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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/Histoires de voyages dans le temps (MSF) | Quarante-Deux
    Descriptive info: section Gérard Klein.. tout Quarante-Deux.. Sauter la navigation.. accueil.. exliibris.. pgeff.. kws.. récits.. prix.. galerie.. carnets.. photos.. Vous êtes ici :.. →.. Archives stellaires.. préfaces et postfaces.. Histoires de voyages dans le temps.. Sections.. Bozzetto.. Curval.. Klein.. Divers.. Navigation.. l'auteur.. présentation.. liste des préfaces.. Gérard Klein : préfaces et postfaces.. Anthologie composée par Gérard Klein :.. –.. les Maîtres de la Science-Fiction.. Livre de poche nº 7198, avril 1997.. Détail bibliographique.. dans la base de données e.. xlii.. bris.. Chercher ce livre sur.. amazon.. fr.. L.. es histoires de voyages dans le temps font l'objet de nombreux paradoxes avant même d'être racontées.. Ce thème est devenu l'un des plus caractéristiques de la Science-Fiction, et pourtant il.. est d'invention récente, relativement à la plupart des autres : il n'apparaît, semble-t-il, qu'en 1895 avec.. la Machine à explorer le temps.. de H.. G.. Wells, et signe la naissance de la Science-Fiction moderne.. Typique du domaine et sans aucun lien avec le fantastique, il est aussi l'un des rares qui semble échapper à toute rationalisation scientifique : et cependant, il n'est rendu possible, ou plus exactement pensable, qu'avec la mesure scientifique du temps et la définition d'unités précises qui remontent au.. xviii.. e.. siècle et découlent des besoins de la navigation lointaine, bref qu'avec le chronomètre ; et tout autant qu'avec la représentation graphique abstraite du temps sous forme de coordonnées cartésiennes où par exemple celui-ci est figuré en abscisse et une autre grandeur en ordonnées, lui conférant fortement un aspect de dimension spatiale le long de laquelle il serait possible d'aller et de venir.. Voyager dans le temps, c'est explorer le passé et l'avenir, l'histoire et même la préhistoire, percer enfin le mystère de la fin des dinosaures et mesurer le nez de Cléopâtre entre autres énigmes, découvrir de quoi demain serait fait et ce que vivront nos descendants plus ou moins lointains et (pourquoi pas ?) assister en spectateur privilégié à la fin de l'univers, puis revenir enfin, plein d'usage et de raison, vivre entre ses contemporains le reste de son âge.. Mais c'est aussi, pendant qu'on y est, assurer le triomphe de Napoléon à Waterloo — si l'on est français et bonapartiste — ou confirmer sa défaite —  ...   la rejouer, ce dont, croit-il, il serait libre.. Ce profond déni de l'irréversibilité du temps et de l'effondrement des multiples possibilités des avenirs dans la fixité du passé, nourrit toutes les histoires de paradoxes temporels où il devient possible, grâce au voyage dans le temps, de mettre en cause ses origines (l'assassinat du grand-père), de gagner à coup sûr aux courses ou à la Bouse (le journal du lendemain lu dès aujourd'hui), de s'assurer le bonheur en redressant ses erreurs (et en en conservant le souvenir), de rectifier plus ambitieusement le cours de l'Histoire au profit des préoccupations du présent (qui ne sont pas forcément les mêmes pour tout le monde), de se rencontrer soi-même (mais peut-on vraiment compter sur soi ?), voire, comme on le découvrira dans deux histoires de ce recueil, de devenir (et d'avoir toujours été) son propre auteur, par chance ou par erreur.. Ce sont des histoires qui font toujours s'entrechoquer la terreur et l'ironie.. La puissance du thème est telle qu'après avoir été longtemps le symbole même de l'aporie irréductible, il est désormais courtisé par de braves physiciens qui s'évertuent à lui donner une assise scientifique.. Il est vrai que l'un des plus grands logiciens du.. xx.. siècle, Kurt Gödel, s'employa dans les années 1930, à partir de la théorie de la relativité généralisée d'Albert Einstein, à définir les conditions du voyage dans le temps.. Ces nouveaux théoriciens partent, soit eux aussi de la relativité, soit encore de la physique quantique dont certaines interprétations, impossibles à vérifier, supposent l'existence de nombreux mondes divergents où toutes les possibilités de l'univers seraient représentées.. Ainsi, et c'est un dernier paradoxe, le voyage dans le temps qui semblait uniquement dérivé d'un jeu sur les mots et sur les représentations, trouve aujourd'hui une ombre de respectabilité scientifique, même si la machine à explorer le temps n'est sans doute pas pour demain, ni même pour après-demain.. Peut-être précisément est-il nécessaire d'en posséder une pour gagner un avenir assez éloigné pour que sa construction devienne possible ?.. © Quarante-Deux.. — Reproduction interdite sans autorisation.. Voir les.. conditions d'utilisation.. Création :.. mardi 22 décembre 1998 —.. Modification :.. mardi 22 décembre 1998.. Adresse du site :.. haut de page.. écrire à Quarante-Deux..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/l'Autre île du Dr Moreau | Quarante-Deux
    Descriptive info: l'Autre….. Brian Aldiss :.. l'Autre île du D.. r.. Moreau.. Livre de poche nº 7188, octobre 1996.. L'.. an dernier, c'est à dire en 1995, les Français ont manqué une belle occasion de satisfaire leur insatiable appétit d'anniversaires et de commémorations.. Cent ans plus tôt, exactement, avait.. paru sous forme de livre (une version un peu différente ayant été publiée en feuilleton l'année précédente).. the Time machine.. ) d'Herbert George Wells, né lui-même en 1866.. Le succès immédiat du roman n'annonçait pas seulement le début de la carrière de l'écrivain mais il marquait aussi, à mon sentiment et selon l'avis également d'experts plus qualifiés, le point de départ de la Science-Fiction moderne.. Et il eût donc convenu, l'an dernier, de fêter comme il se devait le premier centenaire de la Science-Fiction.. Ce point de départ est au demeurant contesté.. Certains historiens du domaine font remarquer à juste titre que sont parus bien avant 1895 des romans d'aventures scientifiques.. Pierre Versins fait remonter le genre à l'épopée de Gilgamesh et au moins à.. l'Histoire véridique.. de Lucien de Samosate.. Brian Aldiss choisit comme origine le.. Frankenstein.. de Mary Shelley (1817).. Ils ont de bonnes raisons mais qui ne me convainquent pas.. Ce que Wells introduit avec.. en 1895, c'est un mélange scabreux et jubilatoire d'interrogation théorique, de science pratique ou appliquée (même si elle est ici purement incantatoire), d'aventures, d'exotisme métaphysique qui va bien au-delà des océans et des pôles, et de réflexion sur l'avenir de la société, sur l'histoire.. Ce mélange très singulier va s'épanouir durant un siècle de Science-Fiction moderne.. Rien n'indique qu'il soit en train de s'épuiser, bien au contraire comme en sont persuadés les lecteurs de cette collection.. Il est jusqu'à ce mot même de machine qui intervient peut-être pour la première fois dans un titre de roman, au moins dans cette acception.. Ce n'est pas que Wells ait donné le ton et que chacun se soit ensuite préoccupé de l'imiter ou de s'en inspirer.. C'est qu'il est tombé juste, le premier, au bon moment, qu'il a cristallisé, sans référence au fantastique ni à aucune forme littéraire insolite antérieure, probablement sans l'avoir consciemment cherché, des ingrédients des temps modernes, l'émerveillement dû aux possibilités ouvertes par la science et la technique mais aussi l'inquiétude sur leurs conséquences, la temporalité de l'évolution, la transformation de la société par la science et la technique pour le progrès mais aussi pour le pire.. Aux déjà classiques jérémiades sur la destruction des valeurs par le monde industriel, il a substitué des problématiques.. Ces problématiques constituent la Science-Fiction moderne.. Et c'est pourquoi d'assez nombreux auteurs ont été tentés de dialoguer avec H.. Wells et de pousser la chose jusqu'à donner une suite à quelques-uns de ses livres.. Cette forme de postérité littéraire n'est pas absolument exceptionnelle depuis au moins.. la Suite d'Homère.. de Quintus de Smyrne sans négliger.. l'Enéide.. , mais elle demeure assez rare pour mériter examen.. Une motivation assez courante et quelque peu méprisable consiste à prolonger un immense succès dans l'espoir d'en tirer un avantage mercantile comme il fut fait pour.. Autant en emporte le vent.. Ce ne fut certainement pas le cas des épigones temporaires, conscients et délibérés, de Wells.. Ils interviennent trop longtemps après les œuvres qui les stimulaient et alors, même si elles sont encore assidûment lues, qu'elles ne sont plus depuis belle lurette des best-sellers.. Non, ils veulent prendre une seconde fois la citadelle, rendre à celui qui fut souvent leur  ...   — en 1996.. Puisque le roman débute en temps de guerre, les premiers mois de la guerre mondiale de 1996, il vient désormais ajouter à ses qualités le charme d'une uchronie.. Mais il a d'autres intérêts.. Lorsque Wells découvre son Docteur Moreau charcutant des animaux pour les faire accéder à l'humanité, la biologie de son temps, qu'il connaissait assez bien, ne permettait même pas d'imaginer les voies rationnelles de telles transformations.. Ce que Wells met sur la scène du théâtre scientifique, c'est un désir, un désir de puissance à travers lequel, soit dit en passant, il se pose comme l'anti-Kipling.. L'idée de Wells, c'est que la science permettra de transformer la matière, y compris la matière vivante, et qu'il est temps de consacrer à ce pouvoir hypothétique une réflexion morale, nous disons aujourd'hui éthique, avant que les capacités concrètes d'agir ainsi n'apparaissent comme elles ne manqueront pas de le faire.. Le monde de Wells ignore tout ou presque de la génétique moderne.. Le concept de gène n'existe pas encore, ni celui de groupe tissulaire.. Le chirurgien si expert de Wells est donc au fond un occultiste de la science.. Mais il n'en va plus du tout de même, un peu moins de cent ans plus tard, lorsque Brian Aldiss écrit.. Non seulement les mécanismes les plus intimes de la cellule sont, sinon entièrement compris, du moins entrevus, mais encore les modifications d'espèces animales et végétales et les transferts de gènes d'une espèce à l'autre ont déjà été pratiqués.. Ce qui relevait d'un occultisme est entré dans le champ de la technique.. La spéculation morale est devenue un souci du législateur qui tâche de s'en défausser sur des comités d'éthique eux-mêmes toujours en retard sur les possibilités et parfois les réalisations des laboratoires, faute peut-être d'avoir lu assez de Science-Fiction.. Il y a pire.. Les motivations ou encore les rationalisations du Moreau de Wells étaient pour le moins floues et il y avait comme de la folie là-dedans.. Celles du D.. Moreau d'Aldiss sont parfaitement actuelles, rationnelles et tout à fait dignes de la perversité d'un grand État moderne.. Vous allez en juger.. En d'autres termes, la différence essentielle entre le roman de Wells et celui d'Aldiss, qui visitent à peu près le même décor (très renouvelé, rassurez-vous), c'est que le premier est encore une fable tandis que le second commence à ressembler à une séquence de journal télévisé.. Ce passage de la fable à la quasi-information témoigne de la transformation de la Science-Fiction moderne en un siècle d'existence.. Ce ne sont pas tant les auteurs de Science-Fiction qui ont été des visionnaires.. Ce sont les hommes de science (et les appareils d'état qui les financent) qui ont su rendre opératoires les désirs qu'avaient pointés et que désignent encore les auteurs de Science-Fiction.. J'ai dit plus haut que plusieurs auteurs avaient rendu à Wells l'hommage de donner une suite, ou un écho, à l'une de ses œuvres.. Le dernier en date, Stephen Baxter, a donné en 1995, donc pour le centième anniversaire de l'œuvre, une véritable suite à.. On se souvient qu'à la fin de ce roman, le Voyageur annonce son intention de repartir le lendemain dans l'avenir, mieux équipé que la première fois.. C'est son second Voyage que conte Baxter dans.. the Time ships.. les Vaisseaux du temps.. ) qu'on lira bientôt, je l'espère, en français.. (*).. Notes.. Depuis la parution de ce texte,.. est sorti chez Robert Laffont (octobre 1998).. vendredi 7 août 1998 —..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/le Monde vert | Quarante-Deux
    Descriptive info: le Monde….. Brian W.. Aldiss :.. le Monde vert.. Livre de poche nº 7179, novembre 1995.. A.. ssez rares sont les œuvres de Science-Fiction qui ont pour cadre le très lointain avenir, celui qui introduit à des bouleversements géologiques, voire cosmologiques.. C'est que donner une vision vraisemblable de ce que sera l'humanité, notre Terre, voire l'univers entier, dans quelques milliards d'années, n'est pas une mince affaire.. Supposer que les choses auront assez peu changé revient à s'exposer au reproche de myopie.. Parvenir à les imaginer radicalement différentes risque de les rendre inintelligibles au lecteur, ou pis encore de les lui rendre si étrangères qu'il ne s'y intéressera guère.. Je propose de distinguer quatre tranches dans les avenirs de la Science-Fiction.. Le proche avenir, prolongement prospectif du présent, a abrité un grand nombre d'œuvres dont l'une des plus fameuses est.. Tous à Zanzibar.. de l'écrivain britannique John Brunner, tout récemment disparu.. Son choix conduit généralement les auteurs à privilégier dans leur réflexion un axe socio-politique.. Il couvre aujourd'hui le premier tiers du XXI.. siècle tout proche.. Le moyen avenir se situe d'ici deux à trois siècles au moins et un millénaire au plus.. Il implique un certain nombre de ruptures franches d'avec les sociétés que nous connaissons, mais de grandes lignes de force historiques, par exemple l'expansion vers des territoires plus ou moins vierges, l'espace interplanétaire ou interstellaire, y demeurent aisément reconnaissables.. C'est l'un des plus fréquentés.. L'avenir profond, bien au delà d'un millénaire, permet de décrire des sociétés en principe différentes mais où les grandes motivations de l'humanité sont encore reconnaissables, tout en accueillant à l'occasion le piment de technologies impossibles à distinguer, selon le mot fameux d'Arthur C.. Clarke, de la magie.. C'est l'horizon de grandes fresques comme la série de.. Dune.. de Frank Herbert, ou celle des.. Seigneurs de l'Instrumentalité.. de Cordwainer Smith.. Enfin, le très lointain avenir, de l'ordre du milliard d'années et au delà, prend pour acteurs, la vie dans son ensemble et l'univers, dans leurs évolutions.. Il est presque absurde d'y supposer quelque chose qui ressemble à nos sociétés ou même à nos civilisations.. Il est intéressant de relever que les auteurs britanniques se sont taillé la part du lion dans la description du très lointain avenir où leurs collègues américains se sont moins souvent aventurés : on doit tout de même citer parmi ces derniers John Campbell, Jack Vance et Gregory Benford.. H.. Wells ouvre cette voie dès.. en décrivant un avenir si  ...   fameux,.. Ozymandias.. Le lointain avenir est aussi pour la plupart des auteurs britanniques qui l'ont invoqué, une façon de conjurer leur pessimisme.. L'approche de Brian Aldiss dans.. , initialement publié en 1962, est assez différente.. Bien que la vie soit extrêmement difficile pour les humains dans ce très lointain avenir et que leur horizon soit à longue échéance barré par l'inéluctable explosion du soleil, le roman n'est pas pessimiste à la façon de Wells.. Il n'est pas non plus métaphysique dans la veine des successeurs de ce dernier.. L'unique valeur fondamentale que Brian Aldiss oppose à l'entropie, à la décadence généralisée de ces Derniers Temps, c'est la raison.. A la suite d'une rencontre fortuite avec une autre espèce intelligente, la morille, quelques humains réapprennent la curiosité et l'ambition, et finalement le goût de la liberté.. Cela durera ce que cela durera.. L'important n'est pas de s'inscrire dans l'éternité, c'est de vivre maintenant.. La morale d'Aldiss, qui déborde largement ses personnages humains et imprègne tout son univers empli d'un fougueux débordement biologique, c'est que la vie est coriace et qu'elle pourrait bien résister même à l'explosion des étoiles épuisées.. Bien plus que cette morale, sympathique mais un peu convenue, c'est la qualité en quelque sorte picturale de cet authentique classique de la Science-Fiction (Prix Hugo 1962) qui la rend unique.. Personne n'a jamais décrit un monde-jungle luxuriant et sa faune redoutable avec la jubilation tranquille de Brian Aldiss.. On aimerait que le Douanier Rousseau ait pu s'en inspirer.. Il y a peu, dans toute la Science-Fiction, que dis-je, dans toute la littérature, d'images aussi grandioses que celle d'une Terre et d'une Lune désormais figées l'une par rapport à l'autre et reliées par les fils innombrables des toiles des travertoises, araignées cosmiques.. Cette image fut reprochée à Brian Aldiss sous prétexte d'invraisemblance par un James Blish d'ordinaire mieux inspiré et qui avait dû succomber ce jour là à une attaque de naïveté aiguë.. Elle est pourtant de celles qui feront le renom de la Science-Fiction jusque dans le très lointain avenir.. Il y a peu de doute quant à la source d'inspiration d'Aldiss lorsqu'il imagina cette jungle dévoreuse.. Il avait été envoyé durant la Seconde Guerre Mondiale par l'armée britannique en Birmanie puis dans l'île de Sumatra.. Il ne pensait pas en revenir.. Il lui est arrivé d'y retourner.. En touriste.. Avant d'aller sur Helliconia.. Mais c'est là une toute autre histoire.. vendredi 27 novembre 1998 —.. jeudi 14 janvier 1999..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/l'Arc du rêve | Quarante-Deux
    Descriptive info: l'Arc….. A.. Attanasio :.. l'Arc du rêve.. Livre de poche nº 7161, novembre 1993.. vec.. Radix.. (1).. , A.. Attanasio nous avait donné un premier roman surprenant, bouillonnant d'idées et d'images, qui racontait, sous la forme d'un roman d'éducation, une sorte d'initiation.. à la Castaneda transformant en guerrier un délinquant juvénile obèse.. Que ceux qui sont rétifs aux enseignements frelatés des sorciers yaquis m'entendent bien.. Il s'agissait bien d'un roman, d'une fiction, et non pas d'un pseudo-enseignement.. Et nous savons depuis bien longtemps que les histoires inventées ont plus de vertus pédagogiques que les sermons.. Au reste, le roman d'éducation est un des genres fréquemment abordés dans l'espèce littéraire de la Science-Fiction.. Cela se comprend d'autant mieux que découvrir l'avenir ou l'extraterrestre, voire toute une civilisation autre, ressemble singulièrement à l'expérience de l'humain et de la société que vit tout adolescent.. La longueur de cette préface ne suffirait pas à énumérer les principales de ces œuvres.. Le fameux.. de Frank Herbert en fait évidemment partie, ainsi que le non moins célèbre.. En terre étrangère.. de Robert Heinlein qui y ajoute la thématique des.. Lettres persanes.. Le.. Rien qu'un surhomme.. d'Olaf Stapledon en fait partie, ainsi que presque toutes les histoires de Robert Sheckley qui décrivent la transformation d'un naïf en homme averti, guère plus avancé du reste.. Et.. le Château de Lord Valentin.. ainsi que les.. Chroniques de Majipoor.. de Robert Silverberg, sans oublier son récent.. les Royaumes du Mur.. De même que le.. Slan.. ou.. le Monde du Ā.. de van Vogt et que bien des romans d'Asimov.. Et ainsi de suite, dans la foulée de Candide, l'humanité est un perpétuel apprenti.. Il arrive même que l'apprenti soit un dieu.. Pas nécessairement un très grand dieu, mais un dieu suffisant pour en imposer à une espèce humaine limitée dans toutes ses dimensions.. Le flirt poussé avec la théologie, généralement fort teinté d'hérésie, est un des autres charmes de la SF.. Là encore, Stapledon a marqué le domaine de son génie particulier avec.. Et plus récemment Michael Coney avec Starquin le Cinq-en-Un, dans.. la Locomotive à vapeur céleste.. et ses suites qui forment.. le Chant de la Terre.. James Blish, Arthur C.. Clarke, Lester del Rey, Frank Herbert dans.. l'Étoile et le fouet.. , nous ont gratifiés en leurs temps de quasi-dieux, parfois bienveillants, parfois fort ingrats pour leur création ou oublieux de notre petitesse.. Tous ces ouvrages démontrent fortement un point historique généralement négligé par les commentateurs : la Science-Fiction n'aurait pas pu se développer sous l'Inquisition.. Dehors-Dedans, le dieu tombé de la cinquième dimension dans.. et de nos jours, présente plusieurs caractéristiques originales.. Il se trouve à l'étroit dans notre espace, ce qui est assez compréhensible et, sitôt arrivé, il est en grand danger de mourir car l'objet minuscule dans lequel il s'est matérialisé, un disque argenté de la taille d'une pièce de monnaie, a été déplacé par un gamin certes du genre dur-à-cuire.. Accessoirement, il a découvert dans notre minuscule univers le temps et le tourment.. Parvenant dans un effort agonique à se répartir entre les psychismes de quatre êtres humains dispersés sur la Terre, il n'aura de cesse de les réunir afin que tous ensemble, ils le remettent  ...   esprit comme un seul objet la phrase pénultième qui pourtant ne concerne qu'un seul sujet.. Il est cependant d'expérience courante que l'on ait, mais hors de la conscience, l'impression de penser plusieurs choses à la fois.. Une réponse, une formule, semble surgir toute armée, comme par hasard, ou comme si un génie vous la soufflait.. D'où vient-elle, sinon d'un autre compartiment de l'esprit ? Les cognitivistes estiment de la sorte qu'il existe dans notre cerveau et par suite dans notre esprit plusieurs entités plus ou moins indépendantes et faiblement hiérarchisées, qu'on appelle des routines, qui sont susceptibles de travailler chacune de son côté et, soit de transmettre à l'entité consciente le fruit de ses travaux, soit purement et simplement de s'emparer du contrôle avec l'accord d'une cellule d'arbitrage.. Les automatismes mentaux ne seraient pas autre chose que le processus de ces entités secrètes envahissant la conscience par accident ou par pathologie.. C'est une idée intéressante qui fait de chacun de nous déjà une collectivité, une subjectivité collective.. Mais les limites de cette organisation sont elles-mêmes vite atteintes.. On conçoit aisément que la conscience ne puisse prendre en compte que des résultats, et au mieux une partie des méthodes mises en œuvre pour les obtenir qui sont elles-mêmes des résultats, et que si toute l'activité neuronale était vouée à leur observation, il ne resterait rien pour les élaborer.. Mais cette division des tâches qui fait échapper à la conscience la plus grande partie du travail de l'esprit et de l'encéphale, ne fait que repousser le problème.. Les routines, ou entités ou encore agents, sont par nécessité en nombre et d'extension limités.. Comme Dehors-Dedans, et comme le pensaient les gnostiques, jetés en ce monde, nous sommes bornés non seulement dans notre conscience mais, un peu plus loin, dans notre inconscient.. La seconde métaphore ouvre une porte dans ce mur.. C'est que la division des tâches entre les membres de l'humanité, comme celle de Dehors-Dedans entre ses porteurs, a permis d'élargir le champ de cette conscience collective, ou plutôt une fois encore de cette subjectivité collective, dans des proportions insoupçonnables, et de la doter de pouvoirs qui seraient déjà ceux d'un petit dieu de dimensions respectables.. L'histoire de Babel prend ici un son relativement neuf.. C'est la discorde entre les hommes, le défaut de s'entendre, plus que la confusion des langues, qui les empêche de s'élever jusqu'au ciel.. Il faut l'intervention d'un dieu jaloux pour empêcher la croissance d'un autre dieu.. L'essentiel, en tout cas, de ce travail collectif, nous demeure inconscient.. Peut-être y a-t-il encore d'autres solutions.. Ainsi celle qui nous doterait d'extensions électroniques, d'assistants informatiques qui multiplieraient notre mémoire, notre capacité logique, et qui feraient de notre conscience limitée un petit décideur, ou seulement un regard, placé au sommet d'un inconscient en expansion, repoussant sans cesse ses frontières.. Certains mathématiciens ont même calculé quelle en serait la limite, celle d'un ordinateur qui aurait la taille de l'univers et qui serait composé d'éléments juxtaposés dont chacun aurait la taille d'un proton.. Il existe des problèmes qui le dépassent.. Il nous faudrait alors, comme Dehors-Dedans, déborder les dimensions pour devenir plus, au risque de tomber dans moins.. Le Livre de Poche.. jeudi 14 janvier 1999 —..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/Excession | Quarante-Deux
    Descriptive info: Excession.. Iain M.. Banks :.. Livre de poche nº 7241, juin 2002.. Le logicisme engendre l'illusion qu'on pourrait étendre de manière continue la caractéristique logique à la science de l'univers, lui associer en quelque sorte un modèle universel où coexisteraient entités physiques et entités mathématiques.. Claude.. Imbert.. (Article sur Gottlob.. Frege.. de l'.. Encyclopædia Universalis).. vec la série de.. la Culture.. qui comprend désormais cinq titres,.. une Forme de guerre.. l'Homme des jeux.. l'Usage des armes.. et.. le Sens du vent.. , Iain M.. Banks,.. l'un des plus doués des écrivains britanniques de sa génération, a renouvelé le thème de la société galactique.. Il succède ainsi entre autres à Isaac Asimov avec le cycle des.. Fondations.. , à Frank Herbert avec celui de.. , à Cordwainer Smith et ses.. et à Ursula Le Guin avec.. la Ligue de tous les mondes.. devenant par la suite.. l'Œcumène.. Mais là où les deux premiers avaient projeté dans un avenir lointain des empires plutôt réactionnaires sur des modèles inspirés de l'antique, le troisième une néo-féodalité technocratique et où la dernière avait maintenu des monarchies et des aristocraties, Banks imagine une civilisation progressiste, libérale voire anarchiste, tolérante et suprêmement hédoniste, qui est de surcroît une véritable société d'abondance.. Il a du même coup élaboré une des principales utopies, voire la seule, de la fin du.. siècle.. (2).. Dans chacun des volets indépendants de ce cycle, Banks met en valeur un aspect de la Culture.. Une Forme de guerre.. présente la Culture, son service Contact et sa sulfureuse section Circonstances Spéciales, spécialiste des coups tordus.. L'Homme des jeux.. illustre la dimension ludique de la Culture et les ambiguïtés de ses relations avec d'autres sociétés qu'elle cherche à convertir à ses valeurs.. L'Usage des armes.. reprend la même idée sur une note plus martiale.. enfin donne la vedette aux Intelligences Artificielles qui sont les véritables gestionnaires de la Culture.. Ce qui peut être l'occasion de revenir sur la notion d'Intelligence Artificielle dans la Science-Fiction et dans la technologie.. Je ne considérerai ici les robots que sous cet angle, en faisant abstraction de leur aspect humanoïde.. Curieusement, dans les œuvres de Science-Fiction, l'Intelligence Artificielle paraît faire davantage écho à la mythologie et à la théologie qu'à la technologie, en tout cas au désir ou à la crainte plus qu'à un savoir, à des sentiments plus qu'à des arguments.. Pour ne retenir que quelques exemples canoniques, dans la fameuse pièce de Karel Čapek,.. R.. U.. R.. , qui introduit le terme de robot, ceux-ci sont des esclaves industriellement produits, lointains successeurs de la créature de Frankenstein, qui, comme elle, finissent évidemment par se révolter.. On retrouve les mêmes esclaves intelligents et conscients dans le livre de Robert Silverberg,.. la Tour de verre.. (3).. Dans le curieux roman de Jack Williamson,.. les Humanoïdes.. , les robots apparaissent comme des sortes d'anges gardiens de l'humanité, qui, pour la bonne raison de la protéger en toute circonstance, finissent par la châtrer au moins moralement en lui interdisant toute prise de risque.. Indication que retient Isaac Asimov en la déplaçant sur les robots dans ses nombreuses nouvelles où il les théorise comme des humains dotés d'un énorme surmoi (résumé dans les fameuses Trois Lois de la Robotique) et par là eux-mêmes châtrés.. Hal, l'ordinateur assassin de.. 2001, l'odyssée de l'espace.. , imaginé et mis en scène par Arthur C.. Clarke et Stanley Kubrick, est lui aussi une sorte d'ange protecteur qu'une aporie transforme en démon.. Dans son roman.. le Problème de Turing.. , écrit en collaboration avec Harry Harrison, Marvin Minsky qui fut un des théoriciens de l'intelligence artificielle, se contente de prendre ses désirs pour des réalités.. Banks lui-même, dans la série de la Culture, présente ses I.. , du drone au Mental capable de gérer à ses moments perdus une orbitale, comme des anges tutélaires susceptibles de se métamorphoser en furies, c'est selon : ils sont certes incapables de mentir, mais côté casuistique, ils ont de la ressource.. Enfin, Lester Del Rey dans Helen O'Loy et Brian Aldiss dans I.. , récemment porté à l'écran, proposent des simulacres d'humains, destinés à satisfaire des besoins affectifs des humains, et qui y réussissent si bien qu'ils finissent par les ressentir.. Ces écrivains ont, sans hésiter, choisi de représenter ce que certains spécialistes nomment l'I.. forte, qui implique l'également voire le dépassement, par une machine, de toutes les capacités intellectuelles d'un être humain.. En bref, les Intelligences Artificielles de la Science-Fiction sont soit des humains améliorés et suprêmement moraux, soit des anges ou de petites divinités qui, chez Frank Herbert dans.. (4).. ou chez Dan Simmons dans.. Hypérion.. et ses suites.. (5).. , peuvent virer au démoniaque, se rebeller selon un vieux cliché contre leur créateur et entreprendre de l'annihiler.. Leur inspiration est d'ordre logique, juridique et morale.. Elle tourne autour du pouvoir et des pouvoirs d'entités presque omniscientes.. La problématique même de la création de l'Intelligence Artificielle est curieusement absente de ces œuvres à l'exception notable d'un roman de Frank Herbert,.. Destination : vide.. (6).. Il convient toutefois de faire une place à part à Greg Egan, informaticien lui-même, qui, dans.. la Cité des permutants.. , ouvre des perspectives radicales en abolissant la distinction entre univers réel et univers virtuel.. Est-ce parce que les exemples concrets et même les précédents théoriques accessibles feraient défaut dans la constitution de ces images de la science dont cette littérature se nourrit, ou bien la raison en serait-elle plus profonde et tiendrait-elle à l'indéfinition même du concept qui demeurerait dans son fond sans véritable contenu, ni pratique, ni même programmatique, hors de prophétiques exhortations ? On ne saurait faire grief à des auteurs de fiction de faire appel à des sources théologiques ou angélologiques et de projeter des désirs d'ordre et de justice ou des craintes de dépassement radical.. Mais il n'en est pas de même pour l'abondante littérature d'information scientifique sur le sujet qui va d'ouvrages techniques pointus à d'incertaines anticipations journalistiques.. Elle prêche presque tout entière dans le même sens : l'Intelligence Artificielle est pour demain et elle dépassera l'intelligence humaine.. Elle est profondément contestable.. (7).. Dès le départ, soit vers le milieu des années 1950, les dés étaient pipés.. L'expression même d'Intelligence Artificielle entendue comme à terme équivalente ou supérieure à l'intelligence humaine, procédait d'une qualification mensongère pour une prétention insoutenable.. On comprend bien qu'elle a été forgée pour frapper les imaginations, en particulier celles des bailleurs de fonds.. Elle relève donc d'une imposture intellectuelle et au pire d'une escroquerie financière.. Qui ne se souvient de la fameuse promesse de ses inventeurs de fournir en quelques mois des systèmes fiables de traduction automatique ? Un demi-siècle plus tard, on les attend toujours.. Certes des traducteurs automatiques existent et fonctionnent pour des textes entièrement.. codés.. comme les bulletins météorologiques et boursiers.. Mais aucun ne peut traduire de façon convaincante des textes simples dès qu'ils relèvent d'un langage naturel et non d'un code fermé.. (8).. , sans parler des chefs-d'œuvre de la littérature.. À l'époque, cette prétention pouvait sembler fondée à partir des résultats obtenus par les premiers ordinateurs durant la guerre dans le décryptage des codes de transmissions militaires.. (9).. Mais ce décryptage, si difficile qu'il soit, n'a rien à voir avec la traduction.. Bien entendu cette objection sur les termes ne vaudrait pas si la ou les disciplines correspondantes avaient été baptisées “contrôle de systèmes complexes” ou “traitement massif de données”.. Des progrès impressionnants ont été accomplis dans ces domaines, permettant de simuler certaines fonctions partielles du système nerveux animal ou humain, mais en aucun cas dans le domaine de l'intelligence, terme au demeurant d'une redoutable ambiguïté.. Ces progrès relèvent en gros de ce que les spécialistes précités appellent l'I.. faible.. Si la querelle était purement terminologique, on pourrait s'en tenir là.. Mais la prétention abusive s'est maintenue durant tout le demi-siècle, même si de bons spécialistes de la question en ont rabattu sur leurs ambitions algorithmiques, et elle s'est enrichie d'autres abus de langage mystificateurs.. Celui par exemple qui consiste ainsi à parler de “langages informatiques” alors qu'il ne s'agit que de codes ou mieux de série d'instructions, de “machines symboliques” alors qu'il ne s'agit que de calculateurs, d'acteurs intelligents alors qu'il ne s'agit que d'automates.. Le vocabulaire qui sert à décrire machines et programmes, en particulier lorsqu'il s'agit de robots, témoigne souvent d'un anthropomorphisme parfois naïf et inconscient, souvent délibéré, qui leur suppose des “aptitudes”, des “comportements”, des “stratégies” et des “intentions”.. Voici quelques exemples de prétentions exagérément abusives : dans.. le Monde.. (10).. , Hugo de Garis, chercheur au Japon et en Belgique, annonce froidement : « Il faut prendre conscience que des machines massivement intelligentes apparaîtront dans cinquante ans… Aujourd'hui, il y a au moins trois chercheurs réputés en robotique qui pensent la même chose que moi, Hans Moravec et Ray Kurzweil aux États-Unis, et Kevin Warwick en Grande-Bretagne.. » Et de Garis de prédire la probable menace de ses “artilects” pour l'humanité qu'ils chercheront à détruire s'ils l'estiment nuisible.. (11).. ! Kurzweil en effet, dans le même journal.. (12).. , avait annoncé : « L'ordinateur rattrapera le cerveau humain… L'évolution a créé l'intelligence humaine.. Aujourd'hui, l'intelligence humaine façonne des machines intelligentes.. Demain, ces mêmes machines, sans l'intervention de l'homme, donneront naissance à des technologies qui dépasseront leur propre intelligence.. ».. Il serait aisé mais fastidieux de multiplier de telles citations dont la grande presse, même réputée sérieuse, est évidemment plus riche que les annales des congrès scientifiques.. Certes, Hugo de Garis est aimablement traité de « fou furieux » par « un des meilleurs chercheurs français en intelligence artificielle » dans la page même qui lui est consacrée.. Mais Kurzweil dont les réalisations (scanner, reconnaissance vocale) sont plus significatives, ne se montre guère moins enthousiaste.. Ont-ils lu trop de Science-Fiction, voire seulement de la Science-Fiction, sur le sujet, ou bien y a-t-il effectivement dans l'état de la science des principes tels qu'ils permettent de prévoir de pareils développements, comme par exemple la relativité restreinte impliquait dès 1905 au moins la possibilité théorique de l'arme nucléaire ?.. Ma conviction est que ces principes n'existent pas.. (13).. , du moins pas encore.. Le seul du reste qui soit invoqué et par de Garis et par Kurzweil ainsi que par de nombreux prosélytes de l'I.. est un principe de quantité : demain, les ordinateurs seront plus puissants (ce dont je ne doute pas), donc, ils seront intelligents (ce qui reste pour le moins à démontrer).. Je voudrais prévenir ici une erreur d'interprétation.. Je ne suggère en aucune manière que l'intelligence humaine (ou animale) procède d'un principe métaphysique qui nous demeurerait en toute hypothèse impénétrable.. Je conçois bien, sans en avoir de certitude particulière, le corps humain et son cerveau, support présumé de l'intelligence, comme une “machine”.. J'admets qu'il serait théoriquement possible d'en construire une réplique en disposant convenablement les atomes nécessaires et de l'animer sans qu'il soit besoin de faire appel à une “essence divine”.. La difficulté extrême et peut-être insurmontable de l'entreprise tiendrait à la prise en compte d'un contexte sur laquelle je m'expliquerai plus loin.. En revanche la prétention à la création d'une intelligence artificielle au sens de l'I.. forte suppose implicitement ou explicitement l'adhésion à un scientisme sans limite.. Par scientisme, je n'entends pas ici sa version naïve du.. xix.. siècle selon laquelle les progrès de la science parviendraient à résoudre les problèmes humains, mais bien la foi selon laquelle il est à la portée de la science de dévoiler, dans un temps fini, les mécanismes fondamentaux de l'univers, de nous dire ce qu'il en est vraiment et absolument derrière les apparences, de savoir ce qu'il y a derrière les choses et, en ce qui concerne la prétention ici dénoncée, de ramener la totalité du réel à une combinatoire épuisable.. Pour les dévots de ce scientisme, le réel ultime nous est accessible.. Cette prétention est d'ordinaire réservée aux religions qui l'appuient en général sur des révélations sur lesquelles je ne me prononcerai pas.. Mais prétendre pouvoir révéler exactement ce qu'est le réel dans ses moindres détails par les moyens de la science revient à la constituer en religion ultime, ce que contredit toute son histoire qui peut être résumée comme une succession sans fin de théories et de pratiques.. On a affaire ici au mythe d'une raison qui épuiserait le réel alors que la raison se construit peu à peu à travers des réalités, au contact jamais immédiat du réel, dans l'espace de la rationalité, c'est à dire de tous les possibles de la raison, dont il n'est pas sûr qu'il épuise lui-même le réel.. Quel est le lien entre cette prétention et l'Intelligence Artificielle ? Il pourrait s'analyser ainsi : toute machine programmable fonctionne sur un mode conditionnel, sur le principe du “si…, alors…”.. Quelle que soit la complexité du programme, il n'est constitué que d'une succession éventuellement considérable mais finie de telles propositions conditionnelles.. Le fait d'introduire des boucles rétroactives voire autoréférentielles ou des variables aléatoires ne change rien à l'affaire.. On peut tout à fait bien représenter son support comme une gigantesque batterie d'interrupteurs, ce qui lui ôte une grande partie de son mystère.. Théoriquement, comme l'a montré Turing, la machine programmable n'a aucun besoin d'être électronique.. L'ordinateur mécanique de Babbage avec des millions de rouages pourrait convenir.. Il est du reste intéressant de constater que les êtres humains ont toujours eu tendance à emprunter à des mécanismes compliqués, ou qui semblaient tels, des métaphores destinées à représenter leur propre fonctionnement intellectuel.. Pour La Mettrie, c'étaient des rouages, empruntés aux automates et aux horloges.. De nos jours, les microprocesseurs font l'affaire.. Mais la démarche est la même.. Tout algorithme, si impressionnant qu'il soit au regard du profane, ne fait pourtant que décrire une série de basculements d'interrupteurs.. Toute machine discrète, porteuse d'un programme numérique, est ainsi faite.. L'assemblage de propositions conditionnelles, quelle que soit son étendue, fait que les réactions d'une machine “intelligente” dépendront complètement et absolument des paramètres qui y auront été configurés ou qui lui seront fournis, en bref d'une description codée du monde.. Autrement dit, si un capteur constate (ou mesure) un état du monde extérieur prévu par les concepteurs, il déclenchera un premier interrupteur et ainsi de suite.. Dans tous ses “comportements”, une telle machine est entièrement déterminée par l'état du monde extérieur tel qu'il est perçu à travers les filtres dont l'ont dotée ses créateurs et qui dépendent de leurs propres connaissances et capacités.. Les raffinements de la machine et de son programme peuvent masquer cette situation mais en dernière instance, elle ne se comporte pas autrement qu'un automatisme déclenchant des essuie-glace lorsqu'il pleut sur une voiture.. Le régulateur à boules de Watt ou le thermostat d'un réfrigérateur ne sont pas fondamentalement différents bien qu'ils fonctionnent en analogique et non pas sur une base discontinue, discrète.. Certes, je ne conteste pas qu'il soit possible de construire à partir de systèmes conditionnels des machines capables de gravir un escalier, même irrégulier, de jouer du piano ou de danser avec des claquettes, de voler dans les airs, de se mouvoir dans l'eau et de se déplacer en terrain difficile sur un monde lointain.. De telles machines existent.. Mais ce ne sont que des automates extrêmement élaborés qui ne se distinguent pas fondamentalement des automates de Vaucanson et qui suscitent le même étonnement béat.. (14).. Ces automates ne fonctionnent que dans des environnements limités, soigneusement décrits par leurs concepteurs.. Par environnement, on doit entendre ici aussi bien un milieu physique qu'un ensemble d'informations codées comme celles qui circulent sur Internet ou celles qui décrivent un plateau de jeu.. De façon générale, un automate ne peut se déplacer dans un environnement physique que si l'on a correctement et complètement décrit celui-ci.. Cette description n'implique pas que tous les détails figurent sur une “carte”, mais bien que toutes les catégories pertinentes de détails et toutes les relations utiles entre elles aient été recensées dans son programme ou dans les informations qui lui seront ultérieurement fournies.. Or déjà la pertinence et l'utilité ne sont pas aisément définissables.. a priori.. in extenso.. Une Intelligence Artificielle universelle supposerait donc que soient pris en compte tous les paramètres pertinents de tous les environnements, c'est-à-dire, en dernière instance, tous les mécanismes de l'univers, que celui-ci soit intégralement décodé et descriptible en codes utilisables par les machines.. (15).. , d'où l'accusation de scientisme au moins implicite proférée plus haut.. À défaut, l'automate ne pourrait se déplacer (au sens le plus large) et œuvrer que dans les limites de l'univers précodé par ses programmeurs.. J'entends bien qu'il pourrait préciser et enrichir cet univers précodé à l'aide de capteurs et qu'il n'est pas nécessaire de lui en fournir une description détaillée pourvu qu'on lui indique des principes exhaustifs de cet univers, ce qui ne fait que reculer le problème.. Mais je demeure très sceptique quant à la possibilité pour un automate, quel qu'il soit, d'induire ou de déduire d'autres règles de fonctionnement de l'univers que celles, forcément incomplètes, qui lui auraient été fournies.. Cela signifierait que les modes de fonctionnement de la créativité humaine (et même animale) seraient déchiffrés (ce qui est une autre prétention scientiste) ou encore qu'on saurait faire faire à des automates ce qu'on ne sait pas soi-même comment on le fait.. En tout cas je souhaite à un tel automate et à ses concepteurs bonne chance dans l'univers social.. Les êtres humains eux-mêmes n'en sont pas là et ne disposeront sans doute jamais de cette connaissance ultime de l'univers réel, ce qui leur interdit précisément d'en faire profiter leurs machines.. Mais leur intelligence naturelle leur autorise une remarquable faculté d'adaptation et de découverte qui fait défaut aux automates les plus perfectionnés : ils décodent progressivement leur univers, comme on y reviendra.. Étendre le champ des environnements qui sont accessibles à ces automates ne les rend pas “intelligents” pour autant.. La vieille prétention des tenants de l'Intelligence Artificielle d'apprendre le monde à leurs machines n'a pas donné plus de résultats jusqu'ici que celle de la traduction universelle.. Au mieux, il s'agirait de leur enfourner le savoir des encyclopédies dont le potentiel, en termes de survie, est assez douteux.. En d'autres termes, il est en principe possible d'intégrer aux machines et à leurs algorithmes les connaissances  ...   le premier, il est déjà apparu extraordinairement difficile de produire des petits robots autonomes qui manifestent la résistance et l'adaptabilité des animaux primitifs susdits.. Le second cas appelle l'objection déjà signalée d'un univers entièrement codé.. Quoiqu'il en soit, une telle évolution, à supposer qu'elle aboutisse à un résultat intéressant, risquerait de demeurer indéchiffrable : le programme issu d'une histoire particulière demeurerait opaque, faute, entre autres difficultés, d'être décompilable c'est à dire traduit en instructions intelligibles et recombinables.. En d'autres termes, on saurait qu'on aurait engendré de l'intelligence mais on ne saurait pas comment elle fonctionne à un niveau fin.. L'intelligence serait une propriété émergente de la matière à travers une histoire.. La seconde conséquence de la propriété évolutive des entités contextuelles, c'est qu'elles sont adaptées à un monde changeant, débordant leur expérience passée et actuelle.. Ne me demandez pas comment elles font, je n'en sais rien.. Bien entendu, des mutations aléatoires et la sélection naturelle permettent de comprendre bien des choses quant à l'accession de la matière à la sphère contextuelle puis à l'intelligence proprement dite, de même que leur prolongement, la sélection neuronale.. Mais sans cette capacité des entités contextuelles d'excéder sans cesse les exigences immédiates de leur environnement, elles auraient disparu depuis longtemps.. Au stade provisoirement ultime de l'intelligence, c'est à dire l'intelligence humaine, cela se traduit par une qualité intéressante : l'intelligence humaine cherche d'une part à codifier son environnement, à le décrire comme un jeu fini de lois précises, ce qui est le travail de la science moderne.. Mais dès que l'expérience remet en cause un tel système codifié, elle se montre capable d'en élaborer un nouveau.. Les humains parviennent à s'échapper d'un système formel pour en inventer un nouveau plus adéquat à leur contexte.. Tout l'effort de la science consiste à définir l'univers comme un jeu d'instructions.. Et toute son histoire montre que cette tâche n'est jamais achevée, qu'un modèle de jeu d'instructions succède à un précédent.. À proprement parler, les Intelligences Humaines ne découvrent pas des propriétés de l'univers mais des propriétés de leur contexte qu'elles-mêmes et leurs prothèses rendent changeant.. C'est précisément la prétention des tenants de l'I.. forte de poser qu'un jeu d'instructions défini suffit à l'intelligence ou encore qu'il sera possible de définir le jeu d'instructions ultime qui caractérise l'univers.. Or l'intelligence ne consiste pas seulement à appliquer un nombre fini de règles bien codifiées.. L'expérience des sciences les plus exactes milite en sens inverse.. À la fin du.. siècle, la mécanique classique a pu sembler enfermer l'univers dans un jeu d'instructions codifié complété dès 1905 par la relativité restreinte.. (28).. ; quelques décennies plus tard, la physique quantique venait radicalement subvertir ce code.. Dans le domaine logico-mathématique, les travaux de Frege puis le programme de Hilbert avaient pour ambition de donner une assise logique absolue aux mathématiques ou du moins à l'arithmétique ; les résultats de Russel puis de Gödel vinrent ruiner irrévocablement cette prétention.. L'intelligence permet d'inventer des solutions inédites : ainsi, de façon plus concrète mais allant tout aussi peu de soi, en est-il pour la roue ou la voile, le bain-marie ou le gnomon, l'abaque ou le zéro.. Si l'intelligence humaine est capable de tels exploits, aucune I.. au sens fort ne peut être qualifiée d'intelligente si elle ne les renouvelle pas sans même parler de les dépasser.. Toute la question est de savoir si une Intelligence Artificielle aurait pu inventer la physique quantique à partir de quelques écarts observés à la mécanique classique.. Dans l'état actuel de l'art, rien ne le laisse supposer.. On a bien essayé d'écrire des programmes de production automatique de théorèmes.. Mais, fonctionnant sur un mode strictement conditionnel, ils se sont montrés extrêmement décevants, ne produisant que des résultats triviaux comme on pouvait s'y attendre.. (29).. De telles approches ne permettent pas de comprendre pourquoi un Einstein élabore la relativité ou un Heisenberg, entre autres, fonde la mécanique quantique à partir de questions posées par le réel à travers des observations.. Il faut alors intégrer à la théorie la sélection des idées à travers l'histoire humaine, ce qui semble échapper aux préoccupations des chantres de l'I.. et nous ramène au problème entrevu précédemment.. Enfin, la science ne répond et ne se propose de répondre qu'à très peu de questions entre toutes les questions possibles pour un être de langage dont celles liées à ce qu'il faut faire et à ce qui est beau (ce qui plaît et par extension ce qui déplaît), et c'est aux autres questions qu'une I.. devrait pouvoir répondre, après se les être posées, pour être qualifiée d'intelligence.. Le langage naturel est de même typiquement un espace contextuel que les dictionnaires font semblant de codifier à travers un ensemble de renvois tautologiques à des définitions, mais dont l'usage courant détruit et renouvelle sans cesse les codes à travers un flou, une imprécision qui constitue l'essentiel de tout langage naturel.. Toutes les tentatives pour éliminer les ambiguïtés du langage naturel ont échoué comme l'a bien éprouvé, au sens fort du terme, Ludwig Wittgenstein.. C'est leur contexte qui donne sens aux mots et aux phrases.. D'où l'impossibilité de la traduction mécanique.. Côté heuristique, on a jadis fondé de grands espoirs sur la pratique des systèmes experts tant pour élucider l'intuition des spécialistes que pour rationaliser et automatiser l'exploitation de leur expérience et bien entendu nourrir ultérieurement le cerveau d'I.. Mais en dehors de champs relativement étroits (le diagnostic médical, la recherche pétrolière), les applications se sont montrées limitées.. Elles impliquent la formalisation d'un savoir acquis par l'expérience, difficilement transmissible parce que très intériorisé et donc considéré comme intuitif par les experts même s'il se fonde sur une base rationnelle inapparente.. Elles ne fonctionnent évidemment que dans un espace strictement conditionnel même s'il peut inclure des probabilités.. On me permettra ici une anecdote personnelle.. Directeur de collections chez Laffont et économiste, donc supposé à peu près rationnel, j'ai vu mon bureau envahi un jour par deux supposés spécialistes des systèmes experts qui tenaient absolument à découvrir selon quels critères secrets un bon éditeur choisissait les livres, de préférence à succès, qu'il publiait.. Bien que j'aie répondu à toutes leurs questions avec une franchise absolue, ils sont repartis deux jours plus tard bredouilles et intimement convaincus que je leur cachais les arcanes de mon art de crainte d'être remplacé par une machine.. Pour une raison obscure, ils n'ont jamais admis que je retienne un livre parce qu'il me plaît sur la supposition que ce sentiment puisse être partagé.. Comme j'y ai insisté dés le départ, la question de la distinction entre machines conditionnelles et entités contextuelles demeure entièrement problématique et il n'est pas tout à fait impossible qu'elle se révèle un jour inexistante bien que cela ne me paraisse pas vraisemblable.. Ce n'est pas une question simple car les entités contextuelles peuvent être en dernière instance des machines conditionnelles mais conditionnées par un univers que nous ne saurions jamais décrire de manière complète si bien que nous ne pourrions pas en produire d'équivalentes.. C'est ce que souligne la citation de Claude Imbert à propos de Frege placée en exergue de cette préface : « Le logicisme engendre l'illusion qu'on pourrait étendre de manière continue la caractéristique logique à la science de l'univers, lui associer en quelque sorte un modèle universel où coexisteraient entités physiques et entités mathématiques.. » Le logicisme est en effet le péché de la plupart des thuriféraires de l'I.. L'univers est peut-être rationnel mais nous sommes loin d'avoir découvert toutes les formes de sa rationalité et nous ne les épuiserons peut-être jamais.. Mais si la question de cette distinction a un sens, il me semble concevable que la réponse soit logée au cœur du vivant.. D'un côté, il est difficile de ne pas considérer les formes de vie les plus primitives, machines moléculaires à ARN ou à ADN, comme de strictes machines conditionnelles.. (30).. De l'autre, les catégories du vivant un peu plus évoluées que nous connaissons me semblent se comporter comme des entités contextuelles.. Je postulerai donc volontiers qu'à un instant de l'évolution, il s'est produit un bouleversement encore inaperçu aussi radical que celui qui a fait passer de l'inanimé au reproductif.. Il y a un exemple, plus manifeste et plus récent d'une telle rupture, l'apparition du langage naturel humain symbolique qui a suscité un nouveau domaine contextuel presque entièrement, sinon totalement, détaché du lien conditionnel avec le réel.. Il est également concevable que la trace du premier bouleversement soit présente en nous : la mécanique génétique et celle de sous-ensembles physiologiques “simples” serait conditionnelle tandis que les anticipations et les actions des corps dans leur globalité seraient contextuelles.. Dans cette hypothèse, il serait possible de mimer et de modéliser l'activité des gènes et même celle, par exemple, de groupes de neurones sans que cela ouvre pour autant la porte de l'I.. au sens fort.. Faut-il préciser que je ne postule dans cette spéculation aucun “élan vital” mais une disposition naturelle dont présentement nous ignorons l'existence et jusqu'au moyen de la penser.. Ainsi je tiens le projet d'Intelligence Artificielle, et même le concept, pour un mythe moderne, issu du.. siècle (souvenons-nous de.. l'Ève future.. , de Villiers de l'Isle Adam) voire même du.. , d'origine philosophique puis littéraire, qui a traversé le.. siècle en s'enrichissant au passage dans la seconde moitié de ce siècle d'une caution, ou plutôt d'une promesse, techno-scientifique.. Le phénomène le plus étrange, sans précédent, est qu'une partie au moins des chercheurs engagés dans ce projet n'ont jamais cessé de puiser dans la littérature les aliments de leur foi et de leurs craintes et les éléments de leurs discours.. (31).. Lorsque je parle de mythe, je ne rejette aucunement l'idée que de grands progrès seront faits dans la compréhension, la simulation et même la modélisation de modules cérébraux en quelque sorte subalternes, par exemple ceux qui touchent à la perception, à la reconnaissance de formes, aux contrôles moteurs, voire à la gestion endocrinienne.. Il y a en nous du machinique.. Mais je soutiens que la juxtaposition de telles simulations ne produira pas une Intelligence Artificielle, pas plus que l'addition de toutes les prothèses disponibles ne donne un être humain.. Je ne rejette pas non plus comme une impossibilité absolue la production d'une I.. mais je maintiens qu'elle demanderait un paradigme radicalement nouveau dont il ne se manifeste aucun signe précurseur dans l'état de l'art, sauf comme désir.. (32).. À mes yeux, l'I.. est non seulement un mythe mais le dernier avatar du mythe du Progrès au sens scientiste et rationaliste du terme.. Elle a survécu au mythe de l'utopie collectiviste d'une gestion idéalement rationnelle de la société si bien décrit par Marc Angenot.. (33).. et a en quelque sorte désormais pris sa place après le terrible échec de ce dernier au.. siècle, en suggérant la possibilité d'une Intelligence parfaitement rationnelle et donc susceptible de résoudre les contradictions humaines par le haut.. (34).. À la différence de l'utopie collectiviste, le mythe de l'Intelligence Artificielle n'a même pas commencé d'être soumis à l'épreuve de l'expérience.. Il continue donc d'annoncer sans plus de preuves la venue d'une sorte d'entité divine mais produite par l'homme, terme de l'histoire humaine mais non de sa propre histoire dont l'accélération furieuse conduirait bien au delà de l'humain.. (35).. C'est après tout ce qu'annonçait, dès les années cinquante, Fredric Brown dans sa célèbre nouvelle ultracourte, la Réponse.. Tous les ordinateurs de l'univers sont réunis en un réseau afin de constituer un superordinateur à qui l'on pose une première question : « Y a-t-il un Dieu ? ».. La réponse est fulgurante : « Maintenant, il y en a un.. » tandis qu'un éclair surgit du ciel et détruit le levier qui permettrait de débrancher le réseau.. Collection Ailleurs et demain , Robert Laffont, 2002.. Voir la préface à.. À paraître au Livre de Poche.. Il n'est pas question directement d'Intelligences Artificielles dans.. , mais il y est fait allusion à une ancienne Guerre des Machines au cours de laquelle l'humanité a failli être vaincue et qui a conduit à l'interdiction formelle de toute recherche et production visant à en recréer.. Robert Laffont, 1991.. Robert Laffont et Pocket.. D'une cinquantaine d'ouvrages et articles portant sur l'I.. , lus dans la perspective d'un autre travail dont la présente préface n'est qu'un prolongement accessoire, je ne citerai ici que.. l'Âme-machine.. , de Jean-Gabriel Ganascia (Seuil, 1990) et.. l'Ordinateur et l'esprit.. , de Philip N.. Johnson-Laird (Odile Jacob, 1994), qui, en sus de leur qualité, ont l'avantage de couvrir le champ diffus des différentes disciplines vaguement fédérées par le projet de création d'une Intelligence Artificielle.. J'ajouterai que ces deux auteurs seraient très probablement en désaccord profond avec le scepticisme de cette préface bien qu'ils fassent eux-mêmes, chacun à sa manière, de sérieuses réserves sur la faisabilité d'une I.. Le lecteur aura sans doute aussi avantage à se reporter à l'essai d'Hubert L.. Dreyfus, contempteur fameux de l'I.. ,.. Intelligence artificielle : mythes et limites.. (Flammarion, 1984) bien qu'il soit déjà ancien puisque sa première édition anglaise remonte à 1972.. Je voudrais ajouter à cette liste.. la Machine de Turing.. (Points-Sciences, Seuil, 1995), de Alan Turing et Jean-Yves Girard, excellent petit livre étudié après l'achèvement de cette préface, qui en éclaire et conforte certains aspects, bien que la présentation de Girard de la pensée de Turing soit assez difficile d'accès pour le non-spécialiste et que cet auteur, par ailleurs éminent, soit parfois agaçant dans sa volonté de faire branché.. À ceux qui en douteraient, je recommande l'essai des traducteurs automatiques disponibles sur la Toile qui certes ne représentent sans doute pas l'état de l'art.. Voir le roman de Neal Stephenson,.. Cryptonomicon.. , Le Livre de Poche nº 7236.. Mardi 9 novembre 1999.. Emprunt manifeste à Frank Herbert, entre autres !.. Mercredi 26 mai 1999.. Mon scepticisme est conforté par celui de Rodney Brooks exprimé dans son article l'Inimaginable chaînon manquant , in.. la Recherche.. , numéro spécial sur les Nouveaux robots , nº 350, février 2002, dont la lecture est ici fortement recommandée.. On pourra également consulter avec profit le numéro spécial, certes déjà ancien, de la même revue consacré à l'Intelligence artificielle, nº 170, octobre 1985, pour évaluer le chemin parcouru, en particulier en termes de désillusion.. Ils ont sur les automates de Vaucanson l'avantage de réagir à leur environnement mais d'une façon aussi mécanique que si leurs rouages étaient en prise sur les “rouages” de cet environnement.. Cette exigence radicale et quelque peu exorbitante est évidemment récusée par la plupart des auteurs dont Ganascia et Johnson-Laird, mais ils demeurent très peu convaincants sur les moyens de la contourner et s'en montrent tout à fait conscients.. L'objection que je fais est évidemment ici résumée d'une façon presque caricaturale.. Elle exclut en effet délibérément le problème du sens.. Ce qui est parfaitement manifeste dans le livre de Johnson-Laird (page 39) qui ne résiste pas à une analyse grammaticale élémentaire.. On le trouvera dans l'excellente anthologie.. Pensée et machine.. , Champ Vallon, 1983.. De tels simulacres plus ou moins convaincants existent depuis longtemps.. Un bon exemple ancien en est donné par le programme.. Eliza.. qui prétendait simuler les questions et réponses évasives d'un psychothérapeute et dont l'intention ironique était manifeste.. Quelques commentateurs inspirés n'en ont pas moins conclu qu'on était à la veille d'une psychothérapie machinique qui mettrait au chômage psychanalystes et psychologues de toutes obédiences.. Pour une discussion un peu plus approfondie, voir Ganascia, page 26 et suivantes.. On trouvera des indications intéressantes dans l'article de Nicolas Guibert, la Programmation des jeux de stratégie (.. Pour la science.. , nº 293, mars 2002).. Malheureusement, dans son enthousiasme, Guibert tombe parfois dans son exposé dans l'anthropomorphisme déjà dénoncé et qui le conduit à présenter un programme comme un.. joueur.. On en trouvera un exemple particulièrement caricatural dans le numéro 1013 de.. Science et vie.. (février 2002) avec le sous-titre : Toute pensée est un calcul.. Ce qui, pour être juste, est rappelé par Jean Petitot dans la revue citée.. Pour une analyse beaucoup plus fine de cette question, voir.. l'Ordinateur et le cerveau.. , de John von Neumann et surtout sa postface, les Machines molles de von Neumann , de Dominique Pignon, La Découverte, 1992.. Incidemment, la notion bien établie que toute machine de Turing peut être émulée par un réseau neuronal n'a pas, au moins pour l'instant, pour corollaire son inverse, à savoir que tout réseau neuronal peut être émulé par une machine de Turing.. L'Art moderne.. , tome 2.. Cité par Philippe Greig, in.. l'Enfant et son dessin : naissance de l'art et de l'écriture.. , page 179, Éd.. Érès, 2001.. Je focalise ici mon expression sur le cerveau par commodité, mais c'est évidemment du corps tout entier qu'il faudrait parler, voir des relations entre les corps et ainsi de suite jusqu'à englober toute la vie.. Cette éventualité avait déjà été redoutée par John von Neumann,.. , réédition La Découverte, 1992.. (28).. La réalité historique est assurément plus complexe qu'on ne le dit généralement : les équations de Boltzman et celles de Maxwell pouvaient laisser présager un changement de paradigme.. Dans un ouvrage certes déjà ancien, William Skyvington donne un exemple peu convaincant d'un cas inédit de démonstration produite par un ordinateur : page 36, in.. Machina sapiens.. , Seuil, 1976.. Héritage.. , de Greg Bear.. L'astronautique par exemple a une évidente dette symbolique envers la littérature qui a établi la conquête de l'espace comme un désir collectif légitime, et cette dette a été reconnue par nombre de ses praticiens, mais dès qu'elle s'est constituée comme une science, ou plutôt comme un ensemble de techniques, elle a complètement cessé de faire référence à cette littérature.. Et là je n'hésite pas à me montrer beaucoup plus radical qu'un Hubert Dreyfus qui rejette seulement dans un avenir éloigné la production d'une I.. en dénonçant l'imposture actuelle de ses tenants.. À mon point de vue, la difficulté est encore plus profonde.. L'Utopie collectiviste : le grand récit socialiste sous la Deuxième Internationale.. , PUF, 1993.. Cela est tout à fait explicite dans le cycle de la Culture de Iain M.. Banks.. Voir le roman de Vernor Vinge,.. un Feu sur l'abîme.. , Le Livre de Poche nº 7208.. lundi 30 septembre 2002 —.. mercredi 16 octobre 2002..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/une Forme de guerre | Quarante-Deux
    Descriptive info: une Forme….. Livre de poche nº 7199, mai 1997.. D.. ans.. , troisième volet à paraître ici de la série de la.. Culture.. mais qui fut le premier dans l'ordre des publications originales en anglais, un spectre hante le texte.. C'est.. celui de la mort.. Il est énigmatiquement présent dès le titre anglais,.. Consider Phlebas.. , que l'éditeur français a estimé impossible à traduire ou tout au moins périlleux à proposer tel quel au lecteur.. Il est tiré d'un poème de T.. S.. Eliot dont on trouvera un extrait en exergue.. Ce poème relève d'un genre singulier et fort classique, celui de la Vanité, qui illustre la fragilité de l'être et son inévitable dissolution dans le néant.. Ce Phlebas, que tout désigne comme un phénicien moyen, fait pendant à l'Ozymandias du poème de Shelley, qui d'après une inscription se crut au dessus des rois et ne laissa qu'un nom, autrement oublié, sur une plaque à demi enfouie dans un désert.. Puissants ou misérables dansent également, dans la mort, la gavotte de l'effacement.. Cependant ce genre qui pourrait sembler fort convenu est plus retors qu'il n'y paraît.. Pour que la Vanité, littéraire ou picturale, ait un sens, il faut qu'un vivant la considère qui en tire la leçon, il faut que la chaîne de la vie soit maintenue.. Et plus encore que ce vivant attache quelque importance à une œuvre d'art par laquelle l'artiste envisage précisément de préserver une forme de sa beauté et d'échapper à l'oubli, donc la chaîne de la culture.. Voire de la Culture.. Mais l'œuvre d'art est figée et donc elle appartient à la mort.. Au contraire de qui la contemple, elle est déjà un mausolée.. La Culture, cette immense société galactique que l'on a découvert dans les deux précédents volumes, métabolise en quelque sorte toutes les civilisations qu'elle rencontre, s'en nourrit et, en un sens certain, en les forçant insidieusement à assimiler ses propres valeurs, tolérance, pacifisme, liberté, voire anarchisme, éthique, elle les tue.. Mais elle représente elle-même une forme de vie, peut-être supérieure, qui se répand dans la Galaxie, qui évolue sans fin mais lentement et qui s'est enrichie de tout ce qu'elle a absorbé et transformé.. Elle finira peut-être un jour, comme toute matière, mais elle peut se croire immortelle.. Il n'est pas indifférent que le principal personnage d'.. soit Horza, un métamorphe qui peut donc changer à peu près à volonté de forme.. Vivre, c'est changer.. Pour Horza, la mort, c'est d'abord la fin du changement.. Et parce qu'il perçoit bien que la Culture enrobe, enkyste et finalement dissout toutes les cultures particulières qu'elle rencontre, il la considère comme un danger mortel et entreprend contre elle une croisade personnelle qui serait dérisoire si elle n'était tragique.. Horza qui est un tueur, sinon fanatique du moins allié des fanatiques Idirans, en vient à incarner, dans une des perspectives de l'auteur, un des visages de la liberté, de la vie, du changement.. Il perdra.. Ce roman est truffé de figures de la mort.. Non pas tant de la mort des individus qui fait partie de la vie, que de celle de sociétés entières, de civilisations.. La race d'Horza est sur le point de disparaître, en raison du reste de la crainte que ses talents inspirent à la plupart des peuples.. Le Monde de Schar tout entier est un gigantesque mausolée d'une civilisation qui a vécu ses guerres intestines dans une prolifération délirante d'engins de destruction jusqu'à son anéantissement : le système de bases mobiles souterraines aurait enchanté le Docteur Folamour du film de Stanley Kubrick.. Et dans la guerre qui s'engage entre la Culture et les Idirans, il est bien sûr que l'une des deux civilisations disparaîtra.. Même si la Culture l'emporte et s'abstient de détruire les Idirans comme ceux-ci feraient de leurs adversaires, parce que cela est contraire à son éthique, elle empêchera la civilisation Idirane de poursuivre ce qu'elle considère comme sa raison d'être au regard de Dieu, le fanatisme conquérant.. contient donc une sorte de  ...   mortelles ?.. Si l'on réduit une civilisation à la culture d'une élite, à des modes de vie, à des rapports sociaux, à des modes de production, à des formes de pouvoir, à des religions, des cultes et des rites, à des langues figées un temps dans un corpus d'œuvres décrétées classiques, et même à des façons de sentir et à des relations interpersonnelles, alors oui, les civilisations sont sans doute mortelles.. Mais peut-être s'agit-il de changements de tous ces traits et de bien d'autres, d'une évolution qui aboutit au bout de quelques siècles voire seulement de quelques décennies à donner l'impression de se trouver en présence d'une civilisation différente, plutôt que de ruptures radicales, de mort et de renaissance.. Si l'on prend en compte d'autres traits qui ont la forme de questions scientifiques, philosophiques, d'interrogations sur l'organisation du pouvoir politique dans la société, on observe une remarquable continuité des Grecs présocratiques à notre temps.. Et peut-être peut-on même remonter plus haut aux Égyptiens et aux Babyloniens que les Grecs considéraient comme leurs prédécesseurs, leurs inspirateurs et leurs interlocuteurs.. Des réponses définitives ont été données à des questions parfois vieilles de deux millénaires.. Et si le travail persistant sur des questions, y compris très concrètes comme le statut à donner aux enfants et aux femmes, aux malades et aux pauvres, est le travail de la civilisation, alors nous appartenons à une civilisation qui n'est jamais morte, qui n'a jamais cessé d'évoluer et de s'enrichir des apports de sociétés diverses.. En cela la Culture est une métaphore de notre propre civilisation métissée et composite.. Bien entendu, il serait anachronique de prétendre que nos réponses correspondent exactement aux questions des anciens Grecs ou des Latins.. En un sens, très peu d'entre nous parviennent à comprendre, et très difficilement, leurs questions parce qu'elles étaient insérées dans un contexte qui a disparu ou plutôt changé et qu'il n'est pas aisé, qu'il est peut-être même impossible de se représenter.. Mais nos réponses sont bien des réponses à leurs questions telles qu'elles ont changé.. D'eux à nous, il y a un fil jamais rompu, qui nous tisse.. Nos langues sont issues des leurs, non par une substitution brutale, mais à la suite de glissements incessants et imperceptibles durant certaines époques où la pression des modèles s'est relâchée.. Au fond, nous appartenons à la même civilisation.. C'est une question de forme et de changement de forme.. Notre civilisation est métamorphe.. Il est caractéristique que nous n'éprouvions pas le sentiment d'avoir vécu la mort d'une civilisation au cours des deux derniers siècles.. Pourtant, comme il est banal de le souligner, les changements intervenus dans tous les domaines de la civilisation ont été plus importants au cours de ces deux derniers siècles qu'au cours des deux millénaires précédents, et ils ont été encore bien plus radicaux au cours d'une vie humaine de notre siècle.. Et on ne voit aucune raison pour que ça s'arrête.. Certes, des cultures (au sens ethnologique du terme) autonomes sont sans doute mortes, comme celles de l'Amérique d'avant l'invasion européenne.. On en trouverait d'autres exemples en Afrique, en Asie et jusque sous les fondations, en Europe, de notre propre civilisation.. En ce sens, des cultures sont mortelles.. Mais il est difficile de décider si elles sont tout à fait mortes, de prétendre qu'elles n'ont rien versé dans le terrible creuset de la civilisation hégémonique.. Lorsque la Science-Fiction nous représente des sociétés galactiques, et plus encore des civilisations radicalement étrangères, elle nous donne à sentir que notre petit pays d'années est voué à l'oubli aussi sûrement qu'Ozymandias.. Mais elle nous suggère aussi qu'il y a un fil continu de notre époque à ce grandiose avenir.. En projetant dans le futur le plus éloigné nos questions, nos désirs, nos appétits de conquêtes, en imaginant qu'ils trouveront des réponses, la Science-Fiction affirme souvent, peut-être naïvement, malgré tout le pessimisme dont elle est capable, sa confiance dans l'immortalité de notre civilisation technicienne.. Voir.. , dans Le Livre de Poche.. dimanche 20 décembre 1998 —..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/l'Homme des jeux | Quarante-Deux
    Descriptive info: l'Homme….. Livre de poche nº 7185, mai 1996.. I.. ain Menzies Banks, né en Écosse et en 1954, sans hésitation ni murmure l'un des plus talentueux écrivains britanniques de sa génération, a au moins une coquetterie.. Lorsqu'il écrit un roman.. de littérature générale comme.. le Seigneur des guêpes.. the Wasp factory.. , 1984).. En.. tre.. fer.. the Bridge.. , 1986).. , il signe Iain Banks.. Lorsqu'il s'adonne à la Science-Fiction, il devient Iain M.. C'est le pseudonyme à la fois le plus concis et le plus transparent que j'aie jamais rencontré.. À dire vrai, la littérature de Iain (M.. ) Banks n'est jamais générale.. Elle est beaucoup trop singulière pour cela.. C'est un homme qui n'a pas un sens bien arrêté de la normalité.. Il cultive aisément la pointe de pessimisme méchant, voire de perversité, qui caractérise la littérature britannique contre l'optimisme naïf et bon enfant des Américains et la distinction arrogante cultivée par les Continentaux.. Il la pousse même du côté du surréalisme et parfois du délire, et lorsqu'il opère un rétablissement du côté de la raison, il se retrouve sans effort, dans un mouvement coulé, sur le trapèze volant de la Science-Fiction.. Sa création la plus remarquable à ce jour dans cet espace demeure la Culture.. Il l'explore dans quatre textes au moins,.. , 1987),.. the Player of games.. , 1988), une longue nouvelle,.. l'État des arts.. the State of the art.. , 1989).. , et.. Use of weapons.. , 1990).. Il explicite par ailleurs le concept de la Culture dans un essai,.. Quelques notes sur la Culture.. (1994), qui présente cette caractéristique éminemment moderne de n'avoir été un certain temps disponible que sur l'internet.. Au moment où vous lirez ces pages, il devrait avoir été traduit et publié dans le premier numéro d'une toute nouvelle revue,.. Galaxies.. La Culture est une vaste société galactique, multiforme, pacifiste, décentralisée, anarchiste, tolérante, éthique, agnostique et cynique, peut-être ultimement conformiste, s'en doutant et s'en défendant.. La Culture est si soucieuse d'assurer l'égalité des droits en fonction des sexes, des âges, des races, des origines, des capacités en général et même des conditions de fabrication, qu'elle a pratiquement oublié que des discriminations pouvaient se fonder sur des critères aussi anodins et qu'elle le redécouvre toujours douloureusement à l'occasion de nouveaux contacts.. Banks tient à préciser en tête de l'essai déjà cité que la Culture n'existe pas ou plutôt qu'elle n'existe que dans son esprit et dans ceux des lecteurs de ses livres.. Mais bien entendu nous ne le croyons pas.. Banks affirme cela uniquement afin de couvrir ses sources et probablement de cacher le fait qu'il est lui-même un agent de la Culture, plus précisément de cette branche du service Contact qui porte le nom redouté et par certains mal considéré de Circonstances Spéciales.. Vous comprendrez plus avant dans ce livre et dans les suivants ce que signifient exactement ces termes de Contact et de Circonstances Spéciales et pourquoi Iain M.. Banks éprouve le besoin de s'entourer de telles précautions.. La Culture existe.. En fait, elle existe depuis bien plus longtemps que les civilisations terrestres comme en font foi les quelques chronologies que Banks a laissé traîner ici et là dans son œuvre, chronologies soigneusement truquées à des fins de sécurité mais qui laissent néanmoins entrevoir les grandes lignes d'une autre Histoire, d'une histoire à l'envergure galactique où la Terre n'occupe que la position d'une note marginale dans une annexe.. La Culture n'est pas notre avenir.. Elle a probablement tripoté discrètement notre passé et il lui arrive sans doute d'intervenir dans notre présent, mais elle ne s'intéresse pas beaucoup à nous.. Pas assez importants.. Elle attend tranquillement que nous la rejoignions, ce qui peut prendre encore un certain temps.. La Culture est une société aux contours assez flous, s'étendant sur des milliers d'années-lumière, qui occupe éventuellement des planètes mais qui préfère en général habiter de gigantesques complexes spatiaux du type Véhicule Système Général (VSG), qui répondent à des noms aussi fleuris que Culte du Cargo ou Jamais tout à fait satisfaite , ou encore Jeune voyou.. À bord, la vie est une perpétuelle croisière interstellaire de luxe.. Les noms des vaisseaux évoquent plus ou moins bien les tempéraments des Intelligences Artificielles (IA) qui les animent et les conduisent.. Car la Culture est probablement dirigée en sous-main par les IA.. Mais les humains, ou quasi-humains, et autres peuples biologiques qui en participent, avec leur suffisance caractéristique, aussi innée qu'infondée, n'en ont cure.. Ils considèrent qu'ils abandonnent aux IA les tâches subalternes et ennuyeuses de la gestion d'une société de quelques centaines de trilliards d'individus, IA inclues, et qu'ils sont eux le véritable sel du cosmos, faits pour s'amuser et créer.. Ils tirent même une sorte de vanité du douteux privilège de leur mortalité.. Bien entendu, toutes les tentatives faites par les IA pour les détromper ont glissé sur leurs entendements comme l'eau sur les plumes du canard proverbial.. C'est sans doute aux qualités d'organisatrices des IA (qui ne consacrent à l'entretien de la Culture qu'une fraction minuscule de leur attention autrement dévolue à des tâches plus passionnantes de création et d'observation) que la Culture doit sa prospérité, sa stabilité, et son extraordinaire plasticité qui lui permet d'absorber, la plupart du temps en douceur, les cultures qu'elle rencontre dans son expansion à travers l'espace.. En douceur.. La plupart du temps.. C'est la tâche de Contact d'assurer, comme son nom l'indique, ces contacts discrètement et en douceur, de décider si l'existence de la Culture peut être révélée aux indigènes et si leurs civilisations sont mûres pour la rejoindre, c'est-à-dire être absorbées, digérées par elle.. Lorsque les choses ne se passent pas en douceur et que les conditions locales sont particulièrement tordues, Contact fait intervenir Circonstances Spéciales qui est justement spécialisé dans les coups tordus.. Circonstances Spéciales embauche généralement comme mercenaires des ressortissants des cultures locales problématiques parce que les citoyens de la Culture ont des préjugés éthiques et n'aiment pas trop se salir les mains.. Outre une excellente formation et quelques gadgets, Circonstances Spéciales leur assure une vie très allongée, des améliorations physiologiques appréciables, la garantie, sous réserve de conditions favorables, d'une récupération en cas de pépin, voire d'une reconstruction presque intégrale du corps, sans parler d'une solde très confortable dont le montant paraît toujours risible à la Culture qui a abandonné depuis longtemps toute notion de monnaie.. En échange évidemment de quelques risques et d'une nécessaire discrétion.. N'importe qui peut être contacté.. Vous, par exemple.. Mais il est en général préférable d'avoir une bonne expérience du combat sous toutes ses formes, d'être polyglotte et de ne pas se sentir contraint par des scrupules.. Banks a choisi de raconter presque exclusivement des épisodes particulièrement croustillants des opérations de la Culture.. Soit parce que la description de la vie dans une utopie devient rapidement ennuyeuse, soit parce que la nature de ses fonctions fait qu'il n'est vraiment bien renseigné que sur cet aspect de la vie de la Culture, qui demeure, il faut y insister, tout à fait mineur.. Si vous avez fréquenté de vieux soldats recuits sur le terrain transférés sur le tard dans des services d'histoire et d'archives, vous voyez ce que je veux dire : ils sont tout à fait incapables de vous indiquer les meilleures terrasses de Paris en avril, mais ils peuvent vous ressasser sans fin tous les détails de l'opération Manteau Vert dans les Dardanelles en 1915.. Tout au bas de la hiérarchie des Intelligences Artificielles, il y a les drones.. Les drones tiennent une place importante dans les récits de Iain M.. Banks parce qu'ils entretiennent des relations directes avec les humains.. Ils leur servent de gardes du corps, de secrétaires, de documentalistes, de valets de chambre, de chauffeurs et de cuisiniers.. Si vous avez besoin d'une autre compétence, dites-le, votre drone la possède probablement ou la chargera en mémoire.. Ils ne sont pas nécessairement plus gros qu'une boîte d'allumettes mais ils peuvent agir très fort, très vite, très malin.. N'essayez jamais de jouer au plus fin avec un drone, du moins pas avant de vous y être entraîné pendant au moins trois siècles.. Sinon, vous vous en repentirez, même si le drone ne fait qu'obéir scrupuleusement à vos instructions et respecter intégralement vos droits souverains et inaliénables.. On peut se demander pourquoi les drones acceptent, apparemment sans réserve ni rancœur, un rôle qu'on pourrait qualifier de subalterne, celui d'un domestique à tout faire.. C'est que, du point de vue des drones, les choses ne se présentent pas exactement comme cela.. Comme la plupart des intelligences, les drones éprouvent le besoin de donner  ...   de ses réflexions sur le médiocre état du monde.. Le résultat ne se fit pas attendre et coûta quelques dizaines de millions de morts, au bas mot, ce qui lui aurait fait horreur.. C'est que dans leur volonté d'inscrire vite leur désir de progrès dans l'histoire, nos concepteurs de programmes sociétaux avaient estimé superflu de tenir compte des données de l'observation et de l'expérience, ou en gros de toute méthode scientifique, un peu comme un architecte qui penserait devoir mettre les fondations au grenier parce que cela évite de creuser.. Dans leur enthousiasme révolutionnaire, ils auraient aboli la loi de la pesanteur.. L'Homme Futur, bénéficiaire supposé de tant de merveilles, devait commencer par se laisser énergiquement remodeler de façon à les trouver merveilleuses.. Il s'ensuivit, après les désordres qu'on a sommairement évoqués, une méfiance généralisée à l'endroit de tout programme, de toute idéologie et même, du moins put-on le craindre un assez long temps, de toute pensée sociale un peu consistante.. Les programmes globaux, explicatifs, prédictifs et normatifs, avaient rejoint les atlantides et les utopies dans les poubelles de l'histoire.. Mais comme les sociétés continuaient de changer, et même sur un rythme accéléré, et comme le désir de progrès n'avait heureusement pas disparu, à la différence de la confiance dans la réalisation automatique d'un progrès objectif, vint le temps des projets.. Ceux-ci sont plus limités, plus humbles et plus respectueux des connaissances pratiques, que les utopies métaphysiques et que les programmes messianiques.. Ils eurent d'autant plus de mal à s'imposer qu'échaudés par la calamiteuse expérience des programmes, les meilleurs esprits continuaient à les qualifier d'utopies, les portant ainsi aux nues mais indiquant clairement par là, peut-être inconsciemment, qu'ils ne souhaitaient pas du tout qu'ils se réalisassent.. Un cri répandu sur la fin du vingtième siècle était : nous avons besoin d'utopies pour le prochain millénaire.. Et par-devers soi chacun de murmurer : à condition qu'elle restent des utopies, de beaux rêves, qu'elles n'adviennent en aucun lieu, dieu merci.. L'invocation sacramentelle de l'utopie était au changement dans les sphères intellectuelles l'équivalent de la formule plus prolétaire : on peut toujours rêver, ça ne mange pas de pain.. Bien entendu, la Culture, ou plutôt les myriades de sociétés qui ont coalescé pour devenir la Culture, sont passées par toutes ces phases, mais en des temps si anciens qu'elles n'en ont pas conservé un souvenir plus clair que nous de nos mythologies.. La Culture est un ensemble de projets dont certains ont abouti, d'autres ont été abandonnés et oubliés, et d'autres encore sont en cours.. La Culture ne correspond ni à la réalisation d'une utopie, ni au déroulement d'un programme.. Elle est en un sens incroyablement conservatrice dans son désir collectif de maintenir intacte sa capacité à entretenir des projets.. En cela, la Culture ressemble à la vie elle-même, coriace, conservatrice des formes qui ont réussi, et experte dans la réutilisation des restes, toujours en train de s'épandre et de changer mais comme à regret, dévorant ce qui l'entoure, capable d'une violence prodigieuse mais en quelque sorte négligente devant tout ce qui entreprendrait de la contraindre ou de la conformer, pleine de compassion, de liens affectifs, et parfois de complaisance à son propre endroit.. Ou plutôt, à ce que prétendent certains analystes que je ne suivrai pas aisément, la Culture est la forme que la vie a prise à l'échelle galactique.. Enfin, localement.. Si l'on voulait ramener à une seule expression, forcément abusive, la multitude de projets que poursuit la Culture depuis qu'elle a commencé à prendre conscience d'elle-même, on pourrait dire que la Culture vise à être une assez bonne société.. Non pas une.. bonne.. société comme en dessinaient les utopistes et les concepteurs de programmes, calée une fois pour toute et que rien plus jamais ne change, mais une.. assez.. bonne société, en mettant décidément l'accent sur l'adverbe assez.. C'est incidemment un des objets de réflexion que s'est donné le Cercle de Jussieu, à côté de la critique érudite des pseudo-sciences, mais on comprendra aisément que je ne puisse en dire davantage ici.. Je vous suggère en passant de réfléchir à cette question : qu'est-ce que c'est, pour vous, qu'une assez bonne société ? Quels objectifs minimaux doit-elle se donner en matière de satisfaction des besoins et des désirs, à quelles fins peut-elle tendre, de quels moyens doit-elle disposer, quelles règles concrètes et provisoires doit-elle adopter pour y parvenir ? Il est bien clair qu'une assez bonne société suffisamment riche pour se payer bien des fantaisies coûteuses ne laisse pas quelqu'un mourir de faim ou de froid, ni dormir dans le caniveau, ni se dégrader faute de soins minimaux, ni n'abandonne divaguer dans ses rues des malades mentaux en proie à leurs démons, qu'elle assure à tous ses enfants l'instruction de base qui leur permettra de la reproduire, qu'elle s'arrange pour prévenir les meurtres, les viols et autres agressions, qu'elle choie ses créateurs, artistes et chercheurs, comme étant ses meilleurs investissements et que tout cela, même mis bout à bout, ne lui revient pas très cher puisqu'il ne peut s'agir que de situations exceptionnelles hormis l'éducation des enfants, et ne représente qu'une assez petite partie de sa richesse en expansion constante, au moins les bonnes années.. Vous me direz, pourquoi une société quelconque se soucierait-elle de tout cela, hors d'hypothétiques impératifs moraux ? Peut-être tout simplement parce que la majorité de ses membres, en bonne santé, bien vêtus et et bien nourris, ne tolèreraient pas, par pure sentimentalité ou préoccupation esthétique, que de telles atrocités s'étalent quotidiennement sous leurs yeux.. Tout cela ne représente évidemment que le stade préliminaire, en quelque sorte le socle que nous avons évidemment déjà atteint, d'une assez bonne société.. Le reste, c'est-à-dire l'essentiel, la satisfaction illimitée des égoïsmes, la distraction toujours renouvelée, l'insatiabilité des curiosités, l'infinité des projets réellement créatifs, appartient à notre avenir, au modèle, si j'ose risquer un terme aussi normatif, que nous propose la Culture.. Y-a-t-il quelque chose de plus subversif qu'une assez bonne société ?.. Certes, on ne trouvera dans l'œuvre de Iain M.. Banks qu'une vision très partielle d'une entreprise, ou plutôt d'un processus dynamique, aussi grandiose.. On admettra que notre auteur, malgré ses hautes accointances, n'ait pas pu échapper à un certain provincialisme, à la tradition historique de son temps et de ses origines.. Dans l'essai déjà cité, il manifeste un goût curieux pour une gestion planifiée, ordonnée de la société, qu'il croit plus efficiente, sur le modèle de la juste répartition de la tarte à la table familiale.. Mais un peu plus loin, il concède à la Culture qu'elle échappe globalement à toute centralisation en raison de sa dispersion même.. Socialiste à l'intérieur de ses petites nations, anarchiste au dehors.. Et plus curieusement encore il propose sans même paraître s'en apercevoir une solution typiquement libérale à un problème aigu d'une société où chacun peut changer de sexe à sa guise : une telle société, dit-il, ne peut que tendre à l'égalité absolue des sexes car s'il en était autrement, le sexe défavorisé tendrait à disparaître et s'en trouverait du coup revalorisé par sa rareté, et donc en situation de rétablir l'équilibre des droits.. Si ce n'est pas là une loi du marché, que le grand drone me croque.. De même l'œcuménisme militant de la Culture, sa brutalité de bonne foi, son éparpillement en îles, la bonne éducation et la courtoisie teintées d'ironie de ses ressortissants, la sincérité de leur cynisme, leur bon droit accoté à une mauvaise conscience, la touche de désespoir brumeux qui les submerge soudain, aussi vite réprimée, leur goût du confort et de la mesure, un certain sens des convenances qui n'exclut pas l'excentricité, un puritanisme de façade qui vire aisément au sentiment mais dont le puritain profond ne s'embarrasse pas, tous ces traits évoquent fortement les sujets de Sa Gracieuse Majesté.. En un sens la Culture, telle que la perçoit et la retranscrit Iain Banks, est une version agrandie de ce qu'aurait pu devenir l'Empire Britannique ou le Commonwealth s'il avait été réellement ce qu'il prétendait qu'il aurait du être.. Personne, autant que je sache, n'a reproché à Tacite d'être romain et de juger les Romains en Romain.. Sachons gré à Iain M.. Banks de nous avoir ramené de la Culture un portrait aussi fidèle, même teinté par ses lunettes, que Marco Polo de la Chine.. Il a renouvelé, pratiquement d'un coup, trois grands germes littéraires, l'utopie comme on a dit, le thème de la société galactique, et enfin le.. space opera.. Cet écossais francophile peut bien nous le chanter sur l'air du.. Rule Britannia.. Presses Pocket.. Denoël.. DLM éditions..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/Inversions | Quarante-Deux
    Descriptive info: Inversions.. Livre de poche nº 7257, octobre 2003.. ain M.. Banks, écrivain britannique de Science-Fiction bien connu qu'il ne faut surtout pas confondre avec Iain Banks, auteur de littérature générale, bien qu'ils partagent le même corps,.. a puissamment renouvelé, avec son cycle de.. , le thème de la civilisation d'ampleur galactique.. On peut même affirmer qu'il l'a porté à une extension et à un degré de raffinement jamais atteints par ses prédécesseurs.. Isaac Asimov avait transposé dans l'avenir au fil du cycle des.. qu'il a indéfiniment prolongé, même après sa mort, l'Histoire du déclin et de la chute de l'Empire Romain, et Frank Herbert logé dans un lointain futur la description subtile et riche d'harmoniques d'une néo-féodalité galactique au total peu diversifiée.. Banks, au contraire, en développant livre après livre son élaboration de la Culture, a non seulement dévoilé les aspects infiniment variés de cette immense civilisation mais encore a évoqué autour d'elle et parfois en conflit avec elle, d'autres sociétés, débordant parfois les limites de notre univers.. La Culture est si soucieuse d'assurer l'égalité des droits sans tenir compte des sexes, des âges, des races, des origines, des capacités en général et même des conditions de fabrication, qu'elle a pratiquement oublié que des discriminations pouvaient se fonder sur des critères aussi anodins et qu'elle le redécouvre toujours douloureusement à l'occasion de nouveaux contacts.. C'est donc à partir de ces frontières ou plutôt de ces bordures, et souvent en contraste avec elles, que Banks a choisi de décrire minutieusement la société de la Culture elle-même dans sa considérable diversité avec ses vaisseaux-mondes, ses orbitales, ses Intelligences Artificielles parmi lesquels ses fascinants drones, et bien entendu ses trillions d'humains, pour la plupart assez futiles eux égard aux immenses horizons qui s'ouvrent à eux.. Dans chacun de ses livres, il en dévoile un nouvel aspect.. [1].. Dans.. , le premier volume du cycle, il décrit assez précisément, à travers le regard d'un étranger, le fonctionnement physique et sociétal de la Culture.. , il révèle la place des arts dans cette société vouée aux loisirs et en particulier celle de ces arts ultimes puisque ne laissant de trace que dans la mémoire, que sont les jeux, jeux d'intelligence, de stratégie, d'adresse, de rôles, de tablier, de plateau, ou tout cela confondu, et qui sont devenus les formes extrêmes de la diplomatie et de la guerre, au moins à l'intérieur de la Culture, car hors ses limites, celles-ci n'ont pas disparu.. , il observe les tensions qui agitent et parfois déchirent des membres de la Culture obligés de soutenir le mal pour faire triompher le bien au moins tel qu'ils l'entendent, et d'entretenir la guerre pour assurer la paix, thème qui a pris depuis sur notre modeste planète une actualité nouvelle.. , il oriente ses projecteurs sur les puissantes I.. qui gèrent, non sans machiavélisme, toute cette société complexe, et qui se trouvent là affrontées, outre de vieux ennemis, à quelque chose qui déborde notre univers et sans doute même leur entendement.. [2].. , il expose les complexités perverses des relations entre des sociétés qui ont pourtant déjà intégré la Culture et les manœuvres encore plus retorses des I.. chargées de veiller au maintien d'équilibres dynamiques.. Mais il s'éloigne plus encore du noyau central pour aventurer ses héros dans des confins presque inexplorés, en principe hors d'atteinte de la Culture, de la Galaxie où les formes de vie, les modes de pensée, les mœurs sociales sont radicalement étrangers.. Le personnage collectif privilégié de Iain M.. Banks, c'est évidemment Contact, le service (si l'on ose parler de service au sens bureaucratique dans une mosaïque aussi anarchisante que celle de la Culture) à l'organisation jamais décrite, qui assure secrètement l'exploration et l'étude des nouvelles civilisations que rencontre la Culture dans son expansion indéfinie à travers l'espace, puis le contact proprement dit qui lui donne son nom, avec elles.. La raison de cette discrétion est claire : la Culture, ou du moins ses éléments les plus avancés, sont parfaitement conscients des effets ravageurs que pourrait avoir sur une société moins avancée la révélation brutale de l'existence d'une civilisation d'ampleur galactique dotée d'une technologie sans pareille (jusque-là) et soucieuse de valeurs humanitaires qu'elle tient pour universelles sans que ce point de vue soit nécessairement partagé.. Ses émissaires sont patients : ils peuvent attendre quelques décennies ou quelques siècles que la civilisation contactée ait atteint un niveau de développement compatible avec une révélation de cette ampleur.. On peut jouer à chercher qui, sur notre planète et dans notre histoire, a pu être un agent de la Culture.. Il faut réunir quelques particularités : avoir exprimé des idées de plusieurs décennies, voire de quelques siècles, en avance sur son époque, s'être montré discret et avoir évité de se mettre en évidence, s'être placé à l'écart de, ou même avoir été exclu par sa communauté apparente, avoir manifesté des capacités techniques acceptables pour son temps mais néanmoins exceptionnelles, et finalement être un auteur dont les œuvres, en tout ou partie, ont été publiées après sa disparition à la suite d'une intervention anonyme.. Spinoza représente un candidat d'élite.. La plupart du temps, les choses se passent bien.. Du moins on le suppose car Banks ne s'est jamais soucié des jours heureux.. Mais lorsqu'elles sont plus difficiles, plus problématiques, une branche de Contact, Circonstances Spéciales, l'enfant chéri de l'auteur, prend le relais.. Quelque chose comme le Grand Jeu au Moyen-Orient pour les prédécesseurs et les émules britanniques de T.. E.. Lawrence.. Ces sont des professionnels du coup fourré, des opérations tordues, capables, façon James Bond en nettement plus subtil, de redresser une situation irrémédiablement compromise en deux coups de manchette.. Avec, il faut le dire, souvent l'aide de drones, I.. de petite taille, sortes de mousquetaires de la cybernétique.. Mais comme l'éthique rigoureuse et pour ainsi dire puritaine des membres de la Culture interdit à leur sensibilité d'intervenir trop directement, de faire souffrir ou couler le sang, ceux-ci, en hypocrites confirmés et conscients, recrutent des mercenaires extérieurs pour accomplir de si viles besognes.. Si bien que la majorité des héros de Banks, sont de tels spadassins, stipendiés par Circonstances Spéciales en termes de survie, d'impunité, de longévité, d'argent et de pouvoir mais  ...   Mais eux du moins surfent sur la Frontière en perpétuel déplacement et peuvent espérer apprendre des indiens condamnés et éternellement remplacés le secret de la vraie vie.. C'est pourquoi aussi, ils espèrent l'.. Sur le monde qui ressemble au nôtre comme se ressemblent deux gouttes d'eau à peine différemment polluées, deux personnages énigmatiques.. Un guerrier, figure archétypale de l'univers de Banks, et une femme, médecin de surcroît, chacun dans son rôle.. Un donneur de mort et une sauveuse de vie.. Les récits de leurs vies alternent, s'entrecroisent selon une figure stylistique également familière à Banks, sans jamais se rencontrer, ou presque.. Ils disposent de pouvoirs singuliers mais infiniment discrets.. Ils ne sont investis d'aucune mission.. Des transfuges de la Culture, en rupture de ban ou bien en mission, en tout cas venus chercher un accomplissement ? Peut-être mais rien ne donne à le penser sauf leur étrangeté, les protections surnaturelles dont ils semblent bénéficier, leur appétit de vivre et leur malaise à vivre.. Et sauf peut-être aussi leur éthique encore qu'ils en diffèrent totalement au départ et à l'arrivée, après des.. de position.. En tout cas, un homme et une femme.. Si le mâle, humain ou étranger, est le héros principal des épisodes du cycle, des femmes y tiennent une place majeure, même si c'est à travers un apparent effacement.. Les personnages mâles de Banks, quelle que soit leur forme, leur espèce ou leur civilisation, et parfois leurs comparses, sont généralement des chiens de guerre, ivres de combats ou bien temporairement lassés de la violence parce qu'ils en ont la gueule de bois.. Il y a des exceptions, comme.. , mais le jeu n'est-il pas une sublimation réussie de l'agressivité ? Ou comme le compositeur de symphonies du.. Sens du vent.. qui n'est pas humain, mais son pacifisme s'est élaboré contre les pulsions innées de son espèce féroce ; et ce sont tous les deux des membres à part entière de la Culture tandis que les autres sont ses adversaires ou ses mercenaires.. Ces derniers semblent rechercher, outre la stimulation de l'adrénaline, l'occasion d'un dépassement, d'un échappement de leur condition, d'une.. , dans des situations de tension extrême.. Comme s'ils avaient l'illusion en défiant leur mortalité, vainqueurs ou vaincus, de friser l'immortalité, de transcender le temps, au moins dans le souvenir de leurs pairs comme les héros de.. l'Illiade.. et, s'ils sont tout à fait seuls, au moins dans leur propre estime.. Il est vrai qu'autant qu'elle le peut la Culture leur garantit une immortalité relative : elle protège les siens, y compris ses mercenaires, et a choisi de mener des guerres avec zéro mort, de son côté s'entend.. Les femmes de Banks ne partagent ni cette ivresse ni cette élation du combat.. Elles en sont incapables.. Elles sont, certes, le plus souvent des agents recruteurs ou coordinateurs et ne vont guère en première ligne, et parce qu'elles appartiennent à la Culture, elles ne sauraient ni tuer ni même faire souffrir sans en éprouver un remords insupportable.. Ce ne sont pas pour autant des tendres : elles savent en toute lucidité, et souvent mieux que les hommes, ce qu'elles vont déclencher.. Ce qu'elles font, elles le font avec un espoir limité pour éviter un pire, et le plus souvent avec un profond sentiment de dégoût.. Elles tirent souvent les ficelles.. Mais elles ne partagent pas l'illusion des mâles que le problème sera réglé une bonne fois pour toutes avec la victoire, ou que celle-ci guérira toutes les blessures et justifiera les exactions passées.. Elles ne partagent pas non plus la même conception de l'avenir.. Ce sont des réalistes : elles savent mieux que les hommes que tout sera toujours à refaire.. Et c'est pourquoi, une fois leur rôle épuisé, elles virent aisément à la mélancolie et parfois au suicide.. Chez ces femmes, la compassion domine.. Peut-être Iain M.. Banks nous dit-il ici quelque chose de profond sur la raison pour laquelle hommes et femmes ne se font pas aisément confiance.. Il vaudrait du reste de tenter une étude approfondie sur la position et le rôle des femmes dans l'œuvre de Banks, et plus généralement dans la science-fiction où leur place est beaucoup moins effacée qu'on ne le croit généralement : il suffit pour s'en convaincre de penser à l'œuvre d'un Frank Herbert ou d'un Keith Roberts.. [3].. et bien entendu d'une Ursula Le Guin ou d'une Vonda McIntyre.. [4].. entre cent autres.. Chose très singulière, il y a chez Banks, entre les mâles et les femelles, les Intelligences Artificielles, du drone à l'orbitale, qui semblent occuper une position intermédiaire, assez mystérieuse, comme un troisième sexe plutôt que comme une catégorie asexuée.. Par construction, elles n'aiment ni la guerre ni la destruction et encore moins la mort infligée, et n'y trouvent en principe aucune source d'excitation.. Mais elles n'hésitent pas une microseconde à s'engager dans un conflit armé au nom des valeurs de la Culture et de leur logique propre.. Ce sont des adversaires fervents et impitoyables, retors et qui ne connaissent ni l'oubli, ni sans doute le pardon.. Elles calculent sur le long terme.. Elles ignorent, ou feignent d'ignorer, l'héroïsme et la compassion qu'elles laissent aux consciences organiques.. Il n'y a, bien sûr, dans.. , aucune I.. Il y a, comme personnages centraux, un homme et une femme, et le sujet de ce roman est peut-être la façon dont, confrontés séparément en tant qu'étrangers à des réalités sociales abruptes, sans avoir à se rencontrer, ils vont échanger leurs positions relativement à l'héroïsme et à la compassion.. On a dit souvent que la qualité d'une société se mesurait à la façon dont elle traite les femmes – et c'est un des critères de la Culture pour jauger les civilisations qu'elle découvre.. Je serai tenté de dire que la qualité d'un écrivain se mesure à la subtilité avec laquelle il traite de la différence des sexes, ainsi dans.. Sur la plupart de ces aspects, voir les préfaces que j'ai consacrées aux volumes successifs du cycle dans leurs éditions du Livre de Poche.. En Ailleurs et demain chez Robert Laffont.. cf.. Molly zéro.. , le Livre de Poche 7127.. le Serpent du rêve.. vendredi 13 février 2004 —.. vendredi 13 février 2004..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/l'Usage des armes | Quarante-Deux
    Descriptive info: l'Usage….. Livre de poche nº 7189, novembre 1996.. et dans.. , comme dans le roman qu'on va lire et dans quelques nouvelles, Iain Banks réussit à renouveler le thème de l'utopie et à lui donner une forme.. résolument moderne, voire post-moderne.. Une forme moderne parce qu'à l'utopie figée dans sa perfection des siècles passés, il substitue une société dotée d'un projet évolutif, celui d'une assez bonne société assez riche et assez tolérante pour se donner pour horizon l'hédonisme généralisé, à l'échelle galactique.. Une forme post-moderne parce que cette société anarchique et anarchiste, sceptique et tolérante, ne dérive ses valeurs d'aucun idéal métaphysique, d'aucune théorie de l'histoire, de la vie, de l'humanité, qu'elle n'applique aucun principe défini si ce n'est celui de vivre et laisser vivre.. Tout au plus accepterait-elle l'impératif kantien de la réciprocité morale, à savoir de ne pas faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas qu'il vous fît, mais sans en tirer aucune conséquence métaphysique.. En fait, la Culture a érigé, au bout d'une longue histoire, en principe suprême une esthétique du bien-être.. Et comme il est inesthétique et donc désagréable aux yeux de ses ressortissants de savoir que d'autres souffrent ailleurs, elle ne supporte pas que s'exercent, même en dehors de son aire, des tyrannies, des injustices, des oppressions et toutes les grandes et petites monstruosités qui constituent la trame ordinaire de l'histoire des peuples.. Elle est conduite au prosélytisme, à intervenir dans l'histoire des autres, à exercer des pressions et même à se montrer à l'occasion musclée, pour faire partager ses valeurs à d'autres sociétés, les amener à évoluer dans le sens de son esthétique du bien-être.. Cela conduit plus ou moins vite à leur absorption par la Culture.. Elle agit pour le bien des gens mais aussi dans le sens de son développement, par une sorte d'impérialisme éthique, sans en tirer apparemment d'autre avantage qu'une conscience en paix, ce qui n'est pas rien.. Comme la Culture a une longue pratique de l'évolution des sociétés, elle a trop d'expérience pour croire aux vertus du prêche et de l'argumentation.. Elle sait aussi que la force n'a jamais persuadé durablement personne d'entrer dans la voie du respect d'autrui, de la générosité et des bonnes manières.. La meilleure éducation est encore celle que forgent à une société les vicissitudes du sort.. La Culture accepte donc de jouer le rôle d'un destin absolument discret qui élaguerait dans une société sauvage certaines tendances et en développerait d'autres.. La Culture est un jardinier des histoires, un éleveur de peuples.. Elle intervient donc sur celles qu'elle considère comme primitives, c'est-à-dire comme moralement inesthétiques, pour les faire progresser, par petites touches, par manipulations successives qui n'excluent pas la violence, voire le déclenchement de guerres et autres tribulations.. Mais ces manipulations petites ou grandes exigent qu'on se salisse les mains.. On ne transforme pas les habitudes de sauvages sans utiliser des mœurs de sauvages.. C'est ici qu'intervient Circonstances Spéciales, une branche de Contact.. Comme son nom l'indique, Contact est chargé par la grande société galactique d'observer et d'évaluer les sociétés qu'elle rencontre dans son expansion.. Dans bien des cas, Contact se contente de les étudier, d'archiver quelques milliards de notes, et de les laisser provisoirement à leurs avenirs incertains.. Mais dans certains cas, Contact décide qu'il y a quelque chose à faire, ou qu'il faut absolument faire quelque chose.. Il faut aller au charbon.. C'est le rôle de Circonstances Spéciales.. Un rôle nécessairement cynique comme le savent tous ceux qui se sont occupés de politique ou de diplomatie discrète.. Bien entendu les ressortissants directs de la Culture, même membres de Circonstances Spéciales, ne réussiraient pas à tenir en personne le rôle de chefs de guerre, de politiciens, d'assassins, voire de tortionnaires, qui est le lot de ceux qui pèsent directement sur le cours de l'histoire.. Leur esthétisme moral ne le leur permettrait pas.. Il leur faut donc des délégués,  ...   alors que l'élite de la Culture se dispute les trop rares postes de Circonstances Spéciales et que les élus exercent sur leurs concitoyens une fascination à la limite de l'envie ? C'est que la Culture est en proie à un ennemi secret, l'ennui.. Le moindre citoyen ne manque certes pas de distractions.. La vie quotidienne de la plupart ressemble à une permanente croisière interstellaire de luxe.. Mais justement, elle est interminable et ces loisirs organisés ont un goût de simulations, manquent du mordant âpre de la réalité.. Les gens de la Culture savent bien que la vraie vie est en dehors de ses limites.. Or ils ne peuvent guère rencontrer l'inédit, l'inconnu dans la science puisqu'il ne sauraient y rivaliser avec les formidables Intelligences Artificielles.. Et l'art qui n'est pas nourri par une possible souffrance tourne vite au ressassement.. Le mal est le dernier objet de désir quand on a tout le reste et au-delà.. Aussi, ce bon Docteur Jekyll qu'est la Culture aspire-t-il toujours à rencontrer son Mr Hyde.. Et les gens de la Culture sont fascinés par ceux de Circonstances Spéciales parce que ces derniers ont accès par procuration à ce qu'on pourrait appeler la vraie vie, la dernière occasion de transformer quelque chose du monde.. Au delà, les citoyens de la Culture, ceux en tout cas en qui il est demeuré quelque chose d'atavique, d'inquiétant, d'indomptable, désirent plus que tout rejoindre une variété de la réalité, fût-elle synonyme de maladie, de souffrance, de mort prématurée.. La perfection est l'ennemie du désir, et l'habitude de la jouissance.. Alors, l'utopie de l'utopie, cela devient notre terrible quotidien, ainsi dans.. , une longue et splendide nouvelle de Iain M.. Banks où vous retrouverez deux de vos civilisations préférées, la leur et la vôtre.. Cette double malédiction, souffrir de traiter le mal par le mal et s'abandonner à la séduction du mal et de la souffrance, représente-t-elle le sort de toute société idéale, ou du moins de toute assez bonne société ? A lire Banks qui est là-dessus assez convaincant, on serait tenté de le penser.. Une idée me vient.. C'est que la Culture a absolument besoin de cet environnement à ses yeux pervers qu'elle s'efforce inlassablement de réduire.. C'est sa dernière justification, son ultime ouverture sur la résistance du réel.. Si elle parvient à faire régner sa bienveillance confite sur tout l'univers, elle cessera d'être un idéal, ne sera plus, au sens strict qu'un reflet d'elle-même, mort-vivant.. Ainsi Iain M.. Banks nous invite-t-il peut-être à une réflexion surprenante sur la nécessité du mal.. Ou bien cette place donnée aux confins de la Culture, à Contact, à Circonstances Spéciales et à ses agents peu recommandables, représente-t-elle seulement pour Iain M.. Banks un piment nécessaire, voire une inclination naturelle à une certaine perversité dont il avait fait preuve dans.. le Seigneur des Guêpes.. Même ses drones sont à l'occasion méchants.. On sait bien que le bonheur n'est pas un bon sujet de romans, pas plus que les bons sentiments.. Le malheur est bien plus amusant, ainsi que la méchanceté.. Peut-être Banks n'a-t-il pu nous faire entrevoir les délices de la Culture qu'à partir de son extérieur, des zones d'ombres, parfois d'immondices, qui l'entourent et qui sont tellement plus proches de notre univers ? Sans quoi il nous aurait fait périr d'ennui.. En tous cas,.. adopte une forme littéraire élaborée qui épouse parfaitement le chemin sinueux, non dépourvu de perversité formelle, qui va de la civilisation de la Culture à la barbarie et retour.. Je recommande à ses lecteurs de lire le livre deux fois, une première fois selon l'ordre des pages, et une seconde fois en suivant la numérotation des chapitres à partir de la fin, en chiffres romains à l'aller, en lettres au retour.. Ils feront d'intéressantes découvertes chronologiques et pourront étudier à loisir les tours de passe-passe d'un écrivain hors pair.. Voir la préface de.. Pocket..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/la Mère des tempêtes | Quarante-Deux
    Descriptive info: la Mère des tempêtes.. John Barnes :.. Livre de poche nº 7235, octobre 2001.. À.. mon point de vue, aucun danger ne menace autant l'espèce humaine et la vie sur Terre que l'échauffement d'origine anthropique de la planète, ce qu'on nomme aussi le résultat de l'effet de.. serre.. Comparons-le en effet à quelques autres périls considérés comme majeurs.. Pendant le dernier demi-siècle, les craintes les plus vives ont été attachées à un possible conflit nucléaire.. Une guerre nucléaire régionale dont la vraisemblance apparaît malheureusement assez grande dans les trente prochaines années ferait entre un million et trente millions de morts : elle ne menacerait pas de disparition l'humanité ni la vie sur Terre.. Un échange thermonucléaire généralisé du type destruction mutuelle assurée (en anglais M.. D.. ) tel qu'on a pu le redouter durant la Guerre froide et dont la probabilité a beaucoup diminué, ferait sans doute entre cinq cent millions et deux milliards de morts, mais même en cas d'hiver nucléaire subséquent, l'humanité survivrait vraisemblablement et peut-être la civilisation industrielle, de même que la plus grande partie de la vie terrienne.. Une épidémie, comme celle du SIDA, peut faire plusieurs dizaines de millions de morts mais, même non maîtrisée, il est vraisemblable qu'elle s'éteindrait d'elle-même comme celle de la grippe dite espagnole qui fit en 1918 vingt-cinq millions de morts dans le monde, soit plus que la Première Guerre mondiale et presque autant que la Seconde.. Si dans un pays donné voire dans une région du monde, ainsi en Afrique pour le SIDA, les effets démographiques peuvent être catastrophiques, à l'aune de la démographie mondiale de telles indentations semblent presque négligeables.. L'effroyable prévalence du SIDA en Afrique subsaharienne n'infléchit pas au moins pour l'instant une courbe démographique fortement ascendante (et inquiétante pour d'autres raisons) pour l'ensemble du sous-continent.. La collision avec la Terre d'un gros astéroïde, par exemple de la taille de celui qui mit fin au règne des dinosaures il y a soixante-cinq millions d'années présente une probabilité à peu près négligeable à l'échelle historique : disons qu'elle peut intervenir en moyenne une fois tous les dix millions d'années.. Depuis l'apparition sur notre planète de la vie, au moins telle que nous la connaissons, plusieurs dizaines d'accidents cosmiques de cette ampleur n'ont pas réussi à l'éradiquer même s'ils ont introduit de sérieuses réorientations dans le cours de l'évolution.. Un cataclysme géologique comme l'épanchement des Trappes du Dekkan, à peu près contemporain de la collision citée et selon certains en relation avec elle, est encore moins probable à l'échelle historique et nous n'en voyons aucun signe précurseur.. En revanche, le relâchement insidieux et progressif dans l'atmosphère terrestre depuis le début du.. siècle, c'est-à-dire depuis le début de l'industrialisation, de gaz à effet de serre dont le dioxyde de carbone, le méthane, l'ozone, plus quelques composés dont la capacité à accumuler de la chaleur est encore plus redoutable, peut à terme constituer un risque définitif pour la civilisation, pour l'espèce humaine, et même dans le pire des scénarios pour la quasi totalité des formes de vie sur Terre.. Le roman de John Barnes qu'on va lire illustre une partie des dangers les plus bénins, si l'on ose écrire, qui nous menacent à plus ou moins long terme si l'humanité persiste dans son aveuglement.. Je ne me donnerai pas le ridicule de rappeler ici quelques chiffres.. Il existe sur le sujet une littérature abondante, souvent encore polémique, où le lecteur pourra aisément les trouver.. Je suggèrerai d'autre part à ceux qui disposent d'un accès à Internet, de consulter le site en français de Jean-Marc Jancovici qui propose une remarquable synthèse, claire, complète et tenue à jour, des données disponibles sur le sujet.. avec des liens vers d'autres sources d'information plus techniques.. Je me bornerai donc à évoquer quelques dimensions plus sociologiques, politiques ou philosophiques du problème, qui sont souvent négligées par les commentateurs.. Il y a une dizaine d'années seulement, le sujet était encore controversé bien que les années 1980 aient été en moyenne les plus chaudes du siècle, contrariant une tendance naturelle vers un léger refroidissement voire vers un petit âge glaciaire.. Les météorologues eux-mêmes étaient divisés, certains parlant d'une variation statistique demeurant dans les normes, et la grande presse, voire la presse d'information scientifique, se voulant dans l'ensemble rassurante.. Je ne pense pas qu'aujourd'hui beaucoup de véritables spécialistes doutent de la réalité de l'échauffement planétaire d'origine humaine même si énormément d'incertitudes demeurent sur son rythme, ses conséquences à plus ou moins long terme et sur les possibilités de l'enrayer.. Malheureusement, malgré quelques remous politiques, dont le bien incertain protocole de Kyoto, le consensus demeure à peu près général, hormis quelques effets de manche, sur l'idée qu'il n'y a pas le feu, que la planète en a vu d'autres, qu'elle est capable de se rééquilibrer toute seule, qu'on est bien loin d'avoir tout compris, et qu'il est donc urgent de continuer comme avant.. L'indifférence de l'opinion et des gouvernants eux-mêmes peut se comprendre même si l'avenir ne l'excuse pas.. Le phénomène, ou plutôt l'ensemble complexe des phénomènes, est inscrit dans le long terme, de l'ordre de décennies ou au mieux de siècles, un terme bien plus long que celui des mouvements de l'opinion ou des échéances électorales, ou même d'une vie humaine.. C'est un temps long dans le cadre duquel les sociétés démocratiques n'ont l'habitude ni de réfléchir ni d'agir.. Les sociétés totalitaires non plus du reste, voire moins encore, malgré leur prétention à bâtir des empires de mille ans ou à mettre fin à l'histoire, si l'on considère que l'Union Soviétique a été le plus gigantesque et le plus irresponsable pollueur industriel de la planète.. Pour nos sociétés, un siècle, ou même un demi-siècle, c'est autant dire l'éternité.. La seule exception notable a concerné, dans des cercles finalement restreints, les temps du nucléaire et plus précisément de l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire.. Les responsables savent parfaitement qu'il leur faut compter avec des produits, des sous-produits et des déchets, en volumes limités et maîtrisables, dont l'activité, et en particulier la nocivité, se mesure en dizaines d'années, en milliers d'années, voire en millions d'années.. Malheureusement, les opposants à l'énergie nucléaire ont vu dans ces termes éloignés autant d'inacceptables et en ont conclu à un rejet formel, souvent presque religieux, de toute forme d'énergie nucléaire.. Comme on y reviendra brièvement plus loin, cette attitude n'est pas sans conséquence sur le problème examiné ici.. Cependant, tout prospectiviste sait par expérience qu'une grande partie de l'ossature des sociétés industrielles s'établit dans un temps long, pluriséculaire pour les réseaux routiers et ferroviaires, de l'ordre du siècle (pour l'instant) pour les réseaux énergétiques (électricité, gaz, pétrole) et pour ceux des technologies de l'information (télex, téléphone, etc.. ), même s'ils sont constamment remaniés.. La durée de vie d'une famille d'avions est de l'ordre d'un demi-siècle.. C'est aussi celle prévue des navettes spatiales.. Un moteur automobile, même s'il est amélioré, est souvent conservé dans son principe pendant au moins une trentaine d'années.. Un système d'armes dure au moins aussi longtemps, parfois plus.. Bref, nos sociétés se déploient dans des temps longs, même si elles choisissent souvent de l'ignorer au profit du culte de la nouveauté.. Pour prendre un exemple trivial, l'impact de l'automobile et des transports routiers qui a été structurant sur l'urbanisme et sur l'aménagement du territoire s'est étalé sur un siècle, et ce n'est pas fini, sans que personne ne l'ait décidé ni même vraiment prévu.. On a procédé par extensions successives, par petites retouches, si bien que même beaucoup de spécialistes ont fini par oublier que cela se déployait au rythme des décennies, voire de plusieurs siècles.. Une autre raison banale de la négligence de nos sociétés à l'endroit du réchauffement anthropique tient à ceci qu'une véritable prise de conscience aurait pour effet une remise en question radicale et douloureuse, pour tous et pour chacun, de nos modes de production et de vie.. Encore une minute, monsieur le bourreau, telle est la prière générale pourvu que cette minute dure aussi longtemps que chacun de nous.. Après nous le déluge, formule qui pourrait bien prendre ici un sens littéral.. On pense évidemment à l'automobile et aux transports routiers, mais on pourrait aussi bien penser à toutes nos consommations d'énergie, et dans les pays sous-développés, à la déforestation et à la combustion du bois ainsi produit ou détruit en pure perte pour libérer des terres fragiles.. Pour ce qui est de l'énergie, on peut certes imaginer de maintenir nos niveaux de consommation, mais à la condition stricte que sa production ne contribue pas à l'effet de serre, c'est-à-dire en recourant à l'énergie nucléaire, les sources dites alternatives ne pouvant guère  ...   c'est cette différence de température qui en fait d'efficaces machines thermiques.. Il suffit donc que la température des océans s'élève d'une petite quantité pour que la démographie, la géographie et la dynamique des cyclones en soient considérablement modifiées, c'est-à-dire d'un point de vue humain aggravées.. Dans son roman, John Barnes n'évoque guère, si l'on ose écrire, que l'apparition de cyclones aux dimensions planétaires qui suffisent à ravager la Terre entière.. Mais si vous pensez avoir entrevu le pire, détrompez-vous.. Barnes propose comme facteur déclenchant de son échauffement accéléré une bombe à retardement dont les effets pourraient être nettement plus catastrophiques encore.. Il imagine en effet la libération en quelque sorte accidentelle dans l'atmosphère d'une petite partie du méthane emprisonné dans des hydrates sous les mers arctiques et dans le pergélisol.. des terres arctiques.. La quantité de méthane ainsi emprisonné est évaluée depuis peu à deux ou trois fois la quantité totale des autres hydrocarbures présents sur la planète.. On a déjà dit que le méthane était un gaz à effet de serre, plus efficace du reste que le dioxyde de carbone.. Imaginons maintenant que le pergélisol fonde, que le fond des mers arctiques se réchauffe et que la totalité de ce méthane se trouve libéré dans l'atmosphère.. On obtient le pire de tous les scénarios imaginables, le scénario Vénus.. Sur la planète Vénus, un intense effet de serre maintient la surface à une température moyenne de l'ordre de 450 degrés.. La proximité du soleil n'a que très peu à voir dans cette affaire.. Un tel basculement sur Terre pourrait ne prendre que quelques dizaines à quelques centaines d'années.. Une fois une température de, disons, 90º Celsius atteinte, la question de l'avenir de l'humanité et de la plus grande partie de la vie sur Terre ne se poserait plus.. Seules les bactéries extrémophiles continueraient à prospérer et débarrasseraient peut-être en deux ou trois milliards d'années l'atmosphère terrestre de cet excédent de méthane comme elles ont déjà fait au début de la vie.. Si la température passe au dessus des cent degrés, des choses encore plus intéressantes se produisent.. L'eau des océans se transforme en vapeur d'eau, gaz qui renforce puissamment l'effet de serre.. Il est toutefois possible que les nuages modifient l'albedo de la planète et en réfléchissant vers l'espace le rayonnement solaire calment un peu le jeu.. Mais même si la température se maintient de la sorte aux alentours du point d'ébullition de l'eau, il n'y aura plus personne pour s'en féliciter.. Le scénario Vénus semble à première vue si extravagant, si extrême, qu'on est tenté de ne lui accorder aucune vraisemblance.. La quantité d'énergie nécessaire pour dégeler le pergélisol et les fonds marins arctiques est si colossale à notre échelle qu'on est porté à penser qu'elle ne sera jamais disponible, ou seulement à l'aune des ères géologiques, et qu'on peut dormir aussi tranquille qu'en attendant l'explosion du soleil dans quatre ou cinq milliards d'années.. Mais c'est négliger un point essentiel : il s'agit d'un phénomène cumulatif qui agit sur le modèle des intérêts composés (et même surcomposés).. Les humains ont introduit en très peu de temps, géologiquement parlant, une petite variation positive dans la machinerie thermique de leur globe.. Son atmosphère retient désormais un peu plus de chaleur qu'elle n'en rayonne vers l'espace.. Nous bénéficions grandement de l'effet de serre hérité sans lequel la température moyenne du globe serait de l'ordre de moins quinze degrés.. Mais nous y avons ajouté un petit quelque chose, déjà sérieux, qui peut contribuer à libérer d'autres sources de carbone.. Il suffirait qu'une relativement petite quantité du méthane emprisonné dans les régions arctiques s'évade de sa prison pour que la chaudière s'emballe.. Et s'emballe sans retour.. De bons esprits écartent une telle éventualité catastrophique en faisant l'hypothèse, passablement gratuite, que la planète dispose de mystérieux “puits” de carbone, dont les océans qui pourraient en accepter, sous forme dissoute, des quantités indéfinies.. C'est la façon de penser de Pangloss.. D'autres, plus fumeux, comptent même sur la Vie, sur Gaïa, pour rétablir un équilibre mystique et nous protéger de notre inconséquence.. Autant espérer que des extraterrestres bienveillants viendront nous évacuer ou mieux régler le thermostat.. La vérité est que nous avons jeté une allumette enflammée dans un sous-bois dont nous ne connaissons ni l'inflammabilité ni la force du vent qui y souffle.. Il se peut qu'elle s'éteigne.. Mais les pompiers n'aiment pas les allumettes enflammées.. Il n'y a pas de pompiers cosmiques si l'on peut accorder ce qualificatif grandiloquent à une toute petite planète perdue dans l'espace.. Il n'est nulle part écrit que nous devons survivre.. Aucun mécanisme naturel ne le garantit.. L'univers manifeste des forces à côté desquelles notre réchauffement cataclysmique est un feu de paille.. En tout cas, nous ne sommes pas des pompiers cosmiques.. Si un tel phénomène cumulatif est en route nous ne disposons d'aucun moyen pour l'enrayer.. Il y a une dizaine d'année j'ai publié dans un numéro spécial du quotidien.. Libération.. une nouvelle, la Serre et l'ombrelle où j'imaginais, de façon exagérément optimiste, que l'humanité parvenait à disposer entre la Terre et le soleil un écran réfléchissant une partie suffisante du rayonnement solaire.. Il est presque inutile de préciser que je ne crois pas à la possibilité d'une telle solution dans la réalité.. Je suis pourtant en général un techno-optimiste, c'est-à-dire quelqu'un qui croit, sans doute naïvement, qu'il y a dans la panoplie présente et surtout à venir des technosciences des solutions à la plupart des problèmes humains.. Mais là, il n'y a pas de remède concevable à notre portée.. La seule attitude possible, s'il n'est pas déjà trop tard, consiste à limiter drastiquement dès aujourd'hui notre contribution à l'effet de serre.. Attendre reviendrait à s'endormir tranquillement à deux pas de l'allumette enflammée du feu de forêt métaphorique en espérant qu'elle s'éteigne.. Là-dessus, je ne suis pas trop optimiste puisque la solution n'est pas technique mais politique et qu'elle dépend de l'état des opinions et des intérêts.. Il y a quelques mois, j'ai été invité à animer pour le compte d'un grand organisme public un séminaire de sensibilisation à la prospective.. Le scénario que j'ai proposé à des techniciens de haut niveau dans leur domaine était le suivant : vous êtes en 2030 ; l'effet de serre est devenu si manifeste que toute consommation d'hydrocarbure est strictement limitée, en particulier dans les transports ; vous faites partie d'un groupe de prospective chargé d'explorer, dans votre domaine, les conséquences d'une telle limitation à l'horizon 2050.. L'expérience m'oblige à dire qu'une proportion importante des participants a purement et simplement rejeté l'idée de base du scénario, non sans une certaine violence, et que personne probablement dans ce séminaire ne l'a prise au sérieux, fût-ce à titre de simple expérience de pensée.. Continuons donc comme avant.. Si le roman de John Barnes pouvait éveiller quelques craintes salutaires, outre le plaisir qu'il peut procurer, Barnes n'aurait pas perdu son temps même si son propos principal n'a sans doute pas été de convaincre de la réalité de l'effet de serre.. Mais un roman présente précisément l'inconvénient d'être un roman, une fiction, et plus particulièrement encore pour un ouvrage de Science-Fiction, quelque chose qui ne peut pas convaincre, seulement donner à réfléchir.. La presse et la télévision qui modèlent peu ou prou les opinions nous ont d'autre part tant prédit de catastrophes, nucléaires, chimiques, écologiques, industrielles, démographiques, astronomiques, qui ne se sont pas réalisées, que personne ne peut plus ajouter foi à leurs avertissements auxquels les journalistes le plus souvent ne croient pas eux-mêmes et qu'ils tiennent pour une bonne histoire, une fiction qui fait vendre.. Il arrive un jour où le catastrophisme médiatique contribue grandement à masquer l'imminence — certes relative — de la catastrophe.. Ce jour est depuis longtemps passé.. J'espère, pour une fois, me tromper sur toute la ligne.. On le trouvera à cette.. adresse.. Accessoirement, je me suis toujours demandé quelle était la quantité de chaleur que l'humanité avait émise sur la planète depuis son apparition, ou plus concrètement, depuis trois siècles.. Comme absolument toutes les activités humaines se ramènent à un dégagement de chaleur, fût-il différé, on devrait pouvoir procéder à une évaluation à partir de celle de la masse des combustibles consommés.. Peut-être cette grandeur est-elle négligeable en comparaison d'autres sources strictement planétaires de chaleur comme les volcans et les feux de forêts.. En tout cas ma curiosité n'a jamais été satisfaite.. Voir les textes qui accompagnent le roman de Lester del Rey,.. Crise.. , et en particulier ma postface les Temps du nucléaire , Robert Laffont, 1978.. Sol gelé en permanence et pratiquement imperméable.. mardi 4 décembre 2001 —.. samedi 15 décembre 2001..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/l'Échelle de Darwin | Quarante-Deux
    Descriptive info: l'Échelle….. Greg Bear :.. l'Échelle de Darwin.. Livre de poche nº 7271, mars 2005.. U.. n des thèmes.. bien représentés dans la littérature de science-fiction est celui du mutant, du surhomme, de l'être qui viendra après l'homme.. Son histoire est passionnante pour deux raisons au moins.. D'abord, il est possible de repérer son apparition et son évolution avec une bonne précision et elle est étroitement dépendante des celles des théories de l'évolution ; contrairement à certains autres, comme celui du robot, il ne peut pas être renvoyé à des modèles plus anciens venus de la mythologie ou du fantastique.. Ensuite, il connaît des fortunes diverses qui expriment soit des avatars de la théorie de l'évolution, soit des influences sociologiques et des biais idéologiques ; il reflète ainsi indirectement une partie de l'histoire des idées et de la politique du.. siècle finissant et du.. siècle révolu.. L'événement déclencheur est évidemment la parution, en 1859 de.. l'Origine des espèces au moyen de la sélection naturelle.. la Lutte pour l'existence dans la nature.. , de Charles Darwin.. Certes la spéculation sur la succession des espèces est bien antérieure, mais l'œuvre de Darwin apporte plusieurs innovations décisives qui secouent la société.. Elle présente des preuves de la différenciation récente d'espèces dans cinq catégories différentes, paléontologiques, biogéographiques, systématiques, morphologiques et embryologiques.. Elle affirme que la lignée humaine est d'origine animale, et Darwin précisera même dans.. la Descendance de l'homme.. (1871) qu'elle a dû naître en Afrique.. Selon cette théorie, l'homme descend du “singe” selon une formule exagérément abrupte qui fit dire à une lady victorienne que si c'était vrai, il valait mieux le taire.. Elle demeure déductive et sans preuve immédiate du fait de l'échelle des temps considérés, ce qui ouvre la voie à la controverse.. Enfin, intervenant assez tardivement, la théorie de Darwin et de Wallace.. rencontre une opinion préparée dont une partie est prête à en découdre avec la religion, et connaît une audience immédiate et considérable.. Les prolongements dans la philosophie et la littérature ne se font pas trop attendre.. C'est peut-être Nietszche qui ouvre le feu.. En 1882/83, il publie.. Ainsi parlait Zarathoustra.. où apparaît la figure du surhomme, symétrique dans l'avenir du singe des origines.. Les spécialistes discutent encore de savoir s'il s'agit d'un simple dépassement de l'humain par l'humain lui-même, ou d'une race, voire d'une espèce, supérieure.. Mais l'insistance du philosophe sur une volonté de puissance qui peut se traduire par une sorte de force vitale poussant l'être à s'accomplir dans tous les possibles en dehors de toute considération morale, et l'accent mis par lui sur la lutte entre faibles et forts et sur les valeurs de la vie aux dépens des valeurs de culture et de savoir sonnent darwiniens.. Il sait qu'il y a un animal sous la peau de l'homme et qu'une force immense bouscule les formes.. Quelques années plus tard, en 1886 et 1887, Guy de Maupassant introduit en force et sans ambiguïté le thème proprement darwinien de l'espèce qui dominera et supplantera l'humanité dans les deux versions du Horla.. [5].. Je ne suis pas un admirateur inconditionnel de cette nouvelle, contrairement à beaucoup d'universitaires qui cherchent en la vantant à se faire pardonner leur ignorance et leur incompréhension, voire leur mépris, de la littérature fantastique du.. siècle.. Sa construction me semble bancale, elle accumule les thèmes fantastiques ou bizarres : l'intrusion de l'étrange et peut-être du double, le soupçon de la folie, l'invasion de la liquidité, le détour par la légende et le religieux à travers la visite au moine du Mont Saint-Michel, l'hypnose et la transmission de pensée, le contrôle à distance de la volonté d'autrui et finalement l'incendie purificateur qui n'est pas sans évoquer la chute de la maison Usher.. Cette procession excessive d'effets, si elle converge sur le Horla , aurait tenu sans difficulté dans un roman mais nuit à la crédibilité d'un texte court qui en devient presque caricatural.. [6].. Cependant, malgré cette réserve, je reconnais la dimension précursive d'une nouvelle de science-fiction qui introduit, presque comme en passant, plusieurs idées qui deviendront par la suite des poncifs.. D'abord le thème évolutionniste du Horla lui-même sur lequel je reviendrai, et celui de la pluralité des mondes habités.. [7].. , mais aussi celui de la parapsychologie et du pouvoir exercé à distance sur des esprits humains, de la possibilité d'êtres qui nous contrôlent et nous exploitent à notre insu, et enfin celui de l'invisibilité due à l'insuffisance de notre perception.. [8].. Cette nouvelle a certainement inspiré le.. Guerre aux invisibles.. (1939) d'Eric Frank Russell, peut-être le thème de.. l'Homme invisible.. chez Wells (1897) ou chez Verne (.. le Secret de Wilhelm Storitz.. , 1902, publié en 1910).. Avant d'en venir au personnage du Horla, arrêtons-nous un instant sur l'inspiration de la nouvelle.. Pendant longtemps, le refus d'admettre qu'un écrivain aussi notable ait pu galvauder son talent à écrire du fantastique ou pis encore du merveilleux scientifique, a donné du crédit à une thèse réductrice selon laquelle cette inspiration aurait découlé de la paralysie générale, conséquence de la syphilis, qui devait emporter Maupassant en 1893.. [9].. On en a fait justice depuis longtemps et Marie-Claire Bancquart ne l'évoque que pour la rejeter.. Elle préfère situer la nouvelle dans le courant fantastique.. [10].. qui traverse la fin du.. siècle et, en fait, tout le siècle, et emploie même avec raison, pour la qualifier, le terme de science-fiction.. Cependant elle néglige une très probable source d'inspiration pour Maupassant, l'œuvre d'Edgar Poe, introduite en France par Baudelaire entre 1848 et 1868, et que Maupassant peut d'autant moins ignorer qu'il lui a consacré un article.. [11].. Cette filiation est d'autant plus vraisemblable que plusieurs thèmes présents dans le Horla le sont aussi chez Poe, le double, l'hypnotisme, et surtout la recherche d'un fantastique rationnel qui ne soumette pas la raison à la superstition.. Le Horla fait de surcroît appel à la théorie de l'évolution et au darwinisme qui aurait certainement passionné l'auteur d'.. Eureka.. (1848) disparu en 1849.. Le Horla ?.. « Un être nouveau ! pourquoi pas ? Il devait venir assurément ! pourquoi serions-nous les derniers ! Nous ne le distinguons point, ainsi que tous les autres créés avant nous ? C'est que sa nature est plus parfaite, son corps plus fin et plus fini que le nôtre, que le nôtre si faible, si maladroitement conçu, encombré d'organes toujours fatigués, toujours forcés comme des ressorts trop complexes, que le nôtre, qui vit comme une plante et comme une bête, en se nourrissant péniblement d'air, d'herbe et de viande, machine animale en proie aux maladies, aux putréfactions, poussive, mal réglée, naïve et bizarre, ingénieusement mal faite, œuvre grossière et délicate, ébauche d'être qui pourrait devenir intelligent et superbe.. Nous sommes quelques-uns, si peu sur ce monde, depuis l'huître jusqu'à l'homme.. Pourquoi pas un de plus, une fois accomplie la période qui sépare les apparitions successives de toutes les espèces diverses ? ».. Dans cette dernière phrase, on entend comme un écho de l'hypothèse catastrophiste de Cuvier selon laquelle l'enchaînement des espèces correspond à une succession de déluges et de créations, hypothèse récusée puis, sous une autre forme il est vrai, réhabilitée de nos jours.. Mais quelle est l'interprétation que donne Maupassant de ce passage de la primauté de l'homme à celle du Horla ? Elle est tout entière orientée vers le pouvoir, thème récurrent voire dominant dans son œuvre.. Et il écrit :.. « Le règne de l'homme est fini.. Il est venu.. Celui que redoutaient les premières terreurs des peuples naïfs, Celui qu'exorcisaient les prêtres inquiets, que les sorciers évoquaient par les nuits sombres, sans le voir apparaître encore….. […] les médecins […] ont joué avec cette arme du Seigneur nouveau, la domination d'un mystérieux vouloir sur l'âme humaine devenue esclave.. Ils ont appelé cela magnétisme, hypnotisme, suggestion… Malheur à nous ! Malheur à l'homme.. Il est venu le… le… comment se nomme-t-il… il me semble qu'il me crie son nom… le… Horla….. …le Horla va faire de l'homme ce que nous avons fait du cheval et du bœuf : sa chose, son serviteur et sa nourriture, par la seule puissance de sa volonté.. Malheur à nous.. ».. [12].. Étrangement, ce texte évoque le passage du livre de Rauschning,.. Hitler m'a dit.. [13].. , où Hitler, apparemment terrorisé, bafouille :.. « L'homme nouveau vit au milieu de nous ! Il est là ! Cela vous suffit-il ? Je vais vous dire un secret : j'ai vu l'homme nouveau.. Il est intrépide et cruel ! J'ai eu peur devant lui ! ».. Alors Hitler aurait lu Maupassant ? Ou bien Rauschning ? Comme d'après les historiens, ce dernier n'aurait jamais approché personnellement Hitler et encore moins recueilli ses confidences, la seconde hypothèse est la moins invraisemblable.. Dans l'intérêt de la raison, il convient de distinguer à propos de l'expression ambiguë de théorie de l'évolution, entre le.. fait.. de l'évolution des espèces, généralement accepté sauf des créationnistes de tout poil et plume, et les.. théories.. qui visent à expliquer ce fait, et qui peuvent être invalidées et précisées sur tel ou tel point.. Cette distinction est importante car certains créationnistes avoués ou camouflés, comme Michael Denton arguent de la relative fragilité des secondes pour contester le premier.. [14].. Comme toute théorie authentiquement scientifique, la théorie.. explicative.. de l'évolution est complexe, inachevée, incomplète et perpétuellement remise en question dans ses détails.. Mais ses lacunes et ses incertitudes, les débats entre spécialistes dont elle est l'objet, n'autorisent en rien la négation du fait de l'évolution.. [15].. Il est essentiel de comprendre que la discussion, la contestation voire la réfutation de tel ou tel aspect de la théorie de l'évolution ne conduisent aucunement à son abandon dans sa totalité.. Les explications de l'évolution peuvent être ramenées très schématiquement à quatre périodes qu'on retrouvera dans leurs dérivations littéraires.. Après que le concept de la succession des espèces est devenu à peu près incontestable dés le 18.. siècle du fait de l'accumulation des indices paléontologiques, Cuvier, gêné et qui ne souhaite pas s'engager dans des débats théologiques, invoque la succession des déluges : il y a eu plusieurs créations dont les traces demeurent lisibles dans les entrailles de la Terre.. [16].. Lamarck, plus radical, admet à la génération suivante le transformisme.. On lui attribue souvent la paternité de l'idée de l'hérédité des caractères acquis bien qu'elle soit plus ancienne.. Comme y insiste Marcel Blanc, Lamarck défend en fait l'idée d'une.. « évolution de la vie en correspondance avec l'évolution de la Terre ».. et par extension celle d'un progrès à travers la transformation d'espèces qui ne s'éteignaient pas mais s'adaptaient.. Bien qu'elle n'ait jamais reçu, bien au contraire, le début d'une validation scientifique, après avoir été un cheval de bataille de la paléontologie française, elle tient une place importante dans les fictions de Greg Bear comme j'y reviendrai.. Darwin introduit le principe de la sélection naturelle des variétés et de leur spéciation.. Elle ne fait appel à aucun principe métaphysique.. Mais son moteur est peu clair : si Darwin indique bien comment la spéciation a pu s'effectuer par la.. « descendance avec modification ».. et une sélection naturelle comparable à celle pratiquée par les éleveurs, il ne sait pas à partir de quoi.. Il accepte une petite dose de mutations sous la forme de variations héréditaires survenues au hasard chez des individus, et une autre d'hérédité des caractères acquis, avec réticence, car les premières lui semblent réintroduire les créations successives de Cuvier, Agassiz, Owen, Lyell et quelques autres, et la seconde le lamarckisme.. C'est qu'il ne dispose d'aucune hypothèse solide sur l'origine de la différenciation : il ignore tout des travaux de Mendel bien qu'ils soient exactement contemporains des siens.. En 1901, dans un ouvrage qui fait suite à de longs travaux, Hugo de Vries propose une nouvelle théorie, le mutationisme par opposition au gradualisme.. Pour lui, la nature fait bien des sauts, connaît des mutations, et il fait l'hypothèse des gènes puis découvre et tire de l'oubli les travaux de Mendel.. L'idée de mutation qui fait surgir d'un seul coup une espèce nouvelle, connaîtra un grand succès dans la littérature de science-fiction.. Fort hypothétique et critiquée par les darwiniens, elle sera partiellement validée en 1910 par l'observation de mutations chez la mouche drosophile dans le laboratoire de Thomas H.. Morgan puis en 1927 par leur déclenchement artificiel par H.. J.. Muller.. La synthèse, au demeurant difficile, de ces recherches et courants mènera à la théorie néo-darwinienne, théorie synthétique de l'évolution, officiellement fondée en 1947.. C'est notre quatrième période.. L'histoire n'est bien entendu pas achevée pour autant.. Au contraire, et sa suite est passionnante mais je dois renvoyer ici à des ouvrages spécialisés dont celui cité.. Ce qui est intéressant pour notre littérature, c'est que ces étapes y sont très inégalement représentées.. Assez curieusement, Rosny Aîné dans.. les Xipéhuz.. (1887) puis dans.. la Mort de la Terre.. (1912) semble exploiter tardivement la conception de Cuvier de la succession des règnes dans une discontinuité absolue : les Xipéhuz.. [17].. en forme de cônes n'ont aucune relation biologique avec les humains qui vont les exterminer, pas plus que les ferro-magnétaux de.. n'en ont avec les humains qu'ils vont remplacer, ni du reste avec aucune forme de vie biologique.. Pas trace d'évolution ici, ce qui est tout de même surprenant de la part d'un auteur qui s'est beaucoup intéressé à la paléontologie.. On a déjà dit ce que la nouvelle presque contemporaine de Maupassant devait sans doute au darwinisme.. [18].. Celui-ci cependant inspirera relativement peu d'œuvres.. On en trouve une expression dans.. (de H.. Wells.. Son gradualisme est peu encourageant pour des écrivains qui doivent retenir l'attention du lecteur par l'évocation d'un moment de crise.. C'est pourquoi le mutationnisme de De Vries aura une postérité littéraire plus abondante, à ce point qu'un ouvrage de la taille de celui-ci ne suffirait pas à résumer les nombreuses histoires de mutants et de surhommes.. [19].. Mais il faudra attendre les années 1930 pour les voir se multiplier.. Je n'en signalerai ici que quelques-unes pour baliser l'histoire du thème.. Dès 1929, René Thévenin, dans.. les Chasseurs d'hommes.. [20].. , illustre le thème avec une pointe de génie.. Le mutationnisme tient la vedette dans l'extraordinaire fresque d'Olaf Stapledon,.. les Derniers et les premiers.. (1930) qui décrit la succession de quinze espèces d'hommes, radicalement différentes les unes des autres.. (1935), Stapledon brosse le portrait peut-être le plus convaincant jamais imaginé de l'espèce qui aurait pu nous succéder si elle n'avait choisi de s'effacer.. Mais c'est.. À la poursuite des Slans.. (1940, 1946, 1951), le roman d'A.. Van Vogt, qui popularisera le thème.. Les Slans sont en fait des mutants artificiellement produits pour aider l'espèce humaine normale à résoudre ses problèmes grâce à leurs facultés supérieures ; les humains ordinaires supportent mal d'être distancés et se livrent à leur encontre à des pogroms.. Aussi par la suite, l'intolérance à l'endroit des nouveaux venus différents devient un poncif.. Arthur C.. Clarke et Theodore Sturgeon renouvellent le thème en 1953 respectivement dans.. les Enfants d'Icare.. les Plus qu'humains.. en insistant sur une conscience collective voire cosmique.. À partir des années 1970, le thème du surhomme se raréfie progressivement peut-être parce qu'il est devenu idéologiquement suspect.. Peut-être aussi parce que les auteurs ont pris conscience de la quasi-impossibilité de décrire subtilement un être beaucoup plus avancé que nous, et de la naïveté qu'il y a à s'imaginer son apparition soudaine : le néo-darwinisme a fait des progrès.. C'est pourquoi lorsque Greg Bear publie en l'an 2000.. puis lui donne une suite,.. les Enfants de Darwin.. [21].. en 2002, la surprise est considérable.. Et Bear ne se contente pas de rénover le thème du successeur de l'.. homo sapiens sapiens.. ; il imagine aussi, pour la première fois, de façon audacieuse et astucieuse, un mécanisme original de l'évolution qui explique, à un moment donné de l'histoire l'apparition de cette espèce.. Chose singulière, sans qu'ils aient pu se donner le mot, un autre écrivain, australien celui-là, Greg Egan, propose lui aussi dans.. Téranésie.. [22].. , en 2000 également, un nouveau processus évolutionnaire.. Décidément, au moment du changement de millénaire, la problématique de l'évolution est de retour.. Bien que les solutions spéculatives avancées par Bear et Egan diffèrent totalement, elles affrontent de conserve certaines difficultés rencontrées par la théorie néo-darwinienne.. Tout d'abord, les espèces apparaissent dans la nature “parfaites” relativement à leurs conditions d'existence, et leurs organes, ainsi l'œil, celui du poulpe aussi bien que ceux des vertébrés, forcent l'admiration : il est souvent pris à témoin par les adversaires de l'évolution sous le prétexte qu'on ne voit pas bien comment des formes incomplètes auraient pu y conduire.. [23].. Ensuite les espèces, pour la plupart, sont remarquablement stables, sur des dizaines et parfois des centaines de millions d'années.. Dans les deux cas, c'est tout le problème dit du “chaînon manquant” qui ne se pose pas seulement à propos de l'espèce humaine mais de presque toutes les espèces : les “archives” paléontologiques offrent rarement de séries à peu près complètes de phénotypes intermédiaires et les lacunes sont difficilement imputables à la rareté des fossiles si l'évolution s'est déroulée très graduellement sur de longues périodes de temps..  ...   de devenir procréateurs ou de procréer, sont soumis à cette pression, et ceux dont les capacités “naturelles” sont inférieures au nouveau niveau défini par les aptitudes et les compétences des plus vieux, tendent à être éliminés.. Le processus est cumulatif et dynamique : la faculté d'acquérir des compétences concourt elle-même à la sélection des caractères favorisant cette faculté.. C'est un problème assez classique pour les économistes que celui de la définition d'un optimum en situation de concurrence pour l'obtention de ressources rares et, si les conditions s'y prêtent, d'un optimum dynamique qui inclura les innovations.. Les groupes soumis à cette sélection rivalisent entre eux, ceux qui recèlent le plus de vieux compétents ayant plus de chances de survivre et de se reproduire, et l'espèce dans son ensemble évolue dans le sens d'une plus grande longévité.. Un aspect plus sympathique de la pression de sélection exercée par les vieux malins tient à la transmission d'informations.. À long terme, les groupes qui disposent du plus d'informations au travers du plus grand nombre supportable de vieux malins survivent et se reproduisent mieux que les autres.. Selon la seconde hypothèse qui est revenue à la mode ces dernières années, le facteur favorisant la longévité tiendrait à la protection des jeunes.. La présence d'adultes valides, ayant dépassé leur période de fécondité, motivés par le lien affectif propre aux mammifères, et astucieux, protégerait les jeunes et assurerait de surcroît leur éducation.. Le groupe se reproduisant ainsi mieux et à un moindre coût disposerait d'un avantage sur les groupes comptant moins de personnes âgées.. Sur la longue période, là encore, les groupes comportant les meilleurs gènes de longévité tendraient à l'emporter.. On mesure d'une part que ces hypothèses semblent parfois contradictoires bien qu'elles puissent en fait se compléter.. [30].. plutôt que se contrarier, ou se succéder, dans des ensembles complexes de contraintes.. Elles imposent toutefois le recours à des “variables cachées” : il faut notamment que la capacité d'acquisition d'expériences ne soit pas étroitement limitée.. Les grands singes ont une certaine capacité à acquérir des connaissances, à utiliser des outils et à transmettre une “culture” mais leurs espèces semblent stabilisées depuis peut-être des millions d'années.. La lignée humaine a bénéficié de quelque chose de plus ou d'autre, à travers l'adaptation ou l'exaptation.. Les néo-darwiniens classiques n'aiment pas l'idée de la sélection intraspécifique entre petits groupes : elle impliquerait selon eux que ces groupes constituent de relatifs isolats génétiques devant se reproduire principalement entre leurs membres assez longtemps pour que des différences significatives apparaissent entre les groupes ; cette hypothèse incestueuse n'est pourtant pas nécessaire.. Richard Dawkins est un partisan fanatique de la thèse du “Gène égoïste”.. [31].. par ailleurs souvent vérifiée… chez des insectes sociaux, thèse qui privilégie la sélection entre individus (ou un peu au delà en tenant compte de la proximité génétique).. La sélection entre individus est certes la plus facile à comprendre là où pour une espèce donnée les ressources sont rares, la prédation forte et où la simple survie est le facteur déterminant de la reproduction.. Seul celui qui survit pour se reproduire transmet ses gènes.. Mais comment expliquer alors la longévité humaine qui déborde largement la période de reproduction et surtout l'accroissement relativement récent de cette longévité ?.. C'est que, dans la lignée humaine, depuis peut-être des millions d'années, le problème central des protohumains n'est ni la nourriture, ni la menace de prédateurs.. Des chasseurs-cueilleurs peu nombreux et se déplaçant facilement en petits groupes ne doivent pas avoir de mal à se nourrir ni même y consacrer beaucoup de temps.. Et si j'étais un machairodonte, j'y réfléchirai à deux fois avant de rôder auprès de ces bipèdes teigneux, volontiers solidaires face à un ennemi commun, vifs, inventifs et armés de griffes de silex au bout de longs bâtons.. Du reste, les machairodontes ont disparu tandis que les humains sont toujours là.. Le souci principal des protohumains, c'est le sexe et la reproduction.. Et si un groupe s'assure un meilleur succès dans l'accès à des femmes (je n'ose plus écrire femelles) que ce soit par la séduction ou par des méthodes plus énergiques, il assure mieux la transmission de ses gènes, par exemple ceux de la longévité et ceux que l'on peut rattacher d'une manière ou d'une autre au langage, à la mémoire et à la performance intellectuelle (pour ne pas dire l'intelligence).. Cependant, même le recours à ces spéculations néo-darwiniennes plus ou moins améliorées ne règle pas la question.. Les espèces de grands singes ont en gros bénéficié des mêmes circonstances.. Elles n'ont pas évolué significativement et sont en voie de disparition.. Certes la lignée humaine qui a survécu (et qui n'était pas forcément la meilleure.. sub specie æternitatis.. ) a probablement éliminé tous ses concurrents de même origine un peu moins chanceux, si bien que la plupart de ses autres possibles nous demeure inconnue, au moins présentement.. [32].. Mais il y a quelque chose qui nous échappe plus radicalement dans l'histoire du phylum humain et des possibilités qui se sont ouvertes à lui du fait de sa propre transformation.. En un million d'années (deux ou trois si l'on compte large), l'organisation du système nerveux de certains hominidés a connu plus de remaniements que tous les systèmes nerveux de toutes les espèces au cours des deux cents millions d'années précédentes.. Et l'on comprend mieux l'attachement de Greg Bear à la perspective lamarckienne même si elle pose une question qu'elle ne résout pas.. Il manifeste cet attachement en abordant une question corollaire : celle de l'évolution sur d'autres mondes.. , il décrit comme j'ai déjà dit, sur une autre planète, une évolution de type purement lamarckien.. Évitant le modèle généralement considéré comme dominant sur notre planète, il renonce au Principe de Médiocrité.. Lorsqu'on ne sait rien de positif sur un domaine donné, ce qui est le cas en exobiologie, science éminemment conjecturale, et qu'on ne dispose que d'un seul exemple, la prudence méthodologique conduit à adopter le Principe de Médiocrité.. Selon ce principe, la Terre n'occupe pas le centre du monde, le soleil est une étoile quelconque, la Galaxie une nébuleuse moyenne et nous ne bénéficions d'aucun privilège d'espèce.. Tout cela est assez vraisemblable et parfois vérifié.. Malheureusement, le Principe de Médiocrité auquel il n'est fait appel qu'en l'absence de toute population statistiquement observable, conduit parfois à des conclusions fâcheuses et peut-être absurdes : ainsi puisque la civilisation humaine a de six à huit mille ans et que le plus probable est qu'elle se situe aujourd'hui au sommet de la courbe de Gauss des civilisations, elle devrait avoir disparu dans six à huit mille ans.. Il devient même possible d'évaluer la probabilité qu'elle atteigne les cent mille ans, et cette probabilité est quasiment nulle.. Si l'on appliquait le même raisonnement à un nouveau-né, son espérance de vie serait négligeable tandis qu'elle serait maximale pour un centenaire.. La question est de savoir si le Principe de Médiocrité s'applique également aux différentes étapes de la vie observées sur Terre.. Mon opinion personnelle est qu'on peut distinguer quatre grandes étapes dans l'évolution de la vie terrestre, la provirale (ARN et/ou ADN), la procaryote (qui implique déjà probablement la symbiose de plusieurs formes d'êtres vivants bien organisés), l'eucaryote ou pluricellulaire, et finalement la symbolique, toute récente, avec l'humanité, le langage, les mathématiques et les prix littéraires.. Il n'est pas du tout certain que le Principe de Médiocrité s'applique aisément à la procession de ces quatre étapes entre lesquelles il semble que quelque chose de très singulier soit chaque fois advenu.. Il est déjà assez difficile de l'admettre pour l'histoire de la planète Terre.. Admettons que le soleil est une étoile de type assez ordinaire.. Il reste à établir qu'une planète d'une taille précise, ni trop petite, ni trop grosse, et en orbite dans une zone, dite de vie, non moins définie autour de son étoile, soit commune dans le cosmos ; cela est assez vraisemblable.. Encore faut-il qu'elle dispose d'un satellite disproportionné, en l'occurrence la Lune, issue d'un improbable cataclysme, qui provoque des effets de marée peut-être indispensables à l'apparition de la vie et presque certainement à sa migration hors des océans.. Il faut aussi, afin d'accélérer un peu les choses, que cette planète soit soumise périodiquement à des extinctions massives d'espèces possiblement provoquées par des bombardements d'astéroïdes, et que notamment un groupe très prospère qui avait vécu à peu près paisiblement pendant deux cents millions d'années, les dinosaures, soit éradiqué par une catastrophe inattendue pour laisser place à des rats négligeables qui devaient donner naissance à une merveilleuse race d'observateurs conscients de l'univers, dont un représentant signe cette préface sceptique.. Cela fait beaucoup de circonstances singulières, et encore a-t-on négligé ici la plupart de celles qu'enfilent les tenants du principe anthropique fort.. À moins qu'un projet n'ait enchaîné cette incroyable série.. En invoquant la contingence, Stephen Jay Gould balaie la tentation du principe de médiocrité et par extension celle du projet et du téléfinalisme.. La vie a pu surgir ailleurs, et même fréquemment puisqu'elle semble apparue sur Terre très peu de temps après que la planète s'est à peu près stabilisée.. Elle est peut-être une propriété émergente et à peu près inéluctable de l'univers physico-chimique.. Mais la succession de hasards qui a orienté l'histoire de la vie sur Terre n'a aucune probabilité raisonnable de se reproduire sur d'autres mondes, et l'évolution, qui peut dans son principe être souvent à l'œuvre, a suivi ailleurs d'autres voies comme le suggère Greg Bear.. L'intelligence est peut-être rare, elle est peut-être différente ; elle est peut-être unique, ce qui serait pour nous flatteur mais redoutable.. Si toutefois, par rationalisme exacerbé, on s'en tient au Principe de Médiocrité, il faut en accepter les conséquences : il n'y a aucune raison pour que notre espèce soit exceptionnelle et occupe le sommet de l'échelle.. Notre position ne peut être que moyenne.. Il y a donc nécessairement, dans l'univers, et même sur notre planète, des êtres supérieurs à l'homme.. On les appelle les Horla.. Pour les plus petits d'entre eux.. Caveat lector.. Le lecteur qui redouterait de voir dévoilés dans cette préface certains ressorts du roman qui la complète aurait raison et il est prié de la considérer comme une postface et de la lire seulement après ce roman.. Les trois thèmes ne se recoupent toutefois pas entièrement.. Celui du mutant peut être traité négativement sous la forme d'une victime, par exemple de radiations mutagènes d'origine nucléaire ; et celui du surhomme a correspondu parfois seulement à l'exaltation – ou à la condamnation – d'un homme aux capacités exceptionnelles.. Mais les perspectives génétiques ou nietzschéennes ne sont jamais loin.. Pour l'édition française, je renvoie à la traduction d'Edmond Barbier, Schleicher frères, éditeurs, 1896.. C'est la première traduction de l'édition anglaise définitive, évidemment bien postérieure aux premières éditions françaises qui furent nombreuses.. Il en existe de plus récentes sans doute meilleures mais celle-là renseigne sur le texte qu'ont découvert les lecteurs français contemporains de Darwin.. Auquel Darwin rend très explicitement hommage dans son.. Introduction.. , pour être parvenu indépendamment aux mêmes conclusions.. On les trouvera dans l'excellente édition des.. Contes cruels fantastiques.. de Guy de Maupassant, réunis et présentés par Marie-Claire Bancquart, La Pochothèque, Le Livre de Poche, 2004.. Madame Bancquart, dans sa préface que je trouve en général excellente, prétend que si, dans sa production relevant du fantastique ou de la science-fiction, Maupassant ne recourt pas au roman, ce serait parce que.. « le fantastique implique un récit court et frappant : on ne conçoit pas un roman fantastique de quelque étendue qui soutienne son propos de bout en bout ».. C'est là une assertion étonnante.. Elle ignore sans doute les romans gothiques, le.. Melmoth.. de Maturin, le.. de Mary Shelley, le.. Carmilla.. de Sheridan Le Fanu, le.. Dracula.. de Bram Stoker,.. Le Grand Dieu Pan.. d'Arthur Machen (traduit par Paul-Jean Toulet) et des dizaines d'autres œuvres.. Le thème est repris dans.. Lettre d'un fou.. l'Homme de Mars.. Madame Bancquart fait remarquer à juste titre qu'.. « il est un lieu commun de la pensée scientifique de l'époque ».. Mais l'est-il dans la littérature ?.. Madame Bancquart indique dans sa préface que cette invisibilité est due à un indice de réfraction des corps différent du nôtre, ce qui n'est pas aussi clairement explicité dans la nouvelle mais découle des exemples donnés, le verre et une nappe d'eau.. On la trouve encore dans la note de Michel Mourre qui lui est consacrée, in.. Dictionnaire des Auteurs.. , première version, Laffont-Bompiani, 1980.. Toutefois, elle évacue un peu vite.. « les diableries et les fantômes de Lewis et de Cazotte ».. et plus loin.. « les revenants ».. renvoyés au 18.. siècle au profit d'un fantastique psychologique et social.. C'est faire bon marché, entre autres, d'Anatole Le Braz (1859-1926) et d'Erckmann-Chatrian (1822-1899 ; 1826-1890) qui certes sont provinciaux et donc marginaux et ont puisé dans le folklore (ou l'ont imité) mais ne méritent pas cette exclusion.. Madame Bancquart écarte ainsi la raison la plus profonde du rejet du fantastique par la critique et l'enseignement universitaires pendant au moins un siècle : le clan religieux y voit le stigmate de la dégénérescence de la foi, et le clan laïc et rationaliste la considère comme une résurgence de la superstition et du religieux.. Ensuite, même une fois ces raisons oubliées, le rejet s'entretient tout seul dans un milieu prodigieusement conservateur.. Pour rester sur les marges, et compléter cette exploration du fantastique fin-de-siècle, on se reportera à l'anthologie d'Éric Lysøe,.. Littératures fantastiques, Belgique, terre de l'étrange.. , tome 1-1830-1887, tome 2-1887-1914, Éditions Labor, Bruxelles, 2003.. Publié dans Gil Blas en octobre 1882 et cité par Madame Bancquart.. J'ai dû abréger cette citation et malheureusement les points de suspension indiquant des coupures interfèrent avec ceux du texte de Maupassant.. Le lecteur est prié de se reporter à l'édition citée, pages 628 et 629.. Édition Coopération, Paris 1939.. Le rapprochement entre cette scène et le Horla est proposé par Bergier et Pauwels dans.. le Matin des magiciens.. , Gallimard 1960.. Évolution, une théorie en crise.. , Paris, Londreys 1988.. Pour étayer cette préface, je me suis servi notamment de l'excellente synthèse de Marcel Blanc,.. les Héritiers de Darwin.. (Seuil, 1990) à laquelle je renvoie mon lecteur.. Ce n'est pas l'ouvrage le plus récent mais outre que la théorie néo-darwinienne n'a guère connu de bouleversements depuis sa parution, il présente l'avantage de résumer à peu près toutes les positions en présence.. Il est aussi plus maniable que l'imposant.. Dictionnaire du darwinisme et de l'évolution.. , sous la direction de Patrick Tort (PUF, 1999, 3 volumes, 4 862 pages, 6 370 g.. ).. Sur les relations entre paléontologie et théories de l'évolution, voir.. Des fossiles et des hommes.. , Éric Buffetaut, Laffont, 1991.. Les Xipéhuz ressemblent beaucoup à certains des Grands Anciens imaginés par H.. P.. Lovecraft.. Il est permis de s'interroger sur la généalogie qui conduit des uns aux autres.. La quasi-simultanéité de la parution du Horla et des.. Xipéhuz.. amène à s'interroger sur les raisons de l'échec à s'imposer de la science-fiction française après un si brillant début.. Voir notamment ma préface à.. Histoires de mutants.. , et celle de Demètre Ioakimidis à.. Histoires de surhommes.. (le Livre de poche nº 3786).. On trouvera cet étonnant roman dans.. Sur l'autre face du monde et autres romans scientifiques de Sciences et voyages.. , Ailleurs et demain, Laffont 1973.. Ailleurs et demain, Robert Laffont, 2003.. Ailleurs et demain, Robert Laffont, 2000.. Richard Dawkins, un ultra-darwiniste, entreprend de répondre à cette question dans.. l'Horloger aveugle.. , que j'ai publié chez Laffont en 1989, sans convaincre entièrement.. Depuis la rédaction du roman de Greg Bear, des analyses du génome mitochondrial de Néandertaliens semblent bien avoir montré que cette espèce ne pouvait pas être l'ancêtre direct de l'homme moderne mais plutôt une espèce cousine.. Toutefois la complexité du mécanisme imaginé par l'auteur peut lui permettre de contourner cette “difficulté”.. Mais sans que cette réorganisation ait pour but de faire face à ce stress, contrairement à ce qui se passe dans le roman de Bear.. Voir Denis Buican,.. Darwin et le darwinisme.. (PUF, 1987) et.. la Présélection génotypique et le modèle évolutif.. (La Pensée et les hommes, Bruxelles, 1980).. Les taches rappellent celles de certains calmars et celles des caméléons.. Un exemple d'évolution convergente !.. Sauf si l'on imagine des éleveurs comme ces Anglais qui ont porté en quelques siècles la tératologie canine au rang d'un art.. Les durées évoquées ici sont forcément approximatives et sujettes à la plus grande caution.. Faut-il le rappeler ?.. Les vieux malins contribuent certes à l'élimination des jeunes insuffisamment performants mais ils protègent les autres.. C'est le titre d'un de ses livres.. Traduction française : Mengès 1978.. Il faut bien voir que l'histoire du phylum humain est hautement spéculative puisqu'elle ne repose que sur quelques dizaines de fossiles souvent très incomplets.. La découverte de tout nouveau sujet conduit généralement à des réorganisations généalogiques d'envergure.. La dernière fois que j'ai consulté une liste présumée exhaustive des fossiles appartenant à la famille des hominidés au sens restreint, il y a une dizaine d'années, elle comportait environ quatre-vingt-dix spécimens sur quelque six milliards d'années.. samedi 16 avril 2005 —.. samedi 28 mai 2005..

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