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  • Title: Eric Brown : Starship seasons - Ellen Herzfeld
    Descriptive info: Navigation principale.. herzfeld.. Quarante-Deux : Cosmos privés.. Ellen Herzfeld : Velléitaire et fantasque, un journal à parution kantonpeusuelle.. fr/cp203.. :.. ››.. ›› Eric Brown : Starship seasons.. : Velléitaire et fantasque, un journal à parution kantonpeusuelle.. John Gribbin : the Alice encounter.. mardi 9 avril 2013.. Eric Brown : Starship seasons.. Eric Brown a écrit une série de quatre novellas entre 2007 et 2012 :.. Les Humains se sont établis sur de nombreuses planètes à travers la galaxie, et y ont rencontré des extraterrestres divers et plus ou moins avancés sur le plan technologique avec lesquels la coexistence paisible ne pose pas de gros problèmes.. Les voyages interstellaires se font par télémasse, une technique mise au point par les Humains qui a rendu obsolète les grands vaisseaux spatiaux.. Après une série de malheurs personnels, David Conway décide de quitter la Terre pour la planète Chalcedony, dans le système Delta Pavonis IV.. C'est un lieu idyllique : la nature est belle, le climat agréable, les indigènes non violent et tolérants.. On y trouve en plus une monumentale colonne dorée qui est posée là sur une plaine et dont personne ne sait rien.. Ni qui l'a créé, ni en quoi elle est faite, ni à quoi elle peut bien servir.. Elle attire touristes curieux et pèlerins plus ou moins illuminés.. Conway, en tout cas, ne vient pas pour ça ; il cherche simplement à mener une vie simple dans un lieu tranquille où il espère surtout échapper aux cauchemars qui le hantent toutes les nuits.. À peine arrivé, il rencontre Hawksworth, ancien pilote et propriétaire d'une casse où s'entassent toutes sortes de carcasses de vaisseaux spatiaux abandonnés.. Il décide d'en acheter une un peu différente des autres pour lui servir de maison.. Il rencontre les amis de Hawk : Maddie, une fille un peu bizarre qui se promène avec ses couverts, assiettes et verre, et refuse le moindre contact physique ; Matt, artiste renommé dont les œuvres transmettent des sentiments quand on les touche ; Kee, une autochtone humanoïde qui a dû quitter sa tribu et qui vit avec Hawk.. Conway se lie d'amitié avec eux et sa vie s'en trouve transformée.. Les quatre novellas racontent une série d'événements qu'ils vont vivre ensemble au fil des ans.. Il y a la “rencontre” avec une race extraterrestre inconnue et bien plus avancée que les Humains et la révélation de ce qu'est vraiment la colonne dorée ; une vengeance bizarre par une autre extraterrestre qui n'est pas contente que Matt lui ait sauvé la vie ; le rite de passage de Kee chez des indigènes locaux où ils fument une drogue qui leur permet d'avoir un aperçu de l'avenir en échange d'un taux  ...   peu trop présente… la bière.. Conway avait manifestement toujours un verre à la main, toute rencontre commence par la proposition d'une petite bière, on en boit une avant, pendant, et après tout et n'importe quoi.. Et quand ça va vraiment très mal — ou très bien —, on améliore avec un peu de scotch… Au bout d'un certain temps (et d'un certain nombre de bouteilles), j'hésitais entre le rire ou l'agacement à chaque nouvelle chope.. Il n'en reste pas moins que certains lecteurs trouveront que c'est un peu trop guimauve, un peu trop lisse.. Dans le quatrième volume, où les enjeux sont les plus importants, on est même prévenu à l'avance que tout va bien se passer.. Bien sûr, ça peut être un subterfuge pour mieux nous assommer ensuite… mais non, pas du tout.. J'ai dit plus haut que l'ensemble se tenait bien, mais il y a un élément qui m'a franchement dérangée.. Dans le premier volume, on apprend que Maddie a subi une intervention chirurgicale pour augmenter une capacité existante mais dormante chez tous les Humains.. L'opération a mal tourné, ou plutôt a trop bien réussi, ce qui l'oblige à éviter tout contact avec des gens et même avec de nombreux objets.. Une parade temporaire est trouvée à la fin du volume qui lui permet de vivre un peu plus normalement.. Mais curieusement, on n'en entend plus jamais parler par la suite alors que Maddie est présente et active dans les trois volumes suivants.. J'aimerais bien demander à l'auteur pourquoi il a fait ça.. Néanmoins, les aspects positifs l'emportent nettement sur ces quelques bémols que je ne peux m'empêcher de rapporter pour rester honnête.. Ce n'est pas de la grande littérature, pas de la grande SF non plus.. C'est un petit plat mitonné qu'on a plaisir à savourer, en qui ne reste pas sur l'estomac.. Par.. EllenH.. le mardi 9 avril 2013, 17:41 -.. Lectures.. -.. Lien permanent.. Ajouter un commentaire.. Nom ou pseudo :.. Adresse email :.. Site web (facultatif) :.. Commentaire :.. Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.. La discussion continue ailleurs.. URL de rétrolien : http://www.. org/cosmos/herzfeld/index.. php/trackback/203.. Fil des commentaires de ce billet.. Rechercher.. Derniers billets.. John Scalzi : Redshirts au mépris du danger.. Charles Stross : the Apocalypse codex.. Jeanne-A Debats et Jean-Claude Dunyach : Destination univers.. Catégories.. Lectures.. Photo.. Web.. Général.. Par catégorie.. Accueil.. Archives.. Carnets.. S'abonner.. Fil des billets.. Fil des commentaires.. En librairie.. de Greg Egan.. Informations générales.. Ellen Herzfeld, entrée de carnet : Eric Brown : Starship seasons.. 23 décembre 2013.. php/post/2013/04/09/Eric-Brown-Starship-seasons.. Propulsé par.. Dotclear.. Plan du site.. catalogue bibliographique partiel de la bibliothèque de.. en français de Quarante-Deux.. Greg Egan..

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  • Title: Réflexions sur des livres-univers | Quarante-Deux/Articles de Gérard Klein
    Descriptive info: klein.. Quarante-Deux : les Archives stellaires.. Gérard Klein : préfaces, postfaces et articles sur la.. fr/1fg.. ›› Réflexions sur des livres-univers.. Articles de.. Réflexions sur des livres-univers.. au sommaire de la revue.. Fiction.. , 1970.. article de.. par ailleurs :.. amazon.. fr.. biblio.. philippe.. curval.. chroniques.. [.. 1.. ] [.. 2.. ].. Dans plusieurs de ses ouvrages, il a donné libre cours à son goût pour les marges de la science.. Dans le dernier, il aborde enfin le domaine de ses.. Admirations.. (1).. pour les seigneurs de l'imaginaire.. Il ne l'aborde certes pas en critique.. Il ne décrit ni ne démonte, sauf par accident, les œuvres dont il traite.. Plutôt, il raconte et les œuvres et les hommes qui les ont écrites.. Ses admirations ne sont pas, on s'en doute, celles des historiens habituels de la littérature.. Elles vont tout droit à des auteurs “magiques” qui ont créé des univers différents de l'univers “réel” tel que nous le connaissons, et qui ont su conférer à ces “univers de poche” une cohérence telle qu'il est possible, en esprit, de les habiter et de s'y trouver mieux (ces univers fussent-ils terrifiants) que dans la réalité.. Les raisons de la fascination qu'exercent ces créations, plus différentes qu'il y paraît à première vue du roman traditionnel, ne sont nullement évidentes.. Bergier ne s'attarde guère à les clarifier, sauf en un paragraphe qui peut seulement servir de point de départ à une réflexion :.. « Un.. Gestalt.. est une configuration de sensations ou d'idées qui est cohérente et qui donne satisfaction.. En termes simplifiés, un.. tient debout.. Nous voudrions tous organiser le monde où nous vivons en forme de.. donnant satisfaction.. La science et la philosophie ne le permettent pas.. Or l'univers d'un auteur magique fait un.. parfaitement satisfaisant.. ».. Je crois que l'on pourrait rechercher et les origines de telles créations et les raisons du plaisir qu'elles donnent et de la fascination qu'elles exercent, à la fois du côté de la psychanalyse et de celui de la sociologie.. La psychanalyse nous apprend qu'il existe en chacun de nous un principe de plaisir qui se trouve constamment réprimé par les exigences de la vie en société et les obstacles de la réalité.. Cette répression, qui s'exerce très tôt selon des voies qu'il est inutile d'examiner ici, entraîne chez l'être humain l'apparition d'une tendance à la rationalisation, à la logique.. Puisqu'il est indispensable de se plier à la réalité et que le principe de plaisir ne s'efface pas pour autant (mais parfois se dévie), l'esprit cherche les moyens de leur conciliation, tente de découvrir dans la réalité des lois utilisables qui permettent de satisfaire les pulsions de l'être.. Toute rationalité et, au-delà, toute rationalisation, procèdent d'un effort inconscient pour s'assurer une sécurité, une répétitivité dans la satisfaction du principe de plaisir.. À la limite, un univers cohérent (ou du moins perçu comme tel) est toujours satisfaisant, à une condition près, parce qu'il permet l'explicitation des conditions dans lesquelles le principe de plaisir qui, lui, n'est nullement cohérent, peut s'exercer.. La condition nécessaire est évidemment que ce principe de plaisir puisse, à quelque degré que ce soit et ne serait-ce qu'occasionnellement, s'exercer.. Aussi principe de plaisir et souci de rationalité sont indissolublement liés quoique profondément ennemis.. Dans un univers imaginaire, le souci de rationalité prend la forme de la recherche de cohérence.. Or, dans le monde réel, et peut-être plus particulièrement dans la société où nous sommes, non seulement le principe de plaisir se trouve-t-il réprimé, mais encore le souci de rationalité est-il empêché de s'exercer.. Si ce monde, et plus immédiatement cette société, ont un sens, un ordre, une cohérence, il n'est pas à la portée de la plupart des gens de les découvrir ; ce n'est sans doute même plus, si ce le fût jamais, à la portée de personne.. La science et la philosophie ne sont en effet que des “espoirs” de rationalité, à la fois limités dans leurs objets et perpétuellement déçus.. Les idéologies et peut-être les religions sont les produits de cette déception, le complément indispensable des fragments élucidés de la rationalité opérante.. Elles assurent au sein de l'incertitude la sécurité de l'être.. On se résout à ne pas connaître, à ne pas comprendre, mais jamais à ne pas dominer, à ne pas ordonner — fût-ce par le truchement d'un univers de signes sans relations opérantes avec la réalité, “magiques” — l'univers multiforme et peut-être contradictoire où nous avons tous été jetés.. L'insécurité de la raison (ou plutôt de ce qui est antérieur à la raison, de ce qui la rend possible) est la pire de toutes : elle n'est simplement pas supportable.. C'est pourquoi — soit dit en passant — les savants véritables ne sont pas plus immunisés que les autres mortels contre les tentations des rationalisations et des idéologies.. Le seraient-ils qu'ils se découvriraient incapables de trouver de nouvelles relations opérantes.. On  ...   tenté de dire que ces univers imaginaires entrent dans une catégorie qui serait celle des rêves collectifs, réponse d'un groupe social tout entier à l'agression et à la répression infligées par la réalité sociale.. Le progrès sur les idéologies et autres rationalisations collectives est décisif, puisque les rêveurs savent ici qu'ils rêvent, puisqu'ils font le départ entre le substitut et la réalité.. L'invention de la littérature profane, reconnue comme invention, comme “mensonge”, et appréciée comme telle a été un des plus grands pas de l'Humanité sur la voie de la santé mentale de l'individu et de la société.. Et je croirais volontiers que les univers imaginaires, loin de céder du terrain en raison de l'investissement progressif du réel par la science, ont leur plus bel avenir devant eux.. La science s'attaque aux idéologies et aux superstitions, mais elle ne saurait pas plus restreindre la création d'univers imaginaires qu'une psychanalyse achevée n'empêche de rêver.. Peut-être comprend-on mieux, dans cette perspective, ce qu'a souvent répété et quelquefois écrit Jacques Bergier : qu'il a survécu dans les camps de concentration par la grâce de la poésie et par la puissance de l'imaginaire.. Il ne s'agissait pas seulement de s'évader.. Il s'agissait d'opposer à la terrible cohérence d'une réalité incohérente l'espoir que recèle une cohérence intériorisée : ce peut être celle d'une religion ou celle d'une théorie de l'Histoire, ou ce peut être celle de la poésie.. Et aussi cette incertitude où laisse souvent Bergier des frontières respectives de l'imaginaire et de la réalité.. Dans le vécu, il n'y en a pas.. Tout l'effort tâtonnant des hommes pour conceptualiser leur univers tend à en établir pour les abattre et en établir de nouvelles.. Et ainsi de suite.. Bien des malentendus et des polémiques suscités par l'œuvre de Bergier viennent de ce que sa pensée n'est pas, au sens rigoureux du terme, scientifique, sauf peut-être en des domaines précis.. J'espère qu'il ne s'en offusquera pas de me voir l'écrire.. Elle exprime une expérience beaucoup plus globale, beaucoup moins analytique, en bref poétique plutôt que théorique.. Il conviendrait d'afficher sur beaucoup de ce qu'il a écrit et dit :.. attention poésie.. , le propos de la poésie n'étant pas de connaître le réel mais de le rendre présent et supportable.. Ce fut aussi le propos des écrivains qui sont le sujet de ces.. que nous propose aujourd'hui Bergier.. Quelques-uns d'entre eux sont maintenant assez bien connus du lecteur français.. Ainsi John Buchan, quoique ses meilleures œuvres, aux dires de Jacques Bergier et aussi selon mon goût, soient encore inédites ici.. Ainsi Arthur Machen, C.. S.. Lewis et surtout H.. P.. Lovecraft.. À l'opposé, J.. R.. Tolkien, Talbot Mundy et Robert E.. Howard sont encore presque inconnus.. Il y a encore de grands risques que l'œuvre maîtresse de Tolkien,.. le Seigneur des Anneaux.. , ne soit jamais publiée en français car sa traduction présente de redoutables difficultés.. Entre ces extrêmes, des écrivains comme Abraham Merritt, Ivan Efremov, John W.. Campbell, Jr.. et Stanisław Lem sont connus ici pour quelques-uns seulement de leurs livres, et malheureusement dans des traductions souvent indignes de l'original.. Les chapitres lyriques que consacre Bergier à tous ces auteurs contribueront sans doute plus à faire rêver à leur propos qu'à informer sur eux.. Mais ces admirations sont suffisamment communicatives pour transporter le lecteur dans l'antichambre des œuvres et pour inciter peut-être quelques éditeurs à entreprendre certaines publications.. On regrettera que des erreurs sans doute imputables à des coquilles viennent déparer le texte : ainsi par exemple, page 267, il est fait mention d'une lettre que Robert E.. Howard envoya à Lovecraft en.. 1939.. alors qu'ils sont morts tous les deux en.. 1936.. et.. 1937.. respectivement.. (2).. Certains lecteurs seront sans doute agacés par les remarques personnelles dont Bergier a émaillé son livre : ainsi on ne voit pas très bien pourquoi, dans le chapitre consacré à Tolkien, il trouve nécessaire de s'en prendre à Marcuse et plus loin aux étudiants contestataires français sans négliger pour autant les hippies.. Ailleurs, l'exégèse paraît surtout lui fournir un prétexte pour relater des expériences personnelles.. Mais les objections que ces digressions pourraient soulever s'affaiblissent si l'on veut bien considérer l'ouvrage non comme une collection d'essais, mais comme un recueil d'entretiens.. La forme elle-même est celle d'un monologue à bâtons rompus.. , c'est Jacques Bergier, tel qu'il est, faisant visiter un rayon de sa bibliothèque.. Elle mérite le voyage.. , [1.. re.. série], nº 204, décembre 1970.. Concerne :.. Jacques Bergier.. Jacques Bergier :.. (Paris : Christian Bourgois, 1970 ; Paris : l'Œil du Sphinx, 2001).. ↑.. La réédition de 2001 est annotée et signale avec humour ce problème.. — Note de Quarante-Deux.. section Gérard Klein.. tout Quarante-Deux.. Navigation.. l'auteur.. présentation.. Sections.. Réflexions sur des livres-univers , article de Gérard Klein présenté par Quarante-Deux.. 8 février 2013.. (première publication : quatrième trimestre 1970).. 11 août 2013.. (création : 7 février 2013).. org/archives/klein/divers/Reflexions_sur_des_livres-univers..

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  • Title: Philippe Curval : chroniques, entretiens et articles sur la SF | Quarante-Deux/les Archives stellaires
    Descriptive info: curval.. Philippe Curval : chroniques, entretiens et articles sur la.. fr/aspc.. ›› Philippe Curval.. Philippe Curval est né le 27 décembre 1929 à Paris.. Grand voyageur, il a eu l'occasion de promener son regard dans le monde entier, et il a injecté au fil des ans cette multitude d'expériences dans ses textes où tout est couleur, odeur, musique, jouissance et sensualité, couronnés par les prix Jules-Verne (.. le Ressac de l'espace.. , 1962), de la Science-Fiction française (.. l'Homme à rebours.. , 1974) ou Apollo (.. Cette chère Humanité.. , 1976).. Parmi ses textes les plus récents, on citera.. Lothar Blues.. (2008), le recueil.. l'Homme qui s'arrêta.. (journaux ultimes, 2009) et.. Juste à temps.. (2013).. Son intérêt pour la création littéraire a donné naissance aux anthologies.. Futurs au présent.. (1978) et.. Superfuturs.. (1986), où il a présenté au lecteur un éventail de nouveaux talents.. Chroniques.. Critique fin et pertinent, Philippe Curval tient depuis plus de quarante ans une chronique régulière des parutions en Science-Fiction.. En voici une version numérisée,.. indexée.. , retouchée par l'auteur et relue par Quarante-Deux :.. Magazine littéraire.. à partir du numéro 236 de décembre 1986 jusqu'au.. 523.. de septembre 2012.. (Denoël).. deux chroniques, parues dans le numéro 1 de janvier 1984 et le.. numéro 4.. de juin 1985.. Futurs.. Chronique du temps qui vient.. , parue du numéro 2 de juillet-août 1978 au.. numéro 6.. de décembre 1978.. le Monde.. les chroniques parues  ...   Max Ernst au Musée national d'Art moderne.. , nº 74, janvier.. 1963.. Robert Sheckley.. ou.. l'Enchanteur paranoïaque.. , nº 121, décembre.. 1976.. Jules Verne, l'hélice et le tour du monde.. , nº 119, décembre.. 1977.. Marcel Aymé, le faussaire du quotidien.. , nº 124, mai.. Tour d'horizon des collections de Science-Fiction.. , nº 10018, 15 avril.. Héliopolis.. et l'Homme cosmique.. , nº 130, novembre.. 1978.. Jules Verne sous les bandelettes.. , nº 139, juillet-août.. Ray Bradbury à Paris.. , nº 10411, 21 juillet.. 1990.. l'Ère des sciences-fictions.. , nº 281, octobre.. 1997.. l'Enfer, c'est l'avenir.. , nº 356, juillet-août.. 1998.. Surréalisme et SF.. essai présenté au café littéraire du jeudi 16 avril lors de la 25.. e.. Convention française de Science-Fiction à Nancy.. 1999.. Moyen Âge et.. Fantasy.. , nº 382, décembre.. 2001.. Politique de l'extraterrestre.. communication dans le cadre du colloque.. la Science-Fiction et le Politique.. , Nancy, 14-15 mai.. 2002.. l'Expérience du vivant.. préface à :.. les Enfants du mirage 2.. , mai.. 2003.. Raptus de l'absence.. , nº 422, juillet-août.. 2005.. Voyage au centre de Jules Verne.. , nº 440, mars.. les Français à New York.. , nº 443, juin.. Psychose du futur.. , nº 444, juillet-août.. 2012.. Appellation d'origine incontrôlée.. inédit sur papier, septembre 2012.. section Philippe Curval.. Les chroniques, entretiens et articles de Philippe Curval sur la Science-Fiction, présentés par Quarante-Deux.. 31 juillet 2013.. 6 août 2013.. (création : 24 juin 1996).. org/les_Archives_stellaires/Philippe_Curval..

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  • Title: ´Demain les puces´ par Patrice Duvic | Quarante-Deux/Préfaces de Gérard Klein
    Descriptive info: fr/1cb.. Préfaces et postfaces.. Préfaces et postfaces de.. : Science-Fiction et micro-informatique.. : Science-Fiction et informatique, version 1.. 2.. anthologie à composition variable selon les éditions, 1986 1996.. préface de.. , 1986.. [ 1 ].. [ 2 ].. interface 2.. 3.. 4.. Dans un ouvrage récent et remarquable,.. ,.. Michel Schneider insiste sur le fait qu'en général.. « tout a déjà été dit ».. et que cette remarque désabusée s'applique particulièrement bien à la littérature.. Mais si cette constatation s'applique sans nul doute à la littérature générale où il est bien difficile de prétendre à l'invention d'un thème, en va-t-il de même pour la Science-Fiction ? N'existe-t-il pas à l'occasion de chaque thème une première œuvre repérable, parfois dans un passé récent ? Certes, on peut en faire remonter fort loin certains, jusqu'à leur trouver des racines mythologiques, comme celui du robot ou de la pluralité des mondes.. Mais il en est d'autres qui semblent présenter une plus grande originalité, et qui révèlent ainsi, soit une technicité particulière, soit un bouleversement épistémologique.. Sur ce second registre, je ne connais pas d'histoire de voyage dans le temps antérieure à.. la Machine à explorer le temps.. de H.. G.. Wells (1895).. Le concept même d'anticipation datée ne semble pas beaucoup plus ancien que.. l'An deux mille quatre cent quarante : rêve s'il en fût jamais.. de Louis-Sébastien Mercier (1771 1786) même si Pierre Versins en signale des manifestations marginales antérieures.. Sur le premier registre, celui de la technicité, il est vraisemblable que les histoires d'ordinateurs, de machines pensantes, et plus encore celles de micro-ordinateurs ont une origine récente.. La relation apparaît en effet ici étroite entre le développement des sciences et des techniques et leur expression littéraire, leur empreinte dans l'imaginaire.. Or il est difficile de douter que sciences et techniques produisent du nouveau, à moins — et encore — de ramener leurs résultats à de très vagues principes généraux.. Et s'il s'en dérive bien quelque chose dans la Science-Fiction, alors celle-ci échappe, au moins en partie, au procès de la répétition que l'on peut dénoncer dans la littérature dite générale.. La conjecture n'est pas mince, car sa mise à l'épreuve ouvre la voie d'une différenciation relativement objective entre ces deux formes de littérature, et elle suggérerait que nous voyions bien se constituer un genre.. in statu nascendi.. C'est pourquoi j'exprime ici le souhait que soient conduites des études historiques des thèmes, qui en retracent les origines et les arborescences.. De telles études pourraient conduire à des résultats tout à fait surprenants et paradoxaux et introduire quelques questions nouvelles.. Ainsi, comment se fait-il que certains thèmes aient été largement explorés et exploités par la Science-Fiction alors que rien ne venait leur donner un semblant de justification scientifique, ainsi celui, déjà signalé, du voyage dans le temps, alors que d'autres qui correspondaient à des concepts théoriques et parfois à des réalisations concrètes n'ont fait que tardivement l'objet d'une transposition littéraire ? L'examen très superficiel que je vais risquer de la place des ordinateurs et des micro-ordinateurs dans la Science-Fiction illustrera cette interrogation.. Il contient sans le moindre doute bien des lacunes et des omissions et je serai grandement reconnaissant à ceux de mes lecteurs qui voudront bien les relever, de me les signaler et les corriger.. Un bref détour à travers l'histoire des machines à calculer et des ordinateurs eux-mêmes est nécessaire.. Le concept n'est pas récent.. Sans remonter à la machine à calculer de Pascal et aux travaux de Leibniz, l'Anglais Charles Babbage propose dès 1822 à la.. Royal Society.. de construire une machine à calculer automatique, la machine à différences, et vers 1850 il conçoit un projet beaucoup plus ambitieux, la machine analytique.. Pour être actionnée à la vapeur, cette dernière n'en compte pas moins un “processeur” à rouages et une “mémoire” constituée de cartes perforées empruntées aux métiers à tisser Jacquard, et elle préfigure bien la structure des ordinateurs modernes.. La machine ne sera jamais achevée.. (3).. mais le projet jouit à l'époque d'une notoriété considérable.. Dès 1890, Herman Hollerith met au point une machine électromécanique qui permet de traiter les données des recensements américains, puis la commercialise en créant une société qui deviendra IBM.. En 1927, le MIT s'attaque au problème et, en 1931, Vannevar Bush et son équipe proposent un “analyseur différentiel” entièrement mécanique mais qui fonctionne.. En 1937, Alan Turing élabore une théorie générale et entreprend à son tour, en Grande-Bretagne, la construction d'un calculateur tout en réfléchissant déjà à l'intelligence artificielle.. Durant les années suivantes et surtout pendant la Seconde Guerre mondiale, différentes recherches conduites en Allemagne, en Grande-Bretagne et aux États-Unis culminent avec la fabrication du premier calculateur électronique réellement efficace, ENIAC,.. (4).. dont la construction fut achevée en 1946.. Ainsi, la machine pensante ou du moins logique aurait pu hanter le roman d'anticipation ou d'aventures scientifiques dès le siècle dernier.. Or, malgré son ancienneté relative dans la réalité scientifique, le “cerveau” mécanique ou électronique ne fait qu'une apparition d'abord timide puis massive mais tardive dans la Science-Fiction.. On n'en trouve pas trace, sauf erreur de ma part, dans les œuvres des grands pionniers, Jules Verne, Arthur Conan Doyle, H.. Wells et J.. -H.. Rosny aîné.. C'est peut-être John W.. qui l'illustre le mieux, encore que de façon métaphorique et assez vague, dans ses nouvelles "Crépuscule" et "le Ciel est mort" (1934 1935) ; Aldous Huxley et George Orwell l'ignorent superbement alors qu'il avait une place toute trouvée dans leurs anti-utopies.. Ce n'est qu'au milieu des années 40 que le “cerveau” électronique fait une entrée fracassante dans l'univers de la Science-Fiction.. Le tableau serait évidemment tout différent si l'on prenait en compte les innombrables et anciennes variations sur le thème du robot.. Mais la problématique du robot, ou de l'automate à forme généralement humaine, est substantiellement différente.. C'est pourtant la nécessité de donner au robot une certaine justification technique qui va conduire les meilleurs auteurs à se poser les problèmes de l'intelligence artificielle, comme commencera à  ...   centralisée et rationnelle, qu'on la salue ou qu'on la condamne.. Mais cette myopie que les auteurs de Science-Fiction s'emploient à réparer comme ce livre le prouve, ne doit pas masquer trois points.. Le premier est que ce sont les auteurs les moins techniciens — à l'exception de Murray Leinster et sans doute de Robert A.. Heinlein dans.. une Porte sur l'été.. — qui ont introduit, sans trop se soucier de vraisemblance immédiate, le micro-ordinateur ou quelque chose qui lui ressemblait, dans la Science-Fiction.. Ainsi Robert Sheckley et Philip K.. Dick qui ont parsemé leurs textes de petites machines malicieuses, bavardes, ironiques ou carrément hostiles.. La logique du conte, celle du poète, a prévalu sur celle du technicien.. Le besoin métaphorique a engendré l'objet sournois et donc intelligent.. Le second est que les inventions de la Science-Fiction ont largement contribué à former dans l'esprit du grand public l'image de l'ordinateur et aujourd'hui du micro-ordinateur.. Cette image est loin d'avoir toujours été négative.. Elle a été aussi celle de la modernité inéluctable et de la puissance logique.. Il est frappant de voir combien le goût et parfois la passion de la Science-Fiction sont répandus parmi les informaticiens professionnels et amateurs au point que les deux publics donnent parfois l'impression de se recouvrir.. En un sens, l'informatique représente l'un des rares domaines où les prophéties de la Science-Fiction aient trouvé un ancrage dans la vie quotidienne.. Quant au troisième point, il se ramène à ceci.. Même si les auteurs de Science-Fiction se sont montrés réservés ou franchement pessimistes à l'endroit des ordinateurs, ils ne les ont pas rejetés ni ne s'en sont tenus à l'écart.. Beaucoup d'entre eux ont été parmi les premiers dans la gent littéraire à se doter de systèmes de traitement de texte ou d'ordinateurs non dédiés.. Leur pessimisme fréquent est une sorte de déformation professionnelle, ou encore il est explicable par des raisons sociologiques, mais il ne les empêche pas d'entrer au bon moment dans l'avenir quand il devient le présent.. Cette expérience est la garantie d'un renouvellement de leur inspiration dont on trouvera, j'espère, de bons exemples dans cette anthologie.. Sur ce chapitre du pessimisme, je voudrais ajouter une note personnelle.. Ma propre nouvelle, "Mémoire vive, mémoire morte", parue dans la version 1.. 1 de la présente anthologie, est indéniablement pessimiste.. Elle décrit un destin tragiquement influencé par le micro-ordinateur personnel ultime sur fond de drame social.. Cette sombre perspective n'est pas entièrement dépourvue de justification, même en faisant abstraction de celles qui relèvent de l'esthétique et de l'état d'âme du conteur.. Voyez ce que nos sociétés ont fait de deux prouesses techniques, l'automobile, cette remarquable machine à tuer et à mutiler, ou encore la télévision, cette efficace machine à décerveler.. Mais ma nouvelle ne reflète pas entièrement ma pensée.. Je tiens aussi, d'expérience, le micro-ordinateur pour une prodigieuse machine à créer, à ordonner, à penser.. Et j'accepterais sans hésitation de courir le risque, ou plutôt la chance, qui fait le malheur de mon héros.. L'ordinateur sur lequel j'ai écrit ma nouvelle, et ces pages, un Macintosh, me semble être un véritable objet de Science-Fiction, un génie de légende mais technique, bien présent.. Non pas en raison de sa puissance et de sa sophistication, mais en raison de sa transparence et de sa docilité.. Il sera sans doute remplacé dans le futur par des machines incomparablement plus rapides et plus puissantes, mais je crois, pour avoir fréquenté d'autres ordinateurs, qu'il a ouvert une nouvelle ère de l'informatique domestique, celle où il n'est nul besoin de savoir comment ça marche pour utiliser, ni d'être programmeur ou informaticien.. J'en ai eu la confirmation lorsque j'ai vu autour de moi des personnes qui n'avaient aucun bagage technique, aucune expérience spécialisée, et encore moins de goût pour les contraintes de la logique, devenir en quelques heures capables de s'en servir pour écrire ou pour dessiner.. Certes, encore faut-il aimer et savoir écrire et dessiner.. Mais nous voilà, par lui, ramené au logique nommé Joe.. Dans le présent, la micro-informatique semble divisée en deux tendances, en deux branches.. L'une, celle du PC standard par exemple, invite, me semble-t-il, à une fausse technicité, à une professionnalisation artificielle.. Elle passe par l'apprentissage de codes opaques et complexes, par des stages de formation coûteux et ingrats qui visent à constituer une pseudo-sous-élite bureautique, et finalement à promouvoir une différenciation sociale inutile mais manipulable.. Elle met l'accent sur l'obéissance à la règle.. L'autre, celle notamment du Macintosh, dans une certaine mesure du TO9 de Thomson, et bien entendu celle du logique nommé Joe, cherche à rendre la technique invisible, à remplacer les codes abstraits par des images et à inscrire les choix à opérer dans un dialogue immédiatement accessible.. La compétence spécialisée est dans la machine, et par là elle égalise les approches et les chances.. Elle privilégie le tâtonnement, l'intuition, l'expérimentation.. Il doit être bien entendu que les mêmes applications peuvent être assurées par les deux types de machines.. Sous une façade technique, ce sont deux conceptions de l'Homme, du travail, de la société et de la machine qui s'affrontent.. Nul ne sait laquelle de ces tendances l'emportera dans l'avenir.. Mais il y a peut-être dans ce conflit une bonne métaphore de la lutte entre l'individu et l'organisation, entre l'ingéniosité et le système.. Après tout, c'est peut-être un bon sujet de Science-Fiction.. À vos claviers.. , dirigé par Patrice Duvic.. Denoël › Présence du futur, nº 421, avril 1986.. Patrice Duvic.. La première préface, placée en position d'interface entre les parties de l'anthologie comme le présent texte de Gérard Klein, est de Patrice Duvic.. Essai sur le plagiat, la psychanalyse et la pensée.. Un prototype complet et opérationnel de la.. machine à différences de Babbage.. sera tout au moins achevé en 2002.. Electronic Numerical Integrator And Computer.. liste des préfaces.. ´Demain les puces´ par Patrice Duvic, préface de Gérard Klein présentée par Quarante-Deux.. 4 mars 2013.. (première publication : avril 1986).. (création : 13 janvier 2013).. org/archives/klein/prefaces/Demain_les_puces..

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  • Title: Jules Verne sous les bandelettes | Quarante-Deux/Articles de Philippe Curval
    Descriptive info: fr/1bw.. Articles.. ›› Jules Verne sous les bandelettes.. dans le cadre du dossier.. la Fin des utopies.. du.. , 1978.. Quantité de rééditions, deux biographies (celle de François Rivière,.. Jules Verne : images d'un mythe.. , et le magistral essai de psychobiocritique de Marc Soriano,.. Jules Verne : le cas Verne.. ) ainsi que la réédition de celle de Charles Noël Martin,.. la Vie et l'œuvre de Jules Verne.. , le cent cinquantenaire de Jules Verne ne passe pas inaperçu.. Et c'est un Jules Verne plus subtil que l'idée convenue qu'on en avait que ces livres font découvrir.. en munitions de choix pour les états-majors de maisons d'édition en mal de rentabilité ?.. Ces analyses auraient quelque chance d'être plausibles si, parallèlement, des ouvrages d'études et de réflexion ne sortaient à un rythme régulier, annoncés en 1960 et 63 par les travaux de Marcel Moré et relancés, plus de dix ans après, par Michel Serres avec son.. Jouvences sur Jules Verne.. Si Verne connaît une vogue apparemment renaissante — car elle s'est rarement démentie depuis cent ans —, c'est qu'il est pris en compte par de nouvelles générations de lecteurs qu'impressionne son actualité ou que son succès tourmente.. Mais c'est aussi parce qu'il est, lui-même, derrière la mitrailleuse : son offensive tactique était implicite en raison de l'étendue du champ offensif couvert par ses ouvrages.. Parmi ses plus récents exégètes, trois tendances s'affrontent : celle de Charles Noël Martin, d'abord, parfaitement pléonastique, qui tend à ravaler la façade de l'illustre écrivain en jouant à coup de citations anodines, de lettres et de témoignages familiaux pour effacer toutes les traces des hypothèses que les néo-julesverniens avancent sur son œuvre et sa vie.. Celle de Francis Lacassin, dans ses excellentes préfaces à la série.. Jules Verne inattendu.. en 10|18, visant à exploiter de façon privilégiée la veine politique de l'œuvre.. Celle de Marc Soriano, enfin, qui, dans sa magistrale biographie s'attache à découvrir l'aspect psychanalytique de l'œuvre à travers les relations frauduleuses que l'auteur de.. entretenait entre l'écriture et ses fantasmes.. Le petit livre hagiographique de François Rivière, que je cite pour mémoire, pris en sandwich entre ces géants, paraît d'un jambon un peu blême.. Pourtant, mon but n'est pas ici de privilégier telle ou telle entreprise critique, mais de les confronter et de voir comment elles s'insèrent dans ce mouvement de redécouverte de Jules Verne.. Ainsi que le souligne Marc Soriano :.. « L'idéologie, quand il s'agit d'un artiste, s'exprime par des médiations qui ne sont pas nécessairement idéologiques.. , reprenant le commentaire d'Antonio Gramsci :.. « L'attitude de l'artiste est celle d'un observateur, ce qui ne l'empêche pas de prendre parti, de manière parfois contradictoire, dans un certain nombre de débats brûlants de son époque.. Sans conteste, Verne, plus que tout autre écrivain de sa dimension, au.. xix.. siècle, visait à fournir des produits parfaitement médiatisés, assimilables par le public auquel il s'était voué, la jeunesse.. C'est pourquoi, sans doute, il y a une quantité illimitée de lectures possibles de son œuvre, tant elle paraît constituée de strates successives, ainsi qu'un feu refroidi où brasillent sous les cendres les laves et les scories des incendies antérieurs.. En étudiant ses biographes les plus attentifs, il semble indéniable qu'il se trouve trois types de production dans ses pièces de théâtre, ses romans et ses nouvelles.. Le premier, relatif à sa jeunesse, est tout imprégné d'un lyrisme réactionnaire qui reflète l'idéologie de la bourgeoisie de son temps ou simplement sécrétée par un vertigineux goût pour le calembour.. Le second, celui de la maturité, est né de la collaboration étroite entre Jules Verne et son éditeur, Pierre-Jules Hetzel ; là, ce dernier entrait ouvertement en lutte avec son auteur, réécrivant parfois certains passages, discutant âprement de l'intérêt de tel personnage ou de tel épisode et parvenant souvent à les faire supprimer.. Une période rayonnante, combattante où l'élaboration de ses principaux chefs-d'œuvre ressemblait superficiellement à la fabrication de super.. best-sellers.. , mais où Verne, dans ce dur dialogue avec le père artificiel qu'il s'était choisi, découvrait ses véritables cibles.. C'est cependant dans la troisième période de son œuvre que la réflexion politique prit une acuité plus grande ; l'homme était libéré par l'âge et la célébrité d'un certain nombre de contingences sociales ; il désirait se dégager de sa réputation d'écrivain pour la jeunesse sans y parvenir.. Son ouverture vers un anarchisme pacifiste, inspirée du saint-simonisme, fut nettement mise en valeur par son fils, Michel, d'opinions plus avancées que son père, qui améliora partiellement quelques-uns de ses romans posthumes.. Dans cette optique, est-il vraiment nécessaire de  ...   fils Michel, dont sa femme, Honorine, va accoucher bientôt.. Parfois aussi, l'inventivité du biographe dans la mise en lumière de ces soupapes de sûreté que sont les calembours, grâce à leur aspect ludique et libératoire, prend un tour cocasse ; ainsi, lorsqu'il réfute le caractère drolatique de “comment vas-turlututu” par rapport à “comment vas-tu-yau de poêle”, en prétextant l'absence de symbolisation sexuelle de la première proposition.. J'irai, dans ce cas, essayer mes pouvoirs sur la première personne que je rencontrerai après avoir terminé cet article pour lui demander : « Comment vas.. do you do.. ? ».. Là encore, la systématisation à partir d'un exercice périlleux échoue.. Mais il serait dommage, pour quelques fantaisies de ce genre, de ne pas se laisser entraîner par le ton jubilatoire de Soriano, surtout qu'il ne cherche pas à soumettre toute l'œuvre et la vie de Verne à une unique grille de lecture.. S'il paraît évident que la machine, pour l'auteur de.. Robur le conquérant.. , est une métaphore de la femme et même, je le concède, une métaphore de la femme phallique, il n'en est pas moins vrai qu'à l'opposé de Marcel Duchamp, il n'a pas voulu cette machine célibataire.. C'est grâce au pouvoir érotique de ses créations que Jules Verne a su rapidement devenir un classique pour la jeunesse.. « à une époque d'ordre moral où les jeunes, les garçons comme les filles, sont exclus non seulement de toute sexualité mais de la moindre verbalisation du désir ».. , ainsi que l'écrit Soriano.. Les héros verniens sont solitaires ; ce sont pour la plupart.. « des hommes qui d'une certaine façon ont renoncé à la vie, en bref, des morts en sursis ».. Pourquoi ? Parce qu'ils assument une part du vécu de Jules Verne dont les rapports avec la femme se sont soldés par des échecs.. Tant qu'il l'a rêvée, elle a maintenu en lui le désir ; dès qu'elle est devenue sa compagne, elle a perdu sa réalité.. D'où sa transposition dans le mythe.. Ainsi, la machine mythique et femelle ne cesse de hanter ses rêves ; aussi va-t-il la poursuivre de la manière la plus échevelée qui soit à travers l'imagination scientifique.. Durant ce.. siècle finissant, les premiers balbutiements des inventeurs en délire font enfin entrevoir des paradis ignorés dont il va s'emparer pour construire ses utopies, et ses équipées de suicidés n'engendrent pas la mélancolie.. Certes, ceci n'est qu'une des directions conceptuelles qu'ont prises Jules Verne et Marc Soriano.. Francis Lacassin ne refuse en aucun cas d'envisager toutes les autres, y compris d'étudier l'aspect politique et sociologique des.. Jules Verne l'a écrit à propos du.. :.. « Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque.. Faut-il conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur.. Nous sommes d'un temps où tout arrive — on a presque le droit de dire où tout est arrivé.. Si notre récit n'est pas vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes.. Cette position, il l'a maintenue fermement jusqu'au bout de son existence, parvenant, en précurseur absolu, à faire le tour complet d'un genre qu'il contribua à inventer avec H.. Wells, la Science-Fiction, puisqu'il contesta la science comme finalité :.. « Petites et grandes, prenez garde de vous égarer en courant le domaine scientifique.. ne vous plongez pas profondément dans la science, ce “vide sublime” selon l'expression du grand poète, où l'homme se perd quelquefois.. professe-t-il à des jeunes filles lors d'une distribution de prix, vers la fin de sa vie.. N'est-ce qu'une boutade misogyne ? Certes pas, la réponse est incluse dans.. Hier et demain.. qui voit l'écrivain, au terme de sa rêverie scientifique, atteindre la désespérance.. À cette époque, Jules Verne avait vendu un million et demi d'exemplaires de ses œuvres en format réduit.. Avait-il la prémonition qu'en 1978, sa diffusion en livres de poche ne cesserait d'augmenter, qu'il viendrait en quatrième position à travers le monde avec 26 millions d'exemplaires vendus en quarante langues différentes ? J'en suis certain.. C'est pourquoi, aux plus téméraires qui voudraient l'assassiner, il pourrait répondre, en se relevant de sa tombe dans un hoquet de rire : « Comment vas tue ? ».. , nº 139, juillet-août 1978.. Charles Noël Martin.. Marc Soriano.. Lire aussi ".. " ".. ".. Jules Verne sous les bandelettes , article de Philippe Curval présenté par Quarante-Deux.. 1.. er.. février 2013.. (première publication : juillet 1978).. 30 juillet 2013.. (création : 4 janvier 2013).. org/archives/curval/divers/Jules_Verne_sous_les_bandelettes..

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  • Title: Voyage au centre de Jules Verne | Quarante-Deux/Articles de Philippe Curval
    Descriptive info: fr/1by.. ›› Voyage au centre de Jules Verne.. enquête pour.. , 2005.. Tous s'en mêlent ! Il y a les verniens qui, investis de la pensée du maître, la portent en eux tel le Saint Graal, même s'ils s'attaquent fielleusement entre eux par articles et colloques interposés afin de discuter des sources et d'analyser le sens de l'œuvre à perte de vue.. Il y a les vernophiles, amateurs qui se complaisent à collectionner les documents, manuscrits, les éditions rares des pièces de théâtre et des textes oubliés, les produits dérivés des.. afin d'établir des listes exhaustives dont nul ne verra jamais le terme.. Enfin, les vernolâtres arc-boutés sur leurs doctrines qui discutent pied à pied au sujet de la virgule disparue d'un manuscrit au crayon (ensuite passé à l'encre), hiérophantes rationalistes d'un corpus qui recèle encore tellement d'inconnues qu'elles réactivent en permanence l'appétit de connaître.. Cette pléthore d'hagiographie/critique risquerait de provoquer un jour une réaction hostile, voire des vernifuges, s'il n'y avait, heureusement, tous les passionnés de Verne — et les petits enfants à qui l'on offre ses romans parce que c'est entré dans les mœurs —, qui d'Helsinki à Yokohama et de Nijni-Novgorod à Atlanta ne cessent de lire et relire ses.. dont les versions et les traductions se multiplient à l'infini depuis près d'un siècle et demi.. Sans être découragés par le style particulièrement uniforme de l'auteur aux phrases quasi photographiques, ils y découvrent encore et encore cette énergie créatrice, ce vertigineux pouvoir de susciter l'enchantement littéraire que des millions de lecteurs de Jules Verne ont ressenti au moins une fois dans leur vie.. Bien qu'avec le temps, une grande partie de son œuvre concerne désormais la description d'inventions qui ont pris le statut d'objets quotidiens, de lendemains qui n'auront pas lieu et de voyages disponibles chez n'importe quel.. tour operator.. , ces inconditionnels voient toujours en lui un visionnaire de génie.. En cela réside le mystère de son inaltérable survie littéraire.. Car la qualité de ses œuvres ne repose pas sur l'exactitude de ses prédictions scientifiques.. « La science mise en question par la Science-Fiction ne compte précisément pour rien.. affirme Guy Lardreau, dans.. Fictions philosophiques et Science-Fiction.. Postulat qui dans son esprit s'appuie sur le fait que la philosophie ne produit plus aucun texte novateur.. Contrairement à la Science-Fiction — “littérature pensante”, même si elle ne pense pas toujours bien —, qui s'y est substituée en détournant le propos de la science afin d'explorer le présent depuis l'avenir.. En ce sens et dans le meilleur des cas, le genre échappe à l'obsolescence.. Contrairement à ce qu'affirmait J.. Ballard en soutenant :.. « La Science-Fiction s'est arrêtée le jour où l'Homme a posé le pied sur la Lune.. Michel Ardan en compagnie d'Impey Barbicane s'est contenté de s'approcher de notre satellite, sans que les amateurs ne songent à mettre au rebut.. Autour de la Lune.. , métaphore fondamentale d'un des plus vieux désirs humains, s'envoler vers l'espace.. Pourtant, à l'examen des textes publiés à propos des.. , le point de vue dans l'approche vernienne a profondément changé.. Au cours des âges, l'anticipateur, lecteur passionné de François Arago et de Camille Flammarion, le dramaturge qui rêvait de créer le “roman scientifique” avec l'ami Alexandre Dumas, est devenu contre son gré un écrivain de divertissement à travers les publications Hetzel, puis un écrivain pour la jeunesse dans la "Bibliothèque verte".. Jusqu'aux environs des années soixante, où des textes de Roland Barthes, Michel Butor, Michel Foucault et bien d'autres produisirent enfin une réaction salutaire.. Ce qui engendra une prodigieuse nébuleuse textuelle — à la fois universitaire, érudite et marginale —, afin d'aborder l'auteur à travers une vision mythologique, psychanalytique, idéologique, politique, initiatique, épistémologique, en procédant à une analyse structurale et textuelle du récit.. Grâce au premier colloque de Cerisy en 1978,.. Jules Verne et les sciences humaines.. , la mise en abyme d'un grand écrivain injustement négligé par la critique officielle et les dictionnaires de littérature devint au goût du jour.. Il en jaillit un véritable enrichissement de nos connaissances à propos de ses thématiques, de sa personnalité contradictoire, à la fois anarchiste et bourgeois, plaisantin et sévère, mauvais père, époux distrait, étonnant voyageur, bref un passeur dans la plus pure acception de ce terme si littérairement correct.. Avec quelques apogées, comme la savante étude lacanienne de Jean-Luc Steinmetz, s'appuyant sur deux anagrammes, “Verge  ...   qu'il n'a rien inventé de la mécanique céleste et de la propulsion dans.. De la terre à la Lune.. (ce que rien ne prouve, mais personne à cette date n'avait tenté ni accompli le voyage) ; et d'insister sur sa culture de certificat d'études (le thème de l'invisibilité dans.. le Secret de Wilhelm Storitz.. , par exemple ?).. Pour conclure quelques pages plus loin à propos du.. Chancellor.. « Et c'est là que l'on peut découvrir que la science est importante pour lui.. C'est pour cela que ce n'est pas un homme de Science-Fiction, ni un homme d'anticipation, c'est un réel écrivain, qui réellement invente.. De conclure enfin que si Jules Verne a anticipé, c'est uniquement dans le domaine des sciences humaines.. Quelle magistrale contradiction dans le propos, quel désir d'effacement volontaire ! Car le moindre amateur, à défaut d'historien ou de spécialiste, peut prouver que tout réel auteur de Science-Fiction invente réellement et spécule sur l'avenir en s'appuyant sur les sciences humaines.. Dommage que Michel Serres ne s'en soit pas aperçu : depuis soixante-quinze ans, les successeurs de Jules Verne et de H.. Wells ont produit de multiples chefs-d'œuvre qu'il a eu le goût d'ignorer, comme un certain nombre de ses confrères.. Ce court voyage au centre de Jules Verne serait incomplet si de nouvelles révélations n'étaient intervenues depuis les années cinquante grâce aux travaux de Charles Noël Martin, de François Raymond et de Daniel Compère sur la correspondance et les manuscrits.. On s'en doutait depuis longtemps, sans de multiples interventions extérieures, l'œuvre de Jules Verne ne serait sans doute pas celle que l'on connaît.. En premier lieu sous la férule de son éditeur, Pierre-Jules Hetzel, qui se comporta durant sa vie entière en censeur impitoyable, intervenant sur les projets, les manuscrits, les épreuves, le harcelant jusqu'à modifier profondément les intentions premières de l'auteur au cours d'échanges houleux.. Car Hetzel voyait les.. sous l'angle du divertissement.. Récits d'aventures, paysages exotiques, situations exceptionnelles, certes, mais rien que la raison ne puisse justifier, que la logique ne sache expliquer.. Même la psychologie des personnages fait l'objet de débats contradictoires dont Verne ne sort pas toujours vainqueur.. Sauf lorsqu'il se révolte à propos du capitaine Nemo qu'il voyait en terroriste à la nature généreuse :.. « Je vois bien que vous rêvez d'un bonhomme très différent du mien.. C'est très grave et d'autant plus grave que je suis parfaitement incapable de réaliser ce que je ne sens pas.. Or, décidément, je ne vois pas le capitaine Nemo comme vous… Je ne saurais le faire autrement.. » écrit-il à Hetzel au terme d'un combat douloureux.. Par contre, Verne imaginait pour.. les Indes noires.. une Écosse creusée par l'exploitation intensive du charbon, donc entièrement souterraine avec un réseau complet de villes, chemins de fer, navires parcourant une mer intérieure.. Hetzel réécrit le manuscrit, réduit l'intrigue et le monde souterrain à une caverne de dimensions convenables.. La plupart des biographes s'accordent à juger que leurs rapports étaient régis par une amitié réciproque.. Or, un jour, Verne n'hésite pas à lui écrire :.. « Dommage que vous n'ayez pas voulu participer au bal que nous avons donné.. Si vous aviez été là, vous seriez venu déguisé en “imbécile”.. Personne ne vous aurait reconnu.. Le second homme de main, c'est son propre fils Michel, avec lequel il eut, durant longtemps, des rapports conflictuels.. S'il lui servit d'assistant à la fin de sa vie, on l'accuse d'avoir transformé la plupart de ses œuvres posthumes.. Lucien Boia, qui analyse avec subtilité l'œuvre et le personnage de Verne dans.. les Paradoxes d'un mythe.. , souligne que Michel fut parfois plus audacieux que son père.. En particulier dans.. la Chasse au météore.. L'invention de Zéphyrin Xirdal et de son courant neutre hélicoïdal fit d'un texte satirique assez terne un superbe roman de Science-Fiction.. On le voit, l'affaire est loin d'être close.. Tant de mystères et d'imprécisions pèsent encore sur la personnalité, les opinions, la philosophie, la sexualité, les influences de Jules Verne.. Donnons-nous rendez-vous pour le bicentenaire de sa naissance en 2028, afin de vérifier si nous ne serons pas retournés vers la “barbarie éclairée au gaz”, comme le redoutait ce sombre optimiste.. , nº 440, mars 2005.. Voyage au centre de Jules Verne , article de Philippe Curval présenté par Quarante-Deux.. 5 janvier 2013.. (première publication : troisième trimestre 2004 [premier trimestre 2005]).. org/archives/curval/divers/Voyage_au_centre_de_Jules_Verne..

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  • Title: Appellation d'origine incontrôlée | Quarante-Deux/Articles de Philippe Curval
    Descriptive info: fr/1br.. ›› Appellation d'origine incontrôlée.. inédit sur papier, 2012.. C'est à la demande de Richard Comballot que j'ai écrit ce texte en toute liberté sur les débuts de la Science-Fiction en France.. Il devait servir à introduire un recueil de mes nouvelles, de mes textes critiques et de mes décollages dont le projet était envisagé par plusieurs éditeurs qui, depuis, n'ont pas donné suite.. Comme il me semblait intéressant de raconter à ceux qui n'en ont jamais entendu parler, ou l'ignorent en grande partie, cette passionnante aventure qui me tient toujours chaud au cœur, j'en ai donné quelques aperçus à la dernière convention française qui s'est tenue à Semoy en août 2012.. Sous l'aile pixellisée de Quarante-Deux, en voici l'intégralité.. Voilà pourquoi je n'avais guère envie,.. a priori.. , d'écrire ce texte, préface, enfin je ne sais quoi sur ce qui s'est passé au début des années cinquante lorsque la Science-Fiction a été introduite en France sous ce nom.. Alors qu'elle y bénéficiait jusqu'alors d'un salutaire incognito, qui permit à des écrivains d'exprimer librement leurs penchants pour la conjecture, la fiction spéculative, sans être qualifiés d'“auteurs de genre”.. Par contre, je ne renie pas le choix que j'ai fait de m'engager dans cette voie, en produisant des.. articles.. , des.. critiques.. , des essais, des.. nouvelles.. , des romans pour redonner souffle à la littérature de l'époque, veuve du Surréalisme et enceinte du Nouveau Roman.. Depuis que j'avais décidé de me consacrer à l'écriture, au sortir de l'enfance, il me semblait indispensable de créer un mouvement littéraire qui s'intéresse au présent en terme d'avenir et à l'avenir en terme de présent.. De mon point de vue, l'essentiel pour un écrivain c'est de donner à voir à ses lecteurs les mutations de la société, l'évolution des mœurs, la complexité des sentiments qui caractérisent son époque.. Aussi, me semblait-il urgent de bousculer les règles de la littérature psychologique en y apportant un souffle nouveau, pour accompagner le développement rapide de la connaissance scientifique, l'irruption exponentielle de la technologie, l'intervention d'armes redoutables dont j'avais constaté les effets à Hiroshima.. Déjà, l'invention du laser me semblait riche de développements ultérieurs.. L'arrivée des antibiotiques promettait à moyen terme une augmentation de la population dont les conséquences seraient considérables.. La naissance d'une ville comme Sarcelles semblait augurer d'un nouveau mode de vie urbain.. L'arrivée de la télévision, puis de l'informatique promettait une diffusion de plus en plus étendue de l'information, de l'image et du son.. Le lancement de la première centrale nucléaire préludait à la guerre des énergies.. Celui de.. Spoutnik.. nous ouvrait les voies de l'espace.. La création de l'Europe allait provoquer des secousses considérables.. Par la suite, les progrès de la génétique, de la thérapeutique, le culte des icônes, les vertiges de l'argent facile, la faim dans le monde, les modifications du climat, l'intensité des flux migratoires, la désertification rurale, la surenchère des conflits idéologiques et religieux, la généralisation de l'internet, la mondialisation sont venus apporter d'autres raisons d'écrire sur nos sociétés en pleine métamorphose.. Depuis que la Science-Fiction s'est diffusée plus largement au fil du temps avec des périodes de succès et de désamour, qu'elle a infiltré la publicité, le cinéma, les médias, la littérature générale, les arts plastiques, paradoxalement, une partie de ses auteurs, ses lecteurs, ses fans l'ont organisée en système fermé, avec pour conséquence sa relégation au rang de genre marginal.. Son concept d'origine n'a plus vraiment cours ; même aux yeux de certains, il apparaît comme obsolète.. Le genre — si genre il y a — n'est plus que l'ombre du mouvement de libération, d'invention qu'il a été, malheureusement retranché dans le ghetto qui le guettait.. Il existe aujourd'hui aux États-Unis, au Canada, en Angleterre, en Australie d'excellents auteurs (d'Iain M.. Banks à Greg Egan et de Robert Charles Wilson à Stephen Baxter, tout récemment Peter Watts, Paolo Bacigalupi, la liste serait trop longue pour tous les citer ici) qui perpétuent un travail de recherche, d'innovation.. Mais la plupart des écrivains anglo-saxons d'aujourd'hui, spécialisés à outrance, ne produisent que pour un public fanatique, sourcilleux, connaisseur du folklore, des codes, des références, de la quincaillerie du.. space opera.. , oublieux de ce qui faisait la nouveauté, l'originalité de la Science-Fiction.. Une formidable machine littéraire qui permet de renouveler ses thèmes à perpétuité puisque ceux-ci évoluent avec la transformation rapide de nos sociétés, qui induit une métamorphose de l'être humain, de son comportement, de son environnement.. Quant aux jeunes écrivains français de talent qui se sont révélés ces dernières années, ils ne se soucient guère de perpétuer son approche spéculative.. Certains préfèrent écrire de la.. , féerie, trollerie, se réfugient dans le genre.. steampunk.. que j'appelle rétrocipation.. Il est confortable — et parfois plus rentable — de se livrer à une spéculation futuriste sur le passé en s'appuyant sur une documentation, que de se risquer dans un véritable engagement.. Même si ces romans sont agréables à lire, intelligents, qu'il existe d'excellentes réussites dans le genre, cela reste souvent un travail universitaire de compilation-transformation.. D'autres pratiquent un art d'agrément dont l'ambition repose sur le désir d'évasion du lecteur qui est consubstantiel à la Science-Fiction, de préférence quand il devient créateur d'idées nouvelles.. Quelques-uns — pour lesquels j'avoue mon penchant — privilégient la recherche, la littérature fusion.. Et, s'il existe encore de rares écrivains passionnés pour lesquels le mot Science-Fiction possède un sens, il me coûte d'affirmer qu'actuellement, en France, ce mouvement littéraire pour lequel j'ai tant milité me semble — par rapport aux objectifs d'origine qui firent son succès — atone, amorphe, apathique, avachi, endormi, faible, inconsistant, indolent, inerte, léthargique, lymphatique, nonchalant, passif, ramolli, sans ressort.. Et cela, sans doute, parce que l'appétit d'avenir a disparu du rêve européen.. Que nos concitoyens, plombés par notre décadence, dont les acquis sociaux que leurs parents avaient mis un siècle à conquérir sont rognés peu à peu, lobotomisés par l'État roi, floués par les.. banqsters.. de la planète mondialisée, n'envisagent plus leur futur qu'avec effroi.. Qu'ils se réveillent et je remballe mes synonymes calamiteux dans mon dictionnaire !.. Plus triste, la plupart des jeunes lecteurs (et des jeunes écrivains) ignorent même les fondateurs et leurs successeurs qui ont imaginé des lendemains qui paraissent vieillis pour les lecteurs d'aujourd'hui, alors même qu'ils comportent des thèmes si originaux qu'ils sont éternellement repris par des auteurs contemporains.. Leurs œuvres sont riches d'enseignement, d'émerveillement ; dans les meilleurs cas, leur intérêt littéraire ne faiblit pas, ou, avec le temps, révèle de formidables intuitions.. Le plus souvent, romans et nouvelles offrent des aperçus inédits sur des avenirs parallèles qui n'adviendront probablement jamais.. C'est pourquoi ils conservent le charme du mystère.. C'est en leur hommage que l'envie me saisit de retrouver la fraîcheur et l'innocence, l'intelligence et l'inventivité de ceux qui ont propagé la Science-Fiction en France.. Tenter de l'exprimer.. C'est de cela et de ses conséquences que je veux parler, d'une manière qui ne sera ni historique ni universitaire, tout à fait subjective, plutôt sentimentale que théorique, sans doute entachée d'erreurs de date, de lacunes, d'omissions.. Je ne revendique qu'un seul mérite, celui de la sincérité, même si d'aucuns la taxent à tort de naïveté suspecte.. En peu de mots, voici comment s'est effectuée officiellement, en France, l'introduction du genre,.. made in USA.. D'abord par la parution de quelques nouvelles dans des revues, des journaux qui ignoraient innocemment ce qu'ils publiaient, de.. France dimanche.. à.. Boléro.. , de romans isolés, comme.. les Humanoïdes.. de Jack Williamson, puis de deux collections en 1951, "Anticipation" au Fleuve noir, "le Rayon fantastique" chez Hachette/Gallimard, accompagnées par la publication de plusieurs articles, dont celui de Raymond Queneau dans.. Critique.. en mars 1951 et de Boris Vian et Stephen Spriel dans.. les Temps modernes.. en octobre de la même année.. Basés sur le slogan : “un nouveau genre littéraire, la Science-Fiction”.. En 1953, la diffusion dans le public de ce concept devait se concrétiser par l'apparition simultanée de deux revues,.. , au moment même où la librairie de la Balance, à Paris, se spécialisait, ouvrait la première exposition,.. Présence du futur.. , dont le retentissement fut très large dans le milieu intellectuel français.. Depuis des années déjà, je collectionnais, lisais, écrivais de la Science-Fiction sans le savoir.. Au commencement de mon adolescence, en même temps que je prenais possession de ma première machine à écrire Hermès Baby, suivie dix ans après par une merveilleuse Smith Corona électrique, je courais les quais, les bouquinistes, les libraires, les bibliothèques à la recherche de romans d'“appellation d'origine incontrôlée”.. Tout ce qui ressemblait à ceux de mes auteurs préférés, H.. Wells, Jacques Spitz, Maurice Renard, Rosny aîné, Edgar Rice Burroughs, René Barjavel pour ne citer que ceux qui me viennent à l'esprit et portaient parfois le label de “romans extraordinaires”.. Poursuivant ma recherche dans les collections populaires, traquant des titres évocateurs chez les éditeurs les plus obscurs, j'accumulais ainsi un trésor dont la plus grande partie sera décrite deux décennies plus tard dans l'.. Encyclopédie de l'utopie, des voyages extraordinaires et de la science fiction.. de.. , qui augmentera considérablement le nombre d'ouvrages recensés, suggérant l'idée d'une littérature conjecturale traversant les siècles depuis.. l'Épopée de Gilgamesh.. , 3 000 ans av.. J.. -C.. Ce qui est contestable, mais séduisant.. Comme je ne suis pas collectionneur et que le plaisir de vivre m'intéresse plus que la possession, je fus amené, un jour de dèche absolue, à vendre cet ensemble rare à.. Valérie Schmidt.. — dont la librairie voisinait celle du Minotaure, spécialisée dans le cinéma, que je fréquentais assidûment.. J'avais appris qu'elle y préparait une exposition sur la Science-Fiction ancienne et moderne.. Afin d'augmenter le fonds avant la transformation, puis l'exposition inaugurale de la Balance en librairie de Science-Fiction, la première en France, je lui portai pendant une semaine mes livres dans une large valise en carton.. Je contribuai aussi à l'exposition grâce à une singulière trouvaille.. Sillonnant Paris et sa banlieue en solex chez les libraires, les brocanteurs, les chiffonniers, les ferrailleurs, d'abord pour l'agrément, aussi pour ramasser, découvrir d'autres livres destinés à augmenter le fonds ancien de la librairie, je tombai par hasard, à Montreuil, sur un robot en fonte d'aluminium issu tout droit de.. Métropolis.. , d'origine russe il me semble bien.. Son achat fut négocié et le monstre de métal qui faisait plus de deux mètres de hauteur, baptisé Gustave, fut installé en vedette dans la librairie.. Totem signifiant, il attira tous les regards.. À la fin de l'exposition, ce robot fut revendu à un garagiste, puis.. redécouvert par un certain Jean Dussailly qui le perfectionna.. , remplaçant son système de rouages et de cames par des tubes et des relais électroniques.. De grands parrains pour cette exposition, puisque Boris Vian,.. Raymond Queneau, Michel Pilotin (alias Stephen Spriel), Jacques Bergier, Jacques Sternberg, Jean Boullet l'appuyaient, la conseillaient pour certains, aidaient à la réaliser pour d'autres.. Afin d'instaurer le climat, évoquer sa préparation, il me faut revenir au local de la librairie de la Balance.. Situé au 3, rue des Beaux-Arts, il comportait dans sa partie gauche une pièce accueillante organisée autour d'un pilier central, entièrement occupée par des rayonnages, une petite table caisse-bureau à l'entrée et, près de l'escalier qui menait au premier étage, un assortiment de fauteuils club en cuir rouge qui fera plus tard le délice des habitués.. Dans sa partie droite, un atelier de reliure où officiait un anar bougon, dont l'activité principale consistait à relier les livres qu'achetait Jean Aubier, le propriétaire des lieux.. Ce dernier, homme fort cultivé, ami de Picasso — pour l'unique pièce duquel il joua.. le Diable attrapé par la queue.. — et de Francis Ponge, qui possédait des laboratoires pharmaceutiques, les éditions Aubier Montaigne, fut le mécène inconditionnel et vigilant de la première librairie de Science-Fiction (personne ne prononçait le mot S.. F.. ).. Je me souviens qu'il fit relier en maroquin les collections de.. , de.. , année par année, "le Rayon fantastique" et "Présence du futur", sans compter d'autres ouvrages plus rares.. Grande, mince, brune, mère célibataire totalement atypique, globalement marxiste, provocante, pleine d'humour, souriante, généreuse, Valérie Schmidt l'avait convaincu d'y consacrer le lieu qui était jusque-là réservé à la poésie et aux poètes.. Comme bien des lecteurs, elle venait de recevoir la révélation, car l'intérêt pour la Science-Fiction s'opère souvent par cette voie, amorçant l'addiction.. Alors qu'elle était en convalescence à l'hôpital, Boris Vian lui avait apporté.. le Triangle à quatre côtés.. de William Temple.. Enthousiasmée par la découverte d'une littérature qui.. « parlait de nos préoccupations en terme d'utopie ».. , selon ses dires, elle avait immédiatement perçu sa valeur et son devenir.. Devenir commercial dans la réalité, puisqu'en coulisse les éditeurs de renom qui se lancèrent dans l'aventure cherchaient surtout à profiter d'un nouveau filon pour remplacer le roman policier dont les ventes s'étiolaient.. Ils disposaient en effet de milliers de romans et nouvelles écrits par des auteurs anglo-saxons, certains d'une extrême qualité, disponibles au prix de gros.. Ceci n'est pas une autre histoire, car cette situation de quasi-monopole anglo-saxon va freiner l'émergence des jeunes écrivains français qui auront bien du mal à imposer leurs premières œuvres, la plupart du temps pour d'uniques raisons économiques.. Non seulement les textes en provenance des USA — pays où la Science-Fiction faisait florès depuis que Hugo Gernsback l'avait baptisée ainsi en 1929 — ne coûtaient pas cher à l'époque, mais encore leur traduction se payait fort chichement.. Malgré ma curiosité insatiable pour le livre, j'ignorais tout alors de cette vertigineuse production, puisque je n'avais pas appris l'anglais.. Germanophone, je traduisais — au cours de mon tour d'Allemagne en solex parmi les ruines durant l'année 1949 —.. d'Ernst Jünger, chef-d'œuvre inconnu de la plupart des amateurs de Science-Fiction, qui n'était pas encore paru en France.. Mais revenons aux personnages principaux.. De Boris Vian, je me souviens d'un homme fier et inquiet, doutant de sa notoriété future, car il ramait pour s'imposer dans ces années-là.. Néanmoins élégant, désinvolte, très animé dès qu'il s'agissait de dialogues à l'emporte-pièce où son humour à froid faisait merveille.. Il croyait sans réserve aux perspectives extraordinaires qu'offrait la Science-Fiction pour mettre l'imagination en équations littéraires, précisant que l'écriture faisait partie des sciences, que le style était aussi porteur d'invention.. N'avait-il pas, deux ans plus tôt, créé avec quelques amis le club des Savanturiers, destiné à promouvoir et diffuser la Science-Fiction.. Il parlait volontiers du chef-d'œuvre de Van Vogt qu'il venait de traduire,.. , appréciant d'une manière paradoxale l'impossibilité d'en effectuer une analyse cohérente en raison du délire coercitif de l'auteur.. De Raymond Queneau, son ami, autre savanturier, je dirais qu'il soutenait la Science-Fiction avec une prudente réserve.. S'il en avait une opinion favorable du haut de son immense culture, se référant par exemple au.. Surmâle.. d'Alfred Jarry, à.. l'Ève future.. de Villiers de L'Isle-Adam, qu'il considérait comme des réussites du genre avant la lettre, il n'en pensait pas moins qu'il fallait réduire à sa juste valeur son émergence.. Jugeant en somme qu'il s'agissait d'un produit populaire dérivé de la pataphysique et du surréalisme.. À l'inverse, Michel Pilotin, alias Stephen Spriel, également savanturier, philosophe de formation, qui fit partie de la génération d'Antillais pétris de culture française, précédant Aimé Césaire, se révélait un brillant et fin causeur, à l'intelligence complexe et torturée.. Durant toutes les années où nous nous rencontrions à la librairie, au café (où il buvait exclusivement du Noilly Gin), j'ai découvert grâce à lui l'univers de la Science-Fiction anglo-saxonne qu'il connaissait fort bien — puisqu'il l'avait déjà explorée avant la guerre — et dont il était un excellent analyste.. Parmi les premiers, il avait saisi dès cette époque que son facteur spéculatif détenait en germe le pouvoir considérable de renouveler la littérature.. Il le prouva d'ailleurs en publiant de nombreux articles, imposant.. Demain les chiens.. de Clifford D.. Simak au Club français du livre et, sous sa direction, plus d'une quarantaine de volumes au "Rayon fantastique" qui comptent parmi les meilleurs.. Pour lui, fin connaisseur de la littérature internationale, ami de Roger Caillois qui révéla Borges, le style était le facteur déterminant d'une œuvre conjecturale, sans lequel la Science-Fiction n'avait aucun avenir.. Ma sympathie pour lui ne fit que s'accentuer lorsqu'il entreprit, avec Clarisse Francillon, en symbiose avec Malcom Lowry, de traduire.. Au-dessous du volcan.. , roman qui couronne la pyramide de mes émerveillements littéraires.. Son rôle, dans le petit groupe d'écrivains que nous allions former bientôt, fut des plus enrichissants.. Avec Jacques Bergier, ils avaient rivalisé pour prendre en main la collection "Présence du futur" qui se préparait chez Denoël et qui fut, hélas, confiée à Robert Kanters.. Par bonheur, ce sont eux qui ont guidé le choix des premiers titres.. Bergier, comme Pilotin, fut l'une des chevilles ouvrières de l'exposition par ses conseils éclairés.. Devenu légendaire aujourd'hui, c'était en réalité un homme simple, charmant, caustique, conteur inépuisable à l'accent d'extraterrestre qui connaissait l'art subtil du récit, des fables fortéennes dont on ne savait jamais s'il les inventait pour le bonheur d'inventer ou s'il parlait vrai.. Sa mémoire — je ne dirai pas encyclopédique, car cela me paraît restrictif — lui permettait de répondre à toutes questions à propos de la physique quantique, des armes secrètes, de la Science-Fiction, dont il était un lecteur boulimique et passionné depuis les années 1930.. Par sa vision lyrique et totalitaire de la Science-Fiction, admirateur inconditionnel de H.. Lovecraft, Abraham Merritt et Arthur Conan Doyle, il fut certainement l'un de ses meilleurs messagers, un excellent propagandiste.. Sa générosité était inépuisable.. Quand nous allions chez lui, une chambre d'hôtel près des Folies Bergère, il nous désignait un tas de livres empilés au centre de la pièce, qui formait comme une colline, et nous invitait à nous servir.. Ce que nous faisions sans problème.. Pour lui, un livre lu était mémorisé.. S'il en avait besoin par la suite pour y rechercher un détail, il le rachetait.. Combien de fois nous a-t-il offert à dîner, alors qu'il ne roulait pas sur l'or, et nous encore moins.. En général, c'était aux Deux Coqs d'or, un restaurant russe avec violons tziganes dans une petite rue perpendiculaire à la rue Saint-Jacques, où il commandait immanquablement un.. Wiener Schnitzel.. , son plat préféré.. Nous y passions, la plupart du temps avec Gérard Klein, puis André Ruellan,.. des soirées enchantées.. De son terrible séjour dans trois camps de concentration successifs, Dora, Buchenwald et Mauthausen, Bergier ne parlait guère.. Et, s'il le faisait, c'était pour évoquer sa résistance contre les nazis.. Il disait avec humour : « Les athlètes tombaient comme des mouches ; moi, qui n'ai jamais fait de sport, j'ai survécu.. » en désignant son torse et ses biceps : « Rien que de la bonne graisse.. Ce qui n'était pas l'avis de sa femme, Jacqueline, qui l'avait accueilli, décharné, à sa rentrée des camps.. Bergier concluait : « Je dois mon salut au pouvoir de l'imagination.. Sur ce plan, il en avait à revendre.. Sternberg venait de publier sa.. Géométrie dans l'impossible.. , chef-d'œuvre sternbergien, contes brefs au délire précis, caustique qui ne ressemblent à aucun autre.. Éric Losfeld, son éditeur, mit vingt ans à épuiser les cinq cents exemplaires.. Notre amitié connut des temps morts et des temps forts, car Jacques préférait la compagnie des femmes blondes insaisissables à celle des hommes.. Mais enfin, notre proximité de goûts fit que nous passions d'excellents moments ensemble à jouer au tilt en discutant pied à pied à propos des dernières parutions, de l'absurde, du dessin d'humour noir dont il était fin connaisseur, du cinéma, du jazz et du vélo solex, notre moyen de transport favori.. À ce propos, je me souviens d'une anecdote.. Chaque année, quand le printemps venait, je remplissais mon réservoir de “mélange” et roulais dans la région parisienne pour profiter du soleil et de l'éveil de la nature.. Ce jour-là, je m'étais installé à la terrasse d'un café sur les hauteurs de Seine dans les environs de Mantes-la-Jolie.. Soudain, je vis arriver Sternberg par la route.. Une chance sur des centaines de millions que cela se produise.. Il s'arrête, tout étonné me salue.. Nous discutons à propos de cette rencontre relevant du hasard objectif.. Puis, au bout d'un moment, il se lève, remonte sur son solex et me lance en désignant l'asphalte qui se perdait dans un bois sombre : « La sortie est au fond de l'espace.. « Quel bon titre ! » lui dis-je.. Son roman parut à la fin de l'année.. Son intérêt pour la Science-Fiction était surtout lié à ses rapports avec l'humour, le.. nonsense.. , par exemple à travers.. , Fredric Brown, Lewis Padgett dont il appréciait les nouvelles.. Pour lui,  ...   pour nous un continent inexploré.. Nous découvrions d'un coup l'histoire de la Science-Fiction américaine, les premiers écrits d'auteurs devenus célèbres, la plupart de leurs romans parus d'abord sous forme de nouvelles, en feuilleton, la richesse des couvertures, des illustrations.. Virgil Finlay, Emsh s'imposèrent en modèles.. Les grands anciens revivaient leur jeunesse, confrontaient leurs souvenirs avec la réalité, discutaient pied à pied avec Fairbanks dont la culture ne faisait jamais défaut.. Les jeunes loups pensaient qu'un merveilleux avenir s'ouvrait à eux si la Science-Fiction connaissait le même essor en France.. Comme quoi il s'avère difficile de travailler dans l'anticipation.. Afin de diminuer les dépenses de restaurant qu'il jugeait excessives, Fairbanks proposa de déjeuner le lundi chez lui.. En dehors d'une énorme bassine de soupe que sa mère préparait avec les restes de la semaine, impossible de me rappeler ce qu'il nous servait.. À la fin du repas, il se plaçait devant une caisse enregistreuse ancien modèle argentée damasquinée, demandait à chacun — nous étions bien une dizaine — ce qu'il avait bu et mangé, pianotait sur son clavier, tournait la manivelle ; le tiroir s'ouvrait, il encaissait.. Ces instants de félicité où les conversations dépassaient un seuil de décibel acceptable durèrent quelques mois.. Fairbanks disparut.. Pour une raison dramatique, toute la collection fut transportée chez Richard Chomet qui habitait dans une villa de La Varenne (j'ignore ce qu'elle est devenue).. En effet, un coup de théâtre venait de rompre l'équilibre fragile de la librairie.. Jean Aubier mourut subitement d'un accident vasculaire cérébral à quarante-neuf ans.. Ses héritiers n'avaient pas la veine philanthropique et vendirent la boutique.. Patiente et obstinée, Valérie eut le courage d'ouvrir en 1956-7 une autre officine, rue de Seine à quelques pas de la Balance, l'Atome.. Un local minuscule qui devait faire au plus deux mètres cinquante de large sur dix de profondeur, bourré de livres du sol au plafond.. Hasard ou déterminisme, ce lieu attira une nouvelle couche d'amateurs, d'écrivains, d'essayistes, de critiques.. Le premier d'entre eux fut Kurt Steiner, alias André Ruellan.. Notre rencontre s'effectua lors d'une signature de.. aux éditions Denoël.. André/Kurt alliait à ses qualités d'imagination une solide culture politique.. Anarchiste et dialecticien hors pair, il nous apporta, à moi en particulier, une vision qui devait m'amener à une conception plus engagée de la Science-Fiction.. À cela s'ajoutait un sens inné de l'humour noir qui lui valut d'écrire.. le Manuel du savoir mourir.. , d'intégrer en même temps le groupe Panique.. Ce nouveau lien fut l'occasion de réduire l'écart entre les auteurs du Fleuve noir et ceux de la Balance, qui ne se fréquentaient guère jusqu'alors.. Par la suite, Jean Libert (la moitié de Jean-Gaston Vandel), Jean-Louis Le May, B.. Bruss, Pierre Barbet rendirent visite à la librairie.. Ce qui nous permit de confronter nos visions respectives de la Science-Fiction et de mieux apprécier leur travail.. Rapprochement qui me rappelle un événement qui fit date dans les annales.. Barbet, par ailleurs docteur en pharmacie, fervent de la bionique, nous invita chez lui, Alain Dorémieux, André Ruellan, Gérard Klein, Jacques Bergier, avec une dizaine d'autres personnes, dont le pittoresque et mégalomane Jimmy Guieu, pour un cocktail dînatoire.. Ce fut très agréable, d'autant que sa fille, frêle et joli minois, qui interpréterait bientôt Édith Piaf dans un film, éveillait nos gonades.. Quand on nous annonça une projection extraordinaire.. Un spécialiste des soucoupes volantes, ancien pilote d'Air France, allait nous montrer et commenter des documents irréfutables qu'il avait recueillis.. Plus les images qui défilaient s'affirmaient comme des trucages photographiques évidents, cigares flous, vagues nébulosités, brillances énigmatiques, ou comme des montages — par exemple une ville des États-Unis où les gens déambulaient d'un air tranquille tandis que dans le ciel s'avançaient en escadrille des soucoupes d'Adamski sans que personne ne s'en inquiète —, plus notre sourde hilarité grandissait.. La séance dura plus d'une heure.. Comme nous étions polis et que notre conviction à propos de la non-existence des ovnis était inébranlable, nous ne jugeâmes pas nécessaire d'entamer une discussion sur le sujet.. À ce propos, Bergier, prononça une phrase mémorable : « Les soucoupes volantes n'existent pas.. Ce sont des projections fantasmatiques réalisées par les extraterrestres qui habitent parmi nous, pour faire croire qu'ils sont ailleurs.. À cette époque, le grand Kurt roulait en Buick décapotable, fruit du contrat mensuel qui le liait à la collection "Angoisse", pour laquelle il fournissait près de six romans par an.. Mais chaque mois, sa dette s'accumulait, car les huit mille exemplaires vendus ne remboursaient pas son avance.. Ce qui l'amena à publier dans la collection "Anticipation" dont les tirages avoisinaient vingt mille exemplaires.. Son.. Menace d'Outre-Terre.. renouait avec le genre qui inaugura sa carrière, dans.. Alerte aux monstres.. signé Kurt Wargar.. Cette transition ne se fit pas sans mal, nous expliqua-t-il.. À l'intérieur des éditions du Fleuve noir, il existait des clans d'écrivains qui ne se faisaient pas de cadeaux.. Ainsi, ceux du Roman d'espionnage (qui produisaient parfois de la SF), dont les tirages avoisinaient les soixante mille exemplaires, faisaient barrage pour accueillir les petits nouveaux.. Menés d'une main de fer par Armando Di Caro, ses neveux partaient chaque mois dans une fourgonnette 2 CV remplie jusqu'à ras bord des dernières parutions, et sillonnaient la France pour placer des 13/12 (treize volumes pour douze achetés ferme) auprès des libraires.. Ils ne revenaient qu'une fois leur stock épuisé, assurant la remarquable réussite commerciale de la maison.. Or, bien qu'il eût achevé ses études de médecine, Steiner ne pouvait concevoir d'autre métier que celui d'écrivain.. Il ouvrit un cabinet médical dans les Halles, formule qui lui sembla idéale pour l'exercer.. Il dut déchanter.. Mais il n'a jamais regretté cette expérience.. Nous non plus, car nous lui devons quelques-uns des meilleurs romans de la Science-Fiction française, d'.. Ortog.. au.. Disque rayé.. Notre cercle ne cessa de s'élargir et de se renforcer.. Bientôt, Jacques Goimard nous rejoignit.. Il préparait son agrégation d'Histoire et sa connaissance du cinéma qui valait bien la mienne fit que Dorémieux lui proposa d'intégrer l'équipe de.. Il habitait une chambre dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés.. Bien souvent, quand la librairie fermait, nous nous réunissions chez lui pour une lecture quasi obligatoire d'un poème de Victor Hugo, dont Goimard — qui lui vouait et lui vouera toujours une passion — venait d'acquérir les œuvres complètes.. Ceci en vue de préparer nos soirées gastronomiques et fort arrosées qui donnaient lieu à des discussions fiévreuses sur nos impressions du moment, sur tous les faits qui touchaient de près ou de loin la Science-Fiction, son présent et son avenir.. Sans compter les fatwas que nous lancions périodiquement envers les électrons libres qui attaquaient le genre dans la presse ou le dévoyaient en publiant des essais ou des anthologies qui nous semblaient peu conformes avec notre vision sectaire.. L'une des plus connues concerne Daniel Drode, qui venait de recevoir le prix Jules-Verne pour.. Surface de la planète.. Ce qui lui valut en retour une critique dans.. plutôt bien construite, discutable, mais résolument acerbe, signée par Intérim.. Qui l'a écrite ? Je me souviens vaguement que nous étions quelques-uns à bavarder sur le trottoir de la librairie, quand Alain Dorémieux nous rameuta pour protester de façon virulente.. Il ne fallait pas que la récompense injustifiée pour ce livre, qu'il jugeait prétentieux dans la forme et faible sur le fond, reste impunie.. Sur le moment, personne ne répondit à sa demande.. Je ne sais pourquoi, certains dont Pierre Versins m'ont attribué la rédaction de l'article.. Je récuse cette information.. Je ne pense pas que ce soit Dorémieux.. Mais il vouait tant de rogne envers ce roman qu'il a fini par trouver une plume compatissante pour l'exprimer.. Ce clash mémorable fut néanmoins l'occasion de revenir sur un dogme consensuel qui voulait que le travail sur la psychologie des personnages, le style ne soit pas la première préoccupation d'un auteur de Science-Fiction.. Une écriture de qualité, certes, mais sans une recherche formelle qui pourrait nuire à la compréhension du texte.. Car la création d'idées constituait à nos yeux l'intérêt primordial de cette littérature.. Surtout pour les nouvelles que nous considérions à l'époque comme son fer de lance.. À partir de cette réflexion, certains d'entre nous s'ouvrirent à une écriture sans “limite”.. Quelques années plus tard, en 1963, Valérie Schmidt émigra dans une grande boutique, rue Mazarine, qui de galerie-librairie se transforma bientôt en galerie.. J'y préparai avec elle la première exposition de Lamy, qui promettait de devenir un excellent peintre de Science-Fiction.. Ce qui n'advint pas.. Par contre, cette ouverture nous permit de rencontrer Roland Topor.. J'étais avec Valérie quand il arriva un jour, fraîchement issu de l'école des Beaux-Arts, avec un paquet de dessins qu'il nous sortit en vrac.. Certaines feuilles de papier de tous formats présentaient des ombres suspectes.. En éclatant de son rire énorme, il nous avoua qu'il dessinait parfois en mangeant du saucisson, ce qui expliquait ces taches de gras.. Au fur et à mesure de la découverte, notre enthousiasme ne fit que croître.. Je n'eus aucun mal à convaincre Valérie, dont j'étais le consultant en raison de ma bonne connaissance de l'art contemporain, de faire la première exposition de ses œuvres, inaugurée quelques mois plus tard.. Certains de ces dessins se retrouvent dans son premier recueil précédemment paru en 1960,.. les Masochistes.. Topor se joignit aussitôt à notre groupe.. Ce fut le début d'une amitié.. Comme son ambition le portait à préférer secrètement le statut d'écrivain à celui de peintre, il publia ses premières nouvelles dans.. Par la suite, il nous présenta, Ruellan et moi, à Cavanna, au cours du traditionnel Déjeuner du mercredi dans les locaux d'.. Déjeuner qui nous valut de trouver dans notre assiette une moitié de tête de mouton avec les yeux, les dents et de collaborer à la revue.. Sans compter le plaisir d'entamer une relation passionnante avec Gébé, qui reste à mon avis le principal inventeur de l'esprit.. Valérie sentait décroître son enthousiasme pour le genre qu'elle accusait de renier ses ambitions au profit d'une réussite commerciale.. Ce en quoi elle se trompait.. Mais elle conserva son amitié envers ceux qui l'avaient accompagnée.. Et pendant longtemps, la galerie demeura le parloir favori des écrivains, des éditeurs, des amateurs.. Elle céda son fonds littéraire à Isabel Miralles, une poétesse portugaise qui ouvrit pendant plusieurs années une librairie de Science-Fiction au carrefour de la Croix rouge.. À partir de cette époque, le Déjeuner du lundi se transporta sur la rive droite et devint une sorte de comité de rédaction informel de.. Ni Jacques Sadoul, ni Michel Demuth, qui venaient d'entrer aux éditions Opta, n'y participèrent jamais pour des raisons d'antipathies particulières sur lesquelles je n'ai pas l'intention de m'étendre.. Multipliant les expériences gastronomiques dans des restaurants que nous ne pourrions plus aborder aujourd'hui à cause d'une hausse des prix exorbitante, ces dialogues hebdomadaires permirent d'améliorer peu à peu le contenu rédactionnel grâce à la richesse des échanges.. Durant ces quelques années, la revue devint incontournable, tant par sa qualité littéraire que par ses choix éditoriaux.. D'autant que son tirage, qui attira en période de pointe 30 000 lecteurs, naviguait autour des 14 000 en eaux dormantes.. Cela, il faut le reconnaître, en raison d'une remarquable mise en place dans les kiosques organisée par Maurice Renault qui s'attachait à ce que les piles de la revue s'y présentent au premier rang.. Maître du jeu, Alain Dorémieux gardait la haute main sur le choix des nouvelles, découvrait, publiait de jeunes auteurs français, les premiers textes de.. Seul parmi nous, il conservait au cours des repas une lucidité absolue, car, jusqu'à ces années-là, il ne buvait que de l'eau de Vichy à cause, prétendait-il, d'une “maladie de foie” (imaginaire) qui cernait de bleu ses yeux, accentuait l'aspect ironique et fiévreux de son regard.. C'est à peine s'il commençait, à cause de notre prosélytisme assidu, à goûter au plaisir du vin.. La suite m'incite à penser que ce ne fut pas une heureuse initiative.. Nos interventions l'intéressaient pour la partie critique et théorique qui naissait de nos affrontements à fleuret moucheté à propos des dernières parutions.. En effet, à mesure que la Science-Fiction s'imposait en France, bien que toujours mise à l'index par l'.. establishment.. , chacun d'entre nous développait sa propre vision du genre.. Gérard Klein prônait une SF pure et dure où science et fiction devaient s'imbriquer à parts égales.. Jacques Goimard, qui se passionnait pour ses aspects historiques et sociologiques, privilégiait sa part lyrique, sa fonction d'épopée moderne.. André Ruellan, le moins doctrinaire d'entre nous, appréciait d'abord la qualité du récit, sa construction, son potentiel d'innovation, son contenu politique.. Quant à moi, j'étais prêt à accepter toutes ces options, à la condition que l'écriture, le style, le traitement des idées assurent à la Science-Fiction un pouvoir révolutionnaire.. Plus réservé à propos de sa suprématie sur toute autre forme de littérature, aimant, écrivant, publiant également du Fantastique et de la.. (non.. heroic.. ), Alain participait à nos débats avec un certain recul, quand il ne prenait pas parti pour l'un d'entre nous et l'incitait à s'exprimer librement dans.. Bien sûr, ces définitions à l'emporte-pièce d'un “fond de pensée personnel” étaient plus nuancées, nos prises de position moins directes.. Nos discussions durant ces repas englobaient aussi bien la politique, les faits divers, la littérature générale, le cinéma, la musique, jazz, rock, la hi-fi, ainsi que la cuisine… ou le dériveur.. Ceci pour rappeler que Jacques Sternberg,.. qui y participait fort souvent, préférait s'intéresser à ce qui le concernait au plus près : Sternberg.. Le Déjeuner du lundi se transforma bientôt en Dîner du lundi sur la rive gauche, où venaient Topor, Jean-Claude Forest, nos compagnes.. Prolongé par un Dîner du samedi parallèle qui se déroulait au Raffy, un restaurant disparu de la rue du Dragon, où nous nous rendions également André Ruellan et moi, Gérard Klein, Jacques Goimard pour y rencontrer d'autres amis, et parler de n'importe quoi, entretenir un certain délire.. Délires, ivresses que nous prolongions parfois durant les week-ends en Normandie, dans l'antique manoir délabré sans chauffage et sans eau courante d'Annie, la femme d'André.. Ceci se passait au début des années soixante.. De nouveaux venus comme Alexandre Arnoux, Marianne Andrau, avec.. les faits d'Eiffel.. , ou Jean Hougron, avec.. le Signe du chien.. chez Denoël, donnaient à penser que la SF commençait à séduire les écrivains de littérature générale.. Gilles d'Argyre (la part argentée de Gérard Klein) et Kurt Steiner publiaient deux de leurs meilleurs romans au Fleuve noir.. Après l'excellent.. Neuf de pique.. de John Amila, coup sur coup paraissaient au "Rayon fantastique".. le Gambit des étoiles.. de Gérard Klein,.. Aux étoiles du destin.. d'Albert Higon,.. Terre en fuite.. de Francis Carsac, et mon premier roman publié.. les Fleurs de Vénus.. Tous avec des couvertures de Jean-Claude Forest.. Il semblait qu'un glorieux avenir s'annonçât pour la Science-Fiction française.. C'est à Georges H.. Gallet, qui dirigeait la part Hachette du "Rayon fantastique", que nous le devions principalement.. Homme bienveillant et d'un contact agréable, abonné depuis l'avant-guerre aux revues de SF américaine, connaisseur éclairé, il recherchait activement des écrivains français, les accueillait, les conseillait, les publiait.. C'était un passionné de.. qui appréciait d'abord le fameux “sens du merveilleux” dont il est fort question aujourd'hui.. Comme d'autres jeunes auteurs, je me souviens des petits mots qu'il m'envoyait pour m'encourager, des visites que je lui rendis dans les locaux de Hachette, composés par un ensemble d'immeubles boulevard Saint-Germain, reliés par un véritable labyrinthe d'escaliers et de couloirs.. Rédacteur en chef libertin de.. V Magazine.. , continuateur du prix Jules-Verne, il avait la haute main sur un jury constitué d'anciens généraux, d'administrateurs de la maison, d'académiciens.. Quand il m'annonça en 1958 que je devais être le prochain lauréat pour.. , je bondis de joie.. Il me confia le texte pour procéder à quelques retouches indispensables.. À cette époque, j'étais visiteur médical et parcourais l'ouest de la France dans une DS blanche.. Je plaçai le manuscrit dans mon coffre.. La nuit suivante, on me vola ma voiture qui servit probablement à une effraction de vitrine.. La police me la rendit sans manuscrit.. Or, je ne possédais aucun double, seulement les deux premiers tiers écrits à la main plus d'une décennie avant.. Le découragement me saisit.. Il me fallut quatre ans pour le réécrire.. Ce qui valut la peine puisqu'il fut réédité quatre fois et vendu bien plus que je n'aurais osé l'espérer.. Quand j'obtins enfin le prix de 1 000 NF, un pactole en 1962, Gallet organisa, comme il l'avait fait pour Michel Jeury avant moi, une grande réception médiatique au restaurant de la Tour Eiffel, journalistes, starlettes, Actualités françaises, autour d'un somptueux buffet.. Je jubilais.. Passage à la télévision, des dizaines d'articles dans la presse.. Dans.. Combat.. on pouvait lire après les félicitations d'usage :.. « Ajoutons que Philippe Curval s'apprête sans doute à écrire trois romans par an, de quoi frémir… ».. Il se trompait, car à partir de cette année, les publications se raréfièrent, la Science-Fiction allait sombrer dans l'oubli pour une petite décennie.. J'orientai mon écriture vers des romans spéculatifs, comme.. la Forteresse de coton.. ou.. Attention les yeux.. Je devins journaliste.. Deux ans plus tard, mon ami Paul Chaland, ancien de.. Match.. , rédacteur en chef de.. Marie-Claire.. , intime de Robert Laffont, me présenta à ce dernier pour créer une nouvelle collection de Science-Fiction.. Je réservai ma réponse.. Pour le choix français, j'étais sûr de pouvoir proposer des textes de qualité.. Pour la partie anglo-saxonne, je fis appel à Pierre Versins, qui réserva aussi sa réponse.. Car il existait un léger contentieux entre nous.. En effet, quelques années auparavant, Jean-Jacques Pauvert nous avait confié, sur la proposition de Denys Chevalier (par ailleurs président du salon de la jeune sculpture), la réalisation de la première grande anthologie du roman populaire des origines jusqu'à la Première Guerre mondiale.. Anthologie qui englobait aussi bien le feuilleton sentimental que le policier, le cape et d'épée, le livre pour enfants, pour la jeunesse, les mémoires, la Science-Fiction, etc.. Versins remit rapidement sa contribution ; j'avais achevé la moitié de la mienne.. Chevalier abandonna.. Les six volumes prévus ne parurent donc pas.. Échaudé et probablement trop occupé par la rédaction de sa propre encyclopédie, Versins renonça au projet Laffont.. Je dus en décliner la direction.. Projet qui renaquit entre bonnes mains cinq ans après.. Au moment où il le fallait.. Mais, au cours de la période sombre qui s'annonçait pour la Science-Fiction, notre activité clandestine ne faiblit pas.. Notre champ de réflexion s'élargit.. Notre expérience de l'écriture et de la vie s'approfondit.. Nous préparions la période glorieuse des années soixante-dix.. Car une quantité de nouveaux venus se joignirent régulièrement aux Déjeuners du lundi durant les.. seventies.. , tels Marianne Leconte, alors rédactrice en chef d'.. Horizons du fantastique.. , Joëlle Wintrebert qui la remplaça, Juliette Raabe, Élisabeth Gille, Yves et Ada Remy, Jacques Sadoul, Yves Frémion, le délicieux Roland Stragliati qui fourbissait.. la Grande anthologie du Fantastique.. pour Jacques Goimard, Georges-Olivier Chateaureynaud, ainsi que David Brin, Scott et Suzy Baker qui vivaient alors à Paris ; liste non exhaustive qui s'accrut durant les années quatre-vingt, en particulier avec Jacques Barbéri, Emmanuel Jouanne, Francis Berthelot, qui créèrent Limite, Roland C.. Wagner, et nos archivistes borgésiens, Ellen Herzfeld, Dominique Martel, Joseph Altairac.. Après de multiples essais (dus à la difficulté de trouver un restaurant capable d'accepter d'un à quarante convives selon les jours), nos repas s'étaient fixés chez Alexandre, rue des Canettes, un italien célèbre pour ses exquis carrés de veau, macaronis au gratin, sa.. zuppa inglese.. , où défilèrent, durant les décennies suivantes, tout ce qui compte d'écrivains, d'illustrateurs, de traducteurs, d'éditeurs, d'auteurs de fanzine du monde entier, autour de fiasques de chianti.. Je me souviens des retours du festival de Metz qu'organisait Philippe R.. Hupp au tournant des années 1970-80, où Robert Sheckley, Theodore Sturgeon, A.. van Vogt, John Brunner, Philip José Farmer, and.. so on.. , devisaient en notre compagnie.. L'année dernière encore, Robert Silverberg partageait notre table.. Si la librairie de la Balance s'est évanouie dans les spirales du passé, il existe toujours des lieux où la Science-Fiction se ressource en attendant des jours meilleurs.. publié sur l'internet par Quarante-Deux, 2 janvier 2013.. (inédit sur papier).. la Science-Fiction : années 50.. " par.. Dans les bras de Gustave lors de l'exposition en décembre 1953 (photo :.. Arts.. En plein complot (la photo et les bulles sont de Jean-Claude Forest).. Dans un nuage de fumée avec André Ruellan (photo : Philippe Curval).. Appellation d'origine incontrôlée , article de Philippe Curval présenté par Quarante-Deux.. (première publication : 2 janvier 2013).. (création : 2 janvier 2013).. org/archives/curval/divers/Appellation_d'origine_incontrolee..

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  • Title: Fictions anticipatrices à visée politique | Quarante-Deux/Écrits sur la SF de Roger Bozzetto
    Descriptive info: bozzetto.. Roger Bozzetto : écrits sur la.. fr/1bq.. Écrits sur la SF.. ›› Fictions anticipatrices à visée politique.. Écrits sur la SF de.. Fictions anticipatrices à visée politique.. Fictions d'anticipation politique.. de la revue.. Eidôlon.. , 2006.. Il se présente alors différent de l'image ancienne, qui en niait l'existence avec.. l'Ecclésiaste.. , pour qui.. « il n'y a rien de nouveau sous le Soleil ».. , ou bien y voyait un simple reflet dégradé du passé, constitué des âges d'or, d'argent et de fer — où l'on se situait alors.. Le premier ouvrage qui prend en compte cette nouvelle orientation est sans doute.. de Louis Sébastien Mercier (1771 1786).. Il pratique, l'un des premiers, l'anticipation politique.. Mais l'âge d'or des anticipations politiques se situe au.. On sait pourquoi : les utopies jusqu'alors s'inscrivaient dans une a-temporalité, puisque cela revenait à simplement mieux répartir les richesses agricoles.. À l'avènement de la révolution industrielle, le futur devient malléable, comme l'acier, et prêt à être imaginé.. D'où les tentatives d'Étienne Cabet, de Robert Owen, de Charles Fourier et de leurs disciples, ainsi que l'idéologie de l'ingénieur dans la lignée du saint-simonisme.. Le futur devient un objet à façonner par le biais du développement des techniques appuyées sur l'idée d'un progrès des sciences.. Ce qui va engendrer deux lectures de ce futur.. Pour les uns, la version sera optimiste et la technologie vaincra tous les obstacles, avec au plan politique une sorte de technocratie : c'est l'optique des saint-simoniens et des penseurs socialistes.. D'autres y verront l'abolition des libertés et le mythe de la fourmilière qui apparaît dans.. le Monde tel qu'il sera.. d'Émile Souvestre (1846).. Ceci alors qu'en 1848 l'ordre nouveau de la bourgeoisie sonne la fin des rêves utopiques en se servant de l'armée pour écraser ce qui est qualifié d'émeutes.. Le mot d'utopie devient synonyme de rêveries infantilisantes.. Même dans la pensée de la gauche, on s'en démarque, comme le fait Friedrich Engels.. Les Lettres de Malaisie.. de Paul Adam (1898) sont plus ambiguës.. Ce questionnement (et les fictions qui en découlent) se poursuit au.. siècle, aussi bien en littérature qu'au cinéma, développant selon le cas, mais rarement, l'aspect utopique, et plus fréquemment le côté dystopique.. Celui-ci fleurit avec Aldous Huxley (.. le Meilleur des mondes.. , 1932), René Barjavel (.. Ravage.. , 1943), George Orwell (.. 1984.. , 1949), etc.. La Science-Fiction propose plutôt des récits plus ambigus, comme.. les Dépossédés.. d'Ursula K.. Le Guin (1974).. La différence d'avec les récits utopiques ou dystopiques du.. siècle tient au fait que le.. siècle a subi, en accéléré, les changements induits des différentes révolutions industrielles.. Les Occidentaux ont aussi subi les modifications résultant des réalisations aussi bien techniques que politiques qui ont affecté les comportements sociaux des pays industrialisés d'abord, visant enfin à court terme l'ensemble des Humains.. On est passé ainsi d'une sorte de fiction anticipatrice de type sociologique à des fictions spéculatives de type anthropologique.. Chaque fois en corrélation évidente avec les contextes sociaux, scientifiques et/ou politiques.. Je verrai en premier lieu l'originalité des anticipations politiques dans les années trente, puis je m'intéresserai aux textes plus récents d'Ursula K.. Le Guin et de J.. Ballard.. les Intellectuels des années trente : une révolte viscérale devant la nouveauté et ses conséquences.. À la différence des naïfs voyageurs rencontrant des utopies dans des îles — situées on ne sait où pour le texte de Thomas More, ou inconnues de Malaisie ou des Philippines —, les voyageurs du.. siècle portent leur regard sur le monde contemporain.. Comme le signale Georges Duhamel dans ses.. Scènes de la vie future.. (1930) :.. « qui se déplace dans l'espace voyage aussi dans l'Histoire ».. Il nous fait donc assister (par le compte rendu d'un voyage aux États-Unis) — à des scènes de notre futur d'Européens, anticipé par les modes de vie déjà en usage aux USA :.. « Cette Amérique représente donc pour nous l'avenir […] tous les stigmates de cette civilisation dévorante, nous pourrons avant vingt ans les découvrir sur les membres de l'Europe.. Il fait d'ailleurs dire à l'un de ses interlocuteurs :.. « Vous critiquez notre système, mais vous serez obligé d'y venir un jour ou l'autre.. Ce système qu'expérimentent les USA s'oppose à ce qui est pour Duhamel une sorte d'idéal pour la bourgeoisie, une “belle époque” que la guerre de 14-18 a anéantie :.. « L'idée d'une civilisation universelle, totale, à la fois éthique et scientifique, supposant un progrès en même temps spirituel et temporel était donc à l'apogée de sa fortune quand elle fut assaillie par la guerre.. À quoi il oppose une vision du futur qui voit.. « l'effacement de l'individu, l'anéantissement de l'individu ».. Avant d'écrire.. , Huxley, cinq années avant Duhamel, a lui aussi présenté un inventaire de la société de son temps dont il tire.. le Tour du monde d'un sceptique.. Jesting Pilate.. , 1926) qui nourrira son œuvre romanesque, et où déjà il se pose en représentant des intellectuels européens, tout comme Duhamel.. On retrouve dans la préface nouvelle de 1946 de l'auteur au.. Meilleur des mondes.. — outre l'anticipation de l'ectogenèse, l'assujettissement des individus par les drogues du bonheur (le soma) et la liberté sexuelle obligatoire (qui était déjà présente dans.. les Lettres de Malaisie.. ) — une réflexion sur les formes du pouvoir.. Ni le système soviétique, malgré la présence de Lénine, ni le système étasunien de l'ère post-Ford ne sont supportables pour un intellectuel, ce qui explique le suicide du “sauvage” qui les représente, même si c'est de façon caricaturale.. Nous sommes introduits dans un univers de.. soft totalitarism.. , de “goulag mou”, où la révolte est, pour la plupart des personnages, incompréhensible tant ils vivent dans un état de bonheur qui est loin d'être.. « insoutenable ».. , car le système a réussi.. « à faire aimer aux gens leur servitude ».. Ce qui se trouve en apparence au centre de ces fictions d'anticipation des années 30, c'est la notion d'individu, mais si l'on regarde de plus près il s'agit de la figure apeurée de l'intellectuel bourgeois européen confronté à une certaine forme de démocratisation dont il voit avec horreur les résultats aux USA.. Pour Duhamel par exemple, les manifestations culturelles, comme les comportements humains des étasuniens, sont grotesques.. Il est horrifié par, en vrac, le jazz, le cinéma, les automobiles conduites par une femme, la prohibition, l'architecture des gratte-ciel.. Tout ce qui se distingue d'un modèle idéalisé de l'Europe et de sa propre culture lui semble contre-nature.. Il y voit un abâtardissement de la culture “humaniste” qui est la sienne.. Dans une certaine mesure — plus subtile car il s'agit d'un roman —, il en va de même d'Huxley.. Et on notera que c'est moins le système politique anticipé qui pose problème et nourrit l'anticipation que la mise en place d'une lecture des comportements sociaux selon une perspective d'anthropologie spéculative.. Au prétexte de parler au nom de l'Humanité, il est question du désarroi d'une caste  ...   inconvénients.. Pourquoi ne pas échanger des points de vue sur des problèmes pratiques, des expériences, des idées ? C'était là en 1974 le point de vue d'une écrivaine “libérale” au sens étasunien du terme.. L'Histoire a suivi une voie différente, bien que la fiction d'Urras se voie maintenant confirmée après le retour forcené du capitalisme sauvage dans l'ex-URSS, et la débâcle de l'idéologie utopique de l'ère industrielle.. Loin des spéculations sur les systèmes,.. met en scène, avec un léger décalage, le monde du quotidien urbain occidental des classes moyennes et de leur frustration, qui peut déstabiliser une société sans pour autant la faire changer.. Il montre les comportements érotiques induits par la civilisation de l'automobile dans.. Crash.. (1973) ; le recul intérieur devant la nécessité de vivre à toute allure dans.. l'Île de béton.. (1974), l'ennui dans.. la Face cachée du soleil.. Cocaine Nights.. , 1996), les révoltes joyeuses dans.. I.. (1975).. Mais c'est dans.. Millennium people.. (2003) qu'il semble poser un regard d'entomologiste sur les révoltes anticipatrices de promesses de changement.. Ballard, et particulièrement dans ce roman, ne construit pas une fiction qui se donnerait pour effet d'imaginer un futur ou même l'image d'un futur à bâtir ou à détruire.. C'est plutôt un constat désenchanté de l'inutilité des utopies et des fictions anticipatrices.. Ici, la SF, loin de proposer des futurs, ressasse un rêve mort.. Elle ne rêve plus, ne fait plus rêver : tout ce dont elle rêvait s'est malicieusement incarné dans la réalité sociale et le rêve d'alors est devenu un cauchemar banal.. Dans ses premiers romans Ballard a montré la destruction de la société par des éléments naturels ; puis il a mis en scène la dimension techno érotique des produits de consommation, ainsi que des objets neufs.. Ce furent les accidents d'automobile, la photo ainsi que les.. happenings.. Il a de même montré la violence au service des gourous dans.. Super-Cannes.. (2000), et la révolte illogique des classes moyennes qui commence par.. , puis se confirme dans.. Il s'agissait parfois de la recherche d'un pouvoir, ou d'une expression de désirs, de retour sur soi pour les représentants des classes moyennes.. Jusqu'ici une voiture, un immeuble, un isolat suffisaient à Ballard pour donner à voir comme sous un microscope les passions humaines en action.. , le champ s'élargit à un quartier, la Marina de Chelsea dont les bourgeois qui l'habitent se révoltent sans véritable projet, sauf à croire les tirades d'une sorte de gourou, un pédiatre illuminé.. Le tout à propos d'un prétexte superficiel : une manifestation contre l'instauration de.. parkings.. payants.. Aspect futile mais qui permet une sorte de.. happening.. de protestation de type “révolte dans le ghetto” avec la destruction de leurs propres biens par les habitants de la.. middle class.. qui y habitent :.. « Tout une caste de cadres et de membres des professions libérales rejetait ce qu'elle avait acquis à force de dur travail.. C'est une révolte des classes moyennes convaincues de ne plus jouir de leurs anciens privilèges réels ou imaginaires :.. « Pour la première fois dans l'Histoire de l'Humanité, un ennui féroce régnait sur le monde scandé par des actes de violence dénués de sens.. Dans un univers social que le sens semble avoir déserté, la violence, comme acte primordial, passionnel semble seule recréer du désir : la bombe du terroriste donne lieu à un renouveau sexuel, au moins pour le narrateur, David Markham.. Mais cette révolte ne dure pas, ne devient pas une révolution.. On assiste à un retour à l'ordre antérieur, on négocie avec les assurances, on retrouve une vie de couple.. Mais :.. « Un mystère demeure.. Pourquoi les résidents, après avoir tant accompli, retournèrent-ils à la Marina de Chelsea ? Personne ne peut expliquer cet étrange comportement, eux-mêmes moins que personne.. Mais elle est peut-être, selon le narrateur :.. « l'épure des protestations sociales de l'avenir, des soulèvements armés arbitraires et des révolutions condamnées, de la violence injustifiée et des manifestations sans raison… ».. Les anticipations, les fictions politiques anticipatrices ont commencé par faire rêver avec les utopies, mais rien de ce qu'elles pouvaient proposer n'était réalisable.. Lorsqu'une possibilité de changement liée à la révolution industrielle a été envisageable, la question de la faisabilité s'est posée, et une réflexion a eu lieu à propos des conséquences d'une telle réalisation.. Cela a entraîné des réponses opposées.. Les unes montrant les bienfaits d'une reprise en main de leur destin par un changement des relations humaines aboutissant à une meilleure convivialité.. Les autres imaginant, comme résultat de ce changement supposé, un asservissement encore plus grand que celui qui prévalait dans la réalité.. Ce combat d'imageries sociales projetées dans le futur a scandé les oppositions de classes, et de systèmes sociaux jusqu'à la chute du Mur de Berlin.. Le dernier vestige d'une utopie rêvée s'est alors effondré, et le futur s'est retrouvé inscrit dans la logique d'une perspective unique, initiée au.. xvii.. siècle avec.. la Fable des abeilles.. de Bernard de Mandeville (1740).. Dans cette situation historique, les textes de Ballard sont les mieux à même de nous faire prendre conscience d'une fin de l'Histoire (au moins dans l'idéologie prêtée aux classes moyennes occidentales mises en scène) et donc de la vanité de toute anticipation politique.. Et même de la notion de politique dans une société d'abondance aux mains du pouvoir économique sanctifié.. On ne peut y vivre qu'une carrière, et la liberté ne trouve, pour s'exercer, que de brèves poussées — de brèves révoltes, comme des convulsions — entre deux acceptations d'une réalité qui n'offre, à part le confort, rien à imaginer que le pire.. Partie du rêve idéalisant, l'imagination sociale se heurte au butoir solide du retour à l'ordre, dans les paysages technologiques intégrés.. Dans la même position que Thomas More devant la situation de l'Angleterre du.. xvi.. siècle, mais sans la possibilité de rêver pour une autre Utopie.. Car il n'y a plus d'ailleurs.. Ou alors… une révolte généralisée.. Qui sur ses cendres construirait un modèle original, qui échappe pour l'heure à notre entendement.. , nº 73, novembre 2006.. René Barjavel.. Georges Duhamel.. Aldous Huxley.. Ursula K.. Le Guin.. George Orwell.. Cité dans le dossier.. Georges Orwell et la Novlangue.. la Quinzaine littéraire.. , nº 411, 16 février 1984.. On y trouve la formule.. « les vices privés sont le moteur des vertus publiques ».. Cette assertion est de même type que celle d'Adam Smith dans.. la Richesse des nations.. (1776) à savoir qu'il existe une “main invisible” qui règle l'efficacité et la moralité dans une économie de marché.. Ce qui avait peut-être un sens dans le monde préindustriel mais devient un simple appareil idéologique dans la société actuelle sous le fléau de l'ultralibéralisme.. On le sait depuis au moins le début du.. siècle avec les travaux de John Maynard Keynes, en vain.. Fictions anticipatrices à visée politique , article de Roger Bozzetto présenté par Quarante-Deux.. 30 décembre 2012.. (première publication : novembre 2006).. (création : 30 décembre 2012).. org/archives/bozzetto/Fictions_anticipatrices_a_visee_politique..

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  • Title: Philippe Curval à propos de Philip K. Dick | Quarante-Deux/Entretiens avec Philippe Curval
    Descriptive info: Aller au contenu.. |.. Aller à la navigation générale.. Aller au menu.. Aller à la recherche.. Philippe Curval : chroniques, entretiens et articles.. fr/tW.. → entretien avec Philippe Curval à propos de Philip K.. Dick addict.. entretien avec Philippe Curval sur l'œuvre de Philip K.. Dick, Paris, 2006.. par.. Fabrice Lardreau.. Partir le plus loin possible en mettant le lecteur dans sa poche, mais garder le contrôle.. Retour sur la mise en œuvre d'un principe par un spécialiste de Dick.. Fabrice Lardreau :.. Comment avez-vous découvert l'œuvre de Philip K.. Dick ?.. Philippe Curval :.. Dans les numéros de la revue de SF française.. , qui a publié plusieurs de ses nouvelles à la fin des années cinquante.. Ces textes tranchaient radicalement avec tout ce que j'avais lu jusqu'alors et rejoignaient ma vision de la Science-Fiction, qui n'était pas prioritairement scientifique.. Dick incarnait la véritable voie “littéraire” de la SF, débarrassée des contingences de ce qu'avait été la vieille école anglo-saxonne apparue dans les années trente : la “prévision vraisemblable”… À part quelques auteurs comme Theodore Sturgeon ou Robert A.. Heinlein, il faut bien dire que la Science-Fiction était encore enracinée dans l'anticipation scientifique et le roman d'évasion.. Nous cherchions, Alain Dorémieux, Gérard Klein et moi une voie différente.. Personnellement, je voulais imposer la SF comme une littérature à part entière — et non comme une littérature marginale.. La voie choisie par Dick m'a conforté dans ma détermination.. Dick a rapidement bénéficié en France d'un important soutien….. Sans modestie aucune, je crois que les écrivains français, les lecteurs qui nous ont suivis, ont fait beaucoup pour sa réputation internationale.. J'ai tout de suite vu qu'il s'agissait d'un écrivain majeur, s'inscrivant dans la lignée de ce qu'aurait pu être le roman surréaliste.. Breton a toujours affirmé qu'il s'agissait d'une interdiction majeure : le surréalisme, c'était l'écriture automatique d'abord.. Dick a réalisé une écriture automatique “conscientisée” ; reprenant cette forme spontanée de création pour la rendre compatible avec la structure narrative du roman.. C'est ce qui m'a passionné.. Même si Dick n'a pas appliqué de méthodes, comme Raymond Roussel, il procédait par un jaillissement contrôlé qui transcendait son imagination, son vécu, et dans lequel les idées s'enchaînent les unes par rapport aux autres selon une organisation spéculative et logique.. Par un miracle extraordinaire, il arrivait grâce à ce système à faire la boucle et retrouver le point de départ de son itinéraire mental.. Il cite Flaubert, Stendhal et Balzac, « les écrivains réalistes français », parmi ses influences les plus importantes….. Dick était un immense lecteur, aussi bien de roman contemporain et “classique”, que de livres de documentation, d'histoire ou mystiques.. Il avait une grande capacité de lecture qui l'a fortement enrichi.. Les références à Flaubert ou Maupassant sont très fréquentes chez beaucoup d'auteurs américains de la seconde moitié du.. siècle (elles constituaient alors un modèle obligé, comme ce fut le cas par exemple pour Hemingway).. Dans les années cinquante, Dick a d'ailleurs commencé par écrire six romans “hors SF” — parmi lesquels figurent.. la Bulle cassée.. Humpty Dumpty à Oakland.. — qui ont tous été refusés.. Ces textes n'ont été publiés qu'à titre posthume, dans les années quatre-vingt.. Ils avaient aussi été refusés par les éditeurs de “littérature générale” car, s'ils n'obéissaient pas aux codes de la SF, ils étaient néanmoins hors-norme.. Dick est en tout point inclassable….. Quelle est la singularité de son œuvre ?.. Le fait que la personnalité de l'auteur apparaisse dans sa littérature ; chaque livre de Dick est relié à son “vécu”.. Nul n'est autobiographique, ne constitue pas non plus une “auto Science-Fiction”, mais chacun est sous-tendu par une démarche systématique, inhérente à son propos d'écrivain, qui vise à intégrer son expérience personnelle dans ses romans.. Ce qui constitue à l'époque une voie tout à fait originale dans la SF.. Ce trait rend les romans de Dick extrêmement sensibles à n'importe quel lecteur, et permet une sorte d'identification à ses personnages, qui sont extrêmement “humains” — bien qu'ils soient aussi inhumains.. Ce travail sur le fil de l'inhumain et de l'humain est fascinant chez lui.. La remise en cause de la notion de “réel”, l'idée que le monde dont nous faisons l'expérience n'est peut-être qu'un leurre, une illusion, est-elle le trait fondamental de son œuvre ?.. Pendant très longtemps, j'ai pensé que la remise en cause totale de la notion de “réalité” était en effet primordiale chez lui.. Et finalement, en réfléchissant, en écrivant sur son œuvre, j'ai pensé que le point central se situait ailleurs.. Il y a dans ses romans quelque chose d'assez extraordinaire — qui apparaît d'ailleurs dans.. Substance mort.. : c'est la notion de deux hémisphères cérébraux travaillant séparément.. Elle se traduit dans les textes de Dick par le biais de cette sensation dérangeante, inaccessible, relative au moment où l'on s'endort : personne ne peut cerner le moment où il/elle va s'endormir.. On croit qu'on va (ou pas) s'endormir, mais le phénomène ne se produit jamais à l'instant prévu : tout d'un coup, on se trouve plongé dans le sommeil pur — sans transition.. Dick donne l'impression, lorsqu'il écrit, d'être dans la réalité… et brusquement de verser dans le sommeil paradoxal qui induit le rêve ; il génère une espèce de courant alternatif permettant de passer de l'hémisphère du rêve à celui du réel.. Plutôt qu'une remise en cause du réel, il développe un courant entre deux pôles : le monde vacille et l'on peut douter de la réalité des choses que l'on voit.. Quelquefois, le rêve est aussi “réel” que le rêve, et.. vice versa.. Comment caractériser l'écriture de Dick ?.. C'est principalement à travers le dialogue qu'il instaure des réalités divergentes.. Tous ses personnages ont une vérité sensible extrêmement forte et, lorsqu'ils parlent, ce qu'ils affirment devient la “réalité”.. Lorsque l'intrigue se noue entre divers personnages — qui tiennent chacun des rôles assez forts dans l'histoire —, il obtient à travers leurs échanges verbaux, souvent d'une platitude insidieuse, un glissement vers la destruction et les périls qui sont assez spectaculaires dans le récit.. Parallèlement à ce travail, qui permet d'établir des glissements par rapport au monde “réel”, il “dépose” des faits ou des objets qui sont autant de mines explosives.. Or, il n'existe pas un auteur moins descriptif que Dick ! Je me demande si c'était par souci de ne pas être démodé qu'il ne dépeignait jamais dans le détail les inventions insolites présentes dans ses romans.. Leurs formes ne sont pas précisées, il ne donne aucune justification scientifique à propos de tel ou tel objet technologique.. (À l'inverse, les objets disparaissent… Dans un de ses livres, le personnage arrive devant un distributeur de boissons, met une pièce et appuie : au lieu d'un verre apparaît le mot "verre".. ) Les dialogues prennent des proportions ahurissantes chez Dick, ils deviennent proprement hallucinatoires, y compris dans ses romans de “littérature générale”.. On y découvre une exacerbation du banal, qui devient totalement absurde ou non réelle, surtout à propos de discussions de détail sur un objet quotidien….. , par exemple, comporte des pages et des pages de dialogues à propos d'une bicyclette et du nombre de ses vitesses… Chez lui, le dialogue sans limites devient le moteur de l'action.. Dick a résumé cette problématique lors d'une interview :.. « Le problème central de la philosophie est la relation entre le mot et l'objet.. Qu'est-ce qu'un mot ? Un signe arbitraire.. Mais nous vivons avec des mots.. D'ailleurs, une chose, ça n'existe pas, c'est une.. gestalt.. au sein de l'esprit.. La chosité, le sens de la substance, une illusion.. Le mot est plus réel que l'objet qu'il désigne, le mot ne représente pas la réalité, le mot est réalité, du moins pour nous.. La nouvelle tient une place très importante dans l'œuvre de Dick….. On dit souvent que la nouvelle est le genre emblématique de la SF.. C'est lié au fait que les écrivains, depuis l'émergence du genre, publiaient essentiellement en revues.. Par ailleurs, la Science-Fiction étant une littérature d'idées — peut-être la dernière littérature d'idées —, elle s'exprime mieux  ...   la guerre et que les États-Unis étaient devenus un territoire occupé par les Allemands et les Japonais ? Tel est le postulat de départ du.. Maître du Haut Château.. , très éloigné de la SF traditionnelle, qui ne relève en rien d'une problématique scientifique.. Dick fait date car il a écrit l'uchronie la plus spéculative qui ait jamais été faite : les éléments de distorsion de l'Histoire sont très subtils, imprègnent le livre et en font quelque chose de presque “réel”.. Contrairement à beaucoup d'uchronies assez brutales en terme de décalage, il ne s'engage pas dans un récit linéaire, ne démarre pas du point où l'Histoire diverge, se déroule différemment, mais à partir d'une situation acquise depuis longtemps : les Nazis envoient des fusées dans la Lune, doivent envisager la succession d'Hitler.. On se situe longtemps après la victoire des forces de l'Axe… À l'intérieur de l'histoire existe un écrivain, Abendsen, vivant dans la zone libre du sud des USA, auteur d'un livre,.. la Sauterelle pèse lourd.. , affirmant que les États-Unis auraient gagné la guerre… La cause est entendue.. Le roman est un jeu de miroirs vertigineux : Dick a franchi une étape capitale avec ce roman construit comme une réalité vécue — on a l'impression qu'il est entré dans un “rêve réalisé”.. Ce livre peut constituer une porte d'entrée dans l'œuvre de Dick….. Oui, notamment pour la personne qui ne lit pas de SF et n'est pas habituée à la démarche intellectuelle requise.. On peut pénétrer dans ce roman sans heurt.. Pourquoi ne lit-on pas de SF, souvent ? Car le lecteur peu habitué à exercer son imagination est totalement débordé, suffoque, pose le livre à terre et s'arrête.. , une fois les données du problème assimilées (la présence des Japonais occupant la partie ouest des USA), est assez facile à lire.. Toutefois, il donne la clef à l'un des aspects de l'œuvre de Dick, qui en compte beaucoup d'autres….. Le thème de la drogue, apparu pour la première fois dans.. le Dieu venu du Centaure.. (1965), puis dans.. (1977), est important….. Dick a vécu et écrit durant une période (les années soixante) où la drogue avait une grande importance dans les milieux intellectuels ; elle s'est répandue au moment où l'œuvre de Dick se bâtissait.. Dick en a certainement pris, mais on n'a jamais véritablement déterminé quoi — certes, il abusait des amphétamines pour écrire, mais il était surtout entouré par des quantités de gens qui en prenaient… Il dit à la fin de.. , quand il était en cure de désintoxication, qu'il fait ce livre en mémoire de tous ces amis morts d'.. overdose.. ou sérieusement atteints.. Il a vécu à travers son entourage cette dérive de la drogue qui s'est emparée de la société à l'époque ; il était fasciné (à la suite de quelques expériences) et en même temps redoutait ces substances dont il percevait le danger mortel.. Une de ses hantises — ça ne lui est pas spécifique — était la mort.. On voit cette crainte s'épanouir totalement dans.. Ubik.. (1969) : il y a dans ce roman un échange total entre les morts et les vivants ; les morts reconstruisent la vie et ainsi de suite….. Dick, dans l'article "le Monde que je décris", affirme écrire pour « contrecarrer le processus entropique », « la force noire », c'est-à-dire la mort….. On trouve toujours dans son œuvre une tendance paranoïaque, accentuée par les amphétamines, et qu'il a ressentie profondément devant la fatalité de la mort.. Je crois, pour en revenir au surréalisme, que Dick était un “écrivain paranoïaque critique” ; il se savait paranoïaque et se ressourçait avec une certaine lucidité à ce trait de caractère, parfois justifié par l'environnement, et la société contraignante dans laquelle il avait du mal à survivre.. Il pouvait juger de son état propre — comme il l'a fait plus tard vers la fin de sa vie, où il est devenu quasiment mystique, ce qui est une des formes ultimes de la révolte contre la mort —, tout en conservant une position de “mystique critique” : car on aurait tort de négliger son sens de l'ironie et son humour.. Il y a toujours un côté ambivalent chez lui : Dick plonge profondément à l'intérieur de ses fantasmes et de ses spéculations, tout en recourant à un humour décapant qui lui permet de se voir écrire et d'en rire à travers son écriture.. Il s'engageait à fond dans ses fantasmes, tout en conservant la faculté de se contrôler en permanence.. Car il ne faut pas négliger dans son itinéraire la nécessité de donner des œuvres destinées à des collections populaires, à des lecteurs qui puissent comprendre, malgré l'extraordinaire force d'imagination qu'il déployait dans son œuvre.. C'est souvent sous couvert de la littérature de genre, qui est une protection, que des messages forts peuvent passer.. La dernière partie de sa vie et de son œuvre ressemble à une quête métaphysique….. Le virage s'est opéré à partir de.. Radio libre Albemuth.. , considéré comme le premier volume de la série.. Trilogie divine.. (qui est en réalité une tétralogie), constituée de.. Siva.. l'Invasion divine.. la Transmigration de Timothy Archer.. (1981-82).. Ces textes totalement échevelés aboutissent souvent à des impasses logiques.. Jusqu'alors, Dick opérait parfois des fractures dans ses livres, des moments où l'on s'arrête pour se retrouver quelques pages plus loin dans un monde décalé où tout ne sera pas justifié par rapport à la structure générale du récit.. Avec cette tétralogie, on pénètre dans une espèce de délire religio-cosmique qui anime le récit.. Dick ne se préoccupe plus de la fiction spéculative, telle qu'il l'a pratiquée toute sa vie, il se libère complètement.. Sa lecture des gnostiques l'a fait basculer vers le religieux, plutôt que le philosophique.. On peut toutefois trouver une cohérence générale dans toute son œuvre : le soupçon sur la réalité reste le même ; Dick cherche la Vérité derrière le voile des apparences, il essaie toujours de remettre en question le monde tel qu'il est… Au fur et à mesure que l'on avance dans ses livres, ses personnages se rapprochent de plus en plus de Dieu.. Nombre de ses héros dirigent le monde, le créent ; l'auteur lui-même est pris dans des réseaux où il se retrouve en position d'être le dieu qui a créé l'univers dans lequel il se déplace — il y a une tentative d'approche de Dieu, et, en même temps, une certitude que Dieu c'est l'Homme.. Il continue sa réflexion sur les limites de l'Humain et du Non-Humain, qui peut intéresser et concerner n'importe quel lecteur.. D'une certaine manière, Dick prouve avec ces derniers textes qu'il a changé de grille narrative — du politique vers le religieux — mais pas de vision.. Ce virage spirituel s'accompagne paradoxalement dans son œuvre d'une forte dimension autobiographique….. On retrouve dans ces derniers romans la présence forcenée de Dick : il est là, présent, on le devine à travers ses personnages — ce sont presque des romans autobiographiques plongés dans un monde de SF.. Finalement, l'autofiction est plutôt là, et pas là où on le croit.. Il faut noter qu'à la même époque — ce qui est assez troublant — plusieurs auteurs issus de la SF se sont eux aussi mis en scène sous leur propre nom : je pense à Ballard, dans.. Crash!.. … C'est la tentation de tout écrivain de Science-Fiction : après avoir exploité assez longtemps le domaine des idées, de parvenir à se reconnaître à travers les concepts les plus fous que l'on pense avoir imaginés, et d'y retrouver quelque chose de soi.. On pensait avoir travaillé dans la pure idée, moteur même de la SF, et l'Homme revient avec sa personnalité, ses préoccupations les plus intimes, les plus personnelles….. Fabrice Lardreau Philippe Curval,.. Lire aussi la chronique d'.. Approche psychopathologique de l'œuvre de Philip K.. Dick, le zappeur de mondes.. Invasions divines.. Je suis vivant et vous êtes morts.. le Kalédickoscope.. divers.. © Quarante-Deux 1994–2054.. Dernière modification :.. 18 janvier 2013.. (création : 2 septembre 2011).. org/archives/curval/entretiens/Philip_K.. _Dick..

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  • Title: ´KWS´ 69, sommaire | Quarante-Deux
    Descriptive info: : comptes rendus de lecture.. fr/k69.. → Sommaire du nº 69.. Index par auteurs :.. A – B.. C – E.. F – K.. L – Q.. R – S.. T – Z.. Sommaire de.. 69, juin 2011.. Éditorial.. Fenêtres sur le vide.. (Pascal J.. Thomas).. Jordi Cussà :.. A reveure, Espanya.. Thierry Di Rollo :.. Crépuscules.. Préparer l'enfer.. (Philippe Paygnard).. Claude Ecken Roland Lehoucq :.. Mission Caladan.. les Tisseurs de rêves.. – 1) (Pascal J.. Catherine Fisher :.. Incarceron.. (Noé Gaillard).. Daniel F.. Galouye :.. le Monde aveugle.. (Éric Vial).. P.. J.. Hérault :.. le Grand bluff.. Millecrabe.. – 3) (Philippe Paygnard).. Stephen King :.. Dôme.. Jean Molla :.. Felicidad.. Jean-Claude Mourlevat :.. Terrienne.. Robert  ...   Catherine Schneider :.. Paranormale antiquité.. Évelyne Brisou-Pellen :.. Hugues Capet et les chevaliers noirs.. les Messagers du temps.. – 7) (Éric Vial).. Kevin Crossley-Holland :.. la Bataille de Thor.. Bankgreen.. Hal Duncan :.. Vélum.. le Livre de toutes les heures.. Le Guin :.. Lavinia.. Policier.. Horreur.. Max Brooks :.. World war Z.. Guide de survie en territoire zombie.. Justin Cronin :.. le Passage.. Guillermo del Toro Chuck Hogan :.. la Chute.. Littérature.. Daniel Picouly :.. la Nuit de Lampedusa.. Jeunesse.. Rédactionnel.. Alexandre Adler :.. le Nouveau rapport de la CIA.. Pierre Sineux :.. Kentron 24.. : revue pluridisciplinaire du monde antique.. dans KWS.. liste des chroniqueurs.. sommaire du nº 69.. (création : 23 août 2011).. org/kws/69/sommaire..

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  • Title: Récits de l'espace/Jeury/la Soucoupe du jugement | Quarante-Deux
    Descriptive info: section Michel Jeury.. Sauter la navigation.. accueil.. exliibris.. pgeff.. archives.. kws.. prix.. galerie.. carnets.. photos.. Vous êtes ici :.. →.. Récits de l'espace.. la Soucoupe….. Curval.. Egan.. Jeury.. Pierru.. Michel Jeury : la Conspiration des Trois-Noms.. Intégrale des nouvelles.. la Soucoupe du jugement.. D.. ans la première maison que je visitai, à la recherche d'improbables survivants, je découvris une pendulette à quartz, avec un calendrier automatique incorporé qui indiquait le 17 mai : quatre jours après la foudroyante attaque des extraterrestres… Je n'avais pas eu conscience du temps qui passait, depuis l'éclair du 13 mai.. C'était arrivé vers onze heures du matin, sous un ciel bleu annonciateur de l'été.. Naturellement, cela ne prouvait rien.. L'année dernière, juin avait été froid et humide, avec de la neige en altitude et des gelées matinales dans la plaine, après quinze jours magnifiques à la fin de mai… Je me demandais avec angoisse si la même chose allait se produire cette année.. Mes amis paysans étaient pessimistes.. Quant à la science officielle, on pourrait croire que les ballons-sondes ne lui servent qu'à nier l'existence des ovnis… Je ne regardais même plus la météo sur Antenne 2 !.. Une nuit d'observation était prévue pour le 16.. J'espérais au moins que le beau fixe tiendrait jusqu'à cette date et que le ciel serait clair, bien que cela n'ait pas vraiment d'importance : quand les extraterrestres souhaitent se manifester, ils le font dans des conditions telles qu'on ne peut manquer de les voir ou de les entendre.. De toute façon, je n'attendais aucune manifestation importante cette nuit-là.. Les circonstances ne seraient pas favorables, avec plus de cinquante pour cent d'amateurs, parmi lesquels se glisseraient bien quelques adversaires ou tout au moins quelques malheureux intoxiqués de la propagande anti-soucoupes.. D'un autre côté, je n'avais pas eu de contact depuis plusieurs semaines, et mes amis d'Ummo profiteraient de la situation pour m'adresser un message….. Eh bien, le message était arrivé, avec quelques heures de retard : dans la matinée du 17 ! J'étais prévenu.. Je n'avais pas le droit d'être surpris.. Ce qui ne m'a pas empêché, quand j'ai vu l'éclair violet, d'avoir la gorge serrée et le cœur fou.. Je portais autour du cou le collier de métal que les Ummons m'avaient donné pour me protéger.. J'ai été ébloui et une onde de chaleur a parcouru tout mon corps, mais je n'ai ressenti aucune douleur.. Je ne distinguais plus qu'une grosse tache mauve palpitante au milieu d'un ciel de velours noir… J'aurais dû prendre des lunettes sombres en prévision de l'attaque : les Ummons me l'avaient aussi conseillé.. Je me demandais si j'allais rester aveugle… Je me souvins aussitôt d'un autre conseil que m'avaient donné les humanoïdes venus de Wolf 424 : boire beaucoup d'eau salée… si toutefois je survivais à l'éclair violet… C'était un samedi matin.. Samedi….. On avait trouvé le calendrier hier,.. non : avant-hier.. On était le 19 mai.. Demain,.. pensai-je,.. il y aura une semaine que l'attaque a eu lieu et je suis sans doute le seul survivant !.. J'étais en congé et je me promenais à cinq cents mètres environ de chez moi.. Les bois étaient trop secs pour qu'il y ait des champignons.. J'avais pourtant exploré la petite charmille, à l'est du village, où les girolles abondaient à la saison… Je n'avais rien trouvé.. Je revenais.. Je marchais dans un chemin entre le bois et un pré, me dirigeant vers la route.. Je réfléchissais certainement.. À quoi ?.. Je ne le saurais jamais et c'est sans importance… Mais j'ai eu beaucoup de chance.. Trop de chance même.. Était-ce le hasard… Je tremble encore d'horreur à l'idée que j'aurais pu être n'importe où, loin de chez moi, au moment de l'éclair.. Combien de temps m'aurait-il fallu pour me procurer de l'eau et du sel ? Je me suis mis à courir comme un fou vers la maison, qui était à moins de cinq cents mètres.. Malgré l'éblouissement de l'éclair, je pouvais me diriger tant bien que mal et éviter les plus gros obstacles.. Cependant, je me suis cogné plusieurs fois contre une barrière ou un arbre, je suis tombé dans un fossé, je me suis étalé sur la route… Je n'entendais aucun bruit.. Je n'ai pas croisé une seule voiture… Les autres, les humains, tous les humains, déjà morts — tous ?.. Mais je n'avais pas le temps de penser aux autres.. J'étais plus seul que je ne l'avais jamais été.. Mes amis d'Ummo avaient fait leur possible pour me sauver, mais ils n'avaient pas hésité à détruire l'humanité qui était une menace pour eux et ils m'avaient laissé seul.. À condition que je survive, et ce n'était pas encore gagné !.. Quand je suis arrivé chez moi, ma vision était presque rétablie ; mais dans mon affolement, j'étais incapable de mettre la main sur le sel.. Une voix désespérée criait dans ma tête :.. Vite ! C'est peut-être une question de minutes, ou de secondes… s'il n'est pas trop tard !.. Le sel, le sel !.. J'aurais dû prévoir, bien sûr… Je commençais à étouffer.. Je ne savais pas si c'était un effet de l'attaque ou un effet de la terreur que je ressentais.. Avec quoi les Ummons avaient-ils foudroyé la Terre ? Qu'était-ce au juste que ce rayon violet ?.. Je trouvai enfin une boîte de sel fin que je vidai dans une carafe d'eau.. Je bus… et Dieu que c'était mauvais.. Je fis un effort pour ne pas recracher.. C'était trop salé… mais était-ce assez salé ? Combien de cette mixture fallait-il boire ? Je me rappelai finalement que j'avais un paquet de sel dans le placard aux conserves.. Je fis plusieurs litres de mélange que je m'obligeai à avaler par petites gorgées.. Les larmes coulaient de mes yeux brûlants.. Je me sentais dévoré par des radiations inconnues.. J'avais perdu trop de temps.. Le sel ne pouvait plus me guérir.. Je touchai le collier des Ummons, que je portais à même la peau, comme Éphraël me l'avait indiqué.. Éphraël était le chef des humanoïdes, mais je suppose qu'il ne s'appelait pas réellement ainsi.. Il avait choisi pour se présenter à moi un pseudonyme à consonance biblique.. Peu importait.. Le collier était chaud et légèrement bosselé par endroits, comme si on l'avait frappé à coups de marteau….. Il avait servi.. Peut-être serais-je sauvé tout de même ? Je me remis à boire de l'eau salée.. Je vomis plusieurs fois.. Et plusieurs fois, je remplis la carafe d'eau puis vidai une grosse poignée de sel dedans.. Tout ce sel aurait dû produire une forte rétention d'eau ; peut-être était-ce le but recherché.. Pourtant, j'urinais beaucoup… Le temps passait.. Plus tard, je fus pris de coliques douloureuses ; mais j'avais cessé de vomir.. Puis, je n'eus plus de sel.. Je mis à fondre du gros sel de cuisine… Je regardai l'heure pour la première fois, je crois bien, depuis l'éclair.. Presque cinq heures de l'après-midi.. J'avais survécu !.. Le soir tombait….. Non, impossible.. Le temps était couvert à cause de l'attaque extraterrestre.. Un ciel de fin du monde.. Et c'était la fin du monde… Je songeai à courir au village pour acheter du sel.. Mais je ne tenais guère sur mes jambes.. Et puis, acheter….. Il n'y avait certainement personne pour me vendre du sel ou n'importe quoi d'autre.. Personne, jamais, plus pour vendre ou acheter.. J'étais seul.. Je pouvais aller au village, entrer dans le bistro-épicerie de la mère Lagrange et me servir tout seul….. Tout seul.. Et puis, il y aurait le corps de la patronne.. Dans quel état.. ?.. D'autres corps, peut-être, sur la route, sur la place du village ou à la terrasse du café.. Presque tous ces cadavres seraient ceux d'une bande d'imbéciles, en partie responsables de leur mort, par leur refus de regarder la vérité en face et d'admettre l'existence des extraterrestres.. Ils l'avaient cherché ! Et quelques-uns m'avaient mené la vie dure.. Je n'étais pas très sûr que la vue de certains corps m'aurait affreusement chagriné… Mais il y avait les enfants.. Les enfants croyaient aux ovnis !.. Et la mère Lagrange !.. Une brave femme, sensible et intelligente… Malgré son âge, elle comprenait que notre civilisation, orgueilleuse et stupide, n'était pas la première qui ait existé sur la Terre, ni même la plus puissante, ni peut-être la plus orgueilleuse.. Et elle savait d'instinct — son instinct de vieille paysanne — que le ciel n'était pas vide.. Son esprit simple et droit n'avait jamais été déformé par les imbécillités de la science officielle.. Et pourtant, elle serait morte comme les autres… Onze heures du matin : elle serait peut-être tombée en servant le pastis quotidien des frères Gamarra.. Les Gamarra, ces sauvages ricaneurs….. Une soucoupe se serait posée au milieu de leur troupeau, ils auraient refusé de la voir.. Et un débarquement d'extraterrestres dans leurs prés, entre onze heures et midi, ne les aurait pas empêchés de siroter tranquillement leur éternel pastis.. Fini, tout ça.. Les Gamarra étaient morts et j'avais une chance de trouver leur cadavre au bistro du village !.. Je n'arrivais pas à me décider.. Je me sentais de plus en plus faible.. J'avais encore une demi-carafe d'eau salée devant moi.. Je buvais machinalement, la main gauche calée sur l'estomac.. La nuit était venue, avec au moins deux heures d'avance.. Je voulus allumer l'électricité.. J'éclatai de rire.. Plus d'électricité, le jour de la fin du monde ! Et pourtant….. Il me semblait avoir entendu ronronner le réfrigérateur un moment plus tôt.. Je décidai de ne pas bouger.. Une sorte de sursis.. Le silence était total, mais cela ne prouvait rien.. Je posai les coudes sur la table et m'endormis là, le visage entre les bras, bercé par la nausée.. Le jour me réveilla.. Du moins, c'est l'impression que j'eus.. J'étais mal dans ma peau, trempé, souillé.. J'avais dû me pisser dessus pendant mon sommeil ! Et… Je jouai quelques minutes à croire que j'avais eu un cauchemar, que la vie continuait.. La vie, le monde….. Mais, beaucoup d'heures s'étaient écoulées.. La nuit entière.. , pensai-je.. Je ne savais pas encore que j'avais dormi près de quatre jours.. Je n'étais pas mort ! La thérapeutique des Ummons avait marché !.. Naturellement.. Pourquoi avais-je douté ? Ils connaissaient les effets de leur rayon et aussi l'antidote….. Toujours le silence.. J'essayai de gagner quelques secondes.. À quoi bon ?.. Je me levai.. J'avais mal à la tête et à l'estomac.. Je me tins debout avec peine, voûté par les courbatures… Il restait un peu d'eau salée au fond de la carafe.. Je la vidai dans l'évier.. Maintenant….. J'avais besoin de prendre une douche le plus vite possible.. Je me traînai à la salle de bains.. Heureusement, j'avais un chauffe-eau à gaz.. Ma montre était arrêtée.. Le réveil à piles indiquait 9 h 55.. Je croyais être encore au 14 mai… J'esquissai un geste vers le transistor posé sur le buffet.. J'étais à peu près sûr qu'il n'y avait pas de survivants.. Les représentants du gouvernement et de la science officielle n'auraient jamais l'occasion de débiter sur l'antenne leurs âneries et leurs mensonges ! S'ils avaient pu, ils auraient certainement nié l'éclair violet… Mais, de toute façon, personne ne pouvait plus écouter leurs salades.. Je pris une douche.. Après, je regardai le ciel par la fenêtre et je me rendis compte que j'avais très faim.. Le temps était beau, à peine un peu couvert.. Je faillis vomir de nouveau en buvant un verre d'eau, pourtant, elle n'était pas salée.. Il n'y avait presque plus de pression au robinet.. Le chauffe-eau fonctionnait mal et j'avais eu beaucoup de peine à me doucher.. Mais c'était sans importance.. Vraiment.. Le réfrigérateur puait, ce qui était plus sérieux.. Cela m'étonna cependant un peu : je croyais qu'il s'était écoulé moins de vingt-quatre heures depuis l'attaque.. Je déjeunai finalement de deux œufs sur le plat.. Je n'étais pas pressé.. J'avais tout mon temps, désormais… Plus besoin d'aller au centre de postcure où je travaillais.. Tous les pensionnaires du centre avaient subi une cure définitive.. Je songeai sans plaisir à leur disparition : beaucoup d'entre eux croyaient aux ovnis et n'avaient pas mérité ça… Soudain, j'éclatai de rire.. On était dimanche — en réalité, c'était mercredi, mais je ne l'appris qu'un peu plus tard… —, et j'avais bien le droit de me reposer ! Il n'y aurait pas de messe au village, ni ailleurs.. Tout ce que je pouvais faire, c'était de me reposer.. Et attendre….. Pas d'enquête à mener, ni d'observation à organiser.. Des notes à classer ?.. À quoi bon, maintenant ?.. Si !.. Il y avait un problème urgent à régler : celui de ma propre survie.. Les Ummons avaient voulu que je sois sauvé.. Je n'avais pas le droit de refuser ce cadeau.. Et il me fallait agir vite, avant que tout ne soit trop détérioré… Par exemple, je savais qu'il existait dans la région des maisons construites par des bricoleurs écologistes, et qui disposaient d'une autonomie complète en énergie.. Je devais  ...   chose n'allait pas.. Mais quoi ?.. Je me répétais :.. Tu dois regarder la vérité en face….. Et la vérité, c'était que j'étais seul, et sans doute pour toujours.. Je me sentais prêt à supporter la solitude.. Mais une autre crainte m'habitait.. Si les extraterrestres avaient décidé de faire de moi le dernier survivant d'une Humanité coupable, c'était sûrement pour me juger.. Cela me semblait la seule explication possible.. Une explication terrifiante.. J'allais comparaître un jour ou l'autre devant un tribunal ummon, ou peut-être un tribunal galactique où siégeraient les représentants de nombreuses races hautement civilisées….. Pourquoi ce procès ?.. Et pourquoi devais-je, moi, simple ufologiste, porter le poids des fautes humaines ? Je n'avais pourtant aucune responsabilité dans les crimes des dirigeants de la planète et des savants officiels… Certes, mais les responsables étaient morts.. Je ne parlerais pas en leur nom.. Je….. Eh bien, je ne savais pas vraiment ce que je ferais.. Je levai les yeux vers le ciel très bleu.. Je n'avais plus qu'à attendre.. Qu'ils viennent donc me chercher, me juger, qu'on en finisse !.. J'espérais et je redoutais à la fois.. leur.. venue.. Je renonçai finalement à entrer dans la pharmacie.. Les Ummons veillaient sur moi d'une façon ou d'une autre ; ils s'arrangeraient bien pour que je comparaisse en bonne santé devant mes juges.. Par exemple, ils ne me laisseraient pas me suicider… Je réfléchis à la possibilité d'un accident, une maladie, un empoisonnement ou n'importe quoi de ce genre, pour les obliger à intervenir.. Mais rien ne pressait.. Je repris la route.. Plusieurs fois, je crus apercevoir des cadavres en putréfaction dans les rues d'un village, dans une voiture accidentée, un camion aux portières ouvertes, au milieu de petits pois en fleurs, dans un coquet jardin potager au bord de la route, sur le perron d'une villa cossue… Je m'arrêtai plusieurs fois, le cœur battant, et je bondis sans même couper le moteur de ma 4L pour m'assurer que je n'avais pas rêvé.. Naturellement, j'avais rêvé… Un cauchemar qui me poursuivait tout éveillé.. Ces hallucinations signifiait-elle que j'étais en train de craquer ? Il faudrait que je me décide à prendre des médicaments.. Il y avait sans doute une pharmacie pas très loin de chez Marie-Hélène et Francis.. Des tranquillisants me feraient sans doute du bien.. Pendant une dizaine de kilomètres, je ne vis plus de cadavres.. Soudain, un chien traversa la route.. Un chien vivant, quoique très mal en point : le poil roussi, le dos couvert de plaies… Il se traînait plus qu'il ne marchait.. Mais existait-il ailleurs que dans ma tête ? Il disparut derrière une haie.. Je n'eus pas le courage de vérifier s'il était réel, ce qui ne me semblait pas tout à fait impossible.. Plus loin, ce fut une odeur pestilentielle qui m'assaillit brusquement.. J'avais ouvert la glace de ma voiture.. Je dus la refermer presque aussitôt.. L'odeur persista cependant.. C'était donc aussi un fantasme.. J'accélérai à fond, ce qui m'obligea à fixer mon attention sur la conduite.. J'obtins assez vite le résultat voulu : je cessai de penser à l'odeur et, du même coup, je ne la sentis plus.. Un peu plus tard, je traversai un bourg en ruine.. Des pans de murs noircis se dressaient de chaque côté de la chaussée encombrée de gravats, de véhicules calcinés et de débris divers….. Je savais que c'était une hallucination.. Une de plus….. Mais je ne pus m'empêcher de ralentir.. Je roulai au pas, en zigzaguant au milieu de la rue principale pour éviter des obstacles imaginaires.. À la sortie de la ville, je m'arrêtai près d'un pont et je descendis sur la berge pour boire un peu d'eau sale.. J'en profitai pour avaler deux comprimés de tranquillisant.. J'arrivai en fin d'après-midi.. J'avais mis presque une demi-journée pour faire soixante-dix kilomètres ! Pourtant, j'avais roulé très vite pendant au moins vingt minutes, en me moquant de la limitation de vitesse, en riant même à la pensée qu'il n'y aurait plus jamais de limitations de vitesse sur cette planète.. J'avais pu m'arrêter en tout une demi-heure — en comptant large.. J'avais peut-être perdu une demi-heure en détours divers — mettons une heure.. Le trajet n'aurait pas dû me prendre plus de trois heures au maximum, et même pas plus de deux heures et demie.. Il semblait donc que je sois resté inconscient pendant environ un temps d'une durée au moins égale.. Je me réfugiais dans l'amnésie, dans la folie, parce que je ne supportais pas l'idée d'être jugé par les extraterrestres au nom de l'Humanité ! Mon esprit se défendait en transformant la réalité et en créant des hallucinations.. C'était clair et les tranquillisants que je possédais ne constituaient sûrement pas un remède suffisant… Étais-je capable de m'en sortir par ma seule volonté ? J'aurais voulu le croire… Dans quel état les extraterrestres me trouveraient-ils si le procès tardait quelques semaines ou quelques mois ? Mes tout-puissants protecteurs veilleraient-ils aussi, de près ou de loin, sur ma santé mentale ? Je réfléchis à un moyen de leur faire savoir qu'il était temps pour eux d'intervenir.. D'un autre côté, j'aurais aimé me débrouiller par moi-même pour faire bonne figure au procès de la Terre….. Le soir tombait et je tournai autour d'un pâté de maisons que je croyais pourtant bien connaître.. J'avais oublié de prendre une lampe électrique : si la nuit venait avant que j'aie pu retrouver la maison de Marie-Hélène et Francis, je serais sans doute obligé de dormir dans ma voiture… Bien sûr il y avait une quantité, des dizaines, des centaines de maisons ouvertes et vides ; mais je ne me sentais pas le courage de m'introduire dans une habitation inconnue.. Pas maintenant….. Plus tard, je finirais bien par m'habituer à cette idée.. Je ne reconnaissais plus le paysage envahi par la brume et le crépuscule.. Pour moi, toutes les rues se ressemblent, et dans la banlieue d'une petite ville encore plus qu'ailleurs.. Une sorte de vertige me gagnait.. Je sentais que j'allais tourner, et tourner tant qu'il y aurait une goutte d'essence dans mon réservoir.. Les hallucinations me reprenaient.. Au lieu de la ville morte mais intacte, déserte mais aseptisée, dans laquelle j'errais silencieusement, je voyais de nouveau des ruines ravagées par le feu, des voitures brûlées, des arbres abattus, des rues défoncées, des façades déchiquetées, des vitres éclatées….. Fantasme de la nuit.. J'inventais cela pour échapper au jugement des extraterrestres.. Curieuse aussi, cette impression de silence.. Je n'entendais plus le moteur de la 4L.. Je poussai le klaxon avec ma paume.. Cela fit un bruit mièvre, ténu, qui me serra le cœur.. Est-ce que j'étais en train de devenir sourd ? Je portai ma montre à l'oreille et perçus tout à fait normalement son tic-tac régulier.. Alors pourquoi ne pouvais-je plus entendre le bruit du moteur ni celui du klaxon ?.. Et, soudain, la ville s'illumina.. Ce fut un éblouissement : tous les lampadaires et toutes les fenêtres des maisons s'allumant à la fois.. Un feu tricolore se planta même dans le décor à deux ou trois cents mètres devant moi… Je poussai un énorme soupir de soulagement, freinai un grand coup et m'effondrai sur le volant.. J’étais sauvé ! Les extraterrestres avaient ressuscité l'Humanité et fait revivre la Terre ! Ou plutôt, leur attaque n'avait été qu'un simulacre, un avertissement… Tout allait recommencer.. Mais la science officielle serait bien obligée de s'incliner !.. … Je m'étais laissé prendre à ce mirage et quand les lumières s'éteignirent, toutes ensemble, comme elle s'étaient allumées, les larmes me montèrent aux yeux.. Puis je me mis à sangloter.. J'étais bien en train de devenir fou.. Quel homme ordinaire aurait pu, à ma place, supporter la perspective d'être jugé bientôt pour les crimes des généraux et des faux savants ? Je n'en pouvais plus.. La nuit était complètement tombée.. De plus, le brouillard se levait, un peu trop épais pour la saison.. On n'y voyait pas à vingt mètres.. Je n'avais aucune chance de trouver maintenant la maison de Marie-Hélène.. Que faire ?.. Une chose commençait à m'étonner : j'aurais dû avoir très faim car je n'avais rien mangé depuis le matin.. Non….. J'avais totalement perdu l'appétit.. Était-ce un effet secondaire du rayon violet ? Les extraterrestres avaient-ils trouvé le moyen de me libérer des contingences matérielles pour mieux me préparer au jugement ?.. Eh bien, qu'ils viennent !.. Qu'est-ce qu'ils attendaient ? Je me mis à hurler, à les appeler.. Puis je tombai sur mon siège et m'allongeai, grelottant de fièvre.. J'avais mal à la tête et au ventre.. La diarrhée me força à me lever et à sortir de la voiture.. Puis les extraterrestres se manifestèrent d'une façon inattendue.. Sans transition, je me trouvai dans la maison de Marie-Hélène et Francis, que je visitai avec une lampe torche.. Elle était vide, naturellement.. Intacte et vide comme toutes les autres… Je parcourus les pièces dont deux au moins m'étaient familières.. Je reconnus des objets d'art africain, la bibliothèque avec de nombreux ouvrages sur les ovnis et les civilisations disparues, les meubles du salon, le papier peint de la chambre que j'avais occupée deux nuits de suite.. Je n'allai pas plus loin que cette pièce.. J'étais trop fatigué.. Je m'étendis sur le lit, m'enveloppai d'une couverture et dormis jusqu'au matin.. Ce fut de nouveau le jour.. Le beau temps avait pris fin.. La pluie menaçait sous un ciel gris et maussade.. Il faisait froid.. Je n'avais toujours pas faim.. J'explorai plus longuement la maison.. J'acquis vite la certitude que ses occupants n'avaient pas survécu à l'attaque du 23 mai.. J'avais maintenant une idée plus précise du rôle que la jeune femme jouait dans le plan des extraterrestres.. Marie-Hélène avait été enlevée avec d'autres terriennes pour servir à une expérience de reproduction entre les Humains et les Ummons.. L'humanoïde qui l'avait violée et fécondée avait ensuite, très probablement, prélevé des ovules qui seraient développés.. in vitro.. dans quelque laboratoire spatial.. Ainsi naîtraient les hybrides, qui étaient appelés à succéder aux Hommes de la Terre.. Et le procès dont j'allais faire les frais était destiné à l'édification de ces êtres ! Quant à Marie-Hélène, les extraterrestres n'avaient plus besoin d'elle, pas plus qu'ils n'avaient besoin des autres filles qui avaient servi de réceptacle à leur semence.. Ils n'avaient donc aucune raison de se préoccuper de son sort et de la protéger contre les effets du rayon violet….. Voilà.. Tout s'enchaînait avec une logique implacable.. L'hypothèse du jugement sortait de mes réflexions muée en certitude.. Je n'avais plus qu'à me préparer.. J'étais prêt.. Ou plutôt, je… Je ne savais plus si j'acceptais mon destin.. Pouvais-je refuser d'être jugé pour un crime — ou cent ou mille crimes — que je n'avais pas commis ? Comment me révolter ? Comment échapper aux extraterrestres ? Il n'y avait qu'une solution : le suicide.. Mais j'étais à peu près sûr qu'.. ils.. ne me laisseraient pas m'échapper dans la mort.. Ils interviendraient au dernier moment pour me sauver.. Peut-être même n'auraient-ils pas besoin d'intervenir ? Peut-être m'avaient-ils rendu immortel ?.. Je quittai la maison, suivis un chemin au bout de la rue.. J'étouffais.. Je pensais que le grand air me ferait du bien.. La fatigue m'obligea à m'arrêter.. Je m'assis sur l'accotement.. J'avais mal à l'estomac et au ventre.. La diarrhée se remettait à me tourmenter.. J'avais les poumons brûlants et les yeux pleins de larmes.. Mais rien de tout cela n'avait d'importance car je savais que j'étais immortel.. Je glissai dans un fossé boueux et respirai une affreuse odeur de pourriture.. Je tremblai de froid.. Je voulus appeler de nouveau les extraterrestres, mais mes dents claquaient si fort que je n'arrivais pas à crier.. Il me vint un doute.. Et si….. Et si la Terre avait été ravagée par une guerre atomique ? Et si les extraterrestres n'existaient que dans mon esprit ? Et si j'avais inventé ce contact avec les humanoïdes de Wolf 424 parce que je refusais inconsciemment une réalité trop atroce ?.. Un instant, l'affreux soupçon me déchira :.. il n'y a pas d'extraterrestres !.. Mais je ne pouvais pas mourir puisque j'étais immortel….. Longtemps après l'holocauste, une soucoupe volante se posa dans un pré où fleurissaient les premières jonquilles.. Deux humanoïdes vêtus de combinaisons bleues en sortirent et, rassurés par les mesures de radiations qu'ils venaient de faire, ils marchèrent tranquillement autour de leur appareil.. À un moment, les deux êtres s'arrêtèrent pour contempler les collines vertes de la Terre qui moutonnaient devant eux, sous un soleil vif.. Le premier tendit la main vers l'horizon clair.. Le second prononça dans sa langue un mot qui signifiait à peu près : « Les imbéciles ! ».. Première publication.. la Soucoupe du jugement.. ›››.. début des années 80.. inédit sur papier mis en ligne par Quarante-Deux en mai 2009.. © Quarante-Deux.. — Reproduction interdite sans autorisation.. Voir les.. conditions d'utilisation.. Création :.. dimanche 26 avril 2009 —.. Modification :.. jeudi 14 mai 2009.. Adresse du site :.. haut de page.. écrire à Quarante-Deux..

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