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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/le Cycle d'Hypérion | Quarante-Deux
    Descriptive info: section Gérard Klein.. tout Quarante-Deux.. Sauter la navigation.. accueil.. exliibris.. pgeff.. kws.. récits.. prix.. galerie.. carnets.. photos.. Vous êtes ici :.. →.. Archives stellaires.. préfaces et postfaces.. le Cycle d'Hypérion.. Sections.. Bozzetto.. Curval.. Klein.. Divers.. Navigation.. l'auteur.. présentation.. liste des préfaces.. Gérard Klein : préfaces et postfaces.. Dan Simmons :.. Robert Laffont • Ailleurs et demain / la Bibliothèque, deux volumes, octobre 2003.. Chercher ce livre sur.. amazon.. fr.. Les Cantos d'Hypérion.. I.. l y a parfois, trop rarement, un livre qui surgit comme un éclair dans le ciel par ailleurs serein de la science-fiction, ou plutôt comme une nova pour rester dans le vocabulaire de cette espèce littéraire.. Il connaît un succès soudain et rapide et modifie profondément l'image du genre au point qu'il n'est plus possible, ensuite, d'en écrire comme avant.. Les Chroniques martiennes.. de Ray Bradbury furent certainement un tel livre, ainsi que, dans un style tout différent,.. le Monde du non-A.. de A.. E.. van Vogt.. Hypérion.. [1].. de Dan Simmons fut une telle nova, voir une supernova.. Contrairement à.. Dune.. dont j'ai relaté ailleurs les progrès assez lents mais qui le conduisirent à des sommets olympiens, le succès d'.. fut immédiat, à la fois du point de vue du jugement critique et de l'accueil du public.. Et une fois encore cette éclatante réussite fut paradoxale.. En France du moins, l'auteur était peu connu.. [2].. et il ne l'était guère plus aux Etats-Unis.. , le premier volume publié de ce qui s'annonçait un roman au moins double, était un livre complexe voire difficile qui s'arrêtait abruptement sur l'annonce d'une suite dont personne, pas même l'auteur, ne savait quand elle viendrait.. Sur un mode tout à fait inhabituel, inspiré de Chaucer, un auteur que ne connaissent guère que les érudits en vieille littérature anglaise, il était composé des récits disjoints des aventures de sept pèlerins et truffé de développements religieux.. Bref, il pouvait sembler complètement décousu.. De surcroît, il était énorme, ce qui impliquait un investissement risqué dans la traduction.. Certes, il était splendide, flamboyant, original, mais quand je le publiais, fin 1991, ce fut avec l'espoir dans le cœur et la peur au ventre.. En toute honnêteté, je dois reconnaître que j'avais un peu menti : j'avais entrepris de minimiser la taille de l'objet et j'avais omis de souligner qu'il était incomplet.. Quand il s'en aperçut, Robert Laffont me fit les gros yeux.. Pas longtemps.. La collection Ailleurs et demain connaissait quelques difficultés et cet objet littéraire non identifié pouvait signifier sa perte.. Je jouais là un Gambit.. Mais quand je l'avais lu, j'avais ressenti cette petite vibration dans l'épine dorsale que connaissent bien les éditeurs : chef-d'œuvre, disparaître plutôt que laisser passer.. Sans que j'aie jamais compris comment, le succès fut quasiment immédiat.. Apparemment, avant même qu'il soit publié en français, tout un bouche à oreille avait fonctionné si bien que le livre était attendu.. Il avait obtenu les Prix Hugo et Locus mais ceux-ci n'avaient pas à l'époque ici l'importance qu'on leur accorde désormais.. Les représentants qui en avaient eu la primeur et dont on ne soulignera jamais assez l'importance de l'opinion se montraient enthousiastes.. Bref, ce que j'avais pris pour un acte de foi un peu insensé de ma part se révélait un joker gagnant.. Aucun des plus grands succès de la collection n'avait atteint aussi vite un tirage aussi élevé.. Le seul problème fut celui de nombreuses ruptures de stocks dues à une attitude un peu timorée de la direction de l'époque.. Mon autre problème devint bientôt le harcèlement de lecteurs exaspérés qui réclamaient la suite à cors et à cris.. Je songeais un moment à disparaître de la circulation.. Heureusement, l'auteur ne faillit pas, le traducteur non plus, et.. la Chute d'Hypérion.. parut exactement un an après le premier volume.. Le succès devint un triomphe.. Il fut évidemment conforté par la suite logique que lui donna Dan Simmons avec.. Endymion.. et.. l'Éveil d'Endymion.. À mes yeux, l'ensemble ne constitue pas une série, ni même tout à fait un cycle, mais un immense roman cohérent comme il est peu d'exemples dans la littérature, toutes catégories confondues.. Je n'entreprendrai pas ici de l'introduire et encore moins de le décrire, la tâche me semblant au-dessus de mes forces, et pire encore de nature à priver le  ...   tours.. Lisez-le dans cette perspective et vous découvrirez bien des subtilités derrière d'apparentes ficelles grosses comme des cordages de navire.. On en trouvera de multiples exemples dans le long voyage qui conduit en kayak Endymion sur la rivière entre les mondes et qui n'est pas sans évoquer peut-être.. le Fleuve de l'éternité.. de Philip José Farmer.. Ainsi Simmons n'est pas seulement un conteur hors pair, mais aussi un théoricien et un pédagogue, ce qui rejoint son métier d'enseignant.. Et l'on comprend mieux, dès lors, sa versatilité puisqu'il a touché à tous les genres en sus de la science-fiction, le fantastique avec.. le Chant de Kali.. déjà cité, l'épouvante à travers plusieurs romans dont.. Nuit d'été.. et ses suites qui ne sont pas mes préférés, le roman policier, contemporain et d'espionnage avec en prime un héros de la littérature contemporaine dans.. les Forbans de Cuba.. , et enfin un étrange mélange de science-fiction, de fantastique et d'épouvante dans ce qui est probablement son deuxième chef-d'œuvre,.. l'Échiquier du mal.. On me permettra ici une brève annotation personnelle : si je n'ai pas retenu.. Carrion Comfort.. , excellemment traduit par Jean-Daniel Brèque et publié par le regretté Jacques Chambon, c'est que je n'ai jamais pu sans un grand malaise voir l'holocauste juif devenir le sujet d'une fiction.. Peut-être mon sentiment aurait-il été différent si j'avais su alors que Dan Simmons lui-même était juif ce que j'ignorais ; mais je n'en suis pas certain.. Bref Simmons a consacré son talent qui est considérable et sa connaissance de la littérature qui n'est pas moindre, à démonter les rouages de ces étranges machines pour notre plaisir et pour notre instruction.. Et dans l'œuvre présentement en cours,.. Ilium.. , dont le premier volume devrait paraître en 2004 dans Ailleurs et demain , il remonte carrément aux sources : c'est à.. l'Iliade.. d'Homère qu'il fait rendre son jus, fortement teinté de sang.. Il n'est pas interdit de penser qu'il s'attaque un jour au.. Don Quichotte.. de Cervantes.. La question que pose ainsi Dan Simmons est de savoir s'il est le seul auteur de science-fiction à avoir ainsi entremêlé le travail de la création et celui de la critique.. À la réflexion et bien que personne ne semble l'avoir entrepris de façon aussi systématique que lui, il me semble que non.. On en trouverait des rudiments chez James Blish à considérer la façon dont il introduit le.. Finnegans Wake.. de Joyce comme un modèle du monde, incompréhensible sauf par son créateur et donc susceptible d'interprétations infinies, dans.. un Cas de conscience.. Chez Philip K.. Dick aussi, la glose sur l'acte d'écrire lui-même est souvent à peine sous-jacente.. Et plus anciennement, la réflexion de van Vogt dans.. sur l'immortalité nécessaire du héros, au moins jusqu'à l'épilogue, dans le roman aristotélicien, donne à penser.. Enfin, postérieurement à Simmons, le roman démesuré de Peter F.. Hamilton,.. l'Aube de la nuit.. [4].. contient bien des démonstrations ironiques sur le fonctionnement du.. space opera.. et du roman populaire.. Décidément, l'innocence n'est plus de mise, et c'est bien là que la littérature commence s'il est vrai que l'écrivain véritable est celui qui s'interroge sur son art.. Ces deux volumes réunissent ce que Dan Simmons lui-même a baptisé.. les Cantos d'Hypérion.. , à savoir.. , mais aussi deux nouvelles rattachées au Cycle et déjà publiées en français ainsi que dans un dossier un court essai de Dan Simmons lui-même sur ses.. Cantos.. et une bibliographie complète à ce jour de cet auteur établie par Alain Sprauel.. Notes.. On trouvera dans le dossier complétant le second volume de cette édition une bibliographie indiquant les titres anglais et les sources de toutes les œuvres de Dan Simmons citées dans cette présentation.. À travers notamment un étrange et fort bon roman,.. , publié par J'ai lu dans sa collection Épouvante en 1989.. L'un des mérites de ce cycle de Dan Simmons aura été d'amener des lecteurs français à réexaminer l'œuvre immense et minuscule de John Keats.. Rupture dans le réel.. 1 et 2,.. l'Alchimiste du neutronium.. le Dieu nu.. 1 et 2, Ailleurs et demain , Robert Laffont.. © Quarante-Deux.. — Reproduction interdite sans autorisation.. Voir les.. conditions d'utilisation.. Création :.. lundi 15 mars 2004 —.. Modification :.. lundi 15 mars 2004.. Adresse du site :.. haut de page.. écrire à Quarante-Deux..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/les Mondes francs | Quarante-Deux
    Descriptive info: les Mondes….. Anthologie composée par Ellen C.. Herzfeld, Gérard Klein et Dominique Martel :.. les Mondes francs.. Livre de poche nº 7096, octobre 1988.. Détail bibliographique.. dans la base de données e.. xlii.. bris.. L.. orsque le principe et le plan de la Grande Anthologie de la Science-Fiction furent établis, les auteurs et l'éditeur décidèrent d'un commun accord, afin de conserver à l'ensemble son.. homogénéité, de n'y introduire que des nouvelles anglo-saxonnes.. Il fut toutefois dès cette époque envisagé de lui adjoindre une anthologie de la Science-Fiction française qui viendrait la compléter.. Après quelques vicissitudes et bien des années, ce projet nécessaire trouve ici un commencement d'exécution.. L'Anthologie de la SF française du Livre de Poche comprendra pour débuter trois volumes.. Le premier qu'on découvrira ci-après couvre les années 50 et 60.. Les deux suivants correspondront aux années 70 et 80.. Cet ordre chronologique qui tranche sur le principe thématique des 36 premiers volumes de la GASF répond à un souci de clarté et présente pour le lecteur beaucoup moins d'inconvénients qu'un regroupement par sujets qui, pour la Science-Fiction française, aurait été artificiel.. Le lecteur des trente-six premiers volumes de la Grande Anthologie de la Science-Fiction s'apercevra du reste qu'il est beaucoup moins facile de dater à simple lecture les nouvelles françaises que les textes anglo-saxons.. Beaucoup d'entre elles, bien qu'écrites il y a près de trente ans, préfigurent les tendances récentes, voire post-modernes, de la Science-Fiction américaine.. En 1950, la Science-Fiction française revenait d'assez loin.. Certes, personne ne contestait que la France avait été, avec la Grande-Bretagne, la créatrice du genre.. On se souvenait de Jules Verne, moins de Maurice Renard et de Rosny Aîné, moins encore de Jean de la Hire qui, après des débuts prometteurs, avait donné dans la littérature racoleuse.. On avait quelque peu oublié que plusieurs des grands écrivains de l'entre-deux-guerres dont André Maurois et Jules Romains s'y étaient adonnés.. Les romans populaires d'aventures scientifiques publiés dans.. Sciences et Voyages.. et dans la jadis célèbre collection Tallandier Bleu s'étaient entassés dans les greniers.. Le succès prodigieux et encore récent de René Barjavel avec.. le Voyageur Imprudent.. Ravage.. apparaissait isolé et avait éclipsé les œuvres ironiques et désabusées de Jacques Spitz.. C'est de l'Amérique encore auréolée par la Libération et par ses prodigieux succès techniques et économiques que le genre revenait.. Il y avait gagné un nom qui lui est resté, Science-Fiction.. En 1950,.. le Figaro.. publie un article de Claude Elsen, La Science-Fiction remplacera-t-elle le roman policier ? Pour la première fois, le terme, créé en 1929 par l'américain d'origine luxembourgeoise Hugo Gernsback, en remplacement de scientifiction qu'il utilisait depuis 1915, apparaît en France.. L'année suivante, Raymond Queneau relance dans.. Critique.. , suivi en octobre par Stephane Spriel et Boris Vian dans.. les Temps modernes.. En 1953, c'est au tour d'.. Esprit.. , puis des.. Cahiers du Sud.. de célèbrer le genre sous les signatures de Michel Carrouges, de Jacques Audiberti et de Michel Butor sans négliger celle de Stephen Spriel.. En quelques mois, tout ce que l'intelligence française compte de noms brillants ou prometteurs semble se coaliser pour saluer ce nouveau genre apparemment venu des États-Unis.. Mais c'est dans.. France-Dimanche.. , hebdomadaire intellectuellement moins huppé, que le grand public découvre au début de 1952 des nouvelles de SF américaines, dues à Ray Bradbury, à A.. E.. van Vogt et autres célébrités encore inconnues de ce côté-ci de l'Atlantique.. Il est enfin un lieu qu'il faut citer pour rendre compte de l'intense prurit intellectuel qui accompagna la naissance de la SF en France : la.. Librairie de la Balance.. créée en I953 par Valérie Schmidt et que fréquentèrent Vian, Queneau, François le Lionnais, Butor, Pierre Versins, et très assidûment les deux hommes qui ont sans doute le plus fait à cette époque pour le développement de la Science-Fiction, Stephen Spriel (de son vrai nom Michel Pilotin) et Jacques Bergier.. La question se pose alors de savoir s'il va y avoir des.. Mondes francs.. à côté des univers anglo-saxons ou bien si la SF (l'abréviation est déjà introduite, sur le modèle américain) demeurera un genre purement ou principalement importé.. À  ...   ou carrément débutants (Gérard Klein et un peu plus tard Jean-Pierre Andrevon).. et Présence du Futur auront donné le véritable coup d'envoi à une littérature de Science-Fiction française rénovée et littérairement exigeante.. Il convient de ne pas négliger non plus le travail effectué par la revue.. Satellite.. et par des revues ronéotées qu'on n'appelle pas encore des fanzines comme.. le Petit Silence Illustré.. Ailleurs.. , animées respectivement par Jacques Sternberg et Pierre Versins, tous deux auteurs, amateurs et critiques du genre.. Au total, la production française des années 50 et 60 sera quantitativement et qualitativement impressionnante.. C'est, de plus, presque le seul domaine où la nouvelle conservera droit de cité et audience fidèle.. La nouvelle a toujours tenu dans la Science-Fiction en général, et française en particulier, une place privilégiée qui contraste avec la presque disparition de ce format littéraire dans l'édition.. Peut-être faut-il en chercher une raison dans la situation d'auteurs que l'étroitesse des débouchés empêchait de vivre de leur plume et qui se trouvaient contraints de produire leurs œuvres en peu de temps et sur peu de pages.. Sans doute faut-il y voir aussi la marque d'éditeurs vigilants dont le principal fut Alain Dorémieux qui pouvait accueillir des nouvelles dans.. et notamment dans les numéros spéciaux de cette revue, et qui contribua beaucoup à constituer une tradition française et à assurer sa pérennité.. La sélection de nouvelles qui compose cette anthologie a été effectuée dans la seule perspective de la qualité et de l'originalité des textes.. Elle n'a pas de dimension historique, en ce sens que les anthologistes n'ont pas cherché à reconstituer un état passé du genre, mais à réunir des textes qui ont conservé toute leur actualité et qui assurent au lecteur le même plaisir de lecture que lors de leur première parution.. Il est remarquable d'y trouver des auteurs qui n'ont produit que quelques textes et parfois un seul comme Jean Porte, à côté d'écrivains confirmés comme Pierre Boulle, Philippe Curval, Jacques Sternberg ou André Ruellan.. Rétrospectivement, l'influence de la Science-Fiction américaine semble réduite.. L'importance donnée à la forme littéraire est à peu près générale, mais la recherche stylistique ne conduit pas les auteurs à négliger le développement d'une idée forte.. Il est difficile de dégager de cette anthologie une impression d'ensemble.. Peut-être ces textes ont-ils en commun cependant à la fois un certain lyrisme et un penchant certain pour l'ironie, voire le scepticisme.. Pas de messianisme ici, ni d'utopies galactiques.. L'avenir y apparaît moins comme une frontière ouverte que comme un champ poétique ou que comme une source de réflexion et d'inquiétude.. Jusque dans l'humour transparaît une certaine gravité.. Pour beaucoup de jeunes lecteurs des années 50, la SF, littérature d'idées, fut une école d'ironie et d'indépendance d'esprit.. Elle leur tint lieu de culture autant que de contre-culture.. Elle fut la littérature de l'accession au monde des idées non reçues de toute une fraction de la classe moyenne alors en rapide ascension sociale pour cause de savoir.. Il est vraisemblable qu'on en trouve un écho dans cette anthologie.. Apparue en France dès le début des années 50, quelque peu négligée au cours des années 60, explosant dans les années 70 et s'étant bien maintenue au cours de nos années 80, la littérature de Science-Fiction apparaît avec le recul comme le signe d'un basculement de la France dans le monde moderne, industriel, technologique, voire scientifique.. Et plus encore dans un univers international, planétaire, voire désormais interplanétaire, où les écrivains nationaux tentent tant bien que mal de préserver leur identité sans avoir pu s'appuyer sur une école indigène ancienne et honorable mais trop longtemps interrompue.. Il ne fait guère de doute que la tradition de Jules Verne et de J.. H.. Rosny Aîné, reprise par Jacques Spitz puis René Barjavel et prolongée par Pierre Boulle et Robert Merle, n'a pas fait le poids devant l'invasion anglo-américaine.. La sagesse relative de l'anticipation à la française a définitivement cédé le pas devant la frénésie poétique et explosive de la Science-Fiction dont la découverte fut probablement l'un des faits culturels marquants et durables de l'après-guerre.. mercredi 5 août 1998 —.. dimanche 20 décembre 1998..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/l'Hexagone halluciné | Quarante-Deux
    Descriptive info: l'Hexagone….. l'Hexagone halluciné.. Livre de poche nº 7101, décembre 1988.. O.. n estime généralement que les années 70 commencèrent un peu après mai 1968.. Elles en portèrent donc la marque qu'il sera difficile de négliger dans ce second volume de l'Anthologie de.. la Science-Fiction française.. Il couvre grosso modo la période 1971-1978.. Cette influence n'est pourtant pas si immédiate.. Elle n'est pas vraiment perceptible dans les nouvelles qu'on va lire.. Peut-être l'est-elle davantage dans d'autres textes qui, parce qu'ils exprimaient de trop près l'air du temps, ont moins bien vieilli et n'ont donc pas trouvé place dans notre sélection.. Le point le plus important des années 70 semble être pour la Science-Fiction en France une extraordinaire expansion qui contraste avec le recul enregistré au cours des années 60.. Existe-t-il ici un cycle long où les décennies fastes (les années 50 et 70) alternent avec des décennies de régression ou de stagnation (les années 60 et 80) ? C'est ce que révèleront peut-être bientôt les années 90.. Ou bien l'appétit de rêve — « Soyez réalistes : exigez l'impossible » — consécutif à Mai 1968, quelque peu refoulé et donc exacerbé par le conservatisme politique et social de la décennie Pompidou-Giscard, a-t-il trouvé son aliment dans la SF et fait de celle-ci la littérature de toute une génération, comme l'avancent certains ? Le rejet des dogmes et le goût de la théorie plus ou moins subversive ou novatrice ont certainement ouvert la voie.. Le public de cette décennie fut en tout cas le meilleur que la SF ait jamais eu en France.. Largement, mais non exclusivement, composé de lycéens et d'étudiants, il se montra curieux, voire audacieux, exigeant et fidèle.. Mais les excès quantitatifs de l'édition finirent par éroder son enthousiasme.. L'influence de mai 1968, assez vraisemblable du côté du public, l'est sans doute moins du côté des éditeurs et des créateurs de collection qui s'appuyaient sur une tradition plus ancienne.. Lorsque Gérard Klein donne le coup d'envoi en créant Ailleurs et demain chez Robert Laffont en 1969, il concrétise enfin un projet imaginé dans ses grandes lignes dès 1963.. Lorsque Jacques Sadoul introduit en 1971 la SF dans la collection de poche J'ai lu , il s'appuie sur le succès du précédent et exploite son expérience du genre acquise aux éditions.. Opta.. Lorsque Robert Louit crée en 1973 chez Calmann-Lévy la collection Dimensions , il souhaite, s'inspirant plus ou moins d' Ailleurs et demain , donner une orientation littéraire à la Science-Fiction.. Lorsque le Livre de Poche publie à partir de 1974 la première série de la Grande Anthologie de la Science-Fiction sous la direction de Jacques Goimard, Demètre Ioakimidis et Gérard Klein, ces derniers voient aboutir une entreprise lancée en 1966 et qui connaîtra de riches lendemains.. Lorsqu'en 1977 enfin, Jacques Goimard introduira la SF chez Presses-Pocket sous la double forme d'une collection régulière et de la série de recueils le Livre d'or , mai 1968 est déjà bien loin.. La série qui aura eu le plus le look 68, Chute Libre , publiée par les éditions Champ Libre de 1974 à 1978, se sera spécialisée en fait dans les œuvres mineures et dans les textes pornographiques  ...   pour créer des revues échouent, et.. demeure le seul débouché régulier pour des nouvelles, relayé pourtant à partir de 1975 et jusqu'en 1979 par un trimestriel,.. Univers.. , animé par Yves Frémion et publié par J'ai lu.. Les débutants ont donc du mal à s'exprimer et ils seront les premières victimes du reflux du nombre des collections.. C'est pour leur donner une autre chance que Philippe Curval publie en 1978 dans la collection Présence du Futur une anthologie qui fera date,.. Futurs au présent.. et qui révèlera de jeunes talents comme celui de Serge Brussolo.. L'effet de mai 1968 se fera sans sans doute le plus sentir à travers une sorte d'école lancée par Bernard Blanc et éditée par Rolf Kesselring dans la collection Ici et Maintenant , qui exprimera l'air du temps écologique et politique mais qui n'échappera malheureusement pas à la naïveté et — paradoxe — au conformisme des idées et de la forme.. Elle conduira hélas la majeure partie du public à se détourner d'une SF française injustement confondue avec cette unique tendance, certes bruyante et active, mais tenue avec quelque apparence de raison pour sermonneuse et ennuyeuse.. On n'en trouvera aucun exemple direct dans cette anthologie, non par parti-pris mais du seul fait des exigences de la sélection.. Ce mouvement épouse cependant un courant de moins en moins souterrain de l'opinion et il n'est pas vraiment prémonitoire que paraisse en 1977 une anthologie qui s'intitule.. Planète socialiste.. bien qu'elle décrive surtout l'avènement de dictatures militaro-ploutocratiques.. Notre intention n'est pas ici de dresser un palmarès et encore moins de proposer un historique.. Il convient cependant de souligner que, durant cette décennie, la Science-Fiction française élargit et consolide ses positions et marque définitivement son autonomie par rapport à la Science-Fiction anglo-saxonne.. Pour autant qu'on puisse généraliser, elle fait de moins en moins de place à l'aventure et à la prospective technologiques, et semble ne s'inquièter de l'avenir que par le biais de l'écologisme, généralement dans sa variété la plus pessimiste.. Elle s'attache principalement à décrire des univers subjectifs, piégés ou altérés (très souvent par les conditions sociales), d'où le titre que nous avons donné à cette anthologie.. La distance avec le fantastique ou avec certaines formes de la littérature générale s'amenuise.. Place aux fantasmes.. Dans son ensemble, et jusque dans certaines de ses préoccupations apparemment politiques, la Science-Fiction française traduit bien au fil des années 70 le recours croissant à l'individualisme et la méfiance montante à l'endroit du futur, issus tous deux de la crise inaugurée en 1973 que connaît la société globale.. Si elle subit encore l'influence d'un écrivain anglo-saxon, c'est de Philip K.. Dick qu'il s'agit.. Le revers de la médaille, c'est que la forme va noyer de plus en plus souvent le fond et que les recherches stylistiques paraîtront parfois servir aux auteurs de substitut à une histoire bien construite.. Mais vous ne trouverez pas d'exemples de tels errements dans la présente anthologie.. Il est paru au cours des années 70, la décennie la plus féconde depuis la seconde guerre mondiale, suffisamment d'excellents textes pour que nous ayons eu l'embarras du choix et que tout le plaisir de la lecture soit pour vous..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/la Frontière éclatée | Quarante-Deux
    Descriptive info: la Frontière….. la Frontière éclatée.. Livre de poche nº 7113, novembre 1989.. a Frontière éclatée.. , troisième volume de l'Anthologie de la Science-Fiction française, couvre les années 1979 à 1984, George Orwell ayant proposé une inévitable césure à cette exploration de l'avenir à travers l'imaginaire.. Les années 70, après une longue période de faste et d'enthousiasme, s'achevaient assez mollement pour la Science-Fiction française et la décennie 80 devait commencer de même.. Ce n'est qu'à partir de 1981 qu'elle retrouve la forme.. Peut-être faut-il y voir une respiration nécessaire après la période d'ivresse idéologique consécutive aux événements de mai 68 à laquelle il est fait allusion dans la préface du volume précédent,.. Dessoûlée, débarrassée de ses tribuns de bistrot, la Science-Fiction française se cherche.. Curieusement, elle va se trouver une sorte d'unité, certes non concertée, autour du thème de l'art et de l'artiste et plus généralement des talents, comme il ressort de la présente sélection.. Il est sans doute utile de souligner que cette convergence, manifeste dans cinq des nouvelles choisies et au moins présente dans la plupart des autres, a surpris les anthologistes eux-mêmes.. Ceux-ci, il faut le rappeler, n'ont pas d'autre critère que l'originalité et la qualité des textes, à l'exclusion de toute perspective “historique”.. Cette exaltation de l'artiste, de sa marginalité, de son étrangeté et de sa solitude, exprime peut-être dans le domaine de la Science-Fiction le retour général à l'individualisme, caractéristique des années 80.. La Science-Fiction française ne tire pas si mal son épingle du jeu en refusant de céder aux sirènes de l'égoïsme économique et de l'utilitarisme jouisseur qui n'ont pas cessé de hanter la scène médiatique.. Elle se montre rebelle, voire révoltée, non plus certes sur le terrain des luttes politiques et collectives où elle n'avait pas tellement brillé par sa pertinence, mais sur celui plus fécond de la résistance de l'artiste à la conformité productiviste.. Ce qui revient peut-être pour elle à mettre l'Histoire de son côté, à long terme, mais contribue, dans une atmosphère de culte du profit et d'affairisme jubilant, à sa mise à l'écart ou en tout cas à sa relative obscurité.. Pour un peu, en ce début des années socialistes et des deux ou trois millions de chômeurs, on se croirait revenu un grand siècle en arrière, en plein Second Empire, Flaubert contre Guizot.. La dignité de la revendication des auteurs sur le rôle de l'artiste face aux “bourgeois” détonne sur fond de célébration des.. golden boys.. financiers et autres entrepreneurs conquérants.. Ce qui est intéressant dans cette anthologie, c'est de voir comment, sur cette idée à la fois belle, rebattue depuis trois siècles et pour l'instant inépuisable, de l'artiste seul recours en dernière instance contre la vulgarité voire la barbarie, chacun s'en tire.. Car ici, des écrivains ne se contentent pas de mettre en scène des artistes vagues et traditionnels : ils inventent des arts.. Lesquels ? On vous laisse le plaisir de les découvrir.. Cette capacité d'invention, assez exceptionnelle dans une littérature française d'alors qui semble surtout soucieuse de réinventer au poil près les années 50 quand ce ne sont pas les années 40 et, dans la plupart des cas, une remarquable qualité d'écriture, auraient dû frapper les critiques patentés non spécialisés.. Que croyez-vous qu'il en fût ? Nous leur donnons ici une chance de relancer leurs dés.. Les enseignants ont eu le nez plus fin.. Dans le remarquable.. Littérature, textes et documents,.. xx.. e.. siècle.. , dirigé par Henri Mitterand (Nathan, 1989), Serge Brussolo, l'un des plus talentueux parmi les nouveaux-venus, fait son  ...   pour demeurés ; son succès qui en fit une référence automatique au prêt-à-porter des idées reçues ébranla vingt ou trente ans de travail patient.. Côté public, ce furent donc des années molles.. Côté auteurs, ce furent les années dures.. Certains répondirent en s'adaptant aux tendances du public le plus populaire.. La première moitié des années 80 connut ainsi une renaissance du Fleuve Noir où des séries comme.. la Compagnie des glaces.. de G.. J.. Arnaud se taillèrent un succès durable à partir d'une formule éprouvée.. Les plus ambitieux se cherchèrent une issue dans une recherche littéraire formelle qui les conduisit parfois à un ésotérisme hautain.. Ils finirent par se convaincre que la raréfaction de leur public saluait la justification de leurs efforts.. Ainsi, ces tenants de l'art pour l'art se retrouvaient dans la même situation d'isolement que leurs prédécesseurs politiquement engagés de la décennie précédente.. En bref, aller au peuple ou s'en éloigner peuvent produire les mêmes pernicieux effets.. Mais que ce soit par réaction à l'indifférence d'un lectorat moutonnier ou sous l'influence, largement inconsciente, de l'évolution de la société en général, la plupart des auteurs de talent ont montré durant les années 80 une prédilection pour l'invention d'univers disloqués, incompréhensibles, aux limites de la logique, où déambulent des personnages impuissants, reflétant sans doute un monde social problématique où la maitrise du destin s'annonce très incertaine tant pour les individus que pour les groupes.. Sans s'être donné le mot, ni avoir constitué d'écoles ou de chapelles durables, ils proposent une littérature de l'errance qui contraste fortement avec l'optimisme conquérant de l'avenir ou le pessimisme argumenté des futurs calamiteux, caractéristiques des décennies précédentes.. Leur maître secret ou avoué est encore Philip K.. Cette tendance insistante aurait pu suffire à justifier le titre de ce volume :.. Mais il s'y ajoute une dimension géographique.. Pour la première fois dans cette anthologie, notre sélection, qui avait déjà salué en Jacques Sternberg une gloire belge résidant à Paris, s'ouvre largement à la francophonie avec des auteurs suisse et québécois.. Il s'agit là certainement d'une évolution fort heureusement irréversible et il nous reste à souhaiter de voir s'affirmer une Science-Fiction maghrébine et africaine, voire haïtienne.. Un des problèmes classiques qui se posent à des anthologistes est celui de l'ordre de présentation des nouvelles.. Les deux précédents volumes avaient été, autant que faire se pouvait, organisés en fonction de la chronologie probable des évènements contés, allant du présent à l'avenir lointain et proposant une sorte d'histoire informelle du futur.. Celui-ci, dominé par le thème des talents et des arts et traversé par l'errance dans l'indéterminé, ne pouvait se plier à ce cadre et appelait une approche plus subtile.. Il est scandé par quatre verbes : défaire , avec les deux textes de Jean-Pierre Andrevon et de Dominique Douay, qui célèbrent le pouvoir de bannir et la dissolution préalable à toute novation ; faire , avec les quatre nouvelles de Serge Brussolo, Yves Frémion et Jean-Claude Dunyach, hantées par l'invention d'autres arts ; aimer , ce prélude ou cette alternative inquiétante à la création artistique, au travers des trois contes de Georges Panchard, Richard Canal et Bernard Mathon ; partir , parfois sur les chemins de l'illusion, avec les quatre rêves de Jean-Pierre Hubert, Agnès Guitard, Sylviane Corgiat, Bruno Lecigne et Élisabeth Vonarburg.. Il vous reste le droit de les découvrir dans le désordre et le devoir d'espérer le prochain volume de l'Anthologie de la Science-Fiction française.. Depuis la parution de ce texte,.. a publié son dernier volume en 1989.. mardi 22 décembre 1998..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/les Mosaïques du temps | Quarante-Deux
    Descriptive info: les Mosaïques….. les Mosaïques du temps.. Livre de poche nº 7130, octobre 1990.. es Mosaïques du temps.. obéissent à cette loi singulière qui veut que les coupables reviennent inlassablement rôder sur les lieux de leurs crimes.. En l'occurrence, il s'agit des trois.. auteurs de cette Anthologie de la Science-Fiction française qui se sont trouvés soumis à cette autre loi qui pèse sur leur espèce et qui est de choisir.. Donc d'écarter impitoyablement des textes qui pour une raison ou pour une autre, peut-être contingente, n'ont pas sur le moment, face à d'autres, obtenu l'unanimité ou la majorité qu'une approche démocratique impose.. Mais d'être ensuite parfois taraudés par le remords.. Ils ont donc revu l'ensemble des textes qui avaient, faute de place, manqué de figurer dans l'un des trois précédents volumes,.. , et procédé selon les mêmes méthodes à un ultime choix, pour cette période 1950-1984, de nouvelles qui ne le cèdent en rien à celles déjà rééditées.. Par la même occasion, ils espèrent avoir répondu aux quelques critiques qui leur avaient reproché certaines lacunes, et proposer désormais un ensemble complet et cohérent.. Quoi qu'il en soit, il convient de revenir sur ce principe qu'il n'a jamais été question de constituer une anthologie représentative de l'histoire de la Science-Fiction française, mais un choix de nouvelles assurant aujourd'hui et pour longtemps un véritable plaisir de lecture.. Ce que ne manqueront pas de donner les quinze histoires qu'on va lire.. Du fait de ce réexamen de l'ensemble de la période, ces quinze nouvelles constituent un ensemble moins homogène que les précédents.. D'où le titre,.. Elles s'échelonnent entre 1957 (les débuts de Jacques Sternberg dans.. ) et 1981 avec l'arrivée de nouveaux auteurs comme Georges Panchard, Lorris Murail et Jean-Pierre Hubert.. On y voit des noms prestigieux faire leur apparition, comme ceux d'Alain Dorémieux et de Daniel Walther qui ont, dans le fait, écrit peu de Science-Fiction à proprement parler et dont le rôle, tout spécialement important pour Dorémieux, a été d'influencer d'autres auteurs et de leur permettre de publier.. La source principale de cette anthologie demeure comme pour les précédentes la revue.. dont on sait que Dorémieux a tenu magistralement les rênes pendant près de vingt ans.. On remarquera pourtant une nouvelle fois que la Science-Fiction française se distingue nettement de l'anglo-saxonne, et en particulier de l'américaine, en excluant pratiquement les sciences dures comme sources d'inspiration et en se centrant sur des problèmes psychologiques et sociaux.. D'autre part, plus que la Science-Fiction américaine, mais pas davantage peut-être que la britannique, elle témoigne d'une inquiétude constante.. La merveille scientifique ou étrangère à notre monde, la situation anticipée relèvent de l'inquiétante étrangeté et presque toujours du tragique.. Même dans la dérision, sous la plume de Sternberg  ...   pour figurer dans cette anthologie.. On peut estimer leur nombre à plus de quatre cents.. La source principale est demeurée la revue.. d'un bout à l'autre de notre entreprise, ce qui souligne l'importance de cette publication dans le développement du genre en France.. Cela conduit aussi à regretter que son évolution vers une distribution confidentielle et désormais au mieux trimestrielle.. (1).. prive les auteurs français, et en particulier les nouveaux venus, d'un champ d'expérience et d'une tribune.. Mais il ne suffit pas comme font certains de clamer que la création d'une nouvelle revue est souhaitable.. De très nombreux projets ont échoué au cours des quinze dernières années alors même que la compétence de leurs auteurs n'était pas en cause.. Du souhaitable au possible, il y a en effet un abîme que les conditions actuelles de production et de distribution de la presse en France ne permettent pas de franchir.. La situation n'est cependant pas désespérée.. Entre les revues très épisodiques comme.. (2).. , les recueils occasionnels et les fanzines, les jeunes auteurs persévérants parviennent néanmoins à se faire publier.. On peut surtout espérer que les expériences de publications semi-professionnelles s'appuyant sur les possibilités toutes neuves de la micro-informatique et trouvant leur équilibre financier à des niveaux très bas, de l'ordre de quelques centaines à quelques milliers d'exemplaires, viendront au moins partiellement combler cette lacune et maintiendront chez beaucoup le goût d'écrire.. D'écrire en particulier des nouvelles.. Car à un moment, en 1990, où d'assez nombreux éditeurs manifestent un nouvel intérêt pour cette forme difficile entre toutes, force est de constater que la Science-Fiction à peu près seule a entretenu, sur plus de quarante ans, ce format et lui a conservé des lecteurs par dizaines et parfois par centaines de milliers.. Comme d'habitude, l'ordre de présentation des nouvelles de cette anthologie a fait l'objet d'une subtile réflexion.. Le recueil s'ouvre sur trois histoires qui renvoient au futur proche ou même au présent.. Il se poursuit par quatre explorations sociales d'avenirs plus éloignés, en rupture avec notre monde contemporain.. Viennent ensuite une constellation d'histoires galactiques.. Puis deux textes à peu près inclassables de Michel Demuth.. [*].. et Michel Jeury, en quelque sorte perpendiculaires au temps.. Et enfin une admirable célébration par Jean-Pierre Andrevon de la disparition de l'humanité, par quoi tout devait finir.. Il nous reste à espérer que le succès de ces anthologies nous permettra de franchir le cap fatidique de 1984 et de vous proposer dans des recueils à venir ce qui advint ensuite.. a publié son 413.. et dernier numéro en 1990.. Note de Quarante-Deux : il s'agit de Pour l'entrée dans la nuit qui, pour raisons extra-littéraires, n'a pu finalement se retrouver au sommaire de l'anthologie….. vendredi 18 juillet 2003..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/les Horizons divergents | Quarante-Deux
    Descriptive info: les Horizons….. les Horizons divergents.. Livre de poche nº 7212, mars 1999.. a fin de l'Histoire ne s'est pas produite comme certains le redoutaient en 1984.. Du moins celle de la Science-Fiction française.. Et nous voilà, les yeux fourbus d'avoir lu plus de mille nouvelles publiées entre 1985 et.. le début 1996 dans des recueils, des anthologies, des magazines, des revues, des fanzines, à vous présenter.. , cinquième volume de cette série après.. Pas plus que les précédents, il n'a vocation à retracer l'histoire de la Science-Fiction française sur cette douzaine d'années, mais seulement de constituer un choix de nouvelles assurant.. aujourd'hui.. et pour longtemps un vrai plaisir de lecture.. Les seize textes que vous allez lire témoignent cependant, de plusieurs manières, des vicissitudes et des bonheurs du domaine.. Cinq d'entre eux ont été publiés initialement en 1985 et 1986, prolongeant le rebond qui apparaissait déjà dans.. Mais les fins de décennies sont souvent néfastes.. Après le désert de la fin des années 1960 et le grand effondrement de celle des années 1970, survint la lassitude des années 1980, et, sur les cinq années allant de 1987 à 1991, une seule nouvelle a trouvé grâce à nos yeux.. Fort heureusement, les cinq années suivantes proposent à elles seules dix histoires.. Il n'est pas trop tôt, en ce début de l'an 1999, pour estimer à vue que la malédiction des fins de décennies a enfin cessé de frapper la Science-Fiction française.. Rendez-vous en 2010 pour s'en assurer pleinement.. Bien entendu, sur un effectif aussi restreint, toute distribution statistique n'a qu'une valeur indicative.. Ainsi en va-t-il aussi pour l'origine géographique des auteurs : huit Français hexagonaux, six Québécois, un Suisse et un Français néo-calédonien qui témoigne à lui seul de l'extension pacifique de notre aire de création et de la vitalité du Sci-Fi club de Nouvelle-Calédonie.. Quant au citoyen helvétique, il s'agit d'un dangereux récidiviste qui figure pour la troisième fois à nos sommaires.. La massive présence des représentants du Canada s'explique sans doute par le dynamisme de leurs revues, notamment.. Solaris.. imagine….. : ce sont eux qui forment les gros bataillons des années 92 à 95.. La leçon a été bien reçue de ce côté de l'Océan car la renaissance récente de la Science-Fiction française s'explique en petite partie par la liquidation des tendances ésotériques et limitatives et en grande partie par l'apparition de revues qui, plus prudentes, plus discrètes et mieux avisées que celles, aussi flamboyantes qu'éphémères, de la décennie précédente, durèrent davantage et publièrent mieux.. Cette reviviscence toute fraîche peut sans doute être datée de la convention d'Yverdon, en avril 1995, intitulée avec pertinence.. Persistance de la vision.. et où l'on perçut un vaste frémissement collectif.. Saluons d'abord les héros foudroyés en pleine gloire, comme.. CyberDreams.. , né en décembre 1994 et disparaissant après douze numéros en décembre 1997.. Citons à l'Ordre du Futur.. Bifrost.. , surgi en avril 1996 et coiffant de peu.. Galaxies.. apparu l'été de la même année.. N'oublions pas.. Étoiles vives.. , anthologie périodique de textes inédits née en 1997, ni.. Ozone.. , créé au début 1996 et devenu.. Science-Fiction magazine.. au printemps 98 à la suite d'une inquiétante mutation qui voue ce périodique bientôt présent dans les kiosques à tenir en France le rôle de.. Locus.. , la revue américaine d'information sur la Science-Fiction, la Fantasy et leurs déclinaisons médiatiques, en sensiblement moins austère.. Ne négligeons pas.. Slash, le canard de l'imaginaire.. qui fit longue figure le premier janvier 1997 pour finir par adopter un format plus sage et vise le même rôle que le précédent avec moins de moyens, ni enfin.. Yellow submarine.. , la plus confidentielle mais l'une des meilleures revues françaises, si timide que l'un de nous trois au mois ne l'a pas rencontrée depuis des années.. Accordons une mention spéciale, parmi les fanzines, à.. Présences d'esprits.. , organe du club de même nom et faisant figure de vétéran puisque créé en novembre 1992.. Pourtant, les nouvelles choisies ne proviennent pas encore des revues françaises susdites.. De création trop récente ou postérieure au moment où nous interrompons notre sélection, elles nourriront sans aucun doute les volumes futurs.. La plupart des textes choisis viennent d'anthologies variées, assez souvent publiées chez Denoël dont l'une dans la série d'Alain Dorémieux.. Territoires de l'inquiétude.. Il convient de rendre un hommage particulier à cet écrivain, ce critique, cet éditeur surtout, qui disparut prématurément en  ...   Certains ne figurent pas ici parce qu'ils se consacrèrent à d'autres champs, comme Michel Jeury, ou d'abord au roman comme Richard Canal et Ayerdhal, ripèrent vers la littérature générale comme Jean-Pierre April, ou s'orientèrent vers les lecteurs adolescents comme Joëlle Wintrebert, ou le public populaire comme Alain le Bussy.. D'autres, à l'opposé, ont cultivé une distinction si exigeante qu'ils nous ont semblé tout bonnement s'être éclipsés des limites du genre, ainsi Jacques Barbéri, Francis Berthelot, Emmanuel Jouanne ou Antoine Volodine.. Et peut-être Francis Valéry.. Pour d'autres, comme les Québécois Daniel Sernine et Joël Champetier, et comme le Belge Dominique Warfa, ou encore comme Raymond Milési, nous n'avons sans doute pas d'autre excuse que d'avoir manqué du discernement nécessaire pour trouver sur la période des textes pleinement convaincants de leur plume.. Leur évocation ici devrait au moins les convaincre que nous ne les avons pas oubliés.. Une mention particulière sera accordée à Roland C.. Wagner dont le texte parodique.. H.. L.. (1890-1991).. (3).. aurait pu figurer dans cette anthologie si cette nouvelle n'exigeait, pour être goûtée, l'équivalent d'un D.. A.. de Science-Fiction.. Comme le note Joseph Altairac dans la préface qu'il lui donna, « pour l'apprécier pleinement, avouons-le, il faut être un connaisseur forcené de la Science-Fiction, il faut, comme on dit, être tombé dedans tout petit… ».. Nous nous sommes même laissés dire que certains avaient lu innocemment cette biographie uchronique de Lovecraft comme un essai scrupuleux.. De cette absence, Roland C.. Wagner sera sans doute consolé par son récent prix Tour Eiffel 1998 pour sa nouvelle Fragment du livre de la mer qui fut tirée dans le mensuel d'information municipale de la Ville de Paris,.. Paris le journal.. (4).. , à un million cinquante mille exemplaires, diffusion que nous n'aurions pu lui garantir.. Mais aucun de nous ne doute qu'il restera dans l'histoire pour sa réécriture des trois lois de la (sexualité) robotique qui complètent celle d'Asimov-Campbell et que voici :.. première loi.. un robot ne peut accorder d'étreinte à un être humain sans son accord ni, restant passif, laisser cet être humain se consacrer au plaisir solitaire.. deuxième loi.. un robot doit obéir à tous les désirs pervers des êtres humains, sauf si ces désirs sont en contradiction avec la première loi.. troisième loi.. un robot doit protéger sa virginité dans la mesure où cette protection n'est pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi.. (5).. Une question insidieuse qui se posait au départ de cette recherche était de savoir si le millésime mille neuf cent quatre-vingt-quatre, George Orwell aidant, s'était vu doté d'une postérité horrifique et d'une influence durable.. Certes, quelques nouvelles de la présente anthologie ont des accents politiques et font une risette aux utopies totalitaires, ainsi celles d'André Ruellan, de Jean-François Somain, de Jean-Pierre Andrevon, de Serge Lehman, et dans une certaine mesure de Gérard Klein.. Mais dans leur majorité les nouvelles ici présentées et celles non retenues qu'elles représentent marquent un indiscutable retour à l'individualisme et à la pluralité, réconfortante ou inquiétante, des avenirs.. De ce fait, aucune tendance vraiment dominante ne se dégage de cette décennie.. Or, entre tous, le plus difficile de tous les arts que doivent maîtriser des anthologistes est le dernier, celui de l'ordre de présentation des nouvelles, dès qu'ils renoncent à la simple chronologie.. Histoire de mettre le lecteur dans le bain, les cinq premières reflètent différente facettes d'une Science-Fiction relativement classique ; les cinq suivantes seront dites sociétales car elles jettent une lumière crue, et parfois cruelle, sur la société du début du prochain millénaire ; les six dernières enfin sont poétique, insolite, finale, improbable, uchronique, terrible, et donc inclassables.. Il nous reste à espérer que l'avenir sera de plus en plus ce qu'il est et que nous continuerons à vous aider à le découvrir.. Organisateur du prix Transpa.. Sci-Fi.. que, ce club a déjà publié, sous la présidence de Frédéric Ohlen et avec l'appui de Pierre Faessel, deux recueils de nouvelles,.. En d'autres temps, en d'autres lieux….. (1994) et.. la Dernière fugue.. (1996).. a publié son 80-81.. et dernier numéro en 1997.. On le trouvera dans sa superbe édition à tirage limité de 1995 due à l'Astronaute mort (72, rue Velpeau — 92160 Antony).. Numéro 89, daté du 15 novembre 1998.. Ces lignes sont extraites du.. Manuel de la sexualité robotique.. , 69.. édition, 2058.. jeudi 15 avril 1999 —.. dimanche 11 mars 2001..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/les Passeurs de millénaires | Quarante-Deux
    Descriptive info: les Passeurs….. les Passeurs de millénaires.. Livre de poche nº 7265, mars 2005.. es Passeurs de millénaires.. est le sixième volume de la Grande Anthologie de la science-fiction francophone.. Ces six volumes couvrent un demi-siècle de science-fiction de langue française, de 1950 à 2000, à travers l'Hexagone, la Belgique, la Suisse, le Québec et la Nouvelle-Calédonie.. Soudain, une sorte de dimension historique est atteinte, qui vaut de faire un retour sur l'ensemble de la série.. Rappelons d'abord, comme chaque fois, que le projet n'est pas de proposer un tableau proprement historique de la science-fiction française (au sens de la langue française et pour éviter ce terme balourd de francophone pour des écrits n'ayant guère de phonation), qui refléterait ses tours et ses détours, et chacune de ses tendances, fractions et factions, mais de retenir des nouvelles dans la seule perspective de leur qualité et de leur originalité.. Cette série d'anthologies.. « n'a pas de dimension historique, en ce sens que les anthologistes n'ont pas cherché à reconstituer un état passé du genre mais à réunir des textes qui ont conservé toute leur actualité et qui assurent au lecteur le même plaisir de lecture que lors de leur première parution.. ».. Les quatre premiers volumes,.. (1988),.. (1989) et.. (1990) ont été composés et publiés en trois ans, ce qui s'explique par les circonstances : ils concernaient une période bien antérieure à celle de leur composition et, pour le premier titre au moins, le terrain avait été balisé par des anthologies antérieures publiées chez Seghers.. Ils couvrent respectivement les périodes 1950-1970, 1971-1978, 1979-1984, et pour le dernier, sorte de retour vers le futur et expression des remords des anthologistes, 1957-1984.. Il faudra attendre neuf ans pour que la date fatidique de.. 1984.. soit franchie.. (1999) explore la décennie 1985-1996.. Puis de nouveau six ans pour que, avec.. (2005), l'an 2000 soit atteint, le demi-siècle bouclé, et l'intervalle 1996-2000 exploité, comme on dit d'un gisement minier.. Quand le vingt-et-unième siècle sera-t-il abordé ? Quand un siècle entier de science-fiction française moderne sera-t-il couvert ? Ce sont là de profondes questions que nous abandonnerons pour un temps à la conjecture.. Six volumes, un demi-siècle, au total 87 nouvelles sur probablement plus de cinq ou six mille publiées dans ce domaine sur ce laps de temps, et intégralement lues par l'un au moins des anthologistes.. Tous les supports ont été explorés, revues spécialisées, recueils individuels et collectifs, fanzines et parfois périodiques aussi inattendus que le.. ou que le.. Mensuel d'information municipale de la Ville de Paris.. , aussi rares que.. le Petit silence illustré.. Ce sont donc environ 1,5 % des textes publiés sur cinquante ans qui ont été ainsi relativement immortalisés.. Soit au total soixante et un auteurs (en tenant compte des collaborations) dont neuf nouveaux introduits dans le dernier volume qui présente ainsi un taux exceptionnel de renouvellement.. Soixante et un auteurs sur vraisemblablement un millier publiés dans le strict domaine de la science-fiction durant ces cinquante années.. Il y a des récidivistes sur la personnalité desquels il faut qu'on se penche un instant avant de les juger.. En tête, Philippe Curval et Jean-Pierre Andrevon cinq fois retenus, puis Gérard Klein (quatre fois) et un petit peloton composé de Bernard Mathon, Dominique Douay, Jean-Claude Dunyach et Georges Panchard, représentés chacun trois fois.. Citons à l'autre extrême des auteurs qui non seulement n'ont été représentés qu'une seule fois mais qui n'ont pratiquement pas publié d'autre nouvelle que celle retenue, ainsi Jean Porte pour "le Grandiose avenir" et Juliette Raabe pour "Journal d'une ménagère inversée".. Point de lendemain.. On en déduira que certaines carrières sont dans la science-fiction longues et fécondes mais que la succession des générations littéraires, ici trois schématiquement suggérées, a bien été prise en compte dans la composition de ces anthologies.. La notion de génération littéraire est du reste d'une rare artificialité et elle ne semble guère avoir été inventée que pour permettre aux enseignants de graver dans le bronze des titres de chapitres et dans la cervelle plus molle de leurs élèves une chronologie approximative.. Si on y tient cependant, on peut donc distinguer dans notre domaine trois grandes générations : celle de la Renaissance qui va de la fin de la Seconde Guerre Mondiale  ...   curieusement fiscal comme I.. S.. F.. qui n'y a malheureusement pas résisté.. Auxquels il faut ajouter ceux, plus mystérieux encore, de Nestiveqnen, d'Oxalis et de l'Oxymore.. Il est donc permis d'avoir foi en l'avenir de la science-fiction française.. À la relecture, cinquante ans de science-fiction française font apparaître une assez remarquable homogénéité à travers le temps.. Peu d'anticipations technologiques.. Un penchant marqué pour l'insolite, les excursions surréalisantes et l'introspection : l'influence de Philip K.. Dick et de J.. -G.. Ballard plutôt que celle de Clarke ou d'Asimov.. Une absence presque complète de prospective sociale : lorsque récemment l'un de nous, Gérard Klein, a composé l'anthologie.. Sociales Fictions.. pour les éditions scolaires et universitaires Bréal, anthologie destinée principalement aux grandes classes du secondaire, il a passé en revue ces anthologies et quelques autres recueils, et même ceux relatifs à la défunte science-fiction politique française.. À son grand étonnement, il n'a presque rien trouvé qui soit pertinent, à l'exception d'une inusable nouvelle de Jacques Sternberg, "Comment vont les affaires ?".. , alors qu'il y avait pléthore de textes anglo-saxons.. Bien entendu les choix des anthologistes peuvent avoir joué un rôle dans la manifestation de cette apparente homogénéité.. Mais comme leurs goûts, pour ce qu'on en connaît, les porteraient volontiers à privilégier l'anticipation technologique et la spéculation scientifique, on peut raisonnablement supposer qu'ils n'ont pas introduit de biais de cette nature dans leur sélection et que celle-ci reflète.. grosso modo.. la tendance traditionnelle de la science-fiction française.. La science-fiction française est en général plus intellectuelle, plus conceptuelle, plus littéraire que ses sœurs britannique ou américaine.. Il y aurait chez les auteurs français comme une difficulté à se représenter l'avenir et une très grande diversité et subtilité dans les façons d'éviter sa rencontre.. Ce sixième volume ne fait pas exception.. Sur quatorze textes, sept relèvent de l'insolite, du dépaysement littéraire, du doute sur la réalité du réel, et de l'uchronie ; trois seulement de la réalité virtuelle et des univers informatiques et encore les tirent-ils vers l'étrange plutôt que vers la prospective ; et les quatre autres effleurent la réalité sociale, voire religieuse, sur Terre ou sur d'autres planètes.. Cette constatation ne préjuge en rien de la qualité intellectuelle et littéraire des textes retenus qui feront sans le moindre doute encore bonne figure dans cinquante ans, comme aujourd'hui ceux de la première anthologie, et tout particulièrement "Une nuit interminable" de Pierre Boulle, "C'est du billard !" de Philippe Curval et "La Rose des énervents" de Daniel Drode.. Rendez-vous ailleurs et demain, en l'occurrence en 2055.. L'ordre de présentation des textes est un de ces sujets qui sème la zizanie dans les équipes les mieux soudées, et fait l'objet de débats qui dépassent en ultra-violence ceux de la commission de sélection.. C'est dire si ce sont des anthologistes raccommodés et couturés de cicatrices qui vous recommandent de lire, selon une progression que vous n'êtes nullement tenu d'observer, les quatorze finalistes.. La convention habituelle consiste à les ordonner selon leur datation présumée dans l'avenir.. Les quatre premiers relèvent donc, dans le présent ou l'avenir très proche, de l'insolite plutôt que de la fiction spéculative, le quatrième étant situé peut-être dans un avenir un peu plus éloigné mais non précisé.. Les trois suivants procèdent des univers informatiques et virtuels de l'avenir proche.. Leur communauté relative de thème ne les empêche pas d'être extraordinairement différents, ce qui est bon signe quant à la créativité de leurs auteurs.. Quatre nouvelles ensuite concernent l'évolution sociale, sur Terre ou sur d'autres mondes, de l'ironie à la terreur.. Les trois derniers textes enfin, inclassables, introduisent un doute dickien sur la réalité commune, à travers des univers parallèles, une uchronie et finalement l'ailleurs absolu où se dissipe l'illusion d'être un auteur, un lecteur, un anthologiste, bref d'être quelqu'un quelque part.. Il nous reste cependant à espérer que vous serez encore là plus tard, quelque part, la prochaine fois.. À nous attendre.. Les lecteurs intéressés par une perspective historique pourront notamment se reporter aux deux tomes de l'anthologie de Richard Comballot,.. les Enfants du mirage.. , correspondant aux années 1970-1990.. Extrait de la préface des.. Publiée initialement dans la revue.. , nº 42, mai 1957, elle a été reprise dans.. dimanche 17 avril 2005 —.. dimanche 17 avril 2005..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/Introduction à la Grande anthologie | Quarante-Deux
    Descriptive info: Introduction à la Grande anthologie.. Jacques Goimard, Demètre Ioakimidis Gérard Klein :.. la Grande anthologie de la Science-Fiction.. , première série.. Livre de poche n.. os.. 3763 à 3774, 1974-1976.. Introduction générale.. Cette introduction préface uniquement les douze premiers volumes de l'Anthologie.. Rédigée par Gérard Klein en 1970-1971, et reflétant la teneur collective des réflexions et travaux entrepris dans ce cadre avec Jacques Goimard et Demètre Ioakimidis, elle était destinée à présenter la Science-Fiction au public du Livre de poche qui n'y était guère habitué.. a Science-Fiction ! Selon certains, ce n'est qu'une sous-littérature, tout juste bonne à rassasier l'imagination des naïfs et des jobards, et qu'il conviendra de verser un jour au rayon des vaticinations et des chimères visant à soulever le voile de l'avenir.. Pour d'autres, c'est la seule expression littéraire de notre modernité, de l'âge de la science, la dernière chance du romanesque et peut-être enfin la voie royale, conciliant l'imaginaire et la raison, vers une appréhension critique d'un futur impossible à prévoir en toute rigueur.. La Science-Fiction mérite-t-elle cet excès d'honneur ou cette indignité ? Après tout, il ne s'agit.. que.. d'une.. littérature.. , on aurait tort de l'oublier.. Or, les reproches qu'on lui fait comme les espoirs qu'on place en elle tiennent peut-être à la relation ambiguë de cette littérature à la science et à la technique.. Trop de science pour un genre littéraire digne de ce nom, disent bien des littéraires pour qui la culture s'arrête au seuil de la connaissance positive et qui ne comprennent l'intrusion de la science dans le roman que si elle est présentée comme un avatar du mal, dans la lignée du.. Meilleur des mondes.. ou d'.. Orange mécanique.. La Science-Fiction traite la science comme une magie, persiflent d'autres, généralement des scientifiques bon teint.. Tandis que certains thuriféraires la prônent comme propre à faire naître la curiosité scientifique, à discuter les conséquences du développement scientifique pour l'avenir de l'humanité.. On voit que de tous côtés le débat est déplacé : il ne s'agit plus d'une littérature et du plaisir qu'on y prend, mais d'une querelle sur la place philosophique, idéologique, voire politique de la science dans le monde moderne.. Le reproche du manque de sérieux ou de l'excès de sérieux fait à la Science-Fiction, tout comme l'idée qu'elle est le chaînon manquant entre les deux cultures, la scientifique et la littéraire, renvoient tout uniment à la fonction de la science dans cette littérature.. Et le risque de malentendu est alors si grand que l'on conçoit que des écrivains, agacés par cette prétention qui leur est attribuée, aient eu l'ambition de se débarrasser du terme de Science-Fiction et de le remplacer par celui de fiction spéculative.. Aussi bien la Science-Fiction ne s'est pas contentée d'utiliser la science comme thème, comme décor ou comme fétiche doté de pouvoirs quasi magiques ; elle a aussi puisé son inspiration dans le bouleversement introduit dans notre société par la science et l'intuition que sans doute ce bouleversement est loin d'être fini ; enfin et surtout, elle a été profondément influencée par la pensée scientifique.. Ce que la Science-Fiction a réellement reçu de la science, ce n'est pas l'occasion d'une exaltation de la technique, mais l'idée qu'un récit, et plus encore une chaîne de récits, peuvent être le lieu d'une démarche logique rigoureuse, tirant toutes les conclusions possibles d'une hypothèse plus ou moins arbitraire ou surprenante.. En cela la Science-Fiction est, modestement ou parfois fort ambitieusement, une littérature expérimentale, c'est-à-dire une littérature qui traite d'expériences dans le temps même où elle est un terrain d'expériences.. En d'autres termes, elle ne véhicule pas une connaissance et n'a donc pas de prétention au réalisme, mais elle est, consciemment ou non, le produit d'une démarche créatrice qui tend à faire sortir la littérature de ses champs traditionnels (le réel et l'imaginaire) pour lui en ouvrir un troisième (le possible).. On notera d'ailleurs qu'il a existé et qu'il existe toujours des œuvres littéraires qui affectent de se fonder sur une connaissance scientifique (par exemple l'œuvre de Zola) ou qui prétendent décider si une telle connaissance est bonne ou mauvaise, qui lui font donc une place très grande mais qui ne relèvent pas, à l'évidence, de la Science-Fiction ; ces œuvres traitent des connaissances scientifiques transitoires comme s'il s'agissait de vérités éternelles et ne font guère que les substituer aux dogmes métaphysiques qu'une certaine littérature s'est longtemps vouée à commenter ou à paraphraser.. Au lieu de quoi l'écrivain de Science-Fiction part d'un postulat et se soucie surtout d'en explorer les conséquences.. Il se peut bien que, parasitairement, il expose sa propre vision des choses comme s'il s'agissait d'une vérité révélée.. Mais sur le fond, il écrit avec des.. si.. et des.. peut-être.. Et parce que sa démarche est celle d'un explorateur de possibles, l'auteur de Science-Fiction  ...   conserve une indéniable unité.. Peut-être le doit-il — entre autres facteurs — à la présence insistante d'un certain nombre de grands thèmes qui se sont dégagés au fil de son histoire et qui le charpentent en se combinant, se ramifiant sans cesse.. C'est un choix de ces thèmes, pris parmi les plus représentatifs, que la présente série entend illustrer.. Ce serait pourtant une erreur que de réduire la Science-Fiction à un faisceau de thèmes en nombre fini dont chacun pourrait à la limite se constituer en genre.. À l'expérience, on s'apercevra souvent que telle histoire se trouve assez arbitrairement logée dans un volume plutôt que dans un autre (où classer une histoire de robot extraterrestre ? dans les.. Histoires d'extraterrestres.. ou dans les.. Histoires de robots.. ?), que telle autre histoire échappe au fond à toute thématique fortement structurée et définit à elle seule toute la catégorie à laquelle elle appartient.. Chemin faisant, on découvrira sans doute que, malgré les apparences, la Science-Fiction n'est pas une littérature à thèmes parce qu'elle ne raconte pas toujours la même histoire (le thème) sur des registres différents, mais que, au contraire, chacun de ses développements échappe aux développements précédents tout en s'appuyant sur eux selon le principe, bien connu en musique, de la variation.. Quand on a dit de telle nouvelle que c'est une histoire de vampire, on sait d'avance à peu près tout ce qui s'y passera ; au contraire, quand on a dit que c'est une histoire de robots, on n'en a, contrairement au point de vue commun, presque rien dit encore.. Car toute la question est de savoir de.. quelle.. histoire de robots il s'agit.. Et c'est de la confrontation entre quelques-unes des variations possibles (lesquelles sont peut-être, à vrai dire, en nombre infini) que surgit comme le halo foisonnant du mythe.. Il serait pour le moins aventuré de prétendre avoir enfermé en douze volumes (onze catégories plus une qui les recouvre toutes, celles de l'humour) le vaste univers de la Science-Fiction — ne serait-ce que parce qu'on estime à plus de 30 000 le nombre de textes parus dans ce domaine aux États-Unis seulement et qu'à l'échelle mondiale il faudrait doubler peut-être ce nombre.. Du moins cette anthologie a-t-elle été établie méthodiquement dans l'intention de donner un aperçu aussi varié que possible de la Science-Fiction anglo-saxonne de la fin des années 30 au début des années 60.. Plus de 3 000 nouvelles ont été lues pour la composer, dont beaucoup figuraient déjà dans des anthologies américaines.. L'aire culturelle et la période retenues l'ont été tout naturellement : c'est aux États-Unis, accessoirement en Angleterre (dans la mesure surtout où les auteurs anglais sont publiés dans les revues américaines), que se joue le deuxième acte de la constitution de la Science-Fiction après l'ère, surtout européenne, des fondateurs ; c'est là qu'avec une minutie presque maniaque les variations possibles sur les thèmes sont explorées l'une après l'autre ; c'est là encore que se constitue cette culture presque autonome avec ses fanatiques, ses clubs, ses revues ronéotypées, ses conventions annuelles ; c'est aussi l'époque dont les œuvres se prêtent le mieux à la découverte du genre par le profane.. Depuis le milieu des années 60, la Science-Fiction a considérablement évolué, au moins autant à partir de sa propre tradition que d'emprunts à la littérature générale.. Aussi son accès s'est-il fait plus difficile et demande-t-il une certaine initiation.. Les anthologistes, qui sont collectivement responsables de l'ensemble des textes choisis, ont visé trois objectifs dans le cadre de chaque volume :.. Donner du thème une illustration aussi complète que possible en présentant ses principales facettes, ce qui a pu les conduire à écarter telle histoire célèbre qui en redoublait (ou presque) une autre tout aussi remarquable, ou encore à admettre une nouvelle de facture imparfaite mais d'une originalité de conception certaine ;.. Construire une histoire dialectique du thème en ordonnant ses variations selon une ligne directrice qui se rapproche parfois d'une histoire imaginaire ;.. Proposer un éventail aussi complet que possible des auteurs et fournir par là une information sur les styles et les écoles de la Science-Fiction “classique”.. Pour ce faire, une introduction vient préciser l'histoire, la portée, les significations secondaires, voire les connotations scientifiques du thème traité dans le recueil.. Chaque nouvelle est présentée en quelques lignes qui aideront — nous l'espérons — le lecteur profane à se mettre en situation, et qui lèveront les obstacles éventuels du vocabulaire spécialisé.. Enfin un dictionnaire des auteurs vient fournir des éléments biobibliographiques sur les écrivains représentés.. Ainsi cet ensemble ouvert qu'est.. , ordonnée thématiquement sur le modèle de la.. Grande encyclopédie.. , s'efforce-t-il d'être un guide autant qu'une introduction à la plus riche avancée de notre siècle dans les territoires de l'imaginaire.. dimanche 21 mars 2004 —.. dimanche 21 mars 2004..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/Histoires de robots | Quarante-Deux
    Descriptive info: Anthologie composée par Jacques Goimard, Demètre Ioakimidis et Gérard Klein :.. Livre de poche nº 3764, avril 1974.. Toute vie normale, Peter, qu'elle soit consciente ou non, supporte mal la domination.. Si cette domination est le fait d'un inférieur, ou d'un inférieur présumé, le ressentiment devient plus intense.. Physiquement et, dans une certaine mesure, mentalement, un robot — tout robot — est supérieur aux êtres humains.. Qu'est-ce donc qui lui donne une âme d'esclave ?.. Uniquement la Première Loi !.. Sans elle, au premier ordre que vous donneriez à un robot, vous seriez un homme mort.. Isaac.. Asimov.. le Livre des robots.. S'.. il est, dans l'univers de la Science-Fiction, un thème à la fois ancien, techniquement peu vraisemblable, et populaire parce que porteur de nombreuses et lourdes connotations.. émotionnelles, c'est bien celui du robot.. Des milliers d'années avant que l'écrivain tchèque Karel Čapek introduise le terme dans une pièce de théâtre,.. R.. U.. R.. , le concept existait et les descriptions qui en étaient données coïncidaient avec l'idée moderne de la chose assez remarquablement pour que les spécialistes de la mythologie grecque n'hésitent pas à qualifier de robots les êtres mécaniques qui apparaissent sous les plumes d'Homère, d'Hésiode et de quelques autres.. Personne ne doute qu'Homère et Hésiode eux-mêmes ne faisaient là que transcrire des mythes plus anciens, peut-être égyptiens.. Ainsi prête-t-on à Héphaïstos, le dieu forgeron, une habileté mécanique qui lui permet de fabriquer toute une troupe de beautés d'or pour l'assister dans son travail.. Aidé d'Athéna, il crée, sur l'ordre de Zeus, Pandore, plus belle qu'aucune femme et qui déchaînera tous les maux sur notre monde.. Ainsi a-t-il produit aussi un géant de bronze, Talos, qui garde pour le compte de Minos l'île de Crète dont il fait le tour trois fois par jour, lançant des rochers énormes sur les navires qui osent s'approcher.. Selon certains, Jason lui embrouilla la cervelle à l'aide d'énigmes et en profita pour l'abattre, l'atteignant à la cheville où sous une peau très épaisse battait une veine vitale — que Robert Graves rattache à la technique de fabrication des cires perdues — ; selon d'autres, Médée le fit sortir de ses gonds à l'aide de visions magiques autant que contradictoires, si bien qu'il chut sur un rocher et se déchira la veine susdite.. Assez curieusement, ce nom de Talos se trouve associé aussi, en la personne d'un humain cette fois, à la figure légendaire de Dédale, grand inventeur devant les éternels et constructeur notamment de robots et de statues animées.. C'est parce qu'il jalousait Talos, son neveu, pour l'invention de la scie, qu'il le précipita du haut d'une falaise.. Aucun mythologue ne dit s'il y eut un autre rapport que celui de l'homonymie entre le robot gardien de la Crète et le neveu de Dédale, mais seulement qu'après le meurtre, Dédale dut fuir.. En Crète.. Enfin, Pygmalion, sculpteur de Chypre, s'éprit d'une statue d'ivoire qu'il avait lui-même sculptée et qui représentait une jeune fille.. Il pria Vénus de lui donner la vie et fut exaucé.. De la jeune fille qu'il épousa, il eut un fils, Paphos.. Pourquoi remonter si haut dans les rêves des sociétés ? C'est que, semble-t-il, dès l'Antiquité, le thème du robot est presque complètement exploité : serviteur habile, gardien indomptable mais obtus, susceptible parfois par sa beauté toute humaine ou plutôt surhumaine, d'inspirer la passion, le robot dans sa diversité même a traversé les millénaires sans beaucoup changer et il serait fastidieux d'en énumérer les variations sous les espèces de la poupée mécanique séductrice (.. Contes.. d'Hoffmann) ou du “joueur d'échecs” (machine de Mælzel) qui, dans la nouvelle de Bierce, "le Maître de Moxon", manifeste un fort mauvais caractère lorsqu'il perd la partie et, las peut-être d'avoir été construit pour perdre, se révolte contre son maître et le tue.. Une telle persistance dans le mythe, et dans un mythe qui — nous le verrons plus loin — a peu de fondement rationnel, mérite examen d'autant qu'elle est tout à fait exceptionnelle.. Elle s'explique peut-être si l'on considère que le robot est avant tout un esclave sur lequel peuvent venir s'accrocher impunément tous les phantasmes nés de la triple aliénation du travail, de la loi et de l'interdit sexuel.. Impunément parce que le robot est.. comme.. un homme, mais qu'il.. n'est pas.. un homme.. Il n'est pas de sociétés connues qui aient admis sans grandes précautions juridiques et idéologiques le fait de la réduction en esclavage de l'homme par l'homme, alors que jamais par exemple la domestication de l'animal n'a posé de tels problèmes.. À des sociétés inquiètes du fait de l'esclavage, mais économiquement incapables de s'en passer, le mythe du robot donne satisfaction en déplaçant le problème.. Mais aussitôt celui-ci resurgit.. Car si le robot est comme un homme, s'il réagit à la façon d'un homme, s'il parle et s'il raisonne et si l'on peut s'en éprendre, la question de son statut redevient incertaine, soit qu'il se révolte — et, seuls, dans la nature, les hommes se révoltent — soit qu'il se voit concéder un statut spécifique où se mêlent l'autonomie — trait humain — et l'“instinct” prédéterminé en lui qui l'oblige à servir l'homme et à n'atteindre à la valeur qu'au travers des fins de l'homme.. Il me paraît vraisemblable que le mythe du robot est né bien avant Homère, au moment où l'esclavage est devenu une réalité sociale.. Que le thème se trouve, dès l'origine, associé à un dieu forgeron n'a rien pour surprendre.. Au-delà de la facile explication par l'invention de la statuaire métallique, le forgeron est celui qui produit à la fois les épées ou les haches qui rendent la conquête et la réduction des autres en esclavage possibles sur une grande échelle, et les faucilles et autres instruments agraires qui fondent une société à laquelle l'esclavage est utile.. Il fabrique aussi des chaînes, plus solides que des liens d'herbes tressées.. Littéralement, le forgeron fabrique des robots en rendant possible et en même temps inéluctable la transformation en robots plus ou moins dociles d'hommes par d'autres hommes.. Il est probable d'ailleurs que l'invention de la ville ait suivi de très près celle de l'esclavage parce que la ville est un moyen commode de garder les esclaves et de les employer à entasser des pierres.. Or, le problème ainsi posé (celui de la soumission absolue de l'esclave au désir des maîtres) n'a jamais été résolu, pas même au prix d'avatars idéologiques comme celui du racisme.. Il y a à cela une raison très simple qui nous introduit au cœur même du thème du robot : un esclave est d'autant plus efficace, à long terme, qu'il vous ressemble davantage.. Mais lorsqu'il tend à ressembler tout à fait à son maître, il ne peut plus rester esclave, ni aux yeux du maître, ni à ses propres yeux.. En proposant presque dès les origines une substitution de l'esclave sorti du brasier du métallurgiste à l'esclave sorti d'un ventre, le thème du robot introduit une distance radicale entre le maître et l'esclave, qui semble, mais qui semble seulement, abolir le problème en faisant de la soumission un facteur constitutif de l'esclave.. Distance mise en doute au reste fréquemment dans les histoires de révolte des robots qui portent toute l'angoisse du maître face à l'esclave.. Il se trouve qu'aujourd'hui beaucoup de gens se croient à l'autre extrémité de l'histoire, celle qui verra la fin de l'esclavage et avec lui de la triple aliénation du travail, de la loi et de l'interdit sexuel, et que, corrélativement, le thème du robot a pris une importance actuelle, quotidienne, qu'il n'a sans doute jamais eue et que rien, objectivement, dans la connaissance positive, ne vient justifier.. Le robot, ou du moins sa représentation, sa carcasse vide, déplace aisément les foules.. Pour beaucoup de gens, il existe déjà ou sa création est toute proche.. Il est remarquable qu'il tienne une place de choix depuis près d'un siècle dans les fantaisies associées à l'an 2000.. Plus que la conquête de l'espace, plus que la désintégration de l'atome, il est le symbole de la prouesse technologique.. Depuis trois ou quatre mille ans, il accompagne  ...   Les.. Histoires de machines.. non anthropoïdes, et notamment intelligentes, feront l'objet d'une autre anthologie de cette série et on aura donc l'occasion de revenir sur le véritable contenu de cette approche particulière du thème qui témoigne surtout d'une adhésion plus ou moins calculée à un mythe.. Notons seulement que la structure de telles histoires de machines est comparable à celle d'histoires de pactes signés avec le diable.. Comme le robot, le diable est logique et littéral et, comme lui, il est anthropoïde.. Dans les deux cas, le problème posé est le plus souvent celui de la découverte d'une contradiction ou d'une lacune dans un discours apparemment sans faille, et le salut du héros est à ce prix.. Une autre façon d'écarter le problème technique tout en accusant la soumission aux origines du mythe consiste à remplacer la machine électro-mécanique par une machine biologique et à substituer pour retenir une terminologie constante en français mais assez incertaine en anglais, l'androïde au robot.. Féminin aussi bien que masculin, malgré son nom, l'androïde est un être vivant fabriqué dans une éprouvette.. L'acception est récente puisque le terme, apparu au.. xvii.. siècle, se référait tout d'abord à tout automate de forme humaine.. L'androïde est techniquement vraisemblable, même si sa fabrication industrielle paraît devoir être différée de quelques décennies, ne serait-ce qu'en raison du coût très bas de sa production artisanale qui ne nécessite que deux opérateurs non qualifiés.. Mais il pose le vrai problème, qui n'est pas technique, et qui se trouve du reste fréquemment posé à partir de robots mécaniques, et qui est de savoir si un robot est capable de faire autant et mieux qu'un homme, s'il vaut un homme, ce qui le différencie de l'homme, et en quoi il est possible de lui refuser le libre arbitre métaphysique et la liberté sociale que s'attribuent ou que réclament, à tort ou à raison, les hommes.. En d'autres termes, c'est au contenu du mythe lui-même, à la relation maître-esclave, que la plupart des auteurs ayant traité le thème se sont affrontés.. Leur conclusion première et presque unanime est simple : le robot, c'est l'homme, et plus encore, le robot est meilleur que l'homme, c'est l'avenir de l'homme.. Un des traits dominants du robot qui apparaît dans nombre des nouvelles réunies dans le présent recueil, mais plus encore dans deux œuvres essentielles centrées sur le thème,.. , d'Isaac Asimov et.. Demain les chiens.. , de Clifford D.. Simak, est le dévouement à l'humanité, qui est d'abord un instinct construit dans le robot, mais ensuite un instinct assumé consciemment, devenu valeur.. Au contraire de l'être humain auquel une longue et parfois pénible éducation doit tenter d'inculquer, souvent en vain et toujours au prix d'une mutilation, un minimum d'altruisme et de sens du sacrifice à la collectivité, le robot est naturellement généreux.. En lui, tant sous la plume d'Asimov que sous celle de Simak, l'instinct social a remplacé l'instinct sexuel, indéniable fauteur de troubles.. Dès lors, l'esclavage par la contrainte n'a plus de raison d'être, ni de sens.. Les robots d'Asimov et de Simak sont socialement libres et, s'ils sont métaphysiquement déterminés à servir certaines fins, ils ne le sont ni plus ni moins que les hommes qui tressent volontiers des couronnes à la pulsion qui les fait perpétuer l'espèce.. Il est caractéristique que les “trois lois de la robotique”, formulées par Asimov et qu'il faut citer ici, soient des impératifs catégoriques moraux :.. un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger.. un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la première loi.. un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'est pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi.. Il est parfaitement clair que de telles lois, si elles sont intransgressibles, n'appellent aucun autre édifice juridique, et que si elles pouvaient être massivement et efficacement introjectées dans les êtres humains à leur naissance, les sociétés humaines seraient un peu plus paisibles et un peu plus sûres qu'elles n'ont jamais été.. Un peu plus ennuyeuses aussi et peut-être un brin statiques.. Asimov et Simak, et la plupart de leurs collègues, ont bien vu ce problème.. Les robots qu'ils décrivent sont au fond des êtres humains au surmoi phénoménalement développé, ce rêve de tous les fondateurs d'utopies.. Certes, au contraire d'humains réels dont le surmoi serait de la sorte hypertrophié, ils ne paraissent pas en souffrir.. Mais ils ne sont pas très créateurs.. Dépourvus de la capacité de transgresser l'ordre établi, qui caractérise l'homme, en même temps que des contradictions entre pulsions inconciliables et simultanées qui le font agir, ils savent admirablement s'adapter à la réalité telle qu'ils la perçoivent, mais ils n'ont aucune envie de la changer en leur nom propre, ou d'y ajouter quelque chose qui porte leur empreinte.. Si bien qu'il n'est pas si sûr, après tout, que le robot soit réellement meilleur que l'homme, ni qu'il soit l'avenir de l'homme.. C'est dans le cadre dessiné par cette problématique entre des qualités sociales fréquemment indiquées à l'homme comme désirables et les vertus de l'autonomie la plus complète, allant jusqu'au rejet absolu — sadien dans sa pathologie, zen dans sa normalité — de toute contrainte sociale, que s'établissent la plupart des variations sur le thème du robot.. Aussi bien tous les récits d'Asimov consacrés aux robots et quelques nouvelles du présent recueil, comme "Hélène O'Loy", de Lester del Rey, sont-ils fondés sur le manquement aux lois de la robotique, soit que des humains aient commis une erreur ou tripoté une programmation, soit que les circonstances de la réalité aient.. apparemment.. rendu impossible l'application de ces lois.. Ainsi les lois de la robotique apparaissent-elles pour ce qu'elles sont, les clauses d'un pacte, où le récit ne s'alimente que de la transgression.. En un sens, le robot, c'est l'homme tel que l'aurait voulu le diable c'est-à-dire l'homme lui-même lorsqu'il exerce sa puissance sur un autre homme, lorsqu'il tente de présenter l'esclavage comme un sort serein et feint de renoncer à la force pour l'établir.. Le prix à payer (la perte de toute créativité, attribut divin, donc humain s'il en est) suffirait à justifier la présence dans ce recueil de la nouvelle de James Blish "l'Artiste et son œuvre".. Il peut sembler superficiellement qu'il ne s'agisse pas d'une histoire de robot, puisque l'être programmé se révèle d'une autre nature.. Mais c'est le fait de la programmation qui lui donne.. in fine.. la possibilité d'une subtile et secrète vengeance dont je ne vous dirai rien, de peur de gâcher votre plaisir et le travail de l'écrivain.. Et l'absence de valeur propre aux robots éclate tragiquement ou sinistrement dans les deux nouvelles de Lester del Rey et de Peter Philips, "Instinct" et "Amnésie" où des robots se trouvent, au moins momentanément, privés de leur raison d'être, l'homme.. Ainsi les robots sont-ils à la fois des êtres et des choses, condamnés à vivre en la présence physique de leurs dieux et créateurs, et déchus en leur absence, susceptibles de grandeur, mais seulement par procuration, porteurs de valeurs, mais uniquement de celles de quelqu'un d'autre, n'ayant même pas la ressource de désigner en l'homme une création de leurs angoisses, une projection de leurs espoirs, en un mot radicalement étrangers à eux-mêmes.. Aussi, dans le roman cité de Clifford D.. Simak, l'avenir ne leur appartient-il pas, dont ils ne sont que les gardiens : il appartient à des êtres de chair, les chiens.. Au total, rationalisation pseudo-scientifique d'un mythe très ancien plutôt qu'élaboration d'un mythe neuf à partir d'un possible scientifique, le thème du robot nous paraît se situer un peu en marge de la genèse habituelle des thèmes de la Science-Fiction.. Et peut-être a-t-il fait son temps, car après la grande floraison d'histoires des années trente à soixante, le robot ne se manifeste plus guère dans les œuvres issues des courants les plus récents de la littérature de Science-Fiction.. Manuel de la robotique.. , 58.. édition (2058 ap.. -C.. ).. vendredi 19 janvier 2001 —.. mercredi 31 janvier 2001..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/Histoires de mutants | Quarante-Deux
    Descriptive info: Histoires de mutants.. Livre de poche nº 3766, avril 1974.. Surhommes et mutants.. a révolution copernicienne a ôté à la Terre le naïf privilège d'être le centre du monde et l'objet exclusif de l'attention d'un dieu.. Du même coup, elle a offert à l'homme la perspective d'un nombre illimité de mondes à.. conquérir, pour le plus grand bonheur des écrivains de Science-Fiction qui ne se sont pas gênés de promettre de ce fait l'immortalité à l'espèce humaine : la mort de la Terre, l'explosion ou le refroidissement du soleil, ne sont plus de si grands cataclysmes quand on peut itinérer d'étoile en étoile.. Mais si le ver était dans le fruit ? Si l'espèce humaine allait, au fil du temps, se métamorphoser au point de ne plus se reconnaître dans ses descendants ? La révolution darwinienne propose un décentrement encore plus vertigineux que la précédente car il fallait beaucoup de détermination pour dévoiler à une espèce entière le tableau de ses origines, de sa probable disparition et de son remplacement sur la scène du monde, en établissant ce bouleversement dans l'ordre naturel des choses et non dans le contexte de quelque catastrophe universelle autant qu'eschatologique.. Puisque la Science-Fiction, plus que toute autre forme littéraire, exprime sur le mode poétique une conception relativisée du monde, elle devait exploiter largement une telle conjecture.. Peut-être convient-il de faire remarquer d'abord que presque toute la Science-Fiction s'établit sous le signe de la mort contestée et parfois acceptée.. La plupart des anticipations font immédiatement référence à un horizon temporel que l'auteur et le lecteur savent qu'ils n'atteindront pas : ils acceptent de s'intéresser à des problèmes qui se poseront peut-être à leurs descendants présumés.. Sans doute s'agit-il là en partie d'une feinte puisque souvent l'avenir est une allégorie du présent.. Mais outre que ce n'est pas nécessairement le cas, le procédé est trop explicite et trop systématique pour n'être pas, aux yeux de certains, inquiétant, voire insupportable.. Peut-être est-ce là une des raisons de la résistance farouche qu'ils opposent aux anticipations ; ils les dénoncent comme insignifiantes parce qu'elles signifient la certitude de leur fin et, avec elle, de celle des nations, des structures sociales, des mœurs, des valeurs qu'ils connaissent et qu'ils voudraient croire éternelles parce que la pérennité de ce cadre les rassurerait sur la leur propre.. Accepter pleinement une anticipation, c'est accepter que d'autres respireront, aimeront, espéreront quand on aura cessé de vivre.. En plus d'un sens, c'est accepter la réalité plus sûrement qu'en choisissant de se réfugier dans la description réaliste d'un présent exagérément valorisé.. Mais cette acceptation passe par la résolution d'un tel conflit entre instinct de vie et instinct de mort, sollicitude envers sa descendance et aspiration individuelle à l'immortalité qu'il est normal que son expression romanesque témoigne à la fois d'une exaltation et d'un recul.. C'est dans le domaine des histoires de surhommes et de mutants que ces deux tendances contradictoires coexistent sans doute avec le plus de netteté.. En effet, s'il n'y a qu'un pas de l'acceptation du remplacement de l'individu à celle de la subversion de l'espèce tout entière, il est de taille.. Depuis qu'ils sont hommes, les humains savent qu'ils mourront, de même qu'ils admettent depuis qu'ils ont des historiens que les civilisations s'effacent, même s'ils tâchent de se persuader que la leur perdurera.. Mais l'idée est relativement fraîche que l'espèce humaine elle-même — ce rempart par prétérition contre l'idée de la mort — pourrait être supplantée.. Elle a moins d'un siècle.. Il suffit pour s'en persuader de relire.. la Machine à explorer le temps.. de H.. G.. Wells.. L'écrivain n'imagine qu'une décadence de l'humanité et cette décadence est celle de toute la vie.. Le point culminant a été atteint peu après le présent de l'auteur.. Ensuite, l'évolution ne fait plus que se défaire.. Mortelle, l'humanité a au moins la consolation tragique d'avoir été le sommet.. Wells était pourtant lecteur de Darwin.. Or, c'est bien de l'évolutionnisme que surgit le thème de l'être qui viendra après l'homme.. En établissant l'existence d'ères “préadamique”, l'évolutionnisme postule la possibilité d'ères posthumaines.. En proposant une histoire des espèces sur le modèle de celle des civilisations, il suggère que ce défilé des formes n'a aucune raison de s'interrompre, une fois levé le préjugé métaphysique qui fait de l'homme une forme achevée, ultime, divine, et que les causes matérielles qui ont été à l'œuvre depuis l'origine de la vie, sinon de l'univers, n'ont pas cessé d'agir.. Ce thème est si révolutionnaire qu'à de très rares exceptions près il ne commencera à être véritablement exploité qu'après la première guerre mondiale, en une période de désespoir où l'échec de l'homme en tant qu'animal supérieur appelé à régenter l'univers apparut certain à ceux qui n'avaient pas de théorie sociale, psychologique ou métaphysique, expliquant le drame qu'ils venaient de traverser.. Puisque l'espèce s'était montrée si totalement inapte à maîtriser ses pulsions et ses conflits, puisqu'elle avait laissé entrevoir sa capacité de s'autodétruire, il fallait reporter l'espoir sur une tentative ultérieure de la vie, promue au rang d'expérimentatrice et d'organisatrice des progrès de la morale et de la raison.. Dans ce contexte, le surhomme est d'abord l'enfant de la défiance vis-à-vis de l'homme.. Mais cette défiance se tourne ensuite contre le surhomme car il est porteur d'un avenir qui liquidera ce qui reste d'un rêve sur l'homme.. Peu d'accents nietzchéens dans tout cela, on le voit, mais l'expression d'une attitude ambivalente face au futur, toute imprégnée de fascination et de crainte.. Rien d'étonnant dans ces conditions à ce que le surhomme, cet être qui se situera au-dessus de l'homme dans un ordre hiérarchisé de la nature, qui sera doté de plus de pouvoirs, plus intelligent ou plus intuitif, renoue en exagérant leurs qualités avec les hommes supérieurs des romans de Jules Verne.. Ces qualités sont celles que l'idéologie du moment prête encore à l'homme idéal.. Le surhomme est d'abord un.. individu.. superlativement doué.. Son histoire répète le mythe bourgeois des origines de la puissance légitime : elle insiste sur l'égalité des chances sociales données  ...   la mieux adaptée, processus de durée géologique.. Par suite, le surhomme vraiment darwinien risque peu de semer la perturbation dans le monde du.. Pour qu'il puisse faire irruption dans la société contemporaine, et représenter ainsi, en termes poétiques, une contradiction sociale actuelle, il faut non seulement que le surhomme du romancier soit supérieur, mais encore qu'il soit un mutant, que le coup d'État de la nature trouve une justification scientifique.. Par chance, le concept de mutation, c'est-à-dire de modification abrupte dans le patrimoine génétique d'un être vivant, a été introduit vers la fin du.. xix.. siècle par le botaniste hollandais Hugo De Vries.. Il faudra attendre 1927 pour que le biologiste allemand Hermann Muller désigne clairement sur des mouches drosophiles l'un des agents mutagènes, les rayons X.. On sait aujourd'hui que les facteurs de mutations sont nombreux et peuvent être, en particulier, chimiques.. La Science-Fiction a contribué à répandre une vision beaucoup trop optimiste et beaucoup trop catastrophique des mutations.. Ses mutants sont tous, sans autre forme de procès, des êtres supérieurs ou des monstres.. Dans la réalité, la plupart des mutations concernent des détails anodins dont la valeur adaptative est nulle ou faible, ou conduisent à des sujets non viables qui parviennent exceptionnellement au terme de leur gestation.. Toutefois, étant aléatoires, les mutations sont beaucoup plus souvent négatives que positives du point de vue de la survie d'une espèce, mais elles ne donnent que très rarement naissance à des “monstres” et il est plus exceptionnel encore que ces déviants génétiques soient à même de se reproduire.. Il a fallu l'intervention de l'homme pour fixer sur une période relativement courte un grand nombre de mutations végétales et animales (comme le poisson rouge et le pékinois) qui ne survivent du reste que sous sa protection.. Mais la mutation, source de monstres et de merveilles, convient admirablement aux besoins des auteurs de Science-Fiction par son caractère imprévisible de déchirure dans une trame bio-historique apparemment stable et continue.. Si le mutant surhumain répond à la crise occidentale de l'entre-deux-guerres, la peur et la culpabilité nées de la seconde guerre mondiale, qui culminent avec les champignons nucléaires, s'allient au doute des classes moyennes sur leur avenir et sur la permanence d'une certaine idée de l'homme pour faire surgir dans la littérature le mutant négatif, monstrueux.. Comme le mutant surhumain, le nouveau venu remet en cause l'avenir de l'humanité, mais sur un mode beaucoup plus terrifié : le surhomme est encore prolongation de l'homme, tandis que le monstre signifie la dissolution de l'homme, et même l'échec de la vie tout entière.. Que l'homme soit l'artisan de cet échec accuse encore la culpabilité : le mutant monstrueux, c'est l'enfant de Prométhée, et l'humanité se punit en quelque sorte en elle-même,.. dans sa descendance.. , de tripoter des forces qui la dépassent.. Au-delà d'un avertissement à tournure prophétique qui redouble celui des histoires d'après la guerre atomique, on relève ici comme un retour du métaphysique : la force malfaisante de l'atome, déchaînée par une science diabolique, abolit, disperse une image idéale de l'homme qui est aussi celle d'un dieu.. Au reste, les références explicites ou allusives à la Bible abondent.. Significativement, une fois la guerre froide écartée et passées de mode les frayeurs de la guerre atomique, c'est à la pollution que va être souvent confiée la fonction mutagène.. Sans doute se trouve-t-on donc en présence de quelque chose de plus profond, de moins conscient, et qui a trait au changement, à une angoisse généralisée de l'avenir qui, typiquement, se concentre sur l'idée de descendance.. Comme si nombre d'auteurs voulaient dire « Nos enfants sont des monstres, et c'est de notre faute puisque nous n'avons su ni les élever convenablement, ni leur préparer un monde décent ; le mieux que nous puissions souhaiter, puisqu'ils ne sont plus humains, c'est encore qu'ils disparaissent, vite et bien ; plutôt périsse la vie que vive cette engeance.. C'est bien la morale du roman de l'anglais John Wyndham,.. les Coucous de Midwich.. , qui ne traite pas à proprement parler de mutations, mais où le propre instructeur d'un groupe d'enfants différents et merveilleux se résout à les détruire, mais choisit de disparaître avec eux.. Bel exemple de cannibalisme poussé jusqu'à l'autophagie et dont les enseignants reconnaîtront la justification : le surhomme est l'enfant que l'éducation ne parvient pas à réduire à la conformité sociale.. À détruire.. C'est, semble-t-il, dans une telle perspective de cannibalisme entre générations, introduite par un bouleversement inédit des conditions sociales, par une mutation historique, qu'il faut aussi interpréter et ordonner l'ensemble des histoires de surhommes et de mutants.. Bien entendu, face à cette pédophagie rationalisée, l'ambivalence introduit à plusieurs attitudes possibles.. Les uns, comme Richard Matheson, rejettent énergiquement l'intrus.. D'autres, comme Olaf Stapledon, estiment inévitable la pédophagie dans le monde contemporain, mais la condamnent en laissant aux enfants prodiges le soin de s'effacer d'eux-mêmes afin d'ôter aux parents abusifs la responsabilité de cet horrible crime.. Certains, comme Van Vogt, renversent la situation et, après l'échec d'une tentative de l'.. Homo sapiens.. pour éradiquer l'.. Homo superior.. , font confiance à ce dernier pour dévorer le premier.. D'autres encore s'attachent à souligner que l'.. n'est pas si supérieur que ça, ce qui est une façon de dire que les enfants finissent par ressembler à leurs parents, par être assimilés.. Mais bien rares sont ceux pour qui le mutant, au lieu d'être un compétiteur malchanceux ou fatal de l'espèce, est simplement le descendant, l'étape provisoire d'un processus naturel, le rejeton fragile qu'il faut protéger et chérir.. Rares sont ceux qui transcendent une idéologie sommaire du progrès pour voir dans chaque espèce à la fois une forme illusoire et un aboutissement relatif à elle-même, pour admettre avec sérénité que l'avenir de l'homme, c'est le dépassement de l'homme et son oubli.. Peut-être faut-il être un surhomme pour considérer l'avenir, quel qu'il soit, comme une merveille, comme on regarde se lever ou se coucher le soleil.. Ou être, simplement, un homme.. jeudi 6 juin 2001 —.. samedi 7 juillet 2001..

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  • Title: Archives stellaires/Klein/Préfaces et postfaces/Histoires galactiques | Quarante-Deux
    Descriptive info: Histoires galactiques.. Livre de poche nº 3774, janver 1975.. À.. bien des égards, un ciel étoilé ressemble à la carte d'un archipel foisonnant.. Et comme l'œil oblitère aisément les distances cosmiques et néglige surtout celle de la profondeur, que l'oreille.. s'enchante volontiers de noms d'astres ou de constellations, Altaïr, Orion, Sirius, Deneb, Fomalhaut, Arcturus, Rigel, Bételgeuse, l'esprit s'engage bientôt dans une navigation interstellaire où chaque point de lumière fait figure d'escale et où l'écheveau des routes semble dessiner les contours d'un empire fabuleux, galactique.. Un empire galactique, le mot est lâché.. Si l'on néglige quelques menues contraintes physico-logiques sur lesquelles on reviendra du reste, l'idée est entièrement, presque absurdement raisonnable.. L'espèce humaine a toujours rempli puis recouvert de ses organisations les espaces qui s'ouvraient à elle.. Il est peut-être un peu simple, mais combien tentant, de souligner qu'un homme du néolithique, éloigné de nous de moins d'une dizaine de millénaires, aurait été probablement tout à fait incapable de concevoir à la fois spatialement et socialement une organisation telle que celle de l'Empire romain.. Il n'est pas moins douteux qu'un Romain ait pu imaginer quelque chose qui ressemble, même de très loin, à l'empire américain ou encore à l'une de ces entreprises multinationales géantes qui couvrent toute la planète et, comme I.. T.. à elle seule par exemple, emploient directement près d'un demi-million d'êtres humains, en font vivre cinq à dix fois plus et influent de manière évidente sur le destin de vingt à cent fois davantage.. Alors pourquoi dénier pour les millénaires à venir toute crédibilité à des empires galactiques ? D'autant que s'il existe à travers l'univers d'autres espèces dotées des mêmes qualités et des mêmes défauts que la nôtre (ou à peu près), les chances de voir se constituer de tels empires s'en trouvent multipliées.. Voilà indiquée une dimension de la problématique de la société galactique.. Elle peut être d'origine étrangère et alors le petit peuple des Terriens doit y trouver sa place, non sans avoir à faire preuve, au moins temporairement, d'humilité.. Ou bien notre région de l'univers est à peu près vide et c'est l'homme, en pionnier, qui y impose sa loi et qui s'y bâtit un empire.. Dans le premier cas, il s'intègre à une histoire ; dans le second, il se forge une histoire, il fait de sa propre histoire en témoignant d'un optimisme qui frise la mégalomanie, celle de l'univers.. On retrouvera, tout au long de la présente anthologie, l'alternance entre ces deux visions des choses, la première plus philosophique, la seconde plus juvénile, avec tout ce que chacun de ces deux termes implique de richesses et de limitations.. Une autre opposition qui feint parfois de s'appuyer sur les limites absolues ou relatives de la technologie s'atteste entre empire centralisé, bureaucratique, sur le modèle romain, stalinien ou américain contemporain, et société décentralisée, protégée dans sa diversité par la distance et par ses conflits mêmes de l'expansion dévorante d'un pouvoir unique, sur le modèle océanien, négro-africain ou européen.. Une troisième dimension enfin, est celle du devenir historique de l'empire ou de la société galactique, humain ou étranger, devenir souligné par l'instant où feint de s'insérer le récit, étape d'une création ou d'une extension, moment d'une apogée (si l'on ose dire, à cette distance de la Terre) ou mouvement d'un déclin.. Le privilège de tel moment est à coup sûr le signe d'une intention ou d'un préjugé idéologique.. Confondre — ou du moins poser l'égalité — empire et civilisation comme fait Isaac Asimov dans sa série des.. , c'est bien laisser entrevoir un certain idéal politique.. Il est assez remarquable que l'idée d'une société galactique, donc d'une civilisation de même empan, voire d'un empire de telle stature, soit presque certainement d'origine américaine.. Les Européens du début du siècle conçoivent assez gaillardement une société planétaire, voire interplanétaire, mais quand des espèces ou des cultures s'y affrontent, c'est toujours sur le mode de la pluralité, de la différence, du conflit, voire de l'entente cordiale.. D'une certaine façon, la constellation des états européens se trouve projetée sur les configurations du ciel.. Le rêve le plus audacieux, c'est l'unité de la planète.. Au besoin contre un envahisseur.. Au-delà des limites de l'atmosphère ou du système (solaire ou social), c'est, pour l'éternité, l'étranger.. Et pourtant n'aurait-on pu, au moins dans l'abstrait, attendre mieux de Wells ? Il n'avait pas hésité à violer le temps.. Pourquoi n'aurait-il pu faire à l'espace un petit enfant de l'Empire britannique ? C'est un fait qu'il n'y a pas songé.. Un peu plus tard, autour des années 30, le biologiste Haldane et le philosophe utopiste Olaf Stapledon semblent, mais d'une manière indirecte, y avoir pensé, le premier dans un texte assez court,.. le Jugement dernier.. , le second dans son.. Créateur d'étoiles.. Rien que d'hyper-rationaliste dans le premier texte et que de presque mystique dans le second.. Et même par la suite, les Européens ont été d'assez médiocres théoriciens de l'histoire galactique, lacune d'autant plus surprenante que leur propre histoire plus ou moins heureusement théorisée paraît servir outre-Atlantique  ...   la Galaxie soient entourées d'un ensemble de planètes.. Par suite, la “carte de visite” adressée à un extra-terrestre hypothétique, dessinée par les professeurs Drake et Sagan et par la femme de ce dernier, et abondamment reproduite par la presse, a peu de chances de trouver un destinataire.. Certes,.. est un engin “traditionnel”.. On peut imaginer des techniques révolutionnaires qui permettraient de couvrir les distances interstellaires en des laps de temps plus raisonnables.. Les auteurs de Science-Fiction ne s'en sont pas privés.. Mais pendant les années 30 et jusqu'à ces dernières années, une barrière infranchissable paraissait avoir été posée au début du siècle par Einstein : celle de la vitesse de la lumière.. La relativité prévoit en effet, et l'expérience établit qu'aucun objet ni aucun message ne peut dépasser.. dans notre univers.. la vitesse de propagation de la lumière dans le vide.. Lorsqu'un corps approche de très près la vitesse de la lumière, sa masse croît très rapidement et, à la limite, deviendrait infinie si elle atteignait exactement la vitesse de la lumière.. Or, cette vitesse elle-même est encore relativement petite par rapport aux distances à couvrir et à la durée de la vie humaine, sinon même des civilisations.. En admettant que des astronefs parviennent à se déplacer à des vitesses voisines de celle de la lumière, de l'ordre de 90 pour 100 de celle-ci par exemple, les relations entre un centre impérial et ses colonies stellaires s'établiraient au rythme des siècles dans le meilleur des cas.. Les messages transmis par radio ou toute autre méthode physiquement concevable dans le contexte relativiste iraient à peine plus vite.. La barrière de la vitesse de la lumière n'est pas un obstacle absolu à la migration interstellaire : on peut concevoir des navires univers, relativement lents, qui abritent, telles des arches, des générations successives, ou bien des vaisseaux rapides dont les passagers profitent de la contraction relative du temps aux approches de la vitesse de la lumière et couvrent les distances interstellaires en quelques semaines, quelques jours, voire quelques secondes de leur temps propre, mais pour retrouver leur monde d'origine plus vieux de siècles, de millénaires ou de millions d'années.. Mais on imagine difficilement une société galactique structurée, centralisée, impériale, s'édifiant sur ces bases.. Depuis quelques années, pourtant, de nouveaux concepts encore largement conjecturaux sont venus refourbir l'idée de civilisation galactique.. Du point de vue des communications, c'est le concept des tachyons, des particules hypothétiques dont la vitesse serait infinie et qu'il serait possible de ralentir jusqu'aux alentours de la vitesse de la lumière en leur fournissant de l'énergie.. Si de telles particules — dont les propriétés théoriques ne contreviennent pas à la relativité — existent et s'il est possible de les faire réagir avec des particules que nous connaissons déjà, alors un mode de communication quasi instantané sera réalisable.. L'empire galactique aura au moins le téléphone.. Certains astrophysiciens, d'autre part, estiment que les “trous noirs”, cette conclusion de l'histoire des étoiles dont la masse est supérieure à 2,5 fois celle de notre soleil, pourraient être des “passages” vers des régions extérieures à notre univers au sens relativiste du terme.. Il pourrait exister des “trous blancs” par lesquels la matière absorbée ailleurs par les “trous noirs” réintégrerait notre espace et notre temps.. Ce continuum ne constituerait alors qu'une partie d'un super-univers bien plus vaste et bien plus complexe.. Il serait, au moins théoriquement, concevable de voyager non seulement entre deux endroits mais encore entre deux époques (en fait, c'est la même chose) à condition de commencer par sortir de notre continuum pour y rentrer autre part et autre quand.. Et voilà l'empire galactique doté d'un métro.. Assez paradoxalement, la mégalisation de la mécanique quantique indique qu'il serait plus facile de relier des endroits et des époques relativement éloignés que des points du continuum plus proches les uns des autres.. Sur les courtes distances, les méthodes traditionnelles conserveraient leur monopole.. Il se peut donc qu'il existe déjà des civilisations galactiques, même s'il n'y a aucune chance pour qu'elles épousent naïvement les traits de l'Empire romain.. C'est en vain qu'on se mit à leur écoute en 1960, dans le cadre du projet.. Ozma.. qui tendait à recueillir à l'aide d'un radiotélescope les messages éventuels de mondes lointains.. Mais Rome ne s'est pas construite en un jour et il faudra peut-être quelques dizaines de millénaires — ou plus — pour que l'humanité entre en contact avec de telles civilisations ou en échafaude une elle-même.. Alors, il lui restera à se demander si les autres galaxies, plus nombreuses dans notre univers que les étoiles dans notre Voie lactée, sont le siège de pareils phénomènes, et à rêver à une société peut-être vraiment — ou seulement provincialement — cosmique.. Note de Quarante-Deux : I.. ,.. International Telegraph and Telephone.. , était dans les années 70 le symbole du pouvoir grandissant des sociétés multinationales.. Elle fut soupçonnée d'avoir participé au coup d'État qui devait renverser Allende au Chili en 1973 pour le punir d'avoir nationalisé les mines de cuivre.. dimanche 17 juin 2001 —..

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