ce qui est terrifiant pour le sujet humain que ni les exhortations de la morale, ni les démonstrations des idéologies ne convainquent jamais d'abdiquer tout à fait dans l'exercice de son désir personnel.. Bien entendu, la Science-Fiction a tiré un grand profit de ce modèle.. Elle a souvent vu dans l'organisation des insectes sociaux la manifestation d'une intelligence radicalement étrangère mais pouvant préfigurer l'avenir des sociétés humaines.. On rencontre des extraterrestres de ce type dans.. les Premiers hommes dans la Lune.. (1901) de H.. Wells qui n'est sans doute pas le premier ouvrage à proposer cette figure, et on retrouve dans.. le Voyageur imprudent.. (1943), de René Barjavel, une humanité future transformée en fourmilière.. Elle était du reste en bon chemin dès.. le Meilleur des mondes.. (1932) d'Aldous Huxley.. Frank Herbert, dans.. la Ruche d'Hellstrom.. (1973), décrit la mise en œuvre programmée par une secte, aux fins de sa survie, de la transformation d'humains en quasi-insectes sociaux.. D'autres romans, comme.. les Formiciens.. (1932) de Raymond de Rienzi, spéculent sur l'origine de l'organisation sociale des fourmis et avancent que l'espèce a pu connaître à l'ère secondaire une phase d'intelligence individuelle comparable à la nôtre, et un langage articulé, auxquels elle aurait renoncé par souci d'efficacité et non sans conflits au profit du sur-être social et de l'immortalité de l'espèce.. les Demi-dieux.. (1939), Gordon-Bennett propose que des fourmis géantes et intelligentes deviennent des rivales redoutables pour l'humanité.. Tout en conservant aux fourmis leur taille habituelle, Bernard Werber fait de même dans.. les Fourmis.. (1991) et.. le Jour des fourmis.. (1992).. Ce bref panorama du thème ne fait qu'effleurer un riche imaginaire aux manifestations innombrables mais qui revient presque toujours à la critique idéologique des totalitarismes, en particulier du communisme, et plus généralement des utopies sacrifiant l'individu à la gloire de l'espèce.. Un seul ouvrage, à ma connaissance, met en scène une fourmi individuelle, en quelque sorte mutante : c'est.. Spiridon le muet.. (1908) d'André Laurie, fourmi de taille humaine, chirurgien de génie que n'encombre aucune préoccupation éthique et qui représente en quelque sorte la quintessence du rationalisme scientiste.. Mais ce pathétique “Führer” formicien a lui aussi pour objectif de supplanter l'espèce humaine.. Une des raisons de la fascination qu'exerce l'efficacité collective des insectes sociaux tient à la perfection de leur organisation et de leurs constructions.. Aucun ingénieur, aucun architecte humain, dit-on non sans raison, ne serait capable de concevoir, et encore moins de construire, l'équivalent d'une termitière en résolvant les énormes problèmes globaux d'équilibre thermique et de ventilation que cela suppose entre autres.. L'invocation de l'instinct inscrit dans un programme génétique est d'un médiocre secours : d'une part, le capital génétique d'un termite est relativement limité et ne saurait contenir le plan détaillé d'une termitière ; d'autre part, il n'existe pas deux termitières rigoureusement identiques, ce qui semble exiger une extraordinaire intelligence dans l'adaptation aux situations locales ; leur édification selon les normes humaines demanderait également des capacités de planification et de communication prodigieuses.. Enfin, c'est la stabilité des formes sociales des fourmis, des termites et des abeilles qui a frappé les imaginations : elles existaient longtemps avant les dinosaures et elles subsisteront selon toute probabilité longtemps après que les humains auront disparu.. En un sens limité, les insectes sociaux sont les véritables maîtres de la Terre.. Et les insecticides n'y peuvent pas grand chose.. Les métaphysiciens et autres spéculateurs de l'imaginaire ont donc été souvent réduits à invoquer des pouvoirs proprement surhumains, notamment extrasensoriels, qui seraient dévolus aux insectes sociaux.. Les premiers ont défini la ruche comme un être collectif, point si différent dans ses spécialisations et sa structure des pluricellulaires que nous sommes.. Ce n'est sans doute pas faux  ...   temps donné plus d'allers et retours pourront y avoir été effectués.. Il sera donc plus puissamment balisé à l'odeur et donc plus attractif.. En d'autres termes, si l'on considère deux chemins, l'un court et l'autre long, et qui sont tous les deux fréquentés chacun au départ par le même nombre de fourmis, la même quantité de phéromones sera répartie sur une moindre longueur sur le chemin court et l'attraction sera plus forte.. La densité de phéromones sera évidemment moindre sur le chemin long et l'attraction moins grande.. À l'embranchement des deux chemins, les fourmis, qui n'ont pas besoin de voir plus loin que le bout de leur nez, seront plus attirées par le chemin court, plus puissamment odorant dès ses premiers centimètres, que par le chemin long.. Au bout d'un certain temps, pas très long, le chemin le plus court deviendra de la sorte irrésistiblement attirant pour toutes les fourmis.. Et chaque passage renforcera encore cette attraction.. La définition du chemin le plus économique est un phénomène émergent résultant d'un processus d'auto-organisation qui n'implique aucune carte, aucune intelligence supérieure et aucune télépathie, mais seulement la production de phéromones et que les fourmis soient attirées par elles en proportion de leur concentration.. D'une certaine manière, les fourmis ne manifestent pas plus d'intelligence qu'une goutte d'eau lorsqu'elle emprunte la ligne de plus grande pente.. Mais la définition de la meilleure trajectoire est ici progressivement affinée par une collectivité et se trouve hors de portée de tout individu isolé.. On peut supposer, bien que je n'en risquerai pas ici la démonstration, que l'ingéniosité apparente déployée dans la construction de termitières géantes, est le produit de tels phénomènes d'auto-organisation, au même titre que la croissance de tout être vivant dont le “plan” n'est pas inscrit en totalité dans les gènes.. Il suffit qu'un certain nombre de règles, relativement simples, soient inscrites dans chaque élément constitutif pour que la combinaison de ces éléments produise dans un environnement donné un résultat apparemment inédit et rigoureusement imprévisible à partir des prémisses.. On comprend que ces phénomènes retiennent l'attention de certains chercheurs de l'intelligence artificielle.. Voir le jeu de la vie et l'étude des interactions entre automates cellulaires.. Cela dit, le bon déroulement du “plan” suppose une grande sensibilité à ces règles, ou programmes, d'origine.. En d'autres termes, si simples qu'elles paraissent, il suffirait qu'elles soient assez peu différentes pour que rien ne marche.. Tout se passe comme si au travers de l'évolution, ces règles avaient été affinées pour obtenir des effets de plus en plus complexes et surtout de plus en plus efficients.. Les très nombreuses espèces d'insectes sociaux sont très stables dans le temps parce qu'elles ont “trouvé” en ce qui les concerne les “bonnes” règles ou plutôt, en termes moins anthropomorphiques et intentionnels, parce qu'elles ont à peu près atteint leur programme optimal et qu'elles ne peuvent plus s'en écarter.. Mais ces règles demeurent néanmoins assez souples, ou plutôt assez riches, pour permettre à ces espèces de survivre dans des environnements assez variés, sans quoi elles auraient disparu.. Du point de vue de la termitière, les êtres humains dépendent de beaucoup trop de règles, au demeurant souvent contradictoires, pour être réellement efficients.. Ils passent une grande partie de leur temps à explorer les chemins les plus bizarres et les plus longs, et ils semblent même avoir une certaine prédilection pour eux.. Mais s'ils sont plutôt inefficaces dans chaque environnement donné, ils sont assez efficaces lorsqu'il s'agit de survivre dans une très large gamme d'environnements.. C'est leur façon collective de s'adapter.. Ils parviennent même à pénétrer dans des environnements qui leur semblaient au départ radicalement hostiles, voire interdits, comme le fond des mers et l'espace interplanétaire.. Les produits émergents de la socialité humaine sont par exemple l'art et les mathématiques.. Sans oublier le jeu d'échecs.. C'est toute la philosophie du Peuple de Hresh, fondée sur une incoercible curiosité.. On peut donc douter que la ruche soit l'avenir de l'homme.. Les programmes de l'humanité vont à l'encontre de ce destin à moins qu'elle ne décide de les manipuler dans ce sens, ce qui serait vraiment très difficile.. Quant à savoir, sur le très long terme, quelle conduite est la plus sûre, eh bien, rira bien qui rira le dernier.. Le Livre de Poche.. Techniquement, ce ne sont pas des taupes, mais le spécialiste me pardonnera cette simplification.. Fabre avait déjà proposé cette signalisation par les odeurs dans sa description des fourmis rousses, à la suite d'une expérience ingénieuse.. Mais il ne pouvait pas dépasser le stade de la conjecture..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/les Royaumes du mur | Quarante-Deux
    Descriptive info: les Royaumes….. Livre de poche nº 7205, mars 1998.. U.. ne dimension fréquente des romans de Robert Silverberg est celle du voyage.. Non pas celle du déplacement spatial ou temporel, générateur du dépaysement qui fait le sel de la plus.. grande partie de la Science-Fiction, mais celle du voyage formateur, voire initiatique, qui constitue pour celui qui l'entreprend ou s'y trouve engagé, parfois contre son gré, une occasion de formation, un apprentissage, un passage vers la maturité.. Les auteurs de Science-Fiction privilégient souvent au contraire une problématique de l'autre lieu, ou de l'autre époque, choisissant l'Ailleurs afin d'y situer un thème dont le développement laissera leurs personnages la plupart du temps inchangés.. Le voyage ne leur est que le franchissement d'une distance, à peine mis en scène.. Il devient caricatural dans les.. space operas.. dont les protagonistes sautent comme puces enragées d'étoile en étoile, de monde en monde, dont seuls diffèrent les noms ou des attributs grossiers comme la taille, le nombre des lunes ou la couleur des soleils.. Il est habituel que la complexité d'un astre soit niée au profit d'un trait unique — planète glaciale, ou désertique, ou monde jungle — comme si sa taille même n'impliquait pas une pluralité de climats, de paysages, une diversité écologique.. Chaque planète devient une région à peine démarquée de son équivalent terrestre.. La brièveté du transit, ou son oblitération en état d'animation suspendue, annule l'énormité des distances pourtant par ailleurs soulignée, parce qu'il ne représente pour le voyageur qu'un intervalle — un temps mort — qui semble ne solliciter aucune expérience.. À l'extrême, l'instantanéité du transfert (les portes S'oeils ou les portes distrans, respectivement dans.. l'Étoile et le fouet.. de Frank Herbert et.. Hypérion.. de Dan Simmons) supprime la distance elle-même.. Il ne s'agit évidemment pas ici de railler des procédés dont certains auteurs parmi les plus fameux tirent des effets remarquables, mais de souligner ce qui les sépare d'une tradition littéraire ancienne qui fait du voyage non pas un simple intervalle et un moyen, mais une fin en soi, le temps d'une évolution intellectuelle et spirituelle.. Cette tradition met l'accent sur la transformation des personnages, de leur psychologie, de leur conception du monde et de leurs buts.. Elle est assez étrangère à la littérature française.. Il vaut de noter du reste que la société française a privilégié le roman d'éducation sentimentale, alors que les Anglais et les Allemands ont fait une place particulière au roman de formation (Bildungsroman), aux années de voyage et d'apprentissage de la vie (Wanderjahre), au point de les constituer en genre.. Il n'est guère difficile d'y voir du côté français la persistance d'une tradition aristocratique axée sur la conquête et la séduction, sur un impérialisme militant et un chauvinisme de cour, tandis que les sociétés britannique et allemande, fondées sur des conquêtes récentes et encore incertaines ou sur une grande dispersion des pouvoirs (plus de 340 états allemands avant Bismarck) sont plus attentives à l'altérité, à la diversité du monde et des hommes, et se soucient de les faire découvrir et comprendre à la jeunesse de leurs élites à travers des Grands Tours.. D'un côté.. la Princesse de Clèves.. , de l'autre.. Robinson Crusoé.. Gulliver.. Wilhelm Meister.. Et sans doute, dans une autre tradition,.. Don Quichotte.. , ce roman du voyage inutile et de l'impossible désillusion.. Sauf sous l'aspect de l'étrangement cognitif, bien décrit par Darko Suvin.. , la littérature de Science-Fiction ignore cependant le second courant presque autant que le premier : ses héros demeurent aussi inchangés, sinon impavides, devant leurs découvertes que leur modèle, le savant, qui s'efforce à l'objectivité et s'emploie à tenir distincts pratique scientifique et morale, théorie et subjectivité.. C'est dans la littérature de Fantasy que l'on peut le mieux retrouver cette idée que le voyage et ses épreuves sont sources de transformations psychologiques, de mutations intérieures.. Cependant, alors que la majorité de la Science-Fiction s'intéresse d'abord au destin d'objets, de problèmes, d'idées, d'images de la science, au dépaysement plus qu'à l'expérience intime, un écrivain comme Robert Silverberg, sans négliger les thématiques propres à la Science-Fiction, se penche aussi sur le destin intérieur de ses personnages.. Il ne leur est pas besoin d'accomplir de grands voyages à travers la galaxie pour se rencontrer enfin.. Il y suffit dans.. des océans d'une planète, et dans.. de l'ascension d'une montagne, voyage vertical de quelques kilomètres seulement qui, à travers cent épreuves, conduit vers une certaine idée des cieux, des dieux, et surtout à la découverte de soi-même, de l'étrangeté des autres, et à  ...   usages mais aussi les mœurs politiques d'autres nations, que de développer l'intelligence politique.. C'est le second grand thème sous-jacent à l'œuvre de Robert Silverberg, comme si à la question de la maturité intérieure « qui doit gouverner en moi », répondait la question « qui doit gouverner l'être social et avec quel rapport à la violence ? ».. Presque tous les romans de Robert Silverberg portent une leçon politique.. Non qu'il propose une réponse normative, bien au contraire.. Mais parce que presque tous ses héros sont confrontés à la question de la loi, de l'organisation et de l'application du pouvoir dans ses modalités les plus diverses, au point qu'il finit par s'en dégager une sorte de théorie du pouvoir et de ses relations avec le divin, qui a peu de rapport avec sa légitimité ni avec son éthique.. Aux temps premiers, ainsi qu'il est aujourd'hui convenu de nommer ceux qu'on n'ose plus dire primitifs, le pouvoir s'acquiert et se conserve par la force et aussi par le retissage sans fin des liens sociaux par la parole, qui est comme une ébauche d'un système contractuel.. Ainsi, Calandola,.. , tyran indiscuté, s'assure l'autorité à force d'exubérance cannibale, sans négliger la ruse.. À ces temps païens doivent en succéder d'autres qui font une place au divin, à un pouvoir sis hors de l'humanité mais s'imposant à l'humanité à travers son incarnation dans l'humanité.. C'est qu'en effet la conservation du pouvoir par la force ou par une oralité toujours à répéter est une tâche épuisante qui laisse peu de répit pour mieux s'organiser : le politique sature tout le temps social, tout l'espace des relations.. L'idée du divin qui s'imposerait en somme objectivement et que personne ne saurait raisonnablement contester est une invention politique géniale qui soulage le détenteur du pouvoir, et la classe dominante, d'avoir sans cesse à refaire leurs preuves et qui permet en principe l'évitement de perpétuelles luttes intestines.. Cette invention a certes quelques conséquences, comme la nécessaire opacité à maintenir entre le détenteur du pouvoir et ses administrés, qui contraste avec l'immédiateté de la relation dans les sociétés premières et qui nuit à l'écoute de la base ; et comme le pouvoir concédé à des prêtres, garants de l'authenticité du divin.. Ce rapport du souverain au divin manifeste une évolution intéressante, vers l'abstraction et l'humanisation.. Au départ, dans l'Égypte ancienne, ou dans l'Empire Chinois, et jusque dans la fiction institutionnelle japonaise, le souverain est réputé descendant direct de dieux, et donc divin lui même.. À Rome, c'est l'homme-empereur qui s'auto-divinise.. Puis le monarque humain se recommande d'un droit divin.. En plus d'un sens, la conception moderne d'un pouvoir exercé au nom du peuple souverain s'inscrit dans cette lignée, et on a vu à quelles dérives pouvait conduire la substitution formelle de la volonté du peuple au droit divin, l'un et l'autre demeurant commodément délégués au détenteur occasionnel du pouvoir temporel.. À ces assises métaphysiques de la légitimité, on peut préférer une conception contractuelle du pouvoir exercé comme une fonction nécessaire à la vie en société, et c'est évidemment la position de Robert Silverberg, auteur sceptique et pragmatique, qu'il élabore d'une manière ou d'une autre dans la plupart de ses œuvres.. Pas plus que l'autre, cette conception ne garantit un exercice démocratique, décentralisé et contradictoire du pouvoir.. C'est peut-être dans.. que Silverberg explore le mieux les rapports entre l'arbitraire et le contractuel, à travers l'analyse d'une tyrannie indispensable parce qu'elle sépare seule l'humanité du chaos.. C'est entre mille choses cette notion du contrat de pouvoir que découvre peu à peu, après les autres héros de Silverberg, Poilar Bancroche sur une planète lointaine au cours de son ascension du Mur, de sa traversée des Royaumes, dans sa montée vers le sommet qu'habitent selon la légende des dieux dispensateurs du savoir et de l'autorité, à rebours en somme de l'histoire humaine qu'il finit par rejoindre.. S'agit-il pour autant d'un voyage initiatique ? Il faut plus qu'en douter.. Il n'y a rien là-haut à quoi être initié.. Mais il y a un univers à découvrir.. Relisez attentivement les dernières pages de ce livre.. Elles nous concernent.. Sans négliger la téléportation chère aux héros de Star Trek, qui ne semble toutefois être efficace qu'à courte distance sans que la physique de cette limitation ait jamais été explicitée à ma connaissance.. Voir.. Pour une poétique de la Science-Fiction.. , Les presses de l'université du Québec, 1977.. Voir la préface du.. , de Michael Coney, Le Livre de Poche.. J'ai lu.. L'Atalante.. Denoël.. dimanche 20 décembre 1998 —..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/Shadrak dans la fournaise | Quarante-Deux
    Descriptive info: Shadrak….. Livre de poche nº 7160, octobre 1993.. hadrak, qui s'épelle aussi Chadrak, Sidrach ou Sedrac, est le nom babylonien donné à Ananias, l'un des trois enfants hébreux éduqués à la cour de Nabuchodonosor, roi de Babylone et des Chaldéens,.. en compagnie du futur prophète Daniel.. Chargés de responsabilités dans la province de Babylone après le premier succès de Daniel dans l'interprétation d'un rêve de Nabuchodonosor, ils refusèrent d'adorer la statue d'or élevée par Nabuchodonosor et furent jetés dans une fournaise de feu ardent.. Mais sur leur prière, Dieu envoya un ange avec eux et ils s'en tirèrent indemnes.. Shadrak Mordecai lui-même dans le roman de Silverberg évoque ce passage de la Bible.. Médecin du khan Gengis II Mao IV qui est Prince des Princes et Président des Présidents, maître de la Terre, et exerce depuis Oulan-Bator un pouvoir absolu sur une planète dévastée par la guerre, Shadrak peut légitimement se comparer à son homonyme.. Comme lui, il jouit jusqu'à un certain point de la confiance d'un tyran.. Comme Nabuchodonosor, Gengis Mao est un tyran relativement responsable, encore qu'imprévisible et cruel.. Il sait faire régner la paix par les moyens les plus extrêmes et contribue à panser les plaies du monde en ce début du.. xxi.. siècle.. Shadrak lui oppose un système de valeur qui n'est pas le commandement de Dieu mais le serment d'Hippocrate, l'éthique médicale.. Et il se trouve en quelque sorte jeté dans la fournaise.. Mais il n'a pas de Daniel pour lui servir de prophète.. Cet affrontement d'un pouvoir cynique mais somme toute nécessaire et d'un individu éthique mais pas jusqu'à la naïveté fournit à Robert Silverberg l'argument d'un de ses plus beaux livres bien qu'il ne soit pas l'un des plus connus.. Le pessimisme de Silverberg quant aux collectivités humaines s'y exprime pleinement : la Terre a été dévastée par des guerres aussi imbéciles que nationalistes.. « Quelle sorte de monde existerait aujourd'hui si j'étais mort il y a dix ans ? Un millier de principautés en guerre, sans aucun doute, chacune avec sa propre armée minable, sa propre législation, sa monnaie, ses passeports, ses gardes aux frontières, ses taxes douanières.. Une multitude d'aristocraties dérisoires, de seigneurs féodaux, les brigues des mécontents, de petites révolutions en permanence — le chaos, le chaos, le chaos.. » Ainsi rumine le khan.. L'humanité est ravagée par les séquelles d'une guerre biologique qui a consisté entre autres raffinements à répandre des antigènes dans l'atmosphère si bien que les sujets atteints s'auto-détruisent, victimes du pourrissement organique.. Voilà une prospective redoutablement actuelle pour un ouvrage initialement publié en 1976 et dont rien, à peu près, ne trahit la date de parution.. Mais à ce pessimisme du collectif, Silverberg oppose un optimisme raisonné de l'individu.. Pris isolément ou en tout petits groupes, les humains ont appris la responsabilité.. Shadrak en est l'illustration la plus lumineuse mais le khan n'est pas une brute sanguinaire.. Et les responsables de la sécurité eux-mêmes, autrement dit les chefs de la police, sont susceptibles d'humanité.. En revanche, certaines victimes de la folie meurtrière, impuissantes à contrôler leurs destins, se montrent égoïstes, mesquines, dangereuses.. Tout se passe comme si le fardeau de la décision lestait les humains d'une grandeur, d'une profondeur, leur interdisait le cynisme total, leur imposait l'invention d'une morale.. On retrouve ici l'une des convictions affirmées mais assez secrètes de Robert Silverberg : le pouvoir ne corrompt pas mais il affine, il sélectionne, il trempe, du moins quand il est exercé à l'épreuve des contraintes les plus sévères de la réalité.. À l'autre extrême, l'irresponsabilité induite par des systèmes collectifs automatiques use le libre arbitre, détruit le sens des responsabilités, domestique l'humain dans l'homme.. À cet égard, l'opposition est parfaite entre l'utopie concrète des.. Monades Urbaines.. , totalement déshumanisante, et les incertitudes créatrices de.. et de nombre d'autres romans de Silverberg.. Comme toujours, ce n'est pas l'épreuve de la décision elle-même qui mûrit les humains mais la perspective puis la constatation de  ...   libertarienne, celle du chacun pour soi et les moutons seront bien gardés, qu'illustrerait assez bien l'œuvre de Robert Heinlein.. C'est une morale collective par défaut.. On ne peut pas faire autrement.. D'où le pessimisme collectif signalé tout à l'heure de l'œuvre de Silverberg.. Il est assez injuste de subir les effets des décisions d'une multitude imbécile, comme le pourrissement organique, mais c'est comme ça.. La seule issue consiste à être soi-même un juste, dans la mesure de ses moyens, et à espérer qu'il y aura assez de justes pour que les décisions de tous rejoignent la loi de chacun.. Cette approche subtile et convaincante éclaire d'un jour différent le paradoxe apparent posé par l'œuvre et, pour ceux qui le connaissent, la personnalité de Robert Silverberg.. Par sa culture, sa laïcité juive, une foule de traits de ses personnages porte-parole, ses choix éthiques, Silverberg s'apparenterait de près à cette figure emblématique, l'intellectuel de gauche, du moins de centre-gauche.. Mais il exprime souvent en économie, et parfois en matière sociale, des opinions qui l'établiraient dans la fraction conservatrice (et non réactionnaire) du Parti Républicain.. Pour résoudre la contradiction, on pourrait dire qu'il a retenu la compassion idéaliste de la gauche et le réalisme social de la droite.. La plupart de ses grands personnages sont pétris de cette dualité qui les torture mais qui les fait avancer sur la voie d'une impossible sagesse.. Il est caractéristique qu'ils soient souvent médecins, savoir scientifique, technique, sacerdoce et rôle social les reconduisant sans cesse sur le fil du rasoir de la décision, de l'articulation entre sujet individuel et société.. est un roman moral mais aussi un ouvrage politique d'une envergure certaine.. Le puriste déplorera peut-être un dénouement trop parfait encore que fort bien agencé et hautement problématique.. À ce qui est passé fort près du chef-d'œuvre, il aurait souhaité une structure dramatique moins conventionnelle que celle où le héros se tire tout seul et à l'aide de ses moyens non négligeables d'une mauvais pas.. Mais peut-être ce puriste aurait-il tort.. En renonçant à cette convention finale, l'auteur serait sorti des limites d'un genre qu'il assume totalement et dont il use avec une maîtrise à peu près inégalée.. Rien de moins conventionnel en effet que le déroulement de l'action de.. , l'usage du présent, toujours délicat, une série de scènes d'exposition, apparemment tout juste juxtaposées, l'invention par Shadrak du journal du khan poussé sur la fin jusqu'à l'apparent basculement de point de vue.. (Qui est qui ? se demande-t-on, et de fait, Shadrak-khan devient une entité en deux personnes.. En imaginant le journal du khan, Shadrak devient en même temps l'image de l'écrivain qui rumine l'autre jusqu'à en faire son personnage.. ) En récupérant dans sa conclusion l'art de la convention, l'auteur démontre qu'il n'en a nul besoin, qu'il n'en est pas dupe et qu'il la respecte comme une loi d'unité.. Dans ce roman aussi, Robert Silverberg met à profit sa culture prodigieuse sans en faire étalage.. Qu'il s'agisse de médecine, de biologie, d'histoire, d'architecture, il a la touche juste qui convainc le lecteur de la vraisemblance du tableau, sans jamais l'abuser ni l'excéder.. Il excelle à extrapoler ce qu'il faut.. On a sans doute compris que.. est un de mes romans de Science-Fiction préférés et que je regrette qu'il n'ait pas obtenu tout le succès qu'il méritait, sans doute pour avoir été lu trop vite et plutôt mal.. Il est caractéristique qu'il ne soit pas même cité dans la fort complète.. Histoire de la Science-Fiction moderne.. de Jacques Sadoul.. Il occupe une place assez particulière dans l'œuvre de Silverberg, puis que ce fut, sauf erreur, le dernier qu'il écrivit avant de se taire, définitivement disait-il, dégoûté par l'accueil fait à ses recherches, mais fort heureusement pour moins de trois ans après lesquels il publia dans une veine toute différente.. le Château de Lord Valentin.. et ses suites.. Espérons que cette troisième édition française permettra de lui rendre sa place, une des premières..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/Tom O'Bedlam | Quarante-Deux
    Descriptive info: Tom….. Livre de poche nº 7222, avril 2000.. À.. toute première vue, le thème de la folie est mieux représenté dans la littérature fantastique que dans celle de Science-Fiction.. Dans la première, en effet, ou bien l'irruption de.. la surnature provoque la folie par son inquiétante étrangeté, ou bien la folie est le moyen de s'ouvrir à l'Autre Monde, de percevoir ce que les raisonnables ordinaires, en somme frappés de cécité à l'occulte, à l'irrationnel, au surréel ou à l'ultra-rationnel, ne découvriront jamais.. Des romantiques au conte de Maupassant,.. le Horla.. , et jusqu'aux surréalistes qui fréquentèrent volontiers le fantastique classique, le fou peut être un voyant.. Michel de M'Uzan, psychanalyste renommé, fait de même dans son.. Anthologie du délire.. la plus large place au fantastique.. En comparaison de quoi la Science-Fiction ferait figure de sibylle de la raison.. Elle vaticinerait sur l'avenir sans jamais s'égarer que sur les chemins de la logique.. À y regarder de plus près, la Science-Fiction fait cependant un bon usage de la folie, ou plus exactement du fou, quoiqu'un usage sans doute différent du fantastique.. En l'effleurant, je ne saurais prétendre ici que défricher un champ, encore vierge pour l'essentiel, qui attend les chercheurs.. Il existe bien quelques travaux qui l'effleurent, mais la plupart se donnent pour objet d'interpréter la Science-Fiction, ou telle de ses expressions, comme symptômes de la réalité psychique.. , voire de ses aberrations, au lieu de s'intéresser comme je tente de faire ici aux représentations de la folie dans la littérature de Science-Fiction.. L'étude de ces représentations me semble précisément pouvoir faire ressortir au-delà des symptômes imposés à des personnages, la symptomatique combien parlante d'une société et d'une époque.. Dis-moi ce que tu penses de la folie, et je te dirai qui tu es….. Robert Silverberg m'en offre l'occasion en proposant dans.. une sorte de méditation sur la folie et sur l'aliénation, individuelles et collectives.. Silverberg a souvent analysé les tremblements de l'esprit.. , il décrit un beau cas de névrose, aggravé par l'évanouissement d'un pouvoir, la télépathie.. À l'autre bout de son œuvre, dans.. Lord Prestimion.. , il met en scène une amnésie collective.. provoquée par une manipulation peut-être magique ; chez certains, le retour de ce refoulé provoque de graves troubles psychologiques.. Mais c'est dans.. qu'il pousse le plus loin son évocation du thème comme le soulignent le titre et le surnom du personnage principal.. Bedlam étant le principal asile d'aliénés de Londres au siècle dernier, tenant dans la mémoire collective anglo-saxonne à peu près la place de Charenton dans la tradition française.. Tom croit recevoir, ou bien reçoit réellement, des visions qui lui semblent venir d'un autre monde et qui l'invitent à le rejoindre par-delà l'espace interstellaire.. Ces visions finissent par envahir les rêves de plus en plus de gens qu'il a côtoyés — sa folie est-elle contagieuse ou bien est-il une sorte de passeur ? — et par déclencher un mouvement millénariste imprégné de vaudou.. C'est à la déroute de la raison, individuelle et collective, que nous fait assister ici Silverberg, mais aussi à une invasion possible par une forme de transcendance, thème qu'on retrouvera plus loin.. Le sujet de.. , qui paraît initialement aux États-Unis en 1985, fait invinciblement penser à deux affaires de sectes qui ont défrayé la chronique criminelle, celle de l'Ordre du Temple Solaire qui, entre octobre 1994 et mars 1997, a fait au moins soixante-quatorze morts en Europe et au Québec, et celle du groupe californien Heaven's Gate (Porte du Ciel).. Ces deux sectes, professant l'imminence d'un cataclysme, soutenaient qu'il était grand temps de quitter des corps voués à la putréfaction et d'aller porter un germe de vie sur une autre planète, où les âmes devaient retrouver les “corps de gloire” et donner naissance à une Humanité nouvelle, libre des vices qui souillent à présent la Terre.. La similitude est frappante avec le roman qu'on va lire, au point qu'on pourrait penser qu'il a plus ou moins inspiré les fous réels et dangereux qui ont créé et dirigé ces sectes.. Bien entendu, Robert Silverberg est totalement exempt de responsabilité dans cette dérive meurtrière, comme l'était Robert Heinlein dans l'affaire Charles Manson, supposément inspirée d'.. En terre étrangère.. puisqu'ils n'ont jamais proposé que des fictions.. Mais se dessine ici en filigrane la problématique du lien entre l'imagination créatrice et l'imaginaire pervers.. La figure emblématique qui vient aussitôt à l'esprit est celle du savant fou.. Elle renvoie d'abord à l'idée que la science elle-même est folle.. parce qu'elle contrevient à des interdits anciens portant sur les limites du savoir humain, parce qu'elle ne s'interdit pas les rêves les plus fous pour reprendre une expression usée, et surtout parce que la puissance qu'elle conférerait corromprait aussi absolument l'esprit que le pouvoir absolu corrompt la plus intransigeante vertu.. La science échapperait ou ferait échapper à la normalité de l'humain.. Personnages faustiens, le docteur Moreau, de Wells, et son homologue, le docteur Lerne, de Maurice Renard, entendent ne pas poser de limites à leurs entreprises simplement parce qu'elles sont possibles.. Il n'est pas certain qu'ils soient cliniquement dérangés, mais ils sont moralement aliénés.. Mais il arrive que le savant soit fou préalablement, ou en quelque sorte indépendamment, et qu'il mette sa science au service de son appétit de vengeance ou de sa jalousie professionnelle, voire sentimentale.. Ignoré à raison de son génie, dépouillé de sa découverte par un confrère moins inspiré ou par la société inquiète ou cupide, rejeté par les femmes en raison de sa hideur proverbiale qui est en somme la contrepartie de son intelligence, le savant fou mijote une revanche universelle qui jettera l'Humanité à ses pieds ou plus radicalement la détruira.. Ils ont osé m'ignorer : ils vont voir de quel atome je me chauffe.. En somme, ce qui distingue ici le fou savant du fou ordinaire, c'est l'étendue de son pouvoir.. Contrairement au fou inoffensif qui se prend pour un savant, celui-là reste un savant qui se prend pour un fou dangereux.. On soulignera enfin pour mémoire le lien bien attesté par la sagesse des nations entre génie et folie.. Il me revient le souvenir d'un roman de l'entre-deux-guerres, publié sous forme de fascicule, qui met en scène un tel maniaque.. Désespéré par une déception sentimentale, il entreprend de geler la planète en fixant toute l'humidité de l'atmosphère.. , après lui avoir fait subir de moindres avanies comme un tremblement de terre.. Il est remarquable que la glaciation scientifiquement provoquée constitue ici l'expression ultime d'une passion brûlante.. La question qu'il conviendrait de se poser est de savoir quand et pourquoi la figure du savant fou a pratiquement disparu de la littérature populaire même s'il en subsiste ici ou là des vestiges employés au second degré.. Peut-être s'est-elle estompée quand la science a cessé de paraître au grand public une aventure essentiellement individuelle.. La folie constitue également à la fois le thème et le cadre de.. Force ennemie.. de John-Antoine Nau, qui devrait être le plus célèbre de tous les romans de Science-Fiction français puisqu'il reçut le premier prix Goncourt en 1903.. Bien que j'aie la plus grande estime pour le jugement critique de Pierre Versins et de Jean-Baptiste Baronian, je ne saurais malgré leur avis en recommander la lecture à l'amateur de Science-Fiction car il risquera de s'en trouver déçu.. Au demeurant, Versins s'abstient de tout dithyrambe alors que Baronian dans sa postface qualifie exagérément d'injustice littéraire l'oubli dans lequel est tombé ce livre.. Le narrateur, un certain Philippe Veuly, se retrouve sans trop savoir comment dans une maison de santé qui ressemble à celle du « docteur Goudron et du professeur Plume » d'Edgar Allan Poe.. Il découvrira plus tard qu'il a été victime d'un complot familial, ce qui jette un doute sur son désordre mental.. Dans cette géhenne, il s'éprend d'une jolie patiente, et cet amour le conduira à l'évasion après qu'elle eut été emmenée par son mari.. Notre homme ne semble guère fou à ceci près que son esprit a été envahi par un habitant d'un autre monde, expert en désincarnation.. Cet indigène de la planète Tkoukra orbitant autour d'Aldébaran a le bon goût de la décrire à son hôte, ce qui nous vaut les quatre à cinq seules pages de véritable Science-Fiction de tout le roman.. Pierre Versins en a obligeamment cité l'essentiel dans son.. Encyclopédie.. Quant à Veuly, il semble impossible de décider à partir du texte s'il croit être hanté ou s'il  ...   besoin et qui le désirent sont débarrassés de leurs névroses et autres handicaps mentaux à l'aide d'un mélange de neurochirurgie et de psychothérapie.. Le psychisme y est explorable grâce à un appareillage approprié, jusque dans sa dimension inconsciente, comme un.. pays de l'esprit.. L'un des héros du roman, un neuropsychiatre, s'aventure en compagnie d'une de ses assistantes, au risque de s'y perdre, dans les replis de l'inconscient d'un tueur en série qui est aussi l'un des plus grands poètes de l'époque afin de le sauver de lui-même en remaniant ses traces mnésiques.. La variante du thème la plus rare, à ma connaissance du moins, concerne la xénopsychiatrie, en d'autres termes la description d'altérations mentales chez des non-humains.. On en recense certes quelques manifestations chez des robots ou des intelligences artificielles, la plus célèbre étant la paranoïa meurtrière qui atteint Hal (Carl dans la traduction française) dans.. 2001, l'odyssée de l'espace.. (24).. d'Arthur C.. Clarke (et Stanley Kubrick).. Isaac Asimov en a étudié quelques cas dans sa série des.. Robots.. et la littérature xénopsychiatrique recense au moins un exemple de folie meurtrière chez un robot domestique lorsque la température ambiante dépasse une valeur très précise.. (25).. En revanche, la folie demeure rarissime chez les Étrangers radicaux et autres Aliens, soit que les xénopsychiatres demeurent souvent impuissants à la diagnostiquer, soit que les Extraterrestres manifestent une stabilité mentale supérieure à la nôtre.. On relèvera cependant un cas très singulier, décrit par Suzy McKee Charnas dans.. un Vampire ordinaire.. (26).. où un sujet appartenant à cette espèce rare de prédateurs se confie à une psychothérapeute : elle finit par admettre qu'il n'est pas le pervers qu'elle avait cru.. Frank Herbert pour sa part a publié dans.. (27).. un cas de masochisme chez une étoile Calibane complémentaire du sadisme d'un Palenki.. Le cas le plus étrange de tous demeure probablement celui d'une contagion interspécifique.. Planète interdite.. — fort beau film mais roman médiocre —, très libre adaptation projetée dans le futur et dans l'espace de.. la Tempête.. de Shakespeare, la civilisation disparue des Krells a laissé en héritage à un savant une machine à multiplier l'intelligence qui permet aussi à l'esprit de matérialiser ses désirs.. Mais dans l'esprit humain le plus civilisé réside un inconscient ; y rôdent des monstres auquel il est imprudent de donner consistance.. Nous sommes tous des Calibans, sauvages furieux dont la force un instant asservie aspire à se déchaîner dans le sommeil de la raison.. Si j'osais, pour conclure, je me risquerais à proposer une sorte d'équivalence entre trois grandes formes de pathologie psychique et trois espèces littéraires qui travaillent l'imaginaire.. Je commencerai par suggérer une correspondance entre Fantastique, classique et nouveau, et schizophrénie : l'irruption à partir d'un Au-delà de puissances surnaturelles ou maléfiques, en tout cas irrationnelles, suggère une schize, un clivage du sujet projeté sur le réel.. La Science-Fiction, avec sa manie rationnalisante, procède évidemment de la paranoïa.. Enfin, la.. , par son exhibition de symptômes improbables et plus encore par sa façon de manipuler à haut bruit des sentiments absents de la conscience d'un sujet.. qui fait semblant.. , relève assurément de l'hystérie, même si celle noble affection, la plus belle au dire des connaisseurs, n'a pas trouvé grâce auprès des rédacteurs du DSM IV.. (28).. ; ils l'ont purement et simplement ignorée, d'aucuns diraient scotomisée.. Bien entendu, comme toute simplification théorique, celles-là sont sujettes à caution.. Quant aux névroses ordinaires, nous les laisserons à la littérature générale dont elles sont la ressource commune et à peu près unique.. Éditions du Rocher, 1956.. Et comment ne pas évoquer ici le texte de Freud sur.. l'Inquiétante étrangeté.. (1919).. Parmi ces travaux, on citera la thèse de Christine Renard sur les fantasmes dans la littérature de Science-Fiction, université de Paris, 1967 ; certains passages de.. l'Environnement non humain.. de Harold Searles, Gallimard, 1986 ; l'article de Tobie Nathan, "A.. E.. Van Vogt : l'identité en péril" in.. Science-Fiction et psychanalyse — l'Imaginaire social de la S.. -F.. , Dunod, 1986.. Enfin, on trouvera, dans les.. Histoires de mirages.. , une préface et des nouvelles centrées sur le rôle du psychothérapeute dans la Science-Fiction.. Robert Laffont, collection "Ailleurs et demain".. Il est curieux que ce qui était qualifié naguère plus ou moins judicieusement d'hystérie collective soit aujourd'hui désigné le plus souvent dans les media par le terme particulièrement impropre de psychose.. Il me semble significatif que le terme même d'hystérie soit écarté par les media alors qu'il désigne leur principal symptôme.. Voir Wiktor Stoczkowski,.. Des hommes, des dieux et des extraterrestres.. , Flammarion, 1999, pages 394 et suivantes.. L'auteur ne cite pas le roman de Robert Silverberg.. Voir ma postface à la réédition de 1999 d'.. La Science folle.. est le titre d'un roman de Georges Delhoste publié dans.. Sciences et voyages.. (1934).. Brian W.. Aldiss en a donné une version modernisée, dans.. l'Autre île du docteur Moreau.. Il s'agit d'.. À deux doigts de la fin du monde.. par le colonel Royet.. Ferenczi et fils, collection "les Romans d'aventures" nº 52, 1928.. Le procédé, ingénieux dans son principe, exploite une espèce d'effet de serre à l'envers.. L'atmosphère desséchée laisse passer le rayonnement thermique du sol.. L'auteur s'est fort heureusement dispensé de publier la formule détaillée de l'acide hydrophile.. Voici le résumé que donne Joseph Altairac : « Le chimiste Roger Livry a inventé l'acide Oméga qui possède l'étrange propriété, mélangé à une quantité convenable de radium — comme d'habitude en vieille S.. ! —, d'empêcher l'évaporation de l'eau.. Quelques dizaines de litres de cette solution devraient provoquer une baisse catastrophique de la température sur toute la planète car, d'après le savant, l'atmosphère terrestre privée de vapeur d'eau ne parviendra plus à retenir la chaleur… Autre propriété de ce super-acide : quelques gouttes suffisent à dissoudre n'importe quelle couche souterraine de calcaire, et donc à provoquer des tremblements de terre ! D'où la destruction — entre autres — de la ville de Médine ! Par malchance pour l'Humanité, Livry est amoureux d'une jeune femme qui en a préféré un autre — comme d'habitude dans la vie réelle —, et, par dépit amoureux, a décidé d'éliminer l'Humanité par le froid ! Par chance pour l'Humanité, le mari de la jeune femme trouve la mort dans un accident : Livry entreprend de faire la cour à la veuve, non sans succès… Par malchance pour l'Humanité, la jeune femme, à la santé fragilisée par la tuberculose — comme d'habitude dans.. tous.. les vieux romans, tous genres confondus… —, est emportée par une pneumonie ! Livry rebascule dans la folie, et reprend son projet de destruction ! Par chance pour l'Humanité, Livry retrouve un semblant de raison au moment où son entreprise allait aboutir, détruit ses réserves d'acide et se suicide, emportant le secret de son invention dans la mort.. Un grand texte ! ».. Le bibliophile tiendra évidemment à le lire dans sa première édition, aux éditions de la Plume, mais l'amateur pourra se contenter de la réédition chez Grama, collection "le Passé du futur", 1994.. Elle comporte une postface de Jean-Baptiste Baronian.. Il existe de tels cas, publiés.. Tentative que l'on rencontre aussi, curieusement, dans certains textes de Lovecraft.. Tout se passe comme si l'accent mis sur des prononciations populaires ou défectueuses servait à souligner une différence et une étrangeté.. En un sens, ce roman illustre presque trop parfaitement l'échec de la Science-Fiction française à s'autonomiser et donc à définir ses propres règles esthétiques : une prétention littéraire insuffisamment soutenue par un talent vacillant écrase une once d'étrangeté qui n'ose pas s'affirmer.. Inutile de dire que Rosny Aîné échappe à ce diagnostic.. Ainsi dans.. les Montagnes hallucinées.. , 1936.. In.. les Rats dans les murs.. , 1923, et bien d'autres textes.. la Maison de la sorcière.. , 1933.. “By jest or by mistake”.. Il y aurait du reste une thèse à faire, si elle n'a déjà été faite, sur la folie dans la littérature en général et sur ses rapports incertains avec la psychiatrie contemporaine des œuvres.. On est fort proche ici du roman de Michel Houellebecq,.. les Particules élémentaires.. , dont l'auteur — ce n'est pas un hasard — est un grand admirateur de Lovecraft précisément parce que ce dernier exclut l'Humanité de toute transcendance.. "l'Androïde assassin" d'Alfred Bester, in.. Histoires de robots.. Le Livre de Poche nº 7107.. Il s'agit du Manuel médical américain de référence.. jeudi 14 décembre 2000 —.. jeudi 14 décembre 2000..

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