www.archive-org-2013.com » ORG » Q » QUARANTE-DEUX

Choose link from "Titles, links and description words view":

Or switch to "Titles and links view".

    Archived pages: 1235 . Archive date: 2013-12.

  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/Tous à Zanzibar | Quarante-Deux
    Descriptive info: section Gérard Klein.. tout Quarante-Deux.. Sauter la navigation.. accueil.. exliibris.. pgeff.. kws.. récits.. prix.. galerie.. carnets.. photos.. Vous êtes ici :.. →.. Archives stellaires.. préfaces et postfaces.. Tous à….. Sections.. Bozzetto.. Curval.. Klein.. Divers.. Navigation.. l'auteur.. présentation.. liste des préfaces.. Gérard Klein : préfaces et postfaces.. John Brunner :.. Tous à Zanzibar.. Livre de poche nº 7180, novembre 1995.. Science-Fiction et prospective.. Apologue.. L.. a Science-Fiction et la Prospective sont des demi-sœurs ayant pour père commun le désir d'appréhender l'avenir et pour mères deux cousines un peu éloignées, l'Imagination et la Méthode.. Curieusement, il y a toujours eu un peu de mésentente dans cette famille, à savoir que l'aînée, la Fiction, manifestait volontiers de la révérence pour sa cadette tandis que celle-ci, un rien parvenue, s'affichant à la table des grands et s'efforçant de paraître bonne élève et sérieuse, affectait souvent d'ignorer cette parenté, ou, ramenée à elle, de la mépriser.. Certains prétendent que la Prospective, jalouse de la séduction de la mère de l'autre, alléguait son peu de vertu et mettait en avant la qualité de l'éducation que la Méthode lui avait, quant à elle, donnée.. Peut-être les temps sont-ils venus d'une réconciliation permettant aux deux sœurs d'occuper chacune la place qui lui revient et de se conforter mutuellement dans la poursuite passionnante et fort nécessaire de cette chimère, la maîtrise du futur.. Contexte.. Dès le siècle dernier, les écrivains qui se sont souciés de passer la tête par-dessus le mur du présent, balancent entre fiction et essai et lorsqu'ils affectent de préférer la forme romanesque, l'adoptent souvent par habitude ou pour mieux retenir le chaland, et ne se soucient pas toujours de l'exploiter vraiment.. Un exemple exceptionnel en est donné par Émile Souvestre (1805-1854).. Ce polygraphe assez quelconque dans le reste de sa prose toute hérissée de bons sentiments, mais ici inspiré, publie en 1846.. le Monde tel qu'il sera.. (1).. , faux roman, ou plutôt récit convenu, mais véritable essai prospectif.. Souvestre place sa cible en l'an 3000, mais c'est en réalité notre siècle qu'il vise, et les effets probables du machinisme sur la société.. Pour les condamner évidemment.. Avec une pertinence surprenante dans le détail, il inaugure de la sorte plusieurs genres à la fois, le roman d'anticipation, la réflexion prospective, la déploration du progrès sous forme de dystopie et, de façon plus générale, il introduit la fascination horrifiée, quasiment morbide, à l'endroit de la technique, qui demeurera pendant un siècle et demi, en attendant la suite, le trait dominant de la Science-Fiction française.. H.. G.. Wells choisit très vite de pratiquer le roman et l'essai et on peut voir en lui, à mes yeux, le véritable inventeur de la prospective moderne.. C'est sans doute le succès de ses anticipations qui l'a conduit à entreprendre de réfléchir posément sur l'avenir, non pas sous la forme d'une fresque sociale et prophétique comme en étaient friands les penseurs socialistes, mais à partir d'un socle historique et d'un germe du présent ou du proche avenir, comme l'aviation ou les chars d'assaut, voire la bombe atomique.. On dirait aujourd'hui un fait porteur d'avenir.. Il inaugure même une division des tâches : au roman reviennent les thèmes limites, à l'éventualité très improbable bien que demeurant dans le cadre de la conjecture rationnelle, comme le voyage dans le temps, la guerre des mondes, la chirurgie plastique du Docteur Moreau ; l'essai aborde des éventualités vraisemblables données comme certaines, voire comme inéluctables, ainsi la guerre aérienne, et explore leurs conséquences.. On perçoit aisément qu'au travers de ses romans, cet auteur explore des sujets spéculatifs à caractère philosophique ou moral, tandis que ses essais ont une tournure plus pratique, celui d'une recommandation ou d'une mise en garde concernant le proche avenir de la société.. Wells représente un idéal, peut-être inabouti, qui ne se retrouvera plus : la réunion dans le même homme d'un romancier exceptionnel et d'un chercheur qui essaie d'être, avec lucidité,.. le Professeur d'avenir.. (2).. , pour reprendre le titre d'un essai légèrement fictionné de Philippe Girardet (1928).. Ce dernier met en scène un professionnel de la conjecture rationnelle qui est clairement ce que nous appellerions un prospectiviste et qui exclut tout romanesque.. Le monde en marche.. Si la réunion du romancier et du prospectiviste ne se reproduit plus après Wells, c'est peut-être que les objectifs des deux professions sont par nature ou deviennent à l'usage trop éloignés.. Même si l'on met de côté cette majeure partie de la Science-Fiction qui n'a guère de valeur prospective, ainsi les histoires d'extraterrestres ou de voyages interstellaires, le romancier soucieux de prospective choisit ses sujets en fonction de sa fantaisie, en tout cas de ses préoccupations personnelles, craintes ou espoirs, de façon plutôt arbitraire, même s'il tient sans doute quelque compte des attentes de ses lecteurs supposés.. Il peut se donner les coudées très franches, ce qui ne restreint pas nécessairement sa pertinence.. À l'inverse, des prospectivistes comme Jacques Lesourne, Michel Godet ou Hugues de Jouvenel, pour citer quelques-uns des professionnels les plus éminents, lorsqu'ils entreprennent d'éclairer l'horizon stratégique d'une entreprise ou d'une branche, se donnent des cadres d'information et de réflexion qui ne leur appartiennent pas, et qui ont une certaine objectivité.. Le romancier sera naturellement porté à exploiter des situations extrêmes, assez peu probables mais illustratives et stimulantes par leur singularité même, et à adopter des scénarios sinueux qui n'en simulent, du reste, que mieux le cours de l'histoire : il doit d'abord éveiller un intérêt.. Le prospectiviste professionnel cherchera plutôt à réduire le nombre de scénarios possibles issus du croisement des variables, en leur affectant des probabilités au moyen de procédures éventuellement formalisées et en éliminant les moins vraisemblables : il cherche à répondre à une question et à orienter une décision.. Enfin, on pourrait opposer les formes.. L'écrivain use du roman avec ses descriptions, ses dialogues, ses caractères, ses rebondissements.. La prospective, elle, s'exprime le plus souvent sous la forme de rapports plus ou moins rébarbatifs, hérissés de tableaux de chiffres.. Jalons et portraits.. Cependant, si l'on y regarde de plus près, ces oppositions ont dans certains cas tendance à s'estomper.. Lorsque le prospectiviste le plus rigoureux est consulté sur des sujets un peu généraux comme l'emploi, l'avenir des villes, les conséquences de la démographie ou l'aménagement du territoire, ou lorsqu'il cherche à se faire entendre du prince ou du peuple, et se trouve conduit à adopter une position un tant soit peu prophétique quoi qu'il lui en coûte, sa subjectivité jusque-là si bien dissimulée, réapparaît.. Au reste, il est possible de percevoir, et peut-être de dégager de façon critique, des styles de prospectivistes qui individualisent nettement par exemple les trois experts précités.. De même, sous l'opposition formelle entre roman et rapport transparaît un même choix d'expression, celui du récit, généralement baptisé scénario en prospective.. À cet égard, le projet.. Interfuturs.. (3).. , dirigé par Jacques Lesourne durant les années 1970 sous l'égide de l'O.. C.. D.. E.. , le plus impressionnant effort qui ait jamais été tenté pour sonder l'avenir de nos sociétés, peut s'analyser comme un ensemble de récits dont les règles d'évolution, à partir d'une situation initiale, sont exposées de façon aussi claires que possible.. Le récit retrace un itinéraire, avec points de départ et d'arrivée et description des étapes, et relate un déplacement comme s'il avait réellement déjà eu lieu : il se veut précisément un rapport.. Le roman, lui, présenterait des situations et des antagonismes dans un contexte où la feinte de l'auteur serait de prétendre qu'il ne sait pas où il mène son lecteur, simulant la liberté.. La Science-Fiction, bien entendu, mêle récit et roman.. Mais contrairement au roman contemporain, elle ne peut jamais se passer de la dimension du récit parce qu'elle traduit toujours un voyage dans le temps au cours duquel le héros, si acteur qu'il soit, est toujours aussi un.. spectateur.. du changement.. Et par là elle rejoint le rapport, côté rébarbatif en moins, espérons-le.. Il est caractéristique qu'il soit toujours possible d'extraire d'une œuvre de Science-Fiction le cheminement d'une idée, l'évolution d'une conjecture, qui sous cette forme résumée pourrait trouver place dans un rapport ; les amateurs de cette littérature ont même tendance à débattre entre eux surtout de cet aspect de leurs œuvres favorites, sous une forme codifiée, comme si le reste (l'anecdote, le style) leur importait peu, ou moins, était en somme superflu.. Il est jusqu'à la prétention commune de la Science-Fiction et de la prospective, permettre d'entrevoir l'avenir, qui les relie à un niveau plus profond dans une absurdité apparente mais aussi dans une pertinence incontournable.. Les contempteurs de la Science-Fiction ont beau jeu de faire valoir qu'elle traite d'événements qui n'ont pas eu lieu et qui n'auront jamais lieu dans le détail qu'elle en donne, et qui seraient en somme aussi inessentiels que les contes de fées.. Les praticiens de la prospective savent très bien qu'ils ne décrivent pas le futur et que l'histoire est précisément tissée des inattendus, des accidents qu'ils ne sauraient prédire.. L'auteur de Science-Fiction, au contraire, peut explorer avec jubilation les imprévus, les ruptures, les inattendus les plus extrêmes, sous prétexte d'étonner et de distraire, sans se soucier de la vraisemblance d'aujourd'hui : c'est ce qui lui donne, parfois et même souvent, dans l'après-coup, des allures de précurseur avisé ou de prophète inspiré.. On ne vous félicite jamais d'avoir prévu que l'imprévisible.. Mais c'est justement là que l'utilité profonde des deux approches, l'une plutôt esthétique, l'autre plutôt rationnelle, se manifeste.. Il ne s'agit pas de dresser une carte du futur, qui permettrait à son détenteur de s'orienter à coup sûr et de décider sans risque, en tout cas mieux que l'inaverti.. Il s'agit de développer un sens de l'avenir, de sa pluralité, de faire saisir que la croyance en la pérennité de l'actuel est la plus sûre voie de l'égarement.. Il s'agit de se préparer à l'avance non seulement à des éventualités plus ou moins probables, mais du même coup à l'inattendu, de lui ménager une place dans les représentations et dans la stratégie, qui ne soit pas celle de l'improvisation hâtive.. Un exemple aujourd'hui assez banal, et limité encore que conséquent, permettra d'illustrer ce propos et de bien marquer la distinction entre prévision et prospective.. Il est bien connu aujourd'hui que le taux de CO2 dans l'atmosphère a considérablement augmenté depuis plus d'un siècle et il est possible de prévoir qu'il continuera certainement à le faire.. C'est de la prévision, fondée sur l'extrapolation de séries observées.. En revanche, les scientifiques compétents ne peuvent pas s'accorder aujourd'hui sur les effets de cette augmentation et encore moins sur les conséquences de ces effets.. C'est là qu'intervient la démarche prospective.. En conduisant à s'interroger sur des possibles qui en découlent, assurément incertains mais redoutables, elle conteste la pertinence de l'indifférence.. Même si la catastrophe ne peut pas être aujourd'hui rigoureusement prévue, elle ne peut plus non plus être négligée, car il serait trop tard pour y remédier lorsqu'elle se produirait, compte tenu des constantes de temps.. Sur ce thème, entre autres, qui a alimenté nombre d'œuvres de fiction et de travaux de prospective climatique, voire économique, la Science-Fiction et la prospective ont partie liée quant à l'évitement du pire, voire quant à l'avènement, plus problématique, du souhaitable.. Elles partagent un caractère de prescription normative.. On pourrait en dire autant, pour rester dans la veine catastrophisante, sur la dissuasion nucléaire.. Au reste, dans sa monumentale.. Histoire des futurs.. (4).. , Bernard Cazes n'hésite pas à présenter en parallèle Science-Fiction et prospective, pour démontrer qu'elles utilisent les mêmes mécanismes intellectuels, non sans parfois quelque intention ironique, tant il considère l'aperception de l'avenir comme une tâche à la fois  ...   catégorie des bizarreries littéraires publiées par un groupuscule dans.. New Worlds.. , la revue britannique reprise en main par Michael Moorcock, vouée par lui à l'expérimentation et qui a failli transformer durablement la Science-Fiction.. La même mésaventure est arrivée à l'autre grand texte prospectif de la fin des années 1960,.. Jack Barron et l'éternité.. (11).. , de Norman Spinrad, qui se borne à traiter, lui, de l'avenir de la télévision, mais avec un tel bonheur qu'on le lit aujourd'hui comme s'il avait été écrit de la veille et traitait de notre présent.. Brunner (et Spinrad) n'ont pas réussi non plus à éveiller l'intérêt de l'intelligentsia, sauf en France pour une minorité.. Ils se trouvent pénalisés à la foi par leur appartenance à un genre littéraire décrié, la Science-Fiction, par leurs audaces d'expression (notamment sexuelles pour Spinrad), et par le vérisme de leur description de l'avenir.. Sans minimiser les inventions littéraires de Brunner qui servent du reste à merveille son exploration prospective, le lecteur d'aujourd'hui ne peut qu'être impressionné par l'intelligence de cette dernière.. Certes, il ne convient pas d'interroger.. comme un oracle, ni comme un rapport de prospective, et encore moins comme un guide de voyage pour l'an 2000 et après.. Il ne s'agit d'y lire ni notre avenir relativement proche, ni même l'avenir d'il y a trente ans, voisin de notre présent.. Il ne faut jamais oublier qu'il s'agit d'un roman ni qu'il a été écrit en 1966.. Mais on ne peut manquer d'être frappé, aujourd'hui, par la pertinence de la lecture subjective par John Brunner des événements et des informations de son temps.. Une étude détaillée serait indispensable pour mettre en évidence le nombre de ses prédictions depuis vérifiées, mais aussi de ses erreurs et de ses lacunes (par exemple, le micro-ordinateur).. On peut juste tenter ici de faire ressortir quelques grands traits.. Premier trait : l'avenir est perçu comme un mur d'images, de représentations imagées, ou plutôt comme une cacophonie d'images.. On peut voir là l'influence, signalée, de Marshall MacLuhan, voire d'Andy Warhol.. En tout cas nous y sommes.. Deuxième trait : un univers géopolitique éclaté, peu lisible en l'absence de grandes lignes de force politiques ou idéologiques, des sociétés fracturées plutôt que divisées.. À noter parce qu'elle est surprenante dans le contexte de l'époque, la quasi absence de l'Union Soviétique, à de rares mentions près, et donc de l'affrontement Est-Ouest, qui nous paraît aujourd'hui, mais depuis si peu de temps, aller de soi, et qui contribue à la dimension étrangement actuelle de ce texte.. Troisième trait : un avenir mondial, globalisé pour reprendre l'expression de Jacques Lesourne, où tout influe sur tout, du fait notamment du rôle des sociétés transnationales.. Quatrième trait : une vie quotidienne et des paysages urbains déjantés, caractérisés par les sans-abri dans les métropoles, les émeutes urbaines, le terrorisme absurde voire ludique, le tout étant devenu spectacle.. On s'y croirait.. Cinquième trait : les effets de la surpopulation.. Certes, ceux-ci sont peut-être exagérés par Brunner en tant qu'explication principale, encore que non unique, du désordre futur du monde, et l'accent qu'il met sur ce problème participe d'un malthusianisme à la fois ancien et répandu.. Mais il est difficile, aujourd'hui, de ne pas voir, à l'origine de troubles régionaux qui ont des conséquences mondiales, des déséquilibres démographiques et des phénomènes de surpopulation, ainsi en Iran et en Irak, dans le Maghreb, dans une bonne partie de l'Afrique sub-saharienne, notamment au Ruanda-Burundi, dans maintes régions de l'Inde et de la Chine, etc.. On pourrait multiplier ces traits, et bien entendu, mettre en regard des taches aveugles.. La comparaison entre.. et.. l'An 2000.. (12).. , paru exactement en même temps, ouvrage réputé sérieux de “futurologie”, signé de deux augures alors adulés, Hermann Kahn et Anthony Wiener, et issu des travaux d'une foule de comités d'experts richement dotés en sources documentaires et en financement, est accablante pour le second.. Il n'en reste peu à près rien de valable, et il en était déjà de même moins de dix ans après sa parution.. On y chercherait en vain une réflexion sur les transnationales et sur l'environnement.. On se prend à penser que l'administration américaine et les autres États qui firent appel aux gourous précités, dont la France, auraient mieux fait de donner quelques dizaines de milliers de dollars à John Brunner pour suivre à son loisir sa réflexion, et de l'écouter.. Actuel aujourd'hui encore,.. l'est aussi parce qu'il a introduit dans la Science-Fiction, ce qui est évidemment passé à l'époque à peu près inaperçu, une leçon critique des faits porteurs d'avenir.. L'avenir décrit par Brunner est en continuité directe avec son présent.. En cela, il rompt, à peu près seul, avec l'exaltation générale du grandiose avenir, optimiste ou pessimiste du reste, en rupture avec le présent, caractérisant presque toute la Science-Fiction.. Il annonce de ce fait la tendance relancée par William Gibson notamment dans les années 1980 et abusivement réduite au soi-disant courant.. cyberpunk.. Cette tendance décrit un avenir désenchanté en continuité avec notre présent, en fait déjà là dans notre temps.. Ce qu'a remarquablement perçu Sylvie Denis notamment dans son article Cyberspace ou l'envers des choses.. (13).. À propos du roman tout récent de Maurice Dantec,.. les Racines du mal.. (14).. , elle écrit ceci : « Désormais, notre passé nous condamne à ne jamais franchir la porte de l'avenir, celle qui nous libérerait à la fois du mal et de son souvenir.. » Et encore, « il y a aujourd'hui… deux façons d'écrire de la Science-Fiction : l'une est l'option “réaliste”… Dans cette vision rien ne change radicalement et l'auteur ne peut que constater le pire.. C'est raisonnable, étant donné l'état du monde, mais frustrant : l'émotion science-fictive vient justement de ce qu'on décrit le différent, le nouveau, et non le même, d'où la nécessité de la deuxième option, selon laquelle “quelque chose s'est passé” — la nanotechologie, le cyberspace, la conquête de Mars et où, au prix d'un petit saut quantique, on s'extrait de la bulle de présent pour entrer dans le grandiose avenir.. ».. (15).. Le seul reproche que je lui ferai, c'est de n'avoir pas dit, ou vu, que l'entrée anxieuse dans cette bulle de présent, c'est John Brunner, dans.. , qui l'a le premier réussie et qui a introduit une rupture dans l'histoire même du genre en l'annulant dans la continuité du temps imaginé.. L'importance de.. , à la fois pour la réflexion prospective et pour l'évolution de la littérature de Science-Fiction, ne peut pas conduire à négliger ses défauts littéraires et doit même porter à les désigner pour qu'ils ne servent pas de prétexte à l'écarter abusivement.. n'est pas le chef-d'œuvre du siècle qu'il aurait pu être.. Le meilleur usage qu'on puisse en faire, étant donné ce qu'il est, c'est de le lire comme une collection de fragments, du coin de l'œil, en portant plus d'attention aux détails, aux illustrations d'une invention prodigieuse, qu'à l'intrigue principale.. Celle-ci, la Continuité, pour être passionnante, ne se situe guère au-dessus du niveau d'un bon.. thriller.. Cela peut s'expliquer par la hâte avec laquelle Brunner a écrit son chef-d'œuvre, et aussi par la nécessité où il se trouvait de retenir un public aussi large que possible.. De même l'heureux dénouement obéit aux règles imprescriptibles du best-seller, et paraît si outrageusement téléphoné qu'il est manifeste que l'auteur ne souhaite pas que le lecteur y attache la moindre importance.. C'est dommage pour lui, et aussi pour nous.. Mais cela condamne, plus peut-être que les limites de son talent, l'incapacité où s'est trouvée une société riche, comme la nôtre, de profiter de sa lucidité et de lui donner les moyens, et simplement le temps, d'épanouir son génie.. Ce n'est pas faire injure à cet homme, c'est au contraire lui rendre hommage, que de dire qu'il a été gaspillé.. Qu'il en ait conçu quelque amertume, qui a assombri la fin de sa vie, est compréhensible.. Cette inventivité féconde dans les marges, et dans la forme qui les sert, a rendu de prime abord l'accès à ce texte et par la suite sa traduction, délicates.. Il faut rendre ici hommage à Didier Pemerle, écrivain et poète, qui a fait preuve d'une créativité digne de tous les éloges pour restituer en français un texte qui était souvent un défi presque insoutenable.. J'ai conservé des longs mois où nous avons travaillé ensemble un souvenir émerveillé de sa capacité à forcer le vocabulaire parce qu'il était poète.. Et j'espère surtout qu'il ne m'en voudra pas si je rappelle qu'il a triomphé aisément (?) des pires embûches alors qu'il lui arrivait de trébucher sur les tournures les plus simples.. De celles-là, je pouvais me charger.. En français,.. est une création de Didier Pemerle.. Discontinuité radicale.. John Brunner est mort le 25 août 1995 lors de la Convention Mondiale de Science-Fiction de Glasgow, parmi les siens, en quelque sorte sur la scène, d'une apoplexie.. Il était né le 24 septembre 1934.. Son arrière grand-père avait été le créateur d'une entreprise d'industrie chimique qui devint en 1927 partie intégrante d'I.. I.. , l'une des plus puissantes multinationales d'origine britannique.. Enfant probablement surdoué, mais de complexion fragile et souvent malade, lecteur compulsif, Brunner reçut une bonne éducation mais décida d'abandonner à dix-sept ans tout enseignement institutionnel pour écrire.. Il vendit la première année son premier roman.. Il en publia par la suite quatre-vingt-quatorze, si mes comptes sont bons, fort inégaux, quelques-uns excellents.. Il lui fallait en vivre.. Brunner, de par sa volonté, était un autodidacte.. Pour ce qui touche à l'avenir, c'est ce que nous sommes tous, à moins que nous n'en soyons simplement ignorants, ce qui est le lot le plus commun.. Il parlait et écrivait fort bien le français et l'allemand.. Son humour était discutable dans les trois langues, mais c'était ce qui le rendait comique.. Il n'aimait pas la Communauté Européenne malgré l'admiration que lui prodiguèrent les Continentaux qu'il fréquenta assidûment, goûtant leurs vins et leurs bières, ainsi que leurs cuisines.. En 1958, il épousa Marjorie Sauer qui veilla sur lui comme une mère jusqu'à ce qu'elle mourût en 1986.. Il en fut si atteint qu'il se remaria avec Li-Yi, jeune immigrante chinoise, en 1991.. Ce fut lui qui mourut.. Jusque dans son accent anglais un peu apprêté, John Brunner manifestait son désir d'être un gentleman, et sa crainte de ne pas le paraître.. Je pense qu'il l'était.. Le reste est dans les livres.. Notes.. Édité par W.. Coquebert, Paris.. Berger-Levrault, 1928.. Voir.. Face aux futurs : pour une maîtrise du raisonnable et une gestion de l'imprévisible.. , O.. , 1978.. Voir aussi.. les Mille sentiers de l'avenir.. , Seghers, 1981.. Seghers, 1986.. Payot, 1990.. Les dates indiquées sont celles de l'édition originale en anglais.. Denoël.. Robert Laffont, Le Livre de Poche.. Le Livre de Poche.. Écrit en 1966,.. est d'abord refusé par l'éditeur auquel il était destiné par contrat, Penguin, puis assez vite retenu par Doubleday pour une avance symbolique, 1 500 $ (soit moins de 20 000 francs 1995, compte tenu des dérives monétaires intervenues depuis).. Voir à ce sujet.. Locus.. nº 417, octobre 1995.. the Year 2000.. , Hudson Institute Inc.. , 1967.. Édition française, Robert Laffont, 1968.. J'ai eu à l'époque l'occasion d'écrire, à peu près seul, tout le mal que j'en pensais, et j'ai la vanité de le rappeler ici.. Publié dans le premier numéro de la revue.. CyberDreams.. , éditions …Car rien n'a d'importance, 1995.. Série noire, Gallimard, 1995.. In.. nº 4, p 112.. © Quarante-Deux.. — Reproduction interdite sans autorisation.. Voir les.. conditions d'utilisation.. Création :.. dimanche 20 décembre 1998 —.. Modification :.. jeudi 14 janvier 1999.. Adresse du site :.. haut de page.. écrire à Quarante-Deux..

    Original link path: /archives/klein/prefaces/lp27180.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/le Troupeau aveugle | Quarante-Deux
    Descriptive info: le Troupeau….. Livre de poche nº 7207, avril 1998.. e Troupeau aveugle.. est chronologiquement le troisième volet de la grande fresque prospective en quatre parties consacrée par John Brunner au début du siècle prochain.. C'est certainement.. la partie la plus ambitieuse de son œuvre, et sans doute la plus réussie, celle où il s'écarte des préoccupations commerciales auxquelles il a été si souvent obligé de se plier pour des raisons alimentaires.. Il y met en scène les quatre cavaliers de l'apocalypse du monde moderne.. Dans le premier,.. (1968), sans doute le plus fameux, c'est la surpopulation qui menace de détruire l'humanité avec son cortège de famines et de guerres.. Dans le second,.. (1969), la coalition du complexe militaro-industriel et de la Mafia achève de détruire la ville et la citoyenneté.. Le Troupeau aveugle.. (1972) fustige la pollution et la destruction de l'environnement.. C'est son roman écologiste.. Retenez la date : elle a son importance.. Enfin,.. décrit un monde en proie à l'explosion des technologies de l'information, réseaux câblés, télématique et médiatisation à outrance, au risque de la démocratie.. Dans presque tous ces ouvrages, un personnage tutélaire est le porte-parole transparent de l'auteur et propose à la fois une réflexion sur les causes et circonstances de la crise et une description des moyens d'en sortir, ou encore, à l'intention du lecteur d'aujourd'hui, d'éviter ces futurs sans avenir.. Dans.. , c'est le sociologue Chad Mulligan ; dans.. , c'est le militant écologiste Austin Train ; et enfin dans.. , un informaticien génial qui rend les réseaux au peuple en livrant à tous l'accès aux bases de données les plus secrètes.. Ces personnages ne sont du reste pas de simples faux nez : ils ont une personnalité propre, et le lecteur n'oubliera pas de sitôt la faconde désespérée de Chad Mulligan, auteur de best-sellers anthropologiques qui, lassé d'être lu et cité mais jamais entendu dans ses avertissements, a laissé tomber, choisi l'anonymat et sombré dans une sorte de clochardisation dépressive et truculente.. Les solutions qu'ils apportent, toutefois, interviennent trop tard pour être à la hauteur des problèmes, et ils le savent : elles jouent le rôle de la cavalerie dans les westerns, arriver à temps pour que le film se termine sur un baiser.. Elles fournissent l'argument d'une illusoire solution à laquelle, de toute évidence, l'auteur ne croit pas.. Peut-être veut-il signifier par là que le temps presse et que cette décennie 1968-1977 qui voit naître sa tétralogie prospective et qui est aussi sa période la plus féconde, est la dernière qui permette de détourner le cours de l'histoire avant que les difficultés ne deviennent insurmontables.. Mais peut-être ne croit-il tout simplement pas qu'il y ait de solution.. John Brunner est un pessimiste profond, peut-être absolu, qui estime manifestement que toute vie est un couloir semé d'embûches et tapissé d'illusions qui se termine inéluctablement mal.. Il est aussi possible qu'après avoir fait discrètement son deuil du marxisme, il ait renoncé à l'idée même d'une société humaine rationnelle.. Il est en tout cas difficile d'imaginer son monde idéal, une utopie qu'il aurait appelée de ses vœux.. Même lors de ses nombreuses explorations de l'avenir lointain, il ne ramène guère que des vues de mondes morts, ce qu'exprime assez bien le titre d'un de ses meilleurs.. space operas.. Éclipse totale.. Ce pessimisme sans appel est d'autant plus surprenant que Brunner est le principal, sinon le seul, véritable héritier de H.. Wells là où ce dernier cumule les titres d'inventeur de la Science-Fiction moderne et de la prospective contemporaine.. Comme Wells, Brunner se soucie de l'avenir historique et en particulier de l'avenir proche.. Mais alors que Wells multiplie réflexions et propositions, pas toujours exemptes de naïvetés, et, même s'il n'est pas un optimiste à tous crins, qu'il manifeste une grande confiance dans les progrès des techniques pour résoudre la plupart des problèmes sociaux, Brunner, trois-quarts de siècle plus tard, n'y croit plus.. Les analyses sont là, appuyées sur des documents considérablement plus solides que celles de Wells, souvent pertinentes mais reposant sur des bases bien légères, mais elles ne conduisent guère qu'à la délectation morose de l'intelligence de la catastrophe.. est le plus sombre de tous ces romans et peut-être pour cette raison même littérairement le plus convaincant et le plus fascinant, assurément le plus inquiétant.. C'est même peut-être le plus noir de toute la littérature de Science-Fiction.. Chaque page énonce une catastrophe, individuelle ou collective.. Il en tient en trois lignes, parfois en un mot.. Contrairement aux autres titres, aucune issue ne se dessine à la fin, même en fausse perspective.. Est-ce le sujet qui a conduit Brunner à redoubler de pessimisme ? Ou bien traversait-il une phase difficile de son existence ? C'est ce que son biographe futur  ...   l'écologie.. Et c'est là qu'on attend le roman, près de trente ans plus tard.. A-t-il vieilli, perdu de sa pertinence ? A-t-il été dépassé par la réalité ?.. La réponse doit être nuancée.. Bien que.. puisse être encore aujourd'hui une des bibles des écologistes radicaux, les perspectives ont changé.. Pas une seule fois, il n'y est fait allusion aux dangers, réels ou supposés, des centrales nucléaires.. C'est que nous sommes au début des années 1970.. La crise dite abusivement énergétique qui verra fleurir un peu partout — et surtout en France — d'ambitieux programmes électronucléaires, à la suite du triplement du prix du pétrole, est encore dans l'avenir, pour 1973.. Caractéristiquement, une des héroïnes positives, soucieuse de limiter la pollution, utilise une voiture à vapeur parce qu'elle ne produit « rien de pire que du CO2 et de l'eau ».. En notre fin de siècle où la menace principale, à tort ou à raison, semble venir précisément du CO2, à travers l'effet de serre et le réchauffement de la planète, cette notation, comme l'impasse faite sur le nucléaire civil, nous semble étrange.. Rien non plus évidemment sur les biotechnologies, les espèces transgéniques et les clonages.. Brunner traite d'un autre avenir.. Un avenir appartenant désormais irrévocablement à notre passé.. Cela se remarque aussi à de petits détails qui témoignent pourtant de l'excellence de la documentation.. A l'époque ! C'est ainsi qu'un des personnages meurt après avoir mangé par inadvertance du chocolat tout en suivant un traitement antidépresseur aux I.. M.. O.. Si ces médicaments, fort employés dans les années 1970, pouvaient entraîner en effet des effets secondaires redoutables non seulement avec le chocolat mais aussi avec les fromages fermentés, je doute qu'ils soient encore prescrits de nos jours sauf dans des cas très particuliers.. Et les communautés trainites qui s'efforcent de vivre en autosuffisance en respectant l'évangile écologiste nous semblent avoir aujourd'hui de forts relents de sectes.. Et pourtant le roman de John Brunner me paraît conserver deux qualités majeures.. La première, c'est comme on a dit, de nous mettre en garde contre la fragilité de nos anticipations, même bien informées.. Et donc contre la versatilité de l'opinion, autrement dit la mode.. est un roman que doivent lire et méditer tous les prospectivistes.. L'inquiétude écologiste a subsisté mais en un tiers de siècle, elle a largement changé de cible.. Nous sommes précisément peut-être à la veille d'un nouveau basculement du paradigme écologiste.. Si le réchauffement de la planète, bien attesté depuis le début du siècle et devenu presque irrécusable au cours de la dernière décennie, se confirme, et si sa meilleure explication s'avère bien être l'accroissement séculaire du taux de CO2 et autres gaz à effet de serre dans l'atmosphère, alors sans doute l'utilisation massive de combustibles fossiles devra céder la place à celle d'électricité fournie par des centrales nucléaires dont la pollution est définie, limitée, concentrée et donc aisément contrôlable.. À quand les manifestations des Verts pour la réouverture du surgénérateur de Creys-Malville ?.. La seconde qualité du.. Troupeau aveugle.. , c'est de mettre en avant, avec une efficacité intacte et inégalée, le principe de précaution.. Peu importe que l'information pertinente ait changé.. L'avertissement demeure.. On ne peut pas négliger aujourd'hui plus qu'hier que la principale source de pollution demeure les produits chimiques, qu'ils résultent d'une activité industrielle ou d'une productivité agricole dévoyée, au travers notamment des métaux lourds et des fertilisants, des insecticides et herbicides ou des nitrates issus des extrants de l'élevage intensif.. n'est évidemment pas un manuel répertoriant pour cette fin de siècle les conduites à éviter et celles à tenir.. Mais ce roman est toujours une parabole forte — peut-être excessive, mais c'est le propre des tragédies — soulignant ce qui se passe, ou ce qui peut survenir, quand une civilisation, sous prétexte de maîtrise de son environnement, le détruit.. C'est pourquoi il convient de le ranger non pas sur le rayon des prophéties apocalyptiques démenties par l'histoire, ni non plus des dystopies — il ne décrit aucune autre société que la nôtre —, ni enfin des romans cataclysmiques à petit frisson, mais dans la classe, plus rare et plus réfléchie, des prospectives normatives.. Celles-ci ne nous disent pas à proprement parler ce que nous devons faire et ce que nous ne devons pas faire, quelles normes nous devrions respecter.. Elles soulignent simplement qu'il y a des avenirs à éviter.. Elles nous invitent simplement et fortement à réfléchir sur ce qui se passera si….. Voir, sur le pessimisme de John Brunner, la préface de.. les Productions du temps.. , Le Livre de Poche.. Sur l'activité de prospectiviste de Wells (comme sur le reste de son œuvre), voire l'ouvrage de Joseph Altairac,.. Wells.. , Encrage, 1998.. jeudi 14 janvier 1999 —..

    Original link path: /archives/klein/prefaces/lp27207.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/le Ciel est mort | Quarante-Deux
    Descriptive info: le Ciel….. John W.. Campbell, Jr.. :.. le Ciel est mort.. Livre de poche nº 7227, octobre 2000.. J.. ohn Campbell (1910-1971) me semble en France à la fois surestimé et sous-estimé.. Trente ans après sa disparition, il est sans doute temps de lui donner sa vraie mesure, ce à quoi se sont.. du reste déjà employés Joseph Altairac et Francis Valéry dans l'introduction à ce recueil.. Il n'est certes pas surestimé pour son œuvre d'écrivain, mais pour son travail d'éditeur lorsqu'il est présenté comme le créateur de toute la Science-Fiction moderne à la suite d'une imprudente métonymie identifiant la Science-Fiction américaine à toute la Science-Fiction.. Lorsque survient Campbell sur la scène éditoriale, devenant en 1937 ou 1938.. rédacteur en chef d'.. Astounding stories.. , la Science-Fiction européenne a déjà derrière elle une longue et glorieuse histoire qui couvre pour sa forme archaïque tout le dix-neuvième siècle et qui débute pour sa forme moderne avec.. la Machine à explorer le temps.. d'H.. Wells.. et certaines œuvres de Conan Doyle, sans négliger George Griffith.. Elle compte nombre de grands écrivains, comme en France Rosny Aîné et Maurice Renard, injustement tombés dans un relatif oubli pendant près d'un siècle, dont ils commencent tout juste à sortir.. André Maurois, Blaise Cendrars et Jules Romain ont flirté avec le genre.. Aldous Huxley a publié.. le Meilleur des mondes.. La Science-Fiction américaine de l'époque est encore balbutiante.. Quantitativement généreuse.. , elle est qualitativement déficiente.. Si Hugo Gernsback, immigré luxembourgeois arrivé aux États-Unis en 1904, ne l'a pas créée, exploit qu'on lui prête souvent et trop généreusement, il l'a au moins fédérée en 1926 en lançant le premier magazine au monde qui soit entièrement consacré au domaine,.. Amazing stories.. , et en la dotant d'un nom,.. scientifiction.. , pour.. scientific fiction.. , qu'il transformera en.. science fiction.. , dans un coup de génie, en 1929.. Il résolvait par là un vieux problème : dès Wells, et peut-être bien plus tôt, auteurs et amateurs avaient conscience de l'originalité et de l'homogénéité du genre mais ils ne réussissaient pas à le nommer.. Roman de l'avenir pour Félix Bodin (1834),.. scientific romance.. , merveilleux scientifique (avec ou sans trait d'union), anticipation, roman scientifique, roman d'hypothèse, voire d'hyperthèse par la suite, les termes abondent et ne convainquent jamais tout à fait, pas plus qu'ils ne s'imposent.. Rebaptisée d'un nom qui fera le tour du monde, revigorée par l'exemple des grands Européens, Verne et Wells en tête, dans les premiers numéros d'.. , la Science-Fiction américaine n'en demeure pas moins en cette fin des années vingt naïve, primaire, parfois grotesque, dynamique et passablement infantile.. Quelques grands ancêtres comme Edgar Poe, quelques.. gentlemen.. comme H.. P.. Lovecraft qui se situent aux marges du genre n'en font pas une littérature.. Elle reste sous l'influence d'Edgar Rice Burroughs et d'Abraham Merritt dont les imaginations incandescentes sont mal servies par des plumes de plomb.. Alors Campbell vint.. Ce Malherbe de la Science-Fiction américaine la transforma si profondément en une dizaine d'années que son rôle relativement à son lieu et à son temps me semble là en général sous-estimé, ou du moins mal compris, en France.. Dans un univers qui ne connaissait auparavant que la loi de la demande et du profit immédiat, du reste incertain, Campbell se comporta en artiste défendant des valeurs.. Il exigeait des auteurs qu'il publiait de la cohérence, une certaine information scientifique, un intérêt humain et de la vraisemblance, plus une qualité minimale d'écriture.. Il croyait, peut-être même exagérément, à l'avenir et au rôle presque messianique du genre, comme d'autres avant lui, dont Gernsback, mais mieux qu'eux il estimait que cette importance, il fallait la mériter et la justifier.. On peut se demander ce qu'il serait advenu de la S.. -F.. américaine sans Campbell.. Peut-être serait-elle restée dans le ruisseau, selon l'expression de Theodore Sturgeon, et demeurée d'une passionnante médiocrité, en l'absence d'un promoteur de talent.. Peut-être aurait-elle évolué d'elle-même vers une relative autonomie intellectuelle et esthétique sous la pression d'un milieu, de créateurs motivés et d'un public enthousiaste, les conditions objectives de son développement étant réunies, comme dirait un marxiste.. L'abondance des témoignages, dont celui, inattendu, de Sturgeon qu'on lira à la fin de ce volume.. , incline à penser que Campbell est bien le réformateur providentiel, l'éducateur, dont l'expression américaine du genre avait le plus urgent besoin.. John Campbell est d'abord un écrivain, un auteur de talent et d'ambition, comme on va voir.. Ce qui implique que ce qu'il demande aux autres, il sait le faire, et qu'il va choisir dorénavant de s'exprimer surtout à travers les autres, de leur prêter ses intentions et ses idées et de leur emprunter leurs phrases.. Un bon éditeur ne parvient jamais à s'empêcher, malgré toute la conscience qu'il peut en avoir, de se sentir un peu le parent des œuvres qu'il publie.. Campbell peut, à bon droit, souvent s'en dire le père, là où il choisit et encourage des auteurs, certes prêts et présents, là où il propose des cadres formels et là où il suggère des idées.. Surestimé peut-être ici en tant que démiurge de la Science-Fiction mondiale, ce qu'il n'est évidemment pas, il demeure sans doute sous-estimé dans son rôle assumé pendant plus de trente ans d'accoucheur de la Science-Fiction américaine moderne.. Ce que Wells a fait presque tout seul, comme écrivain, depuis 1895, ce que Rosny Aîné et Maurice Renard ont tenté sans pleinement le réussir pour la France depuis 1910, John Campbell le réalise pour l'Amérique à partir de 1930 et surtout de 1937 : imposer la Science-Fiction comme un genre autonome avec son espace culturel et ses règles esthétiques et critiques propres.. Bien entendu, il y gagne, dans un champ culturel qu'il a largement structuré, une position de pouvoir presque inexpugnable qui explique la longueur de  ...   comme une prophétie rationnelle, limitée mais efficace, comme une prospective, conduira Campbell d'abord à rebaptiser en 1960 son magazine.. Analog fact fiction.. , ce qui précisément réduit voire abolit la frontière et imaginaire et réel ; ensuite à multiplier avec une intolérance croissante les éditoriaux où il aborde les problèmes économiques et sociaux les plus variés comme de simples questions techniques dont il détient du reste la solution.. En quoi il sera vite imité et probablement dépassé par Robert Heinlein qui va de plus en plus se répandre dans ses romans en d'interminables digressions technico-politiques fort prisées de ses admirateurs.. En revanche, pour ses détracteurs, au point de vue de Heinlein qui adorait répéter “this is a fact”.. , ses opinions tenaient lieu de faits.. L'influence considérable de John Campbell durant les années 40 et 50 au moins sur le milieu de la Science-Fiction américaine s'étend jusqu'à son opposition.. C'est en réaction à la ligne campbellienne d'.. Astounding science fiction.. que se créent en 1949.. the Magazine of fantasy and science fiction.. , d'orientation plus raffinée et plus littéraire, et en 1950.. Galaxy science fiction.. privilégiant l'ironie, la satire sociale et l'humour noir.. Assez curieusement, alors que ces deux revues, de ton certes plus européen, d'imagination plus débridée, eurent chacune leurs éditions françaises, respectivement.. Fiction.. Galaxie.. ne connut jamais cet honneur.. Outre d'obscures considérations éditoriales.. (16).. , ce fait me semble caractéristique de la différence ancienne et résistante entre une Science-Fiction américaine technoïde et une Science-Fiction européenne plus abstraite, sinon plus littéraire.. Avec ces trois revues, le champ culturel, au sens de la sociologie de Pierre Bourdieu, de la Science-Fiction américaine entre 1950 et 1980 au moins est complètement structuré.. Même si les revues vont lentement décliner, même si les romans l'emportent progressivement sur les nouvelles, les valeurs dont ces revues sont les vecteurs s'imposent à l'ensemble du champ.. Et les tentatives ambitieuses de magazines de luxe, tirés sur papier glacé, comme.. Omni.. , petit frère de.. Penthouse.. , la revue scientifique qui s'intéresse à certains aspects de la reproduction humaine, n'y changeront strictement rien.. Découvreur ou à tout le moins éditeur d'Isaac Asimov, Robert Heinlein, Frank Herbert, de Theodore Sturgeon, Clifford D.. Simak, A.. Van Vogt, de Fritz Leiber, Lewis Padgett, Poul Anderson, James Blish et Robert Silverberg, entre autres seigneurs, John Campbell eut en somme le tort de prendre la Science-Fiction trop au sérieux.. Ce n'est pas nous, qui sommes dans son avenir, qui le lui reprocherons.. Non reprise sur le site de Quarante-Deux.. C'est l'erreur que pourrait commettre un lecteur insuffisamment attentif de l'.. Histoire de la Science-Fiction moderne.. de Jacques Sadoul (Robert Laffont, 1984), même si son auteur prend certaines précautions.. La première date est citée par Theodore Sturgeon dans l'hommage qui conclut le présent recueil [non repris sur le site de Quarante-Deux].. La seconde est avancée par Joseph Altairac et Francis Valéry qui, à défaut d'avoir été des témoins, sont des historiens plus fiables.. Mais John Clute et Peter Nicholls dans leur.. Encyclopedia of science fiction.. retiennent bien septembre 1937 comme mois d'intronisation de John Campbell dans sa fonction de rédacteur en chef d'.. [Note de Quarante-Deux : si John W.. , a bien été engagé en septembre, pour apparaître en tant que rédacteur en chef en décembre, ce n'est vraiment qu'à partir de mai que les reliquats de la rédaction précédente auront disparu.. ].. Dont il transformera le nom de manière significative en.. l'année suivante.. Voir l'indispensable.. de Joseph Altairac (Encrages, 1998) ainsi que, dans la même collection "Références", le.. Jules Verne.. de Daniel Compère (1996).. Voir Everett F.. Bleiler :.. Science-Fiction: the early years.. , Kent State University Press, 1990.. Non repris sur le site de Quarante-Deux.. On peut du reste s'interroger sur le cursus universitaire de Campbell qui, s'il a bien fréquenté les deux universités susdites, ne semble pas avoir été au bout idéal de ses études qu'il abandonne, certes avec un diplôme, à vingt-deux ans, en 1932, sans jamais exercer de profession correspondante.. Peut-être pour des raisons économiques au pire de la Crise.. Ou en raison de son goût de l'écriture.. Il est difficile ici de ne pas songer au sort du Français Jacques Spitz qui, polytechnicien, devint écrivain de Science-Fiction, mais, hélas, sans y croire et qui ne la cultiva guère que dans la dérision.. Du nom d'une revue américaine.. Mechanic populars.. qui eut une édition française de ce nom dans les années 50 et 60 et qui se situait quelque part entre le.. Système D.. , la vulgarisation scientifique et le.. Reader's digest.. , mêlant réalisations pratiques et rêve futuriste à la lisière de la Science-Fiction.. Mai 1950.. Sur toute cette histoire, voir notamment Ron Miller :.. Ron Hubbard, le gourou démasqué.. , Plon, 1993.. En particulier L.. Ron Hubbard lui-même, et Campbell, relayant sans les vérifier les affirmations du premier.. Une sorte de détecteur de mensonge primitif supposé déceler l'état émotionnel du sujet à partir de la conductivité de sa peau.. Précisons que, dès 1951, la rupture était consommée entre les milieux de la Science-Fiction, Campbell et Van Vogt en tête, et L.. Ron Hubbard.. Van Vogt ne renonça jamais à la dianétique comme solution aux problèmes de l'humanité et à ses propres problèmes, ce qui, malheureusement, ruina définitivement son génie, mais il poursuivit sa pratique personnelle à l'écart de Hubbard et de la scientologie.. Voir John Briggs David Peat :.. l'Univers miroir.. , Robert Laffont, 1986.. « Ceci est un fait ».. Voir la postface à.. En terre étrangère.. Le groupe Condé-Nast dont le magazine le plus connu reste.. Vogue.. , propriétaire d'.. de 1960 à 1981, ne fut jamais intéressé par l'idée d'une édition française et se montra trop exigeant financièrement.. Comme quoi la mode rend gourmand.. jeudi 14 décembre 2000 —.. jeudi 14 décembre 2000..

    Original link path: /archives/klein/prefaces/lp27227.html
    Open archive
  •  

  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/Charisme | Quarante-Deux
    Descriptive info: Charisme.. Michael G.. Coney :.. Livre de poche nº 7192, mars 1997.. I.. l y a peu de concepts scientifiques qui aient été imaginés ou même préfigurés par la Science-Fiction avant la science.. Des machines, voire des technologies, oui.. Des concepts, non.. Pourtant il en.. est un qui semble faire exception, c'est celui des mondes parallèles.. Apparus dès la fin du siècle dernier dans les imaginations fertiles de Wells et de Rosny aîné, puis abondamment repris par les romanciers populaires américains des années 1930 dans les.. pulps.. , les mondes parallèles répondirent d'abord à des objectifs conjecturaux : comment décrire des univers différents du nôtre, que permettait l'imagination, où par exemple les lois physiques soient substantiellement étranges, en maintenant une apparence de vraisemblance au delà même de ce qu'autorisaient des déplacements interplanétaires voire interstellaires ? Les spéculations sur la quatrième dimension et les dimensions supérieures dont le XIXe siècle finissant fut friand, vinrent nourrir cet appétit de mondes empilés les uns sur les autres comme les feuillets d'un cahier.. Plus prosaïquement, des romanciers plus soucieux de se retrouver tout de suite dans les décors de leurs rêves que d'inventer des technologies débridées pour franchir l'espace, s'empressèrent d'exploiter ce filon.. En moins de deux coups de la fameuse cuiller à pot, on se retrouvait au pays des licornes, ou dans celui des cubes pensants et musicaux où les angles n'étaient jamais tout à fait droits mais obscènement obtus.. l'Univers en folie.. , en 1948, roman aussi génial que jubilatoire, Fredric Brown devait exploiter toutes les licences du thème pour tourner en ridicule les poncifs de la Science-Fiction elle-même.. Philip K.. Dick lui donna une tournure subjectiviste dans.. l'Œil dans le ciel.. (1957) où chacun a droit un univers qui lui ressemble.. Avec.. Chaîne autour du soleil.. , en 1953, Clifford Simak ferma pratiquement le ban de façon somptueuse en rouvrant pour toujours la frontière de l'Ouest légendaire et en imaginant une infinité de Terres vierges et dépourvues de population destinées à accueillir de nouveaux pionniers.. Robert Reed devait réanimer la tradition en 1993 avec.. la Voie terrestre.. , mais en racontant une tout autre histoire.. Non que le thème ait cessé d'être traité.. Mais il s'était trouvé une autre légitimité, issue des voyages dans le temps, des paradoxes temporels et des uchronies, c'est-à-dire des mondes où l'histoire a suivi un autre cours que dans le nôtre, le nez de Cléopâtre ayant subi quelque déformation.. La Science-Fiction avait fini par développer, à défaut d'une technologie, une sorte de logique, voire de physique, des univers parallèles.. Or, en 1957, l'année où Dick publia son roman, un étudiant de Princeton, Hugh Everett III, développa dans un mémoire de doctorat une interprétation de la physique quantique qu'il avait peut-être tirée d'hypothétiques lectures de Science-Fiction.. Il s'agit de l'interprétation des mondes divergents (many-worlds interpretation) qui a eu beaucoup de succès même s'il est tout à fait impossible, à ce jour, non seulement de réaliser mais même d'imaginer un dispositif expérimental qui permette de la confirmer ou de la réfuter.. De nombreux théoriciens de la physique quantique considèrent qu'elle est formellement conforme à la théorie quantique mais qu'elle n'est pas scientifique puisqu'on ne peut pas la mettre à l'épreuve.. L'un des plus grands théoriciens du siècle, J.. -S.. Bell qui définit les inégalités qui portent son nom et liquidèrent le paradoxe d'Einstein, Podolski et Rosen, la qualifia ainsi : Si une « telle théorie était prise au sérieux, il deviendrait presque impossible de prendre au sérieux quoi que ce soit d'autre.. John Wheeler, célèbre cosmologiste, lui accorda sa sympathie puis la lui retira, la trouvant à la réflexion métaphysiquement un peu tirée par les cheveux.. DeWitt, un autre physicien dont le nom est souvent associé à la théorie, estime qu'elle n'est pas facile à réconcilier avec le sens commun.. Quoi qu'il en soit, la théorie d'Everett est à peu près la suivante.. Lors de l'effondrement de la fonction d'onde de probabilité d'un système quantique, une possibilité, et une seule, est mesurée et se trouve actualisée entre toutes celles que comprenait la fonction d'onde.. Où sont passées les autres ? Everett propose que l'univers se divise instantanément, au moment de l'effondrement, entre autant de versions qu'il y avait de possibilités.. Il est à noter que du point de vue de la physique quantique, le nombre de ces possibilités peut être grand, voire très grand, mais, puisque les grandeurs ne sont pas continues, qu'il n'est jamais infini, ce qui soulèverait d'autres difficultés.. Il est souvent petit.. En d'autres termes, l'univers ne cesse pas de se diviser entre d'innombrables mondes divergents dont chacun représente une de ses possibilités actualisées.. Il faut bien comprendre que par définition ces univers ne peuvent pas communiquer entre eux, ce qui rend la théorie d'Everett impossible à vérifier.. Pour mesurer la portée et l'intérêt de la théorie, il faut bien saisir que pour un physicien quantique, un système quantique, une particule par exemple, occupe “réellement” (ou peut-être faudrait-il écrire virtuellement) tous les états, c'est-à-dire toutes les positions et tous les niveaux d'énergie, qui lui sont assignés par la fonction d'onde.. L'effondrement de la fonction d'onde ne correspond pas à l'élimination d'une ignorance et à la découverte de l'unique état réel de la particule, mais bien à l'évanouissement de toutes  ...   de cette section.. Nous pouvons opérer une mesure près du sommet de la cloche, où la section sera très étroite, ou près de sa base, où la section sera très large.. Si vous pratiquez une coupe très près du sommet de la cloche, vous aurez une très bonne idée de la position moyenne de l'objet quantique puisque la surface sera petite, mais presque aucune de son étendue possible, et donc par hypothèse de sa quantité d'énergie (vous ne savez pas si la cloche est très effilée, ou si elle est très évasée).. Si vous pratiquez une coupe très près de la base, vous aurez un plus grand cercle et donc une bonne idée de la quantité d'énergie que la cloche contient, mais une très mauvaise de la position la plus probable puisque l'objet quantique peut se trouver absolument n'importe où dans ce cercle.. (Oui, je vois votre objection, il n'y a qu'à prendre le centre du cercle.. Mais malheureusement, ce n'est pas possible parce qu'il n'existe plus, et vous ne disposez que d'une grandeur, la surface de la section, bien que les physiciens quantiques soient très malins et s'efforcent de parvenir indirectement à préciser le centre.. ) Vous pouvez opérer votre coupe plus ou moins haut sur la cloche en y consacrant plus ou moins d'énergie, et donc choisir de privilégier la mesure de la position ou celle de la quantité d'énergie.. Ah, j'oubliais l'essentiel : à chaque fois que vous pratiquez une coupe et donc une mesure, vous êtes obligé de casser la cloche et vous ne pouvez donc pas pratiquer plusieurs mesures sur la même.. C'est justement l'effondrement de la fonction, que certains appellent.. collapse.. , on se demande pourquoi.. Et si vous ne me croyez pas, vous avez en un sens raison parce que ce que je viens de décrire n'est qu'une image, assez éloignée de ce qu'est réellement le formalisme quantique.. Mais j'ai fait ce que j'ai pu, et tant pis pour vous.. Quant à Everett, il pensait donc que toutes les possibilités qui se sont évanouies dans cet univers au profit d'une seule, ont chacune créé un univers où s'épanouir.. Et ce qui est vrai au niveau microphysique d'une particule doit le demeurer au niveau macroscopique d'un ensemble de particules.. Vous ou moi.. Tout ce qui est possible a été, est ou sera.. Ce qui fait vraiment beaucoup d'univers.. Mais cela qui fournit l'argument d'une bonne thèse et de débats passionnés n'est peut-être plus de la science.. La plupart de mes lecteurs trouveront probablement que je me suis égaré bien loin du sujet de.. Mais outre que j'estime que ça en valait la peine, ce n'est pas exact.. Le roman de Michael Coney est une merveilleuse illustration poétique du thème des mondes parallèles, de la théorie des mondes divergents, avec en prime une théorie du voyage dans le temps, la fatalité, l'amour et le crime.. Coney a fait la synthèse de presque tout ce qui l'a précédé.. Et il est pratiquement le seul à avoir tenté d'en proposer, dès 1975, une expression littéraire, si littéraire même et si émouvante, qu'elle semble destinée à tous ceux qui croient ne pas aimer la Science-Fiction parce qu'ils pensent que la science les rebute (et en particulier les exposés comme celui qu'on vient de lire, ou de sauter).. Il est frappant que pour illustrer une théorie très abstraite, sinon abstruse, il ait fait appel à des émotions humaines puissantes, l'amour, le sexe, l'envie, le goût du pouvoir, la jalousie, l'intrigue, le meurtre.. Mais il n'est pas tout à fait le premier.. Dix ans auparavant, dès 1965, Alain Robbe-Grillet avait appliqué à l'art du roman la physique quantique, ou tout au moins le principe d'incertitude à un crime.. La structure du roman pivote, comme un instrument d'observation, autour de quelques observables, un crime, des images érotiques, qui se transforment de page en page, mais qui conservent en quelque sorte leur état d'étant.. Que l'assassinat ait été commis avec un pistolet, un couteau, une lanière d'étrangleur, un objet contondant ne change rien à son irréversibilité.. Que la fille soit blonde ou brune, mince ou ronde, pâle ou bistrée, japonaise ou européenne, ne change rien à son caractère d'objet de désir.. La Maison de rendez-vous.. est le lieu de papier où se rencontrent les éventualités possibles et multiples d'un même événement.. Au bout du rouleau, on ne peut pas dire exactement ce qui s'est passé, mais on sait, sans conteste possible, qu'il s'est agi d'une histoire d'intérêts, de sexe, de drogue et de mort, tournoyant autour des reflets diffractés de ce que Michael Coney dénomme, précisément, un charisme, « une moyenne de tous les mondes », le lieu, pour l'observateur, de l'effondrement de la fonction d'onde.. Je ne sais pas, et je ne saurai sans doute jamais, si Michael Coney avait lu.. la Maison de rendez-vous.. avant d'écrire.. Les deux livres sont si différents que cela n'a sans doute pas d'importance.. Ils représentent deux états, assez voisins par leur exotisme, de l'ensemble des possibles du roman.. Quand vous aurez fini l'un, vous pourrez aborder l'autre.. Histoire d'opérer deux mesures préparées par deux expérimentateurs raffinés.. Cité par Paul J.. Nahin dans son ouvrage fondamental,.. Time machines.. , American Institute of Physics, 1993.. Les Éditions de Minuit, 1965..

    Original link path: /archives/klein/prefaces/lp27192.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/le Gnome | Quarante-Deux
    Descriptive info: le Gnome.. Livre de poche nº 7204, février 1998.. e Chant de la Terre.. est une des séries les plus étranges de la Science-Fiction, qui en est prodigue.. Elle est supposée extraite d'un chant épique qui relate l'histoire de l'humanité, plus.. quelques autres, et qui a tant proliféré au fil des temps sur une matière si riche, qu'il faudrait plus d'un siècle pour le réciter en entier.. Nous n'en disposons donc que de fragments qui comportent à ce jour, dans la transcription très lacunaire que nous en a livrée Michael Coney (lui-même auteur peu banal), cinq volets,.. la Grande course de chars à voiles.. qui en constitue le prologue,.. la Locomotive à vapeur céleste.. les Dieux du grand loin.. le Roi de l'île au sceptre.. Ses fervents savent qu'elle conte la mésaventure d'un presque dieu, Starquin le Cinq-En-Un qui, se promenant dans l'univers des aléapistes, se trouva piégé quelque part dans l'espace par les champs de mines d'une guerre interstellaire future.. Malgré ses pouvoirs, il risquait d'y périr d'inanition au bout de quelques millénaires si l'histoire ne pouvait être réécrite afin de le libérer.. C'est là qu'interviennent les aléapistes, les Didons et quelques dizaines (pour le moins) de personnages et d'espèces insolites.. Les aléapistes sont les embranchements et les chemins du multivers, tous les possibles de l'histoire, en somme toutes ses variantes internes.. Mais elles parcourent aussi toutes les variantes externes de ce que nous considérons à tort, dans la perspective étriquée de notre clocher, comme l'Univers.. Nos physiciens y déchiffrent des lois et des constantes qui, pour sembler arbitraires en dernière instance, paraissent s'imposer à tout ce que nous pouvons observer.. Elles pourraient, semble-t-il, être différentes.. Qu'en serait-il de la réalité si elles l'étaient ? Eh bien, les univers, régions locales de ce multivers, seraient également différents.. En somme, le multivers contient tous les possibles de notre univers, tout ce qui se serait passé si une parole avait été dite ou tue, si une bataille avait été perdue ou gagnée, mais en plus une infinité d'autres univers aux règles différentes et que nous ne pouvons même pas imaginer.. Chaque univers inclut toutes les variations compatibles avec ses conditions initiales d'existence ; le multivers inclut toutes les conditions initiales d'existence des univers, et toutes leurs conséquences.. Si l'existence d'une licorne est incompatible avec les lois de notre univers, il peut exister dans l'infinité des possibles un univers tel que la licorne y soit nécessaire.. Dans la perspective du.. Chant de la Terre.. , les décisions des êtres conscients altèrent.. , éventuellement à leur insu, les probabilités d'existence de telle ou telle aléapiste.. Pour libérer le Starquin, la question est donc de favoriser tel ou tel cours de l'histoire future, de renforcer telle ou telle aléapiste de façon à ce que la probabilité de celle sur laquelle il demeure prisonnier et meurt soit si faible que cet être qui transcende les aléapistes la ressente à peine.. Si au contraire elle devient le courant principal, il est perdu pour l'essentiel et ne demeurera qu'à l'état de trace fantomatique sur les autres aléapistes, devenues improbables.. Dans certaines conditions, et afin de servir ce plan ou ce complot, des êtres moindres que le Starquin peuvent passer d'une aléapiste à une autre, d'un univers à l'autre, en empruntant des portes.. Les Didons sont les gardiennes de ces portes.. Elles sont aussi les principales pièces de la partie cosmique qui vise à libérer le Starquin, celles qui s'y affairent sur des millénaires.. Elles sont les extensions du Starquin, ses créatures indirectes, expédiées dans le passé, ses filles d'une beauté et d'une loyauté en principe absolue mais qui n'est pas sans faille puisqu'elles jouissent de leur libre arbitre.. Et tout se complique.. Laissons là l'intrigue principale du.. , dont le cours fait pour le moins des méandres.. Profitant de la liberté que lui donnent ses aléapistes et ses univers à constantes variées, Michael Coney ne s'est pas privé d'inventer des univers délicieusement étranges.. Dans l'un d'eux, il a même ajouté la variante des réalités virtuelles, ce qui lui donne encore plus de liberté s'il en avait besoin.. (Et on peut même se demander si toute l'épopée de la libération ou de la mort de Starquin, et tant qu'on y est notre univers tout entier, passé, présent et avenir, ne sont pas inclus dans une de ces simulations créées par des ordinateurs pour le bénéfice de rêveurs.. ).. Une telle liberté lui permet d'introduire rationnellement dans son multivers des univers de Fantasy, mythologiques, ou carrément empruntés à ce que nous considérons comme de la littérature, par exemple le cycle arthurien (que certains appellent.. la Matière de Bretagne.. Dans notre univers, où sa probabilité est ectoplasmique, le roi Arthur et la cour de Camelot sont des objets littéraires ; mais dans un autre univers auquel les portes des Didons peuvent donner accès, il est la vérité littérale.. Ainsi, beau sujet de méditation pour un écrivain, spécialement de Science-Fiction, ce que nous tenons pour illusions et pures créations de l'esprit humain dans notre monde, se trouve être la substance d'un autre univers pour lequel nous ne sommes peut-être que des fictions.. Sur d'autres aléapistes, Emma Bovary, Julien Sorel, et Albertine sont des êtres de chair et de sang et non des fictions de signes et d'encre.. Ailleurs, selon la formule clamée par tant de tee-shirts, « Bilbo lives », littéralement Bilbo vit.. Selon la vieille interrogation refourbie par Borges, qui rêve le rêveur ?.. Un tel usage des univers parallèles n'est d'ailleurs pas une nouveauté pour la Science-Fiction, même si Coney l'a poussé plus loin que personne.. On évoquera, sur le même registre, le génial.. Univers en folie.. de Fredric Brown, dont une génération au moins de lecteurs ne s'est jamais remise.. Dans les trois premiers volumes de son épopée (.. la Locomotive à vapeur céleste.. ), Michael Coney s'en tient à des univers de Science-Fiction, témoignant certes d'une imagination fertile.. Mais dans les deux derniers (.. ), il se met à profiter de la liberté qu'il s'est octroyé, pour introduire dans le multivers des scènes et des personnages de Fantasy, avec le gnome Fang et son monde, puis des emprunts (ou plutôt des variations) au cycle arthurien.. Que les contempteurs de la Fantasy mercantile et des paraphrases laborieuses de la Matière de Bretagne ne s'en effarouchent pas : Coney fait preuve d'une invention, d'un humour et d'une qualité littéraire dignes de la meilleure Science-Fiction, et il n'est pas besoin de solliciter beaucoup son texte pour découvrir qu'il y moque en réalité avec finesse les ridicules de la Fantasy, un peu comme Cervantés se gaussait des crédules lecteurs de romans de chevalerie.. Mais du coup, l'épopée de Coney devient aussi une des très rares œuvres qui d'une part inféode la Fantasy à la Science-Fiction, en fait un sous-ensemble, et d'autre part et surtout s'établit à cheval sur les deux genres, ce qui est fort peu commun.. On aurait pu penser (et je l'ai cru un temps moi-même) qu'un assez grand nombre d'écrivains, usant des licences.. de l'imaginaire, produisaient des œuvres hybrides, à mi-chemin des deux espèces, empruntant des idées aussi bien à une science quasi magique qu'à une sorcellerie réifiée et codifiée.. En fait, il n'en est rien.. Contrairement à ce que beaucoup d'ignorants affirment, et que certains journalistes répètent, Science-Fiction et Fantasy sont des genres spécifiques, avec des origines et des histoires distinctes, des présupposés et des structures narratives différents.. Aussi différents, voire plus, que le roman policier et le roman sentimental entre eux.. Dans le cadre de ces préfaces, j'ai eu l'occasion de souligner les conditions de l'explosion de la Fantasy commerciale sur le marché américain à partir des années 1960.. L'intrusion de Michael Coney dans ce domaine me donne l'occasion de revenir sur ce sujet controversé et de tenter de mieux définir la Fantasy pour y voir plus clair.. Que faire de mieux dans ce dessein que consulter l'éditeur le plus assidu de ce domaine, Jacques Goimard ?.. En 1970, il publie dans le supplément littéraire du.. Monde.. le premier article sérieux paru en France sur « un genre anglo-saxon : l'.. heroic fantasy.. ».. Cet article mériterait d'être cité en entier tant ses sources sont documentées et ses jugements fermes (car il n'est guère tendre pour les auteurs et pour les lecteurs de Fantasy).. « L'amateur d'.. », note cet analyste, « c'est Don Quichotte refusant de guérir.. Les révolutions technologiques peuvent bouleverser les genres de vie, les guerres mondiales balayer la planète, il n'en a cure : une fois pour toutes, il s'est réfugié dans un univers imaginaire hermétiquement clos.. L'.. représente le monde tel qu'il aurait dû être pour combler nos rêves les plus primitifs : les hommes y sont démesurément forts, les filles miraculeusement belles, les problèmes lumineusement simples.. Et il en conclut : « Il s'agit donc d'une tentative, la plus radicale peut-être, pour constituer une littérature de pure évasion : on y trouve des.. never never lands.. , des pays parfaitement étrangers au nôtre, mais décrits jusque dans les plus infimes détails et susceptibles, à ce titre, de concurrencer efficacement le réel.. Après avoir caractérisé ses lecteurs puis le genre lui-même, notre critique en vient à ses auteurs : « Repliés sur eux-mêmes, un peu schizoïdes pour tout dire, les écrivains d'.. sont prisonniers d'une fixation à leur propre passé et plus généralement au passé collectif : leurs histoires se situent souvent sur Terre avant l'invention de l'écriture ou l'avènement de l'espèce humaine ou, si elles se passent sur des mondes imaginaires, ceux-ci ont toujours un petit côté préhistorique ou médiéval.. Leurs principales sources d'inspiration sont le roman historique à la Walter Scott et les littératures primitives (ou folkloriques) revues et corrigées par les ethnologues.. Et il ajoute à leur adresse : « Pareille prédilection pour le passé ne va pas sans choix politique en filigrane : Conan l'invincible et certains de ses pairs sont des héros des origines, natifs de la forêt primitive, et leurs qualités de force brute et d'implacable bravoure (comme le style archaïsant qui orne le récit de leurs aventures) font parfois penser aux mythes nazis.. J'avoue que je ne saurais aussi bien dire.. Et cet historien de préciser les modèles et les origines lointaines du genre : « Ce souci d'imiter un passé réduit à sa valeur d'archétype, cette vocation pour le pastiche vague, ne sont  ...   longuement, et de façon pertinente, sur la méfiance que suscite le merveilleux.. Mais il ne semble pas s'apercevoir que cette méfiance s'adresse moins au merveilleux lui-même qu'au projet impossible de résolution de tendances incompatibles qu'il traduit.. C'est précisément ce caractère de pur objet littéraire qui distingue radicalement la Fantasy de la Science-Fiction, du Fantastique classique, du Fantastique moderne, du Policier, du roman historique et de toutes les autres espèces littéraires, y compris le roman “réaliste”.. Ces espèces littéraires ne se promènent pas dans un vide.. Je suis tenté de dire qu'elles ne divaguent pas.. Il faut attacher de l'importance aux images de la science et à ses capacités pour s'intéresser à la Science-Fiction ; il faut admettre que les choses seront peut-être bien comme les avenirs auxquels elle introduit, même si on n'en est pas certain.. Le Fantastique classique repose sur la complémentarité indissoluble d'une nature et d'une surnature qui fut objet de croyance (“je ne crois pas aux fantômes, mais j'en ai peur.. ”) et sur les intrusions de l'une dans l'autre ; le Fantastique moderne est hanté de l'idée qu'il y a des forces mystérieuses et incompréhensibles qui peuvent faire irruption dans le monde quotidien et qui le tissent même dans l'insu ; le Policier se fonde sur celle qu'il y a des gendarmes, des voleurs et des lois ; le roman historique sur cette autre qu'il y a un passé qui a eu des conséquences et laissé des traces.. Et ainsi de suite.. Toutes ces espèces littéraires ont leur espace de pertinence, qu'on peut discuter, et s'efforcent même sans cesse d'y tenir, de le prouver, alors que la Fantasy n'en a pas, sinon celui du vide.. Elle est oxymoronique par construction, alors qu'elles ne le sont pas.. Elle est nostalgique de l'inexistant, alors qu'elles regrettent, au pis, l'inarrivé, et parfois qu'elles le célèbrent.. Appliquer à toutes ces espèces la catégorie de l'imaginaire ne mène nulle part, sinon à la paresse et à la confusion.. Il est au demeurant possible de situer les autres espèces littéraires sur mon diagramme.. Elles se tiennent toutes loin du centre, sur les bords, par exemple la Science-Fiction entre désir et rationnel, le Policier entre morale et rationnel.. Il faudrait bien entendu multiplier les axes et transformer ce cercle magique en sphère multidimensionnelle en introduisant par exemple comme couples le temps et l'invariance (bel oxymore que le temps suspendu, et qui a à voir, oh combien, avec la Fantasy) ; le sexe et l'amour qui sont, comme chacun sait, disjoints et pratiquement incompatibles, le sexe étant une pulsion et l'amour visant une personne ; l'historique et le politique, et ainsi de suite, à votre bon cœur.. Bien évidemment, cette approche un tantinet structuraliste n'est nullement exclusive d'autres, comme celle, psychogénétique, de John Clute.. , ou celles, sociologiques dont on me sait friand.. Au contraire, elle les éclaire.. Selon Clute, la Fantasy est caractérisée par un développement en trois phases : dans la première, surprenant une ère d'innocence, une Morbidité, une force maléfique, a pénétré dans le monde, le fissure et menace de le détruire ou de s'en emparer, ce qui revient au même ; la deuxième phase est celle de l'Épreuve, de la Quête douloureuse du Remède, du Talisman ; enfin, vient, dans la troisième, la Réparation, le Triomphe du vrai, du bien et du beau, la Réconciliation, le retour du Roi, dont on sait qu'il sera définitif.. L'ordre et la paix sont revenus, mais quelque chose, peut-être, a changé : le bonheur n'est plus innocent.. Il y a eu un avant et il y a un après.. Le temps, timidement, s'est introduit dans l'être, inquiétant l'extase d'un printemps éternel… jusqu'à la série suivante.. On ne peut s'étonner que la Fantasy fascine des adolescents au moment où ils sont précisément soumis dans leur croissance à la dislocation de forces internes (et externes) antagonistes.. Ni qu'elle se développe à des moments historiques où les tensions s'exacerbent, dans la société, entre des valeurs inconciliables comme celles d'un Ancien Monde déjà révolu et d'un Nouveau en passe d'advenir.. , comme lors du triomphe de la bourgeoisie industrielle dans l'Angleterre de Morris, ou encore quand se creuse l'abîme qui sépare le paisible idéal universitaire oxbridgien de l'érudit Tolkien (thé, bibliothèque et muffins) et la violence technicienne du monde en guerre ; ou peut-être aujourd'hui, à l'occasion de la mondialisation, dans la société américaine et sans nul doute, dans la foulée, européenne.. Bien d'autres approches sont sans doute possibles et j'encourage vivement les chercheurs à les tenter et aussi à mettre à l'épreuve l'inscription dans mon schéma des diverses variétés de la Fantasy et du Merveilleux.. Cela ne me semble guère difficile pour le Merveilleux chrétien, dont Jacques Goimard avant bien repéré l'importance séminale.. Michael Coney crée précisément dans.. le Chant de la Terre.. ce qui ressemble le plus, dans le domaine de la Science-Fiction, à un pur objet de jubilation littéraire.. Il ne s'embarrasse pas exagérément de justifications, de rationalisations et de vraisemblance.. Mais il fait exister par la force de l'art et du style un personnage aussi délicieusement absurde que le gnome Fang et tout son environnement.. Ma seule crainte est que la dimension de l'exploit lui soit apparue à l'usage si excessive qu'il ait pratiquement renoncé.. Car s'il boucle à la fin sa pentalogie (Starquin vivra, mais en aviez-vous douté ?) il ne nous aura livré qu'une toute petite partie du.. Chant.. , et, pour une fois à l'instar des amateurs de Fantasy, nous aurions aimé (enfin moi) qu'il y revienne et en déchiffre d'autres épisodes.. Mais qui est cet auteur, à mon sentiment injustement méconnu — ou plutôt insuffisamment fréquenté, sans doute parce qu'il a passé une vie discrète loin des capitales —, ce maître de l'illusion, qui a exploré au fil d'une œuvre somme toute assez peu abondante presque toutes les variétés de la Science-Fiction : l'anticipation sociologique dans.. les Brontosaures mécaniques.. , les mondes parallèles et l'incertitude ontologique dans.. , et tout le reste (plus les arcanes des genres) dans la série dont il vient d'être question ?.. Né en 1932 en Grande-Bretagne, il s'installa au Canada et travailla dans l'Administration des forêts de la Colombie Britannique jusqu'à sa retraite prise en 1989.. Il a publié de nombreuses nouvelles et obtenu en 1979 pour.. (1976) le Prix de la Science-Fiction Britannique.. Il cessa ensuite un moment d'écrire,.. ne commençant à paraître aux États-Unis qu'à partir de 1983.. Ses plus récentes œuvres connues de moi,.. A Tomcat called Sabrina.. No Place for a Sealion.. (1992), destinées à un jeune public, relèvent d'un humour de l'absurde quotidien, inclassable, typiquement britannique, qui affleurait déjà dans ses livres antérieurs.. Bon nombre de ses romans et la plupart de ses nouvelles demeurent inédits en français.. Pour l'instant.. Je ne lui connais qu'un seul défaut : la timidité.. Tous parus dans Le Livre de Poche.. La théorie d'Everett, dite des mondes divergents, interprétation très particulière de la mécanique quantique, a été évoquée dans la préface de.. , du même Michael Coney, Le Livre de Poche.. Je n'y reviendrai donc pas ici.. Ce qui est le rôle du choix de la mesure (ou plutôt du dispositif de mesure) en physique quantique.. Il a été beaucoup glosé sur le primat ainsi posé de la décision de l'expérimentateur et sur le pouvoir quasi divin qui lui serait conféré, ainsi par extension qu'à toute personne consciente de ses décisions.. En réalité les choses sont assez simples.. Dans l'univers antérieur à la pensée et à la décision, la question ne se pose pas : ce qui s'est produit, se produit et se produira est frappé de la même factualité (même si l'univers quantique est probabiliste).. Le temps n'y est qu'une dimension.. Dans l'univers où il y a un physicien, celui-ci peut choisir un dispositif expérimental ou l'autre, et sa décision produira un résultat ou l'autre, incompatibles entre eux, au niveau macroscopique et avec les effets associés (par exemple, sur une plaque photographique, des franges d'interférences ou un impact quasi ponctuel).. Il aura donc bien décidé de l'existence factuelle d'une ligne d'univers plutôt que de l'autre, de façon irréversible.. Cela n'en fait pas un démiurge bien essentiel.. Dans cet univers, le temps contient un espace de choix.. Présence du futur, Denoël.. Le problème de la licence poétique, c'est qu'elle s'épuise dans son extension même.. Plus on peut tout faire, plus on fait n'importe quoi !.. Voir la préface de.. l'Intersection Einstein.. , Samuel Delany, Le Livre de Poche.. Supplément au numéro 7922, daté du 4 juillet 1970, page VIII.. Poète persan du X.. e.. siècle, auteur du.. Châh-Nâmé.. le Livre des rois.. N.. Poète anglais (1552-1599), auteur notamment de.. la Reine des fées.. Cette Reine, prénommée Mab eut une importante postérité littéraire, dont en France par exemple,.. les Douze filles de la reine Mab.. (1906), de Jérôme Doucet, Hachette 1920, qui balance entre la Fantasy et le conte moralisant.. À cette liste, Goimard aurait pu ajouter à mon avis Le Tasse (1544-1595) pour sa.. Jérusalem délivrée.. , voire son père, Bernardo Tasso (1493-1569), auteur d'un.. Amadis.. Gradus, les procédés littéraires (Dictionnaire).. , page 31, 10/18, 1981.. Ce vide évoque celui de l'espace des monuments baroques, en particulier des églises, où un contour excessivement voire outrageusement orné, symbolique des tensions de la Contre-Réforme, souligne l'absence du sujet essentiel, le Dieu caché.. Au demeurant, le Merveilleux et la Fantasy cultivent toujours, stylistiquement, l'effet baroque voire rococo.. Voir là-dessus un bref passage dans mon essai.. Trames et moirés.. , in.. Science-Fiction et Psychanalyse.. , Marcel Thaon, Jacques Goimard et alii, Dunod, 1986.. Voir son.. Encyclopedia of Fantasy.. , avec John Grant, Orbit, 1997.. Jacques Goimard indique dans sa note inédite que la réhabilitation du merveilleux à l'époque romantique est née de l'impotence esthétique de la bourgeoisie prosaïque.. Mais cette bourgeoisie a ses rêveurs, de Saint-Simon à Gustave Eiffel, en passant par Edmond About (.. le Progrès.. ) ; et le développement du merveilleux romantique est l'expression d'un conflit, non d'un simple dégoût, comme les romantiques voudraient en effet le faire croire.. Même si les romantiques et leurs successeurs, bourgeois par condition et par nécessité, étaient indéniablement de meilleurs créateurs, dans le champ littéraire, que leurs têtes de Turc.. Au demeurant, combien de romantiques et de post-romantiques ont voulu se faire passer pour des aristocrates, courant après la particule des ci-devants ?.. Robert Laffont, 1979.. mardi 9 mars 1999..

    Original link path: /archives/klein/prefaces/lp27204.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/la Grande course de chars à voiles | Quarante-Deux
    Descriptive info: la Grande….. Livre de poche nº 7144, mars 1992.. a tentation — que dis-je ? le vertige — qui s'offre aux écrivains de Science-Fiction les plus imaginatifs est de créer un avenir tout entier à leur pointure, une histoire du futur, un univers.. Sous des formes classiques, Robert Heinlein et Isaac Asimov s'y sont essayé, esquissant le chemin qui conduit de notre présent à un avenir lointain mais encore historique sur le chemin des étoiles.. Sur une gamme plus mythique, Frank Herbert a prolongé sur des milliers d'années autour d'une unique planète,.. , la série qui porte ce nom et qui plonge ses racines jusque dans le passé de la vieille Terre, dans le destin des Atreides, autrement dit des Atrides.. Bien avant et sans trop connaître la Science-Fiction, l'écrivain-philosophe britannique Olaf Stapledon avait, dans toute une série d'ouvrages à mi-chemin du roman et de l'essai, brossé une histoire géologique de toutes les humanités.. Enfin, si l'on peut dire à propos de tentatives qui se répéteront tant qu'il y aura des conteurs, Cordwainer Smith a brossé d'une palette colorée et poétique l'univers des.. Seigneurs de l'Instrumentalité.. Il faudrait remettre en perspective toutes ces démarches, examiner à quelles époques, à quels espoirs, à quelles angoisses aussi, elles correspondent et un essai n'y suffirait pas.. Michaël Coney est venu, à partir de 1982, avec sa série du.. brouiller les cartes, renouveler la problématique du livre-univers et de l'histoire du futur et compliquer encore — génialement — le problème.. Le Chant de la Terre.. est une épopée si vaste qu'il faudrait plus d'un siècle pour le réciter en entier.. Elle couvre toute l'histoire de l'humanité.. Et seul Alain-Nuage-Bleu qui est dans un très lointain avenir, disons dans plus de cent cinquante mille ans, une extension du plus puissant ordinateur jamais construit, l'Arc-En-Ciel, pourrait vous en raconter un fragment, longtemps après que l'histoire terrienne est achevée.. Mais.. ne conte pas seulement.. une.. histoire de l'humanité.. Il en conte tous les possibles, disséminés sur toutes les “aléapistes”, ces bifurcations innombrables du temps.. Et il y a à cela une très bonne raison.. C'est que dans un avenir très éloigné, à la suite d'événements qu'il serait fastidieux de raconter ici mais que vous découvrirez dans les fragments publiés du.. , un être vraiment cosmique, Starquin le Cinq-en-un, qui s'était intéressé depuis au moins deux cent cinquante millions d'années au destin de la vie sur notre globe, se trouva retenu prisonnier dans notre voisinage par les Bombes de Haine.. Risquant de mourir, afin de se libérer il utilisa à travers le temps ses extensions, ses doigts, les Didons, et entreprit de manipuler l'histoire humaine.. Pour lui, nous ne sommes, nous n'étions, nous ne serons, guère plus que des insectes, encore qu'à sa manière immense, il nous manifeste beaucoup d'égards.. Et toutes ces manipulations induisent, chez des humains choisis et occupant quelque situation cruciale dans la trame de l'histoire, d'éventuels changements de décisions et donc des possibles alternatifs, d'autres avenirs, des aléapistes.. Toutes ces  ...   qui sont parus antérieurement dans la même collection par une de ces aberrations propres aux aléapistes.. Viennent ensuite.. et bien d'autres histoires qui ne portent pas encore de nom et qui, comme les précédentes, sont de simples lambeaux, ô combien savoureux, arrachés au tissu chatoyant du.. Il n'est pas très facile de se repérer dans la chronologie du.. bien qu'elle soit indiquée ici et là de façon très précise mais selon le système des années Cycliques dont le rapport avec notre calendrier demeure incertain.. Starquin s'est intéressé à notre planète il y a au moins deux cent cinquante millions d'années, quand la vie balbutiait et que tous les continents n'en formaient qu'un seul.. On sait aussi que l'Arc-en-Ciel, cet ordinateur géant, fut créé vers le cinquante-deuxième millénaire, en « ce passé si reculé où l'Homme découvrit l'électricité ».. On peut penser qu'ou bien l'ordinateur se trompe sur la chronologie des événements antérieurs à sa naissance, ou encore que les années Cycliques débutent avec la naissance de l'humanité, ou bien qu'entre notre ère et celle-là il y a un abîme si vaste que rien ne permet de l'évaluer.. En l'année Cyclique 91342, durant l'Ère du Renouveau, l'espèce humaine fut menacée par une espèce étrangère, les Bo Adon Su.. Elle leur opposa une race particulière de Spécialistes, les Nou n'Ours.. En 91702, la Capitaine Spring ramena sur Terre un parasite singulier, le Macrobe, qui permit aux humains de voyager dans le Grand-Loin sans astronefs, grâce à la Pensée Extérieure.. Cette expérience faillit leur être fatale car ils se heurtèrent aux habitants de la Planète Rouge (rien à voir avec Mars pour ce que j'en sais) et durent leur opposer des armes terribles dont les Bombes de Haine.. Ce sont celles-là qui retinrent Starquin prisonnier à quelques années-lumière seulement de la Terre.. Mais à peine un millier d'années plus tard, les Humains, assurés d'une très grande longévité par les Macrobes, grâce cette fois à la Pensée Intérieure, perdirent leur vitalité et se réfugièrent sous des Dômes pour y rêver à loisir le grand rêve tissé par l'Arc-en-ciel, appelé la Terre du Rêve.. Ils y devinrent les Néoténites, ressemblant à de gros bébés, bien que selon certaines traditions, les Macrobes aient joué un grand rôle dans cette transformation qui donna aussi naissance aux Loups du Malheur.. L'histoire de Karina, contée dans.. se situe au moins trente mille années plus tard.. Celle de Manuel, de la Fille et de Zozula le Cuidador qui jouèrent un rôle essentiel pour la libération de Starquin sur la plupart des aléapistes commença en 142624.. Elle est narrée dans.. et dans.. Michael Coney, pour sa part, est né à Birmingham, en Grande-Bretagne en 1932.. Après avoir été expert-comptable et avoir dirigé un hôtel au nom prédestiné de.. Jabberwock Hotel.. à Antigua, dans les Petites Antilles, il s'est établi à Sidney, en Colombie Britannique, au Canada.. Plusieurs de ses romans ont été traduits en français, dont.. Syzygie.. et bien entendu les cinq romans publiés à ce jour du..

    Original link path: /archives/klein/prefaces/lp27144.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/le Roi de l'île au sceptre | Quarante-Deux
    Descriptive info: le Roi….. Livre de poche nº 7213, février 1999.. B.. ien entendu, le roi de l'île au sceptre, c'est Arthur, l'inventeur de la Table Ronde.. Ce qui nous est l'occasion de revenir sur l'étonnant destin littéraire de ce roi mythique, ou peut-être.. historique, et dont on nous annonce presque chaque été avoir retrouvé les restes, ou du moins les vestiges du château merveilleux de Camelot.. Pour certains, ce héros aurait peut-être été un officier romain demeuré en Grande-Bretagne après le retrait des légions de l'Empire.. Devenu chef militaire des Bretons lors de leur résistance aux envahisseurs saxons au début du.. v.. siècle, il se serait appelé Artorius.. Ce nom aurait, selon une conjecture toute personnelle, perdu un S initial, Sartorius étant un patronyme latin beaucoup plus répandu, dont la traduction ne manque pas d'intérêt symbolique puisqu'il signifie le réparateur (de vêtements).. Avec un peu d'imagination, on peut même tenir Jean-Paul Sartre pour un des descendants directs du roi éternel.. Comme l'existence en Grande-Bretagne d'un tel (S) Artorius est attestée au.. ii.. siècle, il aurait déjà joui en sus de ses autres qualités, s'il s'agit du même, d'une longévité remarquable.. Pour d'autres, il ne s'agit que d'un personnage légendaire, voire purement littéraire, inventé de toutes pièces par Geoffroy de Monmouth dans son.. Historium regum Britanniae.. écrite vers 1135, tenue par les érudits modernes pour une mystification, et pouvant donc être légitimement considérée comme un des prototypes de l'.. Cette “Histoire des rois de Bretagne” est traduite, ou plutôt librement interprétée, un peu plus tard, vers 1155, en anglo-normand, par Wace, écrivain de la cour d'Henri II Plantagenêt.. Sa transposition en langue vulgaire lui assure une plus large audience, amplifiée par le prestige culturel et politique de la cour d'Angleterre.. En passant, Wace rajoute le thème de la Table Ronde.. La Matière de Bretagne est née.. C'est alors que s'amorce le destin littéraire du roi Arthur qui ne cesse de rebondir entre l'Angleterre et le continent où il trouve un prodigieux écho.. Cédant bien avant Jules Verne à la mode anglophile, Chrétien de Troyes, un peu lassé d'emprunter ses sujets à la tradition gréco-romaine, écrit vers 1170 son.. Lancelot.. ou.. le Chevalier à la charrette.. puis entreprend vers 1180 son.. Perceval.. le Conte du Graal.. , qui, d'être demeuré inachevé, connaîtra du.. xii.. au.. xv.. siècle, d'innombrables.. Continuations.. , pour la plupart en français de l'époque, quelques-unes en occitan et certaines en allemand, et jusqu'au Portugal et en Espagne, en Scandinavie et en Islande.. Ainsi, un roi celte, peut-être d'origine romaine, certes politiquement revendiqué par la cour d'Angleterre comme un ancêtre prestigieux, connaît en France sa vraie fortune littéraire.. Mais l'histoire ne s'arrête pas là.. Les romans de Chrétien de Troyes nourrissent, selon certains, le.. Mabinogion.. , recueil en langue galloise de quatre récits fantastiques, daté du début du.. xiii.. siècle — soit bien après Chrétien — et dont on ne dispose que de deux manuscrits du.. xiv.. siècle, où d'autres voient au contraire « la pure tradition locale à propos d'Arthur ».. Ainsi apparaît sans conteste possible le thème de la boucle temporelle à propos d'une œuvre littéraire, qui sera ultérieurement exploité dès l'invention de la machine à voyager dans le temps.. Surtout, le thème du roi chevaleresque repasse définitivement la Manche avec.. la Mort d'Arthur.. , achevé en 1470 par Thomas Malory, au terme d'un labeur de quinze ans certes entrecoupé d'actes de bravoure ou de scélératesse selon l'interprétation qu'on retient de la vie mouvementée de cet aventurier.. Cet ouvrage composite comportant pas moins de huit romans, publié sans titre en 1485 seulement, fut, sinon le premier livre imprimé en Grande-Bretagne, du moins le premier grand succès durable et profane de la librairie anglaise, et finit par être désigné par le titre qui figurait en sa dernière page.. Il a donc manqué de peu s'appeler.. Achevé d'imprimer.. On y trouve, entre autres emprunts à des ouvrages antérieurs, le roman de Tristan et Iseut.. La Mort d'Arthur.. fixe la mythologie de la Table Ronde et du Graal et servira de référence obligée à toutes ses déclinaisons ultérieures, proprement innombrables.. Malheureusement, en France, le prestige médiatique de ce héros anglais, de sa Table Ronde et de  ...   à la fois poétique, ironique et nostalgique.. Dans son monumental cycle du.. , Michael Coney ajoute sa pierre à l'édifice arthurien.. Ce cycle comporte une ouverture,.. , et quatre épisodes,.. qu'on va lire.. Sur cette série et sa relation avec la littérature de.. fantasy.. , ainsi que pour quelques indications sur l'auteur, je me permets de renvoyer le lecteur à mes préfaces de.. et du.. Gnome.. Je me contenterai de relever ici certains éléments paradoxaux de sa conclusion qui renouvelle entièrement la saga arthurienne.. Coney loge, sur des mondes parallèles, différents, ce qu'il nomme des aléapistes, les gnomes, l'univers arthurien et l'histoire que nous avons coutume de qualifier de réelle parce que nous l'habitons.. Ainsi les personnages de nos fictions ont leur réalité, et nous sommes pour eux, peut-être, des personnages de fiction.. Et certains de ces êtres de fiction se mettent à créer leur propre version de nos univers fictionnels (comme Nynève, la fiancée de Merlin, une variation qui l'arrange du monde d'Arthur), en d'infinis embranchements.. , ces aléapistes se mettent à communiquer parfois, voire à se confondre, et les gnomes de se retrouver dans les univers des géants, c'est-à-dire celui des redoutables chevaliers de la Table Ronde, et le nôtre.. Dans le lointain avenir de ce dernier, la plupart des Vrais Humains vivent protégés sous des dômes à l'intérieur d'univers virtuels, des univers de rêve, des univers de fiction où ils perdent leurs vies, tout sens de la réalité.. Et il ne faudra rien de moins que l'intervention d'êtres venus d'autres aléapistes, telle la fée Morgane, pour les éveiller.. Ainsi, pour Michael Coney, la fonction des êtres de fiction, ou que nous tenons pour tels, c'est de nous éveiller, c'est de nous rendre au réel, c'est de tirer le gisant Arthur qui sommeille en nous de sa catalepsie.. Peut-être en ai-je trop dit déjà.. J'ajouterai quand même que je tiens le cycle du.. pour une des plus belles créations de la Science-Fiction, et peut-être, tout simplement, de la littérature.. Pour plus de précisions, on se reportera à.. la Légende arthurienne, le Graal et la Table Ronde.. , Bouquins , Robert Laffont, 1989, qui propose une remarquable édition commentée de textes choisis.. On regrettera seulement qu'en soit absent le.. le Chevalier de.. (ou.. à.. ).. la charrette.. de Chrétien de Troyes — mais peut-être est-il réservé à un second volume qui serait consacré à l'amour et la tentation dans l'univers arthurien.. On se reportera également entre autres aux articles Cycle breton , Perceval et Mabinogion notamment, du.. Nouveau dictionnaire des œuvres.. , Laffont-Bompiani, 1994 ; ainsi qu'aux articles Arthur , Lancelot et Chrétien de Troyes du.. Dictionnaire des lettres françaises — le Moyen-Âge.. , la Pochothèque , le Livre de poche, 1992.. In.. préface de Danielle Régnier-Gohler à.. la Légende arthurienne.. , page IV.. À dire vrai, cet auteur se réfère à l'un des récits des.. , Kulhwh ac Olwen , qui serait le plus ancien.. Tout amateur se doit de lire cette préface lumineuse qui tente de mettre un peu d'ordre dans une matière aussi complexe que souvent énigmatique.. Dernière édition française :.. le Roman du roi Arthur et de ses chevaliers de la Table Ronde : le Morte d'Arthur.. , l'Atalante, 1995.. Compte tenu du fait que ces textes sont largement empruntés à des prédécesseurs de Malory, on peut sans doute considérer.. comme la première anthologie de.. Par exemple.. les Dames du lac.. les Brumes d'Avalon.. de Marion Zimmer Bradley, le Livre de poche, n.. os.. 6429 et 6430.. Sur l'histoire compliquée de cette œuvre, voir.. the Encyclopedia of fantasy.. , de John Clute et John Grant, Orbit, 1997, et la préface d'.. , traduction française signalée plus loin.. Ce n'est qu'à cette occasion qu'il dut une traduction partielle dans la Bibliothèque verte en 1965.. Deux volumes ont paru à ce jour,.. Excalibur, l'épée dans la pierre.. (1997) et.. la Sorcière dans la forêt.. (1998).. Le Livre de poche 7134, 7137.. Sur le terme de.. et certaines origines du genre, on lira avec profit la savoureuse postface de l'anthologie de.. Fantasy.. française, due à Henri Lœvenbruck et Alain Névant, Fleuve noir, 1998.. mardi 9 mars 1999 —.. mercredi 17 mars 1999..

    Original link path: /archives/klein/prefaces/lp27213.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/Babel 17 | Quarante-Deux
    Descriptive info: Babel 17.. Samuel R.. Delany :.. Livre de poche nº 7184, avril 1996.. À.. vingt ans, en 1962, Samuel Delany fait figure d'enfant prodige de la Science-Fiction, d'Orphée noir du.. space opera.. Il vient de publier son premier roman,.. les Joyaux d'Aptor.. Issu d'une famille.. de la bonne bourgeoisie noire de Harlem où son père est propriétaire d'une entreprise de pompes funèbres florissante, il a reçu une excellente éducation et commencé des études dans une institution prestigieuse qu'il a certes quittée au bout d'un an, pour écrire.. Pour mieux ressembler aussi au personnage qui revient régulièrement dans ses œuvres et auquel il s'identifie, celui du poète musicien, synthétiseur au bout des doigts, artiste un peu aventurier, navigateur au long cours stellaire, rebelle assez mauvais garçon porté sur le couteau mais tendre à souhait, adepte des modifications de la conscience et des substances idoines, entre Villon, Rimbaud et Jean Genet, bref un marginal parfaitement respectable de ces années 1960 où bourgeonne le pouvoir des fleurs.. Une fois au moins, dans.. précisément, il confie ce rôle à une femme, la poétesse Rydra Wong qui exerce un pouvoir spécial sur les mots.. Sans doute pense-t-il alors à sa femme Marylin Hacker, en effet poétesse, et dont il reproduit certains textes dans Babel 17.. Mais peut-être exprime-t-il aussi un désir plus profond.. Car une dizaine d'années plus tard, au travers de quelques remarquables nouvelles et dans quelques romans érotiques fort violents sans aucun rapport avec la Science-Fiction, il exposera sans fard sa bisexualité.. C'est un tel plaisir que de parvenir à choquer !.. Cela n'empêchera pas Samuel Delany de se retrouver, quelques livres plus tard, hôte d'universités comme écrivain, puis d'en profiter pour devenir à partir de 1988 professeur de littérature comparée à l'Université du Massachusetts.. Aujourd'hui replet, auréolé d'une somptueuse barbe grise et d'une chevelure de même abondance et nuance, il s'est mis à ressembler un peu à un hobbit, Bilbo revenu de son périple passer le reste de son âge entre sa cheminée et ses livres.. Samuel Delany, Chip pour ses intimes, est un écrivain brillant, attachant et irritant.. Mais de quel Delany s'agit-il ? De l'auteur d'histoires de Science-Fiction au fond classiques malgré une verve et une invention poétique qui apportèrent un air nouveau, comme sa trilogie baroque de.. la Chute des tours.. , comme.. (1966) et.. , son œuvre la plus surprenante (1967), qui obtinrent tous deux le Prix Nebula, comme.. Nova.. (1968) qui est peut-être son roman le plus abouti ? Ou bien de l'écrivain expérimental qui tente, parfois laborieusement et non sans un brin de complaisance, de  ...   rater ses tours lors d'une excursion prévisible mais peu convaincante dans les marais de la.. Le Delany que je préfère, le plus sincère, le plus enflammé, le plus roublard aussi parfois mais avec quelle candeur, et quelquefois maladroit mais avant tant de subtilité, c'est le jeune Delany, entre ses débuts et 1969, l'année où sa nouvelle Du temps considéré comme une hélice de pierres semi-précieuses lui valut le prix Hugo.. , qui parut en 1966 et qui obtint le prix Nebula, surgit comme une révélation.. Samuel Delany était déjà connu, mais il prenait là une autre stature.. Dans une collection populaire, un rien bas de gamme et assez décriée (mais qui avait découvert Dick et publié van Vogt, entre autres), Ace novels , il faisait entrer les sciences humaines dans le.. sous la forme de la linguistique.. Imaginez en somme Derrida au Fleuve Noir.. Il ne renonçait à aucun des délicieux poncifs du genre, mais il les détournait avec bonheur.. Et il introduisait avec volupté une réflexion sur la puissance du langage comme objet technologique.. Bien avant Roland Barthes et de façon bien plus distrayante, il proclamait que le langage est insidieusement totalitaire, qu'il informe à notre insu nos perceptions et nos conceptions du monde au lieu de se borner à les traduire, que celui qui tient le langage n'est pas loin de détenir le pouvoir.. Et enfin que la seule réplique que l'on puisse opposer à cette arme est l'intuition des poètes et leur génie dans le maniement de la langue.. La poétesse Rydra Wong est la générale en chef de cette guerre des mots.. Delany n'était pas tout à fait un innovateur en ce domaine.. Avant lui, Jack Vance dans.. les Langages de Pao.. (1958) avait déjà proposé que la différence entre des espèces étrangères pouvait tenir plus à leurs langues qu'à leurs apparences.. Et l'année même de la parution de.. , Ian Watson, dans.. l'Enchâssement.. , allait traiter différemment, sans doute de façon plus austère, de la problématique du langage.. Sans parler de Georges Orwell (.. , 1948) et de maints autres.. Mais Delany était le premier à mêler batailles d'astronefs et guerres de mots, à viser et à atteindre deux publics de la même flèche, celui du.. et celui des intellectuels.. Par là, il contribuait à faire rebondir la Science-Fiction vers son véritable âge d'or, celui de la fin des années 1960 et des années 1970, celui de l'innovation jubilante.. Aujourd'hui,.. est tout simplement devenu un classique sans lequel on ne peut pas bien comprendre l'évolution de la Science-Fiction récente.. vendredi 7 août 1998 —..

    Original link path: /archives/klein/prefaces/lp27184.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/la Ballade de Bêta-2 | Quarante-Deux
    Descriptive info: la Ballade….. la Ballade de Bêta-2.. suivi de.. Empire Star.. Livre de poche nº 7060, avril 1995.. S.. amuel Delany, né en 1942 à New-York dans une famille de la bourgeoisie de Harlem, a manifesté très tôt un penchant et un talent prononcés pour la musique et pour la littérature.. Il est l'un des très rares écrivains noirs de la Science-Fiction américaine, voire le seul en son temps, et le seul encore qui ait atteint une considérable notoriété au moins jusqu'à ce qu'il ait été rejoint par Octavia Butler.. La rareté des écrivains noirs dans la Science-Fiction américaine demeure une énigme pour le sociologue.. Elle peut en effet difficilement s'expliquer par les préjugés d'un milieu qui s'est toujours montré plus libéral et plus accueillant que l'univers éditorial pris dans son ensemble : la carrière précoce de Delany lui-même suffirait à le démontrer.. Il publie à vingt ans son premier roman,.. (1962), puis une trilogie aussi épique qu'échevelée,.. (1963).. Il n'a pas vingt-trois ans lorsqu'il écrit les deux nouvelles remarquables que vous allez lire.. Un Orphée noir, donc, qui aurait lu Lautréamont et Rimbaud sans rien renier des frénésies des.. Tout en respectant les règles au demeurant élastiques de la Science-Fiction, il aime donner à ses histoires une allure, voire un contenu, mythologique.. Et c'est pourquoi il les situe le plus souvent dans un lointain avenir, où les technologies sont si avancées qu'elles prennent une allure de magie, selon le mot fameux d'Arthur C.. Clarke, et où les hommes ont conquis les étoiles et rencontré des espèces improbables.. On n'y trouve pas d'empires galactiques mais plutôt des archipels interstellaires entre lesquels cabotent des capitaines courageux et des artistes aventureux qui ont des allures de gitans.. Ainsi le héros de.. consulte le tarot et joue de la théramine.. Ce dernier instrument mérite ici un commentaire car le mot figure dans peu de dictionnaires.. Il s'agit d'une sorte de synthétiseur portable, croisement d'une guitare électrique et d'un accordéon, qui permet de reproduire tous les sons d'un orchestre plus ceux d'instruments jamais inventés ; quant à son nom que Delany n'a pas inventé mais fort bien illustré, il désignait dans l'entre-deux-guerres un des premiers synthétiseurs électroniques, inventé par un ingénieur d'origine russe, Theramin, l'équivalent en quelque sorte de nos ondes Martenot.. Cet univers, par son ouverture à la différence, par sa fraîcheur lyrique, son optimisme raisonné aux accents souvent dramatiques mais rarement tragiques, et surtout son ouverture à l'avenir, représente quelque chose de très singulier et peut-être d'unique dans la Science-Fiction américaine.. Les meilleurs connaisseurs du genre, comme Michel Demuth qui a beaucoup œuvré à faire connaître Delany en France et qui a été l'éditeur initial du présent recueil, ne s'y sont pas trompés.. On décèle  ...   a quatre mille ans.. Toute une confiance dans l'avenir et dans la pérennité de valeurs qui peut, trente ans plus tard à peine, sembler naïve et même surannée, transparaît dans ces quelques mots.. Mais c'est tout autant, et surtout, une affirmation de la puissance de la poésie, des mots là où ils s'aventurent au bord fragile et frémissant du sens.. Et cette affirmation n'est ni naïve, ni surannée.. Même si les noms se trouvent oubliés, en quatre mille ans, même les noms de Theodore Sturgeon et de l'Arkansas, on peut croire que subsistent au creux de mots eux-mêmes changeants le fil du chant, la tradition de l'émotion.. C'est de cette conviction que se nourrissent l'art et la réflexion de Samuel Delany.. Lorsqu'au milieu de sa vie, il cesse apparemment d'écrire pour enseigner à partir de 1975 la littérature comparée, notamment à l'Université du Massachussets où il obtient une chaire en 1988, il continue de servir, au travers de la linguistique, la poésie.. L'une et l'autre lui paraissent porter et éclairer ce qu'il y a de plus continu, de plus permanent, dans le temps et dans l'espace à travers l'histoire de l'humanité.. Joneny, le jeune héros de.. (1965), n'est pas en vain un ethno-linguiste, et ce n'est pas pour rien qu'il cherche dans les obscurités d'une chanson la solution aux énigmes d'un Voyage.. Delany, dont le nom rime avec celui de son héros, s'est lancé dans la même quête.. Mais cette attention, on est tenté d'écrire cette affection, aux œuvres du passé, voire de notre présent condamné à devenir un passé, n'est pour lui jamais synonyme d'un conservatisme, d'une fermeture frileuse sur un patrimoine figé.. Les mythes ne sont pas l'occasion d'un retour nostalgique à un passé surcomposé, mais de variations sur l'avenir inattendu que des mots anciens permettent de continuer à dire et à prédire.. Dans la seconde nouvelle,.. Empire star.. (1966), en effet, la trame se replie sur elle-même pour produire, à l'infini, du nouveau, métaphore à mes yeux de la littérature dans tout son déploiement, palimpseste regratté qui, loin de se répéter à jamais, se renouvelle dans les erreurs, les interprétations et les révélations de ses copistes comme de ses créateurs.. C'est une nouvelle profonde, et peut-être difficile, que je vous recommande de lire au moins deux fois.. Elle s'inscrit à l'exact opposé de la production de répétition, de réduplication qui, sous couvert de distraction et d'asservissement mercantile aux goûts supposés du grand public, tend à envahir la Science-Fiction elle-même de nos jours.. Provisoirement, on l'espère.. Comme l'écrit Samuel Delany dans la conclusion qu'il lui donne : « C'est un commencement.. C'est une fin.. Je vous laisse le soin d'ordiner vos perceptions afin de faire le voyage de l'un à l'autre..

    Original link path: /archives/klein/prefaces/lp27060.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/la Chute des tours | Quarante-Deux
    Descriptive info: la Chute….. Livre de poche nº 7209, juin 1998.. C.. ertains des amateurs les plus sérieux, voire les plus gourmés, de la Science-Fiction n'entendent pas évoquer sans un froncement de sourcils, un plissement du nez et une moue réprobatrice,.. le.. Épris d'extrapolations scientifiques, de prospectives sociales, ou des analyses subtiles et parfois poétiques des états d'âme d'un télépathe ou d'une intelligence artificielle, ils auraient tendance à traiter par le mépris une sous-espèce de la Science-Fiction où des nefs interstellaires croisent, se défient et s'affrontent entre des mondes innombrables, souvent peuplés de créatures aussi exotiques que burlesques, dans un univers romanesque ou romantique — c'est selon l'arrivage — qui exhibe parfois trop sa connivence avec les contes de fées, les récits controuvés d'exploration et les histoires de pirates.. Je voudrais donner ici à réfléchir à ces hypothétiques lecteurs, et leur proposer en faveur du.. une plaidoirie en trois arguments, sentimental, philosophique et enfin littéraire.. Mais une question préliminaire se pose.. Le.. fait-il encore partie de la Science-Fiction ou bien s'est-il assuré une autonomie redoutable ? Cette question n'est pas purement formelle et recoupe certaines interrogations critiques qu'ont formulées des experts aussi éminents que Dan Simmons et Norman Spinrad à propos de la différence entre Science-Fiction et Sci-Fi, cette exploitation répétitive et mercantile de décors certes inventés par les auteurs de Science-Fiction.. Je renvoie le lecteur à l'article de Dan Simmons pour ce qui est des rapports entre Science-Fiction et Sci-Fi, me bornant à relever que cette dernière relève presque en totalité du.. même si elle n'entretient plus que des rapports distants et presque purement cosmétiques avec la Science-Fiction proprement dite.. Par exemple, le décor spatial de.. la Guerre des étoiles.. provient bien de la Science-Fiction mais on peut se demander si cette série et certains des produits dérivés appartiennent encore au genre qui les a rendus possibles.. En dépit de ces dérivations et dérives, il ne fait pas de doute pour moi que le.. fait toujours partie de la littérature de Science-Fiction dont il ne constitue qu'une variété, au demeurant étroitement intriquée avec les autres.. L'expression elle-même date de 1941.. Elle est forgée par Wilson Tucker pour qualifier d'un sarcasme — déjà — la Sci-Fi de l'époque.. Tucker s'inspire du modèle du.. soap opera.. , feuilleton radiophonique et sirupeux diffusé à l'intention des ménagères et destiné à servir d'interlude entre deux messages publicitaires vantant le plus souvent des marques de lessive.. Le terme renvoyait implicitement à la légèreté de la bulle de savon et à l'inconsistance de la mousse.. Mais comme il arrive souvent, l'intention ironique se perdit presque entièrement en chemin et l'expression en vint à désigner tout à fait communément une vaste partie de la Science-Fiction, celle des romans d'aventures spatiales.. Son second terme influa certainement sur ce destin car ce mot d'.. opera.. évoquait non seulement des.. œuvres.. mais aussi, invinciblement, des drames lyriques où se mêlent inextricablement la grandeur et la convention, le sentiment et le théâtre.. Difficile de parler de space opera sans entendre immédiatement à travers son oreille interne sur fond de nébuleuses quelques mesures de la Chevauchée des Walkyries.. Et c'est pourquoi j'écrirai dorénavant space-opéra.. Mon premier argument sera donc esthético-sentimental.. Bien endurci serait l'amateur chevronné de Science-Fiction qui prétendrait être demeuré, au nom de la raison, totalement insensible aux charmes de la musique des mondes, des astronefs-univers et des étrangers tentaculaires.. Celui qui a eu quinze ans dans les années cinquante et qui n'a pas frémi en découvrant.. les Rois des étoiles.. d'Edmond Hamilton publié dans Le Rayon Fantastique n'a pas connu l'appétit de vivre.. Le fait que cette œuvre de la fin des années quarante reproduisait purement et simplement l'intrigue du.. Prisonnier de Zenda.. , roman d'amour et d'aventures célèbre dans l'entre-deux-guerres, porté plusieurs fois à l'écran et plutôt tarte, n'avait rien à voir à l'affaire.. Ce qui comptait, c'était l'idée d'un lointain avenir où les étoiles seraient entourées de mondes habités reliés par des astronefs aux capitaines aventureux.. C'était la vision différente et grandiosement naïve d'un firmament que cette idée introduisait.. De cosmique, il devenait vivant, historique, accessible, même si ce ne devait être que dans bien des générations.. Je ne me risquerai pas ici à tenter une histoire du space-opéra qui promettrait d'être aussi longue que le roman déjà imposant que vous allez lire (et qui relève marginalement du sous-genre).. Mais je voudrais esquisser une approche de sa préhistoire, qui l'éclairera, je l'espère d'un jour nouveau, et qui me permettra d'introduire mon second argument.. Le space-opéra réunit presque nécessairement un certain nombre d'ingrédients.. Il se situe dans un lointain avenir si bien que certaines des dures nécessités de la physique d'aujourd'hui peuvent être réputées contournées, relativement par exemple à la durée des voyages et aux paradoxes qui résultent de  ...   peu plus loin, en auréole, se trouvent les Lenteurs, où l'on pense tant bien que mal et où se situe probablement notre Terre.. Plus loin encore se déploie l'En-delà où peuvent régner des entités incomparablement supérieures, éventuellement quasi divines.. Or ce concept fait exactement écho à deux hypothèses développées séparément par Nicolas de Cuse (1401-1464) et par Emmanuel Kant.. Selon Steven J.. Dick, Nicolas de Cuse, « non content de peupler les régions du cosmos, jusque-là réservées à Dieu, de corps célestes composés d'éléments terrestres, (il) peupla ces corps à leur tour d'êtres rationnels.. Non content de démolir la hiérarchie spatiale des sphères célestes, il la remplaça par une hiérarchie intellectuelle fondée sur son idée de la composition des corps célestes.. » Et de le citer : « On peut supposer que dans la région du soleil, il existe des êtres solaires, des habitants à l'esprit brillant et éclairé, plus spirituels par nature que ceux qui pourraient habiter la Lune, lesquels sont peut-être lunatiques, tandis que les habitants de la Terre sont plus grossiers.. On peut supposer que ces intelligences solaires ont une grande capacité d'action et une puissance limitée, tandis que les habitants de la Terre sont grands par la puissance et faibles par leurs actes, alors que les habitants de la Lune sont entre les deux.. Quant à Kant, plus proche à tous points de vue de Vinge, il estimait, selon Dick, « que la périphérie, et non le centre, était primordiale.. Ce jugement était fondé entièrement sur la nature des habitants situés à différentes distances du centre, que l'on pouvait déterminer grâce à la connaissance du type de matière dont ceux-ci étaient faits.. Selon les lois de la Nature, cette matière serait à sa densité maximum au centre absolu, et deviendrait de plus en plus ténue à mesure que l'on s'approcherait de la périphérie.. Pour Kant, il existait un rapport direct entre cette matière et la capacité des habitants à réfléchir.. » Ainsi Kant introduit « l'image d'un univers occupé par des êtres rationnels de tous niveaux, depuis les origines de la rationalité au centre, où les créatures «.. sont plongées dans une sorte de matière rigide et immobile qui maintient leurs pouvoirs enfermés dans une inertie insurmontable.. » jusqu'à la périphérie, où sont en train de naître des créatures nanties de degrés de rationalité et de spiritualité de plus en plus élevées.. Ce qui est ce que postule Vinge.. Rappelons pour faire bon poids que Kant conjectura correctement, au début du.. siècle, que les nébuleuses étaient des univers-îles, semblables à notre galaxie, ce qui ne fut établi scientifiquement qu'au second tiers de notre siècle.. Je n'ai présentement aucun moyen de savoir si Vernor Vinge a lu Nicolas de Cuse ou Kant, ou à tout le moins Steven J.. Mais la rencontre est remarquable et elle en annonce sans doute d'autres.. Je ne prétends pas pour autant que tout le space-opéra soit de grand intérêt.. L'univers est principalement composé d'étendues vides.. La plupart des littératures aussi.. Mais il y brille certaines étoiles.. Car, et j'en viens à mon troisième argument, il existe bien assez de.. d'une qualité intellectuelle et littéraire suffisante pour rédimer le sous-genre si d'aucuns tenaient à le rejeter dans les enfers.. Ceux qui m'ont suivi jusqu'ici connaissent sans doute les œuvres d'A.. van Vogt, de Frank Herbert, d'Isaac Asimov, de Cordwainer Smith, voire de John Campbell, qui en représentent, entre autres, des illustrations classiques.. Plus récemment, Iain M.. Banks, avec la série de la.. Culture.. , développe une nouvelle fresque, aujourd'hui à mon goût sans équivalent par la richesse des idées et l'habileté de l'écriture.. L'éloignement dans le temps et dans l'espace, libérant tous ces auteurs des contraintes de l'immédiate vraisemblance technoscientifique, les établit dans la tradition des penseurs échevelés et rationnels dont il a été question.. Peut-être Banks, en nous éblouissant des stratégies de ses Intelligences Artificielles, a-t-il tout simplement repris des mains du jeune Kant le flambeau inextinguible de la spéculation métaphysique.. Mon exorde, tout personnel, sera donc que le space-opéra peut être, quand il est grand, la dimension la plus merveilleuse, la plus exaltante, la plus exultante, de la Science-Fiction.. Ad majorem gloriam universorum.. Voir Dan Simmons,.. la Science-Fiction, une fenêtre sur l'avenir.. Galaxies.. , nº 8, printemps 1998.. Dans une perspective théologique et métaphysique et non pas historique, le concept d'anticipation étant relativement récent.. Actes Sud, 1989.. Édition originale.. Plurality of Worlds, the Origins of the Extraterrestrial Life Debate from Democritus to Kant.. , Cambridge University Press, 1982.. Le Cherche-Midi éditeur, 1996.. Fictions philosophiques et Science-Fiction.. , Actes Sud, 1988.. Opus cité, page 63.. Opus cité, pages 236 et 237.. L'Homme des jeux.. l'Usage des armes.. une Forme de guerre.. Excession.. au Livre de Poche,.. l'État des arts.. chez DLM..

    Original link path: /archives/klein/prefaces/lp27209.html
    Open archive

  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/l'Intersection Einstein | Quarante-Deux
    Descriptive info: l'Intersection….. Livre de poche nº 7193, avril 1997.. orsque Samuel R.. Delany publie en 1967.. , on entend distinctement grincer les vieilles charnières du monde.. Les fabuleuses années soixante n'ont pas fini d'épuiser.. leurs mirages.. L'Amérique s'est déjà engagée dans les rizières mais elle n'y a pas encore embourbé son rêve.. Les tuyères des fusées Apollo pointées sur la Lune chauffent déjà en Floride.. En Grande-Bretagne,.. , collection d'anthologies, entreprend depuis peu de rénover l'image de la Science-Fiction sous l'impulsion de Michael Moorcock ; en 1967 précisément, elle obtient une subvention régulière du Conseil des Arts, sorte d'équivalent de notre Centre National des Lettres, et se métamorphose en une revue, vite contestée pour ses audaces stylistiques qui lui vaudront l'étiquette d'avant-garde d'une New Wave (nouvelle vague) qui redouble ses initiales.. La plage dort encore, mais plus pour longtemps, sous les pavés qui valseront en mai 1968.. Delany, né en 1942, issu de la moyenne bourgeoisie noire et élevé à Harlem, n'a que vingt-cinq ans mais il fait déjà depuis longtemps figure d'enfant précoce.. Il a publié à vingt ans son premier roman, à vingt et un ans une trilogie flamboyante,.. , qui ressemble assez à de la Fantasy bien qu'il s'agisse sans conteste possible de Science-Fiction post-atomique.. En 1965, il publie.. , où percent son intérêt pour la linguistique, son goût pour la poésie et sa propension à mettre en scène un héros aventurier, poète et musicien, qui lui ressemble de plus en plus et qui doit beaucoup aux routards lyriques, figures emblématiques du rock and roll.. En 1966, dans un nouveau roman,.. Babel 17.. , ce barde devient femme, peut-être à l'image de sa jeune épouse, Marylin Hacker, elle-même poétesse, dans un.. qui apparut à l'époque comme révolutionnaire, peut-être par la place qu'il accordait aux sciences humaines et en particulier à celles du langage et qui, s'il a perdu un peu de cette aura, demeure un très honorable prix Nebula.. L'Intersection Einstein.. est lui aussi un roman charnière dans la carrière de Delany et un roman de l'ambiguïté.. Il est salué comme un exploit littéraire et à certains égards comme un manifeste d'une nouvelle Science-Fiction, débarrassée de sa quincaillerie technicienne, réconciliée avec la littérature jusque dans sa tradition la plus ancienne, la mythologie, et il obtient le prix Nebula, manquant de peu le prix Hugo, le plus convoité, décerné par des lecteurs réunis en Convention chaque année.. Novateur, le roman l'est certainement, poussant le sens de l'élision et de l'ellipse narrative jusqu'à l'énigmatique, tout en demeurant parfaitement lisible, ce qui lui confère un charme mystérieux qui met à contribution l'imagination d'un lecteur jamais certain d'avoir tout compris.. En un sens, Delany a transposé en littérature le truc des chansons les plus célèbres de la pop music et du rock, où l'on ne parvient jamais — en tout cas pas du premier coup — à saisir tout à fait le sens des paroles, voire leur phrasé.. Mais esthétiquement révolutionnaire et mettant Delany aux avant-postes de la New Wave, c'est moins certain aujourd'hui, avec le recul.. Après tout, avec Philip José Farmer, Walter Miller Jr.. , Ray Bradbury et bien d'autres, la Science-Fiction américaine avait déjà accompli sans bruit sa révolution esthétique et s'était déjà débarrassée des accessoires galactiques qui avaient fait la gloire des.. Il restait à le faire savoir et c'est sans doute ce que réussirent.. et, un peu plus tard, une pléiade de nouvelles exceptionnelles de Samuel Delany publiées notamment par.. Dan son roman, Delany brouille le futur avec le passé en faisant un appel massif à la mythologie gréco-romaine.. Son héros noir, Lo Lobey, équipé d'une machette-flûte, se sert d'abord du côté hachette pour se débarrasser, tel Thésée, d'un monstre à mufle de taureau, puis du manche musical percé de trous pour charmer la nature et tous ceux qui peuvent lui être utiles, tel Orphée.. Et comme Orphée, il se lance à travers d'étranges enfers à la recherche de Friza la muette.. Entre ce futur indéfini et ce passé recomposé, le présent fait irruption avec les épigraphes des différents chapitres, empruntées à des œuvres contemporaines ou classiques, à un journal supposé de l'auteur, de surcroît relatif à une excursion en Europe, continent encore fort exotique pour la classe moyenne américaine, et  ...   de la guerre nucléaire et les souvenirs d'une guerre de Corée pas si lointaine, en attendant le Việt Nam, ne voit pas dans la technologie les moyens du rêve américain.. Elle se veut pacifiste, écologiste, féministe, œcuméniste, tiers-mondiste et à l'occasion marxiste baba cool.. La génération hippie, guitares sèches, laine vierge et feux de bois, ne se reconnaît pas dans la Science-Fiction pure et dure, même critique, et se délecte de Tolkien.. Avec elle, le.. New Age.. commence, qui situe l'avenir dans le passé et va faire du fou mystique une industrie.. Car ce sont aussi les enfants de Disneyland, du rêve préfabriqué et de l'historique en toc, de l'herbe et des MacDos, en attendant le Coca light.. Des commerçants avisés vont immédiatement comprendre le sens du succès faramineux de Tolkien.. Mi par admiration imitative d'un modèle qu'il s'agit de reproduire dans le détail, mi par souci de satisfaire un marché qui réclame à l'envie qu'on lui raconte toujours la même histoire, les épigones de Tolkien vont se multiplier et produire à partir de 1965 en Amérique une Fantasy de masse en éditions de poche.. Ainsi se constitue en très peu d'années un genre fortement stéréotypé et sans véritables racines.. Mais ceci est une autre histoire.. Delany semble donc hésiter dans.. au bord de la Fantasy.. En tout cas, le public de.. Bilbo.. lui fait fête.. Cet Orphée noir semble lui offrir toutes les libertés — et toutes les facilités — de l'imaginaire sans lois ni contraintes, de l'emballement des mots et des noms, des rythmes et des rimes.. Delany rejoint son public et sa génération dans cette hésitation, dans ce tremblement, pas encore post-moderne, du sens.. Mais qu'on ne s'y méprenne pas.. Il n'y bascule pas.. Au moment où le lecteur se demande si cette histoire de dragons ne va pas réveiller un enchanteur, Delany fait surgir les noms d'Einstein et de Gödel comme des incantations contre les dérives du merveilleux.. C'est qu'il croit au pouvoir de la science d'expliquer et de changer le monde, et, plus que tout, au pouvoir de l'art, avec le concours de la science, de changer la société.. Ses œuvres ultérieures, en particulier.. , relèvent de la plus pure Science-Fiction.. Pourtant, l'hésitation fera son chemin.. Bien des années plus tard, Delany décrira dans.. (1975) une culture de la jeunesse où la violence le dispute à l'art dans un monde sans lois.. Plus encore, dans la série de.. Nevèrÿon.. (1979-1987), il rejoindra les fantasmes du barbare musclé, sans pourtant renoncer formellement à la Science-Fiction ni à l'invention de sociétés étrangères mais en récusant toute technologie industrielle.. Ainsi.. annonce une bonne partie de l'œuvre alors encore à venir de Samuel Delany, jusqu'à ses entreprises critiques post-modernistes, séduisantes, originales, lyriques, égotistes, et souverainement négligentes des sévérités de la rigueur méthodologique.. Œuvre de l'ambiguïté, entre mythologie et futur, passé, présent et avenir, souvenirs personnels et fiction, Science-Fiction et Fantasy, pris entre deux générations, ce roman révèle enfin, à mots encore couverts, la bisexualité de son auteur, dont il fera par la suite un bruyant étalage, notamment dans quelques romans pornographiques et dans les quatre volumes de.. , au point de s'aliéner peut-être une partie de son public, devenu considérable.. En cela, Samuel Delany s'est voulu et a réussi à être, jusque sous l'aspect d'un respectable professeur d'université titulaire d'une chaire de littérature comparée où il enseigne à penser sérieusement la Science-Fiction, le mauvais garçon de ses rêves, héritier de François Villon et de Jean Genet.. Peut-être de Rimbaud.. Relu ou découvert aujourd'hui, trente ans exactement après sa première parution,.. reste un roman mémorable, délectable, à la fois daté et anachronique, un objet de son temps, qui a changé de sens et conservé sa verve, où l'on s'émerveillera de voir subsister dans le lointain avenir les fragiles galettes de vinyle noir qui portaient la musique dans leur sillon, et d'y entendre Dylan chanter la Bible.. Le texte de ce roman repris ici est celui de la traduction publiée par les éditions.. Opta.. en 1977, à quelques corrections près.. Il correspond à celui de l'édition américaine de 1967.. Un court chapitre aurait été ajouté ou rétabli dans l'édition anglaise de 1968, d'après.. the Encyclopedia of Science-Fiction.. de Clute et Nicholls.. Je ne l'ai jamais vue..

    Original link path: /archives/klein/prefaces/lp27193.html
    Open archive



  •  


    Archived pages: 1235